REVUE
LANGUES ROMANES
REVUE
LANGUES ROMANES
PAR LA SOCIÉTÉ
POUR L'ÉTUDE DES LANGUES ROMANES
Ginq[uièm.e Série
TOME PREMIER
TOME XLI DE I,A COLLECTION
MONTPELLIER
AU BUREAU DES PUBLICATIONS
DE LA. SOCIÉTÉ
PODR L'ÈTIIDB DKS LANGUES ROMANES
Rne de l'Ancien- Courrier, 2
PARIS
G. PEDONE-LAURIEL
Libraire-Édileur
13, RUE SOUFFI.OT
«■.ce LXXXXVIII
vc
2
t. M
REVUE
DES
LANGUES ROMANES
ADDITIONS ET VARIANTES AU TEXTE
DES SOUVENIRS ET ANECDOTES
DE PONS DE l' HÉRAULT
Beaucoup de Mémoires et de Souvenirs ont été publiés depuis
quelques années sur l'époque de la Révolution et du Premier
Empire. Ils constituent un enrichissement réel de la littérature
française, en même temps que des sources de Thistoriographie
européenne de cette époque. Malheureusementces documents
n'ont pas toujours été édités d'une façon vraiment sérieuse et
avec un respect suffisant des textes originaux. Des nécessités
commerciales obligent parfois les éditeurs à faire des coupures
dans le texte, à résumer tel passage, à en supprimer tel autre,
parfois à retoucher légèrement le stjle des auteurs publiés.
Quelquefois des convenances de famille ou de politique pro-
duisent les mêmes inconvénients. Il en résulte que ces éditions
de mémoires — tels par exemple ceux du général de Marbot,
ceux de Madame de Rémusat, — ne fournissent pas aux histo-
riens une base d'études suffisamment sérieuse, et que les
philologues eux-mêmes ne peuvent y suivre avec une entière
sécurité l'évolution et les modifications de la langue fran-
çaise.
Il y aurait lieu, en même temps que l'on met au jour, pour le
TOME I DE LA CINQUIÈME sÉKiE. — Jauvier-Févriei'-Mars 1898.
6 ADDITIONS ET VARIANTES
gros du public, ces éditions en quelque sorte adaptées de tels
ouvrages, de conserver dans les levues spéciales d'érudition
les parties du texte original sacrifiées ou déguisées par les
variantes introduites dans les vulgates. C'est une tentative
de ce genre que je produis ci-dessous. Ajant récemment pu-
blié les Mémoù^es et Souvenirs de Pons de l'Hérault dans la
collection historique formée sur la Révolution et l'Empire par
MM. Pion, Nourrit et C''% j'ai dû consentir à apporter diverses
modifications au texte original. Mais, comme Pons de l'Hé-
rault, sans être un grand écrivain, a cependant, par son té-
moignage, une valeur historique qui n'est pas négligeable, et
qu'il entre désormais dans notre histoire littéraire, il importe
de soumettre à ceux qui l'étudieronl dans l'avenir, qui peut-être
y chercheront une source de renseignements sur l'état de la
langue française entre 1815 et 1850, un document tout à fait
véridique et sincère.
On trouvera ci-dessous en regard l'indication des pages du
volume Souvenirs el Anecdotes de Pons de l'Hérault [!*" édi-
tion, 1898, Paris, Pion et Nourrit, in-8''] et les passages,
phrases ou mots que j'ai diî y retrancher. Les mots du texte
de l'édition après lesquels ou entre lesquels doivent se placer
ces restitutions sont imprimés en italique.
Léon-G. PÉLissiEK.
Page 1. Au commencement du manuscrit, avant les premières lignes
de rimprimé, il y a : C'est surtout durant une vie de vicissitudes in-
cessantes que les hommes de cœur cherchent à se retremper par le
souvenir des grands événements auxquels ils ont participé. Lig. 33.
Mais ces moyens de communication indirecte ne turent pas d'une lon-
gue durée, et.
Page 2. — Lig. 5. Graiid intérêt. Il avait cru à mon empressement, il
s'était trompé. Je ne répondis. Lig. 8. indécision, dont j'aurai à faire
connaître la cause. Lig. 9. quelque temps après, dans un moment d'aban-
don qui avait une apparence solennelle, l'empereur. Lig. 14. L'Empereur
ne m'aurait pas demandé des éloges. Lig. 22. de ma vie. Depuis je n'ai
plus été assez heureux pour pouvoir l'approcher. Lig. 23. J'accomplis
une promesse sainte, je remplis un devoir sacré. Lig. 29. en face, et
dans cette sphère d'élévation supérieure, trop supérieure. Lig. 30. obser-
vations scrutatrices. Lig, 31. MTi caractère de vérité, ou n'étaient que
des vérités exagérées, alors même que l'adulation n'y prenait aucune
part. C'est que l'on n'y voyait plus qu'à travers le prisme de la gloire.
AUX SOUVENIRS DE PONS 7
Page 3. — Lig. 2. ç'M'dPam, peut-être même était-il plus grand encore.
Ibid. avait cessé, et de ce que tous les souverains de l'Europe n'étaient
plus prosternés aux pieds de ce héros... Lig. 7. de mesurer leur taille.
C'était une situation sociale vraiment unique : toutes les vénalités lui
empruntaient ou lui prêtaient ce qui pouvait le mieux convenir aux
intérêts honteux de ceux qui les soudoyaient. L'Empereur Napoléon
n'était pas ému de cet état de choses, il s'y était attendu, et il en raison-
nait avec dignité. Lig. 10. dans sa vie privée. Sans doute, sa vie privée
n'était pas une vie de pure intimité, mais elle n'était pas une vie de ré-
serve absolue, et l'empereur. Lig. 18. de splendeurs, enfin dans toutes
ses habitudes. L. 18. toujours durant leur exercice. F. 20. entraînemeiit
de l' affection, surtout par la puissance de ce sentiment indicible qui
identifie le cœur de l'homme aux grandes infortunes de l'homme. Cha-
cun L. 27. Napoléon^ du moins mieux l'étudier et mieux le connaître
que dans toutes les autres positions de sa vie.
P.4. — Lig. 2. cessé de régner. Son front était encore ceint du bandeau
impérial. Napoléon était alors dans cette position toute particulière où
ses défauts et ses qualités, ses vices et ses vertus ne pouvaient point
échapper aux regards studieux de l'observateur consciencieux, et la
nature que ce grand homme a montrée alors devait être sa nature de
tous les temps et de toutes les circonstances. Mais sa nature avait cédé
aux exigences des temps et des circonstances. Nous n'avons. L. 6. celle
de ses traits physiques et nous appelons de tous nos vœux le pinceau
ou le burin qui doit le représenter comme il était. Un jour, l'histoire
de son règne à l'ile d'Elbe aidera les gens de bien qui voudront se livrer
à ce travail de gloire et de nationalité.
Page 5. Lig. 7. se manifesta dans tous les événements qui en nécessi-
taient la preuve. Lig. 10. Ici se trouve dans le maiiuscrit le paragraphe
suivant effacé par Pons ."toutefois l'administrateur général des mines eut
une nouvelle lutte à soutenir, mais celle-ci fut de courte durée, et l'empe-
reur la fit immédiatement cesser : le magasin de siège avait des farines gâ-
tées. On conseilla à l'empereur de les faire manger aux ouvriers des
mines que l'on paye toujours en blé. L'adm. gén., alors pourtant qu'il
lui fut bien prouvé que cette farine était une nourriture nuisible à la
santé, refusa de les recevoir, et, en le motivant, il adressa directement
son refus à Sa Majesté. S. M. lui donna raison. Nous nous bornons à la
simple citation de ce fait qui pouvait avoir des suites fâcheuses. Les
alentours de l'empereur n'étaient pas des hommes populaires. Lig. 11.
toujours gloire ne m'a pas trouvé au-dessous d'elle, Ibid. justifiée,
pleinement justifiée. Lig. 14. J'ajoute, car je veux tout dire. L. 15. Sous
l'empire, et de laquelle je n'ai jamais cherché à profiter. Officier.
Lig. 20. rebelle. Je me rendis à l'armée. Bientôt. Lig. 26. division, et il
me semble que les historiens n'ont jamais fait attention à ce point his-
torique, du moins les historiens que j'ai lus. L. 33. désigna comme le
plus capable. L. 34. Bonaparte, pour la manière dont il avait parlé de
moi ; je lui devais cela. Je lui devais aussi des félicitations pour sa der-
nière promotion.
8 ADDITIONS ET VARIANTES
Page 6. Lig. 18. d'ailleurs je n'ai ici ni à louer nia blâmer. lig. 19,
il sera vrai. Je dirai avec ma conscience. Aucune considérationnepourra
altérer la pureté de mes opinions. Mais avant de narrer ce qui s'est
passé à l'île d'Elbe pendant le séjour de l'empereur Napoléon, U faut
bien que je dise à mes lecteurs ce que c'est que l'île d'Elbe, pays que
l'on ne connaît presque pas en France, quoique la France y ait dicté des
lois pendant près de quinze ans. et que cette île ait fait partie intégrante
de l'empire français. L'ignorance où l'on est assez généralement sur l'île
d'Elbe, même en Italie, n'a rien qui doive étonner, et je n'en fais un re-
proche à personne. L'île d'Elbe n'a jamais eu un historien de son exis-
tence sociale. Pour savoir quelque chose de ce qu'elle a été, il faut aller
fouiller dans cent ouvrages qui lui consacrent à peine quelques paroles,
et qui ne sont pas toujours d'accord dans la manifestation de leurs sen-
timents.
Page 7. Lig. 14. c'est ainsi que nous atteignîmes. Lig. 18 apparut
dans l'extrême lointain. Lig. 24. la voir: elle la suivait dans tous ses
mouvements. Lig. 25. mât, ce qui excitait encore la curiosité. Lig. 27.
déclin le soleil se rapprochait à l'horizon. Lig. 30. l'entrée, lorsque au
contentement universel de la population qui attendait depuis le matin.
Lig. 34. mouillage. Qui dira cette soirée ! Lig. 17 débarquant, et je le
répète, parce que je crois qu'elles méritent d'être conservées.
Page 9. Lig. 22 souve7-ain, qui alors purent prendre toutes les infor-
mations qui leur étaient nécessaires. Lig. 24. tranquillité, et sa délica-
tesse même l'excite à se tourmenter. Lig. 26. accusateur. Cette pensée
le troubla dès qu'il. Lig. 27. Napoléon. Il profita du mouvement occa-
sionné par la visite des autorités constituées pour me prier. Lîg. 30. Je
me fais un devoir scrupuleux de le répéter : Rien n'était changé dans les
sentiments du général Dalesme, c'était toujours un homme d'honneur.
Page 10. Lig. 3. Campbell. Et pour peu qu'on l'observât attentive-
ment, il était facile de savoir la mission qu'il devait remplir. Ensuite son
ensemble. Lig. 12. foyer. On se fit des ennemis des Portof erra jais qu'on
ne put pas admettre au partage de l'hospitalité oflerte. On sait que ma
demeure. Lig. 8. hôte. Toutefois je souscrivis voiontîers à cette usurpa-
tion amicale qui devait tourner au profit du général Drouot. Lig. 18.
s'excuser de ce qu'on le contraignait à prendre un autre logement. Lig.
19. e7itrevue. Du moins le général Drouot en avait parfaitement convenu.
Lig. 21. profonde, qm se retrempe sans cesse par les vertus de celui
qui en est l'objet. Lig 32. empressés. Le général qui commandait la
place parut ne pas s'apercevoir de ce qui se passait. Il faut bien l'avouer,
de ce qui.
Page 11. Lig. 1. Paris, et c'était vraiment le revers de la médaille
française. Lig. 2. Napoléon, dont naguère l'on était si idolâtre, ibid, en-
core, disaient à voix basse ceux qui conservaient quelque pudeur. Lig.
4, co»îp?'o?«i?;;re. On couvrait des (szc) lâches calculs du manteau de la pru-
dence Lîg. 6, témoigné aucun regret au banni impérial. Heureusement
que les plaies de la nature humaine ne sont que la plus petite partie de
l'humanîté. Ninci fait encore ici de l'exagération de roman. Son adula-
AUX SOUVENIRS DE PONS 9
tion habituelle pour la puissance le fait monter sur des échasses pour
donner plus de retentissement au langage qu'il fait entendre pour flat-
ter. C est une fatalité pour l'histoire. Après beaucoup d'autres paroles
d'erreur, il dit « toutes les autorités civiles, militaires, judiciaires, le
» clergé, les premières notabilités, ainsi que le conseil municipal se hà-
« tèrent de se transporter à bord du bâtiment de guerre anglais pour
» offrir leurs hommages à l'empereur et pour lui témoigner, tant en leur
» nom qu'aie nom de tous les peuples de l'île d'Elbe, le plus humble res-
» pect, la plus sincère soumission, et une fidélité éternelle. » Il n'y a pas
un mot de vrai dans tout cela, D'abord, à moins de folie, on ne pouvait
pas parlera l'empereur Napoléon « delà fidélité éternelle de tous les peu-
ples de l'île d'Elbe», car excepté le peuple Portoferrajais, tous les peuples
de l'île d'Elbe étaient encore sous l'influence de la révolte contre l'auto-
rité impériale, et l'empereur le savait, puisque les Anglais le savaient.
Ensuite en dehors de la députation désignée, il n'y avait guère la possi-
bilité qu'un grand nombre de personnes ptit, dans cette soirée déjà
avancée, se rendre en masse à bord de la frégate, d'abord parce qu'on
n'en avait pas demandé la permission au commandant anglais qui aurait
bien pu ne pas se soucier de cet abordage nocturne, puis parce que le
manque absolu d'embarcations à une pareille heure aurait empêché l'ac-
complissement de cette démarche improvisée, et, enfin, parce qu'enfin,
malgré la circonstance extraordinaire, les mesures des règlements mili-
taires, comme des règlements sanitaires, y auraient mis empêchement, à
moins qu'il n'y eût eu déjà des précautions exceptionnelles prises; ce à
quoi on n'avait pas même pu songer.
Lig. 10 qîii nous l'tonna beaucoup, qui en effet, devait nous étonner.
Lig. 18. Néanmoins il en avait parlé dans ses relations privées, mais com-
me l'on parle des absurdités d'un rêve. Nous nous embarquâmes pour
nous rendre auprès de l'empereur, [p. 514] Lig. 20, trouvais: toute réti-
cence à cet égard équivaudrait à une lâcheté. Lig. 24 fidélité. Je vivrai et
je vivrai avec mon p. a. et ma p. f. au milieu de ses tempêtes, sur ses
champs de bataille, dans ses victoires, dans ses revers, dans sa décadence,
dans sa chute. Lig. 28. d'or et je ne me suis jamais écarté de ce principe
éternel : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudraispas qu'il te fût fait. »
Je puis marcher la tête haute. Ma Lig. 30, ma devise a été mon étoile
polaire.
Page 12. Lig, S. de 1789. mais mon erreur ne fut pas de longue du-
rée. Lig. 11. avaient fait, tout exprès, dans les proportions gigantes-
ques de sa taille, sur lequel il était monté. Lig. 12. trône, bâti comme
l'ensemble de tous les trônes sous les seuls auspices de la puissance.
Lig. 14. liberté, moi ausssi je l'abandonnai et. Lig. 15. Napoléon. C'était
une erreur, si l'on y croyait de bonne foi. C'était un mensonge, si l'on
m'en accusait avec des intentions malveillantes. Je ne fais rien de clan-
destin. J'éprouvai. Lig. 18. opinions politiques, et ce que je disais con-
tre l'Empire, je le disais dans un sentiment d'honneur et de patrie,
sentiment qui a toujours été mon sentiment unique. Lig. 23. pour l'Em-
pereur pour l'homme, pour le pouvoir, et du sujet pour le maître ! Le
10 ADDITIONS ET VARIANTES
renversement de TEmpire aurait. Lig. 25. français et pour les peuples
de l'Europe, si les peuples de l'Europe ne s'étaient pas laissé enchaîner
plus qu'ils ne l'avaient jamais été par les rois, les mêmes rois, dont ils
avaient sauvé les couronnes. Leçon immense qui explique les rois et que
les siècles à venir se répéteront avec une indignation toujours crois-
sante !
Page 13. Lig. 30. profonde. Nous pensions qu'elle ne pouvait pas aug-
menter : cependant, elle n'était rien en comparaison de celle que la
présence de l'Empereur nous lit éprouver. Par instinct, nous nous ser-
râmes les uns contre les autres, comme si nous avions besoin d'être
forts les uns par les autres, et nous restâmes.
Page 14. Lig. 7, lui. Il lui avait été impossible de la changer, même
de la modifier et, en le voyant, occupé qu'on était de le voir, on ne
songeait pas du tout à le comparer. Lig. 23. l'éloquence persuasive de
Vérnotion: nous nous serions moins bien exprimés, si nous avions pu
lui adresser méthodiquement de belles paroles U Empereur comprit.
Page 17. J'aborde maintenant la nouvelle vie sociale que l'empereur
Napoléon devait subir : je prends cette vie à son berceau. Lig. 21. Ser-
vilité. Il ne lui donna pas même une pensée.
Page 18. Lig. 5. changé, ni même eu une velléité de changer. Lig. 6.
qu'il ait eu ou qu'il ait. Lig. 7. politique. Gela n'était point dans l'es-
sence de sa nature. Lig. 12. d'une banderolle. Talleyrand, à la tête d'un
gouvernement, était la preuve palpitante de la dégénération sociale, et
la France... Mais c'était alors la France quand même; elle ne s'appai-te-
tenait plus. Les potentats de l'Europe la foulaient impunément. La ca-
pitale était envahie. L'Empereur. Lig. 20. Lefèvre Desnouettes, l'un des
plus braves et des meilleurs citoyens de l'empire, dont toute la vie fut
une vie d'honneur. Lig. 22. Briare, et il l'aurait suivi jusqu'au bout du
monde, si cela avait dépendu de lui. Lig. 23. empereur, et parmi ces
beaux noms. Lig. 28. l'écart du groupe des illustrations dévouées. Le
général Bertrand et le général Drouot attiraient également les regards
attendris. Leur éloge était dans toutes les bouches de pureté. Lig. 34. la
France. Le respect pour le malheur était sur tous les visages. La gar-
nison avait pris les armes. L'Empereur pouvait se croire encore au mi-
lieu des siens. Il continua sa route.
Page 19. Lig. 26. jour. L'Empereur s'était prêté d'autant plus volon-
tiers à cette disposition, qu'il. Lig. 29. une voix, a laquelle d'autres voix
firent écho. Lig. 29. Finance, et l'Empereur était déjà éloigné, que le
mot d'adieu retentissait encore.
Page 20, lig. 1 douleur. Il y eut des scènes touchantes de respect af-
fectueux. Lig. 3. Augereau, il en eut aussi. Lig. 4. stratégie. On se mit
en route pour Montélimar en passant par Valence. Lig. 5. Valence, non
loin de cette cité. Lig. 6. était là et de suite l'Empereur fit arrêter.
Lig. 8. casquette, il ne se découvrit pas. Lig. 9. L'Empereur fit tout au-
trement. Lig 13. de grandeur, son attitude. Lig. 16. lorsque, après la con-
versation.
AUX SOUVENIRS DE PONS 11
Page 21. Lig. 8. Appartement. Chacun voulait le voir, c'était une cu-
riosité de tendre intérêt, car toutes les expressions furent touchantes.
Les commissaires. Lig. 15. des brigands, qui ordinairement infestent ces
contrées. Lig. 17. Rest aurai io7i, le pa_ys était en joie. Lig. 21, ['Empereur.
Elles allèrent à son cœur et son cœur en fut meurtri. Il y eut un mo-
ment où il voulut. Lig 24. Mais il fallait. Ibid. aux crimes., dont les
fastes ont été maintes fois teintes de sang français. Lig. 27, infâmes., la
honte et la terreur des bons citoyens, car il serait injuste d'imaginer
qu'Avignon n'a point de bons citoyens. La ville d'Avignon est seulement
impardonnable de garder le silence sur l'impunité dont jouit une
poignée de bandits qui la flétriront encore dès que l'occasion s'en pré-
sentera. Revenons à l'empereur. Le commissaire anglais parla au.
Lig. 29. précaution, toute précieuse qu'elle était. Lig. 30. l'Empereur,
d'un danger aâ'reux. Lig. 33. assassins, qui déjà se repaissaient du plai-
sir de dévorer leur proie. Lig. 33. route, cependant, malgré que les
foules se fussent dispersées.
Page 22, lig. 5. autres dangers, suite presque immédiate de celui au-
quel l'empereur venait d'échapper, quoique plus grands, puisqu'ils
étaient tout à fait en présence, même en action, si je puis m'exprimer
ainsi. Lig. 10. Orgon, quoique de peu d'importance par sa population.
Lig. 29. l'abreuva de toutes les amertumes possibles. C'était l'une de ces
scènes d'anthropophages dansant autour de la victime qu'ils vont dé-
vorer. Il n'y a pas un seul homme de bien qui puisse s'empêcher de
flétrir de pareilles saturnales de dégradation sociale. Orgon ne se la-
vera de sa flétrissure que par une amende honorable. C'est surtout aux
honnêtes gens d'Orgon, s'il plaît à Dieu qu'il y en ait, comme je le crois,
qu'il appartient de purifier leur pays, et je les y engage. Le nauton-
nier qui, après avoir longtemps glorieusement navigué sur un Océan im-
mense, se trouve tout à coup, par suite d'une tempête efl'royable, avec
sa nef dématée, sans voiles, sans gouvernail au milieu d'une mer res-
serrée, semée d'écueils plus dangereux les uns que les autres, vers les-
quels les vents déchaînés et les vagues en courroux le poussent afin de
le briser, n'échappant à un grand danger que pour tomber dans un dan-
ger plus grand encore, qui voitpartout la mort et qui n'attend son salut
que d'un miracle de la providence : tel était l'empereur Napoléon en tra-
versant la Provence. Tout ce qiC
Page 23, lig. 2. manque de courage, cav personne ne manquait de cou-
rage. Lig. 20. altération, quoique intérieurement il fût très agité, de-
manda. Lig. 26. avec bonté, il l'écoute avec intérêt. La conversation.
Lig. 11. Provençaux, c'était naturel. Lig. 16. Saint Maximin. Ce qui s'é-
tait passé inspirait des craintes pour ce qui pouvait se passer encore.
L'empereur.
Page 25, lig. 2 provocation, surtout de ces provocations qui poussent
les hommes à être sans aucun respect pour la religion du malheur.
Enfin, l'empereur touchait au terme des dangers que les populations
provençales lui avaient fait courir, comme si ces populations avaient été
recrutées parmiles Hottentots les plus sauvages. L'empereur passa au Luc
12 ADDITIONS ET VARIANTES
De là il tu roit au château des Etats Généraux en 1789. Nous retrou-
vons l'empereur où nous l'avons laissé en terminant notre premier volu-
me: sur la frégate anglaise VUndaunted, le 4 mai, au matin, au mo-
ment où Portoferrajo lui prépare une réception solennelle, et là nous
reprenons l'histoire de son séjour à l'île d'Elbe.
Page 27. Lig. 19. C'est partout, c'est toujours : les populations: Lig. 20.
à la joie, le cœur au plaisir, et éblouies, enchantées, hors d'elles-mêmes.
Lig. 22 de compter les heures de la nuit ; et l'aurore, dans ses plus bril-
lants atours, était venue se mêler aux rêveries de bonheur dont l'idéalité
faisait déjà toucher les Portoferrajais à l'âge d'or. Le sommeil n'avait
donc pas calmé les émotions effervescentes des masses: elles n'avaient
pas dormi. Il en était à peu prùs de même en dehors des masses. Celte
nuit n'avait été une nuit. Lig. tl II fallait tout, absolumeiit tout. Lig. 29
de l'île d'Elbe. Il n'y avait pas une chose à faire, il y avait tout à faire.
Lig. 30. extrême. Maire, adjoint, conseil municipal, commissaire de po-
lice, greffier, employés, du premier au dernier, tout le monde. Lig. 33 à
la pâte pour faire.
Page 28. Lig. 1. milieu dît peuple, ce qui était une bonne raison. Lig.
11. sans exception aucune. Disons mieux, il fallait tout se faire prêter,
parce qu'on n'avait rien. // fallait. Lig. 28. lettre aux personnes qui
pouvaient le plus satisfaire aux désirs qu'elle exprimait. Immédiatement
^071. Lig. 33 d'importance. Cette nuit d'activité avait terminé son cours,
un soleil radieux annonçait une belle journée.
Page .30. Lig. 31. Portoferrajo. Les erreurs ne sont jamais vraiment
utiles, surtout lorsqu'elles donnent un démenti à la vérité.
Page 31. Lig. 14. Napoléon si elle était fondée, et s'il pouvait être vrai
qu'il faut ainsi le tromper pour parvenir à lui plaire. Pendant cette
nuit d'occupation presque générale, je n'étais pas resté sans rien faire, et
j'avais trouvé dans mon patriotisme à joindre mes hommages à tous les
hommages. // m'avait semblé. Lig. 29. Mes rapports avec le colonel
Vincent avaient toujours été de fort bons rapports. Il avait l'habitude de
me faire des confidences.
Page 32. Lig. 33. l'île d'Elbe, d'une si grande importance.
Page 33. Lig. 1. pavillon elbois, qui n'avait pas la même valeur,
était. Lig. 17. s'il fut obéi. On pense bien que je ne parle pas des
personnages qui avaient des prétentions ambitieuses, dont l'apparence
devait être une affectation calculée en faveur des changements que la
coalition avait consommés dans notre malheureuse France. Lig. 19. voir.
Cependant ils ne s'aimaient pas. Du moins le col. Vincent le disait ainsi.
Ce qu'il y avait devrai, c'est que le col. Vincent .Vi^.t-l. l'avaiicement qui
était dû. Lig. 29. Tandis que la ville de Portoferrajo était palpitante de
l'honneur qu'elle allait recevoir, qu'elle mettait la dernière.
Page 34. Lig. 3. autour de la frégate, que ce point du monde, la veille
si triste, présentait l'aspect le plus animé, l'empereur Napoléon recevait
quelques personnes et prenait des informations sur les hommes et
sur. Lig. 4. les choses qui allaient l'entourer dans son nouveau sé-
jour. // avait. Lig. 15. maternel, l'empereur avait trop de dignité pour
AUX SOUVENIRS DE PONS 13
écouter cet homme qui, malgré son. Lig, 17. confiance^ aussi l'empereur.
Lig. 19. méchant homme lorsque aucune passion ne troublait sa nature
originelle, mais. Ils,. 21. égarement complet, et alors il se vautrait dans
la médisance. Il n'est pas inutile de le répéter au moment où nous allons
entrer dans une nouvelle vie sociale. Lig. 23. en présence : de grands et
de petits intérêts, des intérêts de toutes les sortes. Ces intérêts ne pou-
vaient pas se remuer sans se heurter, sans se froisser, de manière qu'ils
avaient presque toujours maille à partir. II. Lig. 25. sa tranquillité. C'é-
tait de ne jamais aller sur les brisées de personne, de ne se mêler. Lig.
26. ces braves gens, qui avaient besoin d'obligeance. Je me suis. Lig. 28.
Portoferrajais, j'étais au milieu d'eux au plus fort. Lig. 30. d'aucun
d'eux. C'est une justice que je dois leur rendre, que je me plais à leur
rendre. Chaque chose a son temps. Le moment. Lig. 32. aux petites au-
diences de bavardage, dont la facilité est souvent fatigante, et que les es-
prits sérieux, quand ils le peuvent, abrègent autant que cela dépend d'eux.
L'empereur mit.
Page 35. Lig. 5. excursion. La société s'était un peu dispersée, l'empe-
reur. Lig. 9. le colonel Vincent dut aller à la rencontre de cette espèce
de provocateur, il Vempécha. Lig. 12. s'arrêter, le col. Vincent revint à
l'empereur; l'empereur. Lig. 16. cet événement qui pouvait paraître
extraordinaire. Le col. s'acquitta de la mission dont il était chargé, il vint
ensuite en rendre compte à l'empereur.
Page 36. Lig. 16. Midi sonne: l'angelus sonne avec lui; les Elbois
prient. Mais un coup. Lig. 20. au graiid mat; elle l'a saluée comme si
elle devait flotter pour l'Angleterre. Lig. 22. populations réunies. On
croirait que le firmament va s'écrouler. Le ciel est confondu avec la
terre. Lig. 24. pleins d'espérance. Depuis longtemps d'ailleurs l'île d'Elbe
avait un culte d'admiration pour l'empereur Napoléon. Le culte de ten-
dresse va le suivre. Lig. 26. craiiites et ces craintes n'étaient pas sans
fondement. Les réunions d'hommes sont un ensemble de contrastes.
Lig. 31. Vile d'Elbe, de manière qu'il avait accueilli assez durement les
auteurs et les fauteurs de révoltes. Il avait
Page 37. Lig. 1. Cette réponse, peut-être déplacée dans une telle cir-
constance, cette réponse échappée à la conscience d'un homme d'hon-
neur dont tout le monde connaissait les sentiments d'humanité, s'était
de suite répandue dans le public et, comme on le pense bien, elle avait
efirayé. Lig. 5. L'emperenr Napoléon, de telle sorte que les révoltés. Lig.
16. étojvier. L'Anglais, comme homme de nation, est un homme comme
tous les hommes de l'état social, mais l'Anglais est homme de gouvernement.
Lig. 19. Tous les préparatifs étaient terminés pour recevoir l'empereur Napo-
léon. L'empereurattendait, les Elbois attendaient bien plus encore. Durant
mon long exil, des gens de corruption pour lesquels le malheur qui ne
les frappe pas est une chimère, qui ne comprennent ni l'honneur ni la
patrie, ni la gloire, ni la liberté ni l'indépendance, des gens pour qui
tout est bien lorsqu'ils sont bien, ont ri de cette réception, l'ont livrée à
leur plume vénale, et cent Français qui en avaient été les témoins n'ont
pas donné un seul démenti. La réception. Lig. 23. même à Lyon oit il
14 ADDITIONS ET VARIANTES
était tant et tant nimé. On fait ce que l'on doit quant on fait ce que l'on
peut. Tout est relatif. 11 n'y a que les sots qui puissent penser qu'un
ornement de feuillage n'équivaut pas à une tenture dorée. Lig. 31 rem-
parts, et une partie de la population était debout sur le faîte des rem-
parts, comme si on l'avait placée pour servir d'ornement. Ce premier.
Lig. 29. dupays, mais alors môme qu'il y aurait eu possibilité de l'augmenter,
l'on ne devait pas l'augmenter, car l'augmentation ne pouvait être que
le fruit de l'emprunt, et la médisance aurait fait sa plus belle pâture
d'une richesse empruntée. La critique des pervers ne respecte pas même
les motifs honorables qui entraînent à la représentation splendide de
sentiments généreux. Loin de là : elle les attaque, et lorsque elle le peut,
sa dent meurtrière les déchire, comme elle déchire tout ce qui a un
principe de dignité. Ejifm Vemperetir. Lig. 21. ces salutations. 11 faut
que je le dise : Ce second.
Page 40. Lig. 7. une politesse déplacée. Il est des circonstances où
chacun doit garder sa place : c'était ici une de ces circonstances. Lig.
13. de près, on ne voulait pas cesser de le voir de près Lig. 15. la vo-
lonté générale et elle cherchait à rester auprès du dais : de là des lut-
tes, qui, sans avoir rien d'irritant, amenaient des ondulations populaires,
et par conséquent des haltes forcées. Lig. 17 // trépignait visiblement,
et l'on pouvait dire sans exagération que si. Lig. 20. On arriva à l'église
L'église était. Lig. 22. pour l'empereur, le prie Dieu était couvert. Lig.
25. envahi Véglise. Aussitôt que le calme fut établi, avant même qu'il fut
établi, le vicaire général.
Page 41. Lig. 2. tâche à remplir pour leur noviciat. Ils étaient extrê-
mement embarrassés. Gela devait être, l'on aurait pu l'être à moins. Ils
ne savaient. Lig. 8. leur attention avec une aiïabilité extrême. Je vou-
drais pouvoir expliquer avec précision quel était le caractère particulier
de cette cérémonie : car elle avait un caractère particulier. Ces sortes
de cérémonies sont ordinairement plus politiques que religieuses; sou-
vent même elles ne sont que politiques. Celle-ci ne. Lig. 14. et certai-
nement je ne hasarde rien en disant qu'il n'en. Lig. 17. absolue des
plus grandes existences humaines, de la plus grande existence humaine:
il y a l'immensité à traverser et l'homme, quelque extraordinaire qu'il
soit, n'est pas propre à franchir cet espace, quoi qu'il en puisse être !
L'empereur, sans avoir rien de trop mondain, sans avoir rien de trop
dévot. Lig. 26 prêtres. Ils ne se croyaient pas assez élevés pour le minis-
tère qu'ils étaient appelés à remplir, qu'ils ne se croyaient pas, peut-
être, bien autorisés à remplir. Lig. 32. étaient Jiombreuses, et pourtant
dans une harmonie qui ne pouvait être que celle des cœurs, elles ne for-
maient qu'une seule voix. Aux deux versets.
Page 42. Lig. 7. Il peut se faire que les populations elboises, accou-
rues à Portoferrajo, eussent fait comme la population de Portoferrajo, si
elles avaient été à sa place, mais c'él;ait la population. Lig. 8. envahi
Véglise, qui était toute dans l'église, e^p«r. Lig. 29. alors on ne se trom-
pe jamais n. Ah! si l'empereur avait compris la patrie du peuple comme il
comprenait la patrie du pouvoir ; s'il avait compris la liberté comme il
AUX SOUVENIRS DE PONS 15
comprenait le despotisme, si... Mais l'homme n'est pas né pour la per-
fection, et l'empereur était un homme. Le sous-préfet présenta les muni-
cipalités, les
Page 43, Lig. 3. peu de mots. L'intérêt général, l'intérêt particulier, rien
ne lui échappait. Outre le voyage d'Arsenne Thiébault, dont selon moi
il avait pris connaissance, l'empereur avait eu, toujours dans mon opi-
nion, des. Lig. 11. de leurs besoins particuliers; personne ne savait
mieux que lui faire vibrer les cordes morales de la nature humaine.
Lig. 32. à Vorateur : je crois que l'on aurait murmuré si la présence de
l'empereur n'avait pas empêché les murmures. Lorsque Vorateur.
Page 45. Lig. 28. il m'interrogea : Je répète le colloque : « Pouvez
votis.
Page 47, Lig. cet égard. Je vais partir pour Rio Marine. A neuf. I^ig. 17.
de Vempereur. Le général Bertrand oubliait que les grandes populations
ne s'improvisent pas. Je le lui rappelai. Il insista. J'avais beaucoup de
bras à ma disposition. J'envoyai de. Lig. 19. en route Des amis me sui-
vaient. Lig. 19-20. La population était debout pour me recevoir, elle me
reçut d'une manière toute filiale. Ma femme était restée Lig. 23. mira-
culeuse: il y eut abondance de poisson. On przY. Lig. 32. pas, pour que
l'adm, gen. des mines fût de nouveau établi de manière à pouvoir donner
une hospitalité agréable à l'empereur. Disons-le pour ne plus y revenir :
Vempe7'eur.
Pag. 47, Lig. 5. impériale; elle ne l'arrêtait que quand on la réprimait.
Encore une chose qui ne doit être dite qu'une fois. La suite de l'empe-
reur n'était. Lig. 9. ensuite avait couru après l'aventureuse déesse qu'on
appelle la fortune. Chacun avait augmenté d'un grade ; l'avancement
était général. Cette suite avait son beau côté ; elle avait aussi son côté
faible. La plupart Lig. 13. suivre. Rien de plus pur que leurs senti-
ments affectueux, il y avait. Lig. 16. Larahit, ainsi que plusieurs autres
braves. Lig. 17, esprit cultivé, et que l'emp' appréciait et qu'il affectionnait
particulièrement. Mais reprenons notre récit. Lig. 24. l'empereur et le
saluer de ses vivats. V artillerie . Lig. 28. l église. C'était une réception
en miniature, mais c'était. Lig. 31. Rio Montagne, tous mes préparatifs
furent mis en mouvement à Rio Marine, et je moittai
P. 48, lig. 4. Providence : pour eux, il ne pouvait pas y avoir quel-
qu'un au-dessus de moi. Lig. 6. babboî », ce qui signifiait: « Vive notre
père! » Lig. 10. l'empereur, et il parla d'autre chose. Son observation
n'avait été empreinte d'aucune espèce de mauvaise humeur. Lig. 19. pas
de bon aloi ; je le pris pour un de ces sourires qui glissent sur le bout
des lèvres. On ferait bien des volumes du récit circonstancié des petites
faiblesses des grands hommes. L'empereur devait avoir indispensablement
tout ce que les grands hommes ont. Le. Lig. 21. attentio7i. Le lys n'était
pas plus mon enseigne que celle de l'empereur. Lig. 23. mo/. Décidément
il me boudait. C'était commencer vite. Lig. 26. Je m'étais aperçu que le
général Delesme avait l'intention de me parler en particulier. Nous nous
joignîmes. Il m'apprit avec anxiété Lig. 30. affectueuses. Je n'ai jamais
failli au courage de mon opinion. L'empereur pouvait se rappeler de
16 ADDITIONS ET VARIANTES
Bandol (sic); le col. Vincent avait peut-être jasé. Je ne voyais que cela,
je le voyois sans crainte. J'étais bien décidé.
Page 49, Lig. 10. à tue tête. Ce n'était pas riche, ce n'était pas même
élégant. N'importe ? cela avait un abandon qui plaisait. L'empereur
voulut. Lig. 20. mines, pour les demander à un homme étranger aux
mines dont l'ignorance ne pouvait pas être un moment douteuse, me
blessa. Lig. 24. de conversation. Je l'avoue, que l'on me blâme ou que
l'on ne blâme pas, ni le général Dalesme, ni personne. Lig. 27. au si-
leJice. De son côté, le général Dalesme avec raison était également
froissé de se trouver à table coude à coude avec le maire de Rio Mon-
tagne, après l'avoir désigné à l'empereur comme l'un des révoltés qu'il
avait dû forcément traduire en justice, et l'avoir prié de faire continuer
les poursuites.
Page 50. Lig. 4. cet officier. Jamais l'orgueil ne fut fustigé d'une ma-
nière aussi exemplaire. L'Empereur. Lig. 6. bouche. J'avais besoin
d'être seul. J'allais. Lig. 16. J'étais aux antipodes de ce début : rien ne
m'y avait préparé. Toutefois, je ne pouvais pas rester silencieux. Je lui.
Lig. 18. infâme des Appiani, que la souche de cette race était une sou-
che d'atrocité, et que le crime. Lig. 20. L'Empereur m'avait bien étonné.
Je venais de l'étonner peut-être plus encore. Il s'arrêta ; il me. Lig. 23.
mon âme. Je m'attendais à quelques observations, peut-être même à un
blâme. Pas du tout. L'empereur.
Page 51. Lig. 1. Vwi de Vautre. Rien ne s'était bien enchâssé. Rien aussi
n'était décidé. L'Empereur était resté son maître, mais j'étais égale-
ment resté le mien, et nous pouvions mutuellement prendre le parti
que nous jugerions le plus convenable. Lig. 8. d'administrateur géné-
ral... Que le lecteur m'en croie:., au milieu des chagrins qui ont labouré
ma vie, je n'ai pas éprouvé un chagrin plus cuisant que celui que cette
démarche me fit éprouver, et, malgré moi, mon front se couvre de rou-
geur en me la rappelant. Je fus humilié, après tout ce qui venait de se
passer, que l'Empereur pût penser. Lig. 18. celte espèce, et par défaut
d'habitude. J'avais. Lig. 23. cette habitude de solliciter à genoux était
une vieille habitude du pays, surtout de Rio-Montagne. Lorsque je pris
les rênes de l'administration des mines, les ouvriers, plus particulière-
ment les femmes des ouvriers, ne me sollicitaient qu'en se prosternant,
et il m'avait fallu être très rigoureux pour faire cesser cet usage d'avi-
lissement. Je croyais être venu à bout de le faire disparaître, lorsque
l'affection de mes employés me prouva que ma croyance était une er-
reur. Ensuite, ces braves gens furent désolés de m'avoir affligé. Lig. 18.
tire à terre : c'était le meilleur raisonnement possible. Lig. 31. il en
convint. J'avais surveillé ce qu'on faisait. Lorsque.
Page 52. Lig. 13. avait rendu compte à l'Empereur. Il me demanda
aussi « si je ne croyais pas qu'il dût visiter Palmajola ? », et, sur mon
opinion contraire, il ajouta :« Tant mieux! » Le général Dalesme lui ra-
conta ma levée en masse contre le général anglais. Cela le fit bien rire,
et il s'informa de plusieurs habitants, «-s'ils avaient été de l'expédition >.
Nous étions rentrés. On avait déjeuné à [sic] bonne heure : l'on avait
AUX SOUVENIRS DE PONS 17
beaucoup Tadxc.h.è. J'engageai. Lig. 2^. parut lui faire plaisir. Je croyais qu'il
allait continuer : il se tut. On partit. Je saluai l'Empereur. L'Empereur
parut fort étonné de ce que je ne partais pas avec lui; il m'en demanda
la raison : j'étais embarrassé pour lui en donner une ; il s'aperçut de mon
embarras, et il m'en tira en m'engageant, avec aménité, de (sic) le sui-
vre, parce que mo?i épouse m'attendait. Le retour fut agréable. L'Empe-
reur causa facilement. Sa causerie, sans avoir un caractère sérieux,
était empreinte de ces choses qui frappent, dont on garde la mémoire,
et l'on aurait voulu qu'il ne cessât pas de parler. Il s'arrêta en face de
la forteresse.
Page 53. Lig. 2. il me questionna pour savoir ma pensée, et je. Lig.
14. nquaiido i buoi parlava?io », ce qui signifie : «dans le temps de l'an-
tiquité, lorsque les bœufs parlaient», et l'on se remit en marche. Lig. 19.
Le général Dalesme, dont la franchise el la loyauté étaient tout d'une
pièce, indigné de cette cérémonie.
Page 54. Lig. 2. monde nouveau. Je ne suis pas habitué à manquer
aux convenances, tant s'en faut. Je suis plutôt prodigue de politesses,
surtout avec mes subordonnés . Il est bien vrai que, dans mes rapports
avec mes supérieurs, je ne dépasse guère la politesse qm m'est prescrite
par le devoir. Toutefois, cette manière ne doit pas être une mauvaise
manière, puisqu'il m'est permis de compter au nombre de mes meilleurs
amis les hommes célèbres, sous les ordres desquels j'ai eu le bonheur de
servir honorablement mon pays, et que dans toutes mes adversités, ces
hommes célèbres n'ont pas cessé un moment de me donner des preuves
du plus tendre intérêt. Il est entendu que je ne parle pas des hommes
célèbres de la révolution de 1830. 1830 n'a pas produit une seule illus-
tration noblement acquise. Louis-Philippe semble destiné à rapetisser
les citoyens qu'il lui serait le plus facile de grandir. Il semblerait que sa
parole a une puissance délétère qui éteint la vie morale. On ne trouve
presque plus une personne dont on puisse se plaire à serrer la main.
Nous sommes descendus aux jours néfastes du Directoire. — C'était le
5 mai!
Page 57. Lig. 27. sanctionné. L'adulation rapetisse tous les lan-
gages, même le langage religieux. Lig. 32. On n'est jamais fati-
gué lorsqu'on peut se reposer à volonté, du moins matériellement
parlant. LEmpereur. Lig. 34. extraordinaires., mais au bout du compte,
c'était un homme et, homme il était, comme tous les hommes,
soumis aux conditions humaines. Seulement, ces conditions humaines
étaient pour lui des conditions de prédilection. De là les comparaisons
qui rélevaient au dessus de l'homme, ce qui est toujours un mal, car
il n'y a véritablement que Dieu qui soit au-dessus de l'homme. Ce qu'il
y avait presque de surhumain dans l'empereur, c'était cet esprit pro-
fond, émanation de l'essence divine, qui, en même tems, concevait tout,
embrassait tout, et présidait à tout. Voilà la véritable infatigabilité;
vingt travaux devaient en même temps être exécutés : il précisait à la
fois le mode de leur exécution. Des obstacles arrêtaient la marche de
ses plans : il brisait les obstacles ; là où il était, l'impossibilité perdait
son empire. C'est ainsi qu'en arrivant à l'île d'Elbe, il occupa
18 ADDITIONS ET VARIANTES
Page 58. Lig. 1. immédiatement et extraordinairement to?^. Làg. la.
Bertrand, ces deux messieurs ne furent pas du même avis. Lig. 78. ma-
réchal. J'étais présent à tout ce que je viens de rapporter. Dans cette
recherche de logement, le colonel Vincent avait demandé. Lig. 21 tra-
vail. En eliet, on ne s'occupa guère du général Drouot. Du moins, le
général Drouot n'était pas un souci. L'Empereur Lig 16. dois faire, et il
le lui avait répété le jour de son entrée souveraine à Portoferrajo.
Mais il. Lig. 30. employer, ce qui aurait très bien pu arriver. Le gé-
néral.
Page 59. Lig 13. la fatalité. Il visita une partie du logement du géné-
néral Dalesme : ce logement ne lui convint pas, il ne pouvait pas lui
convenir. Lig. 17. drapeau, et l'empereur, en les félicitant sur leur bonne
conduite, répondant à des paroles qui lui avaient été adressées, leur dit :
Je. Lig. 23. méditations. C'était assez difficile à trouver. On avait tout
épuisé, il fallait décider, l'empereur décida. Il décida qu'on Lig. 27.
architecte, et prenant en mains l'équerre, le compas, il soumit tout à sa
direction immédiate. L'ère nouvelle de l'île d'Elbe s'annonçait avec éclat.
Née d'un géant, elle n'avait pas eu de berceau, et, en entrant dans la
vie, elle touchait à sa virilité. Tout à coup Portoferrajo ressembla à la
Salente de Fénelon. L'illusion était complète. Le génie d'un homme avait
révélé le génie d'un homme [sic). L'apprenti était devenu ouvrier, l'ou-
vrier était devenu maître, le maître était sorti de la vieille ornière des
routines. Chacun. Lig. 34. permanence. Le travail prouvait la force de
son action par l'énergie de son bruit. Les navires
Page 60. Lig. 3. elbois; je conçois que je parle un langage de fiction,
pourtant je suis resté dans le vrai; peut-être même suis-je resté au-des-
sous du vrai, mais je reviens de suite à la simpUcité habituelle de ma
parole. Lig. 5. besoin de savoir ; eux-mêmes y disent rarement la vérité.
On y parle qu'un idiome de convention. L'audience que l'empereur avait
donnée aux députations communales qui étaient venues lui présenter les
hommages de la population elboise, malgré tout ce qui s'y était passé,
ne pouvait, au fond, avoir servi. Lig. 20. pouvait pas lui expliquer.
Rien ne lui échappa. Il passa tout au creuset épuratoire de son génie.
Les différents. Lig. 33. souveril irréparables. Le sous-préfet vint avec
empressement me répéter ces paroles remarquables, d'autant plus re
marquables qu'elles sortaient de la bouche d'un homme que l'on consi-
dérait comme un despote, et qui, il ne faut pas craindre de le dire, avait
fait preuve de despotisme. Il me semble que j'aurais mérité d'être
blâmé si je ne les avais pas soigneusement recueillies.
Page 61. Lig. 8. de félicité. Le restant de l'ile végétait par les pres-
surages accablants du fisc. Les Elbois n'avaient pour ainsi dire pas connu
la France dans son existence habituelle. Ce n'est pas dans le boulever-
sement des nations que l'on peut sagement apprécier les caractères
nationaux et les ressources nationales. Toutefois les données que l'em-
pereur eut. ou bien : [L'empereur put se. Lig. 20. humaine. Ce ne sont pas
les seules choses que j'aurai à répéter dans le cours de cet ouvrage. Quel
était Lig. 22. V ouest de Vile ! C'est ce que l'empereur voulait approfondir.
AUX SOUVENIRS DE PONS 19
Il chercha et rechercha, il rechercha encore, et quelles que fussent les
phrases de l'anarchie, il trouva partout. Lig. 28. Je crois cependant que
les Corses ont naturellement beaucoup plus d'orgueil que les Marcian-
nais, infiniment plus. Lig. 33. l'empereur qui avait tant d'autres avan-
tages immenses. Tout le passé de l'empire était classé dans cette tête
incommensurable, rien ne s'y perdait, ne s'y égarait. 11 y trouvait en
même temps, avec la même facilité, ses codes, ses monuments, ses
batailles.
Page 62. Lig. 6. tout retenir. Si l'on voulait citer les choses les plus
remarquables, l'on remplirait des pages nombreuses, et, en ne disant
que ce que l'on a vu et ce que l'on a entendu, l'on aboutirait peut-être
à faire croire que l'on conte des sornettes. Les prêtres Lig. 11. sacristie,
commérages qui ne sont pas toujours sans scandale. Lig. 32. à cela, la
haute raison de l'empereur fut de suite convaincue que c'était un état
naturel. En efiet, Porto-
Page 63. Lig. 3. des moyens spéciaux. Une marine marchande nécessi-
terait la création de navires, qui, nepouvantpas être occupés par le pays,
devraient aller chercher fortune hors du pays, spéculations liazardeuses,
tout au plus convenables aux places maritimes où les fonds sont surabon-
dants et à laquelle Portoferrajo ne peut pas même penser. Lig. 13. Et
qu'on ne pense pas que les investigations de l'empereur ressemblaient à
ces recherches de pure curiosité qui alimentent l'esprit sans aller au
delà de l'esprit, et qui ne transmettent rien, ou presque rien, aux sciences
et aux arts. L'empereur s'emparait de chaque question comme si tout son
savoir appartenait à cette question. Il approfondissait tout: il n'effleurait
rien. Lorsqu'il y avait un doute, il le tournait, il le retournait, il le prenait
à droite, il le prenait à gauche, en haut, en bas, de toutes les manières,
et, dans cette lutte, il finissait toujours par vaincre. Un rayon de lumière
jaillissait du débat. Il n'y avait jamais quelque chose de petit lorsque ce
quelque chose pouvait l'instruire, quelle que fût cette parcelle d'instruc-
tion. Une qualité bien plus remarquable qu'on ne le croit ordinairement,
qui manque trop souvent aux hommes supérieurs, c'est que l'empereur
no faisait jamais peser son savoir sur ceux qui ne savaient pas, et qu'il
prétait sa force à la faiblesse. // ne fallait. Lig. 28. Vincent, il monta à
cheval avec lui, il.
Page 64. Lig. 5. l'empereur lui disait de l'accompagner, surtout quand
il lui demandait. Lig. 15.à ïarme du génie. L'empereur savait tout ce que
le colonel Vincent disait et faisait; tout ce qu'on disait et tout ce qu'on
faisait, car avant même qu'il eût quitté la frégate anglaise, on lui avait
organisé une police pour l'instruire de tout ce qui se passerait autour de
lui, et, alors, instruit qu'il était, il prenait le colonel Vincent par son côté
le plus faible. La vérité est que le colonel Vincent Lig. 19. Vince?if. Comme
je l'ai déjà dit, l'emperetir. Lig. 20. frégate, lorsque nous étions allés en
députalion. Lig. 22. consultait point sur les choix qu'il faisait. Toutefois,
dans le salon, comme dans le cabinet, il le traitait avec une considération
aflectueuse toute particulière, et il saisissait avec soin les occasions de
pouvoir lui dire quelque chose d'agréable. Certairiement. Lig. 27. l'em-
2 0 ADDITIONS ET VARIANTES
barrassait. Voilà le secret de la résere que l'empereur affichait à l'égard
du général Dalesme. Je crus que l'empereur allait en appeler à mon
opinion. Ce ne fut qu'un éclair.
Page 65. Lig. 2. du pays. Ici la chose était plus graye. Je dis. Lig. 4-
pai-tisan, ajouta l'empereur. J'ajoutai aussi: Je ne suis jamais. Lig. 9. El-
bois. Je ne pouvais point croire cela. Ce-pendant l'épouse. Lig. 13. appeler;
je ne le fis pas attendre : je devinais ce qu'il voulait de moi. 11 ne me
donna pas le temps de le saluer. Je rends le colloque : «tVous êtes donc
convaincu. Lig. 29. dangereux. Chaque jour amenait sa tâche. On pour-
rait presque dire que chaque heure avait son emploi. C'était. Lig. 33.
preuves. Il citait beaucoup de choses. L'empereur ne tarda pas.
Page 66. lig. 2. la bombe, et que les voyageurs instruits vont
visiter avec beaucoup d'empressement. Il resta longtemps dans ce
vaste bâtiment, il en. Lig. 9. sa part. Mais laissons un peu l'empereur à
ses projets, à ses plans, à ses méditations, et retournons à Rio, où le
général Drouot s'est rendu pour prendre possession des mines. Notre
voyage ne sera pas long. Lig. IL à personne. C'était surtout le général
Drouot qui. Lig. 14. possible. J'avais tout préparé. Nous mîmes.
P. 67, lig. 22. (après le texte) Ce n'est pas sans raison que j'ai copié
dans toute son étendue, le procès-verbal de la prise de possession des
mines au nom de l'empereur. D'abord je ne me crois pas le droit ni
de taire, ni de mutiler une pièce officielle, qui par sa nature est desti-
née à la publicité, ensuite parce que cette pièce se trouve éminemment
liée à une grande discussion qui doit tenir une place marquée dans mon
ouvrage, et puis, parce que sa brièveté l'empêche d'être ennuyeuse.
N'anticipons pas. La grande discussion aura son temps. Avant d'arriver
à elle, je dois classer tout ce qui forme la première phase historique de
l'empereur à l'île d'Elbe, et c'est pour cela que je rentre à Portoferrajo,
Que l'on n'imagine pas que ce que je vais dire est une exagération.
Quoi gu'ily ait peu. Lig. 24. dispos. C'est qu'il donne. . . que ses ordres...
et que chacun. Lig. 33. travail: j'en ai plus d'une fois fait l'observation.
Pour ?ie pas
Page 68, lig. 21. déjeuna avec son œuf à la mouillette. On ne pouvait.
L'empereur. Il va sans dire que le colonel Lig. 5. à satiété. Son esprit
en était plein. Lig. 9. de la mairie. C'était pour lui un supplice cent
fois plus cruel que le supplice de Tantale. Il serait mort à la tâche de
l'inoccupation. J'ai dit quil était à la fois Lig. 15. bien. Il avait laissé
dire : on le laissait faire, c'était la chose la plus raisonnable Lig. 25.
sa compagne conjugale. A tout propos il annonçait. Lig. 28. respect filial
pour sa mère, avait. Lig. 29. est droit au cœur, et l'on pouvait le citer
comme un bon exemple à suivre. // assurait
Page 69. Lig. 3. pensif. Il semblait affligé d'avoir fait vibrer cette
corde. Lig. 4. de bois, et, dans son ébranlement, la tabatière. Lig. 9. pour
ramasser le bijou qui venait de tomber, il le regarda de suite avec des
yeux d'anxiété, et lorsqu'il
Page 71. Lig. 4. de l'île. Cela ne pouvait pas être autrement ; cela
n'avait pas été autrement. Mais Lig. 6. ancienne autorité, de telle sorte
AUX SOUVENIRS DE PONS 21
Lig. 7. marche du pouvoir, ce qui équivalait à l'absence du pouvoir.
Personne n'obéit lorsque tout le inonde commande (sic); il serait même
peut-être mieux de dire: «Personne ne commande lorsque tout le monde
commande. Chacun faisait bien de son mieux, mais ce mieux n'était pas
combiné avec les autres mieux ; ce qui les amenait à se heurter; et sans
ensemble, il n'y a pas possibilité générale du mieux, car il n'y a pas
possibilité du bien. Ce n'était pas Lig. 14. parlée et la loi parlée a
toujours l'esprit de celui qui la transmet. Vingt organes de la loi parlée
lui donnent vingt natures diflerentes.
P. 72. Lig. 13. intéressant de cette branche de l'administration publi-
que. Lig. 17. suffirait. Je reviendrai là-dessus. L. 24. aide de camp, et
lorsqu'il fut arrivé à l'armée, en présence. Lig. 27. foyers. Quelles que
fussent les raisons qu'il alléguait pour justifier sa conduite, ses conci-
toye7is. Lig. 26. déserté le poste d'honneur. L. 28. signalés, et qui à tous
égards méritait d'être choisi. L. 30. voulut se tromper. Le commandant
qui n'aurait pas dû être nommé appartenait au parti aristocratique :
celui qui aurait dû être nommé appartenait au parti patriotique. C'est
une.
Page 73. Lig. 1. victoire est à nous. Je veux être juste pour l'empe-
reur, mais je ne veux être que juste et pour dire le bien comme pour
dire le mal, je ne me détournerai point de la ligne droite. Ce n'est pas
un mérite, c'est un devoir.
Page 73. Lig. 5. réorganisatioji. Il faut le dire: dans toutes. Lig. 1 était
une carrière sans avenir. Lig. 22. des hommes distingués. L'histoire gé-
nérale des polytechniciens serait un monument de gloire devant [lequel]
toutes les nations généreuses se prosterneraient.
Page 74. Lig 3. Avant de passer outre, je veux communiquer à mes
lecteurs la connaissance que j'ai acquise du peuple officiel qui a entouré
l'empereur pendant les dix mois qu'il a régné sur l'île d'Elbe, et cela me
dispensera peut être de quelques répétitions fastidieuses. Les grands
hommes ont leurs traditions comme les hommes ordinaires. Ils suivent
les grandes traditions comme les hommes ordinaires suivent les petites
traditions. César avait l'habitude d'employer indistinctement ses amis et
ses ennemis, quelquefois même de préférer ses ennemis; il croyait
pouvoir ainsi paralyser leur mauvais vouloir. D'autres grands hommes
avaient précédé César dans cette erreur, d'autres grands hommes l'ont
suivi. C'est surtout l'empereur Napoléon qui l'a imité à cet égard. L'em-
pereur Napoléon a tant de fois été trompé par les hommes, si cruelle-
ment trompé par les hommes de son choix, par les hommes de son cœur,
qu'il a fini par se persuader que les hommes sont tous ou presque tous
d'une nature d'égoisme qui les enchaîne plus ou moins à la sordidité de
l'intérêt personnel; et partant de ce principe, qui est la mécréance des
vertus humaines, il en est venu à ne compter que sur les hommes qui ont
besoin de compter sur lui. Alors il se fie plus à l'ennemi qu'il peut obli-
ger qu'à l'ami pour lequel il ne peut rien faire. C'est un grand malheur
de ne pas croire à la vertu, surtout de ne plusy croire. Ah! si l'empereur
avait respecté les vertus républicaines, s'il les avait vivifiées au lieu de
22 ADDITIONS ET VARIANTES
les corrompre, de les empoisonner, il ne serait pas réduit à se deman-
der où est la vertu, et la trahison n'aurait pas tout envahi, même sur les
marches du trône ! Néanmoins l'empereur chérit les gens de bien. Les
noms des Garnot, des Lacépède, des Gaudin, des Maret, des Gaulincour,
le font bondir d'émotion et il ne les prononce qu'avec une sorte de res-
pect. D'après ce que je viens de dire, il est naturel de penser que, excepté
le général Bertrand. Lig. 9. à l'avenant. Telle était l'opinion exprimée
Ce n'était pas là en effet où l'empereur pouvait craindre de trouver la
sordidité de l'intérêt personnel. On adopta les premiers qui se présentè-
rent, tous se présentaient. Lig. 14. avait eu de l'avancement, car l'avan-
cement avait été général, et les avancements en masse ne sont pas
toujours la récompense du mérite; le mérite peut même être humilié
de s'y trouver compris. Cet ensemble avait son bon côté, il avait aussi
son côté faible. Quelques individus qui en faisaient partie par la 7'aisoji.
Lig. 18. quelquefois même à des observations qui n'étaient pas risibles.
Je ne parlerai que des personnes qui étaient à la tête de la maison
impériale. Lig. 25. d'honneur, sentiment égal à tous les grands senti-
ments. Lig. 27. Bertrand, et il paraissait. Lig. 31. ses pensées. On pour-
rait dire que ses aff'ections n'étaient que des alïections de foyer. Que si.
Lig. 32. avaient attaché Napoléon au général Bertrand ou qui avaient
identifié le général Bertrand à l'empereur Napoléon, la main sur la
conscience. Je dirais.
Page 75. Lig. 11. d e l'île, et en même temps il avait été chargé. Lig.
17. cette rései've. Tous les autres étaient rétribués comme aux jours du
grand empire. // y avait. Lig. 24. Napoléon, voyage qui a ensuite été
publié, dit. Lig. 8. L'Empei-eur. Je n'ai pas qualité pour parler de son
savoir, mais ce que je puis dire, c'est qu'il était. Lig. 12. L'Empereur.
Ce qu'on remarquait d'autant plus que cette obséquiosité. Lig. 18. Le
humait. Alors le médecin en chef, faisant ce qu'on pourrait appeler de
lasavantise, voulut. Lig 22. coliques, l'Esculape allait continuer lorsque
l' Empereur . Lig. 33. cependant on le critiquait beaucoup moins que le
médecin en chef; on ne lui reprochait pas d'être le premier pharmacien
de l'empereur; c'est qu'il ne faisait pas flamboyer sa broderie ; c'est que
dans l'exercice de ses fonctions, sa parole n'était pas insultante pour
ceux à.
Page 77. Lig. 2. qui il s'adressait, et enfin c'est qu'on le considérait
comme un bon camarade. On ne se faitpeut-étre pas une juste idée de
ce qu'a de puissance la protection de la camaraderie, alors même
qu'elle est en dehors des associations. Lig. 4. Je disais que tout le
monde avait reçu de l'avancement en venant à l'ile d'Elbe. MM. les
fourriers avaient grandi dans (Lig. 5) les rangs de l'armée, et dans les
rangs de la maison de l'empereur. Lig. 24. à l'écouter. On était naturel-
lement porté à lui tendre la main. Lig. 29. conduite aussi régulière ;
tout en n'étant pas plus sage qu'un autre, il faisait parler de sa sagesse,
il en faisait parler souvent, et l'on avait fini par y croire aveuglément.
Il était l'âme des coteries, c'est par les coteries qu'il se rendait néces-
saire, rarement l'on pouvait se passer de lui. Ses opinions. Lig. 33. de
AUX SOUVENIRS DE PONS 23
conduite et quoiqu'il n'eût jamais rien fait que la justice des tribu-
naux pût légalement condamrier, // n'était pas entouré.
Page 78. Lig. 2 de nie, quoique cette haute naissance ne se fondât
sur aucune célébrité. Lig. 6. de le nommer. Il me vient à la mémoire
que. Lig. 11. en avait fait un choix honorable. Plût au ciel que les au-
tres choix aristocratiques que l'empereur avait faits en France, eussent
été aussi convenables et aussi dignes ! Lig. 17. Porto ferrajoise qui la
blâma avec amertume. Lig. 19. considération. Cette considération
était méritée. Lig. 22. raison, de ce qu'on lui avait préféré un homme
qui ne le valait pas, quitta l'Elbe, et les Elbois le regrettèrent. Je n'ai
jamais pu connaître positivement quelle fut l'influence invincible qui
avait égaré ainsi l'empereur. Lig. 25. il était jeune, et sa tête déjà vol-
canisée avait besoin d'un guide sévère qu'il ne pouvait certainement pas
trouver au sein de sa famille. A cet âge il avait.
Page 79. Lig. 1. imbécillité. Je crois pourtant avoir deviné pourquoi ;
l'Empereur. Lig. 11. Binelli, et il ne pouvait pas y avoir en lui un avenir
d'espérance. Lig. 19. mouvement de plaisir, dont la présence de mon
uniforme français avait occasionné la manifestation. Lig. 24. de grade
indigna surtout ceux que l'usurpation mettait militairement au-dessous
de l'usurpateur. Il y eut des explications. Ces explications furent vio-
lentes. Lig. 27. garde; il fut souvent un sujet de querelle ; il dut. Lig.
29. des murmures. Je finis cette anecdote par où j'aurais dû la com-
mencer. Cet officier s'appelait Roule. Pendant la durée de la scène im-
périale de l'île d'Elbe, jamais. Lig. 31. distingué, et hors de l'île d'Elbe,
je ne l'ai pas vu courir là où les gens de cœur s'empressaient d'aller. Il
et vrai qu'il faisait un service qui ne lui permettait pas l'exercice de
sa propre volonté. (Avant la ligne 32.) Je continue ces espèces de bio-
graphies qui, sans avoir chacune une importance historique, n'en for-
ment pas moins par leur réunion un des matériaux nécessaires pour
l'histoire de l'Empereur à l'île d'Elbe, et l'PJmpereur en était si bien
convaincu, que dans un moment où son esprit semblait ne pouvoir
être occupé que des choses de la plus haute importance, il avait cepen-
dant pensé à m'en parler. Lig. 33. Paoli, qui faisait le pendant. Lig. .34.
bientôt l'Empereur traînait.
Page 80. Lig. 2. ni la finesse corse, ni la fierté corse, ni le courage
corse, et je suis indulgent en disant qu'il n'était bon qu'à servir. D'au-
tres esclaves l'avaient répété avant lui, mais je l'ai entendu répondre.
Lig. 10. celle que la Légion d'honneur avait destinée. Lig. 13. gendarme,
il fut excellent jusqu'à l'injuste. Lig. 14. d'escadron, tout en étant bien
convaincu de son incapacité absolue. Lig. 15. éhonté se hâta de renier
l'Empereur, et il fut un des. Lig. 17. Ce Corse ignorant et ingrat ne
fut pas le seul Corse ingrat et ignorant. Le vicaire. Lig. 22. l'Empe-
reur était sur la frégate anglaise qu'il. Lig. 27. germain, n'était pas le
cousin germain de la bêtise et de la trivialité, il n'était le cousin ger-
main que du génie et de la grandeur, et il n'écouta M. le Vicaire géné-
ral que lorsque M. le Vicaire général lui disait la messe. La vérité est.
Lig. 31. éloigné, ce qui n'était pas un grand.
2 4 ADDITIONS ET VARIANTES
Page 81. Lig. 2. il pria, il fit prier powr le. Lig. 8. protection dont il
s'était beaucoup vanté Vavait Lig 10. joué, ou vendu cent. Lig, 14. i7ifo7'-
tunes de la France, comme Jérémie pleurait les malheurs de Sion. C'était
le chemin le plus droit et le plus assuré pour arriver facilement au cœur
de l'Empereur. La première barrière était franchie: Poggi s'insinua, se
glissa, tourna les obstacles, et il arriva à la confiance de l'Empereur.
L'Empereur le chargea de la police d'intimité. Ce n'était pas une police
hargneuse, tracassière, méchante, ce n'était pas même une police. Lig.
20. familles. Ce n'était pas pourtant un homme d'instruction, tant s'en
faut, mais il avait un instinct remarquable pour se faufiler dans les
foyers et pour faire parler les. Lig. 23, l'Empereur. Nous le retrouve-
rons dans le cours de cet ouvrage. Lig. 26. françaises, mais il avait
longtemps médité sur le droit romain, et ce droit lui. Lig. 28. Néan-
moins, tout changeait en lui lorsqu'il siégeait comme juge, et alors,
enchaîné par sa conscience, il était magistrat intègre. L'homme, même
l'homme de probité qui se laisse aller à des liaisons dangereuses, finit
par subir l'influence de ces Liaisons, et souvent, sans peut-être s'en dou-
ter, il s'associe à de mauvais sentiments qu'il repousserait avec indigna-
tion s'il était livré aux seules impulsions de son cœur. M. Baccini
Page 82. Lig. 10. homme : car il est des limites que la bonhomie ne
franchit qu'en s'exposant à se montrer ridicule, particulièrement dans
l'exercice des fonctions publiques. Il était fort. Lig. 12. à demander, à
se demander s'il était. Lig. 14. emploi. Il disait la vérité en riant. Il
aurait accepté le gouvernement anglais, comme le gouvernement autri-
chien, comme le gouvernement napoléonien, l'un après l'autre, et pour
chacun d'eux il aurait, tour à tour, proclamé qu'Us étaient un bienfait
de la providence. Cela ne l'empêchait pas. Lig. 19. trouvé. Telle était,
si je puis m'exprimer ainsi, la partie civile prédominante de l'équipage
gocial qui, dans la nef politique de l'île d'Elbe, allait, sous les ordres
de l'Empereur, traverser l'océan des destinées, et bientôt nous aurons à
nous entretenir de la partie militaire qui devait voguer avec elle. Lig.
25. besogne. La présence du chef est un stimulant pour le subordonné
Lorsque celui qui commande travaille, celui qui obéit n'ose pas rester,
sans rien faire. L'Empereur ne.
Page 83. Lig. 16. inquiété, quoique il n'y eût pas une ombre d'inquié-
ude à avoir.
Page 84. Lig. 3. Française. Je le dis pour que les soupçons ne se portent
pas sur quelque dame de Portoferrajo. Lig. 13. il s'adressait. Je crois que
ce siège devrait tenir, dans nos fastes militaires, une place plus grande
que celle qu'il y lient et qui n'est pas du tout celle qu'il devrait y tenir.
Lig. 15. ce fort comme pour la place de Longone. Toutes. Lig. 25. vain à
sa porte. Ce n'est pas un homme qu'on doive mettre de côté en écrivant
l'histoire de l'empereur à l'île d'Elbe. M. Rébuffat. Et pourtant, chose
plus remarquable, anse. Lig. 28. enfant. De ce qu'il riait sans cesse, qu'il
s'exprimait difficilement, on le prenait.
Page 85. Lig. 21. de plus important. J'en préviens mes lecteurs. Cet
épisode, consacrant un fait tout particulier, n'a pas besoin d'être subor-
AUX SOUVENIRS DE PONS 25
donné aux dates des faits généraux dont il peut se détacher à volonté; et
pour ne pas affaiblir par des intervalles l'intérêt qu'il me semble devoir
inspirer, j'irai du commencement jusqu'à la fin sans m'arrêter. Ensuite
je reprendrai ma chronique au point où je viens de la quitter. Lig. 29.
Légion d'Honneur, somme que l'on pouvait et que l'on devait économiser,
du moins selon mes principes d'administration. Je fis tout. Lig. 34. mo-
ment honorable. 11 aurait été l'homme de mon choix, si son choix avait
été économique. Mais ici son choix.
Page 86. Lig. 13. Florence. La recette se trouva veuve du receveur, car
Zes. Lig. 18. C'était un devoir que je remplissais en dehors de mon devoir.
J'avais ainsi sauvé plus de deux cent mille francs. Il m'était permis de
considérer cela comme un bon service rendu à la Légion d'Honneur, car
sans moi cette somme aurait été perdue. Mais il ne sullisait pas d'avoir
sauvé le bien de la Légion d'Honneur; il fallait encore le lui conserver,
et c'était là le difficile, sans cependant qu'il y eût impossibilité absolue.
Je pris une décision hardie, celle. Lig. 33. Bourbons. La possibilité de
ce déplorable événement ne s'était jamais présentée à mon esprit.
Page 87. la conduite ou l'inconduite de la princesse.
Page 87. Lig. 6. arriva à Portoferrajo qu'il s'investit de la souverai-
neté de l'île d'Elbe, et qu'il chargea le général Drouot de prendre posses
sion des mines. Il avait à craindre la rapacité des ennemis de la France,
car je croyais que l'Ile d'Elbe deviendrait leur proie. Je ne fus. Lig. 10.
à l'abri, comme j'y avais mis la caisse. Lig. 13. taire ma conduite, et je
lui en confiai le secret, J'étais soulagé de pouvoir me livrer à un homme
dont toutes les paroles avaient un caractère de moralité exemplaire. Lig.
18. pour moi., et en nous séparant, il me sembla. Lig. 20. Drouot, dont
toutes les pensées avaient une pensée [sic) virginale, croyant faire quelque
chose qui pourrait. Lig. 21. raconté, et dans son premier mouvement,
l'Empereur. Lig. 23. trésorier, comme si un trésorier a jamais dit non
lorsqu'on lui fait voir un moyen de grossir le trésor. Le général Bertrand
approuva l'empereur. Le général Drouot ne l'approuva pas. On s'était
déjà aperçu que je n'étais pas homme à obéir aveuglément. Lig. 32. le
général Bertrand. Il me fit part des intentions de l'empereur. Il tomba
des nues. Mon étonnement extrême frappa le général Drouot, il me de-
manda ce que je ferais. Je lui
Page 88. Lig. 5. cependant elles me firent plaisir, et même, je ne dois
pas le taire, elles me fortifièrent dans la résolution à laquelle je venais de
m'arrêter, de ne pas céder aux exigences de l'empereur. L'opinion d'un
honnête homme est un grand appui dans les affaires de délicatesse. Le
général Drouot. Lîg. 12. mais il était facile de s'apercevoir qu'il n'était.
Lig. 13. le gênait, et en effet, cette pensée, après avoir été contenue, finit
par s'échapper, et j'en eus connaissance. Le général Bertrand m'an-
nonça. Lig. 15. e?i caz'sse. J'étais préparé. Je répondis de suite, d'abon-
dance, d'explosion. Lig. 33. Le général Drouot ne s'était pas trompé.
L'orage éclatait sombre et menaçant. On pouvait même le considérer
comme une tempête. A dater de ce jour, ou plutôt de ce moment, tout.
Page 89. Lig. 3. Ma vie de cour était scabreuse. Le chemin était jon-
26 ADDITIONS ET VARIANTES
chê d'épines. Ce n'était pas là ma vie naturelle. Aussi. Lig. 5. quatre
mois J'en parle à l'avenant comme si elles avaient eu lieu le même jour.
Je n'avais pas eu le temps d'cluclier l'empereur. Cette étude ne pouvait
pas être une étude ordinaire. Elle demandait du temps, delà méditation,
du jugement. Je ne négligeais rien pour connaître à fond le caractère du
grand homme en face duquel le sort m'avait jeté. Lempereur ne. Lig.
12. susceptibilité^ et elle maîtrisait l'empereur dans les choses d'un or-
dre élevé comme dans les choses de la plus minime importance. Il aimait
à. Lig. 25. rfe'soiéîV et toutes les sornettes du monde ne pouvaient ni chan-
ger ni atténuer cette obéissance ou cette désobéissance. Je disais noni
ma désobéissance était pleine et entière. L'empereur ne le voyait pas
autrement; ilnepouvait. Lig. 29. fous les emplois de l'île, et àpeu de chose
près de tous les emplois nouveaux; les mines formaient tout l'apanage
elbois de l'empereur. C'était une position d'envie, aussi elle ne manquait
pas d'envieux. Lempereur Lig. 32. personne, et ma ténacité servait de
pâture à toutes les opinions, surtout aux opinions intéressées. On disait
Page 90, ligne 16. sentiment contraire . C'est parce que je le respect
tais que je ne me révoltai pas sans réserve contre son injuste prétention-
Je l'aurais bravé s'il avait été tout puissant. Je l'avais dit positivemen.
au général Drouot, c'est comme si je l'avais dit positivement à l'empe'
reur ; mais f avais dit. Ligne 22. avec l'empereur : je devais considérer
la chose comme positive, puisque je n'avais fait de conditions qu'avec
le général Drouot. Cependant, depuis mon refus d'obéissance pour
le versement des fonds, Vempereur.
Page 91, ligne 4. me les donner, ce qui ne l'empêchait pas de me faire
donner d'autres ordres. Aussi son. Ligne 9. administrati/s. Il n'y avait
pas là de la jactance, encore moins delà bravade. J'étais convaincu que
cela devait être, et j'agissais d'après ma conviction. Ligne 12. jouissais
et peut-être à dessein, même sans peut-être, un chambellan. Ligne 17.
convenait. Mes lecteurs comprendront bien que ce n'était pas l'avidité
de l'argent qui me faisait mettre le parti en main à l'empereur, c'est que
je ne voulais. Lig. 22. là. On est bien fort lorsqu'on marche droit. Mon
opinion était arrêtée, wio?^ bagage. Lig 30. pieds, embrassant mes genoux,
il me suppliait. Ligne 31. autres fois, je le sauvai, c'est-à-dire que je
payai. Ligne .32. Vantini avait su cela, l'avait.
Page 92. Ligne 3. incompréhensible. Mes lecteurs comprendront qtie je
viens. Ligne 6. Il aimait qu'on allât lui dire. Sa méfiance des hommes le
portant plutôt à croire le mal que le bien, il était toujours. Lig. 9. hu-
main ! C'est vraiment se condamner à une permanence d'injustice ! Les
traîtres, les ingrats, les corrupteurs, les corrompus, principes immédiats
du renversement impérial, avaient conduit l'empereur à cet enfer anti-
cipé, et il était bien plus à plaindre qu'à blâmer. L'exemple de ce qui
arrivait à l'empereur aurait dû être une leçon pour les rois. Mais aucun
d'eux n'en a profité, et si l'on y fait attention, l'on verra que les défauts
les plus dangereux du grand homme, ont, en les exagérant, été adoptés
par toutes les têtes couronnées qui pèsent maintenant sur le monde
social. Espérons que les mêmes causes produiront les mêmes effets.
AUX SOUVENIRS DE PONS 21
Lig. 12. inutile, et dans un but d'économie, l'empereur. Lig. 13. ce qui
était un tort pour ses propres intérêts, et il ne me fut pas difficile de le
lui démontrer. Toutefois Vempereur. Lig. 16. daiis leur intérêt, je ré-
clamai un peu vivement, parce que je croyais ma réclamation fondée.
Ligne 20. empereur. J'étais persuadé que le généx'al Drouot serait aise
de me voir échapper à une tourmente qui l'avait maintes fois affligé. Je
me trompais. Le général Drouot n'avait pas remis ma démission, du moins
il était censé ne pas l'avoir remise; il me la. Lig. 23. empereur. Le
général Drouot avait une grande influence sur moi. Je fis ce qu'il. Lig.
24. chercher par un officier d'ordonnance. Lig. 25. corvée que d'être
obligé de m'y rendre. J'y fus. Je trouvai. Lig. 29. contenté, il se leva et
il me dit. Lig. 32. été mal pour moi. Au lieu de me raisonner sur les
motifs qui me faisaient refuser de lui livrer la caisse, il m'avait.
Page 93. Lig. 3. devina, je cherchai encore, je cherchai en vain.
Lig. 5. Dalesme et plus particulièrement de mon. Lig. 6. Drouot, le
général Drouot était souvent chez moi, il savait que je consacrais toutes
mes heures de repos à l'étude. Lig. 13. confiance, et quoique nous dus-
sions forcément être d'une opinion contraire, il avait toute la mienne
Je le reçus avec plaisir, convaincu que j'étais cependant du motif de sa
visite, D'abord, il me parla de la pluie et du beau temps, ensuite du ciel
et de la terre, et enfin il aborda la question. Mais quels sont les moyens
possibles pour. Lig. 17. l'empereur ne le lui aurait pas permis. // vou-
lait. Lig. 30. empereur. Nous verrons plus tard que Vempereur.
Page 94. Lig. 1. délicatesse, expression dont je lui ai toujours con-
servé un souvenir reconnaissant, et auquel je me plais à donner de la
publicité. M. Peyrusse et moi.... Vautre. C'est une mission pénible que
celle qui a pour but de faire triompher une injustice. M. Peyrusse l'avait
compris, et il. Lig. 7. sur le feu comme on dit vulgairement. Lig. 20.
tintement des écus. De quel côté et de quelque manière que les écus tin-
tassent, et en cela, et pour cela directement ou indirectement, il était
forcé de s'associer à l'espèce de rapacité incompréhensible dont l'empe-
reur faisait preuve par sa despotique exigence à mon égard. Mais à côté
de l'homme public, il y avait l'homme privé, et l'homme privé était inno-
cent du mal que j'endurais. Plein du débat que je venais d'avoir avec
M. Peyrusse, je fis un appel à. Lig. 14. a ff ai re.Jnsques là, j'avais respecté
sa réserve. Dés lors. Lig. 16. de recourir à lui. Il n'y avait pas de doute
qu'il avait lutté en ma faveur. Lig. 19. tourment. C'est encore une chose
de gravité qui ne doit pas échapper à l'histoire de l'empereur Napoléon
à l'ile d'Elbe. La farine. Lig. 24. l'emperetir écouta ce mauvais conseil.
Il décida. Lig. 28. l'empereur. J'avoue que ces ordres. Lig. 30. éti'e
calme, sans cependant être très calme. Lig. 31. les ordres qu'il m'avait
fait donner par le général Bertrand, Lig. 33. le général Drouot. Le
général Drouot trouva que j'étais trop agité,
Page 95. Lig. 2. chefs de poste : je leur communiquai ce qui se pas-
sait. Lig. 3. mauvais pain : ce qui devait être. Le général Drouot
m'avait suivi de près, il put.
Page 96. Lig. 4. paternel qui pouvait me subjuguer, qui me subju-
28 ADDITIONS ET VARIANTES
guait. Lig. 7. de dureté dans la bouche du général Bertrand était un
langage si extraordinaire. Lig. 10. égal à celui qu'il avait pris. Lig. 14.
Bertrcmd, continuant sa pensée exprimée, m'adressa. Lig. 21. caractère ;
on lui avait monté la tête.
Page 97. Lig. fussent comme moi, avec moi, sans cesse. Lig. 21. pris.
Je ne devais plus écouter personne, pas même l'Empereur; ma con-
science était là : elle faisait entendre sa voix impérieuse elle m'impo-
sait la résistance, si la résistance devenait nécessaire. Lig. 25. J'avais
prêché d'exemple. Un colonel qui chercherait à éviter le danger immi-
nent auquel son régiment serait exposé, mériterait de perdre ses épau-
lettes, et les ouvriers des mines étaient mon régiment.
Page 98. Lig. 7. avec un homme tel que l'Empereur, l'Empereur tombé
dans l'infortune. J'avais l'intention de lui obéir. J'aurais voulu pouvoir
exécuter ses ordres sans être obligé à [sic) l'inquiéter par des obser-
vations. Mais quelle confiance aurait-il eu en moi si, dans toutes les
circonstances, je lui avais lâchement sacrifié mon intelligence, alors
même qu'il se trompait. L'Empereur s'était fait U7ie. Lig. 10. Vobéis-
sance, l'obéissance passive, selon l'esprit qui avait dicté sa volonté, et
il. Lig. 14. ses erreurs nées des habitudes despotiques. Sa mauvaise hu-
meur passait vite. Elle passait sans laisser des traces dangereuses dans
l'empreinte de son passage. L'Empereur Lig. 22. ont le plus aimé, qu'ils
aiment le plus encore. J'en ai des preuves multipliées. Lig. 30. l'Empe-
reur et que ce blâme n'était pas sans un certain danger d'interprétation
maligne. L'Empereur chambre. Toutefois que répéter, et cette
répétition, toute indiscrète qu'elle était, ne laissait que d'être un aver-
tissement. J'en fis.
Page 99. Lig. 12. paternels. J'avais pourtant agi consciencieusement
pour le bien de tout et de tous ; je n'avais point de reproches à me
faire, j'étais tranquille, car je ne mettais aucune importance à la clan-
destinité et à l'injustice du double blâme dont, dans cette circonstance,
j'étais l'objet. Lig. 14. de l'argent. Il y avait eu suspension d'armes.
Lig. 15. un choc violent. De part et d'autre, l'on a médité sur ce qu'on
doit faire pour l'attaque comme pour la défense. On retourne frais et
dispos au champ des combats. Lig. 18. son organe. M. Peyrusse était
toujours le môme dans la ligne du devoir. Je n'avais pas varié dans la
ligne de l'honneur. Nous échangeâmes des paroles, tout se passa en
paroles. Lig. 25. convaincu de l'inébranlabilité de ma résolution, tant
que ma conscience me dirait que je devais être inébranlable. Avec
l'Empereur, c'était autre chose ; chaque coup portait ; le glaive était
toujours hors du fourreau; il n'y avait pas à dire, il fallait. Lig. .%.
système gétiéral. Son système général était précisément tout le con-
traire. Ordinairement, il discutait.
Page 100. Lig. 7. nous entendre. De tout ce que l'on avait débité con-
tre l'Empereur, j'avais cru sottement qu'il laissait échapper des paroles
ofifensantes, et j'étais sur mes gardes pour ne pas me laisser oâ'enser.
J'étais même un peu trop sur mes gardes. Car cette précaution aurait
pu m'entraîner plus loin que, dans tous les cas, je ne devais aller. Mais
AUX SOUVENIRS DE PONS 29
l'Empereur, qui eut. Lig.8. blessante, et encore aujourd'hui j'en bénis le
ciel. Lig. 9. parlait de quelque az/^re chose. Lig. 12. à recommencer comme
s'tl n'avait jamais été question de rien. Lig. i'd. assidu et entièrement livré
aux jouissances du foyer. 11. Lig. 21. ce qui faisait parfois que l'Empe-
reur, impatienté des retards, prenait de l'humeur et grondait les per-
sonnes dont le zôle avait été exemplaire. // m'arrivait. Lig. 23. rensei-
gnemens que j'avais donnés une première fois et dont. Lig. 25. Mais
dans son cercle de circonstance, il. Lig. 26, et il est facile de compren-
dre que cela. Lig. 27. impoi'tantes, même dans les choses ordinaires-
Lig. 30. cabinet, et il ne le taisait pas. Lig. 32. pontion, il ne l'avait
peut-être pas pu. Lig. 33. remparts. Mais ces étincelles ne pouvaient
pas féconder ce qui était d'une nature inféconde. Cela le.
Page 101. Lig. 1. choses , et gare les hommes et les choses qui se
trouvaient en présence {sic). Tant q'uil. Lig. 6. J'ai a:\ique l'Empereur.
Lig. 9. un des voleurs : il vola, il fit voler. Lig. 18 : établissement, et
ce moyen, en effet fort simple, c'était. Lig. 23. besoin de résistance.
J'avais déjà représenté que je ne pouvais pas laisser sans aucun moyen
d'existence les marins renvoyés du service : j'avais dû prendre sur moi
de leur donner à manger. Des plaintes. Lig. 29. je commandais seul.
Ces éloges m'affligeaient, car ils avaient une apparence de désenchante-
ment pour l'Empereur, et que je craignais que la manifestation de cette
apparence ne fît des progrés dangereux. C'est dans ce sentiment de
crainte que je prévins.
Page 102, lig. {.auprès de lui, j'étais descendu dans mon for intérieur.
Lig. 29. destinées. Je le répète, j'avais été entraîné. La parole était par-
tie de mon cœur sans que mes lèvres l'eussent arrêtée au passage. Uem-
perevr.
Page 103, lig. 12. trouvait mieux. En effet, les ouvriers des mines,
transplantés hors des mines, jetés loin de leurs familles, ne pouvant pas
partager le pain quotidien avec leurs femmes et leurs enfans, n'ayant
aucun gîte assuré, se trouvaient égarés dans un autre monde et, décon-
certés, travaillaient négligemment à l'apprentissage du métier qu'on leur
imposait. Néanmoins il fallait bien leur accorder un supplément de sa-
laire. Ainsi point d'économie d'argent, moins de ressource pour l'ou-
vrage. Ma tâche était remplie, j'avais dit à l'empereur. Lig. 15. m' at-
teindre. Mais j'avais besoin de l'emploi continuel de toute ma vigueur
pour que cet état de choses ne relâchât pas les rênes de mon adminis-
tration. Lig. 31. l'empereur. Dans mes principes de délicatesse, inca-
pable de manquer de procédés, je lui offrais. Lig. 34. acquises, et toute-
fois j'ajoutais, pour qu'il n'y eiit rien de douteux, que je.
Page 104, lig. 6. j'allais retourner à Rio, où ma femme devait brûler
d'impatience de savoir ce qui s'était passe. Je reJicontrai le général.
Lig. 10. services. Du moins, elles me donnaient l'assurance que l'em-
pereur s'était occupé de la demande que je lui avais faite. C'était beau-
coup pour moi. J'avais. Lig. 29. pat'ticulièrement froissé et comprenant
que toute son éloquence ne parvenait pas à me convaincre, il ajouta .
Lig. 23 petits défauts. Il énuméra les qualités, il glissa sur les défauts.
30 ADDITIONS ET VARIANTES
Ensuite avec sa douceur angélique, passant à des choses d'une plus
haute gravité, il s'adressa à mon cœur et il me parla ainsi : « Je crois.
Lig. 32. ajoute?' à l'infernalité de leurs calomnies.
Page 105, lig. 24. mo?i ennemi. Loin de là, il affectait de m'adorer.
C'était tout bonnement une mauvaise. Lig. 25. humiliait, aigrissait.
et que.
Page 106. lig. 5. à éviter le mal. Je ramasse ainsi mes richesses mora-
les, afin qu'elles puissent faire comprendre à mes lecteurs combien il
m'était facile de savoir, en ce qui me concernait, les choses qui se di-
saient et qui se faisaient dans l'intérieur du palais impérial et, en effet
je le savais assez bien. Je savais positivement. Lig. 13. comme mon
honneur. L'honneur n'est pas une chose dont l'homme puisse se défaire
à volonté. C'est un dépôt qu'il doit conserver intact pour sa patrie, pour
sa famille, pour ses amis, pour sa mémoire et c'est là tout le secret de
mes intentions. Le tems marchait: plusieurs mois. Lig. 17. Mais avant
de frapper le coup qu'il méditait, il voulut.
Page 109, lig. 18. tout préparer. Je fis tous les préparatifs nécessaires.
Lig. 30. Des paroles péremptoires. Ce qui n'était pas discuter, ce qui
empêchait de discuter.
Page 110, lig. 5. comme ma conscience. (Mais je crois devoir prendre
la forme de dialogue). Lig. 14. les reçoive. — Vous avez refusé et vous
refusez de m'obéir. — Je n"ai pas refusé et je'ne refuse pas d'obéir à
V. M. mais je ne dois. Lig. 21. qui de droit. — C'est précisément ce que je
veux faire, mais que V. M. Lig. 26. sauver, et la main sur la conscience,
V. M. doit certainement en être convaincue. — Vos registres.. .! — Us
sont en lieu de sûreté. — Je vous les demande. — En ce moment je ne
les ai pas. — Vous ferez. Lig. .34. une heure et dgmie. Mais j'en ai
pourtant esquissé les traits principaux, une discussion de cette étendue
n'avait pas.
Page 111. Lig. 1. sans qu'il y eut des moments. Lig. 4. par la profon-
deur ordinaire de ses raisonnements ; il était enveloppé par le mensonge,
oudanslemensonge, et cela ne lui allait pas. Lig. 7. la mienne. C'est une
chose vraiment extraordinaire que la puissance d'énergie que donne la con-
viction intime que Ton fait honorablement ce qu'on doit faire.. Si les hom-
mes consultaient toujours leur véritable intérêt, ils ne marcheraient jamais
en sens inverse des prescriptions de leur conscience, et, tranquilles,
ils arriveraient heureusement au terme où la conscience peut seule ou-
vrir les portes d'une éternité fortunée. Lig. iA.de même de moi. Ma tète
était brûlante: mon esprit touchait à l'exaltation. Je pouvais. Lig, 17. de
suite. J'aurais dû le suivre, je ne le suivis. Lig. 21. messager. C'était un
autre tort. Le général. Lig. 26. prendre. Je ne lui avais pas parlé de la
journée et je fus.
Page 112. Lig. 5. de questions. Il ne me donnait pas le temps de
respirer. Je répondais. Lig. 6. de fièvre ardente et cela ne lui échappait
pas. Je crois qu'il. Lig. 10. d'enfant. Pourquoi tairais-je ma faiblesse?
C'est par la vérité des détails qu'un portrait acquiert la ressemblance.
Lig. 13. affectueusement sur moi. Pendant ce repas dont les plus petites
AUX SOUVENIRS DE PONS SI
circonstances sont empreintes dans ma mémoire, l'empereur. Lig. 17.
pow lui seul, et comme on le pense bien, personne. Lig. 24. me blâ-
mait, tout le monde me blâmait, je me blâmais. Lig. Ifi. du grand
homme qui me les prodiguait. C'était mal, très mal; mais cela ne dé-
pendait pas de ma volonté. Ma volonté était maîtrisée par la force du
sentiment qui me faisait soutenir une lutte vraiment déplorable. L'hon-
neur. Lig. 28. une grâce qui, au moment où j'en parle, fait encore tres-
saillir mon cœur, il m'offrit sa tasse, et, en me la présentant, il l'accom-
pagna de ces paroles : «r Prenez, calmez-vous, car.
Page 113. Intercaler après la ligne 7, le § suivant: Mais qui dira ce
qui venait de se passer dans mon âme? L'empereur triomphait sans
réserve. Il ne m'avait pas vaincu: je m'étais vaincu. La tasse de café
était le grain de sable qui devait faire tomber la balance. La balance
était tombée, — tombée en faveur de cet homme extraordinaire dont
la destinée était de toujours grandir, de tout grandir. Que l'on ne
s'imagine pas que j'invente de l'encens pour le jeter à l'empereur!
Mon ouvrage n'est pas un ouvrage de parti. Je ne suis pas d'ailleurs
du parti impérial, j'appartiens à la patrie, je n'appartiens qu'à la patrie:
voilà mon parti, mon unique parti. Lig. 11. le verre qu'une main
vigoureuse lance avec fureur contre son rocher. Lig. 13. la force, la
force matérielle. Lig. 14. mes refus ou la violence de mes refus pou-
vaient. Lig. 26. lui arrivait. Je l'aurais accompagné, s'il m'avait dit de
l'accompagner. Telle fut cette journée qui servira, je l'espère, à remplir
une des plus belles pages de mon histoire. Les écrivains pourront tou-
jours y puiser des enseignemens pour l'étude du cœur humain, quoi-
qu'elle ne soit qu'un simple abrégé. Néanmoins. Lig. 20. un armistice.
Mais ce n'était pas la première fois qu'il y avait une suspension d'ar-
mes. La paix ne s'en était jamais suivie. Cette idée était triste : elle me
troublait. Lig. 22. désarmée, et sans renoncer à la lutte, f aurais. Lig.
23. lutter encore. Je ne veux pas taire mon anxiété : elle était extrême.
Dans ce. Lig. 24. d'argent, je fus le trouver, j'invoquai. Lig. 27. impos-
sible d'en tirer davantage. Je restai seul, tout à fait seul, sans pouvoir
confier mes embarras à personne. C'est alors que la Providence vint à
mon secours, en m'éclairant plus positivement sur ce que je pouvais et
sur ce que je devais faire. Lig. 31. consultais, et j'aimais à le i)rendre
pour mon étoile polaire. Lig. 32. Dejean, qui en était le grand trésorier.
Page 114. Lig. 8. absolu du monde moral, même la présidence du
gouvernement provisoire par Talleyrand. C'était l'humiliation des humi-
liations, la honte. Lig. 10. choix. Il est vrai que ce gouvernement était
le gouvernement de l'étranger et des traîtres. Ce fut. Lig. 12. Pradt,
avait le cynisme delà trahison ; il se glorifiait. Lig. 16. potir mon chef.
Il l'avais dit à son vertueux prédécesseur. Ensuite ma tâche. Lig. 18.
chancelier. Elle était remplie avec un entier dévouement, avec une dé-
licatesse absolue et ce n'était. Lig. 21. était pour moi M. Scitivaux, car
on ne l'avait pas remplacé comme receveur de l'administration des
mines, et c'est à lui que je m'adressai pour me débarrasser sans péril des
fonds qui m'avaient occasionné de si nombreux soucis. M. Scitivaux,
3f^ ADDITIONS ET VARIANTES
me fit répondre par une de ses intimités toscanes « que l'empereur. Lig.
28. de m'y rendre sans pourtant lui expliquer le but essentiel de mon
voyage. Lempereur Lig. 30. m'écriwant son opinion, non pas qu'il crai-
gnît un manque de réserve, mais parce que la poste n'était pas sûre
[Lig]. 32. et qu'avec raison il en redoutait au moins la curiosité. Son.
Page 115. Lig. 4. il ne voulait pas évidemment s'exposer à perdre son
emploi, il usait de prudence. De retour. Lig. 6. de l'empereur, puisque
les sommes que je verserais entre ses mains ne seraient qu'un à-compte
sur celles plus considérables qu'il devait recevoir. Lig. 9. atteindre. J'étais
enfin arrivé à la faculté réfléchie de mon libre arbitre. J'en appelais sans
crainte à ma conscience, à ma raison, à mon expérience. Nulle part, je
ne trouvais des obstacles à surmonter. Lig. 11. rivage, et j'entrais au
port. Lig. 12. Le général Drouot jouissait pour moi et avec moi. Nous.
Lig. 16. L'empereur n'avait pas été dupe des causes qui m'avaient fait
faire le voyage presque occulte du continent. // était. Lig. 18. La méfi-
ance était l'état normal de l'empereur. Cette méfiance Lig. 19. mais
cela ne changeait en rien à la permanence de son cours, et on
la retrouvait partout. Comme me l'avait dit le général Drouot, je ne
pouvais pas vouloir que l'empereur fît pour moi ce qu'il ne faisait pour
personne, ef y*» devais subir. Lig. 25. sotte mission. Pourtant ce ne pou-
vait pas être une chose de pure invention, et je devais, en me l'appli-
quant, me répéter ce proverbe : « // n'y a pas de fumée sans feu. » Lig. 29.
de s'abstenir. Or, c'était spécialement avec M. le trésorier Peyrusse que
l'empereur s'occupait du versement des fonds dont j'étais le possesseur
dépositaire, et cela avait quelque chose de fort naturel : M. Peyrusse était
pour l'empereur l'homme-argent. L'empereur chargea donc M. Peyrusse
de m'écrire une lettre dont il lui dicta le contenu en général, les expres-
sions en particulier, et dans laquelle. Lig. 32. J'en étais alors aux rela-
tions les plus amicales avec M. Peyrusse, mais je n'avais jamais corres-
pondu avec lui, et dans toute autre circonstance, sa lettre serait mal
venue.
Page 116, Avant la lig. 1, mettre : Les faits sont si nombreux qu'ils
finissent par s'enchevêtrer : mais si l'un prend le pas sur l'autre, ce qui
peut arriver, ils n'en sont pas moins d'une fidélité scrupuleuse, et on
peut compter là-dessus. Lig. 8. dévouement. Ce trait ne doit pas être
perdu, il est empreint de phisionomie. Lig. 9. l'empereur. Il put croire
que j'étais préparé. Du moins il pid. Lig. 23. confidentiellement. Sa con-
fidence devait alors être un secret, et ce secret je le gardai saintement.
Aujourd'hui il y aurait ingratitude de ma part si je ne le rendais pas
public, car il prouve tout le tendre intérêt que cet honorable fonction-
naire me portait. iVon cher ami. Lig. 25. Que l'on se rapelle ce que j'ai
dit de mes approvisionnements en blé: que l'on pèse bien ce que, malgré
sa position de réserve extrême, M. PejTUSse se hasardait à en dire, et
l'on aura la preuve démontrée que l'empereur Lig. 29. opérations. Sa
nature était taillée d'une autre manière. // nous aurait Lig. 33. autre-
ment. D'ailleurs, je disais ce que lui-même m'aurait engagé à dire. En
voici la preuve. Je supprime les détails dont le récit historique de ce
long épisode peut se passer.
AUX SOUVENIRS DE POiNS 33
Page 118. Lig. 5. Tout n'était pas lini: il y avait ecnore sur l'horizon
un petit nuage de recrudescence. L'empereur était moins. Lig. 8. Nous
avons vu tout-à-l'heure queM.Peyrusse. Lig. 11. il pouvait, et ie dis plus, il
devait me le demander directement. Je n'étais pas en position d'être sus-
ceptible comme il l'était, mais j'avais le droit d'être honorable comme
il l'était. Ce qu'il faisait ici avait tout l'air d'une réminiscence de ce qui
s'était déjà passé quant à ma prétention. Lig. 14. totit de suite en avoir
le cœur net. J'allai immédiatement m'expliquer avec. Lig. 15. Venipeveuv
ne me reçut pas, il me renvoya. Lig. 16. il me reçut, et autant aurait-il
valu que je ne me fusse pas présenté. L'empereur. Lig. 30. sacrifice
immense. Je le croyais mon obligé, il était mon obligé, et pour me ré-
compenser, comme si mon sacrifice était etiacé de sa mémoire, il semblait.
Lig, 2>2. désorienter le caractère le plus fort comme le caractère le plus
faible. Toutefois.
Page 119. Lig. 4. Quoi qu'il en soit, cette séance qui, dans ma pensée,
devait être pour moi, le principe d'une ère de contentement ou tout au
moins de tranquilité, lie me fit Lig. 6. impérial. Dans le monde moral,
c'est reculer que de ne pas avancer, et à moins défausse illusion, je ne
pouvais pas croire que j'avançais. J'a//û2. Lig. 10. mais ici^'û ne chercha
pas à me guérir- et il se borna à me dire. Lig. 13. Je m'étais isolé. Je
n'avais pas d'autres communications avec l'empereur que celles qui résul-
taient d'une correspondance obligée. Malgré moi, j'éprouvais un regret
amer. Ce regret amer prenait à chaque instant plus d'empire sur moi.
Ce n'était pas le regret d'avoir versé les fonds de la Légion d'honneur: loin de
là, un honnête homme ne se repent jamais des choses qu'il a faites avec con-
science. Je me repentais Lig. 16 frappé au cœur, et j'étais vraiment ai-
gri. Ma manière d'écrire devait se ressentir de cette disposition irritante.
Néanmoins, eussé-je été cent fois plus irrité encore, ce n'est pas envers
l'empereur que j'aurais manqué d'urbanité, moi qui n'en manque envers
personne, et rien au monde n'aurait pu mefaire oublier le profond respect
que je lui devais. Je n'écrivais pas gaiment à l'empereur, parce que mes
rapports avec lui ne m'inspiraient pas de la gaité ; je ne lui écrivait pas
servilement, parce que j'étaisi ncapable de servilité. D'ailleurs la gaité
n'est pas plus l'urbanité que la servilité n'est le respect. Que si quelquefois
mes principes d'urbanité et mes sentiments de respect avaient un peu
fléchi dans ma parole écrite comme dans ma parole parlée, il faudrait
équitabiement l'attribuer à ces tempêtes incessantes de discussion qui
me présentaient toujours un écueil sur lequel ma délicatesse risquait de
se briser, et alors ce ne sera pas les gens de bien qui jetteront du
blâme sur cette exception. Lig. 22. apparente. Certainement cette abs-
tention n'était pas naturelle dans un homme qui prenait une part si
active à tout ce qui pouvait m'intéresser. Je m'en réjouissais, parce que
,fy voyais le. Lig. 88. conduite, l'approbation du général Drouot était
pour moi un des biens suprêmes, elle me retrempait. La chose.
Page 120. Lig. 7. sur les quais. Je parlerai ailleurs de ce petit plaisir,
lig. 10. que de coutume; il se fatigua. Lorsqu'il rentra pour déjeuner, il
m'engagea. Lig. 28. cabinet. Je ne puis pas m'empêcher de dire qu'il avait.
34 ADDITIONS Eï VARIANTES
Page 121. Lig. 22. les énergies. Nous verrons plus tard que mes pa-
roles. Lig. 29. pour lui. Dans des conversations où chaque mot a son
intérêt, où toutes les émotions et toutes les facultés de l'âme sont en
mouvement, il arrive que les sentiments prennent d'autorité la place qui
leur est due, et qu'ils se consacrent eux-mêmes par un mot caractéristi-
que. Vempereur continuait. Je Lig. 33. mes paroles. Je ne me met-
tais ni au dessus ni au dessous de personne. Jamais de la vie, dans
ma dignité d'homme, je ne me suis cru ni plus haut ni plus bas,
ni plus grand ni plus petit que qui que ce puisse être; et que j'aie com-
mandé ou que j'aie obéi, je n'ai ni augmenté ni diminué ma valeur, j'en-
tends ma valeur morale. J'avais parlé et je n'entendais parler.
Page 122. Lig. 2. Le général Drouot, en me remerciant de la bonne opi-
nion que j'avais de lui, me prévint susceptibilités, et il m'engagea à
me tenir sur mes gardes. Il avait — aussitôt: je la trouvai. Lig. 18.
questions d'eïa^ D'ailleurs il grandissait toutes les questions. Lig. 20. sa-
vais pas. et je ne suis pas seul, tant s'en faut, dans cette cathégorie (sic).
Lig. 23. cherchasse le moins du monde à revenir direct avec lui : et je
n'en parlais plus. L'empereur. . . . travailler. Tout changea de face, il
m'appela souvent. Il me en moi. Nous en aurons la preuve récidivée
dans le cours de cet ouvrage. L'affaire tristement laborieuse de l'argent
était. Lig. 29. effectuer. Je les effectuai. Le trésorier. Lig. 32. d'honnew\
l'homme de mon amour, le vénérable.
Page 123. Lig. 7. de Waterloo, malheur immense pour le monde so-
cial, courba de nouveau la France sous le joug de l'étranger, et je dus
forcément abandonner mon pays. Après un long exil, i! me fut enfin per-
mis de fouler le sol sacré, et je revins habiter. Lig. 12. coiniaissance. Je
le vis plusieurs fois./Z 7ie voulut. Lig. 15. Me taire : je me tus. // fut con-
venu.
Page 124. Lig. 3. En terminant ce long épisode, que je n'ai pas trouvé
le moyen d'abréger, je dois revenir sur un fait essentiel pour moi et dont
mes lecteurs ne connaissent que le commencement. Lorsque l'orage ad-
ministratif était dans toute son intensité, qu'il avait été question de di-
minuer mes appointements, j'avais dit que si l'on y touchait. Lig. 5. lors-
que le ciel fut redevenu pur et serein, que je n'eus.
Page 125. Avant la lig. 19. Nous avons laissé l'empereur rentrant à
Porto-Ferrajo de retour de l'excursion qu'il avait faite à Longone, nous
allons de nouveaule suivre dans l'emploi quotidien de son temps. Lig. 22.
était visiblement fatigué, peut être plus moralement que physiquement,
car c était mie. Lig. 32. visiblement, bien visiblement. Ce dont aujourd'hui
je ne puis pas me rendre entièrement compte, c'est que les.
Page 126. Lig. 3. de sensibilité et que ses alentours n'aient jamais hau-
tement protesté contre cette indigne accusation. J'ai été dans l'erreur
comme tout le monde y était. J'y ai été parce que les voix qui pouvaient
faire entendre la vérité laissaient paisiblement retentir le cri du men-
songe. Je réparerai le tort personnel que j'ai eu de croire trop facilement
au mal:je le réparerai en racontant fidèlement ce que j'ai vu du cœur et
de l'âme de l'empereur. Je n'ai point encensé son trône. Cela me donne
AUX SOUVENIRS DE PONS 35
le droit de jeter des pleurs sur sa tombe Lig. 14. voiture jus-
qu'à Campo. Puis... Qui sait les projets qui germent dans cette
vaste tête! Maintenant bien des. Lig. 25. beaucoup d intérêt. J'avais
été prié d'en parler au général Drouot; j'en avais parlé à l'empereur.
L'empereur était à la promenade. Le pharmacien lui présenta sa pé-
tition. Cette pétition commençait Lig. 30. davantage., et en remettant
la pétition au général Bertrand, il lui dit: « Puisque il.
Page 127. Lig. 9. qu'il ne se prétait pas ou qu'il se prétait peu aux désirs
des gens qui l'attendaient. On pouvait aussi remarquer une autre chose
dans ces audiences improvisées que l'Empereur donnait en plein air.
L'Empereur n'aimait. Lig. 13. m<î»2ide?'les grands comme les petits. Li».
14. personnes qui, sans jactance, parlaient. Lig. 13. 11 n'y a pas de doute
qu'il était. Lig. 18. marquée dans une conversation d'importance, même
dans une conversation ordinaire. Le colonel Angleterre. J'aurai
maintes fois à en parler encore. // reste à l'île. Lig. 25. A entoure
l'Empereur de respect, non pas de ce respect servde qui ne se manifeste
qu'en rampant, mais de ce respect noble que le malheur inspire, que la
conscience commande et qui ne peut être profondément éprouvé que
par les cœurs vraiment généreux. Lo?'s des périls sans. Lig. 29. de
cette contrée si peu digne de son beau ciel. Le général Koller n'est pas
toujours à la suite de l'Empereur, comme le colonel Campbell, mais il
est à côté de l'Empereur, toutes les fois. Lig. 32. contre l'Empereur.
Il faut avoir bu toute honte pour oser se permettre des inventions aussi
coupables. On lui prête aussi un langage d'opposition.
Page 128. Lig. 11. triste. Après le dîner, l'on apporta quelques jour-
. naux dans le salon, et les journaux. Lig. 19. batailles, et tous ces évé-
nements. Il indiquait. Lig. 20. de quelques-unes de ces actions. Lig. 23.
Koller, qui l'écoutait avec des yeux qui semblaient avoir le sens de
l'ouïe, et il lui disait : » Parlez, Koller.
Page 129. Lig. 7. Lorsque, presque à l'improviste, l'Etna, dans un
paroxisme d'éruption volcanique, semble épuiser ses flancs pour em-
braser à la fois la terre et le ciel, l'homme, qui a maintes fois été
spectateur de ce grand phénomène de la nature, plus étonné qu'effrayé,
en admire toujours la sublimité et regarde encore, alors même qu'il n'y
a plus rien à voir. L'Empereur avait cessé de parler. Nous l'écoutions
toujours. Tout le monde était.
Page 130. Lig. 14. narrer. Je me répétai à dessein en présence de
ce général. Lig 19. proscripteurs, séides de la Sainte Alliance. Lig. 20
aller momentanément m'étabiir. Lig. 22. Bubna en eut un plaisir ex-
trême. Il me pria. Lig. 25. chose bien plus remarquable, et qui appar-
tient. Lig. 27. répéter quand je voudrais, où je voudrais, comme je
voudrais, « à Dresde. Lig. 32. Le général Koller savait, au moins
comme tout le monde, les fâcheuses.
Page 131. Lig. 1. aveuglément raison, et loin de là, quelquefois il
me blâmait. Du reste, il n'assista qu'aux premiers débats, et il ne pou-
vait pas juger avec une parfaite connaissance de cause. Cet horméte
homme. Lig. 22. espèce de retard : c'était la suite nécessaire de se
36 ADDITIONS ET VARIANTES
trahisons. En conséquence. Lig. 26. l'Empereur et sa suite. Nous
n'avons pas oublié que le colonel. Lg. 29. au cortège impérial. Les An-
glais ne manquent jamais l'occasion de faire de la primauté. Le colo-
nel.
Page 132 Lig. 3. les équipages impériaux, et ils ne purent plus
compter sur l'accomplissement de la tâche qui leur avait été imposée.
Lig. 8. événement, chacun en a jugé la cause et les eflets au point de
vue de ses opinions politiques, car nous vivons à une époque où les
opinions politiques dominent tout, même la raison, même la justice.
Lig. 15. la peine de l'Empereur, et voulurent la lui épargner.
Page 133. ce commandement à l'enseigne Taillade (M. Taillade avait
épousé une elboise et habitait l'ile.) Toutefois, le choix ne fut pas heu-
renx. L'enseigne Saivi aurait été nommé. L'Empereur même le lui ofifrit
en raison de ce qu'U le croyait parent du maréchal Masséna. Mais cet
officier eut des scrupules. Il craignit de déplaire à son parent, et l'Em-
pereur le laissa à ses puérilités. Le maréchal Masséna. Lig. 32. des
Elbois. Le général Dalesme était aimé : il méritait de l'être. IL n'avait
fait. Lig. 34. beaucoup de monde. Pour moi, j'eus une peine infinie à
me séparer de lui. Depuis plusieurs années nous vivions ensemble de
la vie d'intimité, et nous avions pris l'habitude de compter l'un sur l'au-
tre. Lorsque.
Page 134, lig. 4, ces paroles d'aS'ectiôn et de bienveillance que l'empe-
reur lui avait prodiguées, le général Dalesme. Lig. 6. ces mots qui par-
tirent du fond de ses entrailles comme un boulet part du fond d'un
canon : «' Je me ferais cent fois tuer pour cet homme. » J'ai dit comment
j'avais été mêlé à ces adieux. Lorsque après le départ du général Da-
lesme je vis l'empereur, c'était un jour orageux de discussions, et l'em-
pereur, quoique fâché contre moi, me dit. Lig. 10. aussi son départ passa
inaperçu. Ibid: L'empereur. Il vint me faire sa visite de départ. Je lui.
Lig. 15 pas assez. Dans cette dernière circonstance, au moment où nous
allions nous séparer, je le priai de me faire connaître tout ce qu'il
savait, afin que je pusse me régler en conséquence, et son explication
ne m'expliqua rien. Elle s'évapora en monosyllabes inintelligibles.// fut
Lig. 18. pour l'empereur. Il ne ménageait pas sa pensée à cet égard,
et cette pensée, il t'ouvait toujours moyen de lui donner un aliment. //
Lig. 20. reproche, qui avait quelque chose de plausible, n'était pas pour
le colonel Vincent l'effet d'un sentiment généreux, tant s'en faut, et il
ne le manifestait que pour le faire servir de. Lig. 23. satirique, il pré-
tendait que ce fonctionnaire. Lig. 24. continuel. Je conçois cela: le
colonel. Lig. 25. presque jamais, et lorsque par extraordinaire un sou-
rire effleurait ses lèvres, on pouvait le considérer comme un enfant perdu
ou tout au moins égaré. Le colonel Vincent. Lig. 27. il Vêtait, et la
nature de son caractère ne le portait pas à souflrir patiemment. Il
criait, il se plaignait; de là de nouveaux motifs pour le considérer
comme un ennemi, par suite pour rejeter ses justes réclamations. Lig.
32. assassiné, un mot échappé caractérise le changement qui s'était
opéré en !ui. Je le félicitai.
AUX SOUVENIRS DE PONS 37
Page 135, lig. 6. se plaindre et cependant cet homme de perturbation
fut conservé : l'empereur l'envoya. Lig. 17. avec empressement^ entraîné
que j'étais par le désir de voir ce que cette scène aurait de touchant.
Je l'assure : l'empereur avait composé sa figure; il voulut paraître calme,
il le voulut en vain. Ce n'était pas ici un de ces champs de bataille où, au
milieu des périls, la grandeur de son âme impi'imait la quiétude à ses
traits : c'étaient des coeurs qui venaient assaillir son cœur, et son cœur
était tout débonnaire. Une enveloppe de tranquillité n'était qu'un voile
transparent qui laissait voir le trouble de l'affliction. La preuve de ce
que je dis, que vingt témoins oculaires peuvent dire comme moi, c'est
que i empereur, Lig. 30. il partageait publiquement la douleur que l'em-
pereur éprouvait secrètement. L'empereur se maîtrisait : moi, je n'avais
pas à me contraindre. Le départ des Français rongeait mon cœur, je le
disais à qui voulait m'entendre. J'avais besoin que les Elbois me con-
solassent; ils me consolaient. Eux aussi étaient pour moi une famille
nationale. Il m'était impossible de quitter le point où j'avais pris place
pour pouvoir planer le plus longtemps possible sur la mer. La Dryade
avait disparu que je la regardais encore, et que je croyais toujours la
voir franchir l'horizon.
Page 136, lig. 5. Cependant l'empereur devait être encore sous l'in-
fluence de deux grands événements qui venaient d'avoir lieu : l'arrivée.
Page 136. Lig. 15. l'ernpereur. Insensées qui, dans l'aveuglement de
leur folle vanité, ne voyaient pas qu'elles n'avaient d'autre existence so-
ciale que celle que leur donnait la puissance du nom immortel de l'em-
pereur, et qui furent une nouvelle preuve du néant des grandeurs hu-
maines, dès qu'elles eurent renié en ce qui les concernait, le principe
suprême de ces grandeurs. Lig. 18. fraternelle qu'ils allaient à l'âme.
On pouvait multiplier les observations les plus intéressantes. Lig. 21.
amour, et cette princesse dut être satisfaite des tendres sentimens que
sa présence électrisait. La population. Lig. 26. curiosité tout à la fois
tumultueuse et respectueuse. Il dit gaiment.
Page 137. Lig. 1. furent inspirés par elle, et l'empereur n'y concou-
rut qu'en témoignant visiblement le plaisir qu'il y prenait. Et comment
aurait-il pu en être autrement ! . . . Tête de perfection, regard de per-
fection, sourire de perfection, corps de perfection, démarche de perfec-
tion, tout dans la princesse Pauline était perfection. Lig, 6. pour
Naples. La nouvelle de son arrivée passa sur l'île d'Elbe comme un
éclair passant dans l'espace, avec cette différence pourtant que la prin-
cesse promit de revenir et qu'elle tint parole. Son départ causa de
nouvelles peines à l'empereur. Il occasionna aussi mille et mille Lig. 7.
autres, car les Portoferrajais inoccupés s'amusent à fabriquer des sor-
nettes, et ils les fabriquent bien. Lig. 11. moulins étaient démolis. Lig.
14. l'élégance possible pour le lieu et pour la circonstance les deux mai-
sons du génie et de l'artillerie, sœurs jumelles, qui, réunies ou plutôt
métamorphosées, formaient le palais impérial. Il y avait là un peu d'en-
chantement. Ce n'était pas la seule métamorphose qui pouvait étonner ;
au fur et à mesure que l'on déblayait le terrain, la pioche et la bêche
3
38 ADDITIONS ET VARIANTES
fouillaient les entrailles de la terre, en bouleversaient la surface, et d'un
sol que tout le monde. Lig. 18. improductif, elles en faisaient. Lig. 21,
rire. On sait que le fort. Lig. 23. tandis que le perfectionnement du
palais Lig. 38. de son départ. C'était pour ainsi dire sa lune de miel.
Sa pensée était une pensée de stabilité. En conséquence.
Page 138. Lig. 1. campagne ou des campagnes, et des choses, sous
quelque forme et de quelque manière qu'elles se présentassent : ce qui
occasionna d'autres démolitions et d'autres constructions. Lig. 6. pour
aller de Longone d'en bas à Longone d'en haut, c'est-à-dire de Longone
marine à la. Lig. 7. ce trajet escarpé. Sa volonté ne rencontra aucun
obstacle. La route. Lig. 22. serruriers y étaient encore, et comme on
peut bien le penser, ils y faisaient un grand vacarme. N'importe, l'idée
d'être chez lui séduisit l'empereur. Lig. 15. cela; mais ce palais impé-
rial n'était pas complètement en état de recevoir définitivement l'empe-
reur et sa suite : il fallait forcément attendre. Lig. 17. trouve)-. On le
savait, tous les propriétaires offraient les leurs. Ce n'était pas une aflaire
d'argent qu'on cherchait, on voulait par dessus tout obliger l'homme des
destinées qui devenait chaque jour plus cher à sa famille sociale. Lem-
pereur fixa. Lig. 24, et il promettait de marcher sur les traces de son
père. Lig. 30. chère par le premier déboursé de l'acquisition, mais par
le développement que. Lig. 34. c'était trop, c'était.
Page 139. Lig. 3. plus que la valeur réelle, c'était une valeur d'affec-
tion, de retraite et méditation. Le Saint-Gloud elbois doit tenir désormais
un rang distingué dans les fastes de l'île d'Elbe. Ce n'était pas le dernier
mot de l'empereur. Saint-Cloud. Lig. 10. avoir trouvé ce que l'empereur
désirait. Lig. 18. horizon immense, et l'on voyait en même temps la côte
depuis. Lig. 19. tyrrhénienne par laquelle ces bords sont mouillés. Napo-
léon. Lig. 23. de la dépense que lui occasionnerait un établissement dans
ce désert. Il répétait. Lig. 26. inconvénients. Il faisait des plans, il faisait
des tracés, il faisait des devis. Néanmoins, ce projet ne fut pas exécuté.
Lig. 27. n'avait pas de choix à faire, car il n'y avait rien à comparer, et
il devait forcément construire. lÀg.'àl. appartenait, mais ceiie. habitation,
en lui appartenant, était mon ouvrage, je l'avais créée.
Page 140. Lig. 1. plus particulièrement encore. Je le savais par le géné-
ral Drouot. C'était au moment^même où je m'étais {sic) le plus d'entête-
ment dans mon refus de verser les fonds que j'avais appartenant au
gouvernement français. L'empereur Lig. 20. je V avais mis à ses
ordres. Plus tard nous verrons ce qu'il advint à cet égard. Mais pour
des palais, pour des campagnes , il fallait des meubles , il en fallait
beaucoup, et l'empereur n'en avait pas du tout. Du tems et de l'argent
étaient nécessaires pour s'en procurer à la manière ordinaire. Mais
que le lecteur ne s'inquiète pas trop de cette pénurie, l'empereur se tira
vite Lig. 25. pas lui en refuser. L'opération n'était pas clandestine,
l'empereur en avait donné l'ordre à haute et intelligible voix. Un four-
rier du. Lig. 19. quelques observations, et il les fit, ce qui. Lig. 21. il
avait fait choix, c'était déjà beaucoup. On n'avait plus à être en peine
pour les ameubiemens. Le génie gouvernemental des hommes d'État
AUX SOUVENIRS DE PONS 3 9
n'avait pas encore découvert ou du moins n'avait pas encore officielle-
ment reconnu cette nouvelle providence qu'ils ont appelée le hazard, et
sous les auspices de laquelle les gouvernements actuels marchent au
bien et au mal, selon que le bien ou le mal est utile à leur intérêt par-
ticulier, sans s'inquiéter le moins du monde si cet intérêt particulier
n'est pas nuisible à l'intérêt général. Toutefois, ce hazard, dieu de cir-
constance, du mal ou du bien, existait alors, comme il existe aujour-
d'hui, et l'empereur qui lui devait toutes ses infortumes dans les grandes
choses, le trouva favorable dans une petite chose. Le prince Borghèse.
Lig. 26. suite l'empereur. L'empereur accourut, il se félicita du mau-
vais temps, il ne se donna. Lig. 28. il prit foM^, c'était plutôt fait: « Cela
ne sort.
Page 141. Lig. 6. prince Lucien Bonaparte. On m'écrivit, je rendis
compte à l'empereur. L'empereur. Lig. 8. de protester. Je me hâtai
d'obéir. Lig. 13. d'Elbe; il donna pleine satisfaction à l'empereur ; il
voulut. Lig. 18. cru d'abord n'avoir rien de mieux à faire que de
recourir. Lig. 21. avec une extrême bienveillance. La famille du prince
les entoura aussitôt avec une grande curiosité pour savoir tout ce qui
se passait à l'île d'Elbe. On les questionna. Lig. 22. ces questions n'é-
taient pas l'effet d'un tendre intérêt. Elles portaient l'empreinte. Lig.
25. capitaines n'osaient pas répondre, mais ils étaient. Lig. 26. enten-
daient, et lorsqu'ils m'en rendirent comple, je crus que leur indignation
les faisait exagérer.
Page 142. Lig. 5. les cesser. Gela était d'autant plus à craindre, que
l'empereur m'avait demandé deux fois où j'en étais avec le prince. Mon
embarras était grand, mais j'avais l'ange d'amitié qui ne me laissait
jamais en peine. J'eus recours à lui. Lig. 9, pour bien m'assiirer de la
vérité, et j'envoyai d'autres capitaines. Ces capitaines furent plus indi-
gnés encore que ceux qui les avaient précédés, mais il y eut pour eux
une compensation qui n'avait pas existé pour les autres. Le prince Louis
voulut les voir, et autour de ce prince, tout leur parla avec éloge de
l'empereur. Les paroles du prince Louis étaient toutes des paroles d'at-
tendrissement. Lig. 14. l'empereur., et je le lui dis. Lig. 22. Il ne m'or-
donna pas de continuer ces observations, je les cessai. Pourtant,
quelque temps après, il me demanda ce que je savais du prince Lucien,
je lui répondis que je ne savais rien et il se tut. Lig. 28. ces petites
choses, il se plaisait beaucoup à les entendre raconter. Lig. 30. ces dé-
tails, il la visita avec celte intention d'apprendre qui fait que tout se
grave dans la mémoire, surtout dans une mémoire comme la sienne,
extraordinaire par la prodigalité de ses étonnantes citations. Aussi à
son retour. Lig. 34. et tout apprécié, les montagnes, les plaines, les
côtes, les golfes, les anses, rien ne lui était {sic) échappé, et personne
n'était plus à même que lui d'écrire la topographie elboise.
Page 143. Lig. 5. de surpasser Poj-toferrajo, car les Elbois de la par-
tie occidentale de l'île ne savent rien faire sans y imprimer le sceau de
leur jalousie contre les Portoferrajais. J'ai évité d'entrer dans les détails
de ces réceptions, parce qu'elles n'ont d'historique que leur ensemble,
40 ADDITIONS ET VARIANTES
ce qui ne m'empêche pas de remarquer et de faire remarquer que l'em-
pereur trouva dans cette contrée autant de témoignages d'amour que
naguère nos soldats y avaient trouvé des sentiments de haine. Lig. 18
Vemperew. L'empereur ne savait pas refuser à ceux qui s'en mon-
traient dignes. Aussi M. Séno l'avait facilement obtenue. Seul cu-tisan.
Lig. 18. familières aux Elbois. Il le chargea de s'entendre avec moi
pour le mettre à même de protéger fructueusement cette industrie.
Je ne pouvais que m'en rapporter à la sagesse de M. Séno. Son
opinion devait être la mienne, elle le fut. Je ne fis que la rédiger,
l'empereur approuva M. Séno, il. Lig. 25. ces opérations qui en deve-
nant plus lucratives pour eux, en devenaient aussi plus utiles pour
l'état, et pouvaient finir par arriver au point de celles qui prospèrent
sur les côtes de la Sardaigne. Lig. 28. la dotation de la légion d'hon-
neur, et au mUieu du cliquetis des armes. Lig. 29. L'empereui- n'avait
pas besoin de solliciter. Il vit les carrières
Page 144. Lig. 10. Bargili était un hom me de bien, il suivit. S. M-.
s'occupait en même temps des métiers. Elle ne voulait. Lig. 20. encou-
ragement. L'émulation triomphante était entrée dans les ateliers et les
ouvriers se surpassaient. // aurait fallu. Lig. 23. J'ai parlé des salines.
Il faut que j'en parle encore : le regard régénérateur de l'empereur.
Lig. 25. Certainement il y avait eu de l'incurie ; l'opinion publique disait
qu'il y avait eu de la déprédation. Néanmoins, pour être bien juste, je
dois dire que le fermier. Lig. 29. son pays ; il n'y voyait que par les
yeux de son agent, et son agent y voyait à sa manière pour tous deux.
Les salines bien régies pouvaient, selon toutes les probabilités^ en cal-
culant leur revenu possible au minimum, doubler au moins, peut-être.
Lig. 33. en régie. L'empereur me consulta pour savoir s'il ne pourrait
pas réunir de l'intendance, et que l'idée de cette responsabilité
pourrait me rendre investigateur, peut-être même tracassier, ce qui
n'était ni dans ma nature, ni dans les nécessités du moment.
Page 145. Lig. 7. L'empereur des salines. L'empereur eut confiance
dans la loyauté de M. Rossetti. Il traita avec lui. Les saHnes aug-
mentèrent de valeur en raison de ce qu'elles augmentèrent de revenu.
J'étais toujours. Lig. 11. toujours désai^né., je le dis avec une convic-
tion craintive [sic) : on ne peut pas écrire la vie de l'empereur à
l'île d'Elbe sans avoir l'air de faire un panagéryque {sic), et cette pensée
m'a plus d'une fois empêché de m'exprimer avec l'énergie du sentiment
que j'éprouvais. Mais avant de passer outre, je veux dire avant de suivre
plus longtemps l'empereur dans le développement de ses projets pater-
nels, pénétrons à ses côtés dans le palais impérial dont il va prendre
possession, et par attachement jouissons de sa jouissance. L'empereur.
Page 147. Lig. 18. de le caser. Heureux encore de lui avoir trouvé
un gîte passable ! Mais le tems.
Page 148. Lig. 1. intercalez : comme l'avait dit l'empereur, le général
Drouot se contenta de ce qu'on. Lig. 10. ou au général Drouot, plus
particulièrement au g"' Bertrand, elle g'' Bertrand ou le g"' Drouot pre-
naient.Lig. 18. compte. Gela les obligeait aussi à payer de leur personne.
AUX SOUVENIRS DE PONS 41
ce qui est toujours un grand bien dans le maniement des affaires publiques.
Il faut bien étudier toutes les branches des fonctions que l'on remplit,
lorsqu'on ne sait pas sur quelle branche l'on sera interrogé. Alors
l'étude suivie est d'autant plus indispensable que celui qui fait les de-
mandes n'a pas besoin d'être aussi éclairé que celui qui fait les réponses.
Celui qui a le droit de questionner à l'avenant ne connaît pas toujours
la profondeur de ses questions, et pourtant il se pose comme juge devant
celui à qui il impose le devoir de les développer. L'un n'a besoin que
de rester silencieux pour paraître savant ; l'autre doit au contraire em-
ployer toutes les ressources de la parole pour n'avoir pas l'air d'un
ignorant. Tous les souverains n'ont pas cette science universelle dont
l'empereur est en possession ; il n'y en a même aucun maintenant qui
soit au-dessus d'un savoir ordinaire, et, parmi eux, ce sont toujours les
moins instruits qui cherchent à embarrasser les hommes studieux qui ont
à force de veilles acquis une grande instruction. Lig. 21. n'y avait pas
d'autre cérémonial. L'absence du faste imprimait un caractère de gran-
deur à ces réceptions. // était facile. Lig. 23. qu'il recevait, soit qu'ils
fussent de grands personnages, soient qu'ils fussent de petits person-
nages, et j'étais particulièrement à même de faire cette étude. Voici
comment : Lig. 33. voulait fêter les visiteurs qu'il recevait en audience,
puis à sa table, il m'engageait.
Page 149. Lig. 5. portaieyit un grand nom., et l'écho qui répétait, de
Portoferrajo à Rio, ne pouvait pas taire le regret que l'on éprouvait de
ce que l'audience n'avait pas été plus longue. Lorsque les. Lig. 7. Vem-
pereur, touché qu'il était, s'épanchait. Lig. 9. réputation, c'était encore
autre chose. Lig. 10. sur l'état du monde social, sur ce que cet état
avait été, sur ce qu'il était, sur ce qu'il menaçait de devenir, et alors il.
Lig. 12. fièvre d'admi7^atio7i, et j'en ai vu plusieurs. Restait une autre
classe de visiteurs. C'étaient les visiteurs. Lig. 22. rè.préhensihle, et en
voici une preuve. Lig. 26. ils étaient tombés en bonnes mains. Je n'ai point
des sentiments de haine contre la nation anglaise ; car, je le répéterai
cent et cent fois, mes principes sont qu'il ne faut jamais hair les na-
tions, et surtout une nation comme la nation anglaise. Toutefois
j'abhorre le gouvernement anglais, je l'abhorre de toute la puissance
de mon âme, parce que je le considère comme le fléau permanent de
l'humanité. Or pour en revenir à la cavalcade anglaise, je fus indigné
contre les Anglais qui la composaient, et au lieu de les accompagner.
Lig. 30. Restait à savoir comment l'empereur prendrait cela. Non pas
que je craignisse que l'empereur blâmât un acte de fierté digne, mais
parce que.
P. 150, lig. 28. la même trempe -poxiv la politesse ou l'impolitesse des
procédés. Il y avait nécessairement les bien élevés et les mal élevés.
Les bien élevés avaient une. Lig. 31. dans les rencontres fortuites : et
j'en demandai la raison au colonel Campbell. Le colonel
P. 151, lig. 12. à cheval pour l'accompagner aux mines. L'amabilité et
la beauté n'étaient pas le seul trésor que cette dame possédait; elle
avait aussi beaucoup de savoir, et elle le dispensait avec une grâce infi-
42 ADDITIONS ET VARIANTES
nie. Mais elle ne faisaitLigA9.au dé but. Puisque je m'occupe des Anglais,
il faut que je dise tout ce que j'en sais jusqu'à ce moment, et par con-
séquent que je parie du colonel Campbell.
P. 152, lig. 2. Plus tard, ali'ectant de prendre un intérêt positif à ce
qu'il appelait les tracasseries dont on me tourmentait, sachant d'ailleurs
que j'avais donné ma démission. Lig. 5. . fireîit frémirMon sang refoula
vers mon cœur ; je sentis que j'étouffais, la respiration me manquait.
Lig. 7. à cramMe 7Zî«Ve l'empereur, et je l'avoue, ma réserve obligée me
bouleversa pendant plusieurs jours. Dans une autre visite, le colonel
Campbell, ne me trouvant pas chez moi, s'expliqua plus explicitement
avec ma femme, et après l'avoir amenée à parler des chagrins que
j'éprouvais, il la pressa pour qu'elle. Lig. 12. Ma femme était et est tou-
jours française pur sang. Lig. 13. Le colonel Campbell trouva en elle un
haut caractère de vertu patriotique. J'aurais à faire son éloge si je ne
craignais pas de blesser sa modestie. Aujourd'hui, elle repousse les pro-
messes du colonel Campbell ; plus tard, elle bravera ses menaces. J'étais
Lig. 16. de V Angleterre : mon âme était cruellement blessée. Je m'at-
tendais à ce que le colonel Campbell voudrait savoir quelle influence
aurait eue ce qu'il avait dit à mon épouse. J'attendais en frémissant.
C'était la première fois que f avais. Lig. 17. libre arbitre pour terminer
cette affaire comme il me semblait qu'elle devait être terminée, car j'y
voyais ma délicatesse. Lig. 22. sur Vempereur, et pour rien au monde je
n'auraisvoulu ajouter aux peines qu'il éprouvait. L'anxiélé me dévorait:
je ne pouvais plus y tenir. Lig. 27. m'écouta avec une attention qui
n'avait rien de son attention accoutumée. Ses traits étaient en mouve-
ment. Lorsque j'eus fini, il dit avec une espèce
P. 153, lig. 2. entre vous et lui. » Je me retirais avec ie général
Drouot. L'empereur nous rappella. Il me pressa. Lig. 9. reste 1 Nous
sortîmes définitivement. Le général Drouot ajouta aux recommandations
de l'empereur. Le lendemain, l'empereur. Lig. 17. claires et précises de
ma femme, en même temps que les visites qu'il m'avait vu faire au
Palais impérial, en détruisant ses espérances, l'avaient fait renoncer à
ses projets, et il s'abstint désormais de toute tentative qui aurait pu
nous conduire à parler encore de me faire quitter l'ile d'Elbe. // vint à
Rio. Lig. 22. bomie compagnie, et tout en surveillant l'empereur, il en-
veloppait. Lig. 27. Il était naturel que nous éprouvassions une douce
jouissance envoyant des Français qui avec l'apparence du dévouement
venaient s'associer à notre destinée, et chaque nouveau visage national
était pour nous un nouveau plaisir. Mais Vempereur. Lig. 34. en fut
petit. Je ne m'occupe pas de la date de leur arrivée. Je dis leur venue,
c'est le fait principal.
Page 154, lig. 3. de son service, et dont l'existence était pres-
que ignorée, même dans la place. Lig. 6. pour être sa fille.
Du moins elle portait son nom L'empereur était à Longone lorsque
l'adjudant Lebel débarqua à Porto-Ferrajo. On en rendit compta à
l'empereur. Il fit. Lig. 4. dire décidée. L'adjudant Lebel se rendit au-
près de l'empereur ; les deux dames l'accompagnèrent. Que se passa-
AUX SOUVENIRS DE PONS 4 3
t-il à Longone ? Je l'ignore. Je ne cherchai pas à le deviner. Ce que je
sais, que je sais bien, c'est qu'à son retour de. Lig. 23. Lébel était un
homme de peu de délicatesse, et je me rappelai les paroles de l'empe-
reur. Lig. 25. gouvernement papal et qui venait abriter ses cheveux
blancs sous l'égide de rermpereuv [sic). L'Empereur fit. Lig. 32. pourquoi
il portait les épaulettes d'un grade qu'il n'avait pas./Z
P. 155, lig. 8. sa place, de manière à en perdre la tète et à la faire
perdre à toutes les personnes avec lesquelles il était ou croyait être en
relation, filera n'aurait. Lig. 13. de le t'o»- à Portoferrajo. Rien n'y faisait.
il prétendait. Lig. 15. assigné, et il disait cela avec un ton solennel qui
forcément faisait rire. Ce brave bonme. Lig. 22. ridicules, mais il avait
des qualités devant lesquelles les ridicules s'effacent, et il était soldat
d'honneur au suprême degré. Lig. 25. en supériorité et je n'étais pas seul
de cet avis. Il s'appelait Bellina. Son épouse l'accompagnait. C'était une
dame espagnole. Tout le monde en faisait l'éloge. ^1"°° Bellina n'était
pas une de ces beautés extraordinaires dont chaque trait est un trait
de perfection, mais sa figure dans son ensemble avait un charme inex-
primable, peut-être supérieur au charme de la beauté et qui séduisait
universellement. Je ne crois pas qu'aucune. Lig. 31. princesse Pauline.
Lorsque le chêne-roi, que l'on croyait immortel, eût jonché le sol sacré
sans cependant perdre son immortalité, les ouragans du ciel et de la
terre qui s'étaient réunis pour le renverser éparpillèrent son feuillage
sur la surface du globe, et l'une de ses feuilles, Jl/"* Bellina. Lig. 34.
de demoiselles. C'est une chose heureuse que de pouvoir dire du bien
des personnes avec lesquelles l'on a été réuni à des époques remar-
quables.
Page 156, lig. 11. caprataise, mais de l'île de Corse ou de l'île de
Capraja, n'importe, cette dame. Lig. 13. comme il y avait déjà attaché
les deux dames dont j'ai précédemment parlé, e?i qualité. Lia. 17. les
trois grâces. Vraiment il y avait là quelque chose qui pouvait donner
une idée de la fabuleuse Cithère. Praxitèle y aurait facilement inspiré
son sublime ciseau. Dans toutes les circonstances de la vie morale, la
femme fait le bonheur de l'homme. C'est son apanage, quoique en
dise notre orgueil et surtout notre ingratitude! Elle nous modère dans
notre prospérité ; elle nous soutient dans l'infortune, et plus d'une
fois, l'exemple de sa courageuse persévérance nous empêche de suc-
comber au désespoir. Mais c'est surtout sur un rocher, au milieu des
mers, alors qu'on a été battu par la tempête, qu'il est heureux de trou-
ver de chers anges dont le souWre console et dont la parole rend l'es-
pérance. M""' Colombani. Lig. 19. conduite, et l'estime générale la ré-
compensait. Lig. 31. langage, quant à moi, lorsque. Lig. 32. dans cette
querelle dont il m'apprit lui-même la cause et les eâets. Une arrivée
plus importante que toutes celles qui l'avaient précédée, sans compa-
raison aucune, vint nous étonner et surtout réjouir,
P. 157, lig. 5. débarqua à Portoferrajo et il demanda à être conduit à
l'empereur. L'empereur était à Longone. Le nouveau venu se disposa
à y aller. Simple et modeste, il ne fixa l'attention de personne, et mon-
4 4 ADDITIONS ET VARIANTES
té. Lig. 8. vers celui qui était le but de. Lig. 9. grand pouvoir donne
aux hommes qui l'ont contractée un air de commandement dont ils ne
peuvent pas se défaire, alors même qu'ils ne commandent plus, et ce-
pendant, faisant exception à la règle, le général Boinod. Lig. 15. et l'ac-
cabla de questions : « Qui étes-vous? D'où venez-vous ? Où allez-vous?
Que dites-vous? Que faites-vous?» M. Boinod ne répondait. Lig. 16. était
curieux, dans l'intérêt de l'enipereur, même dans l'intérêt du général
Boinod, car M. Rebuffat avait un cœur excellent. On arriva à Longone,
il n'y, Lig. 17. engagea son compagiion de circonstance à diner chez lui.
Mais ce n'était pas une de ces invitations de courtoisie ou d'affection
qu'on doit faire et qu'on a du plaisir à faire. C'était une invitation de
bienveillance pour un étranger qui ne savait où aller dîner. Tandis que.
Lig. 29 compte de sa mission qu'il venait de remplir, et après avoir
terminé cette affaire, il raconta. Lig. 21. un bon homme qui, disait-il,
venait tout exprès pour le voir, lui, l'empereur et qui, disait-il encore.
Page 1-58. Lig. 6. Il lui tendit la main, non pas comme les souverains
la tendent avec une froide réserve, il la lui tendit avec effusion, et il le
conduisit à table, où il le plaça à côté [Lig. 8.] de lui pour lui faire con-
tinuer son repas, que le général Bertrand l'avait obligé à quitter.
L'empereur dit et répéta. Lig. 10. logé. Pauvres têtes que les têtes hu-
maines ! Elles passent d'un extrême à un autre extrême avec la rapidité
de la pensée. Les procfies.
Page 159. lig. 17. Porto-Ferrajo, où rien ne l'appelait ; il eut Vim-
pudence. Lig. 19. de son habit, du Lys que les Bourbons avaient ravalé
dans les ruisseaux en le jetant à tous ceux qui osaient le porter, alors
que la plus vile canaille en faisait sa parure, du Lys qui était devenu
l'emblème de la trahison, de l'assassinat, de la vengeance et du vanda-
lisme. L'impudence n'est pas pour l'ordinaire la compagne de la bra-
voure. Venir à Vile. Lig. 25. des menaces proférées, lorsqu'un. Lig. 28.
refusa de se dépouiller du Lys, et alors l'officier. Lig. 34. n'ait pas d'au-
tres suites. » Le chevalier du Lys, qui était peut-être aussi un chevalier
d'industrie, balbutia quelques paroles.
Page 160. Lig. 5. di7'e pourquoi l'empereur blùma l'cfficier. L'officier
avait fait son devoir, il avait rempli sa tâche, et le blâme de l'empereur,
selon moi, était un blâme injuste. Peut-être aussi que ce blâme n'était
qu'un blâme politique ; car. Lig. 9. événement auquel l'on donnait peut-
être trop d'importance, lorsqu'un bruit semblable aux coups de tonnerre
qui sous un ciel serein, dans un calme parfait, viennent, par leur éclat
inattendu, effrayer des populations entières, bouleversa l'opinion publi-
que et la soumit à l'influence de son esclavage absolu. Lig. 12. ne le
sait, du moins ne le sait bien, et que depuis. Lig. 22. opinion s'était
tellement enracinée dans les esprits qu'elle exagérait. Lig. 28. comment
il y avait débarqué. Cette clandestinité était une double violation des
lois : violation de la loi sanitaire, violation de la loi de police. Néces-
sairement un homme qui violait ainsi les lois ne pouvait pas avoir de
bonnes intentions, et il n'y a rien d'exagéré en lui attribuant des projets
criminels. Un hasard presque miraculeux le fit découvrir, on l'arrêta :
c'était dans la nuit.
AUX SOUVENIRS DE PONS 4 5
Page 161. Lig. 2. s'était passé. Chacun en parla à sa manière, mais
tout le monde fut d'accord pour accuser le [sic] accuser encore. J'étais
à Rio. Lig. 6. l'empereur m'en parlerait, puisqu'il s'était informé si
j'étais en ville. Je pouvais alors. Lig. 8. et l'empereur , comme s'il me
donnait une leçon, m'adressa . Lig. 14. autre chose, quant au général
Brulart. Lig. 17. pied à terre : c'était au moins de l'inconvenance, la
présence. Lig. 19. cec officier, l'interrogea et lui intima. Lig. 20. pa^-tis.
A cause de cela, Yempereur. Lig. 27. J'ai tant de respect pour l'habit
militaire, que j'ai toujours répugné à croire que le général Brulart
avait taché celui qu'il portait,en consentant à exécuter des projets d'assas-
sinat. J'en suis encore là :sans doute les généraux des chouans ne s'élè-
vent pas à la hauteur des généraux de la Vendée, encore moins à la
hauteur des généraux de l'armée nationale, mais cette infériorité com-
parative ne veut pas dire que ce soient des chefs de séides, et pourtant
ils ne seraient que cela s'ils commandaient à des hommes soldés pour
tuer et tuer encore. Lig. 34. fait ou qu'on avait voulu lui faire. Ce sont
ses oublis qui ont creusé sa tombe politique. Lorsqu'il m'envoya en
mission dans le Midi, comme je le dirai plus tard.
Page 162. Lig. 5. destitution, si elle n'était pas injuste, était au moins.
Lig. 8. et je m'y rendis, j'arrivai un peu tard, je trouvai. Lig. 14. répéter
pour aller au théâtre. Lig 29. car l'on ne m'avait rien dit de précis et
le général Drouot m'assura. Lig. 32. accoutumée, il y avait du trouble
dans la physionomie {sic). Lig. 34. un crime, surtout d'un crime qui
aurait menacé les jours de l'empereur, et dans ma onvictioJi la dénon-
ciation était une.
Page 163. Lig. 7. qui lui était confié. Il alla. Lig. 8. impériale, ce con-
seiller était également corse, c'était M. Poggi. 7/ n'était pas. Lig. lO.incri-
miné. Son devoir déjuge s'y opposait. C'est. Lig. 10. fui instruit de ce qui
se passait à cet égard. Lig. 12. rew;3e''e;<7*, quoiqu'il ne voulût pas en pa-
raître alïecté, etvoici la preuve. Après l'événement du théâtre, l'empereur
chargea le. Lig. 18. à Vempereur. L'empereur ne se souciait pas de le
recevoir. Le magistrat insista. L'empereur le reçut. Lig. 22. venait de
pleurer; ses yeux étaient encore mouillés de larmes. Lig. 26. désespéré.
Confiant que j'étais dans son innocence, je frémissais aussi, et j'aurais
de suite parlé.
Page 164. Lig. 6. de le dire à Vempereur, je le lui dis même avec une
expression énergique. L'empereur me répondit froidement :« // rien est
pas temps encore. » Cependant lorsque nous arrivâmes aux portes. Lig. 13.
était accomplie, parfaitement accomplie, et il l'appela à de hautes fonc-
tions. 11 fit plus, il nomma. Lig. 16. à regret, car son nom est un beau
nom, dont les Corses. [Lig. 17.] peuvent s'honorer, et dont ils doivent
s'honorer. Moi je range ce nom au nombre de ceux qui me sont les plus
chers. J'ajoute que, durant les Cent-Jours, ce magistrat. Lig. 23. publi-
que entoure, et qui mérite d'être ainsi entouré. Lig. 32. disait-on, et
elle était motivée.
Page 165. Lig. 4. reçu. Je crus alors, je crois encore que Vempereur.
Lig. 15. de Vempereur , il était à l'EIysée-Bourbon, et je trouvai que
46 ADDITIONS ET VARIANTES
l'officier supérieur était de service. Il me fut impossible de ne pas en
parler à l'empereur. Lig. 21. la chose était officielle, et pour la dire ou
pour la répéter, il n'était pas besoin de chuchoter à l'oreille.
Page 166. Lig. 10. le vieux commandant Tavelle. » Je représentai
consciencieusement à l'empereur que si le bon commandant Tavelle était
mêlé aux mesures que je prendrais, il ne se croirait. Lig. 17. comman-
dant Tavelle de ce qui se passait, et que l'empereur. Lig. 19. tout le
pays. Eperdu, délirant, il voulait voir tout le monde en face, et gare à
celui qui n'aurait eu qu'un œil.// ne voulait. Lig. 31. vous retirer. » Le
maire, stupéfait d'indignation, frémissant de rage, tout en reculant de
peur, car il craignait l'épée du commandant, lui observa qu'il était
citoyen, maire, chambellan. Oui, lui répliqua le commandant en l'in-
terrompant, faisant allusion à ce que le maire était borgne : « Oui, mais
vous êtes marqué comme celui. Lig. 32. à son secours. Il est vrai que le
maire de Rio-Marine n'était pas intérieurement fâché de l'avanie que
l'on faisait à son collègue, qu'il en était de même de la population, et
que tout cela n'était pas rassurant pour le maire borgne. Je n'étais.
Page 167. Lig. 6. du brave Tavelle, excellent dans son principe, mais
déraisonnable dans son application et dangereux dans ses conséquences,
pouvait devenir compromettant. L'empereur avait déjà réfléchi à l'ex-
centricité du colonel (sic) Tavelle. // me. Lig. 11. du vieux colonel. Cer-
tainement c'était un homme de bien, mais l'idée qu'on voulait assassiner
l'empereur avait tout à fait détraqué sa nature déjà si originale et il
touchait presque à la folie.// avait sans cesse. Lig. 15. tâche . De pareils
hommes sont toujours dangereux. Il n'y a jamais aucune circonstance
dans la vie sociale, à moins du cas bien caractérisé de la légitime dé-
fense, où le pouvoir doive recourir à la justice du glaive, caria justice
du glaive n'a d'autres règles que l'effervescence des passi ons et qu'elle
frappe (sic) pour le seul plaisir de frapper. Les massacres du Pont
d'Arcole étaient la traduction de la justice du glaive. Lig. 17. l'empe-
reur, et qu'il me parut fâché d'avoir laissé échapper. Nous étions. Lig.
20. ourdissaient pour se débarrasser totalement de lui. // 7ne dit. Lig.
31. le plus possible de la place, largua ses basses voiles, mit en panne,
hissa la bannière elboise.
Page 168. Lig. 2. les amis de Murât qui avait trahi la France et qui
siégeait encore sur le trône de Naples. ^lais le peuple napolitain ne.
Lig. 7. Bientôt le grand canot du vaisseau napolitain désempara du bord
et à la rame il se dirigea vers la maison sanitaire qui était à l'entrée
du port. Ce canot était monté par l'état major du vaisseau, le comman-
dant en tête. Le commandant, qui je crois, sans en être bien sur, était
un contre-amiral, demanda à descendre à terre pour pouvoir avec ses offi-
ciers, aller présenter. Lig. 15. sanitaire. A côté il y avait un poste mili-
taire assez important pour la garde de la darse et de la poste maritime.
Dès que le général Cambrone fut rendu à la maison sanitaire, le com-
mandant. Lig. 16. à une réponse d'urbanité. Mais par l'une de ces extra-
vagances que les hommes sensés ont peine à comprendre, à la vue de
l'uniforme. Lig. 18. déraison., ne mettant aucune borne à sa colère, à sa
AUX SOUVENIRS DE PONS 4 7
rage, après avoir. Lig. 23. poussé au large : il n'était pas assez maître
de lui pour pouvoir se contenir. Le délire l'aurait emporté : un grand
malheur s'en serait suivi. Dès que le. Lig. 25- et tout me persuade que
le commandant.
Page 169. Lig. 4. L'empereur me fit appeler. Il était visiblement in-
quiet. Il me. Lig. 5. vaisseau napolitain. Je crus deviner sa pensée. Je
lui offris d'aller immédiatement à la poursuite de ce vaisseau moiité. Lig.
17. pas comme cela Je ne voulais pas aigrir l'empereur Je le priai d'avoir
la bonté d'observer que le sentiment qui avait entraîné le général Cam-
brone était quelque chose de respectable jusque. Lig. de soldats échap-
pés à tant de batailles, à tant de combats, à tant de climats, à tant
d'intempéries, Qi c^aï sillonnés. Lig. 31, dans ces hommes granitiques;
on était forcé de les admirer aussi, et.
Page 170. Lig. 4. bientôt remarquer. Un officier désigna débonnaire-
ment l'étranger au général Cambrone. Le général Cambrone qui ne
voyait qu'à travers un prisme de suspicion, pour lequel tous les hom-
mes qu'il ne [Lig. 5] connaissait pas ou qui ne lui plaisaient pas sem-
blaient être des. Lig. 7. questionner pour savoir qui il était, d'où il
venait, où il allait, ce qu'il voulait, il coyyimença par. Lig. 10. laquelle
on l'accueillait, se croyant en péril, avait perdu la. Lig. 11. le soupçon-
nait. Cependant cet étranger à l'ile d'Elbe était un. Lig- 14. et qui
comme tant et tant d'autres braves gens, destitué pour cause de ses. Lig.
17. la peur qu'il avait eue, qu'il avait encore, et désabusé de sa visite
d'affection, il quitta sur le champ Portoferrajo comme s'il quittait une
cité inhospitalière... Je n'ai pas su de quelle manière l'empereur avait
pris cette autre incartade du général Cambrone, mais j'ai été témoin
que le général Drouot en était très courroucé. J'admets le dévouement
pour un bienfaiteur en tant que bienfaiteur, je ne l'admets pas pour un
souverain. Le dévouement de l'homme social appartient. Lig. 20. un
aspect de stabilité: il souriait aux choses qui pouvaient prêter à l'appa-
rence de ce caractère. Il ne disait pas: Faites. Il ne disait pas: Ne faites
pas. Il se bornait à observer. On savait que son silence équivalait à une
approbation. L'on se réglait en conséquence. Portoferrajo était loin
d'approcher de Capoue. Rien ne pouvait se comparer entre la ville mo-
deste des rochers elbois et la cité somptueuse des plaines fertiles de la
Campanie. Mais tout est proportionné. C'était une armée que Capoue
domptait. C'était quelques débris d'armée que Portoferrajo subjuguait.
Après de longues années de fatigues incessantes, les hommes, générale-
ment parlant, ont perdu l'habitude de rester les bras croisés, et la mo-
notonie avec son ennuyeuse uniformité leur devient quelquefois plus
accablante que ne l'avait jamais été l'excès de leur activité. C'est préci-
sément ce qui arrivait aux compagnons de l'empereur. Le temps leur
était long: quelques-uns des compagnons de l'empereur cherchèrent à
secouer le joug de l'oisiveté. Ils. Lig. 23. hommes qui ne savaient plus
rien faire doucement, et qui. Lig. 25. par leurs plaisirs tous de là. Ils
jouissait de leurs jouissances, et tout ce qui pouvait être un bien pour
eux était un bien pour lui. Mais. Lig. 26. ardents, et par conséquent
48 ADDITIONS ET VARIANTES
susceptibles de se tromper sur la nature du bien. L'empereur y voyait
mieux qu'eux, il jugeait mieux qu'eux. Il voulait rigoureusement que
rien ne fît brèche à l'honneur; il voulait aussi que rien ne blessât les
convenances. Je cite quelques faits. L'histoire de l'empereur à l'ile
d'Elbe n'est pas seulement la nomenclature plus ou moins raisonnée des
choses morales ou matérielles qui sont son ouvrage personnel, et selon
moi, ce qui s'est fait sous ses yeux s'y rattache, surtout lorsque ce
qui s'est fait peut contribuer à expliquer ses sentiments ou à pénétrer
sa pensée.
P. 17L Lig. 1. fu(jitive. Je fus chargé de transmettre l'expression de
ce désir. L'officier. Lig. 3. avec taie dame inconnue qui n'était pas sa
femme. Il aurait cependant voulu, plébéien qu'il était, que son union. Lig.
9. garda une rancune de durée. Lig. 10. voulut pas également admettre.
Lig. 31. un grand événement parmi les grands événements de l'île d'Elbe
durant le règne elbois de l'empereur : le philosophe, le savant, l'homme
accompli, le général Drouot, par l'une de ces combinaisons que l'on ne
peut pas prévoir, dont on ne sait pas se rendre compte, le général Drouot
en vint aux prises avec l'amour, et il arriva ce qui devait arriver: l'amour
vainquit. Le général Drouot succomba, sans même se douter qu'il s'était
exposé à succomber. Le général Drouot.
P. 172. Lig. 3. une vertu si rare, les fastes de la vie avaient de si bel-
les pages qu'il était impossible qu'une femme, quelque haute que fût sa
position, ne se trouvât. Lig. 3. Disons de suite comment l'amour jeta ses
filets pour envelopper et prendre le général Drouot. Mademoiselle Hen-
riette était à cet. Lig. 23. opinion à cet égard. Qu'on s'imagine les
amours d'un saint avec une de ces filles célestes qui habitent le séjour
des anges : c'étaient les amours de ces amans d'une nouvelle espèce.
L'hymen allait les couronner ; le jour nuptial étoît fixé, lorsque le ciel
le plus serein se couvrit tout à coup de nuages et qu'un coup. Lig. 27.
à le cacher, il ne cherchait point à l'afficher : cela coulait naturellement
comme l'eau limpide d'un ruisseau qu'une source pure alimente. C'était
surtout dans son amour. Lig. 30. sa mère. Quelque chose lui manquait
tant qu'il n'avait pas rempli ce devoir que son cœur lui imposait. Il était
donc naturel qu'il reîidit compte à. Lig. 32. sotis un ciel qu'elle consi-
dérait comme un ciel étraiiger. Elle lui ordonna de.
P. 173. Lig. 2. solennelle, et cette représentation faite sans cesse. Lig.
4. il devait sacramentalement s'en tenir à la foi jurée. C'est trancher la
vie morale d'une demoiselle que de l'abandonner, alors qu'on l'a, pour
ainsi dire conduite aux pieds {sic) de l'autel. Je fus moi-même compro-
mis dans ce triste dénouement qui souleva les parents et les amis de
Mademoiselle Henriette. Uempereur. Lig. 8. définitive de rompre les
liens de parole qu'il avait un peu légèrement contractés. Il ne m'en avait
pas même parlé. Cependant on crut. Lig. 9. à le décider. On m'en fit
des reproches. Je dis la vérité. On parut douter. Je me crus offensé. Il
fallut toute l'autorité de l'empereur pour apaiser cet orage occasionné
par les données d'une apparence. Lig. 14. le mieux. Il est facile de com-
prendre combien cette rupture affligea les Elbois. Lig. 17. général
AUX SOUVENIRS DE PONS 49
Drouot avait pu s'égarer dans une route qui jusqu'alors lui avait été tota-
lement inconnue. Mais il était incapable d'un mensonge et sa parole ne
pouvait être qu'une parole de vérilé. Lig. 22. de l^étre et je bénis le ciel.
Le général. Lig. 26. métamorpliose du général Drouot. Plusieurs fois il
avait laissé échapper des paroles qui semblaient indiquer que cette mé-
tamorphose ne lui faisait pas de la peine. // s'amusait.
P. 174. Lig. 11. médiocres, et quelque lieu que ce puisse être, un bon
parti attire les regards des pères et des mères qui ont des filles à marier.
P. 175. Lig. 34. prolongèrent le plus. Cette classification m'oblige à
suivre un autre ordre de choses pour atteindre avec lucidité au terme de
mon ouvrage. Peut-être fatigué des luttes sanglantes qu'il avait pendant
vingt années soutenues contre les ennemis de la France, peut-être hu-
milié de ce que le peuple français l'avait laissé tomber, peut-être indigné
d'avoir été trahi par les hommes qu'il avait le plus comblés de bien-
faits, même par une partie de ses proches, l'empereur arriva.
P. 176. Lig. 4. réels ^ et tout ce qu'il faisait portait l'empreinte de la
durée. L^ts constructions. Lig. 9. se doimer des aises dispendieuses et
momentanées. Le sybarilisme n'était pas son fait. Lig. 12. supprimées :
je n'en ai cependant jamais eu la preuve irrécusable. Ce qui m'a donné
quelque doute à cet égard, c'est que l'un. Lig. 17. violation. La vérité
est que dans. Lig. 21. pas facile à exécuter., à moins que ce ne fut des
choses qui le touchassent de près. îl détournait. Lig. 25. devenir plus
palpitante II avait un langage particulier pour Marmont : c'était régu-
lièrement un langage de mépris ou Lig. 27. presque sans activité. Il y
avait peu d'agens en course.
P. 177. Lig. 16. à quelles conditions on pourrait en trouver. Lig. 18
ces commissions qui ne devaient aboutir qu'à lui donner des renseigne-
ments. Je n'y voyais. Lig. 27. » (J'abrège le colloque.) Mon départ défi-
nitif serait une trahison, je ne déserterai jamais. — Serez-vous long? —
Huit jours. — Verrez-Tous.
P. 178. Lig. 6. britannique.» Je prenais congé de l'empereur lorsque
me rappelant, il me dil. Lig. 13. une bonté indicible, surtout la maison
de la veuve Chemin, aveclaquelle j'étais intimement lié. //y owazï. Lig. 20.
Dès que je fus arrivé à Florence m'adresser, non pas un ordre ni une
apparence d'ordre, mais une belle et bonne prière Lig. 26. aimé neveu.n
et je tachais de le contenter selon l'affection qu'il témoignait. Mais dès
que Lig. 29. l'avait o?do7uié, il fit un bond de plaisir et il m'engagea à
m'asseoir. Puis prenant un siège, il me. Lig. 30. le grand duc comprit
mon ignorance à cet égard. Il n'insista pas. Il me sembla que ce prince
avait, comme l'empereur, l'habitude de questionner, et en eflet, il me fit
des questions à l'infini. Lig. 34. Je ne pouvais pas me cacherqu'il évitait
de me parler.
P. 179. Lig. 4. lui grand duc, il se laissa aller facilement et il m'en
parla comme s'il s'adressait à un vieil ami. Il est vrai que je [Lig. 5.]
n'étais que le dépositaire de ses paroles; que ses paroles devaient être
transmises à son cher neveu, à son bo)i neveu, à son bieii aimé neveu, car
Ferdinand III. Lig. 11. code Napoléon , qu'il avait dû leur faire respec-
50 ADDITIONS ET VARIANTES
ter ce code, l'œuvre d'un grand homme et de grands hommes. Lig. 16.
s'honorer d'un présent fait par le plus grand des souverains dont
l'histoire consacrât le souvenir. Je vais me servir d'une expression
populaire : on me la pardonnera: Le grand duc Napoléon. Il
n'en parlait qu'avec admiration. Lig. 20.de l'accueil, plein de bonté dont
je venais d'être l'objet. Au sortir du palais Pitti, à quarante. [Lig. 21.]
pas en face de la porte d'entrée, par conséquent presque sous les croi-
sées, un marchand forain vendait des chansons [Lig. 22.] contre l'empe-
reur et indigné de ce contraste avec ce que je venais d'entendre, j'en-
trai dans un café et j'écrivis. Lig. 26. ses bureaux et je m'y rendis. La
police est curieuse de sa nature, elle. Lig. 31. me deynanda.La police
crut que cette double confidence avait une haute importance; elle s'excusa
de sa curiosité et quittant sa figure rébarbarative {sic), elle prit un mas-
que de politesse.
P. 180. Lig. 19. supérieur en sculpture et qui avait déjà commencé la
haute réputation à laquelle il est noblement parvenu. BartoUni avait
Lig. 23. A Pise, la cité qui est ordinairement la pépinière des hom-
mes appartenant. Lig. 25. de l'empereur et il me fallut renvoyer à une
autre circonstance les renseignements complets que j'avais mission de
prendre. Lig. 29. à son perfectionnement. Vacca, dont l'humanité pleu-
rera encore longtemps la perte, me donna l'hospitalité. Lig. 33. draps.
Mais l'écoulement par la vente n'était pas à beaucoup près aussi rapide
que l'on s'y était d'abord attendu. Lopinion.
P. 181. Lig. 2. de concurrence. Le commerce intermédiaire renfermé
dans le mouvement de la consommation trouvait. Lig. 4. nouvelles
et il aurait voulu que les populations retardassent un peu leurs preuves
de sagesse. Le peuple, Lig. 6. à gagner. J'aurai à revenir sur la situa-
tion livournaise. Lig. 7. l'empereur écouta avec une attention d'atten-
drissement tout. Lig. 14. l'amoncellement de choses de première néces-
sité [Lig. 15.] que l'on trouvait à Livourne pour les vétemens, plus
particulièrement pour des vétemens militaires ou pour des vétemens
de marine, ce qui était ponctuellement vrai. L'empereur n'interpréta .
Lig. 28. toutes les paroles du ministre Fossombroni, ainsi que toutes
celles des artistes auxquels j'avais fait visite. Il se rappella avec inté-
rêt d' {sic) André Vacca. Il s'inquiéta de ce que je n'avais pu le satis-
faire quant à l'instruction publique.
P. 182. Lig. 2. cet égard, H me demanda la raison de mon silence ; et
il me loua de ma pensée religieuse. Ensuite il ajouta : Lig. 7. m'aider
à justifier l'opinion où je suis qu'en arrivant à Tîle. Lig. 11. de la
coalition. Quant à mon silence sur l'érection de l'église, la raison en était
toute simple, le projet avait échoué dès le principe de son exécution, et
alors, il me paraissait inutile d'entretenir l'empereur d'un non succès,
quoique ce non succès ne pût en rien m'ctre attribué. Cependant, comme
on voit, la divulgation de l'agent comptable porta un fruit heureux,
puisque l'empereur adopta mon plan, et qu'il promit de présider à son
accomplissement. Le temps marchait. L'empereur fit légalement. Lig. 14.
traité, dont je viens de faire mention et Taleyrand, à qui l'on s'était
AUX SOUVENIRS DE PONS 51
adressé en sa qualité de ministre des affaires étrangères (Lig. 16.] eut
l'impudence de ne pas répondre. Tel est l'enchainent des circonstances
qui marquèrent la première époque. Lig. 29. 7?ioi-même, de l'expliquer
au public et à la nation; je vais remplir cette tâche. Peut-être que je ne
serai pas d'accord avec des personnes que j'honore, même avec l'empe-
reur que je respecte. N'importe : cela ne m'effraye pas. Je me mets à
l'unisson de ma conscience, je marche avec elle, je ne quitterai jamais
sa ligne droite. Je chéris profondément la mémoire de l'empereur. Néan-
moins je ne lui sacrifierai pas un seul mot de vérité. Lig. 31. Napoléon
Bonaparte était Corse. Les Corses sont orgueilleux comme en général
tous les insulaires le sont. L'orgueil avait dominé son enfance. Il le do-
mina.
P. 183. Lig. 4. à travailler Le travail n'est pas le génie, mais il le,
développe, il le supplée et, parfois, il marche son égal. Ici, il y avait
l'un et l'autre, le génie et le travail. Lig. 7. alors toute patriotique; elle
ne brûlait que du feu sacré. Lig, 32. ambition patriotique ; la première
de ses trois ambitions aux sentimens de laquelle il ne fit jamais défaut,
même dans ses
P. 184, lig. \. d'erreur, son ambition patriotique lui fit rêver. Lig. 3. de
l'empire français ; et malheureusement les souverains de l'Europe prê-
taient à cette illusion en cherchant sans cesse à détruire la France. Ils
prouvaient constamment qu'ils. Lig. 5. brisé. L'ambition de gloire et
l'ambition de puissance furent d'accord avec l'ambition patriotique.
L'empereur les écouta toutes trois ; il crut pouvoir les contenter toutes
trois. Mais une quatrième ambition naquit de la possibilité presque dé-
montrée d'arriver à l'ambition de famille. Cette ambition de famille n'eut
rien d'heureux. Elle ne fit jamais. Lig. 15. peuple, du peuple qui pour
lui avait sacrifié sa puissance suprême au pouvoir souverain. Lig. 16.
social, quelle que soit l'organisation sociale. Hors du peuple point
de salut. Lig. 18. pas le peuple, l'empereur aimait le peuple, il l'aimait.
Lig. 21. Vhumiliation. Il la combat ou il se sépare de ceux qui
l'humUient. Il se sépara de l'empereur. Toutefois je dirai du peu-
ple ce que je viens de dire de l'empereur. Lig. 23. Le peuple chérissait
l'empereur; il le chérissait sincèrement ; il se serait dévoué pour lui,
parce qu'il comprenait tout le bien que l'empereur lui faisait. Mais son
Lig. 26. Ici l'empereur et le peuple ne formèrent plus un seul tout; il
arriva que les renégats du peuple accoururent auprès de l'empereur, et
qu'ils courbèrent servilement la tête devant le pouvoir impérial. Ils s'é-
taient dits hommes. Lig. 28. le peuple ravalait avec le Directoire et
qu'on appelait le peuple doré. Écume thermidorienne, qui a été la
base... liberticides qui depuis cette époque ont tour à tour et cons-
tamment fait le malheur de la France. Lig. 33. On ne fit pas assez d'at-
tention à ce changement. Je crois même qu'on n'y a jamais fait atten-
tion. Cependant.
P. 185, lig. 2. directoriales, un peu purgées parle Consulat, c'est-à-
dire dégagées de leur écume. Lig. 6. révolution, mais ces hommes de la
révolution, malgré les hoc'aets dont il les avait aflublés et les titres qu'il
52 ADDITIONS ET VARIANTES
leuravaitdispensés,ilsne pouvaient pas lui constituer une cour, et alors,
embarrassé, il appela à son aide les hommes de la contre-révolution.
De manière que l'empereur eut a ses côtés. Lig. iO.jaînais fusion, et qui,
par le froissement forcé eut pour. Lig. 1)5. repré'fentait les autres. Lesre-
présentés se plaindraient si je les jugeais d'après leurs représentants. Ce
qu'on ne peut pas taire, c'est que les révolutionnaires avec les contre-
révolutionnaires faillirent. Lig. 14. principes primitifs. C'était un peuple
extraordinaire qui s'élevait sur le peuple ordinaire, c'était le peuple des
lambris, peuple de courtisans, peuple de flatteurs, peuple de favoris ; osons
le dire, peuple diamétralement opposé au vrai peuple. Uiie sphère. Lig. 19.
monde spécial. Il passait avec bonheur du salon où personne ne s'oc-
cupait au cabinet où tout le monde travaillait. Mais la souveraineté,
alors même qu'elle a été fondée par le peuple, condamne le souverain
qui n'est pas populaire à une vie solennelle de lambris, malgré les heu-
res consacrées au travail, et cela se conçoit. Le souverain qui n'est
pas populaire ne trouve des adorateurs que sous les lambris, et il a
besoin d'élre où ses adorateurs sont: car ce n'est que là qu'on lui
adresse des louanges. Partout ailleurs, on lui ferait peut-être entendre
des paroles de blâme. Je l'ai dit consciencieusement. L'empereur était
patriote dans la plus grande étendue du mot, c'est-à-dire qu'il était en-
tièrement dévoué à l'honneur et à la gloire de la Patrie. Rien n'avait
n'avait pu ébranler ce sentiment. <' La France avant tout » fut. Lig. 23.
son génie, lui servant de première pâture, si je puis me permettre
cette expression, conduisit. Lig. 24. bientôt tous les plis ainsi que tous
les. Lig. 27. au désintéressement, et il lui sembla que l'ambition et l'é-
goisme étaient les seules divinités des mortels. // ne vit l'espèce Lig. 33.
servir. De là les paroles blessantes qui lui échappaient lorsqu'il était
contrarié. Il menaçait toujours, il ne
Page 186, lig. 1. à prodiguer les récompenses, il ne les prodigua même
que trop.Encore un trait. Quel que fut son dédain pour les hommes, dédain
justifié par une grande partie des hommes au milieu desquels il avait
vécu pendant quinze années, ce dédain n'alla pas jusqu'à lui faire con-
fondre tous les hommes, et du premier jour au dernier jour de son rè-
gne, il fouilla sans cesse dans les entrailles de toutes. Lig. 5. Je l'ai dit,
je le dis encore, je le dirai toujours : l'empereur fut un grand homme,
mails il lui manqua d'être un grand citoyen, et, comme la foule des grands
hommes, il se laissa éblouir par les fausses grandeurs. Lui aussi voulait
un trône. Cette autre boîte de Pandore qui, dans tous les âges a fait le
malheur de tous les peuples... Toutefois. Lig. 22. faiblesse. C'est aussi
ce qui advint à la nation française. La République disparut de fond en
comble. L'empire insulta . Lig. 25. intercaler: que les souverains se le
tiennent pour dit, l'homme n'est pas né pour être esclave, séide, instru-
ment. Son essence est toute de pureté, et ce n'est que lorsque son essence
est altérée qu'il se soumet volontairement à la dégradation afin de satis-
faire à de mauvaises passions. Son intérêt est la seule chose qui l'attache
à celui pour lequel il se dégrade. L'attachement cesse dès que l'intérêt
n'existe plus. L'empereur en eut la preuve terriblement amère. Toutefois
AUX SOUVENIRS DE PONS 5 3
cela ne l'avait pas corrigé. L'habitude avait jeté des racines trop pro-
fondes pour que les premiers coups du sort pussent l'avoir immédiate-
ment convaincu que le monde social ne se composait pas seulement de
ces gens de prostration morale qui pendant quinze années s'étaient
bassement jetés à ses pieds pour en être foulés, car, il faut le répéter,
ce n'est que le peuple doré qui s'humilia ainsi, et le peuple-peuple, que
l'empereur, à son avènement au pouvoir souverain, avait salué du nom
de grand peuple, resta grand peuple. Aussi ce peuple doré est passé
sans laisser d'autres traces que celles de ses apostasies. A peine quelques
noms ont-ils surgi sans flétrissure. Il n'y a rien de lui qui appartienne
au caractère national du peuple français. Tel était l'empereur comme
homme public; je vais maintenant l'esquisser comme homme privé. J'ai
dit que je ne m'embarrassais pas de ce que d'autres historiens ont écrit,
même de ce que l'empereur a dicté. Je parle comme je pense. Je pense
tout haut, je parle tout haut. Lig 30. développement du génie. Rien ne
faisait présumer que l'élève de Brienne deviendrait le grand homme
du monde. Son
Page 187, lig. 2. Je suis convaincu que l'empereur était essentielle-
ment. Lig. 4. dévot, et si je me trompe, je ne me trompe pas de beau-
coup, lig. 11. sacristie. Une occasion fortuite me fit raconter cela à
l'empereur. Il trouva. Lig. 24. reconnu. Il est reconnu aussi que
Vempereur.
Page 118, lig. 2. laisser aller ; la lutte était flagrante. Toutefois.
Lig. 13. l'esprit humain; mais, ce qui est remarquable, il aimait.
Lig. 18. questions politiques, il lui arrivait de trancher le nœud
gordien. Il les tranchait aussi sur les questions morales : En mo-
rale, disait-il Lig. 22. dame qui très certainement était à cet égard loin
de penser comme lui, qui put même croire que ces paroles allaient à
son adresse. Lig. 26. les larmes aux yeux et se gronder lui-même de son
émotion. L'empereur était. Lig. 28. sensibilité Vétouff'ait alors même
qu'elle lui arrachait des cris de douleur. // ne Ibid. était forte. Je suis
persuadé qu'on lui aurait fait. Lig. 34. A côté, ou au milieu de ses grandes
qualités, l'empereur avait une manie des petits esprits dont je n'ai ja-
mais pu me rendre compte et qui existe encore.
Page 189. Lig. 1. détail vulgaire des vies du foyer. Il aimait également
trop à connaître la teneur des bavardages qui déraisonnaient dans les.
Lig. 5. intercaler : On l'amusait ainsi par des choses qui, pourtant,
n'avaient ou n'auraient rien dû avoir d'amusant pour un homme d'une
telle supériorité. Mais l'humanité est ainsi faite ; les petites choses ont
leur place à la suite des grandes choses. J'ai mieux aimé m'appUquer à
dire des faits réels qu'à pérorer (sic) des chapitres imaginaires. Je ne
me suis imposé qu'une règle, celle de ne rien omettre ; qu'une méthode,
celle de la vérité. Qu'on ne m'en demande pas davantage ; je ne puis
pas, je ne dois pas en faire davantage. Ma grande étude a été de suivre
l'Empereur pas à pas. C'est ainsi Lig. 9. J'allais de suite auprès de lui,
et lorsque je ne pouvais pas être auprès de lui, je me faisais. Lig. 11.
m'instruire comme lui (sic). Il y avait entre les. Lig. 19. qu'il pensait.
4
5 4 ADDITIONS ET VARIANTES
Gela n'est pas exagéré. L'habitude d'une observation sérieusement quoti-
dienne finit plus facilement qu'on ne pense, — toujours, je le répète, quant
aux choses d'ostensibilité, — par faire lire dans l'âme, dans le cœur, dans
les traits, dans le regard et jusque dans les gestes de l'homme que l'on
observe, alors même que cet homme est un homme tel qu'était l'Empe-
reur. On interprète sa parole, son silence, et souvent l'interprétation
est juste. Il n'en est pas de même à l'égard des choses d'une haute portée.
Mais. Lig. 20. deviner quels étaient les graves sujets de méditation qui.
Lig. 28. faisait naître et après lui avoir donné naissance. Lig. 29.
avantageux. Ainsi quand son génie était livré aux grandes combinaisons,
rEmpereur.
Page 190. Lig. 2. son palais capital, autant qu'il lui avait été possible
de l'embellir et chaque jour il l'embellissait. Lig. 17. d affection, de
beaucoup d'affection, de cette afl'ection qui ne se comprend que de cœur
à cœur, d'âme à âme. H ne s'habituait. Lig. 20. dévorer encore et sa
figure ne se composait plus pour voiler sa douleur. L'Empereur souf-
frait. Des amis éprouvés l'entouraient, cela est vrai, mais ils ne pou-
vaient. Lig. 26. de sa destinée ; elle n'était pas faite pour une grande
destinée. Elle avait traversé des jours. Lig. 29. pagode couronnée, rien
de plus. Sa vie d'oubli avait été vite commencée. Je me trompe, elle ne
sut pas.
Page 191. Lig. 12. tous ceux qm ont pu davantage contribuer à bien
faire connaître le [Lig. 12.] caractère de l'Empereur, et dont, que je
sache, personne n'a encore fait mention. Toujours homme, quoique
grand homme, l'Empereur avait des défauts, des faiblesses, des pré-
jugés, des caprices, et une bonne partie de ces imperfections que l'on
trouve plus ou moins dans tous les êtres qui constituent l'espèce hu-
maine. Parmi ces défauts. Lig. 17. fut la cause la plus péremptoire des
haines inexorablement acharnées à sa perte, quoiqu'il n'eut jamais su
haïr. L'Empr7-eur. Lig- 20. saignantes [sic). L'homme supporte une injus-
tice, il ne pardonne pas une humiliation. L'humiliation est une blessure
incurable. La vengeance y empoisonne tous ses traits. L'Empereur, que
l'on m'en croie, ignorait.
Page 192. Lig. 1. ce concert impérial d'une nouvelle espèce était ter-
miné. Lig. 7. sans rancune . » Et lorsque cette démarche de récon-
ciliation était opérée, qu'il croyait avoir la paix, l'Empereur se reti-
rait avec un contentement si expressif, que tout le monde en était tou-
ché. Ce n'était pas une fois, ce n'était pas deux fois, c'était toujours
L'Empereur. Lig. 11. cauchemar. Non, une semblable nature ne pouvait
pas être une mauvaise nature. Malgré la simplicité des soirées, chose
qui tenait à l'isolement de l'Empereur, le service intérieur. Lig. 33. cette
vie de fidélité dévouée, qui lui a acquis l'estime de tous les cœurs géné-
reux, et qui lui vaudra les éloges de la postérité. Déjà la génération
actuelle lui a décerné une couronne de louanges, tant il est vrai qu
dans quelque position de la vie qu'il se trouve, l'homme peut, par la
sagesse de sa conduite, s'élever moralement au niveau de tous les hom-
mes et parvenir à compter parmi les gloires de l'humanité.
AUX SOUVENIRS DE PONS 5 5
Page 193. Lig. 5. à Sainte-Hélène. C'était son devoir, mais c'était aussi
son droit, et personne n'était plus digne que lui de remplir cette tâche
pieuse. Je désire de toute mon âme que ce que je dis de lui ait la puis-
sance d'ajouter un rayon à son auréole. Lig. 12. les guerres qu'il eut à
soutenir contre les ennemis de la France. Lig. 15. quotidiens les plus
affligés. Lig. 22. M. Gilles. J'en parle, parce que l'Empereur m'en parla,
aussi parce que mon nom s'y trouva mêlé. D'ailleurs ce n'est pas.
Page 194. Lig. 4. garder ce souvenir. Je n'étais pas un habitué du café ;
j'y allais même très rarement. Ce jour-là, je me trouvais au café avec
le Trésorier de la couronne. L'Empereur sut ce qui avait eu lieu. Le même
jour il me demanda ce que j'en pensais.
Page 144. Lig. 20. J'ai dit combien l'empereur, lorsqu'il habitait. Lig.
26. voiture était dans l'impossibilité de traverser la route qu'il faut fran-
chir pour sortir de la place, cet endroit ne pouvait être pratiqué que
par les piétons : encore ce n'était pas sans quelque gêne. L'empereur
Lig. 34. bras, tant ceux du pays que ceux qui venaient chaque jour de
la principauté de Lucques, étaient.
Page 195. Lig. Vaccomplisseynetit. Que faire? Force était d'atten-
dre , mais l'empereur ne savait pas attendre. Sans cesse il de-
mandait à sortir par la porte de terre. Cependant trois jours s'écou-
lèrent sans qu'il y eut rien de commencé. C'était immense que la pa-
tience de l'empereur se fût contenue aussi longtemps : il n'y tint plus.
Lig. 7. masses, ainsi que de leurs fleurets de fer, et j'exécutai ponc-
tuellement cet ordre. Le matin, désireux de savoir à quoi l'on allait
employer mes ouvriers mineurs, je. Lig. 11. étonné de le voir d'aussi
bonne heure; mais je le fus de le voir seul, et mon étonnement était
visible ; l'empereur me dit en riant : € Soyez tranquille. Lig. 17,
mise à l'œuvre. On ne pouvait pas désirer plus d'ardeur à l'ouvrage,
aussi l'ouvrage fut assez avancé dans la matinée pour que l'empe-
reur pût satisfaire le désir qu'il avait de sortir de la place par cette.
Lig. 31. un conscrit. » La police ordonna à la dame aux grimaces dou-
cereuses d'être plus.
Page 196. Lig. 9. en fit r observation; Ton en parla, l'on en parla en-
core. Lig. 12. garde pria l'empereur de vouloir bien permettre qu'un
officier l'accompagnât dans ses courses habituelles. l'Empereur. Lig.
23. populaires. Je crois qu'il était possible de deviner son dessein à cet
égard. Lorsque il voulait. Lig. 28. opinion. » Alors pour lui répéter
l'opinion publique, l'on interrogeait le public et l'empereur finissait par
apprendre ce qu'il voulait savoir. L'empereur avait une autre habitude
qui parfois causait une surprise embarrassante. Lorsque. Lig. 34. d'abord
sérieuse, devenait moins sérieuse, et l'empereur en parlait. Jusque là
c'était bien; du moins ce n'était pas mal. Mais ensuite l'empereur venait
vous dire :
Page 197. Lig. 13. Peyrusse, feignit de se rappeler, et, sans balbutier,
convint que M. Peyrusse avait raison. Cette eiigeance (sic) de secret,
lorsque le secret. Lig. 14. était souvent, toujours, elle servait ses pro-
jets.... le seconder pour atteindre au but qu'il se proposait. Les per-
56 ADDITIONS ET VARIANTES
sonnes. Lig. 26. collaborateur de ses occupations permanentes, l'on
pouvait bien [arriver] à deviner ou à préjuger. Lig. 30. apparente. Le
froissement continuel finissait par ceux à qui l'empereur s'adressait
plus particulièrement. Mais tout se bornait là. Même dans la plus
grande intimité. Lig. 32. pour ne pas naturellement nous écarter de la.
(Lig. 33.[ circonspection qui nous était imposée ou recommandée.
[Lig. 83.] et j'aime à le répéter, àl'ile d'Elbe les secrets de
Page 198. Lig. 10. 'généraux. Alors nous pouvions tout nous dire.
Il n'y avait plus de secrets. Lig. 12.il nous faisait un devoir déparier.
Le général Drouot. Lig. 16. L'empereur avait une autre combinaison
qui prenait aussi l'apparence d'une habitude. C'était souvent alors
qu'il Lig. 18. en public. Le contraste pouvait paraître une énigme.
Néanmoins. Lig. 19. Après ce premier mouvement, il posait, et pendant
sa pose il subordonnait Lig. 25. parvenir à savoir. Ce n'était pas de
la mauvaise intention, loin de là ; c'était au contraire par un [Lig. 26.]
sentiment d'intérêt qui avait quelque chosede filial. L'empereur était
leur astre de félicité ; il leur importait donc de savoir si rien ne venait
faire varier le cours de cet astre : de là des commentaires.
Page 199. Lig. 21. l'île d'Elbe: j'en aurais su et j'en aurais vu quelque
chose.
Page 200. Lig. Ç>. préoccupé. Dans ses préoccupations, plein de ce qui
le préoccupait. Lig. 13. pris. Quelquefois nous étions plus d'un d'entre
nous soumis à la dictée. Le général Bertrand. Lig. 16. pouvait en suppri-
mer. Du reste.
Page 201. Lig. 3. y attacher peu d'importance. Je veux commencer
par le commencement. Lig. 8. ne payaient pas. Les mauvais payeuirs
étaient en nombre. A Capoliveri... elbois, la plus mauvaise lie. Lorsque
le percepteur des impositions se rendit à Capoliveri pour effectuer ses
recouvrements, la populace... intervint avec énergie, mais il avait affaire
à une populace canaille. Lig. 20. retardataires.Vovàxe lui exécuté, ^l/ors
un lÂ". 24. l'exercice de ses fonctions. Le moment était venu de prêter
force à la loi, mais Lig. 34. choisis dans une semblable circonstance.
Page 202. Intercaler. Lig. 10. Rien de mal n'étonnait de la part des
Capoliverais. Ce n'étaient pas eux qui pouvaient influencer les Elbois;
les Elbois n'ont aucune considération pour les Capoliverais. On dit:
« C'est un Capoliverais », comme si on disait: « C'est un manant». Mais
il y avait une autre commune qui se refusait aussi à. Lig. 17. cham-
bellan de VEmpereur. Ce qui pouvait faire penser que l'Empereux ne
considérait pas leur culpabilité comme une chose bien criminelle. Des
mesures. Lig. 20. ainsi, ce qui n'était pas exagéré. Lig. 21. il m'appela;
il me fit part de son inquiétude. Il me dit: « Vous pouvez peut-être,
lig. 25. sous vos ordres. Il ajouta : « Prenez la plume, écrivez. Lig. 26.
langage. » Je pris la plume, l'Empereur me dicta.
Page 205. Lig. 20. L'Empereur inquiet, affligé, allait. Lig. 26. Lui
d'ordinaire si calme dans la fortune comme dans l'infortune, lui qui, gé-
néralement au-dessus des événements, ne faisait point passer les émo-
tions de son cœur aux traits de sa figure, lui dont la parole ne trahis-
AUX SOUVENIRS DE PONS 57
«ait jamais la pensée, lui, l'Empereur ne taisait plus rien, ne cachait
plus rien, et tous les yeux pouvaient admirer son âme embrasée du
feu sacré de la tendresse filiale. L'Empereur n'était plus l'Empereur:
du moins l'Empereur du moment ne ressemblait plus à l'Empereur de
tous les temps. Il donnait des ordres et des contre-ordres. Il disait des
oui et des non, et, à forf e de vouloir faire, il ne faisait rien. Le monde
moral ne peut rien avoir de plus admirable que le tableau de ce trou-
ble saint dont l'inspiration avait été toute instantanée. Il se rendit à
bord de la frégate anglaise. Lig. 30. Ce n'était ni l'aigle qui fend les
airs, ni le cerf qui bondit sur les monts. Ici la métaphore est inutile.
C'était un fils qui allait embrasser sa mère, sa mère qui venait partager
son exil ! . . . Les fils idolâtres de leur mère qui en ont été séparés peu-
vent seuls se représenter l'ensemble céleste de cet instant suprême. Et
ce ne sera pas moi, moi faible écrivain, qui chercherai par des paroles à
dénaturer ce que leur imagination pourra leur en dire. Deux fois l'em-
pereur essuya les larmes. Lig. 33. éclater pour celle qui lui avait donné
le jour. C'était range.
Page 206. Lig. 9. iiidomptable. Oui, indomptable pour lui, gouverne-
ment britannique, source féconde de toutes les perversités humaines,
mais facile aux sentiments tendres, et surtout aux sentiments généreux,
dans le cours régulier de la vie privée comme de sa vie publique.
Lig. 14. Avant celte époque., à Essling il avait pleuré son fidèle ami le
maréchal Lannes ; et après cette époque, durant les Cent Jours. Lig. 17.
seule larme. Le stoïcisme ne détruit pas les entrailles, n'étouffe pas le
cœur, ne dénature point l'âme. S'il n'en était pas ainsi, le stoïcisme
équivaudrait à la cruauté et les stoïciens seraient des monstres. La mu-
nicipalité. Lig. 20. poijit de discours prononcés. Ce n'était pas une ré-
ception officielle préparée, c'était un hommage solennellement improvisé.
Chacun place. C'est au milieu de ce cortège universel que Madame
Mère Lig. 30. 'dlionneur était italienne, sa demoiselle de lecture était
italienne, sa domesticité était italienne. On disait même que sa cuisine
était faite à. Lig. 31. comme souveraine. Aussi chaque.
P. 207. Lig. .30. Ajaccio. Livrée à elle-même, si l'île de Corse avait
encore été souveraine, elle lui aurait certainement fait donner le droit
de suzeraineté sur l'île d'Elbe, et, dans les circonstances où l'on se trou-
vait, ne pouvait pas y parvenir en droit, elle cherchait à y parvenir en
fait. Ainsi elle.
P. 208. Lig. 14. confiance de Vempereur. Heureusement que la sa-
gesse de l'empereur. Lig. 17. blessait outrageusement. Lig. 25. frappe:
c'est donner à un seul le droit de prendre exclusivement ce qui appar-
tient à tous. C'est peut-être le privilège le plus immoral et le plus
odieux dont les gouvernants puissent se rendre coupables, car c'est
faire servir les lois à la consécration d'une injustice. Lempereur.
P. 209. Lig, 1. minerai de fer lorsqu'il serait livré à la consomma-
tion. La raison en était simple : les entrepreneurs devaient vendre selon
qu'ils payaient. Lig. 4. la compagnie corse ; elle me la recommanda do
telle manière que sa recommandation ne tendait à rien moins qu'à
=>? ADDITIONS ET VARIANTES
m'empécher de faire autre chose que la chose qu'elle m'indiqpiait. Elle
me dit. Lig. 10. et que je serais positivement fidèle à mon devoir ». Ma
réponse ne plut pas à M"» Mère. Af"" Mère. Lag. 14. protégés. Cette
princesse me connaissait mal ; elle était dans une erreur complète. On
m'obsédait négociation. L'empereur savait ce qui se passait. Lorsque
je m'approchai de lui. Lig. 18. me fit appeler. Il m'apprit que la com-
pagnie corse.
P- 210. Lig. 7. humeur de la part de Af°" Mère. Lig. 16. par cette
question faite à brûle pourpoint, et ne sachant en aucune manière ce
qui avait pu la motiver, je me tus. // me. Lig. 20. naturellement, et
il ajouta.
P. 211. Lig, 1. Cette chaleur excessive fatiguait l'empereur; il ne
savait où aller, où se tenir. Son palais Lig. 3. ne pas prendre le parti
de s'isoler sous. Lig. 8. quelque trahison de l'ensemble de la population
marciannaise. Marcianno Mais cette population avait tant commis de
crimes qu'il pouvait. Lig. 25. suite qui lui était indispensable. Lig. 32.
l'empereur qui, à lui seul, donnait la vie et le mouvement à la prospé-
rité des Portoferrajais. Longone.
P. 212. Lig. 8. tout ce que l'empereur faisait. On le suivit pour ainsi
dire dans ses petites excursions. Lig. 19. montrer en public. Tout le
monde me questionnait : je questionnais tout le monde. Chacun savait
tout, personne ne savait rien. On bâtissait des châteaux en Espagne. On
était absurde à force de vouloir paraître vrai. Lig. 22. Vâge de l'impé-
ratrice, que sa tenue avait au moins autant de noblesse que celle de
l'impératrice, que l'enfant avait aussi à peu près l'âge [P. 213.] du roi de
Rome, qu'il était mis comme on avait l'habitude de mettre. Lig. 3. l'im-
pératrice. Il lui avait également fait part de la tendance de la. Lig. 6. pas
se plaindre de cette espèce de complot qui n'était tramé que dans son
propre intérêt. Cependant. Lig. 7. humeur. Ce fat en vain : on ne le.
Lig. 16. sur le continent. Il me semble impossible que l'un comme
l'autre comprissent le danger qu'il pouvait y avoir à mettre en mer.
Lig. 31. heures d'angoisse. Son anxiété était extrême, elle le dévorait.
// lui lut.
P. 214. Lig. 18. la comtesse Bertrand de pouvoir contracter avec les
sommités les plus élevées de la localité. On ne demandait pas mieux
que de la prendre pour le point central d'un cercle choisi qui lui aurait
procuré le seul agrément dont le pays était susceptible ; elle ne se.
Lig. 21. cette puissance ne lui faisait pas défaut. Ses enfants Lig. 33.
leurs visites. Cette manière d'agir ne pouvait pas durer et ne dura pas
longtemps : on se lassa.
Page 215. Lig. 4. comble. Sa solitude n'était plus une combinaison; elle
devenait une nécessité, une nécessité absolue. Aussi Madame la Com-
tesse Bertrand était à. Ijg. 6. quitta l'île d'Elbe. Néanmoins tout ce que
je viens de dire n'empêchait pas Madame la Comtesse Bertrand. Lig.
8. On pouvait dire que son cercle . Lig. 18. plus pour l'empereur que
pour qui que ce puisse être. Elle diminua. Lig. 20. sa demeure,et que sa
AUX SOUVENIRS DE PONS 59
demeure devint son univers. L'Empereu?-. Lig. 21. demander^ mais il
cherchait des occasions pour le faire demander, et les occasions.
Page 216. Lig. 3. Quirinal. Puisque j'en suis à parler de la famille du
général Bertrand, autant vaut-il que je complette ce que j'ai à en dire,
en faisant connaître la cause de cette erreur universelle et que l'on
commenta de cent mille manières. Lig. 5. forêts, et ce frère vint le
trouver à l'île d'Elbe. On pense bien Lig. 10. marine. On imagine
bien que l'empereur le surchargea de questions ; mais le nouveau venu
qui, peut-être averti par son frère, s'était douté qu'il en serait ainsi, avait
fait une ample provision de renseignements, et il lui en donna autant
qu'il voulut en avoir. C'était alors la. Lig. 14. l'inspecteur général des
eaux et forêts visita l'empire elbois, fut. Lig. 24. à Home. L'empereur
voulut voir ces gravures: il en demanda la communication, et on s'em-
pressa de les lui envoyer à la campagne de Saint-Martin, où il était alors
L'empereur examina ce recueil avec une attention extrême. Il parcourait
une feuille après l'autre ; il en disait le bien, il en disait le mal selon son
jugement et l'on pouvait quelquefois être étonné de la supériorité de
ses remarques. // semblait avoir. Lig. 32. il chercha à se remettre. Alors
on peut le dire ainsi sans exagération. Lig. 33. irait. Mais ce n'était là
que la petite partie de ce qui devait se passer. Il y avait encore de l'agi-
tation de cœur lorsque l'empereur remit la gravure de l'impératrice à sa
place. Il prit la gravure suivante, c'était celle du.
Page 217. Lig. 15. de cette surprise le frère du général Bertrand
quitta l'île d'Elbe. Lig. 24. tous les rangs, de tous les âges, et pour nous
les figures nouvelles n'avaient rien de nouveau. // y eût une. Lig. 27.
librement. Jamais aucune lanterne magique n'eut autant d'apparitions et
de disparitions. Mais il y a à tout une dernière borne. Notre habitude
eut enfin la sienne. Nous fûmes étonnés. Une dame française débarqua
à Portoferrajo, elle était suivie de son.
Page 218. Lig. 1. Les messagers de curiosité revinrent promptement.
Qu'on s'imagine. Lig. 3. voyageuse, et, en vérité, je ne pouvais pas le
dire: Madame la Comtesse de. Lig. 21. fastueuse, comme le pavillon
couvre la marchandise. Un grand nom ne devrait pas être une grande
chose lorsqu'il est mal porté. Toutefois les mœurs sociales ne sont pas
encore arrivées à ce point de perfectionnement dans la civilisation qui
fera qu'on ne considérera le passé dans le présent qu'autant que le pré-
sent sera égal au passé.
Quoiqu'il en soit^ le nom de Rohan jetait de la poudre.
Page 220. Lig.5. était ce garçon, et lorsqu'on le lui eût dit, il ordonna
froidement qu'on le conduisît ailleurs; j'étais au nombre des personnes qui
accompagnaient l'empereur. Je regardai. Lig. 15. charme était détruit
l'illusion dissipée. Il ne restait que le revers de la médaille. Madame
la comtesse de Rohan-Mîgnac comprit que son règne était passé: c'est
ce qu'elle pouvait faire de mieux. Elle s'occupa rapidement de ses pré-
paratil"s de départ : elle partit. Je répète ses paroles d'adieu aux. Lig,
22. l'Angleterre que la France; par la raison qu'en Angleterre. Lig. 28.
de la dame, à la haute noblesse de laquelle on ne voulait maintenant
€0 ADDITIONS ET VARIANTES
plus croire, on fit circuler la nouvelle, suivante et je la copie telle quelle
« Madame.
Page 221. Lig. 3 épousa sa bienfaitrice ». Je dis ce que je sais, mais
je n'assure que ce que j"ai vu. Presque en même temps que la comtesse
dont nous venons de nous séparer, il nous arriva une autre dame. Lig.
5. disait la tante, et qui, de son propre aveu qu'elle répétait sans cesse,
ne venait. Lig. 22. dans ces es/^érances. L'empereur la reçut avec bonté
il. Lige 2i: jaser : il y eut des pourquoi et des comment, mais la.
Pags 222. Lig. 12. c'est une lâcheté que je lui jette à la figure. Lig.
2. d'étudier qu'elle n'a vraiment pas étudiée sous ancun rapport et que,
tout au plus, elle ne peut avoir. Lig. 18. du patriotisme. C'était toute la
pureté qu'on aime à trouver dans les adorations humaines; aussi je suis
vraiment disposé à en parler avec bienveillance. Madame Giroux. Lig.
20. de soixante an", elle était surtout bien expressive. Sa parole parlée
animait la société, sa parole écrite ne laissait rien à désirer dans le cer-
cle d'idées qu'elle voulait parcourir. O71 aimait.
Page 223. Lig. 8. la retraite de Gènes fait ce qu'on appelle vulgaire-
ment la. Lig. 18. beauté ne sont pas la beauté, quelquefois même ils n'en
sont que le contraste. Ce n'était pas ici tout à fait cela.
Page 224. Lig 2. seul nom public qui lui fût inconnu. C'était une chose
inouïe que les relations ou les réflexions qu'il faisait sur les individus. Le
nom de Guizot le frappa. Le compte rendu sur ce nouveau venu lui avait
appris qu'il m'avait visité. : il me fit appeler. IL Lig. 13. copier M. Gui-
zot, non pas mot à mot, parce que, comme je l'ai dit, il ne conversait plus
ni en français ni en italien, quoique, selon lui, sa lettre fût en français
étudié, mais je copierai religieusement la manifestation de sa pensée,
comme si le Guizot de nos jours l'avait exprimée, et il n'y aura pas un
mot de perdu.
Page 225. Lig. 3. d'un homme estimables et c'est l'opinion de tous
ceux qui l'ont connu ou qui le connaissent. Lig. 7. ensuite l'empereur
ajouta « je voudrais faire.
Page 227. Lig. 29. l'hommage céleste pour le culte duquel ils sont
aussi fervents que pour le culte deDieu, s'ils ne le s^nt pas davantage.
Mais c'était beaucoup. On pesa dans la balance de la raison ce qu'il
fallait faire : on se décida à fêter l'empereur le jour qu'on fêterait San-
Cristino, c'est-à-dire.
Page 228. Lig. 29. double fête ; ce qui fit une triple fête. Je veux dire
que la garde.
Page 229. Lig. 31. joie qui retentissaient dans les airs. Cette su7iprise
de circonstance très.
Page 230. Lig. 1. naturel que je fisse partie intégrante des coopéra-
teurs de cette belle réunion. Il était également naturel que je portasse un
toast.
Page 230 après lig. 9. intercaler ; Je fais pour les fêtes données à
Portoferrajo, par le pays et pour le pays, ce que j'ai déjà fait à
l'égard des choses qui avaient un rapport direct entre elles. Je les mets
régulièrement à la suite les unes des autres, sans trop me préoccuper
AUX SOUVENIRS DE PONS 61
des dates, et j'en fais un tout qui, ce me semble, facilitera les difléren-
tes recherches ou les diflërentes curiosités de mes lecteurs. Aussi, d'un
bond je franchis l'espace qui sépare Saint Gristino de San Napoléon, et
j'arrive à la fête de l'empereur. Lig. 14 tation que l'on pourrait appeler
filiale, tant il y avait d'amour dans le sentiment qui l'inspirait. Mais il com-
prit la difficulté d'arrêter Lig. 17. cette voie toute honorable qu'elle
était. C'était pourtant Lig. 21. emprimts publics et les emprunts publics
sont onéreux dans.
Page 231. Lig. 2. on voulait paraître en notabilité et pour ne pas.. . .
belle robe pour le bal delà fête du pays; cette robe était belle encore,
on n'aurait pas osé la porter, Lig. 7. plus belle: toutefois on ne se
la procurait qu'avec l'appui des usuriers. Ajoutez la cour, ce qui
n'était pas aussi peu de chose. Tout cela Lig. 17. Tous les prépara-
tifs particuliers marchaient à l'égal des préparatifs généraux, le mou-
vement était universel. Lig. 23. se succédant avec rapidité, on. Lig. 30.
le cœur, ou pour mieux m'exprimer, qui parle aux yeux sans rien dire
au cœur, et dont V Italie,
Page 232.. Lig. 17. les lettres restantes : la deuxième, la troisième, la
cinquième, la sixième, la septième, la huitième.'
Page 233. Lig. 7. société qui ne se croyait pas peuple. Lig. 19. Entre
les fêtes de San Gristino et celle de .Saint Napoléon, toutes deux
fêtes de cœur, il y avait eu.. .. Elbois et à laquelle je dus assister. Le
4 Juin.
Page 234. Lig. 7. ovation. J'hésitais sur ce que je devais faire. Je fus
consulter le général Drouot. Le général Drouot ignorait encore ce qui
se passait, l'empereur. Lig. 9. courut chez l'Empereur. Il revint au bout
de quelques minutes. L'Empereur. Lig. 23. la première place. L'arran-
gement général était parfait.
Page 235. Lig. 7. leur gouvernemeiit. J'ai toujours cru et je crois en-
core que le capitaine. Lig. 29. de mon cœur: de mon cœur au fond du-
quel il pouvait facilement arriver par cette route. J'eus faveur. Gela
y ressemblait beaucoup. L'Empereur.... vers lui. Je rends succincte-
ment le colloque : Vous 7ie.
Page 237. Lig. 4. faisait deux plats, ce qui ne dit pas qu'il n'y eût
largement de quoi manger. Lig. 7. étaient incessantes, surtout celle de sa
mère. Lig. 12. vieille que ma fille, ce qui ne nous empêcha pas d'en rire.
Lorsque.... de l'Empereur, qu'il n'oubliait jamais de me parler de ma
famille, je lui racontai Lig. 18. britannique et aux conséquences duquel
toutes les autres sociétés de l'Europe répugnent profondément. G'est
que deux officiers. Lig. 25. d'offeJiser aucune intention, car l'ivrognerie
n'est pas intentionnée, ils contraignirent pas... par la seule force de sa vo-
lonté, de sa dignité, se guérir à tout jamais de cette maladie dégradante,
et se laisse parfois traîner dans une boue ignominieuse. Un officier su-
périeur
Page 238. Lig. 3. J'ai parlé anticipement de la seconde arrivée de la
princesse Pauline que le brick V Inconstant était allée chercher à ...., et
62 ADDITIONS ET VARIANTES
j'ai dit aussi le nom de ses dames de compagnie. La princesse Pauline
était.
Page 239. Lig. 13. sans cependant jamais en venir à un grand mou-
vement. Vin [Lig. 15] térieur. la princesse Pauline et la vie sédentaire
y puisa un peu plus d'activité. // y avait quelques.
Page 240. Lig. 15. cVim trône, ce qui n'allait pas avec la simplicité dont
l'empereur prenait le caractère. L'étiquette Lig. 17. cette étiquette ; peut-
être même outrait-elle sa ponctualité. Pourtant la femme. [Lig. 18.]
ponctuelle que la princesse, elle. Lig. 22. l'empereur s'aperçut du mou-
vement qu'il avait imprimé, il se leva, fit le. Lig. 32. princesse Pauline,
et ce n'était pas celui où l'on était le moins agréable. Lig. 34. pour mul-
tiplier les plaisirs des personnes qu'elle invitait. C'était son empire;
elle y régnait souverainement, et l'empereur trouvait toujours quelque
prétexte pour aller la visiter au moment où il la croyait au plus haut pé-
riode de sa toute puissance. Ces visites
Page 241. Lig, 6. et tout ce qu'il y avait de bon en elles, n'aurait pas,
bien réuni, fait la centième partie de ce qu'il y avait de bon dans la
princesse Pauline. Les deux sœurs
Page 242. Lig. 2. 7'êves. Il était vrai pourtant que la. Lig. 8. de-
manda comment je trouvais so7i teint, demande à laquelle je répondis
que je le trouvais comme je trouvais le matin celui des roses. Cela. Lig.
10. là; et puis, le petit mouvement boudeur passé, elle se. Lig. 12. et,
joyeuse comme un enfant qui vient de recevoir des dragées, elle me dit.
Lig. 19. Mais le désir de se rendre intéressante en donnant une appa-
rence de plus d'intensité au mal réel qu'elle éprouvait n'allait pas jus-
qu'à la faire. Lig. 23. ce qu'il y a de certain, c'est que la princesse
Lig. 25. plaisir général. Elle voulait que toute la société s'amusât
quand elle s'amusait. C'était une pâle Lig. 30. était inquiète, et plusieurs
personnes lui avaient demandé si elle était indisposée. Ses yeux
Page 243. Lig. 23. sombre, et la préoccupation de son esprit révélait les
méditations de son génie. La princesse.... fois. Je n'étais pas étonné,
car bientôt le lecteur verra que je savais à quoi m'en tenir. Cependant
l'empereur monde à la réussite de tout ce que sa. Lig. 27. sans dis-
traction, mais lorsque cet isolement ne luiétaitplus nécessaire, sa figure
s'épanouissait à la vue des populations et surtout des populations amies.
Pendant la. Lig. 33. encore plus jolie qu'elle n'avait jamais paru. Aussi
Page 244. Lig. 3. Le carnaval parcourut sa carrière, mais arrivé au
bout il dut subir le sort universel, et il cessa d'exister. La garde impériale
qui. Lig. 20. L'homme d'action qui a vieilli dans une vie de mouvement,
ne comprend pas l'indolence, et l'oisiveté décompose sa nature. Il faut
le distraire, lorsqu'on ne peut pas l'occuper; sans cela, il cesse d'être ce
qu'il était, il ne sait plus ce qu'il est. C'est surtout le vuide des heures
de la soirée qui est un vuide dangereux. L'homme ennuyé se cramponne
à tout ce qui peut faire cesser son ennui. Heureux s'il se cramponne
bien, malheureux s'il se cramponne mal 1 L'alternative ne dépend pas de
son libre arbitre, il se laisse aller.
AUX SOUVENIRS DE PONS fi 3
C'est bien beau que le ciel, c'est bien beau que la mer mais
toujours le ciel, toujours la mer, et sans bouger de place ! Lig. 32. hé-
sita un moment pour la prendre, il craignaitt la réprobation des con-
sciences religieuses timorées. Du moins il le disait ainsi. Les
P. 245. Lig. 1. avait cessé d'être consacrée au culte : elle servait de
magasin militaire. Lig. 14. dElhe. Quoi qu'il en soit de la propriété de
l'empereur ou de la propriété de l'état, l'empereur décida que. Lig. 20.
familles, ce qui n'était ni bien haut ni bien grand, et cet arrangement
d'amour-propre, tacite ou clandestin, éprouva.
P. 246. Lig. 21. souverain. La jouissance générale reflétait une jouis-
sance particulière sur sa figure. L'opinion à cet égard était sans dissi-
dence aucune et.
P. 248. Lig. 4. L'on dut immédiatement songer à se procurer cette po-
pulation des champs et des airs, ce qui n'était pas chose facile à l'île
d'Elbe. L'empereur ne croyait pas Lig. 11. d'amusement intime pour
les habitans de Longone et de Capoliveri, si tant est que les habitans
de Longone et de Capoliveri soient de nature à comprendre les plaisirs
de famille ou d'amitié, ce dont je doute beaucoup. Pendant Lig. 16.
accompagné et pendant leur durée, se dégageant de ses soucis, il était.
Lig. 18. faiblesses qui ordinairement assiègent notre pauvre humanité.
Ain.si... des plaisirs par la raison que l'homme de travail doit les aimer
Seulement Lig. 31. aux tnurmens de la vie : je veux dire que ses
plaisirs temps. Ensuite j'aurais peut-être.
P. 249. Lig. 15. ce dont elles n'étaient pourtant pas en possession,
même d'idée. La dame. Lig. 23. Quel était donc le motif que l'on avait
le droit d'attribuer de l'empereur. Lig. 27. temps à lui consacrer, et cela
met déjà un poids dans la balance des préférences. Mais il y avait quel-
que chose de bien plus important pour l'empereur, c'est que l'empereur.
Lig. 33. campagne et par conséquent les seules avec.
P. 250. Lig. 31. îiatiirel et les sauver ainsi de la mort qui les mena-
çait. Mais pas du toutl Lig. 34. général Bertrand Puis, comme pour
constater leur impénitence finale, faisant semblant.
P. 251. Lig. 6. chose abominable. Ceci se passait avant le repas. Après
le repas, l'empereur continuant ce que, pour me rapprocher du jugement
ou du langage des Montcabrié et des Campbell, je me permets d'appe-
ler des fredaines d'inintelligence, voulut.
P. 250. Lig. 23. allait ! Mais le récit de la partie du bouillebaisse
n'est pas encore terminé ; il y a de Vempereur et je me fais un cas
de conscience de ne pas les passer sous silence. Aiiisi sur la
plage pour aller au repas convenu, Vempereur.
Page 251. Lig. 11. décision, elles en parurent très satisfaites, quoiqu'on
touchât à leurs affiquets. Mais d'après ces observateurs àtravers le prisme
des passions, leur satisfaction n'était relative qu'aux jeux innocens, et
l'Empereurn'y avait aucune part. Cela estd'autant plus probable, toujours
d'après les imitateurs des Montcabrié et des Campbell,que les dames ne
mettaient point d'amour-propre à ce que l'Empereur les avait honorées
d'une parole bienveillante ou d'une attention particulière et qu'elles
6 4 ADDITIONS ET VARIANTES
étaient très silencieuses à cet égard. Les insensés ! Aucun d'eux ne
connut l'Empereur; aucun ne fut à même de l'apprécier et leurs vision
chimériques n'aboutirent en dernière analyse qu'à favoriser les combi-
naisons qui amenèrent la descente au golfe Jouan. Lig. 13. qui n'ambi-
tionnât de quelque manière que cela pût être, de devenir l'objet d'une
attention bienveillante de la part de l'Empereur ; et pendant plusieurs
générations encore, les descendants de ceux ou de celles que l'Empereur
se plût à honorer de sa bonté en conserveront le souvenir, comme
dans toutes les familles on conserve un titre de gloire. Lig. 17. avait
peu parlé des parties au jeu de palets faites presque clandestinement, et
ce que l'on en avait dit n'avait rien qui ressemblât à ce qu'on aurait dû
en dire. Les siirveillarits Lig. 21. racontée avec plus de vérité. C'est
qu'un grand nombre de personnes y avaient pris part, que chacune de
ces personnes disaient ce qu'elles avaient vu, ce qu'elles avaient en-
tendu et que les narrations cparses des détails personnels finissaient
par une fusion qui amenait une notice historique complète. Lig. 23.
chose. Il y avait une espèce de fascination, car il n'existait pas un.
Lig. 26. quelques jours après cette quasi fête, j'avais ne roula,
comme on doit bien le penser, que sur.
Page 252, avant la lig. 19. Avant de reprendre la marche régulière des
faits quotidiens, j'ai à cœur d'épuiser la série des projets de l'Empereur;
et ensuite, lorsqueje croirai avoir fini, ce sera peut-être à recommen-
cer. N'importe! je me laisse aller. Lig. 24. à quelque chose: mais en
réalité, quant au palais impérial de Longone, ce n'était rien, absolument
rien, et tous les ordres et toutes les dispositions étaient. Lig. 33. avec
satisfaction: « Nous irons vous voir », Je trouvai l'empereur dans une
apparence de contentement manifeste. Il me
Page 263. Lig. 4. presque riant, je crus, je ne sais pourquoi , que
c'était. Lig. 13. savais rie7i de ce dont il croyait, que le général Ber-
trand m'avait instruit: « Je m'en
Page 253. Lig. 27. répliquer. Je pris mon parti, je devançai l'empe-
reur. Lig. 32. étendu, mais je dois aller vite, alors fêtais..
Page 254. Lig. 5. intercaler. Le voyage de l'empereur avait, si la com-
paraison peut m'étre tolérée, une toute petite similitude avec le voyage
des Argonautes, car l'empereur allait aventureusement comme Jason à
la recherche d'une richesse, la richesse des arbres, qui alors était encore
plus précieuse pour lui que la toison d'or ne devait l'être pour le héros
de Thessalie, et cette richesse il espérait la trouver au Monte Giove.
Monte Giove, qui donne son nom à la seule forêt que l'île d'Elbe pos-
sède, comme je l'ai fait remarquer, est couronné à son faîte. Lig. 9.
Jupiter , et qui ne sont autre chose que les. Lig. 21. plateau est autre
chose que du plaisir c'est de la contemplation, c'est du sentiment et
une espèce de ferveur religieuse qui élève l'âme à Dieu. Je ne l'ai.
Lig. 69. de fonte, dont j'ai parlé dans mon premier volume, il fut.
Lig. 34. il fallut indispensablement mettre.
Page 255. Lig. 14. beautés qui sans elles (les exclamations) (s^'c) auraient
peut -être échappé. Lig. 25. Cette pensée sur la fin de tout ce qui a eu un
AUX SOUVENIRS DE PONS 65
commencement, Vamena à. Lig. 17. par ces paroles, qui dans sa bouche
avaient quelque chose de. Lig. 23. qu'une tour de vigilance et de sûreté
pour se garantir des pirates, pendant le temps qu'ils furent les maîtres
de la Méditerranée. Après cet examen l'empereur se livra
Page. 256. Lig. 11. presque inaperçue, mais qui n'en fit pas moins d'im-
pression sur l'empereur, d'après l'animation qui se manifesta subitement
dans toute sa figure, et surtout d'après le regard foudroyant qu'il lança
à la personne dont cette scène était l'ouvrage. L'Empereur
Page 258. [Lig. 25.] se croyait perdu, et dans son épouvante, il alla
gémir sur sa malencontreuse inconséquence. Un instant après, l'empe-
reur n'y. [Lig. 26.] pensait plus : il aurait ri s'il avait connu les craintes
qui agitaient le détracteur du Pape.
Page 260. Lig. 9. ardeur sans que l'occasion de me satisfaire se fût
jamais présentée de pouvoir . . patriotiques. (Lig. 10.] et de là comme
il est facile de le comprendre, mo7i contentement. lÀ^A'à. m'intendre ou
me comprendre, ce qui souvent me gênait. L'empereur. Lig. 20. fait bien
attendre. » Peiné de ces paroles que je pouvais et que je devais
considérer comme un reproche, je fus forcé.... viendrait pas, parce
qu'elle n'avait pas été invitée. L'empereur, hig. 23. de Tinvitation, il
l'avait même chargé de demander à Madame Pons. Lig. 32. comme
cela devait être, mais elle était en deuil.
Page 61. Lig. 2. général Bertrand aurait dû la prévenir, mais il ne la
prévint pas et, ma femme, sans le vouloir, fit de la peine à l'empereur.
L'empereur en voyant le deuil devint sérieux, même sombre, et il ne se
dérida pas un seul moment, d'aucune espèce de manière, pendant le
temps qu'il resta à table.
Page 261. Lig. 7. parfait pour ma femme, même dans les plus petites
attentions. Lig. 9. d'une dame en deuil II m'affirmait également que
l'empereur. Lig. 15. blanc et l'excellente princesse Pauline va nous en
fournir la preuve. La reine. Lig. 29. brodée et ainsi parée, elle se pré-
senta à l'empereur, et l'empereur la blâmant de nouveau, du moins par
sonregard, lui dit : « Ahl madame!
Page 262. Lig. 14. onployés, grand amateur de pèche, avait préparé.
Lig. 16. empereur, car elle plaisait généralement à tout le monde. On fait
brûler des bois
Page 263. Lig. 5. le plaisir qu'il me faisait éprouver en prenant l'ini-
tive d'une explication que j'avais le désir ardent d'avoir, et ma réponse
fut rapide. J'allai droit au but. C'était ce qu'il fallait à l'empereur, c'était
ce qu'il me fallait.
Page 264. Lig. 4. gouvernementale. » J'aurais mieux aimé me brouiller
encore avec lui que de le tromper le moins du monde. Je lui avouai.
Lig. 8. scabreuse, et j'hésitais pour l'aborder. Néanmoins. Lig. 13. émo-
tion, paraissant avoir mal entendu ou mal compris. Lig. 34. danse.
Ebahi de ce que l'empereur voulait faire, je lui observai .... par le
plaisir ainsi que par le vin de respect. Je le priai de s'abstenir.
Page 265. Lig. 17. malgré tout ce que je lui en avais raconté, il témoi-
gna. Lig. 28. avait parlé. Il voulait aller faire sa connaissance. Ce figuier
66 ADDITIONS ET VARIANTES
Page 266. Lig. 16, de mes propies yeux que les pèches restaient sur
le pécher. Lig. 21. le regardai comme tel. Cela m'oblige d'anticiper sur le
temps pour le récit d'une anedocte [sic) qui fait suite à ce que je viens
de raconter du pécher et des pèches. La tète de Noël suivit son cours,
elle arriva à point nommé. Les pêches. Lig. 26. d'être à table. L'empe-
reur les regarda. Il crut
Page 268. Lig. 13. mit la main à la poche. Mais seulement je lui ré-
pétai l'opinion du pays, sans exception aucune, et alors retirant sa main
comme si quelque chose l'avait piqué, il dit en riant : « 11 est inutile de
donner à une Magdeleine qui n'est ni pénitente ni repentante. » L'empe-
reur comptait sans l'hôte. La prétendue. Lig. 27. à cette femme., si elle
avait été ce qu'elle paraissait être. A partir du bassin ou de la plaine
de Rio, le chemin de. Lig. 32 châtaigniers et il nous en fit faire la re-
marque. Ildemayida.
Page 269. Lig. 1. que je pensais, en le lui faisant bien comprendre par
le raisonnement comme par l'indication, quant. Lig. 5. sans nivellement
et même de l'aveu des ingénieurs, il perfectionna ces études. Lig. 8.
L'empereur n'avait pas l'habitude de se contenter de paroles, il voulait
des faits. J'appelai un vigneron qui, après avoir donné quelques coups
de pioche, arracha un gros. Lig. 18. embarrassé pour répondre, jamais
on ne lui avait fait une semblable question. // réfléchit. Lig. 26. le
monte Serrato, désignation qui signifie mont renfermé. Il y a là un mont
principal qui comme les hauteurs montagneuses est couvert. . . pourri.
C'est une dégénération, presque un anéantissement de la nature. Le
mont principal n'a que quelques arbustes.
Page 270. Lig. 3. montagne doù birsque l'on a le courage d'y escala-
der, l'on retrouve une vue aussi admirable que celle dont l'empereur
avait joui sur des hauteurs de Volterrajo, au retour de son premier
voyage à Rio Marine. Mais pour descendre, ce n'est pas seulement diffi-
cile; c'est dangereux, et si dangereux qu'on peut rouler du haut en bas
sans rien trouver qui arrête sur la pente. J'en sais quelque chose, car
j'ai appris cela à mes dépens. Deux ans auparavant, nous étions à l'her-
mitage en récréation de campagne, nous voulûmes être curieux et pla-
ner sur la crête du mont. Nous suâmes pour aller, nous nous brisâmes
pour revenir, et je restai longtemps écloppé. J'en préviens mes lecteurs.
Cependant l'hermitage de Monte Serrato, quoique Lig. 11. l'on garde
parce qu'il y a de quoi Ventretenir. Ce n'est pas dans une semblable
retraite que le malheur va s'établir pour y exercer ses ravages; l'on y
est à l'abri des. Lig. 25. il faut bien le dire. L'hermite de Monte-Serrato.
Lig. 29. Monte Serrato; elle était l'objet de leur dévotion, et ils.
Page 271. lig. 4. dans la mer a l'endroit qu'on appelle « la fontaine
onduleux, contourne l'hermitage et vous fait arriver sur la. Lig. 10.
montagnes sans vie, que le pied du temps a foulées ou que sa main a
déchirées, qui semblent faire encore.
Page 272. Lig. 1. attention tout ce qui l'entourait, cherchant à con-
naître les causes , à apprécier les elfets , il resta dix. Lig. 19.
hautes et plus aiguës. Cela n'accommodait pas l'hermite. Il dit à
AUX SOUVENIRS DE PONS 67
l'empereur. Lig. 26. de le conduire à l'église : l'empereur le suivit,
nous suivîmes l'empereur. L'église. Lig. 32. collation de Longone, et
je n'exagère pas en disant que nous la dévorâmes, nous.
Page 273. Lig. 14. de contentement. Et le monde était gai, l'empereur
était gai comme tout le monde. Les moments que nous passâmes à l'hère
mitage de Monte-Serrato furent.
Page 'il^ avant Lig. 25. L'homme du destin avait parlé, mais sa pa-
role n'était pas irrévocable comme les décrets éternels, surtout lors-
qu'elle ne prescrivait pas l'exécution d'un ordre important. Et, quant à la
manière de me loger, l'empereur avait plutôt sollicité qu'ordonné, quoi-
qu'il eût le droit de vouloir. Je pouvais do?ic faire ce. Lig. 28. mon corps
défendant, je devais jouer à Rio-Marine. Je ne veux pas dire que j'en
étais fâché ; je ne veuxpas dire que je ne m'en trouvais pas honoré. Ce
n'est rien de tout cela que je veux dire. Je crois que mo7i intention est.
Lig. 32. mes lecteurs expliqueront ma pensée.
Page 276. Lig. 2. décombres. Le même inconvénient se reproduisait, si
j'allais habiter l'hôtel des employés. D'ailleurs, pour habiter l'hôtel des
employés,il mefallait déloger les employés, et, soit dit sans malice aucune,
je n'étais pas assez empereur pour cela. Mon parli fut bientôt pris. Je dis
dans le pays que je cherchais à.
Page 276, lig. 9. tout à fait installé dans un nouvel hôtel ou dans un
palais, peu importe de quelle manière on voudra le désigner, car je ne
prendrai pas pour mon compte le ridicule de la désignation. Lig. 14.
me donna., d'ordre de l'empereur, de la visite que ces deux personnages
devaient faire aux mines, quoique extrêmement poli selon l'usage, semblait
pourtant avoir quelque chose qui m'enjoignait de lesrecevoir avec distinc-
tion; et en même temps il me prévenait que. Lig. 24. société vint me
trouver : j'étais prêt à la recevoir, je la reçus de mon mieux.
Page 277, lig. 6. et je dus lui faire observer que par suite de l'état
dans lequel la maind'œuvre l'avait réduit, lachose Lig. 14. grandes pièces
et que ce changement convenable pour lui ne valait rien pour moi ;
quoiqu'il en soit, je conservai. Lig. 19. généreuse que lorsqu'elle avait
quelque chose de plus splendide.
Page 281. avant lig. 17. Comme si ce n'était pas assez de travaux mul-
tipliés qui, tous en pleine activité, donnaient à l'île d'Elbe l'air d'un
chantier général pour des constructions générales, sans compter les tra-
vaux projetés, l'empereur porta aussi sa pensée sur Rio-Marine, et il
m'écrivit directement pour. Lig. 30. gagnent, et ce qu'ils espèrent ga-
gner est employé prématurément à. Lig. 32 emprunts onéreux, et les
empêche toujours de prospérer. Je représentai cela à l'empereur, je lui
rappelai ce qui s'était déjà passé à l'égard de ce port. L'empereur ne
l'avait pas oublié. Il me répéta.
Page 282, lig. 14 semaine, il y a en durée un mois. Lig. 30. avis. Il
répondit que LHnconvênient....plus temps et il fallut songer à des travaux
de guerre bien plus qu'à des travaux de paix. L'empereur avait prêté
une grande attention à mon récit. Lig. 34. Il voulut aller sur les lieux,
arrivé sur les lieux, son regard fut un.
68 ADDITIONS ET VARIANTES
Page 283, lig. 17. était le plan de l'empereur. Je dis tel était, je de-
vrais dire tel fut, car ce plan il le dessina sur place, et il le dessina.
Lig. 28. leur évita cette peine, et comme je viens de le dire, il sonda lui
même. Lig. 32. mercenaire qui s'attendant à être bien rétribué veu-
pleinement justifier la confiance dont ses supérieurs Tentourent. Je fis.
Page 285, lig. 7. l'empereur devait distinguer comme en effet il dis-
tingua M.Bourri, homme d'une haute capacité industrielle, et qui avait
été le. Lig. 15. entreprise, quelque vaste qu'elle fût. Lig. 21 à Rio. Je
me rappelle ce moment avec plaisir. Je croyais naturellement qu'il y
venait pour moi, je me trompais: il y venait pour me parler. Lig. 25.
enthousiame dont je vais tâcher de caractériser le désordre en en
citant quelques expressions.
Page 286. Lig. 9. Intercaler à la suite : J'aurais beau abréger, ma
narration serait longue, si je me laissais aller au flux de paroles par
lesquelles M. Bourri exprimait son admiration, et cela serait inutile, car
en définitive, je ne ferais que multiplier ce que je viens d'en dire sans
rien apprendre de plus à mes lecteurs. Lig. 18. l'empereur. M. Bourri
l'avait eue avant moi. Je crois même qu'un ingénieur des mines l'avait
eue avant M. Bourri. Mais.
Page 287. Lig. 8. projet, mais il m'en avait parlé si vaguement que
j'avais cru , son génie et qui allaient de suite se perdre dans l'im-
mensité de toutes sesidées. Lig. 16. construction. Il me demanda mon
opinion, il me. \â^. 21 i\io : cela lui arrivait assez souvent. // me
parla. Lig. 20. examiner les lieux ; j'étais avec lui, son examen fut
approfondi, comme il approfondissait tout ce qu'il avait le désir de
bien connaître. // fit une foule. Lig. 31. revient quelle serait la diffé-
rence du transport maritime entre le fer en gueuse et le minerai de
fer. Quelle pouvait être la perte occasionnée par le manque possible
du volume d'eau nécessaire, quelles chances. Lig. 33.. travail; sachant
bien ou croyant bien savoir à quoi s'en tenir, il clôtura.
Page 288. Lig. 10, intercaler avant : M. Bourri avait répété ce que
lui avait dit l'Empereur, mais il avait gardé le silence sur ce qu'il avait
fait pour l'Empereur, et c'est par l'Empereur que je l'appris. M. Bourri
Page 289, avant Lig. 1 : 11 est, même au sein des nations les
plus civilisées, de vieilles habitudes, de vieilles croyances toujours
ridicules, souvent nuisibles, quelquefois barbares et tellement enraci-
nées parmi le peuple de la campagne, que malgré tous les efforts de la
raison humaine, il faut pourtant attendre le secours des siècles pour
parvenir à les détruire. S'il en est ainsi là où les lumières ont des
moyens immenses de propagation, il faut bien croire qu'il en est de
même au milieu d'une population que le sort a jetée sur un rocher au
milieu des mers et à laquelle il semble vouloir ôter la faculté de vivre de
la vie intellectuelle. Car Con dirait.
Page 289. Lig. 11. habité n'a que des écoles primaires, lorsqu'elle en
a, et qui, afin de trouver des écoles secondaires. Lig. 18. à l'olivier.
et dans cette erreur. Lig. 20. vieille ornière. Depuis le commencement
de ce siècle, depuis vingt-cinq années surtout, plusieurs propriétaires....
AUX SOUVENIRS DE PONS 69
matériel du ressort de tous les yeux, Lig. 35. pour produire. Mais la
vieillese de l'olivier se prolonge en raison de la durée qu'a eue la
jeunesse. Cet arbre vit des siècles. Lig. 27. sa progéniture.W est certain
que l'île d'Elbe n'a pas la centième partie des oliviers qu'elle pourrait.
Lig. 33. olivier. L'habitude l'arrête, même alors que la l'aison Téclaire.
Toutefois l'Empereur. Mais l'Empereur ne se borna jms à leur donner
des conseils : il offrit de.
Page 290. Lig. 13. à se procurer des pépinières destinées à sa famille
d'adoption, car l'Empereur avait adopté les Elbois, comme les Français
avaient adopté l'Empereur. Lig. 17. C'était bien de doter l'ile d'Elbe
d'arbres qui demandaient de la chaleur, mais l'île d'Elbe manquait aussi
presque généralement surtout
Page 291, lig. 6. ta pratique. Car le savoir approfondi de l'homme a
des bornes, l'homme ne peut pas parler avec distinction sur toutes les
choses, particulièrement sur les choses dont il n'a pu qu'effleurer l'ex-
amen. J'ai entendu Lig. 20 J'ai dit combien la forêt de Giove. Lig. 29.
envelopper d'un tapis ae chênes, alors il parla.
Page 292, lig. 17. document qu'on l'ait considéré comme un souvenir
devenu inutile, et que dans cette erreur l'on se soit dispensé delecon-
server, ce qui selon moi serait un point important.
Le génie de l'empereur avait un tort, c'est que toutes ses créations
étaient gigantesques : et le monde, le monde moral, n'est pas peuplé de
géants; c'est ainsi c^xxe Cemiiereur eut. IÀ§. 27. sans doute le génie de
l'empereur était plus complet encore: mais quelque vaste que fût ce
génie, il n'en était pourtant pas encore venu à la. Lig. 30. en mines d'or.
Néanmoins il fallait ce projet qui aurait été extraordinaire même pour
la France dans les plus beaux jours de l'empire français. Ainsi le génie
Lig. 33. besoin d'or et le besoin d'or était un frein difficile à ronger.
L'empereur me faisait souvent, presque toujours, l'honneur de m'inter-
roger lorsqu'il lui passait dans l'esprit quelques-unes de ces conceptions
étonnantes qu'on ne pouvait s'empêcher d'admirer, alors même qu'elles
dépassaient les bornes de la possibilité d'exécution, et, dans cette cir-
constance, ses interrogations ne me firent pas défaut.
Sous le règne de l'empire français, la grande duchesse de Toscane.
Page 293, lig. 3. Méditerranée que cela concernait particulièrement.
Lig. 6. intention. De cet entrelien il y eut plusieurs paroles fort remar-
quables qui échappèrent à l'empereur et qui me frappèrent infiniment.
Ainsi son plan. Lig. 27. hors de l'état, comme ont fait après lui les
usurpateurs de la souveraineté nationale. Lig. 28. le plan du lazaret
ainsi que le plan du jjort Lig. 32. L'empereur assistait régulièrement aux
dispositions premières, et il veillait attentivement à ce.
Page 294, lig. 12 quarantaines. C'était ridicule, mais ce ridicule était
et il fallut bien enfin reconnaître que de part et. Lig. 79. Portofen^aju.
toutes les oppressions endurcissent la raison ou la déraison des oppres-
seurs, de telle sorte qu'à la fin aucun rayon de lumière ne peut plus
éclairer leur jugement. C'est là le fort de l'administration sanitaire de
Livourne
70 ADDITIONS ET VARIANTES
Page 295, lig. 8. détresses offrait aux regards studieux de l'observateur
depuis Lig. 12. génie, incarnation divine qui règne partout et toujours.
Page 296, lig. 19. Les décrets éternels l'avaient ainsi décidé. C'était.
Lig. 22. qu'à l'île d'Elbe, il fut plus grand sur les bords de la tombe
qu'il ne l'avait jamais été. Je le dis avec. Lig. 24. Napoléon mourant
Mais il est dans les destinées sociales que le bien soit toujours à côté du
mal. Heureux encore lorsque l'un n'est pas confondu avec l'autre !
Page 297, lig. 7. d'une manière qui n'ennoblissait pas toujours son
langage, mais de quelque manière qu'on le répétât, je me devais d'écou-
ter et j'écoutais. Lig. 10. encore. C'était à recommencer. // est vrai que.
Lig. 13, L'empereur s'était fait une nature qui n'était. Lig. 15. dait à
l'avenant sans distinction. Lig. 22. sa prépotence planait unanimement
sur tous ceux qui l'entouraient. Mais cela ne veut pas dire que sa pré-
potence brisait tous les caractères qu'elle ne parvenait pas à faire pUer
sous sa volonté. [Lig. 25.] et à cet égard, je dois à ma conscience de me
citer comme preuve du contraire. C'est à la Lig. 28. destinée avant le
moment suprême de son accomplissement. Un jour.
Page 298, lig. 2. plus que jamais, nous ne pouvons parler que som-
mairement et 710US Lig. 18. bientôt écrasée par la rivalité insulaire des
Portoferrajo. Lig. 25. de l'île d'Elbe un pays de tous les pays, un lieu.
Lig. 28. On ne l'a pas assez dit. L'empereur capitaine, et les siècles
futurs l'admireront davantage dans les conseils que dans les camps. Il
aimait.
Page 299, lig. 18. J'ai dit ce qu'était la petite île de Palmajola. L'empe-
reur partit de Portoferrajo pour aller la visiter. Son regard fut là comme
il était partout, un regard réparateur, etilydonna. h'ig. 22. commwiica-
tion. Ce voyage ou cette excursion. Lig. 26. pour l'attaque ou pour la dé-
fense. Ce que personne n'avait vu, il le vit; ce que personne n'avait remar-
qué, ille remarqua, et de retour. Lig. 28. ses inspectio7is. qu'elles fussent
ou qu'elles ne fussent pas méditées. Il semblait.
Page 300, lig. 3. de sa personne. Quelle que fût l'apparence de ce qu'il
faisait, quelque chose qu'il fit Lig. 12. à leur zèle et ils étaient loin de
s'en plaindre, les artilleurs surtout. Lig. 15. On pouvait dire à l'empe-
reur qu'il était la démonstration palpitante.
Page 301, lig. 6. avait fait sa révolution régénératrice ; mais c'était
avec les peuples. Lig. 7. il fallait vivre ! et les peuples de l'Europe ne
nous. Lig. S.lorsque, dans notre imitation gouvernementale, nous sommes
descendus jusqu'à elles, plus bas qu'elles. Lig. 13. de nos chars de vic-
toire, quand elles avaient tout à craindre de notre glaive, emportées
par leur nature, elles riaient de nos. Lig. 18. Disons-le, car c'est la vé-
rité, et la vérité n'est jamais déplacée, surtout lorsqu'elle s'identifie
avec l'histoire. L'empereur. Lig. 21. croyait avoir anéantis. Détruire
ou paralyser la révolution, c'était.
Page 311, lig. 19. des côtes d'Afrique succédant aux corsaires qui,
quelquefois plus pirates encore, parcouraient de nouveau. Lig. 21,
cet égard, et l'empereur sans paraître y faire attention Lig. 29. par-
ler, comme si on l'avait entendu, et on lui.
AUX SOUVENIRS DE PONS 71
Page 311, lig. i. je lui répondis que je ferais ce qu'il désirerait, mais
qu'en mon âme. Lig. 6. paix., tel qu'il était aloi^s. Lig. 14. parla d'autre
chose. Je dus me taire. Je voulais lui faire observer que mon affection
ne portait jamais atteinte à mon devoir. Cependayit il. Lig. 23. des
Turcs, ce qui fit un plaisir extrême à tout le monde sans exception
aucune. Lig. 32. Mais cet intendant ne sonqeant.
Page 313, lig. 19. On pense bien qu'il fut de suite rendu à l'empe-
reur un compte au moins exact de ce.
Page 315, lig. 5. schim lui fit plaisir. Il ne fut pas du tout fâché du
rôle que le réis avait fait jouer (sic) à ses yeux. Puis satisfait de
tout ce qui venait de se passer, assuré qu'il Lig. 10. me prouvèrent
comme je l'avais soupçonné, comme je l'avais cru, que Vempereur.
Lig. 25. pour l'empereur, et il fut un grand événement pour les Elbois,
puisqu'il les débarrassa des craintes qu'on leur avait fait concevoir sur
la.
P. 316, lig. 18. elboise. Il fallait prendre un parti. L'empereur le
prit. // décida qu'il ne. Lig. 20. avait gouvernementalement prêté le
pavillon français particulièrement aux Génois, la France avait. Lig. 23.
faire craindre, ce qui ne permettait pas même un terme de comparai-
son. Lig. 27. écouter avec le plus grand intérêt. Ce digne Lig. 33. mili-
taire à Gênes ; il était donc naturel qu'il s'adressât à moi et f avais.
P. 317, li 4. se retrouvent en parcourant le chemin onduleux de la vie.
P. 320, lig. 23. que j'en et je ne sais pas leur refuser. Donc le ba-
taillon.
P. 322, lig. 4. la colo7ine, honneur des braves, arriva à Savone où
elle devait s'embarquer et où, en effet, elle s'embarqua Lig. 20. c'était
de cette joie pure qui s'exhale par tous les pores de la nature morale
comme de la nature physique. Le capitaine.
P. 323, lig. 2. au septième ciel, au milieu des anges, et, comme dans
ce séjour de béatitude, il ne pouvait qu'admirer. Mais Lig. 9. l'ai dit.
Je ne connais que ce moyen de remplii' ma tâche. Vous verrez
P. 324, lig. 20 chargée et il mit à celte organisation la même impor-
tance qu'il aurait mise à celle d'une grande armée. L'empereur ne
Lig. 26. son nom; ainsi c'était le bataillon Napoléon, l'escadron Napo-
léon et la compagnie Napoléon. Le gouvernement de la branche aînée
des Bourbons abandonna la phalange sacrée qui avait suivi l'empereur
Napoléon à l'ile d'Elbe. La chose était naturelle. Ce gouvernement ap-
partenait à la Sainte-Alliance. Le gouvernement de la branche cadette
a continué le gouvernement de la branche aînée, peut-être même s'est-
il placé en deçà du point de départ de la branche aînée, mais la nation
n'a jamais été complice de ces deux abandons sans nationalité {sic): elle
en a gémi, elle en gémit encore!
P. 324, lig. 30. son exil à l'île d'Elbe; une époque d'abaissement
où l'on prodigue les statues, les célébrités, les illustrations à la presque
totalité des hommes qui, profitant de toutes les circonstances, se pliant
à tous les événements, ont fini par faire croire que leur intrigue était
du savoir, même à des hommes à la mémoire desquels la postérité, plus
72 ADDITIONS ET VARIANTES
juste ou moins corrompue, prodiguera peut-être la honte, j'élève un
petit monument de reconnaissance à des noms obscurs, mais à des noms
purs de toute espèce de trahison, de félonie et qui, en accompagnant le
héros dont durant vingt années ils avaient suivi la glorieuse bannière,
crurent se dévouer à la patrie. Oui, la France ne fut jamais plus aimée
qu'à l'île d'Elbe !
P. 327, lig. 30. f aurais fait avec un intérêt de cœur la hiocp-aphie.
P. 328, lig. 2. de ses enfants, et je crois fermement que mes lecteurs
me sauront gré de cette attention. Lig. 27. adjudant major, semblable
aux ombres chinoises, ne fit que.
P. 329, lig. 26. inais en mon âme et conscience, je crois qu'il était au
moins aussi ambitieux que brave, et mon opinion est que, s'il avait vécu,
il aurait. Lig. 31. Duguenot. Toutefois, je me rappelle que le capitaine
Combe.
F, 330, lig. 19. même de ses camarades. Ce qui est toujours un désa-
grément, quelquefois plus qu'un désagrément. Lempereur.
P. 331, lig. 4. parmi les officiers les plus distingués, mais il avait,
Lig. 30. quitta Vile d'Elbe La Restauration l'adopta ; il adopta la Res-
tauration.
P. 332, lig. 6. Bac/ieville dut s'expatrier jusqu'à ce que la fougue des
mauvaises passions se fût un peu calmée [Lig. 9.] Si je me laissais aller
à ma tendre ati'ection pour les Polonais, j'irais puiser dans le recueil
des choses les plus honorables de la vie des braves, et je les leur attri-
buerais; mais je ne suis pas le maître de me laisser aller débonnairement
à une propension naturelle : je ne dois dire que ce que je sais. Or ce
que je sais des officiers Polonais qui n'avaient pas quitté.
P. 339, lig. 25. à Porto-Ferrajo, plus particulièrement que partout
ailleurs dans File, la sécurité Lig. 31. à prétendre de mieux que ce qu'ils
avaient, il n'en est pas moins vrai que la prudence voulait.
P. 340, lig. 2. de prudence. L'occasion se présente de faire observer,
et je fais observer que la pensée incarnée de cette milice. Lig. 11. llle,
il a beau dire, il a beau faire, il faut Lig. 22. succursale de la Corse,
peut-être même comme un.
P. 341, lig. 1. existât. Les bataillons ne tombent pas du ciel, surtout
armés et équipés. Il fallait Lig. 21. Corse II y avait cependant à Porto-
Ferrajo des Corses officiers supérieurs et dignes à tous égards de la
confiance de l'empereur. Lig. 25. recruteurs, comme tous les recruteurs
possibles, en engageant Lig. 32. Je regarde comme certain que ce ba-
taillon.
Page 345, lig. 9. d'être le père de son fils, pardonna à l'empereur de
n'avoir pas été général de l'armée de Sambre et Meuse, et devint l'un de
ses partisans les plus outrés. Les nuages de la prévention se dissipèrent
devant la lumière de son admiration. Le général Raoul.... militaires.
On pouvait dire que le capitaine enfance; aussi il ne fit point de
noviciat à l'armée, il fut. Lig. 22. la défendre. Je ferai peut-être mieux
de dire qu'il.
AUX SOUVENIRS DE PONS 73
Page 346. lig. 22. à le remplacer. Mais la compagnie d'artillerie ne
perdit rien en le perdant ; il fut remplacé bravoure, et quij dans
le jugement des camarades, le surpassait.
Page 348, lig. 7. mieux soignés. L'œil suprême veillait sur eux, c'est-à-
dire que l'empereur les visitait souvent.
Page 348, lig. 30. passer, mais au milieu de la mer, des batimens
indispensables, et bon gré, mal gré, il dut en armer.
Page 349, lig. 4. équipage au grand complet, ni même au petit
complet. C'était une triste. Lig. 10. avait pas. en lui ni l'étoft'e d'un ma-
rin de supériorité, ni l'étoffe de ce qu'on appelle généralement un bon
marin. Lig. 12. agités. Mais lorsque les vents devenaient furieux, que
les vagues étaient plus furieuses encore, qu'il y avait tempête, le com-
mandayit.' Lig 14. et, poule mouillée, selon l'expression reçue, il al-
lait dans sa cabine attendre le retour du beau temps. Tout cela veut
dire que le commandant Taillade étsit loin de ressembler à ce que les
matelots appellent un loup de mer. Ajoutons à ce défaut manifeste qui,
du moins ne se représentait pas chaque jour, un vice qui le dominait
constamment et que ses camarades.... lui: tout ce qui n'était pas à
lui n'était rien pour lui, et dans l'excès d'un égoïsme. Lig. 20 le moi.
Ce portrait n'est pas mon ouvrage, il est la manifestation modifiée de
ce que pensaient du commandant Taillade tous les officiers de la marine
qui avaient eu des relations intimes avec lui. L'Empereur ne fût. Lig.
23. et cela explique pourquoi il garda.
Page 352. lig. 6. Pacca, ce qui ne signifie pas que c'était un parent du
cardinal qui porte ou qui portait ce nom. D'ailleurs on ne pouvait guerre
donner une grande suite à cette. Lig. 10. 'i bord. Ce n'est pas seulement
l'état major du brick qui se plaignait de cette insouciance inqualifiable;
ce fut tout le monde. La course.
Page 353, lig. 5. leur mal sur le tillac, malgré les vagues, nonobstant
les tempêtes, et ils n'allaient.
Page 353. lig. 10. On rentra à Portoferrajo. C'était à la fin [sic). Après
quelque repos de complaisance, plus que de fatigue, rinconstant dut re-
tourner à Civitavecchia, de là aller à Naples, et il appareilla. // avait
Lig. 14. des guerres dont elle portait le nom. M"» Blachier était.
Lig. 17. rinconstant. Dans le monde des gens de bien, une femme
qu'un homme d'honneur a pris sous sa sauvegarde, est pour lui une
personne sacrée, et surtout lorsque cette femme est une honnête
femme. M"" Blachier. [Lig. 18]. méritée. Mais le commandant Taillade ne
connaissait sans doute pas le code des gens de bien. // crut pouvoir
Lig. [21] dès le premier mouvement de.
Page 354, lig. 5. en pleine mer avaient un air de clandestinité et
semblaient cacher quelque mystère. Il est certain du moins que l'on
cherchait.
Page 355, lig. 6. reçue quoique cette visite ne fut qu'une visite d'in-
vestigation e? ils colonel logé chez le commissaire de marine. La con-
versation du col. Lig. 11. Le vent qui tempêtait encore au large, para-
•4 ADDITIONS ET VARIANTES
lysé par les montagnes, n'avait pas pu franchir le rivage, mais enfin il
vainquit les obstacles.
Pege 356, lig. 2. faire marc/ier le désir de ses affections avec le désir
de ses intérêts. Lig. 6. Civitavecchia. Sans doute, c'était adroit. Mais
Lig. 11. La peur ne raisonne pas. M. Romarini était hors d'état de rai-
sonner. La frayeur le dominait. Il croyait la terre ; il y aurait dans
cette mesure une petite garantie de sûreté. On mit près. Lig. 13. dia-ée
d'un siècle. Il fut heureux lor.sque le commandant Taillade donna l'or-
dre de se préparer à lever l'ancre. Le. Lig. 18. batailles, si tant est
qu'il eût jamais été en position de gagner des Iiafailles. Lig. 28. cela du
courage. Ce courage lui aurait certainement manqué, s'il avait tant soit
peu craint de trouver dans les braves de la garde les habitudes san-
glantes de la chouannerie, dont son général devait lui avoir* plus d'une
fois fait le récit. Cet officier rendait s'en même s'en douter
un hommage solennel. Lig. 33. du colonel Perrin. Après la lon-
gue conversation qu'ils avaient eue ensemble, il parlait beaucoup.
Page 357, lig. 1. lieutenani de vaisseau auquel l'Empereur l'avait
nommé, et il semblait. Lig. 7. Portoferrajo. Il faisait nuit, l'obscurité
était profonde, mais le phare du port brillait. La moindre erreur
semblait impossible. L. 33. ne mourut pas, mais non sans raison»
il se crut.
Page 358, lig. 2. Dieu de l'avoir sauvé. Tous ceux qui l'entendirent
disaient que sa prière avait été touchante, et cela se conçoit. La ferveur
religieuse de la reconnaissance imprime le respect à tous les cœurs bien
nés : il est impossible de ne pas partager les sentiments qui l'inspirent.
Lig. 4. Taillade n'était pas aimé. On profita de cette fâcheuse circons-
tance pour crier toile contre lui. On critiqua ... pas fait. La passion s'en
mêla, le blâme fut. Lig. 11. main. On lui attribuait tous les torts qu'on
pouvait lui attribuer. S'il avait Lig. 13. le consoler. Grand exemple et
grande leçon pour les hommes qui ne comprennent pas le besoin que
nous avons tous d'acquérir et de mériter l'aflection de nos semblables.
Lig. 34. péri. On voyait que l'Eynpereiir.
Page 359, lig. 4. était attristé. J'avoue que j'avais le cœur gros. Lig.
7. la mer fit comme le vent, et l'espérance succéda à la crainte. Lig. 16.
l'honneur des officiers, que le gouvernement investit de sa confiance est
ordinairement. Lig. 20. Mais, à défaut d'un conseil de guerre, l'empereur
....Drouot fut chargé de cette mission, ce qui assurait qu'elle serait
remplie avec la plus scrupuleuse équité. A la suite de cette
Page 360, lig. 12. réellement du talent, il était vrai aussi qu'il n'en
avait. Lig. 16. de M. Taillade. Je dois l'avouer consciencieusement, l'un.
Lig. 26. son rôle. J'ignore s'il avait du courage, surtout de ce courage
presque téméraire qui se montre en tout et pour tout dans la nécessité,
comme hors de la nécessité, mais ce qu'il y a de certain, c'est qu'il était
Lig. 26. l'eflronterie et que rien ne pouvait. Lig. 30. devait lui être pé-
nible, sans doute il devait lui être permis de se plaindre, de réclamer,
mais il.. . . prudence, de la retenue, et, dans une fièvre d'amour-propre
blessé toujours en permanence, il.
AUX SOUVENIRS DE PONS 75
Page 361, lig. 1. de l'île. L'empereur répondit à ce dernier rapport:
•r Cet officier. Lig. 20. •profonde, fâché de ce que l'empereur ne voulait
pas sévir contre la détractation dont on l'abreuvait. Lig. 14. se dégrader
en donnant plus longtemps l'essor à ses injures contre l'empereur, con-
tre l'empereur qui n'avait eu d'autre tort à l'égard de lui. Taillade, que
de l'avoir trop ménagé et pour cette fois enfin M. Taillade. Lig. 26.
jeune., et, malgré qu'il eût du mérite sa jeunesse Lig. 31. Bichon, je l'ai
avec plaisir, car je suis heureux lorsque je puis dire du bien des per-
sonnes dont mon devoir d'historien me prescrit d'apprécier la conduite.
L'e7isetg?ie.
P. 362, lig. 1. marine marchande; il n'avait jamais appartenu à la
marine militaire, l'habitude militaire lui manquait, et pourtant l'habitude
militaire était absolument. Lig. 12. à la poste. Il n'y avait pas à se
tromper. La mercuriale Lig. 17. demanda, sans paraître y mettre beau-
coup d'importance, si je voulais Lig. 21. Comme j'allais chez l'empereur,
je trouvai le général.
P. 365, lig. 20. amertume. C'était un citoyen qui s'exprimait en citoyen.
Cambon était le perfectionnement (sic) absolu du citoyen. // me disait :
Lig. 29. de mes lecteurs, et je vais essayer de leur faire comprendre
l'effet que son ensemble produisit sur l'empereur. En ce qui le concer-
nait, lui, l'empereur.
P. 368, lig. 21. g7-ognard, et il n'en laissa pas échapper l'occasion.
Lig. 31. ce de quoi {sic) en mon particulier je ne me faisais. Lig. 33.
convenance : ils mettaient le ponant au levant, le nord au sud. Peu leur
importait, pourvu qu'ils racontassent. Mais ils s'égaraient beaucoup
moins lorsqu'ils parlaient stratégie, c'est-à-dire lorsqu'ils faisaient la nar-
ration d'une bataille. Plus d'une fois.
P. 369, lig. 6. commençait, et, que l'on m'en croie, de ces débats de
corps de garde, surtout lorsqu'ils étaient animés, s'échappaient.
P. 370, lig. 21. toute la nuit, s'il avait parlé toute la nuit.
Page 371, lig. 23. parvenir par la force. Peut-être même que la force
se serait brisée aux pieds (sic) du rocher sur lequel Napoléon régnait.
La garde point; leurs sentiments étaient les mêmes; ils formaient un
rempart presque indestructible. L'homme qui se dévoue devient un géant
qui rencontre peu d'autres géants. Quelques paroles de l'Empereur échap-
pées à un premier mouvement font comprendre quelle impression la
pensée de son nouvel exil avait produite sur lui, et nous les répétons.
Page 372, lig. 6. avait raison, nous le disions hautement.
Page 373, lig. 17. étrangères. Quelque jour nous dirons cela autre-
ment ; ensuite la postérité le dira encore mieux. Il faut bien que la vé-
rité rétablisse son empire.
Page 374, lig. 16. S. M. lui recommanda un silence absolu. L'Empe-
reur avait une habitude que l'on pourrait considérer comme une fai-
blesse, si elle n'était pas l'effet d'un calcul ; et, soit habitude, soit fai-
blesse, soit calcul, les alentours de Sa ^lajesté en étaient souvent em-
barrassés; l'Empereur confiait un secret, il le confiait à plusieurs per-
76 ADDITIONS ET VARIANTES
sonnes qui toutes le gardaient religieusement; cependant plus d'une
fois ce secret se faisait jour jusqu'à la publicité, et pour l'ordinaire,
c'était Sa Majesté elle-même qui l'avait divulgué. Ici rien de semblable.
La pensée de l'Empereur était restée impénétrable. Lig. 19. cesser les
travaux: toutefois on ne faisait que des travaux lents.
Page 365, lig. 21. irritées à la vue d'un hochet, dont le rapide avilis-
sement relevait ce qu'il y avait d'éminemment honorable dans l'étoile des
braves.
Page 377, lig. 1. Deux-Sicile^. Ce qu'il y a de certain, c'est que
LE RUISSEAU POETIQUE
Fragment et fin du VIII^ chant
Dans une veillée à Saint- Jlfaurice, Batastsé le j^oéte, fait le récit à Jean
Observe et à Pierre Remarque du combat entre la farandole de Clo-
uas et de celle de Saint-Maurice. — Il fait d'abord la courte biofjra-
phie des combattants. — Le maire de saint Maurice. — La chanson
des vers à soie.
Fionfion * qu'a va lou jour pueruclô vé la sarva
Ci'ûso dépâ long tems où miâdoù pro Vaglin,
Van cosi toù loù jour izia de ménagère
Que van sournoisaman z'i neyié de raueron ;
Ossuet bian mié qu'in Teur poussedove la force,
Groce à ce que son père, in terrueblou bouché,
Gli mettan en la man ina bronda de revou
Si le gorre assoumée où lou fésié mato. . .
Lou Puepor, in grand cœur, fi chéri de Lamègne,
Délia joglia Glioùdsuena ère loufiyancia.
Et que gl'iajié proumâ d'adsîre de Bouquiérou,
Van la fâre se fa dsan lou ma de Jugliuet,
Ina baga de crin gargnia de parglie fuene,
Avé de Baraquette abuelaman monté.
Lou Proussi semiglian, mai zMn brison chaniglie
A toù dsuesié : « Je se lou garson de Babiou !... »
Amateur de piquiet, fameur jouyioù de boule.
Do fuene parpigliotte ère in mijoù grouman
1 Tous les noms propres sont des pseudonymes faciles à deviner par
les habitants des deux villages.
7 s LE RUISSEAU POETIQUE
Et de ton loù papié couflove sa pagliasse.
Pâ quand vegnié la pléve oùll' allove chassie ;
Mai si per grand asor où trouvove ina gliuéra,
Ne la tsuerove po, jeltove son fusû,
Quietove se taloche et pâ la couirajove. . .
Sa mère, tout gliuevar, restove dsan son gliuet :
Per la fére enragé soun ome gli mettove
Due douzene de z'uet afin delloù couve ;
Et, si devâ pomin secouyan sa perâse,
Aile sourtsé doù gliuet per allô se charfo,
S'aprouchove doîi fû se fesse si la sella.
Aile parlove insuet : (( Te me dsueré, François,
(Te m'entan, po qu'i vrâ) de va si je me brîlou? »
— Clé nom de nom de 1ère !... Ah ! te zoù siantré ban
Et lou Badin, lou gor de Joùsèt délia Lona,
Plan d'adresse et de bié dsan tout ce qu'où fésié ;
Que labourove bian, que l'iantrajié d'écoure,
De fousso, de seyié et... de payié son pouot !
AUoù z'otrou où dsuesié, se bagnan dsan la goula,
Foudruet po me neyié, mon père me batruet !
Lou Bocam, lou motri de Gniuecoulô le chosse,
Adruet per le boudsifle et le goubiglie avô.
Où n'en vaglié ban doù par la sorglie * et lou cabre '.
Per fére la cadretta, ère à lui lou [jompon.
Né vé loù bor piéroù de netra Crecemella *
Cueme là ôuU' ayié de grande z'échapé
Quand sa coulera illô cueme là débourdove:
Cuerae la Crecemella où ravajove tout. . . .
Lou Musse, né de Chifa ère in étrou intrepuedou
In vrâ typou Espagnolou et Moùriou per métô :
'-' .Teux usités à Saint-Maurice.
LE RUISSEAU POETIQUE 7 9
Toujour prestou à se battre et dont loù cri soùvajon
Epouvantovan toù et loù fésian soùvo.
Lou Barrit qu'ajié fa sèt va lou tour doù raondou
Omove mié tapo que de préto de glior.
Son frore étsé Puepor, sa mère ère ina Drita,
Bella fenna, ma fâ, venan de Roussiglion.
Quand Barrit afublo de sa coua de mergliche,
La casquetta pouso si sa téta frisia ;
Oùir ajié que niouraan in ar tellaraan cronou
Qu'i n'aruet po fa bon gli marché si loù pié.
Jan Batsiste Bigot, lou garson de Reguigne,
Grélô, motri, bian fa, très for et vigoui'où,
Omove la Fracha, sa bella castourisa :
In jour gli proumetsuet que de soù z'ennemi
Adsueruet à soù pié le pli riche dépouoglie
Afin degli prouvo qu'oùU' ère foù de Là!
Yiot de siè pié où moin, lou bancana Bedéna
Qu'attrapove alla coursa in gliuéror, mémou in sar,
Ossuet impetôuôu qu'uena grànda revâre,
Ere né pré dôu bor dôu bié de vé Chousuet.
Barbuenuet, lou bio gor à grànda borba blonda,
Lou Tignut, Brandaret, lou Riax et lou Ruejô,
Surtout loù trâ Buessor, Jan Cliquetta et tant d'otrou
Que poujian fére châre in bôu dsin coup de ping:
Biglian ton d'impaciànce attendan la frandoglie
Qu'alla Cruix doù Rampo arrueve en vuerôuglian,
Aile descend alarta avé Megnit en téta
Que laste et gracioù menove adrâtaman.
Doù mouchoù dsan la man chocun tegnié la pointa
Et soùtove doù miâ si lou bor doù chamin.
* Petit torrent venant de la plaine de Clonas et qui passe à Saint-
Maurice.
^0 LE RUISSEAU POETIQUE
De son fifrou, Miche, de jogli z'artsuerove
Et lou Tuénou Limpoz tapove son tambour.
Pomin dsin otrou lo de nouviô frandougtiérou
S'avançovan plan plan, œeno per lou Gligit.
Zuezuet, si son tambour, Tsuatouta avé son fifrou
Touchovan cueme i fo et raarcliovan derrâ.
Loù z ardi Clioùnarin arruevon plan de rage
Vé la rànche alligna delloù Sintmeruetin :
Lou Megnit en avan bondsi, court et s'élance,
Eutréne la frandoglie et travarse en coupan
La frandoglie ennemi, l'injurie et prouvoque.
Gligit qu'ère alla téta, en soùtan cueme in chin
Gli flanque in bel atou : « Tsan! bougrou de charougne
Apora que?. . . Pessan te pourré te vanto
Oùpré do toù z'ami, pueruelô vé le Roche,
Que te n'o poù de ran, que t'esse in matador,
Que t'o sans te géno sueblo ma castourisa. »
Lou Megnit lastamen a poui paro lou coup ;
Mai lou Joùsèt Varchiiet, plan de viéglie rancuna,
Arrueve où grand galô per gli soùto dessi.
Poulot loù prend toù doù, pâ bian loinloù z'anrej^e.
Tsan, tsan! gli fa Michetta; en écartan loù dâ.
S'avance si Poulot, qui ne s'en dote guérou,
Et dsin coup en éflànche aplique in estoupin
Que pete tellaman qu'à soù doù ziéfavâre
Per lou moin bettoù mé de trente sié choulâ
Que beleyon, dsuet-on, à travar délie gniole ;
Lou fieur Poulot s'ensove et se bette à gùlo !
0-tse encore ina sœur, o-tse encore ina mère!
Te pouré gli pourto que révuere-marion !
Que fa per l'échargnié lou Tsignutà Tsuatouta ;
Et dsin revar deman l'envouoje mourronno
Lou no tout-abimo pour liian dsan la poussa.
Tsuatouta se relève, aplique fortaman
Si loù ziè de Tignut, que de lui se fichove.
LE RUISSEAU POETIQUE 81
In fameur coup de ping et suet bian à prépoù
Qu'où tombe en darbounan loù gresuet si la routa ;
Où soùfle cueme in boù et raste abasourdi...
Barrit-si Jan Doùbor subtsuelaman s'élance,
Gli flanque ina calotta : où tombe si son kl...
Où semblove achicha, mai se relève vîtou
Et court si lo Barrit, qui ne se méfie po ;
Pose à bo se due man, s'apouoye si la târra ;
De soù talon levo et, toù doù alla va,
Si le viôglie tendsuet de soun adversérou
Pique et lou fa virié loù quatrou far en l'ar!
L'intrepuedou Fionûon empouogne lou Bejéga
Et lou sorre suet for qu'où fa plagié soù rein,
Pà tombe avé fracas, vuere loù zié, décore....
Et s'étend perabô si lou bord doù foùssé.
Ecumau, arneyia, tout cueme in bouleCujgue,
Rafiu, où po de coursa, arrueve si Fionfion
Et, de sa ruda man, gli flanque iua tatouglie ;
Mai dsiu coup de pioùki, pâ dsin tsuertsuelô
Fionfion l'envouoje à bo, lïàn fére lanlaiie :
Lou Bafin tout hontoù berle cueme in coujion !
Lou Bocam valoùroù, que brîle de se battre,
S'avance, cour dessi lou Mourrou-de-Glisor
Et, dsin revar de man, gli fa mordre la poussa !
Quéquiet s'ère vanto qu'où mijeruet lou no
Delloù Sintmeruetin alla proumâre vouoga ;
Mai se veyan vinki se sove lochemati,
Va derrâ loù mourié pér exalo sa rage
Et dépâ que mouman son mourrou e resto blûl...
Cependan lou Cougli, lou grand, celébrou Arculou
Qu'ayié reçâ lou jour per lomout vé Couruet,
Ruso cueme in rénor, qu'où pregnié alla coursa,
Qu'étoufove loùz'ourdsan soù roubustou bras '
* Dans une foire à St-Maurice je l'ai vu lutter avec un ours et i«;
jeter à bas.
8 2 LE RUISSEAU POETIQUi:
Que tsove loù sanglié et le sarpan ferouge ;
Mé for que loù z'in et que l'otra prudan,
Ossuet adruetque toù, mai bian pli fin que z'ellou,
Mélo dsan loù combat, grigniove délie dent,
En charchan de pertout Clianù lou for gliûtérou.
Chanô, son proumâ jour ossuet gliû vé Chousuet:
Son père, grand gaglior de dsi gliù alla ronda,
Ere sans contredsuet lou pli for farnèron ;
La grànda Galavorda étsé sa dsigne mère,
Mai z'insuet qu'in sapeur, sa lora éra ombraja
Dsuena bella moustache.... Et de plus riche en gûla!
Se dsi dsan lou paji, — je crejou qu'i bian vrâ, —
Qu'aile l'ayié nourri qu'avé de lait de chuéra,
De tourna, de rigotte et de char de chuérô....
Lastou et capriciyôu, sembloblou à z'ell'oùirérel
Où se siantsé suet for qu'où dsuesié de pertout
Alloù z'in, alloù z'otrou, à qui vouglié l'entendre
Que si, dsan son chamin, où trouvove Couglit,
Mogré toù loù z'éfor que quéquiet pouruet fére,
Ou'U'éruet l'atrapo druet per la pio doù kl
Et qu'où lou canaruetoù muetan dellou Ronou,
Ossuet façuelaman qu'où faruet dsiu coglioù
Que seruet ajusto dsan lou bout dsuena chièta!... '
Où l'aperça....
— 0 Musa! 0 Musa, vian m'éclo ...
J'implorou te faveur, vian me le z'acourdo?
Si te m'orne in brison, per ta toutapuessànce,
Inspuere à ma çarvella in hrison d'eloucànce
Per pouére raconta que terrueblou combat.
Et déinontro l'çuet cueme chacun se bat.
Si ma plouma pogliâ, si moun espruet s' é face,
Que mon récit ennoye, où que mon style agace,
Je ne pourâ famé charmo môu zodsueteur,
N'être per cunsécan quin piétrou narrateur !.. .
1 Morceau de gaule d'un demi-mètre, fendu au bout et dans lequel
on introduit un petit caillou plat et qu'on lance à une grande distance.
LE RUISSEAU POETIQUE
A douze combattan lou Couglit tegnié téta;
De soù doù ping puessan tapove loù pli pré,
Et de soù pié z'ajuelou où marcove l'emprinta
Si loù front delloù z'otrou inabuelou à paro.
Tout dsin coup va vegni lou Chanô que lou chorche ;
Dsin bond désourdouno se jette à corp perdsi
Si doùtrâ combattan que tegnian téta incore ;
Glin va roùlo bian loin en berlan cueme in vio..,.
Pâ lou rastou se sove, et lésse lou champ gliuebrou,
Lou no écrabouglia, le vioglie ansanglianté.
Zoù! Couglit et Chanô se trovon face à face.
I coumançon d'abor per se dsuere de mo :
— T'o tro de toun oùreglie ! o-tse in no que te gène
De ton zié druet, marai, te va bettoù tro clior !
Dsi Couglit en montran all'otrou se dent blanche,
Son fourmuedablou ping et soù bras musculoù.
— Et tsuet, reprend Chanô, gora toun otra ôureglie
Et toù zié picarnôu pourrian bian z'i passo. —
En gli dsuesian iquian, cueme in trait d'arbaléta
Où se lance si lui ; mai Couglit bian gardo,
Loù doù ping en avan, bessan in poù la téta,
Paruet façuelaman Tincomparoblou choc.
En retour, doù pié druet, gli pique alla pétruena
In coup bian aplico que lou fa chancelo.
Reprenan soun élan, où revian alla chorge
Et dsin for coup de téta où renvarse Couglit
Que, vi cueme in mueron, fortaman se relève,
En gnin so de dsi pié se jette si Chanô
Que guétove lou coup et se bettuet en gorda.
Alor loù combattan, avé Far furuebon
Rakîran glin si Totrou encore de pli bella
De z'injure alla téta avan l'otrou combat :
— Dsi donc, solasarpan, j'é bian fam de te vioglie
I me suiia de bon délie z'allo migé !
LE RUISSEAU POETIQUE
— Muet, je ne voudrin po de ta vueluena gûla,
Car si je la mourdsin i m'amboucounaruet....
— Mai dsan quelloù prepoù, tel doii pouluet feroujou
Que chorchon, furijioù à sesoùto dessi ;
Loù doù zié dsan loùzié semblo lancié de flame,
Sorron glioîi bèt pointsi, péssan i'îi'ou toù doù,
S'avison de coùtô, bésson, lèvon la téta,
Ricolon quoque po, s'avànçon tourno mé ,
Tel sont moù doù hérô, en face gliu delFoirou,
Le lore tout en fû, le vioglie bousselé.
Chocun retsan son soùflou, et de souu adversérou
Avé bian d'atencion suit toù soù inouveman :
Glin allonge son bras, vuevaman lou retsuere,
Fa doù po en avan, ricole quatr' ou cinq.
Et l'otrou fortaman campo si se due chàmbe,
Loù coudou si le z'ànche et loù doù ping sarro,
Alan ina occasion que seje favourobla
Fer pouére cueme i fo groupo soun ennemi ;
Enfin spontanéman loù bataglioù s'empouogiion
Se sorron fermou et for à s'étoufo toù doù.... '.
Cependan, doù combat, se repan la nouvella
Que sonne la tronipetta égû de Reuoumô ;
Si le z'ole doù vent lou son vian chez lou Maire,
Qu'en bouna compagni fricoutove in brison.
Où se lève ossuetoù, prend sa sarviétta blanche,
— Tant pis per la couleur... — Sans fére de façon
Envertoglie soù rein de que genrou d'échorpa ;
Suivi de soù convueve et de soun adejoint,
Arrueve brovaman où miâ délia bataglie.
I fo rendre justsuece à toù loù combatan :
La vuya dell' échorpa arrétuet net gliôu rage
Et s'inclignîran toù davan Toùtoùruetô.
' La description de ce combat est, malgré quelque licence poétique,
absolument historique.
LE RUISSEAU POETIQUE 85
Lou dsignou majuestrat glioù fuet dsin ton sevérou :
« — Vous otrou, juéne gent, per un voua, per in non,
Et même je dsuerâ per in point d'amour proprou,
Vous vous fiché de coup où mépruet délia loi,
Vous vous fario per ran prendre per loti gendormou :
I bian éroù per vous qu'i gni seyon jamé....
Veyon, qu'i t-é qu'a tor ? »
I besson toù la téta.
— Bon, qu'i seye figni ! Je veyou à voutroù zié
Que po yin n'a réson... Vous esso toù coupoblou :
Vous otrou, Clioùnarin, ceyian vé siut Meri
Vous ayio l'intencion de vegni per vous battre ;
Et vous, Sintmeruetin, vous éde coumencia,
Car la choùsa per muet me para touta cliora.
Allons, féde la pé ? Zou ! Baglié vous la man....
Et puis venâ trinco : i muet, Maire, que paye,
Mogré que voutre saque accuson bian de glior. —
Alor toute le man dsan le man se tapîran
Et la pé, quella va, chez ellou fuet signa ;
Mai po per bian longtems, insuet qu'on z'où va vâre
Pef loù moût prou pican que chocun émetuet.
I n'aruet po fa bon loù z'arneyié incore :
— Aban, i ne fa ran, asarduet lou Megnit ;
Hin ! Gligit, de Varchuet t'o bian siantsi la pouogne !....
Lou Barrit, lou Rafin, lou Poulô, lou Fionflon,
Lou Tignit, lou Bocam et toù glioù z'adversérou
Se vantovan chocun delloù z' atout baglia.
Ah ! bâh, dsuesié Couglit, in otrou jour, ma viéglie,
En parlan à Chanô, ne recoumenceron.
— Bougrou! je vouolou bian alla prouchena vouoga
Que se fa vé Clioùnô dsan lou ma de Jugliuet,
Lou faussé doù chamin te sarvuera de gliuet... —
6
LE RUISSEAU POÉTIQUE
Piàre et Jan so lou coup doù charman racontajou.
Piquîran délie man... — Bravo! per lou vuelajou,
— Prenâ brison paciànce, o brovou z'étrangé,
N'ont p'incore chanto, mais vous allô jugé;
Dsi de sa gorge en cœur en allonjan la goùgne
La moudesta Nani, que lixove la Toùgne.
AUon, tsuet étoupon, que so suet bian chanto.
Chanta netroù magnon où mouman de monto?
— Je vouolou bian, Nani, mai te dsueré la tsénna.
Et tout de suita apré que j'arâ dsuet la miénna,
T'o Tar de te mouco, t'o l'ar de m'échargné ;
Ranguéna te parole où je te vo cougué ?...
Chanson delloù magnon
Quand la proumâre va moù magnon ma montovau
Si le trousse emboùmé fuelo glioù coucon d'or;
Mon cœur batsé bian for quand le soi s'attachovan
Et que de toù loù no n'en sourtsé in trésor!
Per rendre all'artsistou épisia
Sa vigueur, son géni para:
0 zéûr ! Boglie gli toun ûreta aglisia,
Omon Dsé! Boglie gli la chalôu doù soulâ !
Le trousse sont gargniuet, chanto, découcounoùse
Pico lou rigoùdon illô dedsan lou sié....
Allon, chanto en cœur, chanto, débourretoùse
Et toute per ansam soùto, valso, dansié !
Per rendre aU'artsistou épisia
Sa vigueur, son géni para :
0 zéfir ! Boglie gli toun ûreta aglisia
0 mon Dsé ! Boglie gli la chaloù doù soùlâ !...
LE RUISSEAU POÉTIQUE
— - 1 ne po mo, dsi glin, que coup i bian figni
Ne nez'en vont, ménô, bonsâ la Compagni! —
Or tant pi per toù doù de ce qu'i s'en allîran
I n'entendîran po ce que loù z'otrou dsissîran ;
Mai qu'elloù racontajou ofran poîi d'interé
Fé cueme muet, lecteur, et dsan ton gliuet t'éré /...
Meri d'ExiLAc.
JAC. GOHORIIj PARIS. DE REBUS |GESTIS
FRANCORUM LIBER XIII. - LODOICUS
XII REX LVI.
(Suite et fin)
[Prudentissima vox erat Consalvi hostis : telam honoris gene-
roso militi crassiorem esse texendam, qua monebat, si quid in
contuberni militari paulo contumeliosius dictum sit, id esse
interdum dissimulanter interpretandum ne levibus ex causis
temere^^'ad perniciosa aut capitalia dissidia veuiamus. '] Ea
dissimulatione atque ^ cunctatione usus olim inter Romanes
Paulus consul, Nasica frustra aliud suadente ; eadem multo
ante [Fol. 59 v°] A. Postumius dictator, in nocturne hos-
tium prselio, legato oui assignarat équités jubens ne ante
lucem moveret manum, inter nocturnes tumultus moderato
difflcilem. Si Franci proceres, ut sunt pugnaces manuque
prompti, ita essent rerum antiquarum exemplis ad res pru-
denter gereudas imbuti, cogitarentque non vi magis corporis
quam animi solertia rem militarem procedere, non enim
tune dimicassent, quum noctu prsesertim non armati solum
armatis, sed fossa, sed arbutorum tellonumque vallum obsta-
bant. Constat ^ sub eo tempore in Apulia corvos vulturesque
tanta aère vi tantisque agminibus inter se conflixisse, ut carri
duodecim eorum cadaveribus implerentur : forte quis temere
prodigia éludât? Aubignius certior factus de ducis Nemurii
nece Consalvique Victoria, se in fidem illius contulit, pactus
suorum omnium incolumitatem et liberum in Franciam dis-
cessum : ipse, donec confectumbellum esset, liberali custodia
asservaretur ; belle confecto, liberaretur: pro confecto autem
haberetur, Neapoli cum arcibus Caietaque redditis. Cogitavit
Allegrius anNeapolimse cumreliquiis exercitus conferret;sed
< Addition marginale. En regard : Consalvi prudens dictum.
- Surcharge.
3 Prodigium.
DE REBUS GESTIS FRANCORUM 89
fortuna adversaria Francis mentem ei ne faceret ademit. Ita-
que Neapolitani, pulsis Francis et in arcem confugientibus,
[Fol. 60] oratores ad Consalvum mittunt, incoluraitatem
sibi veterumque tabularum iramunitatem pasciscentes. Con-
salvus, iis benignissirae auditis cœnaeque adhibitis, Neapoli-
tanos ita sibi benevolentiam conciliât libenter ut illi Consal-
vum pro Ferdinando, si id illi animi fuisset, regnare voluis-
sent ; magnifiée itaque Neapoli, IX. cal. Jun., exceptus est.
De Neapoli quoniam varias sunt conjecturée quisnam primum
eam condiderit : in antiquissimis auctoribus comperio Abantes,
qui ex Eubsea insula in Thesprotiara, ex ea, duce columba,
in Magnam Grseciam commigrarunt Neapolim, Cumas alias-
que in ea regione urbes condidisse. Admotse porro sunt mox a
Navarre areibus machinse; [Valeiitina turris per eruptionem
Francorum a persequenti hoste mixtim ingresso capta *;] ^
Turris Novae oppugnatio diutius Hispaiios tenuit, sedcuniculis
a Navarre ductis pulvere tormentario oppletis (novo tune
invente) murorum parte subruta Franci deditionem fecere :
violati tamen omnes prseter fœdus. Inde arx Ovi iisdem cuni-
culis tentata, oppressis ruina mûri defensoribus, expugnata ^
Narranti cuirlam Lodoico régi hujusmodi perfidise facinora,
eum dixisse ferunt : « Posthac ergo pro fide punica hispani-
cara celebrabimus. » Interea Arsius qui se Venusiam rece-
perat cum collectitia Francorum manu, crebro ex eo loco
erumpens, varie Hispanos fatigabat : aliquotque turmas His-
panicas sub Benavidii ductu profligaverat, Atellam et Alte-
muram caeso praesidio occupaverat, [Fol. 60 v°] quum
eo missus est a Consalvo Antonius Lseva qui eruptionem
illius coerceret ; eum tamen miris modis ludiflcabat. Ad eum
venerat Melfiœ princeps qui oblatam a Consalvo principatus
sui retinendi facultatem, si suas partes sequeretur, respuerat.
At Consalvus ipse Caietam contendit : erat ibi Alegrius, Sa-
lassiorum regulus, Odo Riberacus, Faydius cum Aquitanico
peditatu. Caietam, ductis quoque cuniculis, dum tentât mirus
artifex Navarrus, ex urbe aliis contra actis cuniculis, vanura
' Gohori avait écrit d'abord : levi oppugnatione recepta.
- Addition marginale.
3 Neapolis arciumque deditio.
90 JAC. GOHORII PARIS.
fuit irritumque hominis studiura : simul Franci pedites, ma-
chinis ex urbe emissis, fortissimum quemque ex hostibus
sternebant. Cassi suiit in Caietîe oppugnatione Sancius Ar-
raentalus, Alphonsus Lopesus, Antius, Litestanus Germanus,
sed maxime commotus est Consalvus morte Ugonis Cardonii ',
bellis jam Francorum assueti, et Rodorici Maurici. Itaque re-
missa obsidione Castellonem rediit, quod antiquis Formianum
fuit. Romse interea moritur Ale"xander pontifex XV cal. sep-
tembris', ministri, ut diximus, errore,venenum quod aliis pa-
raverat ipsi praebentis et Borgise filio ; qui remediis quidem
maturis fato tum exemptus fui^, non tamen morbo ; quo
vehementer affectus, minime potuit comitia pontificia pro veto
[Fol. 61] conturbare. Rex eo tempore, conscriptis septem
peditum millibus etequitibus quadringeutis, Lud. Tremolium
praefeceratRomamque properare jusserat: sed.Tremoiio Ro-
mae adeo graviter aegrotante ut salus desperata esset, summa
imperii ad Gonzagam redierat. Ad pontificis novi creationem
multura poterat Francorum praesens exercitus : Georgius Am-
basius, Rothomagiarchipraesul, ingentem spem animo versa-
bat, fretus, ut rebatur, ope Ascanii Sfortiae purpurati quem e
carcere liberaverat: sed homo ingratissimus sua praesertim
opéra efiecit ut, quum patrum suffragia in eum inclinarent, ei
pontificatus extorqueretur,et Julianus Ligur renuntiaretur.
Quem quidem Julianumaiunt, quum videret, Francorum studio
vel metu Borgiae, Georgium plurimum polleie, adortum esse
hominem hujusmodi oratione : (( Non immemorem se privatas
quae sibi cum Lodoico intercesserit amicitiae; paratum reipsa
demonstrare quantopere Francico nomini faveat ; maxime
in praesentibus pontificatus coraitiis, in quibus certam pro
Georgio fiduciam conceperit, ex non obscuris patrum erga
illum studiis ; se non segnem nec infidam ei operam praesti-
turum ; unum tantum ex iis audiisse, parum placere sacro
senatui se armis Francorum circumseptum videre [Fol. 61 v°];
futurum ut exteri senatores quiritentur libéras non fuisse vo-
ces ; sacro enim afflatui locum inter gladios non relinqui, ut
posthac Ambasii non dubia renuntiatio vi metusve causa
possit revocari. »
* Mors Ugonis Cardonii.
2 Mors Alexandri pontificis.
DE REBUS GESTIS FRANCORUM 91
Georgius hoc fraudulento sermone irretitus, licet Borgiss
opinionem exquireret, qui Juliani astum ridebat, hominis in
dedecore nati, ad turpitudinem educati, ad simulationem ac-
commodati, perjuriis delibuti, qui sequestrem se cornitiorum
corrumpendorum gereret, suse tamen iraprobitati Dei imraor-
talis instinctum prsetexere : paruit tamen Francus, Italicse ver-
sutise expers, Juliano, Francique milites Roma emissi sunt.
Tum, Juliani contentione, Plus III in exigui temporis interval-
lum ob perspectara segritudinem Pontifex raaxiraus designa-
tus, dum Bernardus Carnalus ea spe decidens in Ambasium
potius quam Julianum vota sua contulisset. Jtilianus, post
Pii dierum paucorum poutificatum, ipse, renovatis in id con-
siliis artibusque suis, pontifex designatur, non sine Francitig
credulitatis irrisu'. In istum Aetius sincerus poeta cecinit
paratum omnia, ut quidem fecit, evertere qui nihil merainis-
set praeter vincula et exsilium. Poetara hune dilectum Federico
regnanti Rex liberali stipendie fovit impetravitque postea a
Ferdinando ut Neapolim rediens paternis fortunis restituere-
tur: [Fol. 62] adeo Lodoicus non militares tantum personas,
sed etiam literatas, benevolentia prosequebatur, ac prsemiis
invitabat in aulam, Veneti, qui largiter omnia officia in eum
semper contulerant eisque potissimum rei omnem operam
adhibuerant, legatum misenint gratulatum, cui omnia se de-
bere Reipublicse professus, jussit eam nihil non sibi de se
polliceri. Rex vero Lodoicus, quumallatum sibi foret de Au-
bignio cum exercitu ad Semenariam in Brutiis ab Ugone de-
bellato, quem is paulo ante ad Gioiara profligaverat, deque
Namursio duce ad Gerionem in Apulia a Consalvo in acie in-
terfecto, sicque geminata Hispanorum Victoria, misit Vene-
tias legatum, Janum Lascarum Bizantianum, Grseins litteris
apprime eruditum, paucis ante cal. sextilis diebus, qui postu-
lavit ut patres novum cum Rege fœdus adversus Ferdinan-
dum sancirent bellumque una facerent, propositis amplissi-
mis conditionibus : quas Senatus respuit, veteri se fœdere
contentum dictitans. Rex, non minus illusus Hispanicis de
pace simulationibus ac dolis quam Ambasius suis Italicis in
ambiendo pontificatu, graviter apud archiducem Austrise,
1 Julius pontifex maximus.
9 2 JAC. GOHORII PARIS.
qui Blesiis nondum discesserat, de iis conquerebatur ; unde
crebrse ultro citroque legationes, eseque vanse ac irritae
fuerunt. Itaque ad subsidia primo quoque tempore Neapo-
lim sumraittenda [Fol. 62 v] sero tamen intendit animum.
Nam arx nova capta jam erat, pridie quam Genua sex
grandes onerariae naves compluribus naviculis comitatse cum
duobus peditum millibus in Neapolis portum commeatu, ar-
mis, tormentario pulvere onustse adventarent. Ei classis
Hispanica cessit loco et Ischiam concessit; quam sequente
Francia, Hispani aliquot naves suas pro vallo summerserunt ;
Franci inde Caietara contendunt ; hi in portum suum rever-
tuntur. Jam flnemhujusce belli exsequamur, infelicis maxime
ob infidam cum Italis proceribus societatem Borgiis atque
Ursinis et, si Sadricurto credimus, Gonzagse quoque regulo
Mantuano; et regias intérim partes Romae Georgii Ambasii
petitio ambitiosa interturbavit alienavitque. Stipendia tardius
adferebantur, seu nimia Régis, ut aliqui reprehendunt, par-
cimonia, seu potiusavaritia,partim qu8estorum,partim ducum»
qui pecuniam in majorem multo quamhaberent militumnume-
rum accipiebant. Jam ergo Franci et Helvetii, absente per
valetudinem optimo imperatore Trimollio, Gonzagae ductu
longius progressi erant; aderant Salassus, Sp. Sadricurtus,
Trantius, Bassaius, Grandimontanus, P. Medices Florentiae
nuper dominator, Sancolumbanus, Theodorus Trivultius qui
jampridemad Francos transierat, Borbonius Aquitanus, Lave-
dani comes, [Fol. 63], Gilb. Carpinas, Bentivoli Bononiae
reguli gêner, Ursini seu Borgise simultatibus irritati, seu â
Mendocio Hispano spe ampliorumstipendiorum sollicitatijam
Consalvo adhaerebant, Franci qui Caieta eruperant, Molam et
Itrium adorti, cœsis Hispanis, diripiunt ; Arcem Sicam frustra
oppugnant; Consalvus contra motis Formiano castris supra
Casinum erectum in arcem a Francis, iis interfecti:^, recipit;
Aquium Gonzaga profectus est; missi a Consalvo Fabritius
Columna et P. Petilianus, qui cum Ursinorum et Columniorum
equitatu extremum agmen carperent; in eos invectus Alegrius,
vi captis compluribus vulneratis,reliquos in fugam vertit. Gon-
zaga, motis Aquino castris Fregellas se contulit; ubi consul-
tandodebellirationeper altercationemducum multi consumpti
dies:placuit tandem, Lyri amne ponte constrato,traduci copias ;
DE REBUS GESTIS FRANCORUM 93
Consalvus, quasi consiliisinterfuisset, turmas moxlevisgravis-
que armaturse cum Fabritioet Pacseo misit,qui adversam hosti
ripam tuerentur,munitioneque longe lateque perducta Francos
trajectu arcerent Franci nihilominus ad transmittendum Ly-
rianii pontem exstruebant neque globis aeneis ab hoste emissis
terrebantur, iisdemque Hispanos vexabant. Acciditque ut a
[Fol. 63 v°] Baileno Poiano, cui ubi libuissst coUinare sagittam
raro a proposito scopo aberrabat, Fabius Ursinus sagitta ne-
caretur desertionisque pasnas daret. Interea a Fabritio Co-
lumna Franci qui Evandri Arcem cum Federico Monfortio te-
nebant, accerrime oppugnantur ; non fert obsessis suppetias
Gonzaga, licet magna momenti ad bellum esse a Sadricurto
moneretur. Pacta Francorum incolumitate, deditur arx Fa-
britio. Dissimili eventu turrim ad Lyris fauces sitam, quum
tormentis admotis fortiter oppugnant Franci, urgente Bas-
seio,Hispani pari pactione dediderunt. Jam ponte constrato,
irritisque hostium ad obsistendum conatibus, dum ab utroque
pontis latere machinse ita sunt coUocatœ, ut eos ab injuria
transeuntibus inferenda procul amolirentur ; jam Basseius
cum delecita Helvetiorum manu transierat, Fabricius Co-
lumna et Ferdinandus Andrada eos varie lacessebant ; sed
Alegrius et Sadricurtus facile hostilem equitatum propelle-
bant, quum repente Consalvus cum robore exercitus ad-
volat; Basseius et Alegrius, licet numéro inferiores, audac-
ter impressionem sustinent ; sed qui Francorum nondum
transierant a machinis aptissime a Consalvo dispositis prohi-
bebantur. Quod Alegrius intuitus, Helvetios hortatur ut cum
suis equitibus, [Fol. 64] relictis equis, pugnam cum eis pe-
destrem inire paratis, in tormenta illa impetum lacèrent ;
tura pulsi quidam loco Fabricius Andradaque ; sed ea egregie
defensaab Ugone Moncata et Germanis militibus; Francique
ad sucs se recepere. Ex quibus csesi quingenti, subversi cen-
tum, ex hostibus ducenti desiderati. Eo in prselio enituit po-
tissimum Ferdinandi Hilescae, signiferi Hispani, fortitudo * ;
qui, globo tormentario dextra amissa, signum Iseva, mul-
tis vulneribus acceptis, ne relato quidem pede, sustulerit,
dura turpe ducit loco cedere quem semel occupaverat ; et
1 Ferdinandi Hilescœ signiferi fortitudo.
94 JAC. GOHORII PARIS.
paulo post irrumpentibus Francis laevam quoque amisisse ;
quumque ei certum esset non ante signura quam vitam amit-
tere, id truncatis brachiis extulisse immotura loco donec
Franci pellerentur. Hic postea a Consalvo accitus palamque
protanto facinore commendatus,adFerdinandumGumeulogio
tantse virtutis deductus, ab eoque magnis prsemiis muneratus
est. Tentavit postea Consalvus pontem a Francis fabricatum
efFi'ingere, in eamque rem trabes grandes convehi jussit, quae
ex superiori amnis parte emissae vi undarum suoque raoli-
mine pontem dejieerent. Sed Benomantius cum Aquitanicis
cohortibus naviculis trajiciens istum omnem apparatum dis-
turbavit et abduxit, csesis qui adornabant Hispanis, ratariis-
que, aliis depressis, aliis abductis. [Fol. 64 v°] Haec frustra
expertus Consalvus Prosperi Columnse consilio délibé-
rât de ponte incendendo: ad id trajectoriam navem deli-
git eamque exilibus lignis sulphure utraque parte intinc-
tis, multaque alia materie sicca , resinata et piccata com-
plet, eamque magno flumen impetu in pontem deferebat:
quando Franci, re intellecta, emissis contra levibus tormen-
tis, illabentem incendunt, igné illi materise illato, qui an-
temnas et latera et foros proramque ipsam absumpsit, ante-
quam ponii nocere posset. P. Medices in Gonzagam graviter
invehebatur, cunctatione simulata exploratis satis omnibus
transeundi aliis causam fuisse, nunquam tamen adduci po-
tuisse ipse ut trajiceret. Franci tamen in castra regressi de
integroLyristransmittendi consiliumiuibant '. Sed Gonzaga,
quum se suspectum Francis sentiret, occasions ex Sandri-
curti conviciis captata, a quo se psediconem vocatum freme-
bat, ut, abducto secum robore Italicarum copiarum, vires
Francicse imminuerentur, abdicato sponte imperio, abiit,
causam rejiciens in Francorum intolerabilem contumeliam;
quasi vero banc posticae libidinis contumeliam isti non sus-
quedeque ferant! quam triumphanti etiam Cœsari sui milites
joci gratia occinebant. Cujus damnatum a senatu Mediola-
nensi quum igné crematum Rex audiisset, vereri se dixit ne
cives sui ad paucos redigerentur, rescripsitque ne deinceps
nisi probationibus indubitatis convicti mitiorique pœna
' Gonzagje imperatoris discessus.
DE REBUS GESTIS FRANCORUM 95
plecterentur [Fol. 65]. Ejus discessu aucti hostibus animi ;
Franci haud leviter perculsi sunt ; summam intérim imperii
ad P. Salassiorum rognlum deferunt, quoad Régi aliter pla-
ceret: exterorum plerique qui florentibus rébus Franco mili-
tabant ad hostes trausierunt ; hiems deinceps imbribus fre-
quens adeo utrasque copias afflixit ut Consalvus tôt extructas
pro ripa munitiones deserere et Suessam se conferre coactus
sit: et Franci qui tam acriter pro Lyri trajiciendo certave-
rant, abeunte hoste, non amplius de transita cogitarent, dété-
riora ultra ripam veriti. Intorea Francorum atque Helvetio-
rum compluribus hierais saevitia absump tis, aliis vigilia con-
fectis, equi pabula laborabant. Tôt tantisque rébus oppressi
quum essent, neque stipendia a regiis quaestoribus in tempore
exsolverentur, Salassus constituit, peditibus relictis quimunita
loca tuerentur, equitatus robur Caietam deducere; fremere
pedites objici se hostium faucibus stipendia non solvi, affecta
jam omnium laboribuscorpora; permuls it iras Salassus, reque
iterum deliberata statutum est ut pedites atque équités in bi-
berna dimitterentur : machinée vero beliicsefluviatilibus navi-
bus impositae, earumque avehendarum cura P. Medici mandata:
qui id munus,plerisque velut periculis plénum detrectantibus,
libenter susceperat, futurumque receperat [Fol. 65 v°] ut
vita potius quam iis tormentis ab hoste spoliaretur, atque ita
ita ut promiserat ad extremum prsestitit; nam ventis agita-
tus amnis intumuit, résonante uudique littoribus fragore ac
increbrescente ; Medices cautus eo se discrimine eximere
potuit, navesmachinis onustœ undis submersas sunt. Jam Con-
salvus qui exploratores pretio corruptos in Francorum castris
habebat, in conciliis alioquin hostium explorandis callidissimus,
edoctus fuerat de eorum Caietam versus profectione. Itaque
Liviani Ursini consilio ponte tumultuario ex naviculis inter
se coUigatis doliisque adjunctis asseribus constrato, trajicit
copias, Francosque incautos nihilque taie suspicantes ador-
tus qii Sugium se receperant cedit oppidoque potitur.
[Jovius falsô prodit Tremulium et Gonzagam, Appia atque La-
tina via, bipartito regnum ingressos nulla memorabili re gesta,
totam fere hiemem in Aquinate et Fregellano agro consum-
psisse , mirifice eis resistente Consalvo qui Lyrim amnem
ponte transgredi ausos fortissimo repulerit, castraque de-
96 JAC. GOHORIl PARIS.
mum eorum adortus, quum noctu, superioribus vadis copias
omnes traduxisset, in fœdam fugam per Formianura littus
cum multa cœde conjecerit; qui postea, Caieta dedita, classe
sua vecti inermes in Franciam redierint ']. Salassus intérim
cum robore copiarum Caietam properabat : accélérant An-
drada et Mendocius cura levi equitatu suo ut novissimum
agmen invadant. Baiardus unus cum paucis diu impetum
hostium sustinuit, donec adessent Adurnius, Grandimontius,
Sancolumbius ad lapideum pontem Formianum, cura turmis
aliquot Francorum atque Italorura; tum atrox certamen fuit)
compluribus utrinque interfectis, inter quos Adurnius; fuit
Sancolumbius una cum Bucio et Burdillio vulneratus. At
posteaquam intellexerunt suos longius progessos, Caietam
quoque contenderunt. Consalvus codera pergit, non ignarus
ibi ob tantam [Fol. 66] multitudinera, rei frumentarise iuo-
pia, prseter difflcultatem numraariam, propediera exercitura
oppressum iri. Nam Alegrius qui CCCC cataphractos et
IIII*i. peditum ex reliquiis profligati exercitus coactos in
Fundos, Itrium, Trajectum, aliasque arces distribuerat uni-
versos tandem Caietam accerserat. Nec Consalvum sua fe-
fellit opinio: paucis enira post diebus, deliberatum est in-
ter duces ne frustra obsidionis incommoda perferrent, elec-
tusque Sancolumbius qui ad Consalvum iret diceretque
Francos, si non indignas militaribus viris conditiones offer-
rentur, Caieta cessuros; sin secus, vergente telo acerrimo
necessitatis, dignam potius Francico noraine mortem oppe-
tituros ; remissi cura eo Caietam Navarrus, Didacus, Mendo-
cius, Pacseus cum Saiasso transacturi. Tandem quum multis
diebus Trivultius, Bassseius, Alegrius, cum Consalvo collo
cuti essent, his legibus urbs dedita est, cautumque prolixe
exercitui ^ ut Franci sociique qua visum foret, seu terra seu
mari, cura equis omnibusque impedimeutis libère ad suos
redirent ; Caietanorum res omnes salvse essent, reliquisque
urbibus quse partes Francorum fovissent fraudi ne esset.
Aubignius, Formantius, reliquique captivi qui Neapolim
abducti erant, liberarentur. Non potuit impetrari a Consalvo
• Addition marginale.
- Caietse deditio.
DE REBUS GESTIS FRANCORUM 9 7
ut [Fol., 66 v°] M. Aqusevianus et Sanseverini in eodem nu-
méro essent : diserte tamen additum est, intégra ut eorum
causa Ferdinandoreservaretur, neve de liis Ferdinandus Con-
salvusque supplicium sumere possent, quoad Rex per legatos
cum Ferdinando egisset. Ei rei paragendse viii menses sta-
tuti, hique postea, pace inter reges conciliata, liberati sunt.
Trajanus Caracciolus cutn suis omnibus liber egressus est ;
eodem jure, qui a Francis capti erant, dimissi. Eo pacto
Franci in Franciam rediere; Salassus in itiuere fato functus
est. De qusestoribus regiis qui pecuniam averterant décréta
peculatus qusestio, qua Herouetus damnatus est. Ipse vero
aiebat a ducibus fraudari stipendia equitum peditumque, ut
numquam turmae cohortesve suo numéro constarent: quin et
in recensione publica alii aliis equos armaque commodarent,
non suppressos illustrium ducum nominibus qui vim pecu-
nise ingentem in rem suam vertebant. Basseius, Sandricurtus,
Alegrius, tanquam ob rem maie gestam, diu aula exclusi.
Arsius vero, quum eo fœdere uti posset, ea fuit animi magni-
tudine ut, signis explicatis tympanisque sonantibus, Venusia
cedens in Franciam reditumfacisceretur. Is, etsi ob Arminiaci
mortui amicitiam infensus Alegrio existimaretur, illius tamen
postea, in [Fol. 67] gratiam Régis reditum ut impigri ma-
nuque prompti viri procuravit. [Hic luctuosus est belliNeapo-
litamexitus, qui testificetur posteritate, cumMediolano toties
parto amissoque aliisque itidem provinciis, Francorum majo-
rem in subigendis urbibus atque nationibus virtutem quam in
retinendis conservandisque prudentiam; nisi sequis animis
ingenitse probitatis excusatio partim accipiatur a suspicione
omnis in alio perversitatis aliense, partim infidse Italorum socie-
tatis accusatio, qui exteris armis ad fortunaa motus omnes in
rem suam perfidiose abutebantur. Enimvero Trimollio impe-
ratore opus fuerat (in quo ea tempestate spes opesque régis
sit8e)adversus Consalvum hune, [qui sagax duci sagaci oppone-
retur] *, quique artes Hispani paribus eluderet artibus : eo
imperante, nisi fatum ingruens eutn Parmse sontico morbo
aflElixisset, regnum amitti, si quicquam humanorum certi est,
non potuerat. Rex, nuntio cladis accepte, ira exardens quod
* Addition marginale.
98 VARIETES
Ferdinandus viribus longe inferior simulationutu dolis suam
sibi provinciam extorsisset, adornat novura belli apparatum
terra marique, post hominum memoriam, ab rege uuo maxi-
mum '.
VARIETES
UN PROJET DE DECORATION EPIGRAPHIQUE
POUR LA BIBLIOTHÈQUE-MUSÉE FABRE
Quoique la correspondance de F. X. Fabre i)arlui léguée à
son musée ait été expurgée avec une rare stupidité par son
exécuteur testamentaire, le rigoriste M. Gâche, il s'j trouve
encore maint document curieux sur le fondateur du Musée-
Bibliothèque, sur ses amis, ses œuvres et sa fondation. De ce
nombre est la lettre suivante qui soumet à « M. le Baron »
diverses idées d'améliorations à introduire dans sa bibliothè-
que, et toute une série d'inscriptions propres à en décorer les
portes. On ne sait malheureusement pas quel accueil Fabre fit
à ces projets. Il était comme le Roland du poète, qui n'aimait
pas « qu'on vînt faire après lui les générosités qu'il avait déjà
faites. » Il n'aimait pas non plus qu'on touchât, même pour
l'embellir, à son musée, dont il ne parlait qu'avec une
modestie bouffie d'orgueil. Il ne serait pas étonnant que
M. Seguin n'eût pas reçu de réponse à sa lettre, d'autant plus
que, si respectueuse qu'elle soit, cet honnête imprimeur y
montre cependant le bout de l'oreille de M. Josse.
L.-G. P.
Montpellier, le 22 mars 1829.
Monsieur le baron.
Tous les auteurs de Montpellier devroient s'empresser de déposer
leurs ouvrages à la Bibliothèque du Musée. De cette manière, on
aurait peu à peu la collection des productions littéraires qui font
honneur à notre cité.
1 Au verso du fol. 67 est le timbre en rouge Bibliot/ieca; regix.
VARIETES 9 9
Pour provoquer cet usage, il serait bon d'inscrire sur un placard
affiché dans la Bibliothèque, tous les dons qui seraient faits dans ce
genre, de même qu'on fait mention des objets d'art qui sont donnés
au musée.
L'opuscule sur Louis XVI que j'ai eu l'honneur de vous présenter
est trop peu de chose pour avoir droit à cette inscription ; mais comme
tout ce qui regarde l'histoire ne vous est pas étranger*, j'ai dû vous
en faire hommage.
11 conviendrait aussi de former un album sur lequel les personnes
qui viendroient visiter le musée pourroient inscrire quelque sentence
accompagnée de leurs noms. On aurait ainsi dans la suite un recueil
très varié dépensées ingénieuses sur les beaux-arts, et le fac-similé de
l'écriture des personnages célèbres.
Puisquej'en suis sur le musée, permettez, Monsieur le baron, que je
vous soumette quelques inscriptions qu'on pourrait graver eu lettres
d'or sur les portes intérieures de votre bel établissement.
Sur la porte d'entrée de la bibliothèque on lirait :
BIBLIOTHÈQUE DU MUSÉE
Opyava Mucrawv.
Euripide.
AD PERCIPIENDAM COLENDAMQUE VIRTUTEM LITTER.E ADJUVANT
Cicéron.
Sur la porte extérieure de la salle des statues :
. . . .INGENUAS DIDICISSE FIDELITER ARTES
EMOLLIT MORES NEC SINIT ESSE FEKOS
Ovide.
Sur la porte de la salle des tableaux :
TENENTUR PICTURA OCULI, AURES CANTIBUS
Cicéron.
Sur la porte du jardin :
SI HORTUM IN BIBLIOTHECA HABES, NIHIL DEERIT
Cicéron.
Sur la porte de sortie qui donne dans l'impasse du musée :
LAISSEZ DIRE LES SOTS, LE SAVOIR A SON PRIX
Lafontaine
Au-dessous du buste de Minerve :
MINERVA MUSEI CUSTOS.
' M. Séguin veut évidemment dire « rien de ce qui regarde l'histoire
ne vous est étranger ".
100 VARIETES
Sur la porte des gravures :
ARTES OMNES INGENUE UNO QUASI SOCIETATIS VINCULO CONTINENTUR
Cicéi'07ï.
Enfin, Monsieur le baron, s'il m'était permis d'en mettre une sur la
porte de votre cabinet d'étude, on y lirait ce qui suit :
VINCIT AMOR PATRIE LAUDUMQUE IMMENSA CUPIDO
Vii'gile.
que je traduis ainsi :
Tout cède à l'amour de la patrie et à la passion de la gloire.
J'aurais bien encore une inscription à proposer pour votre buste ou
le beau dessin de Girodet-Tisson qui se trouve dans la salle des ébau-
ches, c'est celle que vous connaissez déjà: A la couronne de lauriers,
etc. Mais il me faudrait pour cela un bon graveur et votre permission.
J'ai à ma disposition les presses lithographiques de mon frère aîné,
savant imprimeur d'Avignon, qui imprimerait, aussi bien qu'à Paris,
les ouvrages qu'on pourrait faire un jour sur le Musée.
J'ai l'honneur d'être avec respect, M. le baron,
Votre très humble serviteur,
Aug. Seguin
Monsieur | Monsieur le baron | Fabre, au Musée | à Montpellier.
DOCUMENTS LANGUEDOCIENS
II. — Lettres languedociennes tirées de la collection
Godefroy *
I. Monsieur de RocJiemore, président à Montpellier,
à Monseigneur de Séguier, garde des seaulx de France'^.
Monseigneur,
Nostre Compagnie ayant depputé le sieur de Regnac, conseiller en
salle, pour vous informer dun excès qui a esté commis en ceste ville
contre des huissiers en linthimation dun arrest par elle donné, jay
* Ces pièces ont été copiées à la Bibliothèque de l'Institut, pour la
Revue des Langues Romanes, par M'"^ A. Hurtrel.
2 Bibliothèque de l'Institut, collection Godefroy, t. 271, pièce QQ,
22 juin 1633 (autographe).
VARIETES 101
creu estre de mon devoir de vous ea randre comte en mon particulier,
et vous en dire le menu. 11 est donc arivé que, procédani à la visite
dun procès dapel dentre quelques particuliers, il se treuva deux
exploictz dintimation dune ordonnance donée par les trésoriers de
France, dattée dun mesme jour et signée de divers juges toutz con-
traires ; ce qui donna un grand soupçon de fauceté, et obligea le pro-
cureur de sa Majesté de requérir quilfeust taxé décret contre Ihuissier
qui avoit signé lesdictz exploicts afin desclaircir la vérité de ces actes :
Ihuissier ouy accorda les exploictz avoir esté faictz en divers temps
quoy que dattes de mesme jour, et que c'avoit esté par lordre et le
commandement du sieur de Beaulac, trésorier de Finance, qui dailleurs
se treuvoit intéressé au fonds de la poursuitte, et quil avoit retenu
loriginal de la première ordonnance par luy intimée lorsque la seconde
ordonnance en original luy feust baliée pour faire son second exploict ;
sur sa responce et quelques actes qui feurent remis dans le procès,
il y eust décret de prinse de corps contre le sieur Beaulac, lequel,
ayant apprins ledict décret, fist assemblée de personnes en armes
dans sa maison, pour par ce moien éluder la perquisition quil estoit
nécessere de faire chez luy pour pouvoir continuer le procès par
deffault, au cas on ne le peust aprehander. A ces fins, l'arrest feust
mis entre les mains dun huissier, et feust faict commandement aus
consuls de donner ayde et assistance audit huissier pour lexécucion
dudit arrest. Ayants donc esté requis, le sieur de Gousonville, lieute-
nant pour le Roy dans la ville, fist deffance aus consuls dassister
Ihuissier, prétendant que les consuls ne doivent donner aucune assis-
tence que par son ordre. Ce qui feust cause que, requérant le procu-
reur général, il y eust arrest pourtant injunctions tant audit sieur de
Gousonville que aus consuls de prester main forte, et à ces fins il
leur seroit inthimé. Voulant donc Ihuissier satisfaire audit arrest et
ayant treuvé le sieur de Gousonville, il luy auroit faict entendre la
charge quil avoit: lequel se seroit jette seur luy a coups de piedz et
donné des coups desperons jusques à ce qu'on luy osta ledit huissier.
Geste violance et cest excès, Monseigneur, est de telle conséquence
quaprès cela il ne fault attandre que de continuelles rebellions, parti-
culièrement dans ceste province, dans laquelle les malheurs et les
desordres dune douzaine dannées de guerre ont introduict un très
grand libertinage. Nous avons creu que ceste plainte vous devoit
estre pourtée comme au chef de la justice du Rouyaume et duquel
toutes les compagnies prennent lauthorité quil a pieu au Roy de leur
commettre, afin que, par vostre protection et soubs vostre appuy, on
fasse servir le Roy avec la dignité deue à sa justice. Il vous plairra
donc, Monseigneur, nous donner vos commandemens en ceste ran-
102 VARIETES
contre et a moy particulièrement, qui les recevray tousjours avec le
respect et la fidélité que doibt celuy qui est, Monseigneur
Vostre très humble, très obéissant et très fidèle serviteur.
ROCHEMORE.
A Montpellier, ce XXII juin 1633.
II. Lettre de l'Evesque de Béziers , de Balthazar ,maXtrQ des reques-
tes, et de Ranchin, grand vicaire d'Agde, qui rendent compte, selon
lordre quils avoient eu, de la condamnation du P. Reverdy, Augustin,
condamné par le Provincial à prison perpétuelle, ob lœsam Majesta-
tem,prœoosteram libidinem et rebellionem ; dont il se deffend, dit le
crime de Lèze Majesté estre d'avoir résisté en Sorbonne, dont il est
docteur, à un sentiment du Gard, de Richelieu, pour raison de quoy il
fut enlevé par un exempt disent que le vray moyen a tenir est de
laisser aller avant lappel de la sentence du Provincial, et lenvoyer en
un couvent hors lauthorité du Provincial dont il se plaint'.
Monseigneur,
Nous nous sommes trouvez en ce lieu suivant les lettres de Sa
Majesté du 26e novembre qui nous ont esté envoyées de vostre part,
où nous avons veu et interrogé le Père Reverdy, Augustin, en pré-
sence du Père Bertrand, prieur du couvent de Montagnac ; lesquels
nous ont représenté la sentence de condamnation du Père Hierosme
Montai, provincial des Augustins des provinces de Narbonne et de
Bourgogne, rendue en la Congrégation provinciale de Lyon le 17"»^
novembre 1639, laquelle porte en termes exprès pour les cas résul-
tans du procèz Patrem Reverdy voce in perpetnum privaviinus,nec
non perpétuée incarcerationi condemnavimus .
Les chefs d'accusation sont : lœsœ Majestalis, prœposterœ libi-
dinis, factionis et rebellionis.
Cette sentence ayant esté prononcée audit Père Reverdy le 3°*^
janvier 1640 audit Montagnac, il respond que par sa détention on luy
oste la voye d'appel, quil interjette, et quil prétend poursuivre si tost
qu'il sera en liberté.
Il soustient son appel recevable, parce que la sentence nest donnée
que par les définiteurs d'une congrégation particulière, et quau fonds,
quand le procez sera examiné par des juges non suspectz, on trou-
vera que la condamnation est une pure animosité du Provincial et
une complaisance aux puissances séculières : aussi ne porte-t-elle
pas conviction, mais pour les cas résultans du procez.
Que ce prétendu crime de lèse Majesté consiste en cela seul que
» Institut Coll. Godefroy. T. 273, pièce 79, 18 décembre 1643.
VARIETES 103
Ion luy impute davoir dit que feu M"" le Cardinal de Richelieu me-
noit le Roy par le neds, mais quil ne la point dit, et que son vérita-
ble crime est d'avoir résisté à quelque volonté de feu M"' le Cardinal
en une proposition faitte de sa part en Sorbonne, dont il est docteur
et où il estoit présent ; pour laquelle action, en laquelle il eut la plu-
ralité des voix, il fut arresté prisonnier par un exempt des gardes et
conduit à Orléans, et depuis mis en liberté ; luy ayant esté donné
33 livres pour se retirer comme il fit en son couvent de Crémieu.
Pour le second chef, il soustient quil ny a eu nulle conviction ; que
les tesmoings qui nestoient que de audilu se sont desditz, et que
Ion ne trouvera aucune preuve ; et que Ion cognoistra manifestement
que lesdictz religieux avoient esté suscitez par ledict Provincial
pour satisfaire à ce que quelques gens luy tesmoignoient estre de la
volonté de M. le Cardinal.
Pour le 3» chef, « de faction, conspiration et rébellion envers le su-
périeur », il est vray qu'il a résisté à quelques ordres du Provincial,
mais ça esté avec tous les autres religieux, et la sentence porte aciim
sequacibus », parce quils se sentoient en conscience obligez de le
faire; dautant que ledit Provincial renversoit les règles de leur insti-
tut par de nouveaux établissements.
Nous n'avons pas eu besoing, INIonseigneur, de mettre ledict Père
Reverdy en liberté, car il y estoit il y a desja quelque temps. Et le
Prieur exerce toutte sorte dhumanité envers luy, le traittant pour le
logement et pour le vivre comme un des autres Religieux; dont ledict
Père Reverdy s'est loué devant ledit Prieur et devant nous.
L'affaire estant en ces termes, si vous nous permettez. Monsei-
gneur, de vous en mander ce qui nous semble, nous serions dadvis,
soubs vostre bon plaisir, de laisser au Père Reverdy la voye dappel
libre, affin quil puisse obtenir jugement définitif. Et parce quil est
soubs lautorité et férule du Père Montai provincial, quil dit exercer
cette rigueur contre luy il y a quatre ans escheus dès le 17™^ novem-
bre dernier, nous avons dit au Père Prieur, et il nous a promis,
de luy donner obédience pour sortir deMontagnac ; ledit Père Reverdy
ira en Avignon où il se fait fort destre receu et où M^ le Vicelégat
le fera recevoir. Ce couvent d'Avignon est hors dudestroit dudict pro-
vincial, est couvent général et libre, qui dépend niiement du Père
général qui est à Romme : auquel l'appellant escrira pour luy de-
mander des commissaires m partibus dudit couvent mesme d'Avi-
gnon. Et parle jugement définitif qui sera par eux rendu, il sera
suffisamment pourveu audit Père Reverdy.
S'il se trouve, Monseigneur, que le second chef d'accusation soit
véritable, il est certain que tant s'en fault que ce soit animosité,
104 VARIETES
qu'au contraire c'aura esté une prudence nécessaire du Provincial,
dautant qu'il ny a que quatre religieux profez en tout audit couvent
de Montagnac. Et ainsy cette séquestration des novices est un re-
mède propre pour empescher l'effect de l'incontinence; ledit Père
nous semble d'ailleurs bien mortifié maintenant par laage de 64 ans
et par une caducité du corps, quoy que son esprit soit encore dans
la vigueur .
De sorte, Monseigneur, que Nous estimons que l'obédience pour
Avignon remédie à tout, et le digue Prieur nous l'a délivrée.
Nous ne vous parlons plus du crime destat, ny de la désobéissance
au Provincial : le premier est esteint par la mort, en ce rencontre
particulier; le second est assez expié par une prison de quatre ans
entiers, et vous sçavez d'ailleurs, Monseigneur, ce que veult dire
intrigue de moyne: on n'auroit jamais fait, non plus qu'eux, si on sy
vouloit amuser.
Voilà le compte que nous vous debvons de l'exécution faitte du
commandement qui nous a esté fait de vostre part, en vous assu-
rant du respect et de l'obéissance
Monseigneur,
de vos très humbles et très obéissantz serviteurs.
Clem., Evesque de Beziers
Baltazar.
Ranchin, vicaire général dAgde.
De Montagnac, ce 18 décembre 1643,
III. La Cour des Ai/des de Languedoc remercie Monsieur le Chan-
celier de leur restablissement â Montpellier et de leur réunion à la
Cour des Comptes.
(Nota escrivent de Carcassonne. Nota avoient esté dix-huict mois
hors de Montpellier. Nota l'Edict de désunion n'avoit esté vérifié '.)
Monseigneur,
Nous venons de recepvoir, avec un excès de joye, la déclaration
qu'il a pieu à leurs Majestés nous accorder pour le restablissement
de notre compagnie dans son premier et antien séjour de la ville de
Montpellier, après avoir demeuré dix huict mois esloignés de nos
maisons avec beaucoup d'incommodité. Mais comme le plus grand
déplaisir que nous recevions estoit de ne pouvoir estro escoutez en
nos justes plaintes, la plus grande consolation que nous avions aussi
» Institut. Coll. Godefroy. T. 27:3, pièce 5i(J. A Carcassonne, ce
3 aoust 1648..
VARIETES 105
dans nos souiFrances, estoit d'estre bien asseurés que vostre bonté
vous y faisoit prendre quelque part, et que la violance de quelques-
uns arrestoit le cours de la justice que vous désiriés nous rendre.
Vous l'avés tesmoigné, Monseigneur, bien tost après que cet em-
peschement a esté osté, ayant contribué vos faveurs et vostre bonne
justice pour la résolution et prompte expédition de ceste déclaration
qui redonne la paix et le repos à nos familles, le lustre à la seconde
ville du gouvernement de son A. R. et remet l'ordre dans la province.
Ceste grâce que nous venons de recepvoir de Vous, Monseigneur, en
suitte de tant d'autres, nous faict oser vous supplier très-humble-
ment de nous en vouloir accorder la continuation de nos justes pour-
suites pour la Réunion de nostre Compagnie et de la Chambre des
Comptes de ceste ville, qui n'ont esté désunies que par un Edict qui
n'a pas esté vériffié et qui a causé mille désolations et mille désor-
dres. Nous attendons de vostre bonté et justice de voir remettre les
choses en lestât quelles estoit lors du decez du feu Roy. Et nous
prierons Dieu pour vostre prospérité et conservations et demeurerons
Monseigneur,
Vos très humbles et très obeissans serviteurs, les gens tenant la
Cour des Aydes et finances du Languedoc. Et pour eux
Darenes.
A Carcassonne, ce IIP aoust 1648.
IV. Les Conseillers delà CJiambre de VEdict de Languedoc se
plaignent des attentats du Parlement de Toulouze et particulièrement
d'un airest qui a réglé les Espices des Rapporteurs et vacations des
Commissaires, quoy qu'ils n'ayent nul pouvoir sur la chambre, de-
mandent quil leur soit pourveu au conseil et y soient réglez.
Nota. Au commencement de lEstabhssement de la chambre à Castres,
moitié des Espices fut donnée au rapporteur et dura 24 ans ; puis
fust réduite à un quatriesme durant 15 ans; puis durant sept à huict
ans, elles furent communes ; et lors la justice mieux administrée, de-
puis trois ans à un sixiesme, dont ils se plaignent, un seul lannée der-
nière ayant autant rapporté que les autres dix-neuf, sur le fait de
l'excez des séances d'après disnée, disent que ce sont ceux de Toloze
qui par leur avarice en sont cause. 'Nota. A lestablissement, les va-
cations estoient d'un escu seulement et duroient deux heures. Nota.
Le Parlement vérifia seulement l'article de réunion de la Chambre au
Parlement des ordonnances dernières.
1 Institut, Coll. Godefroy, T. 274, pièce 72. 15 juillet 1649.
106 VARIETES
Monseigneur,
C'est avec un extrême desplaisii- que nous sommes contraincts de
vous porter nos justes plaintes et d'implorer vostre protection con-
tre les entreprinses de Messieurs du Parlement de Tholoze. Despuis
l'establisseraent de nostre compagnie, ils ont travaillé incessamment
à sa ruine, maisjusques à présent. Monseigneur, tous leurs efforts
ont esté inutiles, parce que nous avons tousjours eu le droict de nos-
tre costé, ne nous estants jamais proposés que le service du Roy, le
repos de ceste province, et de rendre indifféremment la justice à nos
ressortables soubz le bénéfice desEdictzqui règlent précisément nos-
tre conduicte et le pouvoir des uns et des autres. De sorte, Monseis
gneur, que ces Messieurs ayants recogneu qu'ils ne pouvoient nou-
opprimer par les voyes ordinaires et légitimes, ils recherchent toute
sorte de moyens obliques pour troubler le repos de nostre compagnie,
et nous rendre inutiles en la fonction de nos charges, croyants qu'il
leur est loisible de tout entreprendre en ce temps. L'arrest par eux
rendu le vingt neufvième du mois d"aoust dernier en fournit une très
suffisante preuve. Nos Jurisdictions, Monseigneur, sont toutes séparées
par les Edicts, et ilz n'ont aucune authorité sur nous, qui avens l'hon-
neur de rendre la justice souveraine sur nos ressortables, aussi bien
qu'eux sur les leurs. Néanmoins par leur arrest ils nous traitent
comme font les souverains les subalternes ; l'ayants conceu en des
termes si outrageux que si ceste licence est tolérée, il n'y a rien,
Monseigneur, quilz n'osent entreprendre. En quoy ilz ne considèrent
pas que leurs injures rejallissent sur enx-mesmes puis que nous ren-
dons la justice conjoinctement, sil les en faut croire. Hz vivent dans
le parlement comme des Gâtons, et dans la Chambre avec toute sorte
de licence, contre la définition de la justice et de toutes les autres
vertus qui doivent estre pratiquées constamment pour passer pour
telles. Quelques uns d'entre nous, Monseigneur, ont eu l'honneur
d'avoir commencé l'exercice de leurs charges, soubs le règne de
Henri le grand de glorieuse mémoire, et toutes les autres despuis
fort longtemps, ayant tous en diverses occasions et en divers emplois
tesmoigné nostre zelle au service du Roy, et au maintien de la jus-
tice. Cest arrest, Monseigneur, contient deux chefz : le premier re-
garde la portion des Espices que le Rapporteur du procès doit avoir;
le second, l'esmolument que les commissaires doivent prendre des
affaires que nous appelions de Sabatines. Vous scavez. Monseigneur,
que toutes les Compagnies souveraines du Royaume ont des usages
fort différents les uns des autres: au commencement de l'establisse-
ment de la Chambre en ceste ville, la moitié des espices feut baillée
au Rapporteur, et cela feut observé durant vingt et quatre ans, après
VARIETES 107
lesquels ceste portion fut réduite à un quatriesme, ce qui fut gardé
environ quinze ans. Mais l'inégalité des distributions des procès et
l'avidité de quelques conseillers fut cause que les espices feurent ren-
dues communes, ce qui dura sept ou huict ans. Et nous vous pou-
vons asseurer. Monseigneur, que pendant cette communauté, la mo-
dération des taxes fut plus grande qu'elle n'avoit jamais esté, la
justice rendue avec plus de soing et de diligence, et la concorde mieux
entretenue parce que les conseillers en la fonction de leurs charges,
avoient pour but unique leur honneur et leur devoir. Mais despuis
trois ans, la portion du Rapporteur a esté réduicte à un sixiesme
et quojque cette portion soit peu considérable, les artifices qui se
sont pratiqués pour avoir des procès ont esté si grands qu'il s'est
trouvé qu'un seul conseiller a rapporté durant six sepmaines sur
la fin de la dernière séance autant que les autres dix et neuf.
Pour les consignations des après disnées, il peut estre arrivé que, sur
la fin des séances principalement, il y a eu de lexcès, à cause que
Messieurs de Tholoze avant leur despart, désiroient dexpédier leurs
procès, ce qu'ilz faisoient bien souvent contre la volonté des procu-
reurs et en labsence des parties. Mais si en l'un ou en l'autre, il y a
eu quelque chose à dire, nous pouvons. Monseigneur, vous asseurer
en gens d'honneur que nous en sommes très innocents, et que mesme
nous avons faict tout ce qui nous a esté possible pour y apporter le
remède nécessaire. Et quand, sur ce suhjet, il vous plairra de nous ré-
gler, nous exécuterons très fidellement vos commandemens. Mais il
nous est impossible de pouvoir expédier les procès et surtout les
grandz en suivant l'ordre prescript par l'arrest du Parlement. Ils font
en la grand chambre deux bureaux, de sorte que cest ordre qu'ilz
gardent ne les peut pas incommoder, outre qu'en un seul bureau,
nous jugeons les procès qui sont divisés entre les quatre chambres du
Parlement; mais, quand ces raisons, qui sont très considérables, cesse-
roient, celle de la nouveauté et du changement qui sont tousjours sui-
vis de beaucoup dinconvénients, comme nous l'avons esprouvé en ceste
occasion, suffiroit pour nous faire tenir constamment à nostre an-
cienne façon de vivre. Hz sont telz, Monseigneur, que ce seroit abu-
ser de vostre patience que de les vous dire tous, et sont pourtant de
telle conséquence que la justice en est quelques fois blessée et l'hon-
neur des juges intéressé.
Nota. Au commencementde nostre establissement, nous employions
deux heures à[^chaque sabatine et les commissaires prenoient un escu
chacun : nous serions très-aises quil vous pleust nous le prescrire
ainsi. Quant aux espices, l'usage mesme en a changé souvent dans le
Parlement, et il est bien certain, que plus la proportion des rappor-
lOS VARIETES
teurs sera petite, plus l'avarice sera bannie du Palais, et l'honneur de
la justice restably. Outre ces considérations, Monseigneur, il y en a
une plus forte, cest que, si nous estions obligez de suivre les ordres du
Parlement, il dépendroit d'eux de rompre la chambre quand il leur
plairroit, car ilz ont commandé aux conseillers de Tholoze qui sont icy
de cesser la justice, si leur arrest ne sexécute en tous ses poincts,
leur désir estant si grand de ruiner nostre Compagnie.
Nota. Que pendant sa séance à Béziers, les dernières ordonnances
ayant esté envoyées au Parlement pour les vérifFier, ils ne vérifièrent
que le seul article qui ordonnoit l'incorporation de la chambre au
Parlement, et envoyèrent larrest de registre pour le faire exécuter ;
auquel Messieurs qui estoient lors en séance déférèrent à tel poinct que
la justice en fut interrompue durant un mois, et jusques à ce que par
des provizions du conseil, il leur feut enjoinct d'en continuer l'admi-
nistration. Toutes ces raisons, Monseigneur, nous ont obligés à
députer le donneur de la présente pour vous demander la réparation
d'un tel attentat, et vous supplier très-humblement et avec toute sorte
de respect, de nous maintenir en la possession en laquelle nous som-
mes despuis cinquante quatre ans. Nous attandons. Monseigneur, de
vostre bonté et de vostre justice, une prompte etfavorable expédition.
Cependant nous prierons incessamment Dieu qu'il luy plaise vous con-
server longuement pour le bien et la gloire de cest estât, et serons
inviolablement
Monseigneur,
voz très-humbles, très-obeyssans et très fidelles serviteurs.
Jaussaud Drandrin("?) De Buge
Delaiper De Faure
ScoRBiAC Carlit Julien
Le Bruyures(?)
De Castres, ce XV'' Juillet 1649.
BIBLIOGRAPHIE
Blason populaire de Franche-Comté. — Sobriquets, dictons, contes
relatifs aux villatres du Doubs, du Jura et de la Haute-Saône, par
Charles -Beauqier. Paris, E, Lechevalier, E. Leroux, 1897.
Ce livre est le troisième que M. Beauquier publie sur le Doubs ou
la Franche- Comté. Le premier nous donnait en 1881 le vocabulaire
des provincialismes usités dans le département du Doubs, le second
réunissait en 1894 les chansons populaires de Franche-Comté ; ce-
lui-ci complète les deux précédents. Le « blason populaire » ce
sont les railleries, les plaisanteries, les sobriquets au moyen desquels
on a coutume de « blasonner » les habitants d'une province, ou ceux
de telle ville ou de tel village. Ce n'est souvent qu'un mot, une épi-
thète malveillante, une comparaison comique ou grossière amenée
par la rime ; quelquefois c'est un conte dont ceux qu'il s'agit de
blasonner sont les héros ridicules.
Le livre n'est amusant dans son ensemble que pour un franc-
comtois ; mais les récits, les anecdotes sont fort intéressantes pour
les folk-loristes et parfois même pour tout le monde. L'esprit qui
anime toutes ces petites histoires ne se distingue pas par sa déli-
catesse et son raffinement ; loin de là, la note dominante c'est la
grossièreté, ce sont des quolibets rustiques et « salés », ce qui ne
saurait surprendre au pays des « Bourguignons salés ».
Certains morceaux pourtant ne présentent pas ce caractère et fe-
raient fort bonne figure dans un recueil de « jolies histoires « pour
les enfants. En voici deux des plus courtes. La première est origi-
naire du village de Pretin dont les habitants sont appelés les Anes.
« Un jour des gamins crièrent à une bonne femme de Pretin qui
était à sa fenêtre : Bonjour, la mère aux ânes. — Bonjour, mes en-
fants, répondit malicieusement la vieille. » On raconte la seconde
sur les habitants d'Anteuil « : Une taupe, sans respect pour l'oint du
Seigneur, avait complètement ravagé le jardin de la cure. Il ne res-
tait pas au pauvre desservant un poireau à mettre dans son pot au
feu! Grand émoi dans le village au récit de ces méfaits. Des parois-
siens dévoués guettèrent la taupe au lever du soleil et s'en emparè-
rent. Mais de quel supplice punir ses crimes ? La mort ordinaire était
trop douce. Le conseil municipal, après avoir longuement délibéré
pour savoir si on l'écraserait, si on la brûlerait ou si on l'écorcherait,
110 BIBLIOGRAPHIE
décida, pour faire un exemple mémorable, qu'elle serait enterrée vi-
vante. »
La transcription des passages qui sont en patois n'est pas uniforme,
ce qui présente sans doute un inconvénient médiocre pour un ou-
vrage destiné au grand public ; l'écriture fonétique serait ici dépla-
cée, mais l'ortografe que ce livre nous présente contient parfois de
graves défectuosités dont quelques-unes peuvent être qualifiées d'er-
reurs : p. 134 qu'est-ce qiCou faite et qui? « qu'est-ce que vous faites
ici?»; il fallait écrire èqni en un seul mot ; c'est l'équivalent de Dam-
prichardi^M?, provençal açwi, espagnol agiii provenant de latin vulgaire
'eccu-hic; — p. 47 la fête d'Avoudrey renfouche et dé; il fallait écrire
èdé en un seul mot et traduire non par « recommence et encore »,
mais « recommence toujours »; c'est l'équivalent de vieux français
ades, italien adesso ; — p. 61 et quatre quarts lafomeno (( aux quatre
coins est la famine »; il serait bien préférable d'écrire es quatre. . . .,
puisque le mot est connu par le vieux français et même par quelques
vieilles expressions passées en français moderne ; — p. 79 retounâ
d' gens d'Tchampey ; il faut lire retounâ dgens d'Tchampey ; —
p. 253 vos en ot te pris est inintelligible. Il faut lire vos en ot u
pris ou tout au moins vos en ot e pris ; ce faux te représente latin
ille.
On pourrait relever aussi quelques erreurs de traduction comme
à Bondeval ran ne va qui signifie « rien ne vaut » et non pas « rien
ne va, »
Le recueil de M. Beauquier est incomplet et il n'en pouvait être
autrement. Il est impossible de recueillir tous les sobriquets, tous
les propos satiriques, toutes les petites histoires qui ont cours sur les
habitants des différents villages d'une province. Voici deux anecdotes
ayant trait aux habitants de Quingey qui nous reviennent en mé-
moire. Un paysan de Quingey allait à Besançon pour un jour ou
deux, événement considérable dans sa vie. Au moment de partir il
prend congé de ses amis et connaissances : «Pierre, lui dit-on, puis-
que tu vas à Besançon, il te faudra aller au théâtre, on dit que c'est
bien beau ». Pierre va en effet au théâtre, mais s'i ennuie furieuse-
ment. Au bout d'un moment, croyant qu'il s'est trompé ou qu'on lui
a joué une mauvaise farce en lui conseillant d'aller là, il veut sortir,
mais il i a du monde tout autour de lui et il ne sait par où passer.
De plus tout ce monde rit, et notre brave paysan qui croit que c'est
à ses dépens est sur le point de se fâcher ; la seule chose qui
l'arrête c'est qu'il ne sait pas au juste à qui s'en prendre. « Eh bien
Pierre, lui dit-on à son retour, tu t'es bien amusé au théâtre? —
Eh non, je ne m'i suis pas amusé, déclare-t-il ; il est venu des gens
BIBLIOGRAPHIE 111
qui se disputaient et qui parlaient de leurs affaires, ça ne me re-
gardait pas ; et puis il n'i avait près de moi que des gens qui
avaient l'air de rire ; je leur aurais bien foutu quelque chose ». L'au-
tre historiette concerne les pompiers de Quingey. Comme ils n'ont
pour faire l'exercice qu'un espace très resserré il leur est impossible
d'i évoluer ; tous les mouvements se font sur place. On leur com-
mande donc : « Marchez sans marcher, marche! », ce qui veut dire
<c marquez le pas ». Il en est de même pour tous les mouvements qui
demanderaient un déplacement, i compris les courses les plus accé-
lérées *.
» Mettons à profit l'occasion de ce compte rendu pour signaler à
M. Beauquier une formulette incohérente dans le genre de celle qu'il
cite à la page 114, intéressante par cela même qu'elle n'oflre à peu près
aucun sens. Les enfants de la montagne la fredonnent lorsqu'ils font
des sifflets, aus époques où monte la sève, avec l'écorce de jeunes pousses
de frêne. Ils sont persuadés que sans cette formule il est impossible de
réussir un sifflet :
Sève, sève, mon tchotrot,
Pè le roue di cul d'Dgècot ;
Quaind Djècot serait creva
Mon tchotrot serait sèva.
On y ajoute quelquefois les paroles suivantes:
S' te sèv' bin
T' èrai di bon vin,
S' te sèv' mau
T' èrai di pissot d'tchevau.
Voici en outre en patois de la montagne une fort jolie chanson qui
manque aux « Chansons populaires recueillies en Franche-Comté ».
M. Beauquier pourra sans doute aisément s'en procurer la musique :
Lu bé Pierot
Di bon mètin Pierot se leuve (bis)
Qu' ot bin poudra, qu'ot bin friza |
Dèrie le rass' s'en ot èla S
N'è niun trouva qu' le bel Hélène (bis)
« Bon dgeu Hélèn', — Bon dgeu Pierot 1
— Lèvou sont èla tous vos dgens ? J
— Mon père ot èla 'le tchèpelle (bis)
Mè mère ot èla qui devaint |
Tout mitenaint è reverraint » (
Di continaint le mère èrive (bis)
« I vos seu veni demainda )
Le bel Hélène è mèria (
bis.
bis.
bis.
112 BIBLIOGRAPHIE
Le livre dont il est ici question est de ceux qui doivent avoir plu-
sieurs éditions parce qu'il intéresse beaucoup de personnes à des ti-
tres différents. Dans le cas particulier il est à souhaiter qu'il les ait
parce qu'avec un chercheur comme M. Beauquier on peut être sûr
d'avance que ce recueil se perfectionnera et s'enrichira continuelle-
ment ; le supplément qui est à la fin du livre et qui représente sans
doute les documents que l'auteur a réunis pendant que l'ouvrage
était en cours d'impression, permet d'augurer de la moisson qu'il fera
encore dans la suite.
Maurice Grammont.
Germain Arnaud. Recueil méthodique de compositions françaises.
ou Tart du développement appliqué au discours et à la disserta-
tion. (Un vol. in.-12, xviii-592 pp.) Mai-seilie, Laflitte, 1896.
Le même. La vie publique des Romains décrite par les auteurs latins.
Nouveau recueil de versions latines. (Un vol. in. -12, 330 pp. Table
générale, 48 pp.) Marseille, Lalïitte, 1895.
Bien que la Revue des Langues Romanes n'ait pas pour objet pro-
pre la pédagogie classique, ses liens avec le monde universitaire de
notre région sont assez étroits pour qu'on ne s'étonne pas d'y
trouver quelques mots sur ces publications. D'ailleurs, il est trop
rare de voir une tentative de décentralisation en matière de livres
classiques, de philologie latine ou française, pour que ce ne soit pas
un devoir pour nous de la signaler, d'y applaudir, de l'encourager: il
ne faut pas un mince courage à un professeur de province et à un édi-
teur de province pour s'associer et lancer à forces communes, — sans
protection ministérielle, sans patronage dans les revues consacrées par
les maisons de librairie parisiennes aux questions d'enseignement et de
réclame, — un recueil de discours français et un recueil de versions
latines.
L'un et l'autre sont remarquables. Celui-ci donne un tableau de la
vie publique et politique des Romains, celui-là une sorte d'histoire en
action de la littérature française. Un rhétoricien qui aura fait toutes les
— Not' Hélène ot bin trop djuenotte {bis)
N'ot ne véti ne trossela ( , .
Mon bé Pierot, faut t'en èla. » )
Pierot s'en vè trouva se mère i^bis)
Bin tchègrina, bin dézola J .
De c' qu'èl ot ôvu refuza j
BIBLIOGRAPHIE 1 l ^
versions du recueil aura des idées, — sinon très complètes, au moins
originales et puisées aux sources authentiques, — sur les événements
et les personnages de la vie romaine, sur les institutions, sur les mœurs
l)olitiques, sur mille traits de la religion, de la philosophie, des idées
du peuple. 11 n'est pas inutile d'apprendre à des jeunes Français de
la fin du X1X« siècle que tel Romain a trouvé que « les jeux du cirque
manquent d'intérêt: » cela fera peut-être un adepte de moins pour la
tauromachie. Il est bon de leur montrer qu'un sénateur convaincu de
péculat, s'il continue à siéger, excite l'indignation publique et soulève
la clameur de l'histoire : cela pourra éclairer quelque futur électeur
de Loches ou du Var. Un candidat à la licence qui aurait traduit ou
lu de près tous ces textes serait en mesure de répondre parfaite-
ment et avec originalité aux questions d'histoire et d'archéologie ro-
maine. Toutefois j'exprimerai le regret que M. Arnaud n'ait pas
cru devoir proposer comme sujet de version quelque belle inscription
romaine, la Lex Regia ou les Tables Claudiennes, que l'on pourrait
en rhétorique faire comparer avec le discours de Claude rapporté par
Tacite.
Le recueil de discours et dissertations présente aussi de sérieuses
qualités. Il comprend des sujets traités et des sujets à traiter. Dans
la première partie, l'auteur indique comment on développe un dis-
cours d'après un plan donné, comment on fait le plan d'une disser-
tation, et donne des dissertations littéraires, des analyses et études
littéraires développées, qui s'adressent à la licence plus qu'au bacca-
lauréat. Dans sa seconde partie, il donne plus de deux cents sujets
littéraires ou historiques, pris dans toutes les époques et toutes les
littératures, depuis le XIV-^ siècle jusqu'à nos jours. Beaucoup de ces
matières sont connues et d'un développement classique, bien que M.
Arnaud ait eu le bon goût de ne rien emprunter à Pieri'ot-Deseilli-
gny et au recueil des Concours Généraux. Mais d'autres sont presque
originales, et les matières tirées de l'histoire contemporaine, littéraire
ou politique notamment, auront du succès auprès de nos rhétoriciens.
Mais qui sait si tous ces efforts qu'on fait pour rajeunir l'institution
séculaire du discours français n'en démontrent pas surtout la va-
nité? Qui sait s'il est nécessaire que tous les collégiens de France
s'escriment à faire parler Bonaparte, Jean-Jacques, Mirabeau, Fran-
klin et Louis XIV? 0 baccalauréat, que de sottises ces grands hom-
mes disent en ton nom! Convenons cependant que, le genre admis,
les sujets de M. Arnaud sont bien choisis et intéressants, et souhai-
tons bonne chance à cette louable tentative, qui prouve le talent et
l'indépendance d'esprit de son auteur.
L.-G. P.
114 BIBLIOGRAPHIE
Carnet de voyage d'un Antiquaire poitevin, par Jos. Berthelé,
ancien archiviste du département des Deux-Sèvres, ancien directeur
de la Revue poitevine et saintongeaise, archiviste du département de
l'Hérault. — Paris, E. Lechevalier ; Montpellier, Joseph Calas, un vol.
in-8° de 384 pp. (Extrait en majeure partie de la Revue p oit evijie et
saintongeaisé).
Ce volume s'adresse surtout aux archéologues. Nos lecteurs y
trouveront cependant (pp. 208 à 234) un chapitre susceptible de les
intéresser : une notice nécrologique, suivie d'une bibliographie très
complète — trop complète ? — sur l'imprimeur-éditeur niortais,
M. LÉOPOLD Favre, auquel on doit notamment un certain nombre de
publications ou de réimpressions relatives à la philologie romane : —
Noëls poitevins et saintongeois, compousis en bea lingage poicte-
vinea (1845), — Glossaire du Poitou, de la Saintonge et de VAunis
(1867), — Églogries poitevines, par feu messire Jean Babu, curé de
Soudan (1875, premier volume de la Bibliothèque du patois poitevin).
Dictionnaire historique de Vancien langage français de La Curne
DE Saixte-Palaye (10 vol. in-4°, 1875-1882),— Œuvres de Rabelais
(5 vol. in-8°, 1875-1880), — le Glossaire de la Curne de Sainte-Palaye
et M. Paul Meyer, rédacteur à la « Romania >. (1875), — Histoire
de Mélusine, par Nodot(1876), — Revue historique de V ancienne lan-
gue française et Revue des patois de Fratice (2 vol. 1877 et 1878\ —
la Gente Poétevinrie (1878), — Rolea divisi en beacot de pèces
(1878), — La Mizaille à Tauni toute birolée de nouveâ et frésche-
mont émollée, comédie poitevine (1878), — Parabole de VEnfant
prodigue, traduite en 88 patois divers de la France (1878), — Du
Cange, Glossaire français, avec additions (2 vol. 1879), — Supplé-
ment aux Glossaires du Poitou (1881), — Glossaires du Droit fran-
çais, de Laurière (1882), — Glossaire du Code féodal {18S7), —
Dictionnaire des termes du vieux français, de Borkl (1882). — Les
patois de France (1882). — La Ministresse Nicole, dialogue poic-
tevin (1882), — Les amours de Colas, comédie loudunoise en beau
langage poitevin (1882), — Glossarium mediœ et infimœ latinitalis
de Du Gange (10 vol. in-4°, 1883 87), — Glossaire de la langue
romane de Roquefort (23 feuilles seulement). — etc.
Malgré ses insuffisances scientifiques, l'œuvre de M. Léopold Favre
méritait la notice que M. Berthelé lui a consacrée et les quelques
lig'nes que nous venons à notre tour de lui accorder. Au total, ce
n'est pas un mince mérite d'avoir publié La Curne de Sainte-Palaye
et d'avoir donné de Du C.\nge une édition nouvelle, qui sans faire
oublier celle de Didot, la remplace avantageusement. M. Favre a
BIBLIOGRAPHIE 115
augmenté d'une façon assez notable, le travail de Henschel, et quoi-
qu'il n'ait pas osé entreprendre en la circonstance la grosse tâche que
les progrès de Térudition contemporaine semblaient presque lui im-
poser, il n'en a pas moins réussi à conduire à bonne fin une entreprise
devant laquelle plus d'un autre avait reculé. Il a rendu notre grande
encyclopédie du moyen âge accessible à beaucoup, auxquels il eût été
impossible de se procurer les exemplaires, devenus rares, de l'édi-
tion Didot.
Pour être d'une valeur inférieure, les autres publications patoises
de M. Favre restent dignes d'estime, et elles garderont une place
honorable, parmi ces « travaux d'amateurs », dont il convient évidem-
ment de ne pas surfaire l'importance, mais dont les auteurs ne doivent
pas être pour cela dédaignés et découragé?, car, en fin de compte, la
science y trouve son profit, et, plus que toute autre peut-être, la phi-
lologie romane a besoin des hommes de bonne volonté.
A. V.
Bibliographie poitevine. M. Gabriel Lévrier,par Alphonse Farault.—
Dans la Reviie poitevine et des confins de la Touraine et de l'Anjou,
tome XIII, n° du 15 novembre 18%, pp. 341 à 343.
M. Gabriel Lévrier, mort à Gelles-sur-Belle (Deux-Sèvres), le 9
mars 1896, était l'auteur 1° d'un Dictionnaire étymologique du patois
poitevin (Niort, 1867), publié d'abord sous ce titre : Picles et Poite-
vins, histoire etphilologie (Niort, 1866)% 2° de Poésies patoises en
langue des environs de Celles {Deux-Sèvres), parues de 1861 à
1863, dans le journal le Mellois, sous la signature un Pinzan et
réunies en un fascicule, en 1892, par M. A. Favraud^, qui les a fait
précéder d'une « introduction contenant la grammaire de ce dialecte. »
1 Cf. la critique qu'en a faite M. Louis Duval (alors bibliothécaire-ar-
chiviste de la ville de Niort, aujourd'hui archiviste du département de
rOrne), sous ce titre : Études critiques sur le patois poitevin (Niort, 1867,
in-S" de 12 pp.)
^ « Elles ont été réunies, composées et imprimées par M. A.Favraud,
inspecteur primaire en retraite, sur les presses de M. Th. Voleau, im-
primeur à Angouléme; les exemplaires ont aussi été brochés par M.
A. Favraud qui, seul, a mis la main à cette publication. »
116 BlBr,IOGRAPHIE
Poésies de Jean Babu, curé de Soudan, sur la ruine des Temples pro-
testants de Ghampdeniers, d'Esoudun et de la Mothe-Saint-Héraye
(1663-1682), publiées avec notices, commentaires et pièces justifica-
tives, par Alfred Richard, archiviste de la Vienne. — Poitiers, P.
Blanchier, 1892, in-12 de 152 pages.
Les Deloiremont cVin oncien des huguenots de Chondené après
la rouine do prêche ont été souvent, mais à tort, attribués à l'apothi-
caire Jean Drouhet. — M. Alfred Richard a retrouvé, dans un
recueil mss. de la Bibliothèque de Poitiers, \e Dialoge su la destruc-
tion do temple de la Mothe-Saint-Eéraie, et dans un exemplaire de
la Gente Poétevin'rie, possédé par le bibliophile châtelleraudais M.
Arthur Labbé, la Doléonce d'un Huguenot su le pidou estât de lou
temple (récit de la destruction du temple d'Exoudun). — Il reste
encore deux pièces de Babu à retrouver : le Récit de la destruction
du temple de Saint-Maixent en 1665 et la traduction en vsrs patois
des Bucoliques de Virgile.
Cf. le compte rendu de M. Alphonse Farault, dans la Revue poite-
vine et des confins de la Touraine et de V Anjou ^ 13'
du 15 novembre 1896, pp. 344-345.
Archives de la ville de Montpellier, inventaires et documents. —
Tome I^"', premier fascicule. — Notice sur les anciens inventaires des
Archives municipales de Montpellier, par Ferdinand Castets, maire de
Montpellier, doyen de la Faculté des Lettres, et Jos. Berthelé, chargé
de la haute direction des Archives de Montpellier, — Montpellier,
imp. Serre et Roumégous, in-4o de 143 pp., avec seize autotypies
dans le texte ou hors texte.
Le premier chapitre de cette notice — les Inventaires antérieurs
à 1662 (pp. 3 à 30) — est celui qui se rapporte le plus à nos études.
Nous y signalerons : 1» les cinq fac-similés reproduisant in-extenso
(pp. 5, 8, 9, 13 et 16) l'inventaire en langue romane des Archives de
la Commune Clôture, de 1264, dont le texte a été publié par Achille
Montel dans la Revue des Langues romanes (t. ii, pp. 97 â 99) ;
— 2" la publication in-extenso (pp. 6 à 19), accompagnée de la re-
production en fac-similé (|). 19) de la page initiale du mss , de
l'inventaire également en langue romane, jusqu'ici inédit, des Ar-
chives du Consulat, fin du XII1« siècle; — 3" la reproduction en
fac-similé (p. 21) d'une page d'un autre inventaire, aussi en langue
romane, des Archives du Consulat (première moitié du XIV« siècle],
publié in-extenso en 1873, par Achille Montel, dans la Revue des
BIBLIOGRAPHIE 117
Langues romanes (t. m, pp. 9 à 67) ; — 4° la reconstitution (avec
fi<^, p. 29) de la disposition qu'ont affectée, du XV« au XYIII^ siècle,
deux des armoires du fond des Arciiives municipales de Montpellier
dit le « Grand Chartrier » ou les « Grandes Archives ».
Le second chapitre (pp. 31 à 66, avec portrait et fac-similé paléo-
graphique ; cf. pp. 115 à 122) est une notice bio-bibliographique très
étendue et rédigée en partie d'après des documents nouveaux (pro-
evenant des Archives de Montpellier, de Marseille, de Sisteron, etc.
sur l'historiographe-archiviste Pierre Louvet, personnage assez connu
dans l'histoire littéraire du XVI 1« siècle, auteur d'une trentaine de
volumes d'histoire provinciale ou générale, qui inventoria en 1662-63
le Grand Chartrier de Montpellier '.
Les six chapitres suivants ont pour objet : — 111. U Inventaire de
Joffre en 16G2-1663 (pp. 67 à 79) ; — IV. Joffre et les Cartulaires
municipaux (pp. 80 à 86) ; — V. L'Inventaire de Joffre et de Darles
en 1693 (pp. 87 à 94) ; — VI. Inventaires et récolenienls du XVIII^
siècle (pp. 95 à 102); — VII. Le reclassement du XIX^ siècle (pp.
103-104); — VIII. La Tour des Pins (pp. 105 à 114). Ce dernier
chapitre est une notice historique et archéologique sur l'ancienne
tour des fortifications de Montpellier, où sont actuellement installées
les Archives municipales.
Le fascicule se termine par 54 pièces justificatives (pp. 115 à 143)
dont 31 du XV1I« siècle, 21 du XVII 1* et 2 du XIX«, qui se réfèrent
aux chapitres II à VU et contiennent d'intéressants détails sur les
travaux d'inventaire de Pierre Louvet, de François Joffre, de Guil-
laume Darles, etc., et aussi sur les publications de Pierre Louvet
relatives au Languedoc, à la Guyenne et à la Provence.
En ce qui concerne le côté typographique de l'œuvre et les illus-
trations (fac-similés paléographiques, sigillographiques, etc.), on
peut et même on doit dire que la ville de Montpellier a « bien fait
les choses ». Il est peu d'inventaires d'archives qui se présentent
dans d'aussi belles conditions ^.
A. Y.
1 Cet Inventaire de Louvet doit former le tome I»"^ des Archives de
Montpellier.
2 Nos lecteurs nous sauront gré de reproduire ici quatre des fac-similé
mentionnés dans cet article, dont les clichés nous ont été gracieuse-
ment communiqués par l'administration municipale.
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y mêai^nJîc{Af4ntum. ^rc«i.u!jfir
m"^^ h<mi<$ dhaitiô.-: : ^WTR^'sir*
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Atttitittoir Auliutcnf îtmonmf qitc dtr
U fiu ttwj^on <iut^ ittrtal \oîuX nouîtl
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122 BIBLIOGRAPHIE
Gaspard Pult. — Le parler de Sent {Basse- Engadine).
Lausanne, F. Payot, 1897.
M. Piilt apporte avec ce livre une nouvelle contribution à l'étude
scientifique àa ladin ou rétoroman. C'est une des langues romanes les
mieux connues aujourdui, et il i a de ce fait trois raisons évidentes,
la première, c'est qu'elle a eu la chance d'avoir des interprètes comme
M. Ascoli et M. Gartner; la seconde, c'est qu'elle n'occupe qu'un
domaine géografique très restreint; la troisième, c'est qu'elle ne com-
prend que des patois. Mais on sait que, dans n'importe quelle région,
les deux patois les plus voisins diffèrent notablement l'un de l'autre,
et que la connaissance de l'un ne saurait en aucune façon dispenser
de celle de l'autre. Cette considération n'est d'ailleurs nullement né-
cessaire pour justifier l'existence du travail de M. Pult, qui présente
d'autres titres à notre attention : d'abord le parler de Sent est un des
patois les plus importants de la Basse-Engadine ; d'autre part, l'ou-
vrage de l'auteur est très bien fait et très approfondi.
M. Pult a réservé, comme il convenait, la principale place à la fo-
nétique, et n'a examiné la morfologie qu'en tant qu'elle diffère de
celle des patois déjà publiés. Il ne s'est pas contenté, comme on le
fait trop souvent, de donner pour chaque fonème la petite liste d'exem-
ples qui est partout ; il s'est efforcé, autant que possible, d'expliquer
tout le vocabulaire, citant à l'appui de ses lois ou de ses observations
de dix-huit cents à deux mille mots, tâchant de rendre compte des
particularités que présentent quelques-uns et i réussissant la plupart
du temps, cherchant à reconstituer l'évolution des fonèmes et arrivant
généralement à des résultats au moins probables. Il réunit à la fin de
sa fonétique les principaux vocables d'origine germanique que pos-
sède le parler de Sent et cherche à montrer par où et sous quelle
forme ils ont péuétré dans ce patois. Quoique l'objet de son
étude ne soit que la langue actuellement parlée et en particulier
celle des paysans, qui est la vraie, il a pris soin de consulter
les anciens manuscrits de la région pour i trouver comme une
fase antérieure du parler de Sent. Il en a tiré parfois de précieuses
indications, p. 28 et suiv. pour l'existence ancienne de ce son inter-
médiaire entre é et i qu'il est le premier à signaler en rétoroman,
p. 32 pour l'origine purement fonétique de iou dans miou, d'iou, etc.
Ces éloges mérités ne sauraient nous empêcher de critiquer l'auteur
sur certains points.
Au point de vue de la forme tout d'abord nous signalerons l'emploi
immodéré du signe = dans des sens variés : 1° « fèi-m (firmum^ =
fort », c'est-à-dire signifie « fort •>; 2° « diem = di », c'est-à-dire est
BIBI.TOGRAPHIE 123
devenu « di »; 3° adôss (addorsum) = italien : adosso », c'est-à-dire
est l'équivalent de ital. . ., égale ital. . .; c'est le seul cas où ce signe
soit justifié; 4° « son = somnum^^, c'est-à-dire provient de « somnum »;
5° « minhiln pila la sia = vers d'une chanson chantée pendant une
contredanse », c'est-à-dire ces quatre mots sont un vers. . .
Dans la fonétique, quelques défectuosités, quelques lacunes :
§ 5 « ai secondaire donne quelquefois è » ; on aimerait à savoir au
juste dans quels cas. Ce point valait la peine d'être élucidé, puisque
le tlpepladtu donne plèt (241) tandis que lacté donne latt (240), que
facere donne /«r (260), puisque —aria, — aria donne — èr, — èra (314)
tandis que^jZacei donne plaja^ (216), que ^jace donne pach (217), que
ratione donne rqjun (299), que 'rasea donne raja (306), etc.
§ 56 la forme trai>i de très n'est due à aucune analogie, puisque
ai est le produit normal de ë libre ; ce traitement représenté aussi
par le fr. trois, n'a rien de plus surprenant que celui qui suppose
l'ê entravé par l's, comme dans Damprichard t7'ô, par exemple.
§ 267 « Dans le groupe In, l tombe : halneum = Ion >>. La chute
de 17 dans ce mot ne rentre pas dans l'évolution du dialecte de Sent;
elle doit être reportée au latin vulgaire. Même observation pour la
chute de m final dans les polisillabes § 326.
§ 178 « hlotchir (glocire) = murmurer, glousser, étant la seule
forme en gl, ce groupe est devenu kl par analogie avec les autres
formes ''c'est-à-dire d'après Tdèr (claru), klaf (claue), etc.] ». Nous
ne comprenons pas ce que l'auteur a voulu dire, étant donné que l'on
trouve dans son dialecte glèra (glarea), glatch (glacie). La forme
*clocire ('clociare) paraît être sortie de glocire dès en latin vulgaire
dans la plupart des régions: it. chiocciare, roum. clocei, prov. clocir,
esp. cloquear, port, chocar, v.fr. closser. Les formes du fr. mod. glous-
ser, prov. glocir sont à peu près isolées. Il y a eu sans doute assi-
milation de la consonne initiale du mot à celle qui commence la
sillabe suivante, assimilation qui remonte forcément très haut puis-
qu'elle n'a pu se faire qu'à une époque où le c se prononçait encore
dur devant i. Les assimilations de ce genre se produisent dans les
mots où le sujet parlant croit sentir un redoublement ; *clocire est un
exemple à ajouter à ceux que nous avons signalés ailleurs {la dissi-
milation, p. 169): lat. hiho de pibô, barba de 'farba, coquo de 'quequô
de '^^egô. quinque de *penqe, v. irl. côic de *penqe, ital. berbena de
uerbena, bombero de 'vombero, v. ital. Ciciglia de Sicilia, fr. chercher
de v. fr. cerchier, etc. A Sent même on dit djandjiva de 'jendjiva ou
*yandjiva, brûmbla de *priLmbla, etc.
' Ne disposant pas de signes spéciaux, nous introduisons dans nos
transcriptions/ et ch avec la valeur qu'ils ont en français.
124 BIBLIOGRAPHIE
Nous regrettons aussi que l'auteur n'ait pas examiné comme ils
le méritaient les cas de dissimilation qu'offre son patois. Ce legret
ne nous est pas causé par les mots tels quo orma de anima, barm'ôr
de 'henemortu, domhrar de numerare, real de légale, kurté de cultellu,
burella de 'hullella pai- rinteiiuédiaiie de "hulella (dans ce dialecte
consonne géminée se simplifie av;int l'accent et reste double après),
Z/urZÏM diminutif du précédent; ces exemples ont en effet des équivalents
dans la idupart des langues romanes et sontmaintenant bien connus.
Mais le parler de Sent fournit au moins trois exemples de dissimi-
lation qui présentent un intérêt tout particulier: trahla « conte » pa-
rabola; le h fait perdre au p l'articulation labiale ; il est alors rem-
placé par l'occlusive sourde non labiale dont le point d'ai-ticulatiou
est le plus voisin de celui des labiales, à savoir la dentale t ; — ta-
vélar « parler » 'fabellare fénomèue analogue ; le u a fait perdre à
Vf k la fois l'articulation labiale et la continuité, d'où l'occlusive
sourde dentale t; — Icuchtapp « lettre» buchstabe ; kuchtapp sort
évidemment de 'puchtapp (Cf. Champell, 22, pustapps). C'est toujours
un exemple du même genre, mais plus curieux encore à cause du k:
le p implosif a fait perdre au p initial l'articulation labiale ; pour-
quoi n'a-t-il pas été remplacé par l'occlusive souide dont le point
d'articulation était le plus voisin des lèvres, à savoir la dentale?
parce que Vu a attiré devant lui une occlusive d'articulation vé-
laire.
Le livre de M. Pult est une Dissertation présentée à la Faculté
des lettres de l'Université de Lausanne pour obteniile doctorat. C'est
donc apparemment un début, mais un début qui annonce un nouveau
romaniste, bien préparé, bien informé, connaissant en un mot son
métier, et plein de promesses pour l'avenir.
Maurice Grammont.
JoHAX MoRTENSEN, Profandramat i Frankrike, Lund, librairie univer-
sitaire Hjalmar Mœller, 1897, in-S» de X-228 p.
Si j'ai jamais regretté de ne pas savoir un peu plus de suédois, c'est,
à coup sûr, en parcourant le livre dont je viens de transcrire le titre;
j'en ai du moins compris assez pour en apercevoir l'originalité et je
ne résiste point au désir de le signaler aux lecteurs de la Revue.
L'auteur part de cette idée qu'il y a entre le drame profane du
moyen âge et les drames irréguliers du XVI« siècle ( « drames
mixtes », conmie il les appelle) un rapport très sensible: or — ceci
n'est nié par personne — les drames irréguliers du XYI^ siècle ont,
PÉRIODIQUES 1?5
s leiii- toiii-, exercé une notable influence sur la fornaation de la tragédie
clnssique. La tentative de M. M., eu tout cas curieuse et oriiiinale,
consiste donc en somme à essayer de rejoindre le drame profane du
moyen âge et la tragédie classique, deux genres entre lesquels on
s'était plu jusqu'à présent à creuser un abîme '.
Cette idée, qui suffit du reste, par un total changement de point de
vue, à rajeunir 1 "étude d'un grand nombre de questions, m'a paru être
ce qu'il y a de plus nouveau dans le livre de M. M. 2. On n'y trou-
vera point, sur la question capitale des sources du théâtre au inoyen
âge, de i-echerches originales; mais j'ai cru comprendre que M. M.
n'avait renoncé à cette étude que faute do suffisants moyens d'infoi-
mation et qu'il compte bien l'entreprendre en vue d'une réédition am-
})lifiée de son travail. Souhaitons que celle-ci soit écrite en français,
ou au moins en allemand, car il est vraiment dommage que des recher-
ches aussi originales et nouvelles soient perdues pour le plus grand
nombre de cenx qu'elles intéressent.
A. JEA>ROy.
PERIODIQUES
RoMANiA. XXVI, 3. — p. 353. G. Paris. Le Roman de Richard
Cicar de Lion. Le poème anglais de Richard Cuerdeli/oun, dont on a
sept manuscrits presque tous très incomplets, et trois éditions, dont
deu-x. du XVI'5 siècle et la troisième donnée par Weber à Edimbourg
en 1810, déiive d'un original anglo normand librement utilisé. Il se-
rait à désirer, dit M. G. P., qu'on en publiât une édition critique où
l'on distinguerait soigneusement ce qui est authentique de ce qui a
été ajouté par un ou plus d'un remanieur, où l'on s'efforcerait de dis-
cerner ce qui appartient à l'original anglo-normand malheureusement
perdu et où l'on ferait la part qui levient respectivement dans ce cu-
* M. Rigal, ce profond connaisseur de notre histoire dramatique, si-
gnale bien (Hhtoive de la langue et de la littérature française, IH, p.
276) quelques « essais de conciliation entre le mystère et la tragédie » ;
mais il ne lui paraît pas que ces essais aient abouti, et il maintient entre
les deux genres l'opposition traditionnelle.
2 II faut y ajouter pourtant ce qui est dit des mystères profanes mi-
més, considérés comme précurseurs des drames écrits, et les recherches
sur les circonstances où les drames profanes étaient représentés.
126 PERIODIQUES
rieux poème aux souvenirs historiques, à la fiction romanesque, aux
lieux communs épiques et à la tendance patriotique anglaise dont il est
animé. » — P. 394. A. Piaget. Le livre Messire Geoffroi de Charnj/.
Poème d'un peu plus de 1800 vers, dont M. A. P. imprime les passa-
ges les plus intéressants d'après le manuscrit de Bruxelles, n» 11,124.
Ce poème sur la vie et les devoirs des chevaliers est médiocrement
écrit, maisK il est précieux en ce qu'il met sous nos yeux, incomplète-
ment et maladroitement peut-être, l'état d'âme d'un chevalier duXlV"
siècle. Cet état d'âme n'était nullement folâtre. » Le porte-ori-
flamme de France (Charny), qui était très pieux, grave et morose,
a-t-il assombri le tableau? L'auteur de l'article aime à le croire, car
il ne voit dans la vie du chevalier que les peines et les tribulations,
aussi bien dans les tournois qu'à la guerre et dans les expéditions
lointaines. — P. 412. A. Thomas. Etymologies françaises et provença-
les : pr. mod. afous; fr. arcanson, anc. fr. aufage\ pr. arescla, ares-
cle ; pr. bacel, baclar; fr. biais ; fr. bouillie; pr. bolia; fr. caiToi =
qiiadruvium, non quadrivium, ce qui oblige à corriger carrées de notre
édition An Roman de Tkèbes, v. 775, en carrais, que donne d'ailleurs le
ms. de Spalding (unique pour ce vers) (je remercie mon savant col-
lègue pour cette excellente correction); anc. fr. cit, pr. ciu; fr. dail-
lof ; pr. daurezi ; fr. douve; fr. éclaircir, pr. esclarzir ; fr. enferger;
anc. fr. enrièvre ; fr. essaugue ; fr. esseret ; îv.flaquière ; fr. gourgouran;
(v. gratle-boesse ; fv.jamble; anc. fr. laier; fr. lavignon; fr. manivelle
fr. ostade; anc. fr. imneclûer ; fr. pamuquet; fr. parpaing; fr. paufor-
ceaw ; pat. avranchin pafe</Ze ; \)\'.perna; pr. pernar; fr. perpigner;
fr. pie, « parcelle d'assolement » {àe peazo. prov. anc. et mod il con-
vient de rapprocher le rouergat opesosous, « fondations = * ad[ieda-
tiones) ; iv. pleure, pr. pledura; anc. fr. p)oisiron; h. polière ; fr re-
gon, pr. rao (n); fr. travouil, <• dévidoire » ; fr. usine ; fr. vilebrequin.
— P. 453. Paget Toynbee. Dante's seven exemples of munificence in
the Convivio (IV, II). Identification des six personnages que Dante
compare à Alexandre pour la libéralité.
Comptes rendus. — P. 461. Schwan, Grammaûh des Altfranzœ-
sischen, 3« éd. re;naniéepar le D"" D. Behrens (M. Roques). — P. 462. F.
Hanssen, Sej^t Études sur les dialectes espagnols parues dans les Anales
de la Universitad (R. Porebowicz). — P. 46.5. H. Ehrismann, Le ser-
mon des plaies (G. Paris). — P. 468 P. J. Mather, King Ponthus and
thefair Sidone (G. Paris). — P. 470. L. de Santi et Aug. 'V^idal, Deux
livres de raison (P. Meyer : le second de ces textes, difficile à lire, ne
pourra être utilisé qu'avec de grandes précautions, tant à cause des
mauvaises lectures qu'à cause de la confusion qu'amène l'emploi des
parenthèses, à la fois pour introduire des mots ou des lettres que les
PERIODIQUES 12 7
éditeurs croient devoir suppléer et pour résoudre les abréviations du
manuscrit).
PÉRIODIQUES. — P. 473. Revue des langues romanes, 4" séi'ie, t. IX,
5-12; X, 1-5 (P. Meyer). — P. 476. Revue hispanique, 4« année, n°
11 (juillet 1897) (A. Morel-Fatio). — P. 477. Chronique. — P. 478.
Livres annoncés sommairement.
RoMAMA, XXVI, 4. — P. 481. F. Lot. Note sur le Moniage Guil-
laume. — I. Tombe Issoire ou tombe Isoré? La légende du géant
Isoré, tué par Guillame d'Orange devant Paris, est d'origine pari-
sienne et a sa source dans l'existence, sur la route d'Orléans, dans
l'antique Fief des Tombes, d'une tombe de 20 pieds de long, nommée
an XIV« siècle, Tombe-Issoire fune rue près de l'Observatoire
porte encore ce nom), où furent déposés, en 1786, les ossements pro-
venant du cimetière des Innocents, et aussi dans les souvenirs qu'avait
laissé le siège de Paris par les Saxons en 978 —P. 495. G. Huet. Sur
la rédaction néerlandaise de Maugis d'Aigremont, suivi de fragments
inédits. M. H. croit que le poème néerlandais, dont il publie de
nouveaux fragments, àjoindie à ceux qu'avait déjà publiés M. N. de
Pauw, dérive non du Jfaugis publié par M.Castets, mais d'un poème
français perdu. — P. 517. A. Jeauroy. Les chanxons de Philippe de
Beaumanoir. Onze pièces, extraites du ms. n° 24406 de la l-sibliothè-
que nationale, dont une, la dixième, semble être de Perin d'Aiigecort
ou de Pierre de la Chapelle. — P. 507. Paget Toynbee. Danfe's obli-
gations ta iJie Mîignae derivationes of Uguccione da Pisa. — P. 555.
C. N'igra..' Note etimologiche e lessicali: it. biondo, ù. blond, pr.
blov[d], ■ it. baleno ; iv. borgne, pr. ôrlio, Wm. bôrli; iv. borne; fr.
ornière, vall. roubîre ; piém. riibutt, can. riibata, rubatar, etc.; fr.
dial. tupi7i, topin, piém. tiipin ; fr pv. amadou; p'iém. saïubur, anc.
fr. seiir (des vues ingénieuses, mais l'auteur nous semble abuser un
peu de la métathèse).
MÉLANGES. — P. 564. F. Lot. Le Charroi de Ni)ne.<^. M. Lot, qui a
renoncé à donner une nouvelle édition complète de ce poème, com-
munique quelques réflexions sur son origine et sa composition. —
P. 569. F. Lot. Bègues. Etude sur les divers personnages historiques
de ce nom.
Comptes rendus. — P. 573. F. W. Bourdillon. Tote l'istoire de
France (chronique saintongeoise) (G. Paris: éloges). — P. 574. A.
v;Hn Borkiim : De middennederlandshe bewerlcing van den Parthono-
peus-Roman (G. Paris : éloges). — P. 575. P. Arfert, Das Motiv der
unterschobenen Braut in der internationalen Erzœhlungs-litteratur
(dissert, de Rostock) (G. Paris). — P. 576. Pio Rajna. Il tratlato
128 PERIODIQUES
de vulgaris eloquentia di Dante Alighieri {P. Toynbee).— P. 578. G.
Mazzatiiili, La Blblioteca deï rc d'Aragona in Napoli (P. Meyei).
PÉRIODIQUES. — P. 5^0. Zeitschrift fur romanische Philologie,
XXI, 2-3 (G. Paris et P. Moyer). — P. 586. Literatarhlutt fur ger-
mamsche tend romanische Philologie, XIII, 1892, juillet à XVIII,
1897, juin (E. M.). — P. 599. Giornale storico délia letteratura ita-
liana, XXIV-XXVI (n»" 70-78). (P. MeycM-). — P. Cm. Chronique. —
P. 011. Livres annoncés sommairement.
RoMxMA, XXVII, 1 (janvier 189^). — P. 1. F. Lot. Gormond et
Jsemhard. Etude pénétrante sur l'épopée dont e célèbre fragment de
Bruxelles représente un remaniement du XP siècle. En voici les
conclusions : 1° L'épopée de Gormond et Isemhard a bien pour fon-
dement hîstoiique labataille de Saucourt de 881, et le roi Louis doit
être cherché dans Louis 111, do préférence â Louis IV; — 2° Gormond
représente la fusion de deux personnages historiques, les vikings
Vurm et Guthorm; — 3" Isemhard ue i)eut être identifié, bien qu'il
ait eu sans doute une existence réelle : ce doit être un obscur sei-
gneur du Pontieu de la fin du IX'= siècle, qui, à l'exemple de beau-
coup d'autres, apostasia et se joignit aux Normands ; — 4<» il vaut
mieux se résigner à ne pas identifier <( Huelin »; — 5° notre poème
a été composé en Pontieu entre 1060 et 1070. — P. 55. A. Piaget.
Le Chapel des fleurs de lys par Philippe de Vitiy. Première édition
d'un poème inédit, composé à l'occasion du projet de croisade de
Philippe de Valois, dont l'auteur développe, sous pi-étexte de con-
seils au roi et aux chrétiens croisés, une allégorie où le chapel (la
couronne) est formée de trois fleurs de lys représentant Science, Foi
et Chevalerie, qui ont rendu la France honorée et forte. M. P. attri-
bue avec vraisemblance à Philippe de Vitry lui-même, et non à un
copiste, l'insertion dans le poème d'une traduction parfois abrégée
des Regulœ bellorum générales de Végèce. — P. 93. P. Meyer. La
traduction provençale de la Légende dorée. Cette traduction, qui pa-
raît remonter à la première moitié du XIV^ siècle, se présente en
trois états : 1° une traduction assez exacte du texte latin de Jacques
de Varazze, représentée par un ms. complet, Bibl. nat. fr. 9759, par
un fragment découvert récemment par M. P. Meyer à Forcalquier et
par divers mss. catalans exactement transcrits du provençal; 2° une
traduction plus hbre, probablement dérivée de la première, repré-
sentée par le ms. Bibl. nat. fr. 6504, et qui se distingue, d'ailleurs,
par des omissions et des changements dans l'ordre des légendes
}.ar rapport au latin; 3*^ un recueil de légendes généralement tirées
de la rédaction précédente et présentant un ordre particulier, qui se
PERIODIQUES 129
trouve dans le ms. Bibl. nat. fr. 24945. Dans ce ms. l'écriture en
lettres de forme se substitue au verso du f° 104 à l'écriture cursive,
et M. P. M. constate, sans s'expliquer la cause de cette bizai'rerie,
que le nouveau copiste, après avoir achevé la transcription du long
morceau spécial à ce ms., la Passion ou Evangile de Nicodème, re-
prend (f° 126f/j les dernières lignes de la vie de saint Loup, qui figu-
rent déjà immédiatement avant la Passion, f" 926. Le savant auteur
de l'article voudra-t-il nous permettre de suggérer ici une solution
du problème? Il faut, croyons-nous, admettre que le copiste, après
avoir transcrit un manuscrit incomplet qui se terminait avec la Pas-
sion (ou privé à un moment donné de son premier manuscrit), a eu en-
suite recours à un nouveau ms., qu'il a copié en commençant étour-
diment au haut de la page où il avait constaté que se trouvait la
suite des vies ; ou bien, ce qui revient au même, qu'il transcrivait un
ms. formé en reliant ensemble deux parties de manuscrits différents.
On s'expliquerait ainsi la présence au f" 141 d'une vie de saint
Amand un peu différente de celle du f° 27, et au f" 1506 d'une vie de
saint Vital où n'est point substitué par erreur le nom de saint Judas,
comme dans la même vie qu'on rencontre au f" 43i du ms. — P. 138.
Fr. Novati. Poésie musicali francesi de' secoli XIV e XV traite du
mss. italiani. Dans la pièce provençale donnée à la p. 143, au v. 7,
per els, qui fait le vers trop long, doit être corrigé en pels: peut-être
M. Novati, qui donne une édition diplomatique, a-t-il par inadvertance
résolu un sigle indûment attribué au ^ par le scribe.
MÉLANGES. — P. 145. Ad. Mussafia. Enclisi o prodisi del pronome
personale atono quai oggetto. — P. 146. E. Walberg. Est: mefsjt.
M. W. constate que cette rime du Bestiaire de Philippe de Thaun
(v. 427-8), doublement étonnante (et par l'amuissement de Vs devant t
et par la rime de e fermé avec e ouvert) ne se trouve pas dans le ms.
de Londres, mal lu par l'éditeur. Th. Wright. Le ms. porte, non pas
se mest, mais sen est, que M. W. lit s'en est. en se demandant toute-
fois si l'on peut admettre le présents'e?» est, au sens de «s'en va»,
comme on a le passé défini s'en fut. Nour croyons que est = exit.
Cf. l'édition critique du Roman de Thèhes, v. 1217, où nous persis-
tons à lire remest (= reraansit) : est (= exit), bien que cette forme est
ait été vivement contestée. — P. 148. .\ Jeanroy. Une imitation
d'Albert de Sisteron par Mahieu le Juif.
Comptes rendus. — P. Ibl.MiscellaneanuzialeRossi-Teiss. Recueil
de 27 mémoires, dont un de l'excellent secrétaire de la Revue, M.
Léon-G. Pélissier (G. Paris: éloges). — P. 155. Th. Maxeiner,
Beitrœge zur Geschichte der franzœsischen Wœrter im Mittelhochdeuts-
chen (F. Piquet: éloges avec quelques réserves).
130 CHRONIQUE
PÉKioDiQUES. — P. IQO. Zeitschrift fur romanïsche Philologie,
XXI, 4; XVII, l (G. Paris). — Giornale Dantesco, aimo IV (I délia
Nuova Série) (Paget Toynbee). — P. 168. Chronique. — P. 172.
Livres annoncés sommairement.
Léopold CONSTANS.
CHRONIQUE
Nous extrayons du dernier compte rendu des séances de VAcailé-
mie des Inscriptions et Belles-Lettres le passage suivant:
Un livre de commerce au XlVe siècle. — M. Paul Meyer annonce
qu'il a trouvé dans la reliure d'un vieux registre, appartenant aux ar-
chives de Forcalquier, un fragment composé de dix feuillets doubles
en papier, reste d'un livre commercial tenu par un certain Ugo Te-
ralhe, marchand de drap et notaire à Forcalquier.
Toutes les opérations inscrites en ordre chronologique dans ce docu-
ment sont datées de 1330 à 1332.
On ne possédait aucun registre commercial de cette date.
Les comptes des frèies Bonis, marchands établis à Montauban, et
qui ont été publiés ces temps derniers, sont postérieurs de quelques
années.
Toutes les mentions de ce document sont rédigées en provençal ;
seuls, quelques petits articles sont en latin ou en hébreu.
A remarquer encore que deux personnes, que l'on peut distinguer
grâce à la différence de l'écriture, ont concouru à la rédaction de ce
livre.
Les étoffes vendues sont désignées par leur couleur et par leur pro-
venance: blanquets de Béziers ou de Limoux, bleus de Béziers, de
Carcassonne, chausses de Carcassonne, de Lodève ou de Toulouse,
vert clar de Carcassonne, cadis, (sorte de bure qui estencoi'e fabriquée
dans certaines provinces), etc.
11 esta regretter que ce document si précieux pour l'étude de l'in-
dustrie du drap dans nos provinces du Midi, ne nous soit pas parvenu
eu son entier.
Rivières (i.e baron de). — Quatre inventaires d'églises de Castres
(1517, 1621) et d'Albi (1S79, 1590). [Extrait des Mémoires de la
Société archéologique du Midi de la France.
Le premier de ces inventaires (1516 ou 1517), qui concerne l'église
CHRONIQUE 131
de Noti'e-Dame-de-la-Platé, à Castres, est écrit, en majeure partie,
en languedocien. Il contient des formes et des mots intéressants. Les
tiois autres sont dans unfrançais où abondent le* termes provençaux
habillés à la française '.
A signaler aux folkloristes :
PuiCHAUD (C). — Histoires et légendes inédites du Poitou. Con-
férence faite à la Société d'Ethnographie, le 27 mai 1896, à Niort. —
Nioi-t, imprimeiie niortaise, 1896, in-S», de 24 pages.
Les Farfadets, — les trésors, — les feux follets, — la chasse
Gallery, — Ceux qui vendent leur âme au diable, — la possession
chez les animaux, — le timbre aux chats, — le cheval Mallet, —
le Gaiou, — l'âme en peine.
Par arrêté ministériel du 25 mars, la Faculté des lettres de l'Uni-
versité de Toulouse est autorisée à délivrer, pendant les sessions de
juillet et de novembre 1898, le certificat d'aptitude à la licence avec
mention « langues vivantes » pour l'italien.
Voici la liste des auteurs qui serviront do textes d'explication :
Dantk. — Inferno, ch. I et XXVII.
PÉTRARQUE. — Canzoui, II, iSpirto (jenlil) ; IV [Italia mea) ;
Tiîoii/o délia morte.
Parim. — // Giorno, édit. G. Mazzoni.
Carducci. — Odi harhare, liv. 1 (édit. Zauichelli elzévirienne).
Vasari. — Le vite dei p'iii excellenti. j^'ittorï, scultori e (uch'itetti,
édit. (clasfsique) Milanesi.
Leopardi. — Prose scelte, édit. Fornaciari.
Manzom. — / Promessi Sposi, ch. I-VII.
C'est M. le piofesseur .leauroy qui est chargé de ce nouvel ensei-
gnement.
Le Bulletin archéologique de la Corrèze publie une centaine de
Noëls limousins appartenant à différentes époques. Ces textes intéies-
sants ont été recueillis par les soins de l'éminent président de la So-
ciété historique et archéologique de la Corrèze,M. Rupin, bien connu
des érudiis par son travail sur les Emadleurs Limousins et sur l'ab-
baye de Moissac.
1 P. '.Ho. L'un des auteurs A-OLDidiommiregénéralde la langue française
n'e-t jias Darmesfer, mais bien Darmestetcr.
132 CHRONIQUE
Le même Bidlelin publiera incessamment un texte limousin impor-
tant qui paraît être du XIII" siècle. Ce texte paraîtra par les soins de
MM. Clément-Simon et de Nussae; le manuscrit appartient à ce der-
nier.
On annonce l'apparition d'un nouveau journal languedocien: La
ciiitat de Beziès.
Un des derniers cahiers an Journal des Savants contient un impor-
tant et élogieux compte-rendu de M. G. Paris de la thèse de notre
collaborateur M. Grammont : De la dissimilulion consonantiqtte
dans les langues indo-européennes et romanes.
En annonçant dans un de nos derniers numéros la nomination de
M. A. Restorià l'Université de Messine, nous avons oublié d'ajouter
qu'il était nommé professeur de langues et littératures romanes.
L'édition de Monlanhagol, préparée par MM. A. Thomas et J. Cou-
let, vient de paraître. Nous en publierons ultérieurement un compte
rendu critique.
Le Gérant responsable : V. Hamemn,
FRAGMENTS DE THÉÂTRE ESPAGNOL
I
UNE LISTE DE COMÉDIES DE l'aN 1666
Le vieux drame espagnol était un divertissement si popu-
laire, le contenu des vieilles comédies si universellement connu
et leurs titres d'ailleurs si curieux et expressifs, qu'il ne faut
pas trop s'étonner que de ces titres mêmes on tiiât l'argu-
ment de loas, bayles et autres petites pièces semblables, et
que le public les goûtât et les applaudît. C'est Lope de Vega,
je pense, qui en a donné l'exemple dans sa Loa sucramental de
los Titulos de Comedias *. Il aurait eu, dit-on, un illustre
imitateur dans le roi Philippe IV; les traducteurs de Tickiior
(cf. vol. II, p. 574 de la trad. fr.) écrivent: « Dans la biblio-
thèque provinciale de Cadix, nous dit notre ami D. Adolfo de
Castro, se conserve une composition poétique de ce monar-
que, entièrement écrite avec des titres de comédies. » Vin-
cent Suarf^z de Deza, cé\è]3Te entremesistn et fiscal de comedias
à la cour du même roi, a usé de cet artifice dans sa comedia
famosa moitié burlesque, moitié sérieuse [entre hurlas y veras)
de : Atnor, Ingénia y Mujer en la discreta venganza; et il y est
revenu dans une mojiganga f>vite pour le tht'^âtre royal du
Buen retiro des : Personajes de titulos de comedias ^. Enfin
M. Aurélien Fernandez Guerra nous a signalé quatre bai/ies
1 Voyez : Ob)-as de Lope... po?' la Real Acacl. vol. III, p. 587, et la
noie préliminaire de M. Menéndez à p. XIX.
2 Elles sont publiées dans les DoJiayres de Tersicore. Madrid, 1663.
Un romance de titulos de comedias a été signalé par Gallardo {Ensayo,
IV. 587) entre les poésies de Bartolomé Serrano, encore inédites. Il
Commence :
Porquc sepns las tragedias
de tu (jalan., bella ingrata
se retrata y te retrata
con titulos de comedias ;
mais malheureusement Gallordo n'en donne que ces 4 vers ; Serrano
arrivait en 1670.
TOME I DE LA CINQUIEME SERIE. — Avril-Mai-Juin 1898. 9
134 FRAGMENTS DE THEATRE ESPAGNOL
de la même espèce K Ils sont encore inédits, et on n'en con-
naît que les titres ; les voici :
Anonyme: Itelralo en litulos de comedias (1" vers En la carcel
del silendo)
Anokyme : tilulosde tomedias (1" vers : Cou tilulos conocidos De
muckns comedias vicjas).
id. iiudcsde comedias (P'' vers: Ah seiiov doctor Carlino!)
Olmedo: titulos de comedias (l^' vers: Cunilulos de comedias).
L'auteur de ce dernier ouvrage est Alonso de Olniedo, soit
le fils, qui mourut en lG^i2, soit son contemporain (et parent?)
Hipôlito de Olmedo, lui aussi comédien et auteur de petites
pièces tliéâtrales. Sur Alonso, cf. Barrera, Calàlogo, p. 287;
de Hipôlito, dont Barrera ne dit mot, je ne sais pi-esquerien:
à ce qu'il paraît, son vrai nom de famille était Zorrilla ; il fut
chef de compagnie et joua à une date inconnue à Pampelune,
et en lG7ô à Valence ; en 1698 il était dans la troupe de
Carlos Vallejo à Madrid ; il eut un fils, Esteban, lui aussi ac-
teur, qui mourut en 1703.
Du théâtre burlesque à la satire politique, il n'y a qu'un pas,
la liste qui suit est une satiie de ce genre. Elle se rapporte aux
tristes temps qui suivirent la mort de Philippe IV ^septembre
1665), loi'S(iue la reine iMdrie-Antie d'Autriche, régente pour
son enfant Charles II, faible et irrésolue, se trouva en butte aux
médisances, aux intrigues, aux ambitions féroces de son con-
fesseur, le fameux père Nithard, du second D. Juan de Aus-
tria (Calderon), du capitaine général le Marquis de Caracena,
enftu (le tous les grau Is de sa cour envieux et cupides. Les
parai)hlots, les pasqiiinades anonymes inoridaient Madrid, et
le manuscrit dont j'extrais cette liste ^ en conserve de très
humoristiques. Ces passages renferment quelques noms qu'on
retrouvera dans la liste; ils se rapportent à la fin de 1665:
[Fol. 42. verso] : Enel Consejo de Estado
quaJqaicui desvanecïdo
que prétende ser vulido
* Dans l'index pub. par Barrera; Catâlogo del teatro antiguo espa-
nol, Madrid, 1860, p. 603-654.
2 C'est le ms. sessoriujio 451 (ancien 2055) de la Bibl. Nationale de
Rome.
FRAGMENTS DE THEATRE ESPAGNOL 135
mereze quedar privado,
mas aunque el odio a ociipado
el lugar que cl Ctelo tuvo
y todo estàpeor que estuvo
por el discorde congreso,
que se le dà el Rey de eso ?
Si es Penaranda un hribon,
si es Alva un choca>'ero,
si Mort ara es un pandcro,
si ifedina es un poltron,
si Belada es un gloton
y el inqmsidor un mulo,
si Carazena es un chulo
y si es Borja un contrapeso,
que se le dà el Rey de eso f
[Fol. 107 ] : Los siete pecados mortales del Coxsejo dk Estado :
Soberbia. El duque de Monlalto
Avaricia. El conde de Ayahi
Gula. El Curdenal Colona
Ira. Don Luis Ponce de Léon
Luxuria. El Marq^ de Lafuente
Imbidia. El padre Confessor
Pereza. El duque de Aburquerque,
Contra ESTOS Siete viciosay siete virtudes delConsejo de Estado:
Contra Soberbia.. El s"" D. Juan de Ausiria
Contra Avaricia. Elmarq'^ de Caracena
Contra Gula. El marq^ de Velada
Contra Ira El marq^ de Castel Rodrigo
Contra Luxuria. El duque de Alva
Contra Imbidia. El conde de Castrillo
Contra Pereza. El duque de Médina de las Torres.
On comprend tout de suite que cette opposition est tout
à fait ironique : Velada est un fjlouton, Alva un coui^eur dont
la devise est le titre de la comédie d'Avellaneda : Quantas veo
tardas quiero : et il j a, au fol. 108, une violente pasqainade
de Tannée 1666 sur le capitaine général Caracena et sur son
ignoble avarice qui le poussait jusqu'à rogner leur solde aux
pauvres soldats, justifiant ainsi le choix de la comédie de
Moreto qu'on lui attribue : « La ocasion hace ul ladron, »
136 FRAGMENTS HE THEATRE ESPAGNOL
Nous ne pouvons pas toujours pénétrer le sens caché
de ces allusions malicieuses. Il j en a d'évidentes : ainsi le
confesseur de la Reine, que Ton accusait d'obtenir quelque
chose de plus que la direction de l'âme de son auguste péni-
tente, arrache tout naturellement l'exclamation : Lo que son
mujeres. Tout le monde comprend parfaitement pourquoi l'on
dit du duc de Lerma : quien todo lo quiere ; de l'avare comte de
Ayaia :e/ Lazarillo deTormes ; du Consejo de Hacienda : Cada
unopara si ; des secrets de Polichinelle de l'état-major, c'est-
à-dire du « Consejo de guerra » : FI secreto a vores! ; des
grands seigneurs toujours rivaux et envieux : No hay amigo
para amigo; et enfin du bon peuple d'Espagne qui a si
héroïquement aimé et défendu sa monarchie, bien qu'elle le
ruinât et l'abrutît : Sufrir mus par querer mas ! Çà et là on
pourrait hasarder quelque conjecture. Au duc de Médina qui
était un poltron, on oppose les folles entreprises du licen-
ciado Vidriera; ViUanueva del Rio, était peut-être d'une con-
duite assez licencieuse pour qu'on piit lui reprocher el fuero
de las cien doncellas. Mais en continuant on risquerait de
calomnier des morts ; ces allusions malignes, ces quolibets
qui courent la ville et ne respectent ni la dignité de la fonc-
tion publique, ni la vie privée, ni l'intérieur des familles, ne
peuvent être relevés et éclaircis que par des savants de
Madrid, qui connaissent profondément l'histoire anecdodque
et la chi'onique scandaleuse de leur ville natale.
D'ailleurs, c'est pour l'histoire du théâtr-e que je publie
ceci. Ces compositions de titulos de comedtas, quand elles ont
comme celle-ci, une date bien établie, ont un double intérêt:
pour la chronologie, en n<ms donnant un point de repère, un
terminus ad quem, pour les comédies qui y sont citées ; puis,
en nous conservant des titres de comédies non connus autre-
ment, elles sont autant d'acquisitions précieuses qui augmen-
tent la richesse, déjà si enviable, du vieux théâtre espagnol.
Cette liste nous donne 27 titres de comédies que Barrera,
au moins sous cette forme, n'a ni connus ni enregistrés*.
1 Ce sont les n»' 2, 16, 20, 21,26, 29, 30, 32, 33, 41, 45, 46, 47, 50, 52,
54, 58, 59, 60, 62, 65, %^, 70, 71, 78, 79, 81 ; mais il faut tenir compte
des rapprochements que je propose dans le texte.
FRAGMENTS DE THEATRE ESPAGNOL 137
Dans la comédie n° 21: El fuero de las den doncellas, on
pourrait essayer de retrouver un second titre de l'une
des deux oomé lies de Lope de Yega qui développent cet
ar^'ument {Doaci'lias de Simancas, famosas Asturianas), ou
plus probablement d'une comédie de D. Luis de Guznian :
Blason de Don Rimiro y Ubertad del fuero de las cien
Donzellas qui fut publiée en 1652. Des raisons chronolo-
giques, empêLîhent de penser au drame de Zamora: Quitar
de Espana con honra el fetido de cien doncellns. Sur Montesi-
nos, qui paraît l'héros de la comédie n° 52 : Cata Francia
Montesinos, ^e ne connais qu'un drame de Guillem de Castro:
Nacimiento de Montesinos, mais c'est un rapprochement fort
discutable'. La comédie n° 62: HerâcUto ]j Demônrito est
sans doute celle de Don Fernando de Zârate: Los dos Filo-
sofos de Grecia Herâdito y Democrito qui parut dans la Parte
diez y nueve à Madrid en 1663. De même peut-on sûrement
identifier le n°65:Z>e Madrid à To/e^/o, avec la comédie de
Tirso de Molina : Desde Toledo à Madrid publiée justement
en 1666 dans la farte veuile y seis.
Quoique le compilateur affirme que cette liste estformée de
comedins viejas, je ne doute pas qu'il ne mentionne aussi des
pièces plus courtes et légères; par exemple, le n" 26 : Dime
con quien andas est, je crois, le saynète anonyme : Dime con
quien andas decirle he quien eres^. Le n® 32 : Pastores de Be-
len ne doit être autre chose que Vauto al Nacimiento du même
titre du docteur 1). Cristôbal Lozano, qui fut publié dans la
seconde édition de ses Soledades, Madrid, 1663^. Ainsi pour
le n° 54 : Campo de Leganitos, l'on peut penser au Bayle de
Leganitos *; le n° 71 : El encantado, pourrait être Venlremes
' Ce sujet était peut-être aussi celui d'un drame d'un certain Aguilar:
El conde Grimaldos, que je n'ai pas vu.
2 Voyez Barrera, p. 618 et 712. Ce saynète est dans un volume de la
collection: Jardin ameno de varias y hermosas flores dont le frontis-
pice est de l'an 1704 ; mais ce n'est qu'un recueil, comme l'on sait, fac-
tice et artificiel de sueltas de beaucoup antérieures à cette date. (Voyez
Studj di Filol. romanza, VI, p, 8.)
3 Barrera (p. 226] n'a pas vu cette édition. Elle ditïère de la première
(de 1658) parce que à la place de la comédie En mujer venganza hon-
rosa, elle contient cet auto de Los pastores de Belen.
' Barrera, p. 630 (v. DA 587).
138
FRAGMENTS DE THEATRE ESPAGNOL
anonyme de: El caballero encantado, cité par Gallardo *; et
enfin pour le n° 33 : El forasiero en la corle, on aura réduit au
masculin le bayle de la Forastera en la corte^ ; mais ces rap-
prochements, plus ou moins heureux, seront, je crois, loin de
la certitude.
Je n'ajoute à la liste suivante que le numéro d'ordre et le
nom de l'auteur.
[Fol. 40-aJ
primera. parte de las comkdras vikjas de los mejores ingenios
de la corte recojidas por rl padrr prior de s. geronimo
EX EL ANO 1666.
1 (Zorilla) Lo que sou Mnjeres — El confessor de la Reyna.
2 ? Yusticia y no por mi casa — Del Présidente de
Castilla.
3 (Calderon) El gnlan fantasma — Del Conde de Penarandas.
4 (Matos El letrado ciel Cielo — El Vice Cauciller de Ara-
y Villaviciosa) gon.
5 (Montalban) Lo que son juiclos del Cielo — El Marq. de Aj-
tona.
6 (Moreto) El licenziado Vidriera — El Duque de Médina.
7 (Moreto) La cena de Baltazar — El Marq. de Velada.
8 (Avellaneda Quanlas ves tantas quiero. — El Duque de Alva.
y Villaviciosa)
9 (Pereyra) El diablo de Palenno — El Duque de Montalto.
10 (Moi'eto) La occazion haze el ladron — El Mai'q. de Cara-
çena.
11 (A. de Solis) Un bobo haze ciento — El Duque de Alburquer-
que.
12 (Calderon) Antes que todo es mi dama — El Duque de Mé-
dina Celi.
13 (Lope) Los martires de Madrid — El Marq. de Mortara
Texada y Reboiledo.
14 (Matos) El yerro del entendido — El Conde de Oropeza,
15 (Lope) Par la puenie Juana — De Don Luis Ponce de
Léon.
16 ? Quiea tal pensara — De Don Pedro de Aragon.
* Ensayo de una bihl. exp., \. p. 952; cet enh-emes n'a pas été im-
primé que je sache.
' Barrera, p. 623 ; mais le m*-, de Lopez del Campo (v. Gallardo, o. c,
III, p. 443;. donne le titre plus complet.
FRAGMENTS DE THEATRE ESPAGNOr,
22 (F. de Villegas)
23 (Moreto ?
très ing. ?)
24 (H. de Mendoza)
17 (Belmonte, El mejor amigo el rmierto — De todas laa garna-
ZornIla,Calderon) chas.
18 (Calderon) Cada unn para si — El Conscjo de hazienda.
19 (Zonilla) Entre bobos anda el juego — De Don Joseph Gon-
çalez y Gongora.
20 ? No pagar ohligaciones — El Condesfable de Cas-
lilla.
21 ? El faero de las çitn donzellas — De Villa nueva
del Rio. [fol. 40-B]
Lo que puede la crianza — El Conde Cartanixeta.
Travestiras son valor — El Conde Melgar y Ci-
fontes.
Lo que es un coche en Madrid — De Liche y Sa-
linas.
No aspirar a merecer — El Marq. de Villa franca.
Diine con quien andas — El Conde de los Aicos.
Abrir el ojo — El Baron de Batevillas.
Madrid por de dentro — De D. Diego de Silva.
Qaien guarda halla — El Duqiie de Pastrana.
Mas save el loco en su casa — El Duque de Car-
dona.
Amparar al enemigo — El Duqiie de Osuna.
Los pastores de Bden — El Conde Medelia.
El forastero en la corie — El Dnqiic de Arcos.
Casarse por vengarse — El Diiqne de Avero.
Defuera vendra — El Confessor del Rey.
Agua mansa — El Marques de Rayona.
La vida es sneiîo — El Conde de Monterey.
La renegada de ValladoUd — El Duque de Sessa
y el Marq. de Vian a.
En esta vida todo es verdad y todo es mentira — El
Conde de Lemos y el Marq. de Palacios.
San Jines représentante — El S"" D. Juan de
A 11 s tri a.
El nombre es lo 7nas ' — El Marq. de Caste! Ro-
drigo.
El mostro de los jardines — El Marq. de Malpica.
La desdicha de la voz — De Don Miguel de Sa-
lamauca.
44 (Moreto) El parecido — De Alcanizas y Povar.
25
(Diamante)
26
?
27
(Zorilla)
28
(Rosete)
29
9
30
9
31
(A. de Solis;
32
?
33
•>
34
(Zorrilla)
35
(Moreto)
36
(Calderon)
37
(Calderon)
38
(Belmonte)
39
(Calderon)
40
(Lope)
41
9
42
(Calderon)
43
(Calderon)
• Une comédie de Càndamo, peut-être par opposition ■■
titre : Mas vale el homl>re que el nomttre.
celle-ci, a pour
140
45
46
FRAGMENTS DE THEATRE ESPAGNOL
El Conde de Al-
El Conde de Vil-
60
61
62
63 (A
67
68
Mas puede harras que culjyas
vadelista.
Quien a buen ai'hol se arrima
laermosa. [fol. 41-A.]
Penar por culpas ojenas — El Conde de Niebla.
Narciso y Eco — E) Alinirante de Aragon y el
Conde de Lumiares.
Ello dira — El Conde de Villambrosa.
Mas vaîe pajaro en mano — El Marques del
Fresno.
Quien todo lo quiere — El Duque de Lerma.
Cata Francia Montesinos — El Marques de San-
tillana.
No ay duelo entre dos amigos — El Marques de
Mondexar.
El Campo de Leganitos — De D. Diego Sar-
miento.
El Manceho del camino — El Marq. de la Guardia.
Los très afectos de amor — De Jarandilla Abran-
tes y Agilar.
Tamhien ay duelo en lus damas — El Conde de
Alquitin.
Lo mejor de los dados — El Conde de Linai'és.
Las colunas de la Iglesia — El Patriarcha y el
Archidiano de Madrid.
El Philôsofo soldado — El Conde de H u mânes.
El comhidado de piedra — El Marq. de Seralvo.
Heràclito y Demôcrito — De Navalvacuende y el
marques del Vilar,
rce de los R.) Cegar para ver mejor — El Marques de la Puebla.
•±1
48
(Calderon)
49
50
(Lope)
?
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(Lope)
?
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(Zorrilla)
54
?
55
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(Diamante)
(Calderon)
57 (Calderon)
58 ?
59 ?
(Tirso)
?
(Lope)
9
(H
El Lazarillo de Tormes — El Conde de Ayala.
De Madrid a Toledo — El Conde de Fuensalida.
? Mas vale tarde que nunca ' — El Duque de Se-
ra guas.
(Calderon) Las manos blancas no ofenden — El Conde del
Montijo.
(Calderon) Los très majores prodigios — De Coruna, Castro
fuerte y Pi'ado.
. de Mendoza) El marîdo haze muier — Del Marq. de Vilia-
fuente.
1 Sous le même titre (et c'est peut-ctre une refonte de celle-ci\ on
a une comédie de Lopez de Castro (1723-62).
FRAGMENTS DE THEATHE ESPAGNOL
141
70
?
71
9
72
(Calderon)
73
(Lope)
74
(Lanini, Ruiz,
Mendoza)
75 (Cancer, Matos,
Moreto)
76 (Calderon)
77 (Calderon)
78 ?
79
81
(Lope)
82 (Cardero)
83 (Zorilla)
84 (ViUayzan)
Malo vendra — De San German.
El encantado — El Conde de Benavente [fol.
41 B.]
Gustos y disgustos son no mas de imaginacion —
De Ruiz Gomez de Silva.
La intencion busca el castigo^ — De D. Domingo
de Giizman.
Resucitar con el agua — El Principe de Astillano
y Miranda.
El Bruto de Babilonïa — El Conde de la Re-
villa.
El Secreto a voces — El Consejo de Guerra.
Mujer llora y venceras — El Marq. de los Vêles
No ay quien entieiide la dicha — El Marq. de
Llegaues.
Para en uno son los dos — El Condestable y el
Marq. de Penalva.
31as vale salto de mata — El Principe de Parma.
Al enemigo la puente de plata — De D. Luis Po-
derico.
El juramento ante Dios — De D. Diego Cavallero.
No ay amigo para amigo — De todos los sefiores-
Sufrir mas por querer mas — Del Pueblo.
UN BAILE PASTORAL
Je publie ce bayle parce que, à ma connaissance, il est iné-
dit et jusqu'ici inconnu ^. D'ailleurs, quoique son mérite
réel soit bien restreint, il offre un bon modèle de ce qu'étaient
devenues ces danses théâtrales vers la fin du XVIP siècle et
le commencement du XVIIl*. On en avait banni la grossièreté
du langage, des gestes, la licence des rfanses populaires^et ew-
' C'est évidemment la Intencion castigada de Lope.
2 Je l'avais signalé dans les Studj déjà cités, au n" 327 (vol. xxxviii
de la collection de Diferentes autores). Il y suit une comédie que le ms.
attribue à Don Gabriel de Irazabal y Balandin, et comme il est de la
même main, il pourrait bien être du même auteur. Mais celui-ci même
est complètement inconnu aux catalogues du théâtre espagnol.
142 FRAGMENTS DE THEATRE ESPAGNOL
diabladas ; mais, en même temps, on en avait ôté le sel et l'em-
preinte nation?le. On était donc réduit à l'allégorie, et à la
mythologie, dans les occasions solennelles; ou, comme ici, aux
pastorales iàdes et doucereuses sans vérité et sans caractère.
Ces bergers qui disputent sur l'amour, sur une régula amoris
comme des maîtres-troubadours du moyen âge, avec la même
subtilité d'esprit et presque la même piécieuseté de langage,
sont vraiment ridicules. On conçoit que le charme réel de ces
petites danses devait consister presque exclusivement dans
la musique: et en effet on voit clairement que rimes, mètres,
tout enfin est soumis aux exigences musicales.
[Fol. 1] Baile
De quie.n mas ama
El que DICE su AFECTO
0 EL QUE LO CaLLA
4 zagales. 4 damas.
Salen quatro zagales el uno de eUos ha de ser una musica [sic] y ha de
salir con somhrerillo o montera con plumas, y a de salir An/riso, que In
ha de hacer la musica como desasosegado.
Zag. 1° Anfriso, dinos que tienes.
An/. No es posible, que no encuentro
razones para explicar
el mal que en el aima siento.
Zag. 2° El persuadiite lo digas
es por ver si allamos medio
con que poder consolarte.
Anf. Solo por obedeceros,
al viento daré mis voces
los 3 Zag. A tu voz atenderemos.
Canta Anfriso lo siguiente :
Anf. Ay de mi ynfeliz y sin foi-tuna,
que de amor prisionero
al onoroso estrago de sus iras
victima yace el corazon sangriento !
Esta pasion que el aima me atormenta
la siento como alago y es veneno,
este doloi" con que incesante peno
es un hechizo que alagaime intenta,
y de maies y bienes acosado
vivo muriendo à influjo de mi hado.
FRAGMENTS DE THEATRE ESPAGNOf.
[v"] Y pues amor ordena
que adore un imposible
y este ardor insufrible
el aima me enajena,
sea el llanto, en tal pena,
intei-prete que diga a Marcia hermosa
que sus desdenes rondo mariposa,
y que al rigoi' severo
de su entereza muero,
diciendo en la postrera ausia forzosa
con insufrible accento
y con triste lamento
con rabia con furor
con pena con dolor :
Ay de mi ynfeliz y sin fortuaa,
que de amor prisionero
al orroroso estrago de sus iras
victima yace el corazon sangriento !
representado :
Zag. I" Anfriso, le has dicho a Marcia
alguna vez tus deseos ?
Anf. No porque es tan soljerana
que aunque el corazon resuelto
alguna vez lo a intentado ,
cobarde a escusado el riesgo.
Zag. 2° Pues si tu amor no la as dicho
porque con tanto lamento
de sus rigores te quejas?
Anf. Aunque ser asi confieso,
yo se que mi amor no ignora.
[Fol. 2] Porque, deidad, la contemplo,
y, como es deidad, presurao,
pénétra mis pensamientos :
y en diversas ocasiones
la he explicado mis afectoa
con la lengua de los ojos,
y como siempre la atiendo
tan lejos de mi esperanza
que aun atencion no la debo,
présume que no premiarme
nace de aborrecimiento.
Zag. 3" Pues ella sale, dila aora
144 FRAGMENTS DE THEATRE ESPAGNOL
Tu pena y tu sentimiento,
Anf. No me atrevo a declarar
por discurrir que la ofendo.
Mira que hermosa que sale,
mira aquel garbo y aseo !
Sa\en quatro Damas con somhrerillos o manterillas de pluma . Los
zagales quedan a un lado del tablado como ablando todos jtintos y las
damas al lado contrario.
Da. \^ Prosigue lo que cantabas,
Marcia, que aunque en este puesto
concurran esos zagales,
no es justo nos priven ellos
de tan dulces suspensiones,
de tan acordados quiebros.
Da. 2» Todas te lo suplicamos.
Mar. Pues atended. poique quiero
deciros quien es Amor,
[2 v°] porque huyais de sus afectos ;
mas la que sud orgullo rinda
a ese dios todo enbeleco,
explique su mal y diga
lo que siente alla en el pecho,
que el no ablar quando le importa
para los mudos es bueno.
cantado :
Y enfin él que se allare
su prisionero
con las voces procure
romper sus yerros.
representado :
Da. 3* Marcia, graciosa te ostentas.
Mar. Atended a mis accentos.
canta Marcia:
Oydme lo que es el Amor, zagalas,
porqué, de su veneno
advertidas, podais contra sus fléchas
conseguir de sus armas el desprecio.
Es el amor una — pasion véhémente
que arrastra jimperiosa — toda la razon
es aspid bastardo — que en el corazon
entra alagando — mas luego impaciente
FRAGMENTS DE THEATRE ESPAGNOL 145
todo lo afable convierte en tirano
ostentaudo soberbio lo inumano ;
y pues veis que es el Amor
aleve aspid tiiano,
riguroso, inumano,
alagueno y traidor,
el que padezca su ardor
publique su dolor, y en sus razones
[Fol. 3] procure que se eniendan sus pasiones,
que el que su amor explica
su pasion sacrifica
y expone el corazon a los arpones ;
que él que su amor no dice
poco amor tiene,
porque él que no se queja
poco le duele.
Esto del amor siento,
y asi para que se huya su tormento
oydme lo que es el amor, zagalas,
porque, de su veneno
advertidas, podais contra susflechas
conseguir de sus armas el desprecio.
representado :
Anf.
Diiios, Marcia, esa opinion
es la que seguir debemos?
cantado :
Mar.
Solo el silencio testigo
a de ser de los afectos,
que a las deidades se sirve
solo con los rendimientos.
representado :
Anf.
Pues, como as aconsejado
lo contrario ?
Mar.
Porque (engo
razon para lo uno y lo otro.
Anf.
No lo alcanzo.
Mar.
Escucha atento.
Da. 1"
Mejor sera que en un bayie
se expliquen ambos conceptos.
Anf.
Del silencio las razones
ha de publicar mi accento.
14^ FPAGMENTS DE THEATRE ESPAGNOL
[3 \°] Mar. Pues por lo contrario yo
he de dar la voz al vieato.
Da. 1» Pues empecemos el bayle,
que se esta perdiendo tiempo.
Anf. Piiniero quisiera, Marcia,
decirte que si merezco
ser de tus iras despojo. . . .
Mar. Anfriso, de eso no hablemos.
Anf. Si te agravia que te quiera
no te le dira mi afecto.
Mar. Lindo modo de callarlo
es advei'tirme del riesgo !
Anf. Poi" mi no lo as de saber.
Mar. Aunque lo digas, te advierto
que aun quando quiero soy sorda :
que seré quando no quiero ?
y asi empecemos el bayle
y entrega tu amor al viento.
Ponense en dos alas o interpolados zagales y damas o como fuere
necesario para el hayle y cantarà la 1» copia Marcia, la 2» Anfriso
la 3» Marcia, la 4* Anfriso y la b'^ los dos en duo, y entre medio de
copia y copia danzaran la tocata de las copias :
Mar. Es el amante que su amor explica
atento y cortes.
porque en arbitrio de su dama pone
favor u desden
Bailan.
Anf. El es amante que su amor no explica
discrète, porque
ama solo sin teuer esperanza
de mas merecer.
Bailan.
[Fol. 4] Mar. El que dice sus ansias se ofrece
por esclavo fiel,
pues voluntario à otro dueno rinde
toda su altivez.
Bailan
Anf. El que oculta su pasion, mas fîno
juzgoque a de ser,
FRAGMENTS DE THEaTRE ESPAGNOL 14 7
pues conserva en su pecho el inceudio
sin darlo a entender.
Bail an
Anf. y Mar. Demos fin a este baile dejando
en duo para otra vez
sin decidlr quai de entrambos afectos
el mas fino es.
Bailan y dase fin.
III
DEUX INTERMÈDES DE PEROTE
(( Entremes es una comedia brève en la cnal lof^ autores se bur-
lan ingeniosamente. » Cette définition du Père José Alcazar
dit en peu de mots ce qu'étaient les intermèdes'. Dans ses
judicieuses observations sur le théâtre de son temps (il écri-
vait vers 1690), en parlant des Mimes des Anciens qui sortaient
exprès sur le tablado para hacer reh\ il ajoute : « à este gêner o
de comedia corre<ponden nuestros enfremeses, que siempre son
ridiculos, y tienen el fin festivo, y 6 se acaban en bailes, 6 en
palos, para que todo pare en risa. » Justement des deux inter-
mèdes dont je vais parler, l'un finit avec des danses, l'autre
avec une volée de coups de bâton ; c'est en quelque sorte un
hommage à l'exactitude du père Alcazar.
Après l'étude agréable et intéressante de M. Léo Rouanet*,
il serait maintenant superflu de parler du développement de
l'intermède en Espagne et de la manière dont on le jouait. Je
n'ajoute que quelques détails utiles aux documents publiés ici.
Le charme théâtral de ces petites pièces repose exclusivement
sur l'habileté scénique, sur la finesse du protagoniste; ainsi les
meilleurs graciosos se formaient un type, un nom qu'ils rete-
naient dans toutes les œuvres et sous lequel ils étaient connus
et applaudis. Le célèbre Cosme Ferez créa le rôle de Juan
Rana; et Domingo Canojil prit le diminutif, encore assez au-
' Voyez de longs extraits du ms. du Père Alcazar dans Gallardo,
I, n" 96, particulièrement aux pages 112, 116.
* « Intermèdes espagnols du XVIP siècle », Paris, Charles, 1897.
14 8 FRAGMENTS DE THEATRE ESPAGNOL
daeieux, de Juan Ranilla *; le pauvre Perico, qu'on rencontre
dans de nombreux intermèdes, était, je ci'ois, un Vallejo ; et
Perote, qui va figurer ici *, était un de la famille toute théâ-
trale des Orozco ^. On trouve Juana, Maria, Rita et un Ma-
tias Orozco dans des listes de comédiens dès 1714 à 1733 *.
C'est l'époque, à peu près, du manuscrit de nos deux inter-
mèdes.
Ceux-ci ne sont ni inédits, ni originaux ; ils sont de tar-
dives refontes de motifs populaires. M. Rouanet a observé,
très justement, que les sujets des intermèdes ne sont pas trop
variés, a On pourrait, sans trop de peine, les ramener, pour
la plupart, à un nombre assez restreint de tjpes qui ne cessent
de se reproduire Une bouffonnerie, lorsqu'elle obtenait
l'assentiment du public, se vojait aussitôt imitée, plagiée,
avec des modifications souvent insignifiantes et comme ces
pièces étaient en général imprimées sans date, ni nom d'au-
teur, il est à peu près impossible de fixer leur généalogie, de
distinguer la contrefaçon de l'originaP. »
Nous pouvons, au contraire, i)0ur V Entrenies del Pleito del
' Gall. I, p. 676 ; « Llamabanle asi de mote, porque decia que ni Juan
Rana liabia llegado à su grande hubilidad en In parte de gractosos. » Il
y a un intermède de Cancer intitulé Juan Ra?iilla (Barr., p. 628).
* Et dans le Bobo de Coria de Zamora, paru en 1722, et sans doute
dans d'autres. Dans un auto : El tirano castigado, dont l'original était
de Lope de Yega, mais qu'on a sans doute interpolé et fortement modifié
(publié en 1664 : voyez Obras de Lope, Madrid, 1892, vol. II p. 480,481)
dans une scène burlesque très grossière qui certainement n'est pas de
Lope, le gracioso Maroto est par inadvertance appelé deux fois Perote:
le nom était donc traditionnel: il remonte peut-être à Ventremes del
Letrado que je signale plus avant.
3 On le lui dit au 2^ vers : Ya te co7iozco Orozco! Cet usage d'ap-
peler de son vrai nom l'artiste sur la scène n'est pas sans exemples
dans ces petites pièces moqueuses. Vallejo est nommé souvent (voyez
Barrera aux mots : Genios, Persiano, Visita de Carcel) et pour les La-
venan voyez ib., p. 648, note.
* V. Studj fiiol. rom., VI, aux numéros 149, 303, 550. La famille Orozco
continua sur le théâtre tout le siècle. Voyez [passim) E. Cotarelo : Estu-
dios sobre lahi<t. del arte escénicoen Espana 2 vol. (I. Maria Ladvenant.
Madrid, 1896 — II Maria del Rosario. ib. 1897).
5 0. c, p. 33-34.
FRAGMENTS DE THEATRE ESPAGNOL 149
Mochuelo que je vais réédiier ici, le confronter avec Tonginal
d'où il dérive, ce qui n'est pas sans intérêt *.
Le sujet est bien vieux et se répète, dit M. Rouanet (p. 35),
très fréquemment : c'est un letrado, avocat ou médecin, à qui
on veut enlever ou une jeune fille, trop jalousement surveillée,
ou une chaîne d'of, ou une bourse bien fournie de cuartos.
Pendant que le gr^acioso, en rusé compère, entretient, par un
flux de paroles incohérentes, le vieux letrado, yous prétexte
de le consulter sur une maladie ou sur un procès, un complice
trouve le moyen de faire le coup.
La source du Pleyto del Mochuelo est Ventremes del Letrado,
qui pourrait bien être de Lo[)e de Vega-. Deux filous, Perote
et Bariola^ avec la ruse susdite, volent au letrado une bourse
d'argent ; ils sont poursuivis par le volé et un Alguacil, mais
ils se déguisent en aveugles, chantant des chansons pieuses,
et réussissent à se sauver. L'arrangeur du Mochuelo a laissé
à l'écart cette seconde partie de ci'ego fingido (il j a un inter-
mède de Cafiizares de ce titre) qui, à la vérité, ne se lie pas
à la première trop logiquement ; et a amplement développé
la scène plus plaisante et comique, c'est-à-dire le dialogue
entre Perote et le pauvre avocat, qui ne parvient pas à dé-
brouiller le fantastique pleito de son client. D'autre part,
comme on devait finir en baile, l'auteur a feint que le vol de
la chaîne d'or ne soit qu'une plaisanterie, de sorte que tous
à la fin puissent danser de bon cœur. Je pense que l'auteur
du Mochuelo n'a pas directement puisé au Letrado : il le con-
naît cependant, mais il a suivi de préféi'ence un entremes qui
intercède entre le Letrado et lui. Dans la scène de Lope, à
l'avocat qui veut interrompre le verbeux Perote, celui-ci in-
siste en répétant : Oiga vuesa merced, que de eso pende! ; dans
Ventremes, que je suppose comme intermédiaire, ce vers était :
Oiga vuesa merced, que ay esta el punto I ; dans le Mochuelo,
1 Outre un ms. de la Bibl. d'Osuna, Barrera (p. 634, 641) le cite im-
primé dans les Fiores del Parnaso, Zaragoza (1708). Je n'ai pas pu le
voir, et je doute qu'il soit modifié dans le ms. de Parme, qui contient
des corrections et des ratures qui feraient croire d'avoir sous les yeux
l'ébauche originale, le premier brouillon de l'arrangeur.
2 V. Oôras de Lope... por la Real Acad., II, p. LUI et 145.
10
150 FRAGMENTS DE THEATRE ESPAGNOL
il est : Yo me declararé no se fatigue! *. Certains vers biffés et
certaines corrections du manuscrit ne peuvent, je crois, s'ex-
pliquer autrement.
L'autre intermède est le Desafio de Perote dont le sujet est
aussi populaire que le précédent : Perote a été bien rossé
sans qu'il s'en ressente trop, mais sa femme est chatouil-
leuse sur le point d'honneur et le décide à défier son
ennemi. Le pauvre Perote trouve, quand il est sur le champ
de r/ionneurnn conrage de désespoir et gifle largement son
adversaire tout ahuri de ce revirement; figurez-vous alors
si Perote ne va pas entonner les vanteries les plus stupé-
fiantes! Cet intermède a été fait pour le fameux Juan Rana
par le grand Calderon qui u'a pas dédaigné ces petites
pièces d'amusement et ce Desafio de Juan Pana a été pu-
blie récemment dans la Biblioteca de Rivadeneyra (tome XIV,
vol. IV des Obras de Calderon, p. 629-31) par Harlzenbusch.
Il l'a pris d'un ms. de M. Fernandez Guerra et ajoute que
el entrâmes que suele hallarse impreso ^ es muy diferente. Ce
ms. de Fernandez Guerra remonte évidemment à la même
source que le ms. de Parme; si je le publie ici c'est unique-
ment parce que j'ai dû reconnaître que la leçon du ms. par-
mesan est de beaucoup meilleure et certainement plus près
de l'original. Elle a en plus huit vers qui sont nécessaires à
l'intelligence du texte, offre de nombreuses petites variantes
presque toutes très bonnes, et enfin nous donne une neuve
fin de Ventremes qui me paraît plus logique et naturelle,
et par là elle est peut-être la fin originelle La publication
de Hartzenbusch est tellement répandue et à la portée de
tous, que je me suis cru dispensé d'en noter les variantes au
bas des pages.
Le manuscrit est un volume (le LXXI) de la collection de
Parme de Dtferentes Aulores. Il contient entre autres la
comédie du Principe Sergio écrite d'une main des premières
1 Autres exemples de transformations et suite de versions, v. Roua-
net, 0. c. 13, note.
2 A ma connaissance il n'avait été imprimé que dans les Tardes apa-
cibles.... Madrid, 1663 (v. Barr. p. 714); livre très rare qui ne se trouve
dans aucune bibl d'Italie ni de Paris ni de Vienne. Je dois remercier
MM. Dejob et Wurzbach de cette recherche.
FRAGMENTS DE THEATRE ESPAGNOL loi
années du XVIIl* siècle. Une autre main entre le 1" et 2"'
acte a écrit le Pleito et à la fin de la comédie le De&afio. Je
donne le texte avec le peu de changements nécessaires à le
rendre promptement intelligible*.
ENTREMES DEL PLKYTO DEL MOCHUELO
Un letrado, vejete Perote
uiia mujer 3 hombres
Sale un hombre cou una daga y Perote huyendo de el :
hom. Aqui te tengo de quitar la vidai
Per. A mi ? porqué ?
hom. Ya te conozco, Orozco !
No hères tu un picaron que me dezia
de un pleyto cuyas pullas no entendia,
[du 1"acte, Fol. 19] con dezirme mudandome el asunto :
« oyga vuesa merced que ay esta el pimto » ?
Per. No ay iniseri
hom. Que es iniseri?
Per. .... cordia,
Seiior misericordia !
hom. Yo la quiero tener [contigo agora ^J
SI hazes lo que te digo.
Per. A tu servicio
estoy muy obediente, que un novicio
tienes aqui aguardando a que le mandes.
hom. — Si del viejo mevengo,no ay mas Flandes ! —
Per. Dime lo que ê de hazer, mas reportado.
hom. Ay en este lugar cierto letrado
que me da cada dia gran matraca
sabiendo aquel engano que me hiziste
con dezirme, pensando en al asunto :
1 Naturellement je ne change pas les mots que Perote estropie pour
les rendre ridicules, tels que: Mero-Omero^ retrogada, quartada-cuar-
tana, alnado-agnado, eypedimiento-impedimerito, pus-pues, pipel-papel;
î)d, cd, sopwo pour ; voy,que., suplico, etc. J'ai mis toute la ponctuation
et la majuscule aux reprises et aux noms propres ; l'orthographe est
conservée, sauf la distinction entre 6, u^ v; j'ai mis entre deux petites
lignes les a part, réservant aux crochets carrés ou ronds d'indiquer ce
que j'ajouterais ou ôterais au texte.
2 Le ms. a ici une rature illisible; une main postérieure y a écrit
dessus: con vos agora, mais ma correction me paraît hors de doute.
152 FRAGMENTS DE THEATRE ESPAGNOL
« Oyga viiesa merced que aij es là et piinto !
Per. Y bien, quehemos de hazer?
honi . Yo te perdono
la burla que me hizistes, si le enganas ;
y tambien quiero darte cien reaies.
Per. Pues venga ese dinero, que el letrado
cuenta puedes hazer que esta enganado.
Adonde vive, amigo, el camarada ?
hom. Ven conmigo, que cerca esta la casa '
Per, Vamos pues, y verâs lo que alla pasa.
hom. (Mira que) es bachiller, preciado de prudente
Per. A esos engano yo mas facilmente,
que son, por lo que tienen de mugeres,
muy facil de engaûar los bachilleres.
Vanse. Sale el letrado y su niuger con icna cadena al cuello.
Letr. Esta a vuestro contento la cadena ?
mug. A mi gusto esta, Senor.
Letr. Si ella os agrada, mi amer,
dire que esta bien eupleada.
[\.9 verso] mug. Por vida mia, amigo de mis ojos,
que si en cadenas paran los enojos
que tengo de enojaros cada dia!
Letr. No todos los en>.jos, prenda mia,
suelen parar enjoyas ni en regalos,
que ay entremes de amor que para en palos.
' mug. Un mayorazgo os doy por la cadena.
Letr. Ea, Senora, entraos en ora buena,
que vienen négociantes.
mug. Dios os guarde ^
Sale Perote y los très homhres
hom. Sabes lo que has de hazer ?
Per. Tu aqui me aguarda
entre tantoque yo le dezvanezco.
Marrubio que â estudiado mis librillos,
que es uno de mis quatro monaciUos,
sabe lo que ha de hazer con la letrada.
1 Une main postérieure a rayé estd la casa et corrige : es la posa J a.
* Il y était Dios os g. sehor, mais on a justement rayé le dernier mot.
FRAGMENTS DE THEATRE ESPAGNOL 153
Ojo abisôn *
hom 2° No ay que dezirme nada.
Letr. Manda vuesa merced alguna cosa?
Per. La opinion que se estiende al verso y prosa
por todo el raundo, deste yngenio ymplicito,
me tray desde mi tierra tan solicito
quanto necesitado de su amparo.
Letr. Es pleito, es pleito^?
Per . Un pleitecillo es, y aunque es bien claro
para persona de tan altos meritos,
les que apenas sabemos los preteritos
lo tenemos por algo tenebroso.
hom 1° — Notable es este picaro !
hom 2° Famoso ! —
Letr. Diga vuesa merced a lo que viene,
y esté seguro que présente tiene
al mismo Baldo, a Bartulo y a Dino ^
Per. — Vos llevareis con la de Calepino ! —
Letr. Vaya ynformando Usted.
[fol. 50] Per. Senor, mi aguelo
ténia doshalcones y un mochuelo ;
eramos très sus nietos, y en la muerte
dexô toda su hacienda âl que por suerte
cupiesse el ave noturnante ; echamos
las suertes un domingo, y fué de Ramos ;
cupome a mi el mochuelo hereditario,
a seis del mes, segun el calendario.
Aora los que tienen los alcones,
alegando diversas opiniones,
dizen que no es él ave nocturnante,
y andan con Plinio, Mero, y Florabante,
con Amadis de Grecia, y sus autores
que entienden de aves ràbanos y flores,
y aprueban que el alcon anda de noche
y que el mochuelo suele andar de dia.
Con esto, quince alnados de mi tia
salen a la demanda retrogada,
1 Voyez Entr.del Lelrado [EL. dans les Ohras citées) page 145, 2, 26
(c'est-à-dire 2"^ colonne, ligne 2(3).
2 Ce n'est pas un vers.
' Trois vers copiés, v. EL. p. 146. 1. 1.
154 FRAGMENTS DE THEATRE ESPAGNOL
y aprueban con testigos la quartada ;
siendo, como se ve, pleito ordinario.
Muere, en esta ocasion, el boticario
que ténia el mochuelo, y su heredero,
sobrino de la tia del barbero,
le pide que soltandose una noche,
espantado de oyr pasar un coche,
le quebrô diez redomas de jarabes,
habiendo dado a su muger las llaves.
Yo viendome apretado...
Letr. Espère un poco,
que, vive Chris to, que me vuclve loco
y que a de rematarme si prosigue!
Per. Yo me declararé, no se fatigue.
Este mochuelo que dexô mi aguelo...
Letr. Donde se â visto pleyto de mochuelo?
Per. Viôse, que el testador por ygualarnos
quiso que el testamento a suertes fuese,
[20 verso] y que âl que su ventura se le dièse
ese gozase el pleito hereditario.
Letr. Pues, que tiene que hazer el boticario
y essa tia que dize que le sigue?
Per. Yo me declararé, no se fatigue.
El boticario y essa tia mia
trataban casamiento...
Letr. Siendo muerto?
Per. Pues, si dexô poder para el concierto
no se pudo casar niientras vivia?
Letr. Que dize ?
Per. Que el alnado de mi tia
me pide los jarabes.
Letr. Que jarabes?
Per. Respondo a la demanda que a las aves
no las purga ruybarbo ni altimonio.
Letr. Que purga, pleiteante del demonio ?
Si es(ta) loco, vive el cielo, que meobligue.
Per. Yo me declararé, no se fatigue '.
' Le foL 20 continue avec les 19 vers suivants que après on a biffé, en
mettant près le mot fatigue ces mots: Vejete : diija desp. qui renvoyant
évidemment av l^ vers du fol. 2L Ces vers biffés, que je donne tels
quels ils sont dans lems., étaient peut-être de Ventremes intermédiaire.
FRAGMENTS DE THEATRE ESPAGNOL 155
[Fol. 21] Letr. Diga despacio.
Per. Digo en dos razones :
que juntos el mochuelo y los alcones
pariô el mochuelo, y habiendo dos raochuelos,
dize que a todos très la suerte aplica.
Aqui el juez de Comision replica
que : volunlas provata reputatur....
Letr. Hombre de Berçebû, viven los Cielos,
que si me tratas mas desos mochuelos
que a una locura barbara me obligue !
Per. Yo me declararé, no se fatigue.
Letr. Que se a de declarar, si es peor queculto? *
Per, Pues yo ninguna cosa dificulto:
y como digo tengo por muy Uano
el brève en el divorcio de mi hermano;
porque la nulidad no consistia
mas que en eljuramento demi tia
y de un hermano tuerto, y ser podria
que alguno le pusiese eypedimento
para poder hazer el casamiento ^;
qui était plus près de l'original que le Mochuelo. En effet voyez EL page
146. 1. 10-19:
hom 1° aora me entro hablar con la senora
per. quiere escucharme condespacio aora
letr. que tengo que escuchar si estoy difunto
per. oyga v. m. que ay esta el punto
mire v. m.
yo soy natural de Calahorra
y mis padres del Reyno de toledo
casaronse en olmedo que en olmedo
ay excellentes rabanos y hauia
sabido mi madré que un antojo le daria
antojosele en fin casarse quiso
adonde los hallasen de ymprouiso
sucediô que prenada demi hermano
no los allaron luego tan amano
y entanto que de mi se hizo prenada
no nacimos de aquella ventregada.
letr. hombre de dos mil demonios
si estas borracho, dilo y vête luego al j^unto.
per. oyga v. m. que ay esta el punto.
1 C'est, je crois, une allusion au style précieux du culteranismo.
* Trois vers copiés de EL. p. 146. 2. 2-4.
156 FRAGMENTS DE THEATRE ESPAGNOL
y no soy yo tan rudo que no sepa
que él que es mas diligente
a nueve meses pare justamente *.
Letr . Acabose? Eljuicio me ha quitado !
De embidia, vive Dios, me le a trocado !
Sale el liombre 2° con la cadena
Per. Pescastela?
hom 2° Si amigo.
Per. Pues que ya se logrô yo me despido ^.
Vanse
Letr. Valgate el diable (por) pleyto del mochuelo !
Aturdido me dexa, vive el cielo;
[21 verso] el ave noturnante, el boticario,
el sobrino, la tia, el calendario,
los jarabes, las Hâves, y el barbero,
y sobretodo qne pario el mochuelo !
Sale la muger.
mug . Pues, Senor mio, fuese ya el platero ?
Letr. Que platero? que estoy desatinado !
mug . A mi aposento vino su criado ^
1 A la marge il y a d'autre main ces mots épars: porque siendo impo-
tente como pudo — Parir mi abuelo-oijya vm : tentatives de corrections
qui n'ont pas abouti.
* Suivent dans le texte les 4 vers suivants (copiés de EL. p. 146. 2.
41-44) que l'auteur a aprôs justement bitïés :
adios seûor que yo voy muy contento
de hauer visto su grande entendimiento
(y "''oy) antes que pida rabanos mi madré
y buelban las quartanas a mipadre.
3 A la marge de ce vers il y a ces mots, d'autre main : j/ me dixo et
une ligne qui renvoyé au folio 22 vis-à-vis, ou l'on trouve, de la même
main, ce final nouveau de cet entremes :
y me dixo que vos por la cadena
le embiasteis.
Rejeté Yo !
muff. Y que no era buena
la color que ténia.
VeJ. Que platero
ni criado?.... si era el companero
de aquel que me engano?... Yo soy perdido 1
mug. Ay que me mata a palos mi marido !
FRAGMENTS DE THEATRE ESPAGNOL 157
y me dixo que vos, es caso llano,
por la cadena enviabais.
Letr. Es engafîo !
Mas, si es el picaron... Socorro Cielos !
que me diô con el pleyto del mochuelo...
Vos me lo pagareis... yo soy perdido !
dala de palos
mug. Ay que me mata a palos mi marido !
salen todos
hom. 1° Sosieguense sus Mercedes,
que aquf traygo la cadena:
y sepa que a sido burla
porque otra vez no se meta
en dar baya [a] aqueste amigo ;
y pues la cadena es esta
vaya de fiesta y de bayle !
Letr. Vaya muy en ora buena !
Per. Porque aunque mas estudie leyes y textes
no ha de entender el pleyto de los mochuelos !
KNTREMES DEL DESAFIO DE PEROTE
Perote Gil Parrado
Gila su muger y un Alguazil.
xnlen todos
hom. Sosieguese, cuitado ! que este a sido
porque no (me) de matraca, ni aya estremos :
y sepa que tambien todos caemos.
Ya van' por la cadena ; y pues que sabe
cantar Dona Brianda, porque acabe
con un bayle, entretenga a estos Senores.
Vej. A mi me hande enganar dos abladores?
Si los coxo a mis manos, vive el cielo !...
Per. Luego, no entiende el pleito del mochuelo ?
Vej. Mas aqueso me ofende!
Per. Oyga vuesa merced, que deso pejide !
Vej. Esta traicion es justo se castigue.
Per. Yo me dedararé, no se fatigue!
Vej. Como a de ser?
^<'''- Cantando, y no os dé pena.
Vej. Vaya de baile y venga mi cadena !
158 FRAGMLsNïS DE THEATRE ESPAGNOL
Sale Perote y su muger Gila
Gila. Es ora de venir, marido à casa?
Esto en el mundo pasa ?
Vos tan tarde a corner? — pierdo el sentido !-
Dezid : que a suzedido ?
De que estais elevado?
Esto hazeis a très meses de casado ?
Descolorido, vos, y descompuesto !
Dezidme, es pesadumbre?
Per. No es mas desto.
Gila. Que teneis, que a escucharos me prevengo ?
Per. Tengo honor, y no se lo que me tengo.
Gila. Hablad, y no calleis vuestra dolencia.
Per. Muger, no traigo sana la conciencia.
Gila. No os entiendo, marido.
Per. — No me espanto ;
agora esto a de ser ! — Sacadme un mante.
Gila. Para que lo quereis ? — rabio de enojol —
Per. Ymportame renir de medio ojo !
Gila. Ya que de vuestra pena soy testigo,
con quien vays a renir ?
Per. Con un amigo.
Gila. Con un amigo? — estoy de enojo ciega ! —
Per. No vais que el mas amigo es quien la pega?
Gi.la. Acabad de decillo,
que de esperallo estoy con tabardillo!
Per. Pues yo, aunque no me alabo
de lo que tengo en vos, estoy al cabo.
Gila. Se que podeis dezir con mil plazeres
que en mi teneis un molde de mugeres !
Per. Esos son mis hechizos,
que diz que me poneis algunos rizos.
Gila. Rizos a vos, esposo ?
no lo habeis menester que sois hermoso ;
que cintura teneis ! — tomà una higa !
Per. Ya se que so galun, Dios me bendiga,
pero dan en dezir, que es lo que siento,
que us paresco mijor quando me ausento.
Gila. Soys un terron de necedad, marido.
Per. Pues ya no lo seré, que me han molido.
Gila. A vos? no os espanteis que me alborote;
Vos, molido? con que ?
Per.
Gila.
FRAGMENTS DE THEATRE KSPAGNOL 159
Pe^'. Con un garrote.
No conozeis, muger, à Gil Parrado?
pues tras haberme con un leno dado,
solo porque yo so vuestro marido
me dijo. .
Gila. Que ? dezid.
. • . que hera sofi'ido.
Que herais sufrido os dixo en mi perjuizio?
— Una locura tengo que esjuizio! —
Con paloes diô, quelahonra t.into dana?
Per. Esso, gracias a Dios, no fue con cana.
Gila. Darle con el sombrero bueno fuera.
Per. No Uevaba yo mas que la montera.
Gila. Que le diei-ais con ella era mi gozo.
Per. Pus esso fuera dalle con rebozo.
Gila. Enfin, tonton menguado,
a mis ojos venis apaleado !
Per. Cierto que tengo la rnimoria fraca,
pues no se si era palo osi era estaca.
Gila. Santiguome de veros reportado.
Per. Yo no, poi'que ya vengo santiguado.
Gila. Vos no os podeis vengar, si vuestro brio
no leescribe un papel de desafio!
Al campo le sacad.
Per. De vos me almiro ;
yo enel campo con nadie no me tiro.
Gila. Mirad, marido : quanto a lo primero
os abeis de calai' bien el sombrero,
sacar la espada con gentil despecho,
entrar con pié derecho,
poneros recto, fino, y perfilado. . .
Que ymporta, si él me puso de quadrado?
Gila. . . . luego echalle un atajo con gran tiento,
recoger el aliento
y con brios, que en vos no es maravilla,
zas ! tirarle a matar por la tetilla.
Per. De suerte que he de entrar muy ynumano,
con el pié que tuviere mas à raano,
el sombrero encallado
ponerme rento, firme y afilado,
entrar cou tiento y zas! darle una herida ;
es mas que esto? pues no lo herré en mi vida.
Per.
160 FRAGMENTS DE THEATRE ESPAGNOL
Gila. Y el atajo que os dije.
Per. En mi trabajo
no salir a renir es el atajo.
Gila. Si no salis he de volverme loca!
Per. Desafîalde vos que a vos os toca.
Venga recado de escribir, que quiero
desafiar por vos al mundo entero'.
Gila. Voy volando.
Vase
Per. Oy, venid muy brevemente
porqué a pausas me viene el ser valiente.
sale con recado
Gila. Ya el recado esta aqui.
Per. Pues, mujer mia,
doblà el pipel y hazed la cuertesia 2.
pasease
Gila. Ya esta ; notad con brio.
Per. Poned de buena letra : A migo mio
Gila. La Cruz se me olvidô !
Per. No es maravilla ;
poned ay una cruz con lamparilla.
Gila Con lamparilla? soys un mentecato ?
Per. Digo que la pongais, por siUe mato.
nota :
« Por aqueste sabrcis de buena mano
que soy vuestro enemigo mas que hermano :
aunque vos procureis hazerme tiros
de qualquier modo estoy para serviras,
si bien Gila mi esposa
se a sentido estas dias achacosa . . .
Gila. Marido, que dezis ? estaysjugando?
Per. Luego un hombre a de entrar desafiando?
* Le changement de Perote est un peu brusque, mais peut-être quel-
ques gestes expressifs du gracioso annonçaient la nouvelle décision.
' En haut de la page on mettait les initiales de quelque formule cour-
toise par ex. D. 0. G. (Bios os guarde) et après, en bons chrétiens, une
croix et quelquefois même les initiales ./. ./. M. (Jésus, Joseph, Marie).
Comme on sait, on met près des cadavres une croix et une lampe funé-
raire.
FRAGMENTS DE THEATRE ESPAGNOL 161
Yo le voy a matar, cosa es sabida,
y no es malo un amigo en la otra vida.
Gila . Tan hecha la llevais ?
Per. Es caso cierto :
si Dios quiere, muger, daldo por muerto.
nota la car ta :
y assi sabreis por este, amigo mio,
como plenariamente us desafio.
Gila. Plenariamente, vos?que es lo que veo?
Per. No veis que rino yo por jubileo ?
Gila. Por jubileo escusan las pendencias !
Per. Fus, por esso ago yo mis dilijencias.
Gila. Errado va el papel, marido en todo.
Per. Muger, yo desafio des te modo.
nota :
« en el campo os espero como un Marte
Gila. Adonde ê de poner ?
P^r. En qualquier parte.
Gila. Y si hallaros la suerte no dispone
que hemos de hazer ?
■P^r. Poned que me pregone.
Gila. Son las senas pequenas.
Per, Dezid que yo le aguardu, por mas senas,
en el campo esta tarde,
y acabad el pipel con Dios os guaràe.
Gila. Este billete le escribiera un manco.
Per. Assi ponelde ay mi firma en blanco,
y un real de porte le pondreis, que es treta ;
y hazed que le echen
Gila. Donde?
P^r. En la estafeta.
Gilan Nada escribis, marido, que os ymporte.
Per. Quiero que entienda que es pipel de porte.
Gila. El coleto os poned para este aprieto.
Per. Quando voy a renir guardo el coleto.
llora :
Quedad con Dios, muger mia !
A renir vô, sabe el Cielo
que no le puedo escusar.
A quanto dexaros sieoto
62 FRAGMENTS DE THEATRE ESPAGNOL
con los achaques de viuda !
La reputacion me â puesto
en lance tan apretado
que el honor es lo de menos.
Lo co os soprico, muger,
es que llameis al barbero,
y que tengais prevenidas
estopas, hilas y huevos ;
y que mireis por Juanico,
que enfin so su padre, puesto
que a très meses de casado
me naciô en casa de tiempo.
Y adios que no puedo mas !
Gila. Cobarde, villano, necio,
a euviar voy el papel,
pero mirad que os advierto
que vengais a verme honrado
0 volvais a casa muerto.
vase.
Per, Que vengais a vei-me honrado
0 volvais a casa muerto!
Por Dios, que esto va de veras :
no ay que dudar : esto es hecho !
Yo, renir ? yo, desafio ?
De solo pensarlo tiemblo.
Pero, en fin, ello a de ser.
Ya en la calle estoy. Protesto
que tomâra de partido
cien palos, real mas o menos !
sale Gi l Parada :
Gril. Este papel de Perote
he tenido... mas, que es esto?
no es él que mire ?
Per. Cogiome
entre puertas : esto es hecho.
Gil. Diga, el muy tonton menguado,
como tiene atrevimiento
de desafîarme a rai ?
Per. Cierta opilacion que tengo
fue la causa.
Gril. Como assi ?
Per. Hanme dado por remedio
FRAGMENTS DE THEATRE ESPAGNOL 163
que aga exercicio y que rifia
para tomar el hazero.
Gil. Sigame.
Per. Donde me lleva ?
Gil. Al campo.
Per. Voy al mimento
a prévenir la merienda.
Gril. Yo solo a renir le lievo.
Per. Es que ando buscando traza
para matalle con miedo,
y a de ser con un bocado.
Gil. Graçioso esta ! Saque presto
la espada, y tire a matarme.
Per. Usted piensa que es buSuelo ?
Espérese, que, segun
mi muger, he de entrar recto,
y ê de echarle cierto tajo...
Gil. Pues aora mira en esso ?
Per. Yo siempre en los desafios
ninguna colera tengo.
— Este es gallina ; a provar
a ser yo valiente quiero. —
En efeto ê de renir !
Gil. Que aguarda ? riûa al momento !
rifien :
Per. Pues tome este pantufraso !
Gil. Hombre, détente ! Que es esto ?
Eres Perote ?
Per. No soy
sino un diablo del ynfierno 1
Gil. Aqui de Dios, que me matan !
sale el Alguazil :
Alg. Lajusticia! Que es aquesto ?
Per. He reiiido con cien hombres :
los noventa y nueve huyeron,
y este con la zambuUida,
uiias abaxo, le he muerto !
Alg. Como? Esta vivo !
Per. Habrâ
resucitado de miedo.
Alg. Venga a la carcel al punto :
FRAGMENTS DE THEATRE ESPAGNOL
de quando acà a dado en esso ?
Per. Esto de la valentia
por linea recta lo tengo.
Aquî del rey, que me prenden !
sale Gila :
Gila De mi esposo son los ecos. . .
que es esto, marido mio ?
Per. Ya no lo mirais ? ir preso !
Gila Porqué ?
Per. Porque soy valiente.
G'ila Senores, si vale el ruego,
dejalde que es mi marido :
y si no quereis hazerlo,
a palos con esta tranca
os he de moler los huesoa.
Alg. Aqui del rey, que me matan !
Per. Esso si; ea, palos en ellos,
esso si, mojer de mi aima,
démos les mas !
Gila Mas le démos !
Entranlos a palos con que dà
Fin
Antonio Restori
professeur à i'Université de Messine.
LA ce JERUSALEN CONQUISTADA »
DE LOPS DE VEGA
ET LA « GERUSALEMiME LIBERATA >>
Les étroites relations politiques qui existèrent entre
l'Espagne et l'Italie dès la première moitié du XV<= siècle, la
conquête du royaume de Naples par Alphonse d'Aragon, qui
transplanta sur le sol italien un grand nombre de nobles
familles espagnoles, la foi ardente et le dévouement au Saint-
Siège qui firent de la catholique Espagne des XV* et
XVI* siècles l'intrépide champion de la papauté, telles furent
les causes principales des échanges intellectuels qui ne tar-
dèrent pas à s'établir entre les deux nations et de la péné-
tration réciproque des langues et des littératures espagnoles
et italiennes. La langue espagnole, introduite en Italie par
les princes de la Péninsule ibérique qui régnèrent à Naples
et en Sicile, s'étendit au delà du pays soumis à leur gouver-
nement; elle était connue et parlée à Rome dès les pontifi-
cats de Calixte III et d'Alexandre VI, c'est-à-dire vers 1460.
Mais les vainqueurs à leur tour subirent l'influence des
vaincus, et cette influence, qui s'exerça tout d'abord sur leur
langue, se fit surtout sentir sur leur littérature et plus parti-
culièrement sur la poésie. La connaissance de chefs-d'oeuvre
tels que la Divine Comédie^ le Canzoniei^e de Pétrarque, le
Roland Furieux, remplit d'admiration les lettrés espagnols de
la fin du XV^ siècle, et Boscan et Garcilaso, en introduisant
l'hendécas^yllabe italien dans la poésie espagnole, lui donnè-
rent un nouvel éclat. Dès lors les deux peuples semblèrent
mettre en commun leur patrimoine littéraire, et à peine un
ouvrage de quelque valeur était-il sorti de la plume de son
auteur, qu'il était connu, traduit et imité par les écrivains
de l'autre nation. Les Espagnols pétrarquisaient en rime ita-
liennes et les Italiens composaient des ouvrages en espagnol
11
166 LA «JERUSALEN CONQUISTADA »
OU des comédies bilingues qui prouvaient leur connaissance
de la langue, du caractère et de la littérature des Espagnols'.
Or c'était au moment où les relations littéraires de TEspagne
et de l'Italie étaient le plus intimes que le Tasse fit paraître
son merveilleux poème de la. Jérusalem délivrée. Nous n'avons
pas à rappeler ici la célébrité dont jouit l'œuvre du Tasse, en
Espagne, dès son apparition, M. A. Farinelli ayant annoncé
une étude complète sur ce point d'histoire littéraire, mais
nous tenons à constater le fait parce qu'il explique l'émula-
tion qui s'empara de Lope de Vega en lisant l'œuvre du Tasse
et son désir d'égaler dans le genre épique le seul de ses con-
temporains qui jouit alors en Europe d'une réputation supé-
rieure à la sienne. Lope était d'ailleurs familier depuis long-
temps avec la littérature italienne, et ce n'était pas la pre-
mière fois qu'il essayait de se mesurer avec les poètes italiens.
En 1598, il avait fait paraître un roman pastoral La Arcadia-
qui n'était guère qu'une imitation du roman du même nom
de Sannazar ^ En 1602, il avait publié le poème intitulé La
Hermosura de Angélica, qu'il avait écrit en 1588 sur le vais-
seau le San Juan, et qui était, dans sa pensée, la continuation
de VOrlando Furioso de l'Arioste *.
Enfin il avait plié sa muse à toutes les variétés du lyrisme
italien et essayé d'imiter Pétrarque dans un grand nombre de
sonnets. Mais s'était-il bien rendu compte de l'entreprise qu'il
allait tenter en imitant le Tasse et avait-il interrogé sérieuse-
ment ses forces avant de se mettre à l'œuvre? JN 'était-il pas
beaucoup plus clairvoyant quand il écrivait plus tard dans la
Filoména ces paroles, qu'il aurait dû méditer avant d'écrire
son poème de la Jerusalen Conquistada :
Ninguno lo que imita iguala
* Voy. B. Croce, La lingua spagnuola in Italia. — Appendice di Ar-
luro Farinelli, p. 71.
* La Arcadia, quoique écrite en prose, contient un grand nombre de
poésies.
3 La première version espagnole de ï Arcadia de Sannazar avait paru
en 1547.
* Voir Obras sueltas, tome II, Prôlogo delautor.
ET LA «GERUSALEMME LIBERATA » 167
Pues ninguno en el método extranjero
Puso su ingenio en el lugar primero.
La réponse à cette double question se dégagera, nous l'es-
pérons, de l'étude que nous allons faire de la Jérusalem de
Lope et du parallèle que nous allons établir entre l'œuvre du
poète espagnol et celle du Tasse.
La Jerusalen Conquistada est un des plus grands efforts de
Lope, a dit Ticknor*, et il est facile de se convaincre de la
justesse de cette parole en considérant, d'un côté, la facilité
extraordinaire de composition et la fécondité prodigieuse du
poète qui « fit passer plusieurs fois ses comédies de la Muse
au théâtre dans l'espace de vingt-quatre heures », et, de l'au-
tre, le temps relativement très long qu'il consacra à son
poème. Lope qui, comme tous les Espagnols de son époque,
aima, dans sa jeunesse, les voyages, les aventures et la vie des
camps, ne songea sérieusement à suivre la carrière littéraire
que vers Tâge de trente ans. Dès le début de cette carrière,
séduit par les beautés de l'œuvre du Tasse et envieux aussi,
comme il le confesse lui-même, de la gloire de l'illustre ita-
lien*, il se prépare à l'imiter. Nous trouvons dans le privilège,
daté de Valladolid, qui se trouve en tête de la Je7'usalen, que
1 Histoire de la littéi-ature espagnole, trad. Magnabal, tome II,
page 221.
2 Dans le livre IX de la Jerusalen, oct. 73 et 74, Lope semble vouloir
justifier son désir d'égaler le Tasse, quand il dit, à propos d'un guerrier
jaloux d'imiter les exploits d'un de ses compagnons d'armes :
Cuando causa el ajeno bien despecho,
Es pensamiento vil y advenedizo,
Mas emular la ajena gloria y fama,
Para imitar el bien, virtud se llama.
Asi Uegô Virgilio al mayor grado
De la Musa latina sonorosa
De la gloria de Homero provocado
A envidia noble, emulacion honrosa.
Alejandro de Achiles incitado
Paso la raya à su opinion gloriosa.
168 LA «JERUSALEN CONQUISTADA »
l'auteur de la Conçuîs^arfa avait travaillé sept ans à son œuvre'.
Or la Conquistada, qui ne parut qu'en 1610, était écrite dès
1603, ainsi qu'il ressort des paroles de Lope lui-même. Il nous
dit, en eflfet (livre xviii, oct. "4^ qu'il a a vu trente-huit fois
le soleil '^ » Le poète espagnol était donc dans tout l'éclat de
son talent et dans toute la maturité de son esprit lorsqu'il
mit la dernière main à son poème. Il le constatait d'ailleurs
lui-même dans sa lettre au duc de Sessa du 3 septembre 1605,
en disant au sujet de la Jerusalen: Es cosa que he escrito en mi
mejor edad y cun estudio diferente que otras de mi juventud. »
Lope pouvait se flatter, en eflfet, d'avoir fait avant tout une
œuvre d'érudition et, disons-le en passant, cet excès d'érudi-
tion contribue puissamment à la monotonie et au désordre qui
régnent dans tout le poème. Si c'est à ce point de vue que se
plaçait le cavalier Marin quand il écrivait à Lope qu'il avait
surpassé son modèle, nous ne saurions le contredire.
Mais, avant d'examiner la Conquistada au point de vue litté-
raire, il convient d'exposer le sujet du poème, de l'analyser,
de voir si les événements qu'il rapporte ont une origine histo-
rique et de rechercher ensuite ce que le poète espagnol a em-
prunté au chantre de la Liberata.
La Jérusalem de Lope, comme celle du Tasse, est divisée
en vingt livres ^ et rimée en octaves. Le Tasse avait chanté la
première croisade et la délivrance des Lieux Saints par Go-
defroy de Bouillon. Lope chante la troisième croisade, entre-
prise par Richard Cœur-de-Lion, Philippe-Auguste et Frédé-
ric Barberousse, auxquels il adjoint, contre toute vérité
historique, Alphonse VIII de Castiile et une foule de nobles
1 D'après la plupart des critiques, le Tasse avait employé huit ans à
composer la Liberata. Lope n'aurait donc mis guère moins de temps que
le poète italien à préparer la Conquistada.
- Lope était né le 25 novembre 1565. D'ailleurs, dans sa lettre au duc
de Sessa (1605), Lope parle de son poème comme d'une œuvre terminée
depuis longtemps.
3 Dans le prologue de son poème {Obras sueltas, tome XIV, page xxvni),
Lope nous dit qu'il ne condamne pas l'emploi du mot Chant., dont s'est
servi le Tasse, pour les divisions d'un poème « pues, dit-il, todos los anti-
guos comenzaron sus obras, llamando cantarlas al escribirlas », mais,
ajoute-t-il, « todos los Uamaron libros. Y asi me parece dividir el mio à
imitaciôn suya. »
ET LA «GERUSALEMME LIBEUATA » 169
Espagnols. Or, on le sait, cette croisade n'eut aucun ré-
sultat par suite de la discorde qui ne tarda pas à diviser les
princes chrétiens, et Saladin resta paisible possesseur du
trône de Jérusalem. Le titre de Jerusulen Conqiiistada ne ré-
pond donc pas aux événements et cette dénomination est une
première faute de Lope. Voici livre par livre une analyse du
poème.
Livre L — Noureddin, sultan de Syrie et d'Egypte, dont
Saladin avait été le lieutenant, apparaît en songe à ce der-
nier et lui reproche de supporter les chrétiens en Asie. Sala-
din réunit ses sultans à Damas. Un apostat, don Raymond,
ancien seigneur de Tibériade, est au milieu d'eux; la guerre
contre Guy de Lusignan, roi de Jérusalem, est résolue et dé-
clarée. Dans la première rencontre, les chrétiens, tourmentés
par la soif, sont vaincus par les Turcs qui s'emparent d'une
partie du bras de la sainte Croix. Le roi est fait prisonnier en
même temps que les grands maîtres de Saint Jean et du Tem-
ple. Un grand nombre de Templiers et de femmes sont mas-
sacrés après la bataille.
Livre IL — Le poète nous transporte en Espagne, où Ri-
chard d'Angleterre, accompagné de sa fille Éléonore, vient,
pour accomplir un vœu, visiter le tombeau de saint Jacques.
Le roi s'éprend d'Éléonore. — Nous revenons à Jérusalem.
Sibylle, femme de Guy de Lusignan, connaissant la fatale
issue de la bataille de Tibéi'iade et voulant échapper au vain-
queur, sort de la ville avec ses enfants et rencontre bientôt
Guy, que Saladin a remis en liberté ; elle suit son mari à Pto-
lémaïde. Saladin entre triomphant à Jérusalem. Les temples
sont détruits, à l'exception de celui de Salomon. Le Saint
Sépulcre et le tombeau de Godefroy sont également respec-
tés. Deux Espagnoles, Blanche et Soi, amenées à Saladin
comme captives, s'emparent de quelques armes, font une
hécatombe de Turcs et meurent courageusement.
Livre III. — Les chrétiens sortent de Jérusalem et pren-
nent le chemin de Tripoli de Syrie. Ils s'arrêtent sur le rivage
pour se reposer. Héraclius, leur patriarche, leur rappelle les
170 LA « JERUSALEN CONQUISTADA »
prophéties et fait l'histoire du temple de Salomon. Le comte
Raymond tombe à l'improviste sur les fugitifs et les massa-
cre. Le lendemain, il est trouvé mort dans sa tente. Guy ras-
semble des troupes pour marcher contre Saladin, mais Si-
bylle le retient en se jetant à ses pieds avec ses. quatre
enfants.
Livre IV. — Nous sommes transportés au ciel et le poète
nous décrit la Jérusalem céleste. La Jérusalem terrestre vient
rappeler au Seigneur tout ce qu'il a fait pour elle et les maux
dont elle a été accablée à cause des prévarications des Hé-
breux. Dieu se laisse toucher. Un ange apparaît à Richard
et lui commande de faire la guerre à Saladin. Alphonse part
avec lui. Nomenclature des nobles espagnols qui l'accompa-
gnent. — Nous revenons en Palestine. Saladin, qui a été
vaincu par Guy en rase campagne, vient assiéger Ptolémaïde
où le roi et les siens se sont enfermés. La famine sévit parmi
les assiégés; elle cause la mort de Sibylle et de ses quatre
enfants. Saladin, instruit de l'approche de Frédéric Barbe-
rouse, lève le siège; mais la discorde soulève les passions
dans le cœur des princes chrétiens. Herfrando, raati d'Isa-
belle, sœur de Sibylle, et Conrad de Montferrat, gouverneur
de Tyr, disputent à Guy le trône de Jérusalem.
Livre V. — Conrad enlève Isabelle, femme d'Herfrando, et
l'épouse pour avoir droit à la couronne. L'Ambition arme les
chrétiens les uns contre les autres. Frédéric Barberousse
approchait, mais on apprend qu'il vient de se noyer dans le
Cydnus. Récit des exploits de Frédéric et exaltation de sa
puissance. Son fils, Frédéric de Souabe, lui succède dans le
commandement de l'armée. La peste éclate dans le camp du
duc de Souabe. Les croisés allemands reprennent le chemin
de l'Europe. Les chrétiens désespèrent de reconquérir Jéru-
salem.
Livre VI. — Le frère de Saladin. Sirasudolo, fait connaî-
tre à ce dernier l'arrivée du roi de Castille dont il vante la
bravoure. Un Espagnol raconte au sultan l'histoire de l'Espa-
gne. Saladin veut éprouver la valeur castillane. Neuf Espa-
gnols se battent en champ clos contre neuf Sarrasins. Les
ET LA «GERUSALEMME LIBERATA» 171
Espagnols triomphent, mais les Turcs, furieux de la défaite
des leurs, massacrent les vainqueurs.
Livre VII. — Nous sommes en Espagne, où nous voyons
les enfants chrétiens de Tolède prendre la croix et combattre
autour de leur ville natale pour essayer leurs forces. Philippe-
Auguste, Richard et Alphonse de Castille arrivent en Sicile,
où le solitaire Joachim de Flore nomme à Alphonse VIII tous
ses descendants jusqu'à Philippe III. Les chrétiens se remet-
tent en route. Lucifer rassemble autour de lui toutes les
puissances de l'abîme et les déchaîne contre la flotte des croi-
sés. Ceux-ci courent de grands dangers. Richard se met en
prière, et la tempête s'apaise. Les chrétiens arrivent devant
Chypre. Les habitants de l'île s'obstinant à ne pas les rece-
voir, le roi d'Angleterre s'apprête à combattre.
Livre VIII. — La bataille s'engage. Alphonse de Castille,
tombé dans une embuscade, est fait prisonnier par Isménie,
reine de Limisol, qui s'éprend de son captif. Isménie se revêt
d'habits d'homme, se donne pour le frère de la reine de Li-
misol, et se décide à se croiser pour pouvoir suivre Alphonse.
Celui-ci, rendu à la liberté, rejoint les siens. Garceran Mau-
rique, noble Castillan, se bat avec Roger de Roussillon pour
soutenir l'honneur du roi de Castille attaqué par ce dernier.
Chypre tombe au pouvoir des croisés qui, après la conquête,
se remettent en route pour Jérusalem. Pendant qu'ils voguent
vers la Palestine, le poète nous transporte de nouveau en
Espagne, et nous montre les enfants de Tolède arrivant à
Valence, où le sultan de ce royaume les fait attaquer par ses
janissaires. Les enfants chrétiens sont vaincus malgré d'in-
croyables exploits.
Livre IX. — Les croisés abordent en Palestine. Saladin se
trouble et fait appeler le mage Mafadal. Celui-ci envoie un
navire plein de reptiles venimeux pour défendre l'entrée du
port de Jaffa aux croisés et épaissit l'air autour de la flotte.
Après un combat naval, où ils ont le dessus, les chrétiens
abordent. Description du camp chrétien. Rivalité entre Gar-
ceran et le duc de Bourbon. Herfrando vient demander à
Richard le secours des croisés contre Conrad. Juan de Avilar,
maître des Templiers, est chargé d'empêcher le ravitaillement
172 LA «JERUSAr,EN CONQUISTADA »
de Saint-Jean-d'Acre. Un Anglais, traître aux siens, Carlo, le
livre au sultan Tarudante. Aguilar et son escorte périssent
dans une embuscade.
Livre X. — Le corps de Juan de Aguilar est rapporté au
camp. Tarudante se rend auprès de Saladin et lui fait part de
sa victoire. Saladin le récompense d'abord magnifiquement,
mais apprenant ensuite qu'il a fait justice du traître, et crai-
gnant que cet exemple ne décourage les chrétiens qui vou-
draient passer dans l'armée ennemie, il le condamne à mou-
rir. Tarudante corrompt son bourreau en lui promettant la
main de sa fille. Celle-ci, déjà fiancée, implore vainement son
père. Le fiancé se pend à un arbre et la jeune fille se jette
dans la mer. Un esclave est décapité à la place de Tarudante.
Les chrétiens se disputent les armes de Juan de Aguilar.
Isménie, envoyée à Tjr auprès de Conrad pour le sommer de
comparaître devant les rois croisés, lui reproche sa mauvaise
foi, le défie, se bat successivement avec cinq chevaliers et
enfin avec le roi de Tyr lui-même.
Livre XL — Les croisés assiègent Ptolémaide. Les chefs
font des prodiges de valeur, pour mériter les armes de don
Juan, qui ont été promises au plus brave. Une grande tour,
construite par les croisés, ébranle les murs de la cité. Ismé-
nie monte sur les remparts et y plante l'étendard des chré-
tiens. Elle se décide à avouer son amour et son sexe à Al-
phonse et l'entraîne hors du camp. Garceran, craignant pour
son roi, les suit. Il surprend ainsi le secret de la reine de
Limisol et s'éprend de la princesse. Conrad est mis à mort par
des émissaires d'Herfrando. Ce dernier succombe lui-même
en essayant d'escalader les remparts et meurt au moment où
sa femme, délivrée de Conrad, venait le rejoindre.
Livre XII. — Isabelle laisse éclater sa douleur à la vue du
corps d'Herfrando. On fait à ce dernier de magnifiques funé-
railles et on place sur sa poitrine l'épée de Juan de Aguilar.
Le siège de Ptolémaide se poursuit pendant trois ans, au bout
desquels la famine désole la ville. Les assiégés viennent de-
mander la vie sauve aux croisés, '[leur promettant en retour
de leur rendre le bras de la vraie Croix. Le bois sacré est em-
porté par le sultan, qui fuit à Jérusalem. Les assiégés essayent
ET LA «GKRUSALEMME LIBERATA » 173
d'imiter le bois de la croix,*pour tromper les chrétiens. Ceux-
ci sortent processionnelleœent du camp pour le recevoir et
font éclater leurs transports à sa vue. Une femme leur dé-
couvre la supercherie. Bataille, massacre des prisonniers
chrétiens. Isménie s'empare d'une guerrière, Melidora, qui
défendait les portes de la ville. Les chrétiens pénètrent dans
la cité et massacrent les Turcs par représailles. Un de ces
derniers qui cherchait à frapper Richard traîtreusement est
mis en pièces par les gardes.
Livre XIIL — Sirasudolo, accompagné des fils de Saladin,
s'empare, par trahison, d'un château défendu par un croisé
français. Garceran défie Isménie pour l'attirer à l'écart et lui
avouer son amour. Le roi de Castille arrive au moment où
Garceran fait sa déclaration; il accable son vassal de repro-
ches. Un Turc, qui a vu le semblant de duel de Garceran et
d'Israénie, et qui croit qu'ils se sont entre-tués jvient annon-
cer leur mort à Sirasudolo. Celui-ci, croyant n'avoir rien à
craindre d'eux, vient les défier par fanfaronnade. Au moment
du duel, la trahison de^Sirasudolo est découverte etil est fait
prisonnier. Les chrétiens reprennent la forteresse et s'empa-
rent des deux plus jeunes fils de Saladin, ainsi que du mage
Mafadal. Le mage évoque l'image^d'Eléonore et 'la montre à
Alphonse à l'aide d'un miroir enchanté. Il fait ensuite passer
sous les yeux du roi, au moyen du même miroir, tous les
princes qui doivent descendre de lui jusqu'à Philippe III.
Livre XIV. — La Discorde sort^de l'Enfer et va chercher
l'Injure dans sa caverne; elles versent toutes deux le poison
dans le cœur de Philippe-Auguste. Le roi de France, jaloux
de Richard et se rappelant les injures qu'il en a reçues, as-
semble ses'chevaliers, tient conseil et décide de retourner en
France. Discours pour et contre cette résolution. Le duc de
Bourgogne et les Français les plus ,braves restent en Pales-
tine avec Richard et Alphonse. Saladin, qui s'apprêtait à ren-
dre Jérusalem sans combat, reprend courage à la nouvelle du
départ des Français. Richard vient mettre le siège'devant Tyr.
Garceran et Alphonse y sont blessés.
Livre XV. - Garceran et plusieurs autres chevaliers cas-
tillans se précipitent pour ramasser la flèche que le roi vient
174 LA « JERUSALEN CONQUISÏADA»
d'arracher de sa blessure. Garceran écarte tous ses compa-
gnons, se bat avec l'un d'eux et tue son adversaire. Alphonse
réprimande son bouillant vassal qui quitte alors le camp et va
avec un autre Espagnol, Osorio, visiter le tombeau du Christ.
Les pèlerins sont reconnus à Jérusalem et arrêtés. Une lutte
s'engage. Garceran et Osorio tuent tous ceux qui s'appro-
chent d'eux. Pendant ce temps les Turcs minent le camp des
chrétiens et font sauter la partie où étaient gardés Sirasudolo
et ses neveux. Alphonse envoie une ambassade à Saladin pour
lui proposer le rachat des prisonniers. Saladin montre ses tré-
sors aux envoyés et les invite à y puiser. Garceran est mis en
liberté sans rançon. Eloge de Saladin.
Livre XVL — Richard donne l'assaut à Tjr, qui est prise
et saccagée. Le roi d'Angleterre demande à être reconnu roi
de Jérusalem. Guy de Lusignan s'y oppose d'abord. Les Fran-
çais, ayant à leur tête le duc de Bourgogne, soutiennent les
droits de Guy. Garceran défie le duc. Pour calmer les esprits,
Guy abandonne ses prétentions et accepte la royauté de Chy-
pre en échange de celle de Jérusalem. Les Français s'empor-
tent contre cette décision. Saladin se détermine à soi'tir de la
ville sainte pour offrir la bataille aux croisés. Richard est
couronné et la main d'Eléonore est solennellement promise à
Alphonse. Garceran demande la main d'isménie. Laguerrière,
blessée des dédains du roi, fuit hors du camp. Garceran est
vainqueur sur le Cédron de quelques troupes qui allaient re-
joindre Saladin. Cinq rois étaient à leur tête, il les amène
prisonniers à Isménie. Guy part pour Chypre.
Livre XVIL — Préparatifs de la bataille qui va se livrer
entre Saladin et Richard. Enumération des forces de ce der-
nier et longue nomenclature des nobles Espagnols qui vont
combattre. L'un des rois prisonniers de Garceran l'amène
auprès d'une magicienne, Brandalisa, qui lui prédit qu'il épou-
sera Isménie. Celle-ci revient se mêler aux croisés pour pren-
dre part u la bataille. Description minutieuse de l'armée de
Saladin. Les deux rois haranguent leurs troupes avant le com-
bat. Pendant la bataille un croisé blessé est entouré de dix
Sarrasins ; Garceran vole à son secours, le place sur son
cheval et l'emporte dans sa tente. Ce croisé n'est autre qu'Is-
ménie.
ET LA «GERUSALEMME IJBERATA » 175
Livre XVIII. ~ Garceran retourne au combat et se cou-
vre de gloire. La Victoire, environnée de milliers d'anges,
acclame Richard et Alphonse et plane au-dessus de l'ar-
mée chrétienne. Les croisés sont vainqueurs. Après la ba-
taille, ils visitent les alentours de Jérusalem et rappellent à
leur souvenir tout l'Ancien et le nouveau Testament. Isménie
promet sa main à Garceran qui l'a sauvée. Richard s'apprête
à marcher sur Jérusalem. La discorde reparaît; elle montre
à l'Anglais, le roi de France ravageant la Normandie et le
presse de retourner en Angleterre. Elle persuale à Richard
que Dieu n'a pas besoin de son secours pour délivrer Jérusa-
lem. Richard conclut une trêve avec Saladin et revient en
Europe. Les Maures, ayant rompu la trêve avec l'Espagne,
Alphonse est aussi rappelé dans ses Etats.
Livre XIX. — Alphonse passe la revue des Castillans qui
vont s'embarquer et donne à la noble famille des Gajtanes
la croix de Jérusalem pour armes. Le roi d'Espagne arrive en
Sicile où il est reçu par le roi Guillaume ; de là il fait voile
pour son pays. Il entre à Tolède et ne tarde pas à s'éprendre
d'une belle Juive. Ses vassaux tuent cette dernière pour
mettre fin aux dérèglements du roi. Un ange apparaît à Al-
phonse, inconsolable de lamortde cette femme, et lui annonce
qu'en punition de sa passion, il n'aura pas d'héritiers mâles.
Livre XX. — Les Chrétiens d'Orient, persécutés par Sala-
din, se résolvent à le tuer dans une émeute et à donner la
couronne à Henri de Champagne, époux d'Isabelle, sœur de
Sybille. Une colombe, portant à Henri un message des con-
jurés, effrayée par un archer qui allait tirer sur elle, se
dirige vers Jérusalem et tombe aux pieds du fils de Saladin.
La conjuration est découverte. Les chrétiens, qui se présen-
tent, la nuit suivante, aux portes de la ville, sont passés au
fil de l'épée. Henri de Champagne, qui songeait à revenir en
France, tombe du haut d'une galerie et se tue. Richard est
poussé par la tempête sur les terres du duc d'Autriche. Lon-
gue description de la tempête. Le poète exalte la puissance
et la justice de Dieu. Mort de Saladin ; ses funérailles.
176 LA «JERUSALEN CONQUISTADA »
II
En lisant l'œuvre touffue et quelquefois presque inextrica-
ble que nous venons d'analyser, on est tout naturellement
amené à se demander si Lope a emprunté à l'histoire les évé-
nements qu'il raconte et quelles sont ses sources probables
Constatons tout d'abord que, jusqu'ici, la Conquistada n'a
été examinée par les critiques qu'au point de vue purement
littéraire, et qu'à part Ticknor', qui parle nd'un certain respect
de la vérité historique », aucun d'eux n'a songé à l'étudier
dans ses rapports avec l'histoire. Il semble cependant que la
question ait été agitée par les contemporains de Lope, car ce
dernier se défend, dans la /^îVomeno, d'avoir inventé les évé-
nements qu'il rapporte:
Canté la historia trâgica (dit- il)
De quien se rie el Tordo,
Siguiendo los antiguos escritores,
Todo es verdad etc.
L'affirmation de Lope est formelle. Quelle est sa valeur?
Pour répondre à cette question, il suffit de rappeler briè-
vement les événements de la troisième croisade.
Le 3 juillet 1187 eut lieu la malheureuse bataille de Tibé-
riade où les chrétiens, (jui souffraient depuis la veille de la
soif et de la chaleur, furent défaits et où le roi Guj et les
grands Maîtres du Temple et de Saint-Jean furent faits pri-
sonniers. Au commencement de la bataille, le comte Raymond
de Tripoli traversa les rangs des Musulmans, qui s'écartè-
rent pour le laisser passer, et quitta le lieu du combat. Les
Turcs s'emparèrent^du bois de la Sainte-Croix, et, après la
bataille, massacrèrent les chevaliers du Temple sous les yeux
de Saladin et par ses ordres. Le 2 octobre 1187, Saladin entra
à Jérusalem, d'où la'reine Sibylle avait fui à son approche,
et laissa sortir les chrétiens qui voulurent se racheter. Ces
ehrétiens, conduits par une escorte sur les terres du duc
d'Antioche, 'furent dépouillés et massacrés par le comte Boé-
1 H if foire de la littérature espagnole, tome II.
ET LA «GERUSALEMME LIBERATA » 177
mond et par son fils Raymond. En 1189, Sjbille et ses quatre
enfants moururent devant Saint-Jean-d'Acre ; sa sœur Isa-
belle, mariée à Humphroi de Thoron, gentilhomme de Tou-
raine, seigneur de Montréal et connétable de Jérusalem, hé-
rita de ses droits à la couronne. Conrad, marquis de Mont-
ferrat, disputa alors Isabelle à Humphroi, fit casser le ma-
riage de ce dernier par l'autorité ecclésiastique et épousa
la princesse. La nouvelle de la prise de Jérusalem par
Saladin étant parvenue en Europe, les rois d'Angleterre
et de France, ainsi que l'empereur d'Allemagne, se croisè-
rent et partirent pour la Palestine. Frédéric Barberousse
prit la route des croisés de 1098 et se noja dans le Cjdnus.
Son fils, Frédéric de Souabe, lui succéda dans le com-
mandement de l'armée, mais ne lui survécut que quelques
mois. Richard d'Angleterre et Philippe-Auguste prirent la
voie de mer, passèrent l'hiver en Sicile où leur union se
rompit, et d'où le roi de France partit le premier. Richard
ne tarda pas à reprendre son voyage, conquit en passant
l'île de Chypre, qui appartenait alors à Isaac Comnène, et
rejoignit Philippe-Auguste devant Saint-Jean-d'Acre le 8 juin
1191. Après un long siège, la ville d'Acre capitula et il fut
stipulé que si, au bout de quarante jours, Saladin ne remettait
pas la vraie Croix aux chrétiens, ne rendait pas les prison-
niers et ne payait aux Croisés 200,000 besants d'or, la gar-
nison, que ceux-ci gardaient comme otage, serait à la discré-
tion des rois chrétiens. Le quarantième jour étant écoulé et
les conditions n'étant pas remplies, Richard fit massacrer
les soldats turcs, qui étaient au nombre de 2,600. Après le
siège d'Acre, Philippe-Auguste quitta la Palestine, laissant
au duc de Bourgogne le commandement des croisés français.
Peu de temps après, Conrad de Montferrat fut assassiné par
des envoyés du Vieux de la Montagne, et sa veuve épousa
Henri de Champagne. Richard poursuivit quelque temps en-
core ses succès en Palestine, donna la royauté de Chypre à
Guy de Lusignan, puis conclut une trêve avec Saladin et
retourna en Europe. Henri de Champagne garda donc le ti-
tre désormais illusoire de roi de Jérusalem, mais il ne tarda
pas à se tuer (1197) en tombant du haut d'une fenêtre de son
palais de Saint-Jean-d'Acre.
178 ].A « JKRUSALEN GONQUISTADA »
Tels sont les faits attestés par l'histoire, et leur concor-
dance avec ceux qui font le sujet de la Jerusalen de Lope
est tellement évidente qu'il nous paraît inutile d'j insister. Si
le poète n'avait eu à cœur de glorifier sa patrie au détriment
de la vérité, on pourrait dire que son œuvre n'est que le reflet
de Thistoire. Lope, soit par ignorance, soit par un caprice de
poète, s'est seulement permis de ciianger le nom de l'un des
personnages historiques, de déplacer la date de quelques
événements et de les entourer de circonstances dramatiques
qui augmentent l'intérêt de son œuvre. C'est ainsi qu'il donne
à Saphadin, frère de Saladin, le nom de Sirasudolo et qu'il le
fait mourir dans le camp des chrétiens avec les deux plus
jeunes fils du sultan *. C'est encore dans le même but qu'il
fait enlever Isabelle, sœur de Sibylle, par le marquis Conrad,
et qu'il nous montre la malheureuse femme du marquis de
Tyr aimant toujours son premier mari et ne revenant auprès
de lui que pour assister à sa mort. En dehors de ces ciiange-
ments, bien pardonnables à un poète, il n'y a dans la partie
historique de la Conquistada que deux faits que l'on ne re-
trouve pas chez les historiens : l'envoi d'un navire rempli de
serpents dans le port de Jaffa ^ pour en défendre l'entrée
aux chrétiens et la traliison de l'anglais Carlo ^. Le premier,
évidemment légendaire, est cependant rapporté par Richard
de la Sainte Trinité. L'auteur de V Itinéraire du roi Richard,
nous dit : « qu'un vaisseau monté par sept émii's et par qua-
tre-vingts Turcs d'élite, portant un grand nombre de fioles de
feu grégeois et deux cents serpents très dangereux, fut envoyé
par Saladin au-devant de Richard *. » Quant au traître Carlo,
on trouve aussi une trace de ce personnage dans la chronique
du moine anglais, Benoît de Peterboroug " : Lope croyait donc
à la réalité de tous les faits qu'il rapportait, et il a pu sincè-
rement écrire: « Todo es verdad. »
1 Saphadin ne mourut qu'en 1218. Il fit la guerre aux chrétiens long-
temps encore après le départ de Richard et mit le siège devant Jaffa en
1197.
- Conquistada^ livre IX.
3 Ibid.
♦ Voii- Michaud, Bibliothèque des Croisades, tome II, page 68G.
* Id. ibid. page 847.
ET LA «GEHUSALEMiME LIBERATA » 179
Mais où puisait-il les renseignements historiques dont il a
fait usage ?
Il est peu probable qu'il ait eu connaissance des nombreu-
ses chroniques monastiques qu'avait fait éciore le grand mou-
vement des croisades et qui constituaient toute l'histoire de
ce temps. Les manuscrits de ces chroniques, cachés dans les
bibliothèques des cloîtres, étaient peu accessibles aux écri-
vains laïques du XVI* siècle. Mais il y avait une œuvre écrite
en langue vulgaire, popularisée par l'imprimerie, et à laquelle
il était tout naturel qu'il songeât: nous voulons parler de la
Gt^an Conqidsta de Ultramar, avec laquelle son poème pré-
sente des analogies qui nous paraissent significatives,
La Gran Conquista de Uilramar est une oeuvre étrange,
traduite, croit-on, d'un texte français qui ne serait lui-même
que la traduction amplifiée du grand ouvrage de Guillaume
de Tjr et de ses continuateurs *. Le traducteur anonyme de
Guillaume avait introduit dans son œuvre la légende du Che-
vaher du Cygne, celle de Charlemagne et de la relue Sébille et
presque toutes celles qui, de près ou de loin, se rapportaient
aux héros dont il écrivait les hauts faits. La Gran Conquista
est donc tout à la fois un roman de chevalerie et une œuvre
historique. Les évéuemenls rapportés par nos vieilles chroni-
ques s'y trouvent mêlés ai-;x fictions de nos chansons de
geste.
La Gran Conquista de Ultramar , qui est divisée en quatre
livres, embrasse dans son cadre tous les événements accom-
plis en Palestine depuis Mahomet jusqu'à la mort de Saint-
Louis. Les faits relatifs à la troisième croisade sont consignés
dans le quatrième livre. Si nous parcourons les chapitres de
ce livre qui rapportent les événements chantés par Lope,
nous ne tarderons pas à nous convaincre de la conformité de
ces derniers avec ceux qui sont relatés dans \a. Gran Conquista.
Dans les chapitres 143, 144, 145 et 146, consacrés au récit de
labataillede Tibériade et de ses conséquences, l'auteur nous
parie de la souffrance et de la soif endurées par les Croisés,
* Sur une des sources de la Gran Conquista, voy. G. Paris^ Romania.
XVII, 513, et XIX, 562. La Conquista fut imprimée pour la première
fois à SalamatKjue, en 1503.
180 LA «.lERUSALEN CONQUISTADA»
de la trahison du comte de Tripoli, de la prise de la vraie
Croix, de celle du roi Guy et du Grand-Maître des Templiers
par Saladin S Puis il raconte la mort prématurée du comte
de Tripoli, qui mourut chez lui quelques jours après la bataille*.
L'entrée de Saladin à Jérusalem et la générosité qu'il exerça
envers les chrétiens en les laissant sortir de la ville sainte
sont relatées dans les chapitres 164, 1d5 et 16ô. Dans les
deux chapitres suivants nous voyons les chrétiens, ayant à
leur tête le patriarche Héraclius et escortés par des soldais
de Saladin, arriver sur les terres du comte d'Antioche et de
Tripoli ^, où ils sont dépouillés et massacrés. Puis l'auteur
de la Gran Conquista nous parle du départ de l'archevêque
de Suriapour la Cour de Rome, de la prédication de la croi-
sade en Europe, du départ de Frédéric Baiberousse pour la
Palestine et de sa mort accidentelle dans le Cydnus, de la
déclaration de nullité du mariage d'Isabelle et d'Herfraudo
(qu'il appelle don Jofre) * et du second mariage de la prin-
cesse avec le marquis Conrad ^ Le récit des démêlés de Phi-
lippe-Auguste avec Richard occupe ensuite le narrateur qui
1 E aquella noche (la nuit avant la bataille) fueron los cristianos muy
coictados por agua... Etoviéronlos desta guisa fasta mediodia. Entonces
partiéronse cinco caballeros del haz del conde de Triple é fuéronse pora
Saladin é dijiéronle : « Sennor i que atiendes?... los moros cerrâronse é
fuéronse pora "1 Rey é prisiéronle é à todos cuantos estaban con él.-..
E en aquella batalla fué perdido la rera Cruz.. etc. Cf. analyse du 1" li-
vre de la Conquistada.
■^ Cf. Conquistada, livre III. Ici encore Lope a profité de la licence
octroyée aux poètes et nous a montré le Comte poursuivi par la justice
divine et mourant dans sa tente le lendemain même delà bataille.
3 Après la mort du comte Raymond, Tripoli était échu au fils de
Boémond, prince d'Antioche. Le nouveau comte portait aussi le nom de
Raymond.
4 L'identité de ce don Jofre avec Humphroi de Thoron n'est pas dou-
teuse, car il porte dans la Gt'an Conquista le nom de Jofre de Toron.
Mais comment le nom du seigneur de Montréal s'est-il changé en celui
de Jofre dans la Gran Conquista et en celui à'Herfrando dans la Con-
quistada, c'est ce qu'il est difficile d'expliquer. Herfrando semble plutôt
dériver de Humphvoi que de Jofre et c'est cette difficulté qui nous em-
pêche de conclure que la Gran Conquista a été l'unique source histori-
que de Lope.
^ Cf. Conquistada, livre V.
ET LA «GERUSALEMME LIBERATA » 181
nous montre le roi d'Angleterre se séparant du roi de France,
s'emparant de Chypre et rencontrant en mer, lors de sa sortie
de rîie, le fanaeux navire envoyé contre lui par Saladin *.
Richard triomphe cependant, vient rejoindre Philippe-Auguste
devant Saint-Jean-d'Acre, s'empare de la ville après un long
siège et fait promettre aux assiégés lie rendre la vraie Croix
et d'échanger les prisonniers. Le jour fixé pour la remise de
la vraie Croix étant arrivé, l'auteur de la Gran Conquista
nous montre les chrétiens sortant processionnellement de
leur camp pour aller la recevoir et nous fait assister au mas-
sacredes Maures ordonné par Richard, quand il se voit trompé
dans son attente par Saladin ^. Enfin il relate le départ de
Philippe-Auguste, le choix que fit le roi de France du duc de
Bourgogne pour commander les guerriers français restés en
Palestine •\ le départ du roi Guy pour Chypre *, la mort
violente du marquis Conrad °, le mariage de la veuve du
marquis avec Henri de Champagne, ' la trêve conclue entre
Richard et Saladin, le retour du roi d'Angleterre en Europe '
et la mort d'Henri de Champagne qui, dit-il, cayô de espaldas
por la finiestra del palacio *.
On le voit, la Conquistada semble n'être que la reproduction
du passage de la Gran Conquista qui relate les événements
de la troisième croisade^ et le rapprochement que nous venons
' Cf. Conquistada, livre IX.
2 Cf.
ibid.
livre XII.
3 Cf.
ibid.
livre XIV.
ibid.
livre XVI.
ibid.
livre XI.
ibid.
livre XIV.
ibid.
livre XVIII
ibid.
livre XX.
9 Seul le traître dont parle Lope dans les livres IX et X de sa Je?-u-
salen et dont nous avons retrouvé la trace dans la chronique de Benoit
de Peterborough, ne se trouve pas dans la Gran Conquista. Mais, outre
que tous les peuples et tous les auteurs ont toujours fait retomber la res-
ponsabilité de leurs défaites sur un traître, il est encore possible que la
Graii Conquista ait fourni à Lope l'idée de ce personnage. Nous y trou-
vons, en efl'et (livre IV, chap. 54, 55), le récit de la trahison des Frères
du Temple envers quelques envoyés du Vieux de la Montagiie au roi de
Jérusalem. Il est à propos de remarquer ici que le traître dont parle la
12
182 LA «JERUSALEN CONQUISTADA »
de faire entre les deux œuvres nous conduit tout naturelle-
ment à conclure que la Gran Conquista a probablement été la
principale source historique de Lope.
III
Mais si le fond des événements est emprunté à l'histoire,
Lope s'est manifestement inspiré du Tasse pour la contexture
de l'intrigue. Les sources communes où avaient puisé les au-
teurs de la Libtrata et de la Conquistada rendaient, il est vrai, la
ressemblance des deux poèmes inévitable sur quelques points.
Lope, comme le Tasse, était nourri de l'antiquité et si ce der-
nier a suivi bien souvent les traces des anciens et surtout de
Virgile, Lope pouvait aussi, sans songer à copier le Tasse,
suivre la même marche dans son poème et donner à ses héros
quelques traits qui les faisaient ressembler à ceux du poète
italien, mais qui, en réalité, étaient communs àces derniers et
à ceux de V Iliade et de V Enéide. Cependant et en y regardant
de près, on voit clairement que c'est bien le Tasse qui a été
l'inspirateur immédiat de Lope. Les principaux héros de Lope
ne sont, en effet, que la reproduction de ceux du Tasse:
ils occupent dans le poème, la même place que ces derniers,
ils présentent les mêmes traits, le même caractère et ils ac-
complissent les mêmes exploits.
Les protagonistes de la Liberata sont Godefroy et Renaud.
Le caractère historique de Godefroy, le rôle bien déterminé
qu'il a joué dans la croisade, se prêtant peu aux caprices de
l'imagination, c'est sur Renaud que va s'exercer la fantaisie
du poète. C'est Renaud qui sera son héros favori, c'est lui qui
décidera du sort de la croisade, c'est encore lui qui sera l'objet
soit de l'amour, soit de la haine de la belle et passionnée Ar-
mide. Les protagonistes de la Conquistada sont beaucoup plus
nombreux que ceux de la Liberata., car Lope devait adjoindre
aux chefs de la troisième croisade, qu'il se croyait sans doute
chronique de Robert s'appelle de Saint- Alban et appartient à l'ordre des
chevaliers du Temple, et que le maître des chevaliers dont il s'agit dans la
Gran Conquista porte le nom de Saint-Amand.
ET LA «GERUSALEMME LIBERATA » 183
tenu de conserver et qui ont tous un rôle important dans son
poème, Alphonse VIII de Castille et Garceran Manrique. La
physionomie et le rôle de Frédéric Barberousse, de Philippe-
Auguste et de Richard-Cœur-de-Lion étant fixés par l'his-
toire, Lope ne pouvait les modifier à son gré. C'est donc à
Grarcerau Manrique qu'il va confier le soin de faire revivre
dans la Conquistada le second héros de la Liberata. Mais
comme le poète espagnol ne pouvait, à cause de la multipli-
cité des héros principaux, créer autant de personnages secon-
daires que son illustre devancier, il fait remplir tour à tour
à Garceran, outre le rôle de Renaud, celui de Tancrède et
celui d'Argant.
Et d'abord le rôle de Renaud. Lope et le Tasse se sont
inspirés du même modèle pour tracer les traits de leur héros
favori, et on reconnaît bien vite en ce dernier quelques traits
de l'Achille de Vlliade. Garceran Manrique, dont la famille
a été alliée à la maison de Castille, a toute l'intrépidité, tout le
courage, toute la folle témérité de l'illustre ancêtre de la mai-
son d'Esté. Comme Renaud qui était entré dans la forêt en-
chantée sans se laisser efirayer par aucun prodige, Garceran
gagne résolument à la nage, malgré la défense de son roi, le
navire rempli de monstres.
Le héros italien, outragé par Gernand, se bat avec son
insulteur, le tue et fuit le camp des croisés pour éviter les
justes réprimandes de Godefroy *. De même Manrique, in-
sulté par un noble Espagnol, tue son adversaire et, répri-
mandé par le roi, quitte le camp et va visiter le tombeau du
Christ en qualité de pèlerin*. Ici Lope cesse d'imiter le Tasse
pour suivre l'Arioste, et au lieu de jeter son héros entre les
bras d'une femme, il le conduit à Jérusalem oii il lui fait ac-
complir des exploits qui rappellent ceux que l'Arioste prête à
Roland dans sa folie. C'est ainsi que Garceran, ayant été re-
connu à son entrée dans la ville sainte, arrache d'abord une
poutre avec laquelle il assomme tous ceux qui veulent l'arrê-
ter; puis, il s'empare d'une chaîne qui reliait deux piliers, si
forte, dit Lope, « que la arrancara un toro con fatiga » et il
* Liberata, chant V, oct. 26.
' Cojiquistada, livre XV.
184 LA «JERUSALEN CONQUISTADA »
s'en sert pour briser le crâne de tous ceux qui l'approchent.
Enfin, enfermé avec celui qui l'avait accompagné dans sa
fuite, il arrache les pierres de sa prison et les utilise comme
projectiles, pour tenir à distance les as!«aillants. Cependant
Gai'ceran revient à l'armée et prend part à la grande bataille
qui se livre entre Saladin et les Croisés. Comme Renaud
dans la bataille contre l'armée d'Egypte \ il fait des prodi-
ges de valeur: il triomphe de tous ses adversaires, secourt
tous les siens, rallie ceux qui fuient et porte le désordre
dans les rangs ennemis.
Tels sont les principaux traits de ressemblance entre le
héros espagnol et le Renaud du Tasse. Voyons maintenant
ce que Lope, pour tracer ce portrait, a emprunté à Tancrède.
Le poète italien nous a monti'é ce guerrier brûlant d'amour
pour une femme, Clorinde, qu'il avait à peine entrevue. Dans
le chant III (octave 25 et suiv.), nous le voyons la reconnaî-
tre subitement, l'attirer à l'écart en feignant de vouloir croi-
ser le fer avec elle et lui avouer son amour. C'est ainsi qu'a-
git Garceran à l'égard d'Isménie. Il la défie, l'attire hors du
camp sous prétexte de combat et lutte longuement avec elle.
Le subterfuge employé par Manrique auprès d'Isménie,
n'est donc autre que celui qu'a employé Tancrède auprès de
Clorinde; mais combien la conduite de ce dernier est plus
noble ! Tancrède se contente de l'aveu de son amour et se
garde d'approcher de la guerrière, Garceran combat corps à
corps avec elle pour pouvoir serrer dans ses bras celle qu'il
aime. Alphonse paraît alors sur le théâtre du combat, il re-
proche à son fougueux sujet de déserter le champ de ba-
taille, de laisser les Anglais tenter seuls l'assaut de Jaffa et
de s'amollir auprès d'Isménie'^. Dans ce passage, Garceran
reprend le personnage de Renaud et les reproches du roi ne
sont que la reproduction de ceux qu'Ubalde^ fait à Renaud,
quand, après lui avoir fait constater, àTaide du bouclier de
diamant, la servitude où l'a réduit la volupté, il lui adresse
ces paroles : « Toute l'Europe, toute l'Asie sont en guerre,
quiconque aime la gloire vole aux combats, toi seul, digne
* Liberata, chant XX, oct. 53.
*Conquisfada, livre XIII, oct. 85 et suiv.
•'' Liberata, cliant XVI, oct. 32.
ET LA «GERUSAI.EMME LIBERATA » 185
esclave d'une femme d, etc. La confusion des héros est la même
dans les deux poèmes '. Mais revenons à Tancrède. Comme ce
dernier, Garceran aime sans être pajé de retour et, quoiqu'il
y ait interversion dans les rôles, quand on voit Manrique,
au XVIi* livre de la Conquistada, sauver Isménie et rempor-
ter dans sa tente, on ne peut s'empêcher de rapprocher ce
passage de celui où Herminie sauve Tancrède, qu'elle trouve
étendu presque sans vie loin du champ de bataille -.
Garceran, avons-nous dit, remplit aussi quelquefois dans
le poème le rôle d'Argant, et dans le VHP livre de la Con-
quistada, Lope nous le montre aussi arrogantet plus orgueilleux
encore que le célèbre guerrier égyptien, Argant demande à
se mesurer successivement avec cinq ou six chrétiens', et il
dit à Othon, lorsqu'il l'a vaincu : « C'est assez pour ta gloire
d'avoir combattu contre moi *. » Garceran offre le combat
à vingt ou trente Anglais, et prend soin de les avertir qu'ils
ne seront pas pour cela ses égaux : « No qui ero que di gais por
alabaros que os igualé conmigo. »
Tel est l'homme chargé par le poète de représenter le cou-
rage et la bravoure castillane. On a reproché à Lope, et avec
juste raison, d'avoir, contre le témoignage de l'histoire, fait
intervenir le roi de Castille et la nation espagnole dans la
troisième croisade, mais le héros auquel Lope a donné le nom
de Garceran Manrique, et qu'il nous a montré sous les traits
des plus célèbres guerriers du Tasse, pourrait bien avoir une
origine historique. Nous savons, en eifet, qu'un Espagnol
connu sous le nom de « chevalier aux armes vertes »>, et qui,
seul, si l'on en croit Ernoul, repoussait et dispersait des
bataillons ennemis, se battit plusieurs fois en combat singu-
lier, se distingua au siège de Tyr et se fit admirer de Saladin
pour sa bravoure et ses faits d'armes ^.
' Liberata, chant XVI, oct. 31. Conquistada, livre XIII, oct. 84.
Ma se stesso mirar già non sostiene Ellos
6iù cade, il giiardo : e titnido e dimesso Bucogidos, costumbre del que yerra,
Gnardando a terra la vergogna il tiene. Bajaron las cabezas à la tierra.
2 Liberata, chant XVII, oct. 63 et suiv.
3 Liberata, chant VI, oct. 16.
* Liberata, ibid. , oct. 32.
» La chronique d'Krnoul (éd. Mas-Latrie, p. 237) s'exprime ainsi au
186 I>A «JERUSALEN CONQUISTADA »
Mais Manrique n'est pas le seul personnage de la Conquis-
tada que Lope ait calqué sur ceux de la Liberata, et son mage
Mafadal n'est guère que la contrefaçon du mage Ismen du
Tasse. Ismen cherche à empêcher les chrétiens de construire
leurs machines de guerre, et il enchante pour cela la forêt où
ils prennent leur bois et la fait retentir de hurlements affreux,
auxquels se mêlent les sifflements des serpents * ; Mafadal,
pour empêcher le débarquement des croisés, place devant le
port un navire plein de serpents, de chimères et de dragons '.
Ismen condense l'air autour du char qui l'emporte avec Soli-
man^, Mafadal épaissit l'air autour des croisés et le remplit
de fumée et de ténèbres *. Soliman et Saladiu adressent aux
deux mages les mêmes questions : « Deh dimmi quai riposo
0 quai ruina ai gran moli deW Asia il ciel destina)) dit Soliman
à Ismen % et Saladin, voulant aussi connaître l'avenir, de-
mande à Mafadal « si el christiano veria elmuro de Siondivino)).
sujet de ce chevalier : « Et tôt ce faisoient faire por I chevalier d'Es-
paigne qui unes verdes armes portoit. Dont il advenoit que quant il
estoit issus hors, que li Sarrasin s'estourmissoient (sortaient du camp) plus
pour veoir son bel contenement que pour el. Et si l'appeloient li Sarra-
sin, le vert chevalier (car il portoit vers armes), et il portoit unes cornes
de cerf sous son hiaume toutes verdes. Et seoit sur I grandissime che-
val couvert de vert. Cil chevalier faissoit sovent et menu les Sarracins
fermoier... et ne crestiens ne Sarracins ne le veoit que ne le prisast en
son cuer. Et Saladin le veoit plus volentiers que nus hom car Saladin
amoit sur tote rien bon chevalier. »
1 Liberata, chant XIII, oct. 21.
2 Conquistada, livre IX. L'eSroi qui s'empare des soldats, à la vue des
prodiges suscités par les mages, est dépeint de la même manière par
les deux poètes :
Liberata, chant XIII, oct. Î2.
In tutti aUor s'impaUidir le gote
E la temenza a mille segni apparse
Ne disciplina tanto, o ragion puote,
Ch'osin di girc innanzi o di fermaise ;
Che air occulta virtu che gli percnote
Son le difese loio anguste e scarse.
3 Liberata, chant VIII, oct. 16.
* Conquistada, livre IX.
s Liberata, chant X, oct. 18.
Conquistada, livre IX, oct. 38.
Quai pone el hasta del venablo al vnelo
Del aspid, que el furor en él vomita,
Y asido al hierro que convierte en hielo,
El cadnceo de Mercurio imita.
Quai linye al lastre y en su cieno y suelo
Librarse y esconderse solicita -
Qnal snbe al tope y en el treo apenas
Tiene cabal la sangre de las venas.
ET LA «GERUSALEMMË LIBERATA » 187
La science des deux mages est la même, et ils avouent tous
deux que Favenii' ne leur est pas entièrement connu. Cepen-
dant Mafadal remplit chez Lope un rôle qui n'appartient [las
à Ismen dans le Tasse. Le poète italien, imitant Homère ', et
surtout Virgile', avait montré à Renaud les exploits et les
prouesses de ses aïeux retracés sur un bouclier ^ ; le poète
espagnol, imitant le Tasse, veut aussi que le roi de Castilie
puisse contempler, non la gloire de ses ancêtres, mais celle
de ses descendants, et c'est au mage Mafadal qu'il confie le
soin de la lui montrer. En sa qualité de mage, Mafadal lisait
dans l'avenir et pouvait évoquer des personnages qui n'exis-
taient encore que dans la pensée du Créateur, aussi Lope
substitue au bouclier des anciens et du Tasse un miroir en-
chanté, devant lequel passent successivement tous les suc-
cesseurs d'Alphonse.
Les femmes occupent aussi dans la Liberata une place im-
portante : Clorinde, la célèbre guerrière, Herminie, le type
accompli de la femme aimante et dévouée, Armide l'en-
chanteresse, la personnification de la passion et de la volupté,
font palpiter de vie les pages du poème et suffiraient à elles
seules à immortaliser celui qui les a créées. Lope, qui avait
emprunté ses héros au Tasse en faisant revivre Renaud et
Tancrède dans Garceran Manrique, et Ismen dans Mafadal,
lui a aussi emprunté ses héroïnes et a donné à Isménie tantôt
les traits de Clorinde, tantôt ceux d'Herminie. Armide n'ap-
paraît dans le Conquistada que dans son rôle de magicienne
et c'est Brandalisa qui est chargée de représenter la célèbre
amante de Renaud. Comme Armide dont le palais est situé
au sommet de l'une des îles Fortunées, Brandalisa habite sur
le sommet d'une montagne que baigne le Jourdain, au milieu
de jardins magnifiques dont l'entrée est cachée au vulgaire.
La description de ces jardins a été évidemment empruntée
au poète italien et le séjour de Brandalisa ressemble beau-
coup à celui d'Armide ^ Comme cette dernière dans la Libe-
1 Iliade, livre XVIII.
2 Enéide, livre VIII.
3 Liberata, chant XVII, oct, 63 et suiv.
• Voir Liberata, chant VIII, oct. 9-13. Conquistada, livre XVII, oct.
37-73.
188 LA « JERUSALKN CO.NQUISTADA »
rata ', Brandalisa invoque les puissances occultes les pieds
nus, les cheveux épais et une baguette à la main.
Isménie, que Lope nous dit être « Vénus dans la paix et
Mars dans la guerre » égale Clorinde dans ses exploits et
joue dans la Conguistada le rôle de cette dernière dans la
Liberata. Le costume ordinaire de la princesse de Limisol
rajjpelle encore plus le costume de Camille ^ que celui de
Clorinde. Clorinde n'avait qu'une tète de tigre sur son casque,
Isménie est vêtue d'une peau de tigre ou de bufle et elle suit
à la chasse le cerf ou le taureau sauvage *. Cependant, elle
n'a pas été élevée au milieu des hasards de la guerre comme
ses illustres devancières, et elle confesse elle-même au roi de
Castille * que ce sont les exploits des héros d'Homère et de
Virgile qui ont enflammé son courage. Elle a commencé, dit-
elle, par s'exercer à la chasse en luttant contre l'ours et le
sanglier et (exagération bien esi)agiiole) elle a même quel-
quefois étouffé un lion dans ses bras : « Tal vez abjûn leôn
entre los brazos hice, como Lisi'maco, pedazos. » Comme Clo-
rinde, qui était montée sur les remparts de Jérusalem pour
les défendre ^ et avait renversé tous ceux qui cherchaient à
les escalader, Isménie monte sur les remparts de Ptolémaïde,
tue tous ceux qui s'opposent à son passage et plante son dra-
peau sur la tour la plus élevée. L'intrépide valeur de Clo-
rinde dans son dernier combat avecTancrède ® est égalée par
sa digne émule qui se bat successivement avec cinq ou six
chevaliers après avoir défié Conrad \ Enfin la sortis nocturne
d'isménie, quand elle entraîne Alphonse hors du camp pour
lui avouer son amour, rappelle celle de Clorinde entraînant
Argant pendant la nuit hors de la ville sainte pour aller in-
cendier les machines des chrétiens *.
Mais risménie de Lope, n'est pas seulement Clorinde, elle
* Chant X, oct. 65.
2 Enéide, XI, 375 et suiv.
3 Conqiiistada livre VIII, oct. 92.
* ibid. livre XI, oct. 87 et 88.
* Liberata, chant XI.
* ibid. chant XII, oct. 53.
' Conquistata, livre x.
« Liberata, chant xii.
ET LA «GERUSALEMME LIBERATA » 189
est encore Herminie. Comme Herminie, elle aime sans être
payée de retour, et comme Herminie aussi, qui revêt le cos-
tume de la guerrière pour aller au camp des chrétiens retrou-
ver Tancrède, Isménie travestie suit Alphonse en Palestine.
Herminie avait sauvé Tancrède, et le Tasse laisse pressentir
qu'elle sera récompensée de son dévouement, Garceran sauve
Isménie qui, pour lui m ontrer sa reconnaissance, lui prome
de l'épouser.
Nous venons de voir ce que les personnages non historiques
de la Conguïstada doivent à ceux de la Liberala, dont ils ne
sont, pour ainsi dire, que la reproduction. Jetons maintenant
un coup d'oeil sur l'ensemble du poème et nous ne tarderons
pas à constater les nombreux emprunts faits par Lope au
Tasse.
En ce qui touche l'élément religieux, la Jerusalen de Lope
tient le milieu entre la Libarata et la Conqu'isladci du Tasse
et se rapproche même de cette dernière. L'amour y tient
moins de place que dans la Liberata, la passion y est moins
analysée et nous venons de voir que le personnage d'Armide
y est à peine indiqué. D'ailleurs, dès les premières octaves
de son poème, Lope semble s'appliquer à se montrer plus chré-
tien que le Tasse dans la Liberata, tout en restant plus païen
que ce dernier dans la Conqwsloda. Le Tasse, en effet, qui
invoque la Muse * en commençant le premier de ses poèmes,
s'adresse au chef de la milice céleste au début du second ^ et
Lope, dans la deuxième octave du premier livre, s'adresse
successivement aux Dryades du Tage et à son bon ange qu'il
prie d'intercéder pour lui auprès de Dieu. Dans la Conqidstada
et pour apaiser les détracteurs de la Liberala, le Tasse fait
de larges emprunts à la Bible. Dans la Conquistada, Lope fait
étalage de la même érudition biblique. Dans le livre m, il met
toutes les antiques prophéties dans la bouche du Patriarche
de Jérusalem. Dans le livre iv, il imite directement le Tasse
qui, dans la Conquislada, décrit la Jérusalem céleste ' qu'il
' 0 Musa, tu, che di caduchi allori, etc.
* E te che duce sei dcl sanio coro // pensier m'mspirate.
» Conquistada, chant xx, oct. 31-37. D'après M. Parlagreco (Studi sut
Tasso, Naples, 1890), le Tasse aurait tiré sa description rie l'Apo-
calypse de Saint-Jean.
190 LA «JERUSALEN CONQUISTADA »
fait voir en songe à Godefroj. Cette description est un des
plus beaux passages de la Conquistata, si inférieure, en géné-
ral, à la Liberata et Lope est resté ici bien au-dessous de son
modèle. Le poète espagnol se sert presque des mêmes termes
que le Tasse pour décrire la céleste patrie ', mais il inter-
rompt bientôt sa description pour faire paraître devant le
trône de Dieu la Jérusalem terrestre qui, en rappelant au
Seigneur tout ce qu'il a fait pour son peuple, déroule devant
nos yeux l'histoire du peuple Juif. Enfin, on peut noter dans
Lope, comme dans le Tasse, bon nombre de réminiscences
des livres saints, et de nombreuses allusions aux Psaumes.
Mais pénétrons plus avant dans la connaissance du poème
et faisons en ressortir quelques détails.
Le Tasse nous avait montré les chrétiens chassés de Jéru-
salem par Aladin dans le chant II de la Liberata ^, Lope nous
les montre, dans le livre III de la Conquistada, sortant de Jé-
* Conquistada, chant xx, oct. 30
et suiv.
Quivi è l'iaspe il cui splendor rinverde,
E'I ceruleo zafiro il Ciel simiglia
E'I caleidonio impallidisce e perde.
Quai Imne snol, c'ha levé nmor s'appiglia
Tince il lieto smeraido il più bel verde,
E'I sardio sparge ancor luce vermiglia,
Ma sol di sangue ei si colora e tinge
Seco il sai-donio i tre color dipinge
Raggi d'or vibra, e d'or vaghe favilla
n erisolito ; e v'è il beî-illo aucora
Gemme il topazio e'I suo cilestro indora
E'I suo bel verde pur d'anrate stille
Asperge il crisopasso e qnasi irrora ;
Sembra il giacinto l'aria e l'ametisto
Corne di rose e di viola è misto
Porte di bianche perle
Di varie gemme
Poscia nnjiame vedea di lucide onde
Fender l'alta città quasi per mezzo
Che dal seggio divin tra fronde e fronde
Esce odorato
• Ce fait, à peine indiqué dans la Liberata, est longuement rapporté
dans la Conquistada.
Conquistada, livre iv, oct. 2 et 3
Sus doce» fnndamentos son Incientes
Jaspes, zaphyrosycalcedonias, cristaB,
Chrysolitas, sardonicas ardientes
Jacintos, esmeraldas y amethystas,
Topacios y benlos transparentes,
Con chrysoprasos de diversas listas
Margaritas sus puertas y sus vêlas
Angeles sobre niches de espinelas.
En média de su campo de esmeralda
Esta el asiente del Jeora divino
De qiiien procède à la esplendente talda
Un rio de aguas vivas erislaliiio
ET LA «GERUSALEMME LIBERATA » 191
rusalem pour se soustraire à Tempire de Saladin, L'Eternel
qui, dans le premier de ces poèmes, avait envoyé l'ange Ga-
briel vers Godefroy * pour lui faire connaître la mission à la-
quelle il l'appelait, envoie aussi un ange à Richard Cœur-de-
Lion, « nuevo Gofredo de la santa guerra » dit Lope, pour le
presser d'aller délivrer le Saint Sépulcre, La mission dont sont
chargés les chefs de la croisade est donc divine dans les deux
poèmes et les messagers appartiennent tous deux à la milice
céleste. Cependant Satan cherche à s'opposer à la volonté du
Très-Haut ^ et le poète italien nous a dépeint cet horrible
concile de démons, auxformes hideuses, s'assemblantà la voix
de leur chef; il nous a montré l'Enfer suspendant son mou-
vement à la voix de son farouche monarque. Nous retrouvons
et la même opposition aux volontés divines et la même réu-
nion d'esprits infernaux dans la Conguistada^. Loçe ne diffère
du Tasse dans ce passage, que par la personnification des
plus puissants démons de l'abîme auxquels il donne les noms
des sept péchés capitaux. Ici aussi TEnfer s'arrête pour écou-
ter la voix de son chef, le Cocyte cesse de rouler ses flots,
Sysiphe son rocher *, etc., etc. Dans la Liberata les puissances
infernales se répandent sur la terre dès que Satan leur a fait
connaître ses volontés, dans la Conquistada elles semblent
moins obéissantes ou moins intelligentes et leur prince se voit
obligé de les gourmander : « Partid! Que haceis, leur dit-il,
que no estdn y a los vientos.... etc. » Chaque intervention
des démons ou des déesses de l'abîme dans la Conquistada ré-
I Liberata, Chant I, oct. 11 et 12
«ibid. Chant IV, oct. 2.
3 Conquistada, livre VII.
* Liberata, chant IV, oct. 8.
Mentre ci parlava, Cerbero i latrati
Ripresse e VIdra si fe mnta al suono
Bestô Cocito e ne tremar gli abissi,
Ed in qnesti detti il gran rimbonbo udissi
Même chaut, oct. l!^
Corne sonanti e torbide procelle
Che vengan fnor délie natie lor grotte
Ad oscuiar il cielo, a portai guerra
Ai gran regni del mare e délia terra
Conquistada, livre VII, oct. 84.
Suspenso cnanto del Cocyto adentro,
En privaciôn de Dios habita y roora,
Dijo, y tcmblando el Erebo responde
M as no para caer porque no hay donde
Même livre, octave 114.
Como rompiô con el tridente el monte
Eolo, que el furor del viento entrena,
Y à Eneas derranio la armado entouces,
Temblaron pnertas y gimieron bronces.
192 LA «JERUSALEN CONQUISTADA »
pond à une même intervention dans la Liheratn. C'est ainsi
que dans le livre V, Satan fait sortir l'Ambition de son palais
et l'envoie vers les princes chrétiens, comme Astaroth avait
envoyé la Discorde dans le camp des premiers croisés'; que
la Discorde elle-même sort de l'enfer pour remplir auprès de
Philippe-Auguste' le rôle qu'elle avait rempli auprès d'Ar-
gillan^ ; qu'elle vient de nouveau verser son poison dans le
cœur du roi d'Angleterre* à l'exerTiple de cet esprit infernal
sorti du sombre royaume pour verser la colère dans l'âme
de ce Gernand* qui, après la mort de Dudon, aspirait à être
le chef des Aventuriers. On pourrait objecter que cette per*-
sonnification de la Discorde étant commune à tous les poètes',
ne saurait constituer une imitation directe du Tasse et que,
d'ailleurs, Lope, pour dépeindre la déesse, a emprunté plus à
"Virgile qu'au Tasse, mais le poète espagnol ayant imité ce
dernier dans presque tous les détails de son poème, nous
sommes autorisés à croire que c'est dans la [Abetnta qu'il en a
puisé ridée. Continuons, en effet, à comparer les deux poè-
mes. Ricliard ^ se met en prière pour faire cesser la tempête
suscitée par les démons et sa prière n'est que le développe-
ment de celle de Godefr-oy pour obtenir la fin de la sécherese
qui désolait le camp chrétien *. Une violente querelle s'élève
entre Garceran Manrique et le duc de Bourbon ' au sujet
des armes de Juan de Aguilar: celte querelle n'est que la re-
|)roduction de celle de Baudouin et de Ruperro d'Ansa qui se
disputent les armes de Renaud *".
L'assaut donné à Ptoiémaïde par les princes chrétiens,
ressemble, à s'y méprendre, à celui de Jérusalem par les
* Liberata, chant VIII, oct. 59.
* Co7iquistada, livre XIV.
» Liberata, chant VIII, oct. 57 et suiv.
* Conquistada, livre XVIII.
8 Liberata, chant V, oct. XVIII.
« Hésiode l'avait fait figurer sur le bouclier d'Hercule, Virgile Tarait
fait évoquer par Junon (Enéide, livre VII) , l'Arioste l'avait envoyée
dans le camp d'Agramant.
' Conquistada, livre VII.
8 Liberata, chant XVIII, oct. 7
y Conquistada, livre X.
•• Conquistada, chant IX, oct. 83-87.
ET LA « GERUSALEMME LIBERATA» 198
guerriers de Godefroy. C'est la même grande tour qui vient
battre les murs de la ville assiégée ', ce sont les mêmes exploits
de la part des croisés, c'est encore la nuit qui vient suspen-
dre le combat. La description minutieuse de l'armée de Saladin,
au moment où elle va en venir aux mains avec les chrétiens ^,
rappelle celle de l'armée du monarque égyptien ^ La scène
de la Victoire qui, environnée de milliers d'anges, piane au
dessus des croisés et acclame Richard et Alphonse *, n'est que
la reproduction de celle où l'archange Michel s'offre à la vue
de Godefroy combattant contre l'armée d'Aladin, et lui fait
contempler la milice immortelle rassemblée dans les airs ^
Enfin, de même qu'une colombe, poursuivie par un faucon et
portant un message pour Aladin, était venue tomber aux
pieds de Godefroy, qui avait été ainsi instruit de l'arrivée de
l'armée d'Egypte ®, une autre colombe vient tomber aux pieds
du fils de Saladin, et lui révèle le complot tramé contre lui
par les chrétiens.
Nous venons d'indiquer les passages de la Conquistada, qui
ne sont pour ainsi dire que la copie des passages correspon-
dants de la Liberata. Nous n'insisterons pas (car ils sont trop
nombreux), sur ceux qui n'offrent qu'une certaine analogie
avec le poème qui les a inspirés. Constatons seulement que
dans presque tous les détails que nous venons de citer, Lope
a été bien inférieur à son modèle. Un exemple pris au hasard
suffira à le prouver. Le Tasse nous avait montré l'ange en-
voyé par le Seigneur à Godefroy, se revêtant d'une forme
aérienne, traversant les régions célestes et planant au-dessus
de la terre, soutenu sur des ailes d'or ^ Lope se contente de
* Liberata, chant XI, oct. 46
. , . GofEredo intanto
Con novo assdlto i defensori opprime
Avea condotto ad una porta accanto
Délie machine sue la piCi sublime
e s'erge taiito
Che pnô del muro pareggiar le cime.
- Conquistada, livre XVII.
3 Liberata, chant XVII, oct. 15 et suiv
* Conquistada, livre XVIIJ.
B Liberata, chant XVIII, oct. 92 et 93.
6 Liberata, chant XVIII, oct. 49 et 50.
' Liberata. chant I. oct. 13 et 14.
Conquistada, livre XI, oct. 131
Cuftndo Ricardo la ciudad asalta
Axrimando una maquina tan alta
Que el lieuzo à la muralla desmaiitela.
194 LA « JERUSALEN CONQUISTADA »
nous dire que le Paranymphe fend les cieux et brise un esca-
dron d'étoiles en étendant ses plumes *. Mais rinfériorité
que nous avons constatée dans l'ensemble du poème de Lope
et dans la plupart de ses personnages, éclate surtout dans son
plan, dans son style et dans sa versification.
Le poème du Tasse est admirable par son unité et par le
souffle poétique qui l'anime. La grande figure de Godefroy
domine toutes les autres, et tous les épisodes qui ornent la
Liberata concourent, soit en la retardant, soit au contraire en
accélérant sa marche, à une fin unique : la conquête du sépul-
cre du Christ. C'est ainsi que la colère qui oblige le bouillant
Renaud à quitter le camp chrétien, que le dépit d'Armide et
tous les événements qui en sont la conséquence, arrêtent pour
un moment les efi"orts des croisés qui ne peuvent se passer de
celui auquel le ciel a réservé la victoire. La révolte d'Ar-
gillan et le découragement des chrétiens, quand la sécheresse
suscitée par l'enfer vient ravager le camp, donnent aussi à
Godefroy l'occasion de montrer la magnanimité de son âme,
sa prudence et sa confiance dans la bonté divine.
Le poème de Lope, au contraire, n'est guère qu'une longue
narration versifiée d'événements entassés sans ordre, et ses
épisodes ne se rattachent en rien au sujet principal. L'amour
d'Isménie pour Alphonse et celui de Garceran pour Isménie,
n'ont, en effet, aucune influence sur la marche du poème :
c'est un hors-d' œuvre, une intrigue et rien de plus. La croi-
sade des enfants de Tolède ", sujet que Lope a intercalé dans
le sujet principal, n'a rien de commun avec ce dernier. Lope,
qui avait à cœur d'exalter l'Espagne, n'a sans doute pas voulu
que son pays, qui, à tout prendre, avait soutenu contre les
Maures une croisade de huit siècles, eût moins fait que la
France pour le sépulcre du Christ. C'est pourquoi il a voulu
que sa patrie eût, comme la France ^, sa croisade d'enfants,
1 Conquistada, livre IV, oct. 44.
' Conquistada^ livres VII et VIII.
' La croisade française des enfants à laquelle Lope fait ici allusion,
n"est mentionnée dans aucune des chroniques du moyen âge. Son exis-
tence ne repose donc sur aucun document certain. De nos jours, quel-
ques historiens, et notamment Rohrbacher, dans son Histoire universelle
ET LA « GERUSALEMME LIBERAÏA » 195
et il ne peut s'empêcher de montrer que c'est bien là le motif
qui l'inspire quand il dit : « Marchan alegres y â sus padres
dejan como otro tiempo en Francia por Godefredo. » Les
reproches faits à Lope relativement à la multiplicité de ses
héros et au choix du sujet (Lope, a-t-on dit, n'aurait pas dû
chanter une guerre dont la fin a été malheureuse), nous pa-
raissent peu sérieux. Nous avons déjà répondu à la première
de ces critiques et montré que le poète espagnol n'avait fait
que suivre l'histoire en donnant plusieurs chefs à cette croi-
sade. Nous répondrons à la seconde en disant avec Voltaire *
qu'une issue heureuse n'est pas une des conditions essentielles
du poème épique, témoin le Paradis pet^du, de Milton, dont la
fin malheureuse n'a nui en aucune façon à la beauté et au
succès du poème. D'ailleurs, si Lope, pour imiter le Tasse,
voulait chanter, comme ce dernier, l'un de ces grands mou-
vements chrétiens du moyen âge qui jetèrent l'Europe sur
l'Asie, quelle est la croisade qui, sauf la première, a eu un
heureux résultat? Quant à nous, ce que nous reprochons
beaucoup plus volontiers à Lope, et ce qui, à notre avis, nuit
véritablement à l'unité du poème et en rend la lecture péni-
ble, ce sont, outre les récits détachés dont nous avons déjà
parlé, les interminables digressions que le poète a semées
dans son œuvre, tantôt pour chanter les louanges de l'Espa-
gne, tantôt pour énumérer les gloires des nobles familles de
son pays, tantôt, enfin, pour étaler toute son érudition pro-
fane et sacrée. En outre, comme on a pu le voir par notre
analyse, les deux derniers livres de la Conquistada n'ont au-
cun rapport avec la croisade, et le poème finit réellement avec
le XVIIP livre. Le XIX^ ne traite que des amours coupables
de son roi en Espagne, et le XX* n'a été écrit, semble-t-il,
que pour nous renseigner sur le sort des héros auxquels il
nous a intéressés.
Le style de la Conquistada, très coulant et très facile, est
de VÉglise, et Philippe Lebas dans sa Biographie, la mentionnent, mais
sans indiquer leurs sources. La croisade des enfants semblait donc, jus-
qu'ici, être une légende créée parle XIX'' siècle. La Jerusalen de Lope
nous permet de constater que cette légende existait dès le XVP siècle.
> Essai sur la poésie épique.
196 LA «JEHUSALEN CONQUISTADA «
prolixe, plein de puérilités, de métaphores vicieuses, de con-
ceptns et de fautes de goût.
La Jérusnlem du Tasse contient environ 15,000 vers, celle
de Lope 22,000. Cette abondance excessive du poète espa-
gnol est loin d'être une qualité ; et quand on rapproche cer-
tains passages de la Conqidstada des passages correspon-
dants de la Liberata, on ne peut s'empêcher d'être frappé de
la concision des derniers et de la diffusion des premiers.
C'est ainsi que la prière de Richard, dans le livre VII de la
Conquistada, se continue pendant sept octaves, tandis que
celle de Godefroy * dans la Liherata est renfermée dans une ;
que la prophétie du moine Joachira^ se développe pendant
dix-sept octaves, tandis que celle de Pierre l'Ermite 'est con-
tenue dans trois; que l'altercation de Garceran et de Bour-
bon, au sujet des armes de Juan de Aguilar, comprend dix-
sepi octaves*, tandis que celle de Baudouin et de Ruperto
d'Ansa" au sujet des armes de Renaud, n'en a que cinq,
etc., etc. Ces quelques exemples suffisent à montrer la pro-
lixité du style de Lope; il nous reste à donner une idée des
puérilités, des conceptos dont il a semé son œuvre et du mau-
vais goût qu'il a montré dans quelques passages de son
poème. Ici notre tâche devient facile et nous nous bornerons
à faire quelques citations.
Le poète, après avoir décrit le costume de la Vierge, nous
la représente dans toute sa gloire, elle a, dit-il:
Los pies sobre la luna, y con licencia
Del suyo, le hace un sol circunferencia.
(Livre I, oct. 62.)
11 est bon de savoir que le soleil de la Vierge n'est autre
que son divin fils. Dans le même livre (octave 105), Lope
parle des chrétiens qui boivent dans une rivière pendant que
les Turcs les massacrent :
1 Liberata, chant XIII, oct. 71.
2 Conquistada, livre VII.
3 Liberata, chant X.
* Conquistada, livre X.
5 Conquistada, chant IX. oct. 83-87.
ET LA «GERUSALEMME LIBERATA » 197
Cual sin temer de la desnuda espada,
Que la cerviz bebiendo le cercena,
Intenta proseguir ; que gran presteza !
Separada del cuello la cabeza.
Un homme, qui boit quand sa tête est déjà séparée du
tronc, n'est pas un spectacle commun, et on comprend le cri
de Lope : Que gran presteza!
Cependant voici qui est plus fort encore. Juan de Aguilar
fait des prodiges de valeur et tue son adversaire nommé Ar-
timano :
Diez pasos vuela de Artimàno al suelo
La cabeza, mirando al joven fuerte
Porque fué tan veloz y presto el vuelo
Que después de morirllegô la muerte.
(Livre I, oct. 116.)
Dans le passage précédent, la mort était arrivée trop tard,
dans le suivant, voulant sans doute éviter le même désagré-
ment, elle se précipite et va se heurter à la vie :
Pues como tanta boca abierta quede,
La muerta quiere por la boca entrarse
Delienela la vida y al encuentro
Aun no saben las dos cual esta dentro
(Livre III, oct.80
Les passages précédents se passent de commentaire. En
voici d'autres qui auraient pu être admis dans une comédie,
tout au moins dans une comédie espagnole, mais qui sont in-
dignes d'un poème épique. Citons au hasard. Frédéric Barbe-
rousse nage dans le Cjdnus :
Mas el nadar Emperador^ que importa ?
Que todo es nada
Cuanto la vida hasta la muerte nada
(Livre V, oct 78).
Lope apostrophe le fleuve et lui représente la grandeur de
celui qu'il va engloutir :
Mira que tiene en una mano el mundo,
0 le Ueva su peso â lo profundo (Livre V, oct. 79).
198 LA «JERUSALEN CONQUISTADA »
Juan de Aguilar est entouré par les janissaires qui en veu-
lent à sa vie :
De verde hasta las zarculas vestidos,
Cipreses tristes de su muerte fueron,
Aunqne él creciendo el barbaro despojo
Su funèbre color trocaba en rojo
(Livre IX, oct. 142).
Alphonse craignant pour Isménie qui est allée en ambassade
à Tjr, envoie Garceran pour la secourir; ce dernier vole à
son secours :
Las sospechas le obligan â que pique
(sous-entendu le cheval sans doute)
Pero de Tyro â tiro se detiene
(Livre X, oct. 142).
Deux héros cherchent à se signaler pour gagner l'épée de
don Juan :
De los muertos el numéro acrecientan,
Y de los vivos van dejando mènes.
(Livre XI, oct. 22).
La Palisse n'eût pas mieux dit.
Il j a trois ans que Garceran connaît le secret d'Isménie et
qu'il aime la guerrière :
Callar très anos es silencio injusto
Creciendo el mal â vista del sujeto,
Que si el amor es nino de très anos
Bien puede hablar y referir sus danos.
(Livre XIII, oct. 23.
Un vieillard cherche à s'opposer au départ de Philippe-
Auguste et verse des larmes en songeant que le tombeau du
Christ va rester sans défenseurs:
Cayendo por las canas el rocio
Que bajaba del aima por los ojos
Que cuando considero que esia tierra
Pisada de sus plantas soberanas
ET LA «GERUSALEMME LIBERATA » 199
Bajan dos rios de mi blanca sierra
Al valle de la hierba de mis canas.
(Livre XIV, oct. 73 et 78).
La peste éclate dans l'armée de Frédéric ; la terreur est
universelle :
Las palabras de amor pidense al viento
Y como entonces en el viento estaban
Nadie queria, aunque llorase ausencia
Pedir veneuo, incendio y pestilencia.
(Livre V, oct. 110).
Tarudante vient de faire sauter, à l'aide d'une mine, la
partie du camp où se trouvaient les fils et le frère de Saladin,
mais un chrétien a eu le temps de baptiser les enfants:
Murieron junto al cielo yendo al cielo
Ciento y cincuenta hallaron que à las salas
Del cielo suben, y en igual conquista
Sus aimas â sus mures fueron balas
No quieren que sus puertas les résista,
Ni subir â sus torres con escalas,
Que como fléchas la encubierta mina,
Les disparô por la région divina
(Uvre XV, oct. 99).
Garceran monte à l'assaut de Tjr et tue tous ceux qui lui
résistent:
Y de la sangre de las Turcas venas
Las dos calderas del escudo esmalta
Mas como las calderas aunque llenas,
No bastan •
A las culebras en el cerco asidas
Hijo beber la de infinitas vidas.
(Livre XVI, oct. 28).
Isménie déclare son amour à Alphonse et Lope prétend qu e
la guerrière dut regretter de n'avoir pas de cheveux pour ca-
cher ses larmes, en voyant son amour repoussé par le roi:
Ya puede ser que estar sin ellos (u s'agit des cheveux) fuese
La causa de que Alfonso no gozase
De la Ocasiôn, aunque el amor la dièse
(Livre XI, oct. 116).
200 LA « JERUSALEN CONQUISTADA »
Cette allusion à Toccasionet à ses cheveux est un lieu com-
mun dans la Conquistada, etc'estpar vingtaines que Ton pour-
rait compter les passages dans lesquels il est fait allusion à la
fugitive déesse. En voici un autre. Le conseil réuni par Plii-
lippe-Auguste discute l'opportunité du retour en France:
No, gran senor, responde Uberto anciano,
Aunque Ocasiôn los Anglos os ofrezcan
Que no es ese el cabello que asir debe
Quien a causa de Dios los pasos mueve.
(Livre XIV, cet. 73).
Les citations que nous venons de faire et que nous pour-
rions multiplier, justifient, ce nous semble, le jugement que
nous avons porté sur l'œuvre de Lope et donnent une idée des
puérilités et des fautes de goût dont elle est remplie. Nous
savons bien que, pas plus que Lope, le Tasse n'a su entière-
ment échapper aux défauts de son temps; et sans être à son
égard aussi sévère que Boileau *, on peut lui reprocher l'a-
mour des pointes, la subtilité de la pensée et, parfois, le man-
que de naturel dans le style. Mais ces défauts du Tasse ne se
font sentir que rarement dans la Liberata * et aucune des fau-
tes de goût du poète italien n'égale celle de Lope invoquant
dans son poème tantôt les dieux du paganisme, tantôt le Dieu
des chrétiens. Nous avons déjà signalé la deuxième octave du
premier livre de la Conquistada dans laquelle le poète s'adresse
tour à tour aux Dryades du Tage ^ et à son bon ange. Mais
que dire des paroles qu'il place dans la bouche de Guy de
Lusignan en voyant rapporter au camp le corps de Juan de
Aguilar, grand maître des Templiers:
Aguila que del mundo remontada (dit-ilj
Volando pasas la région del viento
Y sobre las estrellas elevada
En el cerco del sol haces tu asienio :
Ave, al divino Jupiter sagrada, etc.
« Satire IX.
* Ils se manifestent surtout dans les cet. 97 et 98 du X1I« chant.
^ Dans le XIX' livre, Lope nous montre encore les nymphes du Tage
sortant du fleuve pour voir passer le roi Alphonse. Les nymphes du Tage
avaient été invoquées par Camoens au commencement des Lusiades.
ET LA « GERUSALEMME LIBERATA» 201
Voici qui est plus choquant encore : Guy de Lusignan vient
d'accepter la royauté de Chypre comme compensation de celle
de Jérusalem, et les Français lui représentent la diiférence qui
existe entre ces deux royautés dans un discours de six octaves
que nous regrettons de ne pouvoir citer, vu sa longueur, mais
dont voici quelques extraits :
« No era mejor, lui disent-ils, morir rey de Jerusalen
reino invencible, que de unas islas donde Venus inventé el
amor vendible ?. . . . Chypre viô libre amor, mortal tyrano, y
fué en Jerusalen amor vendido. , . En Chypre hiriô el amor
les corazones, pero en Jerusalen fué herido y muerto; En
Chypre puso amor viles prisiones, y fué en Jerusalen preso en
un huerto, etc., etc. »
Que dire d'un tel parallèle? Comment le flétrir assez? Et
aurait-on pu croire à une telle perversion de goût et à un
tel manque de délicatesse chez Lope ?
Citons maintenant quelques octaves qui sont de véritables
chefs-d'œuvre d'obscurité.
Richard se prépare à donner l'assaut à Saint-Jean-d'Acre :
No bien de las montanas de Judea,
Donde hizo otro sol que al sol diô lunabre,
En el materno claustro que hermosea
Su campo excelsitud, cielo su cumbre :
Salia la divina luz Phebea
A coronar la verde pesadumbre
De cuyâ réflexion estaban llenas
De luz, de Ptolemaida las almenas.
(Livre XI, cet. 130.)
Les croisés vont recevoir le bras de la vraie Croix que les
Turcs ont promis de leur rendre :
Aquel madero pues, aquella escala
A quien se debe como à Dios latria,
Aquella cama, en que la vida exhala
Aquel Ocaso donde el sol iguala,
Traspuesto en mar de su pasiôn el dia,
Naciendo a las antipodas culpados
For el agua en su luz regenerados.
(Livre XH, oct. 43.
202 LA «JERUSALEN CONQUISTADA »
Au point de vue de la versification, la Conquistada est moins
défectueuse qu'au point de vue du style, mais elle contient
cependant un grand nombre de négligences. Ces négligences,
on le sait, sont communes à toutes les œuvres de Lope, mais
si l'on comprend qu'un poète doué d'une extrême facilité et
improvisant presque toutes ses comédies, se soit laissé aller
dans celles-ci à des fautes de ce genre, on est moins disposé à
les excuser dans une œuvre qu'il a préparée pendant sept ans
et qu'il croyait destinée, plus que toute autre, à lui assurer
l'immortalité.
C'est bien l'immortalité en eflfet que Lope attendait de sa
Jérmalem, et sa confiance à cet égard était si grande, que
nous la trouvons exprimée dans toutes les pages de son
poème. Dès la septième octave du premier livre, il signale la
distance qui existe, selon lui, entre ses autres œuvres et la
Conquistada par ces paroles qu'il adresse au roi Philippe III.
Yo que canté para la tierna vuestra
Los amores de Angélica y Medoro
En otra edad, con otra voz mâs diestra, etc.
Plus loin il s'adresse à l'Espagne et lui dit :
Espaiia bella, si el haber nacido
En medio de tus limites dichosos,
A quien favor de Apolo ha recibido,
Fuerza â cantar en versos nuraerosos,
Tu nombre vencerâ, libre de olvido,
Los siglos de los anos presurosos.
Livre XIII, cet. L
Dans la XV octave du même livre, le poète exalte la vail-
lance d'un croisé qui vient de succomber et lui promet l'im-
mortalité :
Sino es que el tiempo volador résista
Que estos versos alcanzen las postreras
Edades, vivirâs, y del olvido
Te librarâs por ellos conocido.
Enfin il s'écrie dans la dernière octave de son poème :
De pocos ha de ser mi vez oida
Pasen los tiempos y sera estimada
ET LA «GERUSALEMME LIBERATA» 203
Que tienen poco crédite en la vida
Del dueûo 6 ya la pluma, 6 ya la espada
Mais ce n'est pas seulement dans la Conquistada qu'il faut
chercher l'expression de la satisfaction de Lope au sujet de
son poème. Dans la Filoména il défend ses oeuvres et surtout
la Jérusalem contre Pedro de Torres Râmila qui l'avait atta-
qué. Ce dernier figure dans la Filoména sous le nom de
Tordo *: la Filoména ou rossignol, n'est autre que Lope lui-
même.
Filoména passe en revue les diverses œuvres de sa jeunesse,
examine pour les défendre, \a,Angélica la Dragontea, etc., et
s'exprime ainsi au sujet de \d, Jérusalem:
Y porque para mayores cosas
Me llamaba la edad, troqué la lira
En la trompeta herôica da la fama, etc.
Lope continue ensuite pendant quatre-vingts vers à faire
l'apologie de la Jérusalem et à reprocher au Tordo sa jalousie;
il lui dit enfin au sujet d'Isménie :
A Ismenia el arte pinta
Como â Camila el docto Mantuano,
El Tasso â Arminda bella,
Y el Ferrarés â la hermosa Bradamante .
Ainsi d'après Lope, Isméuie était une de ces créations qui
s'imposent à l'imagination des peuples, elle devait vivre aussi
longtemps que ses illustres devancières Camille, Armide, Bra-
damante, et la Conquistada devait être le plus beau fleuron
de sa couronne poétique. La postérité, nous le savons, n'a
pas confirmé le jugement de Lope ; et si notre travail n'a pas
été trop au dessous de son sujet, il aura montré que la posté-
rité a eu raison.
M""* J. Lucie-Lary.
1 Le tordo est une espèce de merle.
MÉMOIRE SUR ADOLPHE
DE BENJAMIN CONSTANT
Benjamin Constant forma le projet d'écrire le roman
d'Adolphe vers la fin de 1806, lorsqu'il fut rejoindre M"* de
Staël à Auxerre. Il était alors au plus fort de la crise dou-
loureuse et des scènes de violence qui devaient le séparer de
cette femme célèbre, après une liaison qui avait duré douze
ans. Malgré tout, trop faible pour résister à ses emporte-
ments, il était parti d'Auxerre pour obtenir la révocation de
Tordre d'exil qui l'avait éloignée de cette ville, et qui devait
encore, après la publication de Corinne, s'étendre à toute la
France. Après son arrivée à Paris, il écrit dans son jour-
nal * : « J'ai vu plusieurs fois Fouché ; je ne me lasserai pas
de servir M""» de Staël ; je vais commencer un roman gui sera
mon histoire. Tout travail sérieux m'est devenu impossible au
milieu de ma vie tourmentée. »
Peu de temps après il écrit encore : « J'ai fini mon roman
en quinze jours. Je le lis à Hochet*, qui en est très content.»
La pensée d'écrire un roman s'était présentée à l'esprit de
Constant dès sa plus extrême jeunesse. Ayant à peine douze
ans, il en composa un, sous forme de poème, dont une pattie
existe encore, qu'il intitula : Les Chevaliers., roman histori-
que, par B. C. de R. (Benjamin Constant de Rebèque). Il
rêvait déjà de devenir auteur, de faire imprimer ses oeuvres,
et il mit au bas de la couverture qui portait le titre : Bruxelles,
4779. Ce roman était précédé d'une dédicace adressée à son
* Ce journal a été commencé en 1804 et s'arrête avec quelques lacu-
nes à 1816. Il a été inséré avec force suppressions dans la Revue Inter-
nationale qui paraissait à Rome (janvier, février et mars 1887).
2 Hochet, qui était lié avec Constant et M"» de Staël, devint secré-
taire général du Conseil d'Etat. Il occupa cette position jusqu'en 1840.
Son fils lui succéda.
DE BENJAMIN CONSTANT 205
père, où il disait : « On m'a dit que les pères trouvaient les
ouvrages de leurs fils excellents, quoique souvent ce ne soit
qu'un amas de réminiscences cousues avec art. Pour montrer
la fausseté de ce bruit, j'ai l'honneur de vous présenter cet
ouvrage, bien sûr que, quoique je l'aie composé, vous ne le
trouverez pas bon, et que même vous n'aurez pas la patience
de le lire. »
A l'âge de vingt ans. Constant s'était fixé à Paris, et il
y menait une vie fort dissipée. Son père s'en émut, et lui in-
tima de venir le rejoindre en Hollande. Mais, au lieu de se
soumettre à sa volonté, il partit pour l'Angleterre, en chaise
de poste jusqu'à Calais, chaussé d'une paire de pantoufles,
n'ayant que trente louis dans sa bourse, et pour tout bagage
trois chemises, quelques paires de bas et quelques mou-
choirs. A peine débarqué, il partit de Londres pour parcourir
l'Angleterre achevai, aidé par quelques amis qui suppléèrent
à l'exiguité de ses ressources.
Pendant qu'il accomplissait cette folle pérégrination, il
écrivit de Chasterfort, le 22 juillet 1787, à M"« de Charrière,
avec laquelle il avait formé une liaison de cœur, bien qu'elle
eût quarante-cinq ans, et qu'il n'en eût que vingt : « Je tra-
vaille à un roman que je vous montrerai. J'en ai d'écrites
cinquante pages in-8° ; je vous le dédierai, si je l'imprime. »
Bientôt, il renonça à ce projet, et il écrivit, le 27 août, à
la même personne, de Westmoreland : «J'ai quitté l'idée
d'écrire un roman en forme. Je suis trop bavard de mon
naturel. Tous ces gens qui voulaient parler à ma place m'im-
patientaient. J'aime à parler moi-même, surtout quand vous
m'écoutez. J'ai substitué à ce roman des lettres intitulées :
Lettres écrites de Peterdale à Paris, dans l'été 1781, adressées
à M. C. de Z . (M"* Charrière de Zoel). Cela ne m'oblige à
rien. Il y aura une demi-intrigue, que je quitterai ou je re-
prendrai à mon gré. Mais je vous demande, et à M. de Char-
rière, qui, j'espère, n'a pas oublié son fol ami, le plus grand
secret. Je veux voir ce qu'on dira, ou ce qu'on ne dira pas,
car je m'attends plus au châtiment de l'obscurité qu'à l'hon-
neur de la critique. Je n'ai encore écrit que deux lettres;
mais, comme j'écris sans style, sans mesure et sans travail,
j'écris à trait de plume. »
206 MEMOIRE SUR « ADOLPHE »
Ce projet fut encore abandonné, et Constant n'a écrit
([Xi Adolphe, et une suite à ce roman, qui est perdue.
On a cependant quelque peine à se persuader qu'il se soit
volontairement limité dans ce genre à cette seule composition.
Sa vie avait été si agitée, marquée par tant d'événements
romanesques, qu'en admettantmême, ainsi qu'on l'a prétendu,
qu'il ne pût trouver un sujet qu'en l'empruntant à sa propre
histoire, ses souvenirs lui aurait parfaitement donné l'étoffe
nécessaire pour former plusieurs romans.
Sa liaison avec M™° de Charrière , elle-même fort roma-
nesque , — liaison connue par la communication de ses
papiers à Sainte-Beuve, par M. Gallieur, qui en était dépo-
sitaire, et par la publication qu'en fit la Bibliothèque Uni-
verselle de Genève, — lui aurait encore fourni les matériaux
d'un roman psychologique qui aurait pu rivaliser avec celui
A'' Adolphe.
Quel parti meilleur encore n'aurait-il pas tiré de son
premier mariage avec Wilhelmine, baronne de Cram, qu'il
épousa eu 1789, à l'âge de vingt-deux ans, de cette Wil-
helmine de qui il dit dans son journal : (c Entraîné par des
personnes intrigantes, j'eus la faiblesse de prendre une
femme laide, sans fortune, plus âgée que moi, et, pour
comble d'agréments, violente et capricieuse. Les torts
qu'elle eut à mon égard sont de ceux qu'on ne pardonne
pas. Mais, au lieu d'une vengeance, je ne demandai que
ma liberté, et je l'obtins en faisant beaucoup'de mécon-
tents, car ma femme avait des ennemis qui espéraient tirer un
meilleur parti de ma colère. »
Quelles bizarreries dans la destinée de cet homme étrange,
et quelles faiblesses dans son organisation morale ! Lui, si élé-
gant, d'une élégance qui le fait appeler le Muscadin, d'un es-
prit si fin, et, lorsqu'il rencontre la veine, si délicat, il forme,
entre vingt et vingt-deux ans, deux liaisons, qu'il fait presque
marcher de front, avec deux femmes, dont l'une aurait pu être
sa mère; l'autre, moins vieille, était fort laide. Il ne peut ai-
mer la première qui l'aime, et la torture ; piteusement trompé
par la seconde, il doit lui arracher, par le divorce, le nom qu'il
lui a donné. Les principaux traits de cette lamentable affaire
du divorce, suffisamment accusés dans le journal de Constant,
DE BENJAMIN CONSTANT 207
dans sa correspondance avec M™^ de Nassau et Rosalie, dans
les lettres qu'il aécrites à M™" deCharrière, qui, elle, l'amante
trompée et délaissée, était devenue la confidente de l'époux
trahi et bafoué, prouvent assez que la liaison de Constant
avec M™e de Staël n'a pas été le seul événement romanesque
de sa vie.
Les matériaux eussent été prêts et sous sa main, s'il avait
voulu tirer un roman intime et personnel de sa liaison avec
M™^ Récaraier. Il n'aurait eu qu'à relire les lettres qu'il lui
avait adressées, et celles, plus rares et plus discrètes, qu'il
avait reçues d'elle. Mais nous reviendrons sur ce point.
Quoique Constant ait déclaré dans son journal qu'il avait
écrit Adolphe parce qu'il traversait une crise qui le rendait
incapable d'aucun travail sérieux, il avait néanmoins du goût
pour ce genre de composition, et il ne cessa jamais de lire
et de relire des romans. Peu lui importait qu'ils eussent été
publiés en France, en Allemagne ou en Angleterre : il les
lisait dans leur langue. Son éducation avait commencé en
Suisse, s'était continuée à Oxford et à Edimbourg, et avait
été terminée à Elangen, ce qui a fait justement dire à Sainte-
Beuve, « qu'il a été longtemps entre trois patries et trois
langues, entre lesquelles il dut choisir. »
Pendant sa liaison avec M™^ de Charrière, il lut les romans
de Restif de la Bretonne, et lui déclara que cette lecture
l'avait trouvé fort rétif. Il lui écrivait encore vers 1780 :
«Je lis en route un roman que j'avais lu, et dont je vous avais
parlé ; il est de l'auteur de Wilhelmine Ahrend. » Et il ajoute
dans une autre lettre : « Je lis toujours mon roman : il y a
une Ulrique presque aussi intéressante que Calixte ; vous
savez que c'est beaucoup dire. Le style en est très énergique,
mais il y a une profusion d'images à l'allemande qui font de
la peine quelquefois. J'ai été fâché qu'une lettre était une
flamme qui allumait la raison et éteignait l'amour, qu'Ulrique
avait eu toutes ses joies mangées en une seule nuit par un
renard. Si c'était des oies, encore passe. Mais cela est bien
réparé par la force et la vérité des caractères et des dé-
tails. »
Son journal, comme sa correspondance, dénote qu'il lisait
tous les romans qui paraissaient, et que lorsqu'il était
208 MEMOIRE SUR « ADOLPHE»
attiré par la supériorité d'une œuvre en ce genre, ou par la
réputation que l'auteur avait conquise, il en faisait l'objet
d'une étude approfondie, ainsi qu'il le fit pour Tieck. Il va
sans dire qu'il suivit avec le plus vif intérêt le mouvement
littéraire qui se produisit en Allemagne au moment où il y
résidait. Goethe avait conquis son admiration, mais il tenait
sa tragédie de Faust en médiocre estime: — « Une observa-
tion ingénieuse de Schiller, dit-il dans son journal, c'est que,
dans le style, les verbes sont plus animés que les substantifs ;
ainsi, l'aimei^, est plus une action que l'amour, le vivre, ({\xe la
v\e, le mourir, que la mort. Les verbes expriment plutôt le
présent, les substantifs plutôt le passé. Relu le Faust de
Goethe. C'est une dérision de l'espèce humaine et de tous
les gens de science. Les Allemands y trouvent une profon-
deur inouïe ; quant à moi, je trouve que cela vaut moins que
Candide ; c'est tout aussi immoral, iiride et desséchant, et il
y a moins de légèreté, moins de plaisanteries ingénieuses et
beaucoup plus de mauvais goût, n
En revanche il ne pouvait s'arracher à la lecture de Wer-
ther. Il dit au sujet de ce roman, dans son journal : « Soupers
très intéressants chez Gœthe. C'est un homme plein d'esprit,
de saillies, de profondeur, d'idées neuves. Mais c'est le moins
bonhomme que je connaisse. » En parlant de WeiHher, il disait :
« Ce qui rend cet ouvrage dangereux, c'est d'avoir peint de la
faiblesse comme de la force. Mais, quand je fais une chose
qui me convient, les conséquences ne me regardent pas. S'il
y a des fous à qui la lecture en tourne mal, ma foi tant
pis. »
On a souvent rapproché Adolphe de René, et, entre ces
deux chefs-d'œuvre, on rencontre certaines analogies. René
dut fixer l'attention de Constant, et il écrivit à son sujet à
M""® de Nassau, le 6 novembre 1805 : » Nous sommes du
même avis. C'est un sujet qu'on peut librement traiter parla
poste. Je regarde cet ouvrage comme une des plus belles choses
qui aient été écrites dans la langue française ; mais lorsque,
à la fin du roman, je trouve le discours sévère et juste du
Père Suret, je sais bon gré à l'auteur d'avoir réuni beaucoup
de raison à la conception et à la peinture de toute l'exaltation
et de tout le vague qui paraissent à la jeunesse au-dessus de
DE BENJAMIN CONSTANT 209
la raison ; ce coatraste rapide fait un eflfet extrême, et d'autant
plus grand que le lecteur ne s'attend pas à trouver l'auteur qui
a si bien décrit la rêverie de René, capable de la juger et de
l'apprécier suivant les idées communes. Au reste Chateau-
briand a mis si peu de raison, ou plutôt tant de folie, dans ces
cinq volumes \ qu'il n'est pas étonnant qu'ayant voulu être
raisonnable une fois, il ait trouvé une quantité de bon sens
disponible. »
Constant est encore plus sévère dans les jugements qu'il
adressa à sa cousine Rosalie au sujet des Martyrs.
En général, la manière d'écrire de Chateaubriand lui était
antipathique. Celui-ci avait été plus juste, dans tous les cas
plus bienveillant, lorsqu'il disait : « En France, après Voltaire,
Constant est l'homme qui a eu le plus d'esprit. »
M"* Cottin mourut en 1807. Constant écrivit à son sujet à
M"* de Nassau : d L'une de nos plus célèbres femmes auteurs
vient de mourir. Je suppose que vous aurez lu quelques-uns
de ses romans, ou Claire d'Albe, ou Malvina, ou Amélie de
Mansfield, ou Mathilde, dans lequel, pour se conformer au
goût du temps, elle s'était faite dévote. J'aimais mieux les
autres où elle ne parlait que d'amour, ce qui lui était plus na-
turel. De toutes les femmes, c'est celle qui décrivait avec le
plus de chaleur le bonheur de deux amants dans toute son
étendue, et ce talent donnait à ses ouvrages un caractère
particulier. Elle était fort laide, et avait inspiré de grandes
passions: un jeune homme s'était tué à sa porte à cause de
ses rigueurs, et ses bontés avaient fait mourir un homme de
soixante-dix ans. Elle est morte avec des sentiments fort re-
ligieux à l'âge de trente-quatre ans. La religion a cela d'ad-
mirable, — et c'est très sérieusement que je le dis, — elle a
cela d'admirable que les antécédents ne la gênent pas. On la
grefife sur l'ambition, sur l'amour, sur toutes les passions, —
et la greflfe prend à tout âge. »
Nous aurions pu multiplier les citations ; celles que nous
avons choisies suffisent. Elles démontrent que si nul n'est
assez privilégié, quelles que soient l'étendue et la puissance
de ses facultés, pour produire une œuvre forte et durable sans
* Le génie du Christianime.
210 MEMOIRE SUR « ADOLPHE»
une longue préparation, Constant, lorsqu'il écrivit Adolphe,
aborda un genre de composition qui non seulement lui était
familier par ses lectures, ce qui serait peu, mais qu'il avait
étudié, en apportant dans cette étude l'esprit d'analyse fine
et subtile où il excellait. N'oublions pas enfin qu'il avait été
le confident de M"« de Charrière, de M"« de Staël, deM^^de
Krudener qu'il avait connue en Suisse avant de la revoir à
Paris, peut-être même de M™^ de Montolieu ; qu'il avait été
consulté, non plus comme un approbateur passif, mais comme
un juge éclairé, par l'une sur Calixte, par l'autre sur Co-
rinne^ qu'elle préparait, par celle-ci sur Valérie; et comme il
était dans sa nature d'esprit de généraliser, qu'il dut se tra-
cer au sujet de la composition d'un roman certaines règles
ou certains préceptes, il n'est pas difficile d'admettre que,
dans ses observations ou plutôt dans ses critiques, il dut leur
indiquer de quelle manière ces préceptes devaient être ap-
pliqués. Dans tous les cas, il est certain qu'il étudia de cette
façon leurs ouvrages, lorsqu'il les lut , ainsi qu'en témoigne
son journal.
Aussi Rosalie, qui était très fixée à cet égard, le pria d'or-
ner d'une préface la traduction du roman de William Caleb,
qu'elle se proposait de publier; et l'on sait qu'ayant rencontré
dans Goldwin un publiciste supérieur, et plus particulière-
ment l'auteur d'un traité sur la justice politique, il ne l'étudia
que sous ce rapport.
Si on pouvait consulter toutes les œuvres inédites de
Constant, celles qui sont passées des mains de sa veuve,
Charlotte de Hardenberg, dans les mains de ses héritiers, on
verrait clairement qu'il s'est exercé dans tous les genres.
Nous possédons une tragédie {Wallenstein), qui n'ajoutera rien
à sa gloire, et il avait écrit une longue satire, dont le ma-
nuscrit, possédé par son père, est passé ensuite à la bibliothè-
que de Polignj.
Mais d'où vient qu'il n'a écrit que le roman d'Adolphe?
Parce qu'il n'aurait pu aller au delà, répondent certains
critiques, et notamment M.Faguet. Son imagination était fai-
ble et limitée, et il n'aurait pu créer et suivre une action, y
faire figurer des personnages à qui il aurait donné, à force
d'art, les apparences de la vie. Ecrivain supérieur, il l'était,
DE BENJAMIN CONSTANT 211
mais s'il avait entrepris d'écrire un roman, le fond lui aurait
manqué, et son talent se serait exercé dans le vide. Il a pu
composer Adolphe, qui est le récit d'une liaison dans laquelle
il a joué le rôle principal, parce qu'il n'avait qu'à s'inspirer
de ses souvenirs, et si lui seul pouvait écrire ce roman, il
s'était épuisé après l'avoir écrit, et il n'aurait pu en écrire
un autre.
Qu'en sait-on? — S'il avait écrit plusieurs romans, tous mé-
diocres, qui, comparés à Adolphe, ne soutiendraient pas la
comparaison, l'épreuve serait faite. Mais elle ne l'a pas été.
Sans doute, on ne refait ni Adolphe ni René, parce qu'un
être humain étudié dans sa vie morale, à un point de vue
déterminé, ne saurait être dédoublé, et qu'en le reproduisant
sous la même forme et à ce même point de vue, on ne pour-
rait obtenir que la même image. Mais Chateaubriand a écrit
Atala, les Martyy^s et le dernier des Abencérages. Benjamin
écrit à son tour un autre roman, qui était une suite à Adolphe:
ce roman est perdu, et il serait puéril de le juger. La seule
chose que nous en sachions, c'est qu'il y peignait le bonheur
dans le mariage, triste sujet pour lui, qui était incapable par
sa nature et son organisation morale de devenir le peintre du
bonheur.
Mais il aurait pu se lancer dans les régions des tempêtes ;
il l'avait bien fait en écrivant Adolphe, et pourquoi n'y se-
rait-il pas revenu?
Sans doute, son organisation étant donnée, il n'aurait pu
écrire qu'un roman intime et personnel, dans lequel il aurait
occupé la scène et joué le rôle principal. Il se peignait au vif
lorsqu'il écrivait à M™^ de Charrière : « Tous ces gens qui vou-
laient parler à ma place m'impatientaient ; j'aime à parler moi-
même. ...y) Mais en tenant compte de cette disposition, et dans
ce cercle restreint, sa vie si agitée lui aurait fourni un fond
assez riche, et son talent supérieur aurait fait le reste.
Il aurait aussi trouvé d'autres sujets, tout aussi dignes de
son talent, dans l'étude de ses défaillances morales, de ses
fautes et de ses travers. Le jugement qu'a porté sur lui Gui-
zot à cet égard, est, quoique sévère, frappant de justesse
et de vérité. Il disait: a Homme d'un esprit infiniment varié,
facile, étendu, clair, piquant, supérieur dans la conversation
212 MEMOIRE SUR (f ADOLPHE »
et dans le pamphlet, mais sophiste, sceptique et moqueur,
sans conviction et sans considération. »
Tel est le fond où Benjamin Constant aurait puisé. Si, par
exemple, il avait voulu peindre le joueur, non plus le joueur-
type, tel que l'a représenté Regnard, mais un joueur déter-
miné, vivant, qui était sa propre personne, peut-être qu'il
se serait surpassé : les quelques lettres qu'il a écrites à
sa cousine Rosalie donnent cette conviction. Béranger, qui
le connaissait bien, — disait un jour de lui à Coulmann:
« Il est tellement usé, il a tellement besoin que quelqu'un
l'anime et le travaille, que je lui disais que, vieux et ne pou-
vant quitter le coin de son feu, il donnerait de la tête contre
la cheminée. // m'a avoué qu'il ne joue que pour cela. »
Voilà bien un sujet : un homme, usé, blasé, mécontent parce
qu'il a fait litière des plus brillantes facultés, incapable d'em-
ployer sa vie parce qu'il s'est mis en dehors ou au-dessus des
devoirs qu'elle impose, et qui joue, sans passion, sans regarder
au gain, pour se secouer et s'étourdir par de violentes émo-
tions. Que Benjamin prenne ce cadre, y fasse entrer une action
très simple, et vous avez une peinture qui ne déparera pas
celle Ôl Adolphe. Nul doute que le choix de ce sujet ne l'ait
obligé à s'accuser et à s'amoindrir. Mais il a passé sa vie à
médire de soi et d'autrui, et de soi plus que d'autrui, ce qui
est encore assez rare et ajoute un trait de plus à ce singulier
caractère. Volontiers, il mettait ses plaies à nu, et il parlait
de sa vie de joueur avec une parfaite indifférence, souvent
même avec un cynisme qu'il ne savait pas adoucir. Ainsi, après
une conversation où il s'était montré étincelant de verve et
d'esprit, il disait au comté Mole qui l'interrogeait sur l'emploi
de sa soirée : a Le soir je mange ma soupe d'herbe., et je vas au
tripot, n Barante, qui fréquentait Coppet pendant qu'il était
préfet du Léman, qui avait connu la liaison qui s'était formée
entre M™* de Staël et Benjamin, qui l'avait suivie depuis le
jour où elle avait atteint son plein épanouissement jusqu'au
jour où elle touchait à son déclin, disait en parlant de ce der-
nier et de ses dettes de jeu: « C'est une fille qui ira mourir à
rhôpital », et, de fait, cette prédiction se serait réalisée, si
Louis-Philippe ne l'avait soustrait à une honteuse déconfiture
par le don d'une somme de 200,000 fr. Ce qui faisait dire à
DE BENJAMIN CONSTANT 213
Dupin aîné, un jour qu'il faisait de l'opposition au gouverne-
ment de son rojal bienfaiteur: « // s'est vendu, triais il ne s'est
pas livré ! »
N'insistons pas davantage sur ce point où les conjectures,
quelque plausibles qu'elles parussent, ne donneraient aucune
conclusion précise. Il vaut mieux s'arrêter à l'aptitude de
Constant comme romancier! 11 Tétait dans l'âme, par son
organisation morale et par la tournure de son esprit. C'est
qu'il avait reçu en partage un don merveilleux, la faculté qui
permet de peindre les objets, non plus suivant leur réalité
extérieure, ce qui conduit droit au roman naturaliste, mais
d'en fixer l'image dans l'esprit, d'idéaliser cette image en lui
donnant une forme intime et personnelle, et de tout tirer de ce
fond. C'est ainsi que le roman d'Adolphe a été créé, et c'est
ce qui en fait une œuvre supérieure, dépassée sans doute par
d'autres œuvres du même genre, mais d'un autre caractère,
sans égale avec le caractère qui lui appartient.
Constant est si bien, et tout naturellement, romancier,
qu'il arrive souvent, lorsqu'on parcourt son journal, sa cor-
respondance et les quelques écrits plus rares et plus person-
nels où il a consigné ses souvenirs, qu'on croit lire les pages
détachées d'un roman déjà formé. Cette impression est sur-
tout sensible lorsqu'on lit le portrait de Julie, ce pastel déli-
cieux et achevé dans la teinte grise, comme dit Sainte-Beuve.
Dans les grandes crises de sa vie, — et elles furent nom-
breuses, — tout tourne chez lui au roman et au romanesque.
Les lettres qu'il a écrites à M™^ de Réoamier, publiées il j a
quelques années, forment dans leur ensemble une ébauche
de roman, écrit, il est vrai, à bâtons rompus, monotone, parce
qu'une seule note y domine, la plainte continue d'un amant,
qui aime, qui croit aussi aimer, le cœur n' ayant pas plus de
part dans sa passion que son esprit, toujours encouragé et
toujours éconduit, désespéré, lorsqu'il voit que le dernier
jour ne diffère absolument pas du premier. Nulle action, il
est vrai, dans cette ébauche : mais comme elle se développe-
rait pour ainsi dire d'elle-même, si celle qui fut l'âme de cette
singulière intrigue y participait !
Avec elle, nous aurions non plus une coquette ordinaire,
type commun et banal, mais une femme sur le retour, belle
H
?14 MEMOIRE SUR « ADOLPHE »
encore, qui aime à être aimée sans se donner, experte et
d'une habileté féline dans l'art d'allumer des passions qu'elle
ne veut ni satisfaire, ni éteindre.
Un jour, Constant écrit : « J'ai fait quelques progrès
Elle a convenu que j'aimais avec plus d'abandon que per-
sonne, et son doute ne portait que sur la durée de mon atta-
chement : elle a presque avoué qu'elle craignait qu'il passât
bien vite. »
Le lendemain, tout change. Il écrit : « Ma foi ! j'y renonce.
Elle m'a fait passer une journée diabolique ! C'est une linotte,
un nuage, sans mémoire, sans discernement, sans préférence.
Sa beauté l'ayant rendue l'objet de continuels hommages, la
langue romanesque qu'on lui a parlée l'a dressée à une ap-
parer.ce de sensibilité qui ne va que jusqu'à l'épiderme. Elle
n'est jamais le lendemain ce qu'on l'avait quittée la veille. »
De refus en refus, de chute en chute, la vanité s'en mêle et
prend même le dessus.
« Il y a quelque chose de niais, dit Constant, à ne rien ten-
ter avec une femme dont on est fort amoureux et avec qui on
se trouve souvent en lête à tête, à deux heures du matin.
Persévérons !» — Il ajoute : « J'ai rendez-vous avec Juliette
ce soir et prépare une composition écrite pour réraouvoir. »
(Voilà bien le romancier). « Cela a réussi, elle a eu une véri-
table émotion, et de l'abandon plus que jamais. Et cependant,
je n'en ai pas profité. Il y a là une barrière que j'entrevois et
qui me paralyse. »
Le lendemain, quel réveil! : « C'est fini, il n'y a là derrière
que l'indilTérence la plus complète. Il n'y a rien à faire comme
amour ! » Nous ci'éons à notre guise le roman, et il se déroule.
A. la suite de Juliette, de Nadalhac et de Forbin occuperaient
la scène, et elle mettrait en œuvre sa fine habileté pour les
opposer à Benjamin, dont elle veut exciter la jalousie. Elle y
réussit si bien qu'ayant un jour invité Forbin à dîner, Benja-
min, qui ne devait pas assister au repas, lui écrit une lettre
pour la supplier d'inviter aussi de Nadalhac, <.<■ afin quils se
paraissent fun par Vautre. »
Puis viendraient toutes sortes de ruses et d'habiletés, capa-
bles de dérouter les plus habiles, pour contraindre Constant
à se rapprocher de M°»^ de Staël, pour l'amitié seulement,
DE BENJAMIN CONSTANT 215
celle-ci étant déjà mariée à de Rocca. A son tour Constant,
dérouté par cette manœuvre, craint que M™" de Staël, prise
d'un renouveau de jalousie, ne lance contre Juliette, Char-
lotte de Hardenberg, son épouse, qu'il tient à distance.
Dans un tel roman, dont nous dessinons presque les con-
tours, nous aurions un Constant nouveau, inconnu, trans-
formé, transfiguré. Dans ses aventures antérieures, la pré-
sence d'un rival ne l'offusquait pas, et il se serait volontiers
accommodé d'un partage. Le Constant qui aimait Juliette
était un Constant jaloux jusqu'à la frénésie, possédé d'une
jalousie maladive. Sous ce rapport, de Forbin avait le don de
l'exaspérer. Il est vrai que c'est sur lui que Juliette dirigeait
ses batteries. Constant rêvait contre ce rival un de ces duels
qui font disparaître l'obstacle, jusqu'au jour où Julette dissi-
pait le rêve par de tend? es promesses. Enfin elle arrangea la
chose au point que Constant a pu écrire dans son journal :
« Trouvant le soir Forbin chez elle, j'ai ])arlé à Juliette devant
lui à cœur ouvert. Cela établissant de la confiance entre les
deux soupirants, nous nous sommes mis tous les deux à lui
peindre notre amour, ce qui a produit enfin chez moi un inex-
tinguible fou rire. »
Le duc de Broglie raconte dans ses souvenirs, au sujet de
la jalousie de Constant, qu'étant allé à un bal masqué chez
Grefïulhe, il fut poursuivi et intrigué par une femme d'une
taille élancée, ajant sous le masque toutes les apparences de
la distinction et de l'élégance, qui Tavait reconnu malgré son
déguisement. Une pouvait rien comprendre à ses menées, lors-
qu'il découvrit qu'il avait affaire à iM""" Récamier. 11 comprit
aussi qu'elle l'avait choisi comme plastron pour exciter la
jalousie de Constant qui suivait des jeux ce manège, dans un
état d'excitation presque voisin de la folie.
La foiie l'avait réellement gagné le jour où, pour se faire
honte de sa folle passion, il eut le triste courage de choisir
comme confidente de son intrigue, « sans toutefois nommer la
personne qui était l'objet de son amour, » lafiUe de M"" de Staël,
cette Albertine, qui était l'image de la vertu et de la pureté.
Une intrigue d'un tel caractère devait tôt ou tard prendre
une allure plus agitée et tourner au romanesque. M""" de Kru-
dener, qui accompagnait l'empereur Alexandre, en fut l'occa-
sion.
216 MEMOIRE SUR «ADOr.PHE»
Elle avait fondé, non pas une nouvelle religion, mais une
dévotion nouvelle, empreinte d'un mysticisme, ardent d'appa
rence, surtout dans la forme des prières, au fond tempéré,
qui s'adaptait à toutes les situations, et au besoin aux affaires
de cœur et de galanterie. Il est vrai qu'elle n'opérait, à l'égard
des amants, que pour unir leurs âmes.
Benjamin s'affilia à cette nouvelle secte. Il trouva que
l'union des âra^s avait du bon, espérant d'ailleurs qu'elle ue
serait qu'un prélude.
11 aurait bien voulu affilier à cette secte M™^ Récamier,
mais celle-ci, peu portée vers les idées religieuses, « qui enten-
dait la messe, dit Constant, avec des soupirs qu'elle croyait
venir de son âme et qui ne naissaient que de son ennui», resta
fidèle à sa tactique habituelle. Elle n'accepta ni ne refusa,
peut-être aussi par ménagement pour M"* de Krudener, dont
l'influence était alors considérable. Au fond, après avoir fait
semblant de croire, ce qui fut considéré comme un triomphe,
elle se moque et de Constant et de la grande prêtresse, qui
était devenue sa directrice de conscience.
Quant à Constant, lui, il paraissait réellement touché par
la grâce. 11 passait souvent des nuits entières dans le salon
de M™^ de Krudener, tantôt à genoux, tantôt étendu sur le
tapis, et là, les mains jointes ou levées au ciel, il demandait
à Dieu, dans sa fervente prière, de fléchir le cœur de son
inhumaine et de la jeter dans ses bras. Il aurait été mieux
inspiré, dit un contemporain, si du moins il s'était adressé au
diable. La chose était faite pour le tenter, et le duc de Bro-
glie affirme qu'il succomba à la tentation.
Tout ce manège fut en pure perte, M™^ Récamier ne fléchit
pas ; et M™'' de Krudener lui fit remettre par Constant un
écrit, dont il est question dans ses lettres comme dans son jour-
jial, mais d'une façon trop vague pour qu'il soit possible de
déterminer ce qu'il contenait. Nous savons cependant qu'il y
était question de Dieu, de sa miséricorde infinie qui s'étend
jusqu'aux amants malheureux, de sa bonté qui calme et pa-
cifie les cœurs endoloris par un amour qui n'est pas partagé.
Cet écrit n'eut pas le pouvoir d'arracher M™^ Récamier à
sa froide indifférence, et Constant fut réduit, comme par le
passé, à lui adresser des lettres presque journalières où il
DE BENJAMIN CONSTANT 217
exhalait sa passion et sa douleur. M"* de Krudener intervint
d'abord dans cette correspondance. Elle avait remarqué que,
dans les cérémonies qu'elle présidait, Mme Récamier parais-
sait songer moins à Dieu qu'à se faire admirer par ses soupi-
rants. Elle chargea Constant de le lui faire observei*. et celui-
ci lui écrivit: « Je m'acquitte, avec un peu d'embarias, d'une
commission que Mme de Kiudener m'a donnée; elle dit que
vous éblouissez tout le monde, et que par là, toutes les âmes
sont troublées et toutes les attentions impossibles. Vous ne
pouvez pas supprimer votre charme, mais ne le rehaussez pas.
Je pourrai ajouter bien des choses sur votre figure à cette
occasion, mais je n'en ai pas le courage. On peut être ingé-
nieux sur le charme qui plaît et non sur celui qui tue. »
Le ton fade de cette lettre indique assez que le sentiment
des premiers jours s'était sensiblement afi'aibli. Après dix-huit
mois d'attente. Constant, résigné, sans être pour cela plus
calme, déclara, par une sorte d'engagement, qu'il se réduisait à
/.''amitié. Mais son caractère, à la fois passionné et sceptique, ne
pouvait s'en accommoder, et cette évolution forcée aboutit a
l'indifférence et à l'oubli.
Ce récit n'indique-t-il pas que Constant aurait pu écrire
d'autres romans que celui d'Adolphe, quelque limité qu'il fût
dans le choix du sujet? Mais il reste toujours à savoir pour-
quoi il n'a écrit que celui-là.
Béranger, qu'il faut toujours prendre pour guide lorsqu'il
s'agit de Constant, bonhomme si on veut, mais à la surface,
au fond esprit fin, délié, exact, observant tout en silence,
hommes et choses, disait un jour à Coulraann : « Jouy ne sait
pas s'il a bien ou mal fait ; il écoute toutes les critiques, et
eff'ace tout ce qu'on veut. Constant est de même; il n'est pas
sûr d'avoir du talent. C'est manque de caractère chez eux. »
Un est pas sûr d'avoir du talent! Quelle justesse dans ce
ce trait! Non certes qu'il faille le prendre à la lettre, et Bé-
renger ne l'entendait pas ainsi. Mais il est certain que Cons-
tant n'avait pas des idées assez nettes sur son mérite pour
savoir l'usage qu'il devait en faire et le parti qu'il pouvait en
tirer. C'est ce qui démontre la conduite qu'il tint au sujet
A' Adolphe.
Adolphe se détache des œuvres de Constant comme Manon
218 MEMOIRE SUR «ADOLPHE»
Lescaut de celles de l'abbé Prévost, toutes proportions gar-
dées, et les treize éditions successives qu'a eues ce chef-d'œu-
vre démontrent qu'il aura toujours des lecteurs. Cependant,
Constant raconte, dans son yourna/, qu' « en proie à des tour-
ments qui le rendaient incapable d'un travail sérieux, il a écrit
Adolphe.» Ainsi, à l'avance, il lui assigne un rang subalterne,
bien différent en cela du véritable artiste qui comprend son
œuvre, qui la sent, et qui se réjouit en elle lorsqu'il médite
de la créer.
Ce jugement ne sera pas modifié dans la suite. Le journal
de Constant ne contient que quelques lignes sur Adolphe, et
il y est question presque à ciiaque page de son ouvrage sur
la religion.
Il faut reconnaître cependant que ce dernier ouvrage n'a
pas eu tout le succès qu'il mérite, a II fit long feu après son
apparition,» dit Sainte-Beuve avec une joie maligne. Constant
ne le vit ni le comprit, peut-être parce qu'il était incapable
de le voir et de le comprendre, la cause de cet insuccès lui
étant surtout personnelle. Il avait passé toute sa vie à écrire
ce livre, et sa vie fit tort à son œuvre. On ne crut pas à ses
convictions, et on se dit que maintes pages avaient été écrites
après une nuit passée au jeu, ou entre deux parties de cartes,
ce qui n'était pas fait pour ajouter à leur perfection.
Tel fut en général le jugement des contemporains, et nul
ne l'a mieux interprété que Guizot et le duc do Broglie. Le
sujet se prêtait d'ailleurs à cette sévérité. I! n'est pas simple
de parler de religion sans une conscience bien nette, et de se
constituer le juge, sinon de Dieu, mais de ses œuvres et de
son action sur les hommes, lorsqu'on a tant à craindre de sa
justice.
Aux yeux de Constant, l'ouvrage sur la religion était son
œuvre-maîtresse, son véritable titre. Adolphe comptait bien
peu. Comme il se trompait ! Aujourd'hui cette œuvre de pré-
dilection n'est plus lue que par quelques érudits, ou par les
curieux des choses de l'esprit qui ne veulent rien ignorer de
ce qu'a écrit l'auteur de roman, absolument comme on lit en-
core les odes de Boileau ou de Voltaire, parce qu'ils ont écrit
tout le reste.
Le plus caractéristique en tout cela, c'est la conduite qu'a
DE BENJAMIN CONSTANT 219
tenue Constant au sujet (["Adolphe. A peine est-il composé qu'il
le serre dans ses cartons, et avec assez de négligence pour
qu'on ait pu croire à un moment donné qu'il était perdu,
comme a été perdue la suite qu'il lui a donnée. Il l'emporte
quelquefois avec lui pour le lire à quelques intimes, cinquante
en tout, chiffre qu'il accuse à sa cousine Rosalie, et, lorsqu'il
raconte dans son journal les lectures qu'il a faites, on voit
bien qu'il est sans doute touché de l'émotion qu'il communique
à ses auditeurs et que souvent il la partage, mais que s'ils
se révoltent contre son caractère et sa conduite, — car Adol-
phe c'est lui et tous le savent, — alors il est particulièrement
satisfait. Lorsqu'il compose sa tragédie de Wallenstein, œuvre
médiocre qu'on ne lit plus, il en entretient sa tante et sa cou-
sine, longuement et avec détail, et dès que son œuvre est
terminée, il chercheaussitôt unéditeur, et escompte à l'avance
le succès quiTattend; tandis que, s'il parle du roman cV Adol-
phe à Rosalie (et à Rosalie seule, sa tante étant morte au
moment où il le publia), c'est sur un ton de laisser-aller qui
touche presque à l'indifférence.
Entre la composition et la publication, il laisse écouler dix
ans. Il ne s'est pas soumis à cette longue abstention par ména-
gement pour M""' de Staël, puisqu'elle vivait encore lorsque
la publication eut lieu, et qu'il ne s'est pas préoccupé du coup
qu'il lui portait ni de ses conséquences possibles, sa santé étant
alors fortement ébanlée. Ce n'est point par un retour vers son
œuvre, par une juste appréciation de ce qu'elle était et de ce
qu'elle valait qu'il se déciJa à la publier. Il ne le fit que pour
sedéroberaux curieux et auximportuns quilui endemandaient
la communication. Il écrit à ce sujet à sa cousine Rosalie :
« Je ne l'ai publié que pour me dispenser de le lire en so-
ciété.... J'ai trouvé qu'il valait mieux que les autres prissent
la peine de le lire eux-mêmes. »
Peut-être aussi (]ue les soixante et dix louis que lui paya
l'éditeur ne furent pas absolument étrangers à cette résolu-
tion.
Cette conduite explique, mieux que des conjectures incer-
taines, ce qui fait que Constant n'a publié que le roman d'/lc?o/-
phe. Il en ignorait la valeur, et il n'a pas voulu ajouter à une
œuvre qu'il jugeait de minime portée, une œuvre dans le
même goût qui n'aurait pas mieux valu.
220 MEMOIRE SUR «ADOLPHE»
Il en est résulté qu'avec de grandes facultés, son bagage
littéraire est en réalité fort mince. Ace sujet, Sismondi, qui
le connaissait bien et avait du goût pour lui, écrivaità AJ"^ de
Saint-Aulaire, le lendemain de sa mort : « Je suis étonné du
jugement sévère qui perce dans votre lettre sur lui Je sens
bien qu'il est resté au-dessous de ce qu'il pouvait être... Ce
n'e^t que comparé à lui-même qu'on sent tout ce qui lui
manque. »
On pourrait même douter qu'il eût écrit Adolphe^ s'il ne
l'avait pas composé avec une rapidité fiévreuse, sous le coup
d'un accès d'entraînement. C'est ainsi qu'il a écrit ses innom-
brables brochures. De ces brochures, il ne faut pas médire.
Par elles, la mémoire de Constant vivra, et, quoique ternie
sous tant de rapports, elle restera par ce côté justement ho-
norée.
Connaissant à fond la Constitution anglaise et celle des
Etats-Unis, il a enseigné et révélé à la France, dans les bro-
chures qu'il a multipliées à profusion, le gouvernement re-
présentatif. Ses études de ce côté le conduisirent à se consti-
tuer en toute rencontre, le défenseur des idées libérales au
moment où, suspectes d'idéologie, elles étaient tenues en
mépris. Telle fut sous ce rapport l'étendue de ses travaux,
qu'on a pu en réunissant ce qu'il avait exposé en détail
dans de nombreux petits traités portant sur une foule de
sujets, former une oeuvre complète embrassant l'ensemble
des théories du Droit Constitutionnel. Pages de l'Ariège et
après lui Laboulaje ont fait ce travail.
« En politique, dit Sismondi en parlant de Constant, il a
bien plus fondé de doctrines que ceux qu'on nomme doctri-
naires », et le duc de Broglie ajoute : « C'est lui qui a vrai-
ment enseigné le gouvernement représentatif à la nation
nouvelle. . . On ne saurait trop apprécier sur ce point la dette
de notre pays envers Benjamin Constant; ses différentes bro-
chures ont éclairé les plus habiles, illuminé le gros du public,
et tranforrné en lieux communs des vérités ignorées ou mé-
connues; c'est le [iremier des triomphes en philosophie et en
politique. »
Constant n'en avait pas la conscience. 11 disait de ses bro-
chures qu'elles étaient autant de coups de fusil qu'il avait tirés
DE BENJAMIN CONSTANT 221
sur les erreurs et les abus, comme pour exprimer qu'elles
n'avaient eu qu'un moment d'éclat, du bruit sans durée. Elles
vivent cependant, ces brochures, et la conscience est soula-
gée lorsqu'on ra|)proche les services signalés qu'il a rendus
en les publiant, des défaillances de moralité et de caractère
qui ont tant de fois obscurci sa vie et pèsent sur sa mé-
moire.
Tout événement de quelque importance lui était une occa-
sion pour écrire une brochure, et comme il s'était fait des
théories générales, fixées à l'avance dans des fragments déjà
arrêtés, il put les écrire avec une extrême rapidité. Ainsi, il
écrivait àM™*de Nassau, le 24 mai 1814, en lui envoyant une
de ses meilleures brochures, celle qui a pour titre : De la dis-
tinction des pouvoirs : «J'ai peur que le livre ne se ressente
de la rapidité avec laquelle je l'ai, non pas composé, mais
rédigé. Les matériaux étaient prêts à la vérité, mais je n'ai
commencé à les rassembler que lundi, et le seul fait de
l'avoir écrite en huit jours est un tour de force. »
Cependant, tout ne fut pas de bon aloi dans ces rapides pu-
blications: Constant était avide de popularité, et trop souvent
il sacrifia à cette idole. Grand nombre de brochures, écrites
sous cette influence, méritent l'oubli. Béranger, récemment
condamné à l'emprisonnement, parlant à Coulraann des per-
sonnes qui viendraient le voir pendant qu'il subirait sa peine,
lui disait: « Je suis sûr que Constant viendra ; il ne négligera
pas cette occasion de popularité. Je remarquai dimanche (chez
Daviliers) qu'il devait se dire à lui-même , quand tout le
monde m'environnait: Je voudrais avoir lait les chansons et
être ainsi condamné. »
Constant crojait que la conquête de la popularité lui vau-
drait une absolution générale. L'Académie française lui ayant
fermé ses portes, ce qui fut pour lui une grande douleur, on
l'entendit murmurer à son lit de mort et à sa dernière heure:
« Quelle humiliation! Après douze ans de popularité! »
Mais revenons à Adolphe.
Notre étude ayant pour objet la composition ^'Adolphe et
les diverses particularités qui s'y rattachent, il importe de re-
chercher quelle était en général la méthode que suivait Cons-
tant dans la composition de ses oeuvres, et de se demander s'il
y est resté fidèle lorsqu'il a composé son roman.
2 22 MEMOIRE SUR « ADOLPHE »
Il suffit de parcourir son journal pour voir que, lorsqu'il en-
treprit d'écrire son ouvrage dans la religion, il commença
par en tracer le plan et en arrêter les principales divisions
qu'après cela, il prépara méthodiquement et avec suite les
premiers chapitrv?s où il se proposait d'exposer que le senti-
ment religieux doit être étudié en soi, car il déiive d'une
faculté indépendante des temps et des lieux, commune à tous
les hommes, ce qui fait que l'examen des religions positives et
surtout du culte extérieur ne peut être accessoire dans une
telle étude.
Ce même journal démontre encore qu'il modifia à plusieurs
reprises le plan primitif, si bien qu'il déclare avoir trouvé un
jour dans ses papiers vingt plans difl'érents ; il démontre aussi
qu'il s'efiorca de déterminer dans quel esprit son ouvrage
serait conçu. C'est ainsi qu'il écrit, et ceci n'est qu'un exem-
ple : « Il faut éviter autant que possible la forme historique qui
oblige à répéter des détails connus et à beaucoup de lon-
gueurs. Si Montesquieu avait fait l'histoire des lois au lieu
d'en faire l'esprit, il n'aurait pas été beaucoup plus lu que
Fergusson et Goguet. »
Tant qu'il fut à cette partie de son travail, il suivit une
marche régulière. Mais dans la suite il composa le corps de
son ouvrage sans plan, sans ordre, sans suite, en entremê-
lant les plus disparates^ suivant le cours de ses idées et le
hasard de ses lectures ou de ses études qui étaient fort chan-
geantes.
Ainsi, il étudia, à un moment donné, la religion grecque
dans Homère, ou ce qu'il appelle la théologie homérique, et il
écrit dans son journal : « Si je puis faire sur Eschyle, Hésiode
et Sophocle, Euripide et Pindare, ensuite sur Thucydide et
Xénophon un aussi bon travail que sur Homère, je crois
que cela donnera beaucoup d'intérêt à mon ouvrage. »
Cette énumération incomplète, tracée au courant de la
plume et un peu au hasard, semble indiquer qu'il s'était tracé
un plan qui embrassait une étude d'ensemble sur la religion
grecque. On croirait même qu'il y est resté fidèle lorsqu'on
le voit passer d'Homère à Hésiode, dont il étudie la théologie
en s'aidant des travaux de Pleysse sur le même sujet. Mais,
tout à coup, il passe d'Hésiode à une étude du culte des dieux
DE BENJAMIN CONSTANT 223
fétiches. Les auteurs grecs paraissent abandonnés, mais il y
revient en abordant Soiihocle qu'il admire sans restriction, et
Euripide plus remarquable dans la peinture des passions que
des sentiments. Il quitta ces deux tragiques pour revenir à
Homère et étudier l'autlienticité de VIliao'e et de VOdyssée. Il
passe de là à l'étude du sacerdoce chez les sauvages et il
quitte ce sujet pour aborder Hérodote, qui est crédule, Xéno-
phon, qui est un croyant, et Thucydide, qui dans son histoire
ne donne aucune place aux idées religieuses.
Cette marche désordonnée persiste jusqu'à ce qu'il ait ter-
miné son travail préparatoire, et ce travail consiste à écrire
quelquefois, mais rarement, des chapitres entiers, le plus sou-
vent des fragments de chapitre. Telle était si bien sa méthode
qu'il écrit dans son journal : « Ma paresse me force à beau-
coup plus de travail que je n'en aurais besoin, si j'achevais à
mesure chaque partie, mais je renvoie toujours les dévelop-
pements, ce qui jette du décousu dans la composition. Cepen-
dant cela a l'avantage de me faire mieux apercevoir les rap-
ports des idées entre elles. »
Lorsque son travail préparatoire est terminé, et, avant de
passer à la composition définitive, il réunit les fragments
épars déjà écrits, les classe au rang que leur assigne le plan
qu'il s'est fait, les revise, les conserve intacts, les modifie ou
les supprime selon son appréciation, comble les vides, et,
après cela, il écrit son livre pièce à pièce et volume par vo-
lume.
Les inconvénients de cette méthode devinrent sensibles,
lorsque Constant voulut utiliser les fragments déjà composés.
Par une cause que nous allons exposer, ils manquaient d'unité
et il ne put surmonter cette difficulté que par un long travail.
Lorsqu'il commença son ouvrage, il en était à la philoso
phie du XVIIP siècle, à la pire, à celle qui avait pris pour
devise l'écrasement de l'infâme; en un mot, disciple du baron
d'Holbach, il était sceptique et anti-chrétien. Imbu de ces
idées, il donna une direction conforme à ses premiers travaux.
Plus tard, subissant d'autres influences, ce qu'il serait trop
long d'expliquer, il revint aux idées religieuses, et s'il n'était
pas devenu un chrétien fervent, il abjura son ancienne erreur
et se constitua le champion du christianisme, à sa manière
224 MÉMOIRE SUR " ADOLPHE »
toutefois. A partir de là, son travail subit encore l'influence
de cette nouvelle évolution. Il en résulta que les parties de
chapitres qu'il avait éciites pendant la première période ne
cadrèrent plus avec celles qu'il avait écrites pendant la se-
conde, et que, lorsqu'il arriva à la fin de son travail, à la
composition définitive, il dut tout remanier. Grande difficulté
qu'il signale dans son journal en ces termes : — « J'ai tra-
vaillé peu et mal. Les fragments qui me restent nuisent à ma
composition actuelle. Il n'y a que des idées que je n'ai plus,
et, quand je les retrouve, j'oublie quelquefois que j'en ai
changé. C'est une mauvaise méthode que de travailler sur des
pièces rapportées à diverses époques. »
Il faisait allusion à cette difficulté lorsqu'il disait au duc de
Broglie : « J'avais réuni trois ou quatre mille faits à l'appui
de ma première thè^e ; ils ont fait maintenant volte-face et
chargent dans un sens opposé. »
La méthode qu'avait suivie Constant était défectueuse. Non
certes qu'il soit possible d'embrasser d'emblée, par une sorte
de révélation soudaine, l'ensemble d'un vaste sujet, mais s'il
n'est possible de l'étudier qu'en le divisant, encore faut-il
maintenir une certaine unité dans l'étude des difiéreutes par-
ties. Constant le vit bien, mais il lui était impossible de se
soustraire à la méthode qu'il avait suivie. Homme de premier
mouvement, d'impressions soudaines, il fallait qu'il saisît ses
idées au vol et les fixât en traits rapides. Dans ces conditions,
sa pensée vagabonde, le poussait d'abord au détail, au pêle-
mêle, au décousu, jusqu'au jour où, maître de son sujet, il
pouvait y faire pénétrer l'ordre et la clarté.
Aussi, il ne changea pas de méthode lorsqu'il écrivit des
brochures, bien qu'il eût pu s'en départir, de telles composi-
tions étant très limitées comme développement et ne tou-
chant en général qu'à un seul point. Il y persista si bien qu'il
écrivit àM"« de Nassau, au sujetde sabrochure surla sépara-
tion des pouvoirs, qu'il n'avait eu qu'à en rassembler les frag-
ments, et qu'il avait pu ainsi l'écrire en huit jours; et plus
explicite encore dans son journal au sujet de la bi'ochure qui
précéda la composition d'Adolphe, il y consigna, qu'avant de
l'écrire, il en avait lu des fragments à certaines personnes
qui en avaient été fort satisfaites.
DE BENJAMIN CONSTANT 22 5
Constant est muet sur la manière dont il composa, Adolphe.
Mais les conjectures sont assez plausibles pour établir qu'il a
composé cet ouvrage comme tous les autres.
Nous savons que Constant s'observait et s'étudiait sans
cesse, et presque toujours pour se dénigrer. Il parlait un jour
de cette disposition avec Sismondi, qui lui reprochait de ne
jamais parler sérieusement: « C'est vrai, lui dit-il, la meilleure
qualité que Dieu m'ait donnée, c'est celle de ni'amuser de moi-
même. »
Observateur de soi, il avait pris l'habitude de consigner
dans des notes les principaux événements de sa vie, ses im-
pressions, ses obseivations sur les personnes et sur les
choses. Lorsqu'il résidait à Colombiers, chez M™* de Char-
rière, il se servait pour écrire ces notes de cartes à jouer.
On aurait dit qu'il avait déjà le pressentiment de la funeste
passion qui devait empoisonner sa vie. Les passages où il
s'étudie et met son âme à nu, fourmillent dans son journal.
Il écrivait de plus le portrait, tantôt ébauché, tantôt défi-
nitif, des personnes qui le touchaient de près. C'est ainsi qu'il
composa celui de Julie, qui vivra tant que vivra le culte du
beau, et qui serait perdu comme tant d'autres, si, un jour,
à bout de ressources, il ne l'avait compris dans un volume de
mélanges qu'il vendit à un éditeur.
Pour composer Adolphe, ou, ce qui revient au même, pour
retracer sa liaison avec M™* de Staël, il avait: son journal où
l'on retrouve ce roman en raccourci ; les lettres de celle-ci,
qui furent rendues après sa mort à M™^ de Broglie par Ro-
salie ; les notes qui ne figurent pas dans le journal; et enfin,
les habitudes étant chez lui trop invétérées pour qu'il pût en
changer, les fragments qu'il avait rédigés au gré de ses
pensées ou de ses méditations, à partir du moment où il eut
l'idée d'écrire ce roman.
On peut se figurer Constant à sa table de travail prêt à
écrire Ailolphe. Autour de lui sont amoncelés tous les docu-
ments qu'il va mettre en œuvre, et une circonstance particu-
lière permet d'entrevoir la manière dont il com[)Osait.
A un moment donné, le portrait de M™"" Charrière lui tomba
sous la main. Il lui plut, et il eut la pensée d'en intercaler
un fragment dans Adolphe. Comment y parvenir? Sa liaison
226 MEMOIRE SUR «ADOLPHE»
avec cette dame, de courte durée, remontait à vingt ans, et
elle était morte au moment où se déroulaient les faits que le
roman devait raconter. Tout à coup, Constant s'arrête à une
idée: il dira que le caractère à' Adolphe s'est modifié par l'idée
de la mort, et que cette idée a pénétré dans son esprit parce
qu'il a vu mourir M"'* de Charrière. A. l'aide de cette soudure,
il pourra utiliser une partie du portrait, et il écrit:
« Je portais au fond de mon cœur un besoin de sensibilité
dont je ne m'apercevais pas, mais qui ne trouvant point à se
satisfaire, me détaclmit successivement de tous les objets,
qui, tour à tour, attiraient ma curiosité. Cette indifférence
sur tout s'était encore fortifiée par l'idée de la mort, idée
qui m'avait frappé très jeune et sur laquelle je n'ai jamais
conçu que les hommes s'étourdissent si facilement. J'avais à
rage de dix-sept ans vu mourir une femme âgée, dont l'esprit
d'une tournure très reniiirquable et bizarre, avait commencé
à développer le mien. Cette femme, comme tant d'autres,
s'était, à l'entrée de sa canière, lancée dans le monde, qu'elle
ne connaissait pas, avec le sentiment d'une grande force
d'àrae et de facultés vraiment puissantes. Comme tant d'au-
tres aussi, faute de s'être pliée à des convenances factices,
mais nécessaires, elle avait vu ses espérances trompées, sa
jeunesse passée sans plaisirs; et la vieillesse l'avait atteinte
sans la soumettre. Elle vivait dans un cliâteau voisin d'une de
nos terres, mécontente et retirée, n'aj'ant que son esprit pour
ressource, et analysant tout avec son esprit. Pendant près
d'un an, dans nos conversations inépuisables, nous avions
envisagé la vie sous toutes ses faces, et la mort toujours pour
terme de tout ; et après avoir tant causé de la mort, j'avais
vu la mort la fraiiper à mes jeux. »
Ce fragment de portrait est supérieurement tracé, et l'ar-
tifice qui a permis de l'intercaler ne serait pas sensible, s'il
n'était avéré que Constant n'a pas vu mourir M'"- de Char-
rière.
DéjàM. Gallieur avait signalé cette circonstance à Sainte-
Beuve, qui l'avait à son tour opposée à Constant. Mais, à côté
de ce témoignage, nous avons l'aveu même de celui-ci.
M""^ de Charrière est morte en Suisse, le 27 décembre 1805.
Constant était alors à Genève, et il écrit de cette ville, à M""
de Nassau, le 25 de ce même mois :
DE BENJAMIN CONSTANT 2 27
« J'apprends que la pauvre M™^ de Charrière de Colombier
est mourante ou peut-être morte; la mort réveille toujours
mille souvenirs que l'agitation de la vie rend confus et moins
possible, et, quoique nous ne fussions pas depuis longtemps
dans une correspondance suivie, je me suis reporté par cet
événement à l'époque de nos liaisons les plus intimes. J'avais
formé le projet d'aller la revoir; mais son danger vient
d'une faiblesse extrême qui rend toute émotion dangereuse,
et j'ai craint encore d'ajouter à son mal, et de précipiter le
moment qu'on m'annonce être presque inévitable. »
L'intercalation du portrait de M™® de Cliariière fut-elle la
seule? Le roman iVAdo/phe ne fut-il pas formé {)ar la réunion
de divers fiagments déjà écrits ? — Supposons pour le mo-
ment qu'il en ait été ainsi. Cette hypothèse se changera en
certitude, par ce qui va suivre, lorsque nous nous demande-
rons ce que signifie une lettre écrite par M™" de Staël à Bon-
stetten où elle lui déclare qu'elle a lu Adolphe, et cela à une
époque où il n'était pas encore écrit; lorsque nous nous de-
manderons encore s'il est vrai que Constant ait pu écrire ce
même roman en quinze jours, ainsi qu'il l'a affirmé dans son
journal.
Au moment où le roman cV Adolphe fut écrit, vers la fin de
1806, M™^ de Staei était partie de Coppet pour se rendre à
Auxerre. Nous connaîtrions par elle les particularités qui se
rattachent à ce voyage, si elle avait pleinement réalisé le pro-
jet qu'elle avait foraiée d'écrire ses mémoires. Mais on sait
qu'elle n'en a écrit qu'une partie, publiée [)ar son fils après
sa mort, qui a pour titre Dix ans d'exil, et encore cette
partie contient-elle une lacune entre 1804 et 1810, ce qui ne
nous permet pas de l'utiliser. Pendant ces six années se sont
déroulés les faits qui la séparèrent de Constant ou qui prépa-
rèrent leur séparation, et cette crise ayant été une des gran-
des douleurs de sa vie, il est présumable qu'elle n'a pas osé
l'aborder.
Nous savons cependant par les indications très sommaires
qu'Auguste de Staël a ajoutées à Dix ans d'exil, qu'après
son retour d'Italie, vers le milieu de 1805, sa mère se fixa à
Coppet où elle séjourna pendant près d'une année, et que
c'est alors qu'elle mit la première main à la composition de
228 MEMOIRE SUR '( ADOT^PHE »
Corinne. Vers le milieu de l^Uô, elle se rendit à Auxerre, ville
qu'elle choisit, parce que, d'après les ordres de la police im-
périale, elle devait se tenir à quarante lieues de Paris. Elle
rentra ensuite à Coppet où elle séjourna quelques jours et
revint à Auxerre. Con^-tant vint la rejoindre dans celte ville,
et se concerta avec elle sur les démarches à faire pour obte-
nir la révocation de Tordre d'exil. A cette fin il partit pour
Paris, rentra à Auxerre, et revint encore à Paris. Pendant
ce temps, M"^ de Siaël, dévorée d'impatience, se rendit à
Rouen pour se rapprocher de Paris. Pendant qu'elle y sé-
journait, la police impériale porta quelques adoucissements
aux mesures prises contre elle. Elle fut autorisée à résider à
Acosta, propriété située dans le département de Seine-et-Oise,
qui appartenait à M™^ de Catalan.
C'est là qu'elle termina Corinne^ et l'on sait qu'après la
puLlication de ce roman, les rigueurs dont elle était l'objet
redoublèrent. Elie reçut l'ordre de quitter la France, dont le
séjour lui fut absolument interdit.
Que faisait Constant pendant ce temps ?
11 était à Paris au moment où M™^ de Staël se fixa à
Auxerre. Celle-ci lui écrivit de venir la rejoindre. «.Je reçois,
dit-il dans son journal, une lettre de M™^ de Staël. C'est
l'ébranlement de l'univers et le mouvement du chaos, et ce-
pendant je me décide à aller la rejoindre à Auxerre. »
Son père étant malade, il fait un détour et se rend à Dôle
pour le voir. Il écrit, toujours dans son journal : « Une lettre
de M™* de Staël vient m'j chercher. Tous les volcans sont
moins flamboyants qu'elle. Qu'y faire? La lutte me fatigue,
couchons-nous dans la barque, et dormons au milieu de la
tempête. »
Il quitte Dôle et arrive à Auxerre. Il écrit encore : « Le
feu est aux poudres. Les nouvelles de Paris sont mauvaises.
Le soir, scène épouvantable, horrible, insensée, expressions
atroces. . »
Il part pour Paris. « Je vois, dit-il, Fouché, Joseph Bona-
parte, Lacretelle. Je retourne à Auxerre, accompagné de
M™^ Récamier. Plus tard, Adrien et Mathieu de Montmo-
rency viennent nous rejoindre. »
Le voilà de nouveau à Auxerre, et il écrit : «J'entre au-
DE BENJAMIN CONSTANT 229
jourd'hui dans ma quarantième année. J'ai eu toute une vie
agitée, mais en aucun moment je n'ai vécu d'angoisses et
d'inquiétudes comme à présent... Je repars pour Paris, où je
vais travailler pour M""^ de Staël. . . »
Il était né le 28 octobre, il était donc à Auxerre à cette
même date. De retour à Paris, il se rend à Etampes pour
visiter une propriété qu'il possédait aux environs de cette
ville, et y séjourne quel(|ues jours.
Il rentre à Paris, il écrit une brochure qu'il publie, et,
pendant ce temps, il fait de fréquentes visites à Fouché, mi-
nistre de la justice, pour le gagner à la cause de M°^ de
Staël.
Et au bout de tout cela, il écrit : « Je vais commencer un ro^
man qui sera l'histoire de ma vie. n II va le commencer.
Il est facile de préciser, à l'aide de ces données, le moment
où Adolphe a été terminé. Constant est à Auxerre le 28 octo-
bre 1806, jour anniversaire de sa naissance. Il se rend à
Paris, où il n'est arrivé que dans les premiers jours de novem-
bre. Il séjourne à Etampes ; il compose une brochure à Paris
qu'il publie ; il entreprend la composition d'Adolphe, qu'il
termine, dit-il, en quinze jours. Donc ce roman n'a pu être
terminé que fin novembre, et plus exactement que dans les
premiers jours de décembre.
Pendant ce temps. Constant se rend à Acosta, où M°»^ de
Staël était installée: « Elle a besoin de moi, dit-il, pour ses
affaires, qui semblent prendre une meilleure tournure. Encore
des déplacements et des paquets à faire. Toujours des pa-
quets ! des paquets ! J'espère bientôt faire le mien. »
Tant de détails sur les pérégrinations de M™^ de Staël et
sur les va-et-vient de Constant seraient exagérés, si, dans un
ouvrage récemment publié en Allemagne *, il n'était affirmé
que Constant avait communiqué le roman d'Adolphe à M™« de
Staël au moment de sa composition.
Ce fait qui n'a jamais été indiqué, que nous sachions, par
aucun des auteurs qui ont écriten France sur B. Constant, est
si invraisembable qu'il importe d'étudier l'unique document
♦ Fran von Staël, ihre Freunde und ihre Bedentung, von Lady
Blennerhasset, geb. Gràffin Leyden, 3 Bând, Berlin, Paetel, 1888.
15
230 MEMOIRE SUR «ADOLPHK»
sur lequel il repose. Nous sommes ainsi amenés à parler de
Bonstetteii et de Frédérique Brun.
Bonstetten, né en Suisse en 1745, fit ses études à Gôttin-
gen et les continua à Leyde. De retour dans sa patrie après
qu'il les eut terminées, la tourmente révolutionnaire le força
de le quitter, et il se fixa à Copenhague oîi il demeura trois
ans.
En dehors des écrits politiques qu'il a publiés, il a écrit,
sous l'inspiration de Bonnet qui guida ses premiers pas,
divers ouvrages de philosophie parmi lesquels, celui qui a
pour titre : Etudes sur l'Homme, 2 vol. in-8'', et celui qu'il
intitule : liec/ierches sur la nature et les lois de l'imagination,
1 vol. in-S°, le firent particulièrement remarquer, et ont dé-
terminé Damiron à le classer dans les langs des éclectiques.
Sa dissertation sur la scène des six derniers livres de l'Enéide^
traduite en allemand par Schœll, encore consultée, est celui
de ces ouvrages qui a eu le plus de succès en France. Dans
les derniers mois de sa vie, il commença à écrire ses mémoi-
res. Il ne put en composer qu'une partie qui a été publiée
après sa mort (1831) sous le titre de: Souvenirs. 11 avait été
en relation avec tous les hommes distingués ou illustres de
son temps, et il avait formé le projet d'insérer dans ses mé-
moires la vie des plus illustres et à y entremêler tout ce qui
avait trait à ses souvenirs personnels. Il aurait écrit dans se
goût et à point de vue, la vie de Rousseau, qu'il avait parti-
culièrement connu à Iverdun, et avec lequel, chose rare, les
relations persistèrent jusqu'à la fin sans trouble et sans
brouille. 11 avait souvent visité Voltaire à Fernej, et il se
proposait d'insérer dans sa biographie les longs entretiens
qu'il eut avec lui sur ses premières études.
Il écrivit en français les ouvrages que nous venons d'énu-
mérer. Mais il avait de nombreuses relations en Allemagne,
et telles de ses lettres écrites en allemand à des Allemands,
ont été publiées et ont eu au delà du Rhin un succès que
le temps n'a pas afi'aibli. Citons, parmi ces publications, sa
correspondance avec le poète Mathisson, avec l'historien
Muller, traduite en français; avec Schokflfe, enfin avec Fré-
dérique Brun.
Pendant son séjour à Genève, Bonstetten se lia avec M™^ de
DE BENJAMIN CONSTANT 231
Staël, qui lui voua une estime profonde et une affection très
réelle. 11 vit aussi à Coppet Constant qu'il aimait peu, et à
son tour, celui-ci eut quelque peine à s'accommoder d'un
homme réservé, digne, aimant le silence à ses heures, ne par-
lant qu'avec mesure et conviction, dévoué jusqu'au sacrifice,
mais avare d'inutiles démonstrations. Nous résumons ainsi
en traits rapides ce qu'ont dit sur lui ses amis, mais aussi ses
ennemis politiques ; il n'en avait point d'autres.
Mais il faut laisser p arler Constant. Il le juge ainsi dans
trois passages de son journal :
« J'ai fait la connaissance de M. de Bonstetten. C'est un
homme de beaucoup d'esprit, et un fort bon homme. Mais
c'est encore une de ces existences demeurées légères malgr-é
l'âge, et que je ne peux souffrir, peut-être parce que je cours
le risque de leur ressembler. » — « J'ai lu un ouvrage de Bon-
stetten sur l'exactitude de Virgile. 11 y a de l'imagination, et
point d'ordre. » — a L'extrait que M™^ de Staël a fait de l'ou-
vrage de Bonstetten a tellement éveillé l'amour-propre de
celui-ci, qu'il ne peut plus s'arrêter en parlant de ses ouvra-
ges.. Décidément la jouissance d'amour-propre d'un auteur
a quelque chose de physique. Tous les traits s'épanouissent,
et toute la personne est atteinte d'une titillation volup-
tueuse. » — « Je lis le soir l'ouvrage de Bonstetten (lequel?)
Il j a du désordre, des répétitions, mais beaucoup d'idées jus-
tes et d'obsertions fines. Que de jeunesse il j a encore dans
cet homme de soixante ans! Il va se mettre à apprendre le
grec. S'il continue ainsi, il mourra très instruit. »
Cette appréciation aigre-douce, parsemée de réticences et
de restrictions, doit être considérée, entre toutes celles qui
sont sorties de la plume de Benjamin Constant, comme l'une
des plus laudatives.
Bonstetten s'était lié d'une étroite amitié avec Frédérique
Brun. Celle-ci, fille de Miinster, l'un des plus célèbres prédi-
cateurs protestants de l'Allemagne, épousa un commerçant
danois, Constantin Brun, possesseur d'une grande fortune.
Très jeune, elle fut accablée d'infirmités, et malgré ses souf-
frances, publia un volume de poésies et des impressions de
voyage qui eurent un grand succès, et lui ont assigné en
Allemagne un rang supérieur parmi les écrivains du siècle.
232 MEMOIRE SUR «ADOLPHE»
L'état de sa santé la détermina à passer ses hivers eu Italie;
elle s'y rendait par la Suisse, où elle faisait d'assez longs
séjours.
Dans l'un de ses voyages en Suisse, elle vit Bonstetten, à
qui elle avait été recommandée, par des amis communs. Celui
ci l'accueillit avec une douce bienveillance quidevintle prin-
cipe d'une inaltérable amitié.
Bonstetten la présenta pendant un de ses séjours en Suisse
à M™^ de Staël, qui, touchée de son rare mérite, l'attira à Cop-
pet, où elle passa l'année 1805 et le premier mois de l'année
suivante. Elle y aurait prolongé son séjour, si les nouvelles
alarmantes qu'elle reçut au sujet de sa fille Ida ne l'avaient
précipitamment i-amenée en Allemagne, où Bonstetten, tou-
jours dévoué, vint la rejoindre peu après.
La correspondance de Bonstetten et de Frédérique Brun a
été publiée en Allemagne, par les soins du poète Mathison,
leur ami commun. On y a joint quelques lettres écrites à l'un
et à l'autre par M™® de Staël. Cette publication eut un grand
succès. Mais aussi, comme elle rafraîchit l'âme! Quel souffle
de poésie dans les lettres de Frédérique Brun, et, avec le sen
timent le i)lus pur, quelle douce sagesse dans celles de Bon-
stetten * !
L'un et l'autre étaient en Allemagne pendant que M"^ de
Staël poursuivait le cours de ses pérégrinations.
Durant sa résidence à Auxerre, elle écrivit, le 15 juillet
1806, à Frédérique une lettre, où elle lui disait: « Mon Dieu !
s'il y avait dans cette France, ma patrie, dans ce [)ays dont je
parle la langue, quelques étincelles de votre fojer, comme je
tirerais parti de moi-même ! Je sens que j'ai en moi des fa-
cultés qui pourraient faire plus que je n'ai fait. Mais naître
française, avec un caractère étranger, avec les goûts et les
habitudes françaises et les idées et les se ntiments du Nord
c'est un contraste qui abime la vie. Je suis toujours dans la
même situation, voyant mes amis de temps en temps, et les
' Briefe von Karl Victor von Bonstetten mit Frédérique Brun
herausgeben von Friedrik Mathisson, Frankfurt, 1829. — Cette édition
est entièrement épuisée, et il est fort difficile de s'en procurer un exem-
plaire.
DE BENJAMIN CONSTANT 233
attendant encore plus que je ne les vois; profitant mal de la
solitude, parce que je prends de l'opium pour dormir, et
que l'opium abîme les nerfs; attendant le 15 août, non comme
une espérance, mais comme le jour où je cesserai d'en
avoir. »
Enfin elle écrit à Bonstetten, à la date du 15 novembre
1806 : — « Vous m'avez fait, mon ami, un bien vif plaisir en
me disant que votre ravissante Ida était mieux; je n'ai cessé
de penser à elle et à sa mère ; je souhaitais qu'elle ne se dé-
cidât pas à aller en Italie ; je souhaitais surtout qu'elle n'eut
pas besoin d'y aller. Il me semble qu'à Genève vous êtes plus
près de chez moi, et j'ai surtout l'idée de vous rejoindre
Benjamin s'est mis à faire un roman, et il est le plus original et
le plus louchant que j'aie lu.
M"^ de Staël atteste ici qu'elle a lu Adolphe', elle n'était ni
une visionnaire, ni une hallucinée, et cependant le fait est
impossible.
Constant ne lui a pas communiqué le roman à Rouen ; il n'y
est pas allé. Peu importe qu'il le lui ait communiqué à Acosta;
elle n'était pas encore autorisée à s'y fixer lorsqu'elle a écrit
Bonstetten. La communication n'a pu avoir lieu qu'à Auxerre,
alors que le roman n'était pas encore écrit ; il ne l'était même
pas le 15 novembre, date que porte la lettre écrite à Bons-
tetten.
Et puis, comme la contexture de la phrase est singulière !
Constant s'est mis en tète d'écrire un roman, donc il n'est pas
encore écrit; M™* de Staël l'a lu, donc il est écrit.
Les impossibilités morales complètent cette démonstration,
Constant traversait, au moment où il écrivit Adolphe, une
crise douloureuse, poignante. Il voulait rompre une liaison
qui l'obsédait, et M"'' de Staël, dès qu'elle voyait clair dans sa
résolution, se livrait à des scènes d'une violence inouïe. Cette
situation était intolérable et Constant voulait en finir. « Oui,
certes, je veux en finir, dit-il dans son journal. C'est la plus
égoïste, la plus frénétique, la plus ingrate, la plus vaine et la
plus vindicative des femmes. Que n'ai-je rompu depuis long-
temps ! Elle m'est odieuse, insupportable. Il faut que cela
finisse ou mourir. Tous les volcans sont moins flamboyants
(jue cette femme. C'est un vieux procureur avec des cheveux
2 34 MEMOIRE SUR « ADOLPHE »
entortillés de serpents, qui demande l'exécution d'un contrat
en vers alexandrins. »
Cependant, malgré cet état d'exaltation, Constant aurait
voulu une rupture calme et pacifique. 11 ménageait le terrain,
avançait, reculait, atermoyait, rusait jusqu'à se faire accuser
de duplicité par sa famille : a La lutte me fatigue, disait il,
couchons-nous dans la barque et dormons au milieu de la
tempête. »
Mais si Constant avait lu Adolphe à M™^ de Staël, en sup-
posant qu'il pût le lui lire, elle se serait reconnue dans Ellé-
nore ; elle aurait vu qu'elle n'inspirait plus quune pitié mêlée
de fatigue, et c'est pour le coup que le volcan se serait ré-
veillé, aurait vomi des torrents de feu et de flamme, et que le
vieux procureur, avec des cheveux entortillés de serpents,
l'aurait sommé, en vers ou en prose, ou de lui garder son
cœur, ou de lui rendre l'argent qu'il lui devait.
Non, Constant n'a pas communiqué un roman qui n'existait
pas; eût-il été écrit, il ne l'aurait pas communiqué davan-
tage, et cependant M"** de Staël n'a pu imaginer ce qu'elle
a écrit à Bonstetten.
Tout s'explique et se concilie, si on admet que Constant,
fidèle à sa manière de composer, avait écrit une grande partie
à' Adolphe avant de le former et de l'écrire en entier; quMl
a communiqué les fragments déjà existants à M"* de Staël,
et qu'il lui a fait cette communication à Auxerre, puisqu'il
n'a pu la faire que là.
Tenons pour certain encore qu'il ne lui aura lu que les
fragments où elle n'aurait pu se reconnaître.
Il est vrai que M™^ de Staël dit à Bonstetten qu'elle n'a
rien lu de plus touchant et de plus original qu'Adolphe, ce qui
pourrait faire croire à une communication complète. Mais
nous savons qu'elle avait l'enthousiasme prompt et l'émotion
facile. Constant dit à ce sujet dans son journal : « J'ai lu à
M™" de Staël le morceau de mon introduction qui a trait au
sentiment religieux. Elle en a été très contente et très émue.
Mais elle a une telle disposition à l'émotion que cela ne
prouve pas que le morceau soit beau. »
Constant prétend dans son journal qu'il a écrit le roman
d'Adolphe en quinze jours. Cette assertion étonne, tant elle
DE BENJAMIN CONSTANT 235
paraît invraisemblable. Mais comment la révoquer en doute ?
Constant écrivait son journal dans le plus grand secret, pour
lui seul. Il l'écrivait même en caractères grecs pour déjouer
les indiscrétions. Jamais il ne l'a communiqué à personne; ce
journal n'a vu le jour que soixante-dix ans après la publication
à' Adolphe^ et encore avec des coupures nécessitées par la
crudité de certaines révélations. Il n'a donc pu avoir la pen-
sée de tromper autrui ou de se prendre lui-même pour dupe.
D'un autre côté, cependant, Adolphe est une œuvre bien
construite, laborieusement combinée, d'un stjle qui respire
le travail, souvent même l'eifort. Ce style clair, élégant, re-
marquable par la finesse, facile en apparence, est le fruit de
combinaisons longuement préparées, mûries et réfléchies, qui
ont exigé plus d'un remaniement. Il est donc inadmissible
que le délai de quinze jours, déjà nécessaire pour le trans-
crire ou le copier, ait suffi pour le composer.
Sans doute, Constant écrivait avec une grande facilité, une
rapidité extrême. Ses contemporains lui rendaient ce témoi-
gnage. Député, il lisait ses discours, mais selon l'heureuse
expression de Loménie, il les improvisait la plume à la main,
lorsqu'il écrivait la réplique pendant que l'orateur, à qui il
répondait dans la même séance et sans divertir, occupait la
tribune. Mais aussi ses discours portent la peine de cette ra-
pidité, et il serait difficile de les citer comme des modèles
accomplis. Cette infériorité relative est surtout sensible lors-
qu'on les compare à ceux que prononcèrent à la même épo-
que Royer-Collard, le général Foj, le comte de Serre et
même Camille Jordan. A vrai dire, les discours de Constant
sont, au point de vue de la forme, ce qu'il a produit de plus
inférieur. On ne saurait les comparer à ceux qu'a écrits Cha-
taubriand, où l'on retrouve du moins, parce qu'ils étaient
laborieusement composés, les qualités comme les défauts qui
le distinguent comme écrivain.
Nous avons déjà constaté que Constant n'a presque pas
parlé à'' Adolphe dans son journal, et il est difficile de savoir ce
qu'il a voulu dire, lorsqu'il prétend l'avoir écrit en quinze
jours. Si le fait était absolument exact, il aurait été composé
avec une rapidité qui se serait trahie par des négligences, des
vices de style, des fautes de goût; il n'en existe pas. Nous
236 MEMOIRE SUR «ADOLPHE»
savons cependant ce que valaient ses écrits lorsqu'il les com-
posait au courant de sa plume, sans préparation. Il le sa-
vait aussi lorsqu'il écrivait à M"^ de Charrière!... « Comme
fécn's sans style, sans mesure et sans travail, j'écris à traits de
plume... )) lorsqu'il écrivait à M""® de Nassau : « J'ai peur que
le livre ne se ressente de la raiddité avec laquelle je l'ai écrit. >>
Certaines brochures écrites avec une rapidité excessive
prouvent assez qu'il n'était pas affranchi de la loi du travail
et de l'effort.
On j trouve des phrases comme celle-ci : un mouvement ré-
trograde, qui, se prolongeant au delà de ses bornes nécessaires,
ne laisse enfin pour vestiges des changements que l'on voulut opé-
rer, que des débris, des larmes, de l'opprobre et du sang, ou bien
des germes qui menacent d'une explosion soudaine. — Dans la
lettre que Constant écrit à M""^ de Nassau au sujet de René,
on lit : Je sais bon gré à l'auteur d'avoir réuni beaucoup de rai-
son à la conception et à la peinture de toute l'exaltation et de
tout le vague qui paraissent à la jeunesse au-dessus de la raison.
C'est ainsi qu'il aurait écrit Adolphe, s'il n'avait mis que
quinze jours à le composer.
Telle n'a pas été la manière de composer de Constant lors-
qu'il a écrit son ouvrage sur la religion. On lit à ce sujet,
dans un grand nombre de pages de son journal: refait ou
recopié tel chapitre. L'introduction et le premier chapitre lui
coûtèrent un long travail. Il les remaniait sans cesse. Cela
se comprend. Comme ils ne renferment que des idées géné-
rales, facilement flottantes et indécises, il lui fallut plus de
travail pour leur donner du corps. Aussi, ce n'est qu'après de
nombreux remaniements qu'il écrit dans son journal, à la date
du 29 pluviôse au XII (1804): «J'ai achevé mon introduction
et revu les trois premiers chapitres démon livre, je le trouve
très bon, et crois qu'il pourrait rester ainsi. »
Non seulement Constant remettait sur le métier ce qu'il
avait composé, mais encore il avait besoin de s'aider des lu-
mières d'autrui. Il lui fallait un confident, un juge. Il choisit
Sismondi: « J'ai, dit-il, un esprit paresseux qui se contente
trop facilement de ce qu'il a fait, et qui est en même temps
ombrageux et qui s'en dégoûte. J'ai besoin de quelqu'un qui,
tour à tour, m'oblige à reconnaître les défauts de ce qui ne
DE BENJAMIN CONSTANT 237
vaut rien et m'empêche de jeter au feu la beauté avec les dé-
fauts. »
« J'ai lu, ajoute-t-il, mon introduction à Sismondi. Il en a
été frappé. C'est un homme sans esprit, mais qui a des prin-
cipes très justes et des intentions très pures.» — Et plus loin :
«J'ai continué avec Sismondi la lecture de mon ouvrage. Bien
des choses l'étonnent parce qu'il est ignorant...» Sismondi
ignorant !
Il écrit encore : « Sismondi me continue encore la lecture
de mon ouvrage. Cela m'est foi't utile parce qu'il lit mal, et
que je juge mieux de l'impression produite ; et bien que Sis-
mondi n'ait pas les connaissances nécessaires, il s'aperçoit
néanmoins des lacunes que j'ai laissées par inadvertance ou
paresse. »
Tant de précautions pour écrire un ouvrage inférieur pour
le style à Adolphe, n'indiquent-ils [)as que celui-ci n'a pas été
écrit en quinze jours? Constant raconte à sa tante qu'il a
composé une brochure en huit jours, et que c'est là un tour
de force. Mais cette brochure ne représente qu'une minime
partie du travail A' Adolphe, et, si c'est un tour de force que de
l'avoir écrite en huit jours, la composition de ce roman en
quinze jours tiendrait du prodige.
Non, Adolphe n'a pu être écrit dans ce délai. Il a fallu des
mois, et de longs mois, pour l'écrire, et si Constant a dit vrai,
c'est parce que ce roman était déjà en partie composé lors-
qu'il a commencé à l'écrire. Et de là nous concluons que s'il
a fallu huit jours pour écrire la brochure et quinze seulement
pour écrire Adolphe, c'est que les matériaux qui ont été em-
ployés pour écrire le premier de ces deux ouvrages étaient
loin d'être aussi complets que ceux qui ont servi à écrire le
second.
Nous avons déjà dit que Constant avait lu plusieurs fois
Adolphe à certaines personnes avant Je le publier.
Le romaji A' Adolphe étant compo ,é, Constant le lut à un
certain nombre de personnes, cinquante d'après son appré-
ciation. Il le lut notamment au marquis de Boufflers qui en
savait long sur Coppet par le duc de Sabran dont il devait
épouser la mère.
On lit, en effet, dans le journal : a J'ai lu mon roman à
2 38 MEMOIRE SUK « ADOLPHE »
M. de Boufflers qui en a parfaitement saisi le sens. Il est
vrai que ce n'est pas d'imagination que j'ai écrit : non ignora
malt. Cette lecture m'a prouvé que je ne devais pas mêler
une autre épisode de femme à ce que j'ai déjà fait. EUénore
cesserait d'intéresser, et, si le héros contractait des devoirs
envers une autre et ne les remplissait pas, sa faiblesse devien-
drait odieuse. •>
Nous avons ainsi la preuve que Constant songeait déjà à
ilonner une suite à Adolphe, et qu'il jugeait opportun de la
publier séparément pour ne pas diviser l'intérêt.
Le journal parle aussi d'autres lectures. On y lit : « Lu
mon roman à M™* de Coigny; elle se révolte contre le héros.»
— « Lu mon roman chez M^^Laborie. Toutes les femmes qui
étaient là fondent en larmes. » — « Soirée chez M"* Réca-
mier avec Fauriel.Je leur lis mon roman qui leur produit
un singulier effet. Le caractère du héros les révolte. »
Constant lut aussi Adolphe à Sismondi, qui était le confi-
dent de tous ses travaux. La connaissance qu'il en avait lui
fit plus tard une position difficile. On sait qu'il entretenait
une correspondance suivie avec la comtesse d'Albanj, qui,
elle aussi, n'avait pas opté pour le mariage. Après la publica-
tion d'Adolphe, celle-ci voulut connaître son sentiment sur
cette œuvre. Mais comme il j avait, malgré des dissemblan-
ces qui étaient absolues, quelque analogie entre la position
d'Ellénore et celle de sa roj'ante correspondante, il feignit,
pour ne point la blesser, de ne pas connaître Adolphe, et il
attendit, avant de lui transmettre son appréciation, qu'elle lui
eût transmis la sienne. Du reste, nous reviendrons sur ce
point.
Emile Cauvet.
{A suivre.)
LA TRADUCTION DU NOUVEAU TESTAMENT
EN ANCIEN HAUT ENGADINOIS
Par BIFRUN
EVANGELIUM JOHANNIS
[302] La vita da Sanc lohannis très Sanc HierOnimum.
loannes apostel, quael che lesus aniaeiia fick, filg da Ze-
bedaei, frêr da Jacobi apostel, quael che Herodes, dsieua la
paschiun delg signer, sthohiauazô, Vg plu dauos da tuots ho
sciit l'euangeli : siand aruô dais huasthgs da Asiae, incunter
Cerinthum & ôters hereticks, & alg postiit s'aluand alhura sii
la duttrina dais Ebioniters, quaels chi dian ferm. che Christus
nu saia stô auns co Maria. Et allô très es el stô sthfurzô da
nietter oura la sua divina natiuitêd. Mu é dian er iina ôtra
chiaschun da qiiaista scritiira : Che cura el hauét lijt l's cu-
desths da Mathei, & da Marci, & da Luca, chel hêgia schert
ludô Ig text de FHijstoria, & hêgia cufermô che aquels hê-
gian dit Vg uaira, mu iraperscho chels hêgian scrit l'historia
dick dad iin an, in aqusel el ho er hagieu indiirô, dsieua la
praschun da loannis. Et uschia hauiand laschô stêr un an,
l's fats da quael eran dits da trais dels, ho er arestdô l's [303]
ats dalg tijmp uiuaunt passô, auns co che lohannes gnis
sarrô in praschun : sco é po esser appalais ad aquels chi ligian
diligiantamang l's cudesths dais quatereuangelis. Quaela chiôsa
prain uia la discordgia, quaela chi pêra esser da lohannis eu
l's ôters. El ho scrit er ûiia epistla da quasla es l'g cumanza-
maint : Aqué chi es stô dalg cumanzamaint innô, aqué che
nus hauain udieu & uis cun nos œilgsck guardô, & che nos
mauns haun tuchiô dalg uierf de la uitta: quaela chi uain lu-
dêda da tuots spirituaels & illatrôshummens. Et las ôtras duos.
240 LEVANGILE SELON S. JEAN
da quaelas es lur principi : Ug seniour alla schernida duonna
& â ses filgs : et aquella dsieua : L'g seniour â Caio chiarischem
quael ch' eau am in uardaet : uignen assignêdas â lohannes
prêr, da quael aunchia huoz im di uain amussô iina ôtra
sepultlira ad Ephesum: & iinqualchiuns [)aissen che saien duos
algurdaunzas da quel [irœpi loannis Euangelista : da quaela
chiôsa nus uulaiii araschuuêr, cura che nus gnin suainter
hourden tiers Papiara ses sculêr. Ilg quatuordeschêuel an
dimê la secunda persécution dsieua Neronera, muantand
Domitiano es el stô cuffinô in l'isla Pathmos, &. ho scrit Apo-
calijpsjm, quaela chi metten oura lustinus mar-f304]-tijr &
Hireneus. Et siand amazô Domitiano & ses fats delg Sénat
aruots très la sia memma bgierra crudelitaed, schi es el suot
Tg princip Pertinace turnô ad Ephesum, diirant allô infina
al'g princip Traianum. Et ho adrizô sii tuottas las baselgias
da Asise, & las ho arischidas, & siand gnieu uijig, schel mort
îls sasaunta oick ans dsieua la paschiun delg signer & dspera
aquella cittêd es el seppulieu.
[305] Lg' Evangeli seguond lohannem.
CAP. I.
(1) Ilg principi era l'g uierf 6: l'g uierf era tiers dieu
& dieu era aqué uierf. (2) Aqué era l'g principi tiers dieu.
(3)Tiiottes chiôses sun fattas très el & sainza el nun es fat
iinguotta, aqué chi es fat. (4) In el era la uitta, k la uitta era
la liiisth dalla lieud. (5) & la liusth liiisclia in la sckiiirezza,
& la sckiiirezza nun Tho pigliêda. (6) Et era un hum tramis
da Dieu (jusel hauaiua num lohannes: (7) aquaist uen par
testimuniaunza, par chel des pardiitta de la liiisth, & par che
tuots craiessen très el. (8) El nun era aquella liiisth, mu el
era tramis par dêr pardiitta â la liiisth. (9) Aquella era la
uaira liiisth, la quaela chi igliiimna scodiin hum chi uain îlg
muond.(lO) El era îlg muond, &. lg muond es fat très el, & l'g
muond nun l'g ho cunschieu. (11) El es gnieu îlg sieu, &
l's ses nulg haun arfschieu. (12) Mu tauns chi l'g haun arf-
schiu, ad aquels hol dô che possen duantêr, filgs da Dieu, ad
aquels, cun num, chi craiessen in sieu num. (13) Quaels chi
nu sun da saung né da la uoluntaed délia chiarn, né da la
L EVANGILE SELON S. JEAN 241
uoluniaed delg [306] hum, dimperse sun naschieus da dieu.
(14) Et aqué uierf es fat chiarn (kho afdô traunter nus : &. nus
hauain uis la sia glœrgia sco da quel filg sul genuieu dalg
bab : plain d'gracia & d'uardset. (15) lohannes do pardiitta
dad el & clama dschant : Aquaist era é, da quel ch'eau
dschaiua, qusel gniand dsieua me ho passô avaunt me, per
che ch'el era aiins co eau. (16) Et da la sia |)lainezza hauain
nus tuots arfschieu.ô: gracia par gracia.(17) Per che la lescha
es dêda très Mosen ; & la gracia &. uardset es parschiendida
très lesum Chnstum. (18) Dieu rase nun ho iingiiin uis : l'g
filg sul genuieu, qusel chi es îlg sain del bab, aquel l'ho
declaiô. (19) Et aquaist es la testimuniaunza da loannis,
cura che l's liideaus hauaiuen tramis qui da Hierusalem l's
sacerdots (k l's Leuits par l'g dumandêr: Chi ist tii ? (20) Et
el s'cufessô à. nu sthnaiô. Et cunfessô dschant : Eau nu sun
Christus. (21) Et l'g dumand^ajuun : che dimê ? ist tu Helias ?
Etel dis : Eau nu sun. Ist tii aquel profet? Et arispondét :
Nu. (22) Et dissen dimê agli : chi ist tii che nus dettan
ariposta ad aquels chi haun tramis nus ? Che dist tii da te
duessa? (23) El dis: Eau sun iina uusth, qusela chi uo clamant
îlg deserd : adrizô la uia delg signer : da co chi ho dit E -
[307] - saias profet. (24) Et aquels chi eran tramis, eran dais
phariseers. (25) Et l'g dumandaun & dissen agli : Par che bat-
tagiast tii dimê, sclii tii aun ist Christus né Helias né iin profet?
(26) Mu loannes arespundét ad els, dschant: Eau battaigcun
l'ouua, mu in miz vus sto iin, quael che vus nu cunschais.
(27) Aquel es é quael gniand sieuva me es passô me avaunt, da
quael ch'eau nu sun deng da scharrantêr iina curegia da la
sckiarpa. (28) Aquaistas chiôses sun dueritêdas in Bethabara,
uisura l'g lordan, innua che loannes battagiêua. (29) Et îlg di
dsieua uezét loannes lesum gniand tiers se, & dis : Uhé l'g
agnilg da dieu, qusel chi prain uia l's pchiôs dalg muond. (30)
Aquaist es é, da quael ch'eau dschaiua : Dsieua me uain iin
hum, quael chi es passô me auaunt : per che el era auns co
eau. (31; & eau nu l'g cuiischaiua,mu par chel uigna manifesté
ad Israël, par aqué sun eau gnieu â battagiêr, (32) Mu lo-
annes ho dô pardiitta, dschant : Eau hse uis gniand l'g
spiert in fuorma dad iina columba giu da schil, )& es stô sur
el. (33) eau nu cunschaiua el : mu aquel chi ho tramis me,
242 LELANGH.E SELON S. JEAN
par ch'eau battegia cun l'ouua, aquel ho dit à mi; Sur aquael
che tu uais gniand giu Tg spiert, & stand sur el, aquaist
[308] es aquel chi battagia eu Vg saine spiert, (34) Et eau
hae uis & hse dô parJiitta clie aquaist saia fllg da Dieu. (35)
Et îlg di dsieua dabinoef stêua loannes &:duo3 da ses discipuls.
(36) & el guardô lesum clii chianainêua, & dis : Uhé l'g
agnilg da dieu. (37) Et duos discipuls l'g uditten faflant, &
sun ieus dsieua Iesuni.(38iEr, [esuss'iiuluét & guardô aquelschi
gniuan dsieu'el, & dis ad els : che scherchies uus? Quels
dissen agli : Rabbi, qusel schi tii mettas oui'a , uuol dir
Maister, innaa stses tii? (39) Et el dis ad els : gni & uezé. Et
uennen &. uezetten, innua chel stêua. Et stetten aquel di
tiers el: & era intuorn la distliefla hura. (40) Elg era Andréas
frêr da Simonis Pétri, un da quels chi hauaina udieu
de loanne & eran ieus dsieua el. (41) Et aquaist l'g priim
acchiattô ses frêr Siiuonem, & dis agli : Nus hauain acchiattô
Messiam, qusel, schi tii mettas cura, uuol dir : hunschieu. (42)
Et l'g mnét tiers lesum. Et lesus l'g guardô & dis : Tii ist
Simon âlg da loiise, tii uainst ad hauair num Cephas, chi
uuol dir, schi tii mettas oura: pedra. (43; Et îlg di dsieu[a]
uous ir lesus in Galileam &. aechiatô Philipum Si dis agli :
uitten dsieua me. (44) Et Pliilippus era da Betsaida la citted
da Andreae e da Pétri. (45) Et Phixippus.acchiatô Nathanael&
dis agli : Da qusel Moses ho scrit in la lescha & in l's [309]
profets hauain nus acchiatiô lesus Nazareuum filg de loseph.
(46) Et Nathanael dis agli : Po esser iinqualchiôsa d'boen de
Nazareth? Et, Philippus dis agli : vitten & mira. (47) Et lesus
uezét gniand tiers se Nathaniel &dis dad el : vhé vairamaug
iin Israelita, in aqusel nun es ingian. (48) Et N[a]thanael dis
agli : innuonder m'cugnioschas tii? Et lesus arespundét & dis
agli : auans co che Philippus t'clammâs, cura che tii eras
suot l'gboesthc da figs, schi uezaiua eau te. (49) Et Nathaniel
arespundét & dis agli : Rabi, tii ist aquel filg da Dieu, tii ist
aquel araig da Israël. (50) Et lesus arespundét & dis agli :
Per che ch'eau hse dit, ch'eau uezaiua te suot l'g bœstc da
figs, schi craiast tii ; tii uainst bain â uair mêr chiôses co
aquaistes. (51) Et dis agli : Par l'g uaira, par l'g uaira
ch'eau dich â uus, che aqui dsieua che uus gnis â uair l'g
schil auert & l's aungels da Dieu gland sii & gniand giu sur
l'g filgdelg hum.
I, EVANGILE SELON S. JEAN 243
ANNOTATIUNS
Ug filg sul genieu dalg bab] uuol dir : Unigenitus, uschia es
Christus.
[310] CAP. II.
(1) Et îlg ters di gniuan fat nuozzes in Cana da Gali!ese,&
era la mamma da lesu allô. (2) Et es er lesus clamô & er ses
discipuls â las nuozzes. (3) Et siant amanchiô l'g uin, schi dis
la mamraa da lesu ad el : E nun haun uin. (4) lesus dis agli :
Duonna, che hse eau da fêr cun te ? E nu es aunchia gnieu
la mia hura. (5) Sia mamraa dis als seruiains : Fasché tuot
aqué chel uain à dir â uus. (6) El eran allô sijs uaschéls d'
pedra, mis suainterla purificatiun dais liideaus, quaels tgni-
auen scodiin duos ù trais irazUras. (7) lesus dis ad els : Impli
l's uaschtMs d'ouua. Et inplitten aquels infina sii sum. (8) Et
dis ad els : Huossa schuiidô aint & purtô agli schlarêi-: &
purtaun. (9) Et sco l'g schlarêr hauét assagiô l'ouua miidêda
in uin, né sauaiua, inuonder che aqué fiis, mu l's seruiains,
sauaiuen, qusels chi hauaiuen mis aint l'ouua, schi clamô ei
Tgspus (10) & dis agli: Scodiin hum priim metta sii bun uin,
(k cura che sun inauriôs, alhnra aquel chi es plii mêl.
Mu tii haest saluô l'g bun uin infina ad aquaist tijmp. (11)
Aquaist cumenzamaint dallas isainas ho fat lesus in Cana da
Galiiese. Et ho ap[)allantô la sia glœrgia k haun craieu in el
ses discipuls. (12) Dsieua [311] aqué giet el giu Capernaum.
el & sia mamma & ses frars & ses discipuls, & stetten allô
brichia bgiers dis. (13) Et la pasthqua dais liideaus era ardaint,
& lesus giet sii â Hierusalem, (14) & acchiattô îlg taimpel
aquels chi uendaiuen boufs & nuorses & culumbas, & baun-
ckijts chi sezaiuen. (15) Et cura chel hauét fat iina giesthla
our d' suettas, schi chiatschô el tuots our delg taimpel,
nuorsas & boufs insemmel, & spandét l's danêrs dais baun-
ckijrs, k aruueiôs l's bauncks. (16) Et dis ad aquels chi uen-
daiuen culumbas: Prandé aqué aquidauend & nu fasché la
chiêsa da mes bab iina chiêsa da marchiô. (17) Alhura ses
discipuls sun algurdôs, che sto scrit : La schigliusia de la tia
chiêsa m'iio magliô. (18) Par aqué l's liideaus haun arespun-
dieu & dian agli : Che isaina amuossas tii â nus, per che tii
244 I. EVANGILE SE[.ON S. JEAN
fses aquaistas chiôses?(19) lesus arespundét & dis ad els :
Aruinô aquaist taimpel & in trais dis vœlg eau adrizêr sii
aquel, (20) L's lùdeaus dimê dissen : In quaranta sjs ans es
fabrichiô sii aquaist taimpel, & tii in trais dijs uoust adrizêr
sii aquel? (21) Mu el dschaiua dalg taimpel da sieu chiœrp.
(22) Et par aqué cura chel fiit arisiistô dais muorts, schi s'
algurdaun ses discipuls, clfel hauauia dit aqué ad els, &
craietten â la scritiira &. agli plêd, qusel chi hauaiua [312] dit
lesus. (23) Et siand âHierusalem in la pasthqua siilg di delà
testa, schi craietten bgiers in sieu num, ueziand las sias isai-
uas, quselas chel faschaiua. (24) Mu el, lesus, nu s' fidêua
sesues dels, très aqué chel cunschaiua tuots, (25) né hauaiua
bsûiig che iinqualchiiin dés pardiitta delg hum, per che el
sauaiua bain aqué chi era aint îlg hum.
ANNOTATIUNS
sch/arêr] dispensadur de la ustqueria, maister da cumpartir.
Délia pwificatiun dais lûdeaus] delg natagiêr suainter la lur
escha, che s' lauaiuen inmiinchia di (éd. in main dache).
CAP. m.
(1) Et era iin hum dais phariseers cun num Nicodemus,
parzura dais liideaus, (2) aquel uen tiers lesum d'not, & dis
agli: Rabbi, nus sauain che tii ist gnieu da Dieu par iin
maister. Par che iingiiin nu po fêr aquellas isainas, quaelas
che tii fses, u pœia che deus saia cun el. (3) lesus arespundét
& dis agli : Par Vg uaira ch'eau dich â ti, u poeia ch'iin nascha
zura ingiu, schi nu po el uair rg(ed. l'd) ariginam daDieu.
(4) Nicodemus dis ad el : co po Thum nascher siand uijlg?
Po el forza danœf ir aint îlg uainter da sia mamma & na-
scher? (5) lesus arespundét: [313] Par l'g uaira, par Y g uaira
ch'eau dich â ti, u pœia che Thum nascha da l'ouua &. dalg
spiert, schi nu po el iraintîlg ariginam da Dieu. (6) Aqué chi es
naschieu dalla chiarn es chiarn: & aqué chi es naschieu dalg
spiert es spiert. (7) Nu t'dêr miiraueglia ch'eau hae dit â ti :
uus stuais nascher zura ingiu. (8) L'g spiert sufla iiinua chel
uoul, & tii ôdas la sia uusth, mu tii nun ses, innuonder chella
L EVANGILE SELON S. JEAN 24 5
uain & innua chella uo Usehia es scodiin qiiael chi es naschieu
deig spiert. (9) Nicoiiemus arespun lét & dis agli: In che
mœd paun aquaistas chiôses duantêr? (10) lesus arespundét
&. dis agli: Tii istaquel inaister da Israelis, & nu saes aquaistes
chiôsês? (11) Par l'g uaira, pa'lg uaira cli'eau dich â ti :
aqué che nus sauain, dschain nu-: & aqué che nus hauain
uis, dains pai'diitta & nossa pardûtta nun arfschais uus. (12)
Sch'eau hse dit â uus chiôses teiTe-gnes & nu craias, in che
mœd gnis â crair, sch'eau dich à uus chiôses celesiiaelas ? (13)
El iitigiiiii nu uo siin schil ôier co aquel chi es gnieu qui da
schii, Tg filg delg hum, quel chi es in scliil. (14) Et da co che
Moses ho aduzô la zerp îlg deserd, usehia stouua er gnir aduzô
Vg filg delg hum, (15 par clie scodiin chi craia in el, nu
pijra, dimperse chel hêgia la uitta eterna. fl6) Per che usehia
ho dnus araô l'g muonJ, chel ho dô ses filg sul genieu, par che
scodiin chi craia in el, nu pijra, dimperse [314] hêgia la
uita seterna. (17) Per che deus nun ho tramis ses filg îlg
muond par chel cundanna l'g muond, dimperse par che l'g
muond uigna saluô très el. (18) Aquel chi craia in el nu uain
cundannô. Mu aquel chi nu craia es gio cundannô, per
che el nun ho craieu îlg nuin dalg sul genuieu filg da Dieu. (19)
Et aquaista es la cun ianaschun, che la liiisth es gnida îlg
muond & la lieud haun amo plu fick la sckiiii-ezza co la liiisth.
Per che lur houres eran mêlas. (20) Per che scodiin chi fo
mêl, uuoi mêl â la liiisth, né uain â la liiisth, par clie sias
houres nu uignen iinbiiê las. (21) Mu chi adroua la uai'lset,
uain à la liiisth par che ses f.us saien appalais, & che saien
fats in Dieu. (22) Dsieua aqué uen lesus & ses disci-
puls in terra da Indea & dmiirêua allô cun eis, & butta-
giêua. (23) Mil é bairagiêua er loannes in Aennon dspera
Salim: per che allô erau bgierras ouuas, & gniuan, & giiiuan
baltagiô-i. (24) Per che loli mnes nun era auuch a cliiatschô
in praschun. (25) Er, es aluêda sii iina diflerijntia dais disci-
puls da loaunis cun l's lii leaus dauard la piirifiuatiuii. (26)
Et ueniien tiers loanneiu & dissen agli : Ribbi, aquel chi era
cun te uisur l'glordan. ada q lel che tûh ses dô lestiiuuniaunza :
uhé aquel battagia, & tuots uignen tiers el. (27) loannes ares-
pundét & dis: l'huin nu po ai'-[315]-schaiuer qualchiô-ia, u
poeia che saia agli dô da scnil, (28) vus suessa isches pardiitta
16
246 L EVANGILE SELON S. JEAN
eh'eau lise dit: Eau nu sunChristus, dimperse eau sun tramis
auaunt el. (29) Aquel chi ho la spusa, es spus, & Vg amich
delg spus aquel chi sto &. ôda aquel, & s'allegra cun algrez-
chia parmur de la uusth delg spus, & aquella mia algrezchia
dimê es cumplida, (30) el stuoua crescher & eau gnir immi-
nuieu. (31) Aquel chi es gnieu zura ingiu, es sur tuots. Aquel
chi uain our de la terra, es terreng, & our de la terra fauel-
a el. Aquel chi es gnieu giu da schil es sur tuots (32) & que
chel ho uis & ho udieu, aqué do el pardiitta, & la sia testi-
muniaunza nun arschaiua iingiûn. (33) Aquel chi arschaiua
sia testimuniauuza, aquel ho isaglô che deus saia uraest. (34)
Per che aquel, qusel che deus ho tramis, fauella la uerua da
dieu. Per che ad aquegli nu do deus Vg spiert ad imzùra. (35;
L'gbab ama l'g fllg, (kho dô agli tuottes chiôses aint in maun.
(36) Aquel chi craia agli filg ho la uitta aeterna, mu aquel, chi
nu craia agli filg, nu uain â uair la uitta, dimperse l'ira da
dieu arumagna sur el.
CAP. IIII.
(1) Sco dimê Tg signer hauét sauieu, che l's phariseers
hauaiuen udieu, chel faschaiua plu bgiers discipuls et batta-
giêua, co lohannes : (2) cunbain lesus sues nu battagiêua,
dimperse ses discipuls: (3) schi abandunô el ludeam, & tirô
uia darchiô in Galileam. (4) Et el stuaiua passer très la Sama-
riam. (5) Et très aqué uen el in la cittêd Samarise, quael
chi uain ditta Sychar dspera l'g bain, quael chi det lacob
â ses filg loseph. (6) Et era allô la funtauna da lacob. lesus
siand dimê staungel dalg uiêdi, sezaiua uschia sur la fun-
tauna. Et era intuorn las sijs huras. (7) & uen iina duonna Sa-
maritauna, par prender sii ouua. lesus dis agli : Do à mi da
baiuer: (8) Perche ses discipuls eran ieus aint in la cittêd par
cumprêr spaisa. (9) Et aquella duonna Samaritauna dimê
dis agli : In che mœd tu, siand liideau, dumandast â mi da
baiver, quasla chi sun ûna duonna Samaritauna? Perche l's
lUdeaus nun haun cuuigna cun l's Samaritauns. (10) lesus
aresi)ondét &. dis agli : Schi tii saués l'g duii da dieu, &. chi es
aquel, chi disth â ti: do â mi da baiuer, sclii hauést tii agra-
L EVANGILE SELON S. JEAN 24 7
giô dad el, &. haués dô â ti ouua uiua. (11) La duonna dis
agli: Signer, tii aun haes cun che tii trêias sii, & Tg puoz es
hôt, innua dimê hsest aquella ouua uiua? (12) Ist forza mêr
co nos bab lacob, qiisel chi [307] ho dô â nus l'g puoz, & el
sues ho bauieu our da quel, & ses filgs, & sia muaglia? (13)
lesus arespundét &. dis agli : Scodiin qusel chi baiua da
quaista ouua, aquel uain darchiô ad hauair sait. (14) Mu sco-
diin qusel chi baiua da Touua, quselach'eau dun agli, nu uain
ad hauair sait in seterna, mu l'ouua qusela ch'eau dun agli
duainta in el iina funtauna saglianta in la uitta seterna. (15)
La duonna dis agli : Signer, do â mi d'aquell'ouua, ch'eau nuu
hêgia sait, né ch'eau uigna aqui â' n' prendar sii. (16) lesus
dis agli: vatten, clamma tes marid & uitten aqui. (17) La
duonna arespundét & dis agli: Eau nun hse marid. lesus dis
(dis) agli: Tii hses bain dit, eau nun hse marid. (18) Per che
tii hes hagieu sch'nc marids, & huossa aquel che tii hses nun
estes marid. Aqué hsest dit l'g uaira. (19) La duonna dis agli :
Signer, eau uez che tii ist iin profet. (20) Nos babuns haun
adurô in aquaist munt & uus dschais (éd. dschaia) uschia che
â Hierusalem es l'g lœ innua che s'astouua adurêr. (21) lesus
dis agli : Duonna, craia â mi, che uain l'hura, cura che uus
nu gnis né in aquaist munt né â Ihérusalem ad adurêr l'g bab.
(22) Vus adures aqué che uus nu sauais, nus adurain aqué
che nus sauain, per che l'g saliid es dais liideaus. (23) Mu é
uain l'hura & es huossa, cura che l's uairs adurêdars aduran
l'g bab in spiert & in uardaet. Per che er l'g bab scher-[3l8]-
chia tais chi aduran el. (24) Deus es spiert & aquels chi l'g
aduran el, stouuan adurêr cun spiert & uardset. (25) La
duonna dis agli: Eau sse che Messias uain â gnir, qusel chi
s' distli Christus, cura dimê chel uain, schi uain el â dir â nus
tuottes chiôses. (26) lesus dis agli : Eau sun aquel chi schaunsth
cun te. (27) Et a liintrat uennen ses discipuls, &. s'asthmûraf-
gliêuan, chel schanschêua cun la duonna. Imperscho iingiiin
nu dis : che scherohiastû ? u par che schaunschast tii cun ella?
(28) Et la duonna très aqué laschô la sia seggia, & tirô uia
in la cittêd, & dis alshummens : (24) Grni &. uezé iin hum qusel
chi ho dit â mi tuotaqué ch'eau hse fat: es forza aquaist aquel
Christus? (30) Et gietten our délia cittêd par aqué & gniuan
tiers el. (31) Et in aqué da miz l'g aruêuan l's discip uls
248 L EVANGILE SELON S. JEAN
dschant: Rabbi, mangia. (32) Mu el dis ad els : Eau hse iina
spaisa da mangiêr-, (jiiasla che uus nu saiinis. (33) Et l'sdisci-
puls dschaiuea dimê iraunier se : Ug ho torza qualchiiin
purtô agli chel mangia? (34) lesus dis ad els: La mia spaisa
es cli'eau fatscha aqué chi uuol aquel chi ho tramis me, &
ch'eau ouiuplesch.i la sia lauur. '35) Nu dschais uus forza: é
suu aunchia quater mais, & la uies uain â gnir. Uhé eau dicb
â uus : huzô uos œilgs[319] (kguardô las chiampagnas per che
é sun gio aluas par sohuiich êria mes.(3t3jEt aquel cLi schun-
chia arschaiua la paiagla : & cligia l'g fi ût in la uitta seterna:
par che er a(iuel chi semna s'aliegra, & er aquel chi schunchia
cun el insemmel. (37) Per che in aquaist es l'g plêd uaira,
ch'iin ôieres aquel chi semna, & un ôter aquel chi schunchia.
(38; Eau hae tramis uus â schunchiêr aqué che uus nun hauais
lauurô. Oters haun la[u]arô & uus isches anirôs ilias lur fadias.
{39j El our da quella ciiiêd craietten bgiers dais Samaritau-
ners in el, très l'g plêd de la duonna chi havét dô testimu-
niaunza, chel haués ditâsituot aqué chella hanét fat. (40) Et
siand gnieus tiers el Ts Samaritauners, schi l'g aruêuan é
chel stes tiers els: & el stét allô duos dis. (41) Et bgiers pliis
craietten très sieu plêd: (42) & dschaiuen â la duonna: huossa
très tieu Mraschunêr nu craian nus plii, perche nus n's suessa
hauains udieu & sauain, che aquaisi sala uairamangl'g saluê-
der deig muond Christus. (43) Et dsieua duos dis s'partit el
da 16, & tiré uia in Galileam. (44) Per che el suessa lesus det
testiiuuniiiU'iza, che ad iin profet nu gnis spœrt hunur in sia
patria. 45; Siaiid diuiê guieu in Galileam, schi l'g haun arf-
schieu l's Grtlileeis hauiand uis [tuottes chiôses]. (46) Et
lesus uen darcliiô in Caua da Galiiese, innua hauaiua fat our
dal'ouua uin. (48) Et era iiu scheit curtischaun delg araig,
da qusel l'g filg era amallô in Capernaum. Aquaist hauiand
udieu che lesus era gnieu da la ludea in Galileam, schi tirol uia
tie s el, à Vg aruêua chel gnis giu & guaris ses filg, pei* che
aquel craiaua (4S. Et lesus dis ad aquel : u pœia che uus nu
uezas isainas & miracqiiels, schi nu craias uus. (49i Et Tg
curtischaun disadel: Signer, uijiten giu, auns co che mes
filg muora. (50) lesus dis agli : uaiten, tes fiig uiua. L'hum
crfiiét a gplêi, quael chi liaiiaiua dit agli lesus, & giaua. ^51)
Et alhura giand el giu schi uenneu agli incunter l's famalgs.
L EVANGILE SELOX S. JEAN 249
& Vg piirtaun la nuuella, dschant: Tes filg uiua. (52) Mu el
dumancô ail aquels Thura, in aquaela el fiis stô imgiurô. Et
dissen agli: Hijr â las set huras Vg nbandunô la feuiira. (53)
Et l'g bab cun>chét che aquella eia Thura, in aquaela lesus
haués dit agii : tes filg uiua, & craiét el & tuotta sia chiêsa.
(54) Aquaista darchiô secuomia isaina ho fat lesus, cura chel
uen da la ludea in Galileam.
[321] CAP. V.
(1) Dsieua aquaistas chiôses era iina festa dais lu leaus, &
lesus giet sii â Hierusalem. (2) Et â Hieru'^alem es iin iaua-
duoijr tiers la plazza de la naiiaglia, quael chi uain anumnô in
Hebreesth Bethseda, quael chi ho schinc uorgs : (3) in aquels
giascliaiua iina granda quantitaed d'amalôs, d'or|»hs, d'zops,
d'cuntrats quasls chi aspettêuan Ig' amuentêr de Touua. (4)
Per che Ig' aungel gniua giu d'iin schert tijmp îlg lauadoijr,
& turbléua Touua. AIhura Ig' priirn chi giaiua giu dsieua che
l'onua era turblêda, schi duantêua el saun da scodiina mala-
tia., chel hauaiua. Et era allô iin hum quael chi haiiaiua hagieu
iina malatia trent'oick ans. Aquel hauiand uis lesus giaschand
giu, & hauiand sauieu che gio da bgier tijmp el hauaiua iina
malatia, schi dis el agli : Vuost gnir saun? L'g amaiô arespun-
dét agli : Signer, eau nun hae iin hum, che cura che Tonua es
turblêda, chi metta me ilg lauadoijr. Mu intaunt ch'eau uing,
schi uo gio iin ôter giu auaunt me. (8) lesus dis agli : sto sii,
prain tieu grauat& chiamina. (^9) Et aquel hum es impestiaunt
duantô saun, à prandét sieu grauat & chiaminêua. Et in aquel
di era l'g sabbath. (lOj Et l's ludeaus dschaiuen ad aquegli,
chi era fat saun : elg es sabath, é nun es à ti licit da purtêr
Ig' grauat. (11) Mu el are-[322]-spondét ad els : Aquel chi m'
ho fat saun, les ho dit â mi : prain tieu grauat &. chiamina. (12)
Et l'g dumandêuan : Chi es aquel hum, chi ho dit â ti : prain
tieu giauat &. chiamina? (13) Et aquel chi era gnieu saun nu
sauaiua chi aquel fiis. Per che lesus era trat sur iin maun, per
che in aqué lœ era bgier pœuel. (14) Dapoeia l'g acchiattô
lesus îlg taimpel, & dis agli: Uhé tii ist fat saun, aqui dsieua
nu pchiêr, che nu gratiagia â ti iinqualchiôsa pijs. (15) Et
250 L EVANGILE SELON S. JEAN
aqiiel hura tirô uia, & dis als lûdeaus, che fus lesus, da quaei
chel fus guarieu. (16) Et très aqué Ts liïdeaus persequitêuan
lesum, & selierchiêuan dalg amazêr, per che el haués fat
aquaistas chiôses îlg sabatli. (17) Et lesus arespundét ad els:
Mes bab iufina ad aquaist tijmp lauura, & er eau lauur. (18)
Par aqué dimê scherchiêuan l's lûdeaus plu fick dalg amazêr,
per che el riun liaués sulamaing ariiot Vg sabath, mu el haués
er dit che dieufiis ses bab, s' faschiand se ingusel â dieu. (19)
Et allô très arespondét lesus & dis ad els : Par Tg uaira, par
l'g uaira ch'eau dich â uus, che l'g filg nu po fèr da se sues
iinqualchiôsa, upœia ch'el ueza faschand iinqualchiôsa l'g bab,
par che inmiinchia chiôsa che aquel fo, aquella prœpia fo er
l'g filg. (20) Par che l'g bab uuol bain algfiig, & amuossa agli
tuottes chiôses quselas chel fo : &. [323] uain ad amussêr agli
plii graridashoures co aquellas,che uus gnis à 's astmiirafgliêr.
(21) Par che da c(h)o che l'g bab astdaista sii l's morts 6i l's fo
uifs, uschia er l'g filg fo uifs aquels chel uuol. (22) Par che l'g
bab nu giiidichia alchiûn, dimperse el ho dô zuond l'g giiidic'
agli filg: (23) par che tuots hunuran l'g filg, da co che hunu-
ran l'g bab. Aquel chi nun hunura l'g filg,nun hunural'g bab,
quel chi ho tramis aquel. (24, Par l'g uaira, par l'g uaira, ch'eau
dich â uus, quael chi ôda mieu plêd, &; craia ad aquegli chi ho
tramis me, ho la uitta seterna, & nu uain â passer da la muort
in la uitta. (25) Par l'g uaira, par l'g uaira dich eau â uus,
che uain â gnirl'hura, & es huossa, cura che l's morts uignen
ad udir la uusth dadieu: & aquels chi ôdan uignen â uiuer
(26j Per che da co chelg bab ho la uitta in se suessa, uschia
ho el dô er agli filg dad hauair la uita in se suessa: (27) & pu-
saunza ho el dô agli er da giiidichiêr, per che el es filg dalg
hum. (28) Nu 's dsed miiraueglia da quaist : per che é uain â
gnir l'hura, in aquaela tuots quaels chi sun ils mulimains uignen
ad udir la sia uusth, (29) & uignen â gnir oura: aquels chi
haun fat bain, in aresiistaunza de la uitta, &. aquels chi haun
fat mêl, in aresiistanza de la cundanaschun. (30) Eau nu pos
da me m'ues [324] fér iinqualchiôsa : suainter co eau ôd, u-
schiagiiidg eau.<kmieu giiidici es giiist: Perche eaunuscherck
la mia uoluntaed, dimperse la uoluntsed da quel chi ho tramis
me, dalg bab, (31) Sch' eau des testimuuianza de me m'ues,
la mia testimunianza nu fiis uaira. (3"J) Elgesiin ôterqusel chi
L EVANGILE SELON S. JEAN 251
do testumunianza da me, & eau sae che la sia testimuniaunza
quela chel do da me, es uaira. (33) Vus hauais tramis tiers
loannem, & aquel ho dô testimuniaunza â la uardèd. (34) Mu
eau nun arschaif testimuniaunza dalg hum, dimperse eau dich
aquaist â uus, par che uus duaintas salfs. (35) Aquel era iina
liiisth ardainta chi liuschaiua, mu uus nu 's hauais uulieu al-
legrêr in sia liiisth. (36) Mu eau hae iina mêr testimuniaunza
co aquella testimuniaunza de loannis. Per che las houres,
quselas chi ho dô â mi Vg bab, par ch' eau fatscha aquellas,
aquellas prœpias, dich eau, houres, quselas ch' eau fatsth,
daun testimuniaunz da me, che l'g bab hêgia tramis me. (37)
Et l'g bab, qusel chi ho tramis me, el suessa ho dô testimu-
miaunza da me. Né hauais mse udieu la sia uusth né hau-
ais mae uis la sia fiiira: (38) & sieu plêd nun hauais uus chi
aefda in uus, perche ad aquegli, quael chel ho tramis, nu
craias uus. (39) Examinôlas scrittiiras, perche uus pissés, uus
hêgias in ellas la uita seterna, & aquellas sun aquel-[325]-las
chi daun pardiitta da me : (40) né uulais gnir tiers me, par che
uus hêgias la uitta. (41) Eau nun arschaif glœrgia délia lieud,
(42) mu eau he cunschieu uus, che uus nun hauais Tamur da
dieu in uus. (43) Eau sun gnieu in num da mes bab, & uus
nun arfschais me. Sch'iin ôter uain in sieu num, les arfschais
uus. (44) In che mœd pudais uus crair quaels chi arfschais
da uus traunter pêr la glœrgia & la glsergia, quela chi uain
dad iin sul dieu nu scherchies uus ? (45) Vus nu daias pisser,
ch'eau uigna ad acchiiisêr uus tiers l'g bab. Elg es Moses quael
chi acchiiisa uus, in aqusel uus hauais spraunza. (46) Per che
schi uus hauesses craieu â Mosi, schi hauesses craieu schert
er â mi : per che aquel ho scrit da me. (47) Mu schi uus nu
craias â ses scrits, co uulais crair â mes pieds ?
ANNOTATIUNS
Vuoi'gs] portis u buorgs.
CAP. VI.
(1) Dsieua aqué tirô lesus uia sur l'g mêr da Galileae, chi
es da Tiberiadis, (2) & giaua dsieua el iin grand pœuel, per
che els uezaiuen las isainas chel fatschaiua siiu aquels chi
252 I.'ÉVANGILE SELON S. JEAN
eran amalôs. (3) Et lesus giet siilg munt & sezaiua allô cun
ses discipiils. (4) Et s'aprusniêua pastliqua la festa dais lii-
deaus. (5) Mu hauiand lesus hnzô ses œilgs, & ueziand che
gniua iiii grand pœiiel tiers el, sclii dis el ad [326] Phil)p[|i]uia :
Innua daiens cuniprêr paun, che aquaists mangiau ? ^6] Et
aqué dschaiua el par l'g apruêr, per che el sauniua bain che
el uulaiua fêr. (7) Philippus ares|iondet agli : Par duaschient
danêi'S d' paiiii nu faschesseii anuonda ad afjuels, che |iùr
inniuiichiiin prandés dick iiu pô. (8"^ Andréas frèr da Simonis
Pétri un dais ses discipuls dis agli : (9) Elg es iin mattél aqui,
quael clii ho schinc pauns d'iiœrdi & duos pesilis : mu che fo
aqué trannter tannts bgiers? (10^ lesus disch : fasché che la
lieud spzan giu. Et era in aqué loe bgierr' herua. Et .-^azettea
dinoé giu un iniunnber intuorn da schinc milli humens. (11) Et
lesus prandét Ts panns, & cura chel hauét fat gracias, schi Ts
cumpanit el â ses discipuls : & l's disciimls ad aquels chi
sezaiuen. Et suragiauntaraang er dais pesths quant che n'uu-
laiuen. (12) Et siand gnieus plains schi dis el als discipuls :
Cligié insemmel aquels togs chi sun avanzôs, che nu giaia iin-
guotta â perdar. (13) Et cligietten sii & implitten dudesth
scherls dais togs dais schinc pauns d'hoerdi, quaels chi eran
auanzôs ad aquells chi hauaiuen rnangiô (14) Et aquels hum-
naens hauiand uis, che lesus hauaiua tat ùna isaina, dschaiuen :
Aquaist es uairainang aquel profet chi daiua gnir- îlg muond.
(15j Et hauiand lesus sauieu che uulaiuen gnir alg dér d'maun
par Tg fêr araig, schi det el loe sullét dar-[327]-chiô îlg
munt. (16) Et siand gnieu saira, schi gietten ses discipuls giu
alg mêr, (171 & siand muntôs in barchia, giaiuen é, passand
uia l'g mêr, â la citêd Capernanm. Et era gio sckiiir, né lesus
era gnieu tiers els. (18) Et l'g raêr suflant l'oura s'asthcuf-
flêua. (I9j Et hauiand els culs (éd. auls) areméls nauigiô intu-
orn uaing e schinc stêdis u trenta, schi uezetten els lesum chia-
minand sur l'g raêr, & s'aprusmand â la nêf, & tmetten. (20)
Mu el dis ad els: Eau sun, nu tmé. (21) Et l'g uousen prender
aint in la nêf, 6: adiintrat la nêf fiit aîiuêda â terra ad aquela
chels giaiuen. (^22) Ilg di dsieua la lieud quela chi stêua ui sur
l'g mêr, sco ella uezét, che nun era allô ôtras uauettas ôter
00 aquella sula, in aquella eran stôs ieu aint ses discipuls
che lesus nun era ieu aint in la navetta cun ses discipuls : mu
l'évangile selon s. JEAN 253
che l's discipuls suUéts fiissen tirôs uia. (23^ Mu é uennen in
aquella ô'ras nauettas da Tiben«de dspeia Vg lœ innua che
haiiaiuan mangiô Vg paun, dsieua che l'g signer hauaiua fat
gracias. (24) Et hauiand uis la lieud, che lesus nu fus allô né
ses discipuls, schi gietten (en) er els in las nauettas, & uen-
nen â Capprnaum scherchiand lesum, (25) Et cura chels Tg
acchiataun uisura l'g mêr, schi dschetten é agli : Rabi, cura
istgnieu aqui? (2(5) lesus aresputidét ad els & (iis : Parl'guaira
dich eau â uus : uns scherchises me, brichia par che uus hêgias
uis isainas, mu par che uus hauais mangiô dais [328] [launs
& isches asadulôs. (27) 'S afadiô dsieua iina spisa qusela chi nu
s' perda, mu chi diira in la uitta aeterna, qnaeia che l'g filg
delg hum uain â dêr â uus, par che deus bab ho issaglô aquel.
(2H) Et é dissen ad e) : Che dains fêr âfêr las houres dadieu?
(29) lesus arespondét & dis ad els : Afjuaista es l'houra da
dieu, che uus craias in aquel, quasi chel ho tramis. (30' Et
dissen agli : Che isaina fêst lii dimê, che nus uezan & craian
â ti ? che houres fêst tii?(31) Nos babuns haun mangiô la
manna îlg deserd, suainter che sto scrit : L'g paun da schil
hol dô ad els da mangiêr. (.r2) Et lesus dis ad els : Par l'g
uaira, par l'g uaira cli[e] Mo>es nun ho à uus dô aquel paun
da schil, dimperse mes bab do â uus l'g uair paun da schil.
(33) Fer che l'g paun da dieu, quael chi es gnieu giu da schil,
do la uitta agli muond. (34) Et dissen ad el : Signer, do adiina
â nus d aqué paun. (35) Et lesus dis ad els : Eau sun l'g paun
de la uitta. Aquel chi uain tiers me, nu uain ad hauair fam,
&. chi craia in me, me nun uain ad hauair sait. (36) Mu eau
hae dit â uus, che uus m'hauais er uis né craias. (37) Tuot
aqué chi do à mi l'g bab, uain â gnir tiers me, & aquel chi
uain tiers me, nu chiatsth eau oura. (38) Fer che eau sun
gnieu giu da schil, brichia par fêr aqué ch'eau uœlg eau, dim-
perse aqué chi uuoi aquel chi ho tramis m*^. (39) Et aquaista es
la uoluntsed dalg bab quael chi ho [3.^9] tramis me, ch'eau
nu perda iinguotta da tuot aqué chel ho dô â mi, dimperse
ch'eau arisiista aqué îlg plii dauous di. (40) Et aquaista es la
uolunised da quel chi ho tramis me, che scodiin quael chi uaia
l'g filg da dieu & craia in el, hêgia la uitta aeterna, & eau l'g
uœlg astdastdêr sii îlg plii dauous di. (41) Et l's liideaus brun-
lêuan dad el. chel hauét dit : Eau sun aquel paun quael chi
254 L EVANGILE SELON S. JEAN
Sun gnieu giu da schil. (42) Et dschaiuen : nun es aquaist l'g
û\g da loseph, da qusel che nus cunschain l'g bab <k la mamma?
Co -iiniê distb aquaist : eau sun gnieu giu da scbil ? (44) Et
lesus arespondét & dis ad els : Nu bruntlô traunter uus.
(44) Ungiun nu po gnir tiers me, upœia che l'g bab, quael chi
ho tramis me, l'g trêia, & eau l'g arisûsta îlg plu dauous di.
(45) E sto scrit ils profets : é uignen ad esser tuots amussôs
da dieu. Scodiin dimê, chi ho udieu delg bab & imprais, uain
tiers me : (46) brichia che alchiun hêgia uis l'g bah ôter co
aquel, chi es gnieu da dieu ; les ho uis l'g bab. (47) Par l'g
uaira, par l'g uaira dich eau â uus, qusel chi s' fida in me ho
la uitta eterna. C44) Eau sun aquel paun de la uitta. (49) Vos
babuns haun mangiô la manna îlg deserd, & sun morts.
(50) Aquaist es aquel paun chi uain giu da schil, par ch'lin
qualchiiin mangia da quel, & nu muora. (51) Eau sun l'g uif
paun, qusel chi sun gnieu da schil : sch' iinqualchiiin mangia
[330] our da quaist paun, schi uain el â uiuer in seterna. Et
l'g paun qusel ch'eau uingâ dêr, es lamia chiarn, qusela ch'eau
uing â dêr par la uitta delg muond. (52) Et l's liideaus chiam-
pastêuan traunter pêr, dschant : Co po aquaist dêr â nus sia
chiarn da mangiêr? (53) Et lesus dis ad els: Par l'g uaira, par
l'g uaira dich eau â uus, upœia che uus mangias la chiarn
daig filg delg hum & che uus baiues sieu saung, schi nun
hauais la uitta in uus. (54) Aquel chi mangia la mia chiarn
& baiua mieu saung, ho la uitta seterna : & eau uing alg
arisiistér îlg plii dauous di. (55) Per che la mia chiarn es uai-
raraang iina spisa, & mieu saung uairamang iina bauaranda.
(56) Aquel chi mangia mia chiarn &. baiua mieu saung, sto
in me & eau in el. (57) Suainter chi ho tramis me l'g uiuaint
bab, uschia er eau uif parmur delg bab, & uschia er chi man-
gia me, uain er el â uiuer parmur d' me. (58) Aquaist es
aquel paun, qusel chi es gnieu giu da schil : brichia sco uos
babuns mangiaun la manna, & sun morts : aquel chi mangia
aquaist paun uain â uiuer in eterna. (59) Aquaistas chiôses
hol dit amussand in la sjnagoga in Capernaum. (60) Et bgiers
dimê da ses discipuls hauiand udieu aquels plêds, dschaiuen :
Aquaist es iin diirfaflér. Chi l'g po udir? (61) Mu sauiand lesus
tiers se sues che ses discipuls bruntléuan d aqué, schi dis el
ad els : Aquaist [SSl] 's do sckiandel? ''62) Che dimê schi
L EVANGILE SELON S. JEAN 25 5
uus gnis â uair l'g filg dalghum ir sii innua chel era uiuaunt?
(63) L'g spiert es aquel clii uiuainta, la chiarn nu niizzaigia
iinguotta. La uerua ch'eau fauel eu uus es spiert & uitta.
(64) Mu é Sun qualchiûivs d'uus quasls chi nu craien. Per che
lesus sauaiua da piùm inô aquels chi fiissen chi nu craiessen
& qusel chi gniua alg tradir el. (65) Et dscliaiua : Très aquaist
hae eau dit â uus, che ûngiiin nu po gnir tiers me, upœia che
saia agli dô da mes bab. (66) Da que tijrap inuia bgiers da
ses discipuls stetten giu, l'g hauiand abandunô, né giaiuen
plii cun el. (67) Et Jésus disth als dudesth : Vulais forza er
uus tirer uia? (QS) Et Simon Petrus arespondét agli : Signer,
tiers chi dains ir? tii hses la uerua dalla uitta, (69) &. nus
craian & cunschain che tii ist Christus filg dalg uif dieu.
(70) lesus arespundét agli : Nun hae eau forza scharnieu uus
dudesth, & iin d'uus es iin diauel? (71) Mu el dschaiua daluda
da Simonis Iscariotta, per che aquel gniua alg tradir, siand
el iin dais dudesth.
CAP. VIL
(1) Dsieua aquaist afdêua lesus in Galilea, per che el nu
uulaiua afdêr in ludea, per che Ts liideaus seherchiêuan da
l'g amazêr. (2) Et era ardaint la festa dais liideaus Scenopa-
gia. (3) Et dimê schi dissen ses frars agli : T'partat da qui, &
uo in ludeam, ch'er tes discipuls uezan las tias heures che [tlii
fêst. (4) Par che iingiiin nu fo iinqualchiôsa [322] ad ascus,
sch'el scherchia suessa chel saia appallais. Schi tii fses aquai-
stas (s)chiôses, schi t'appalainta te d'ues agli muond. (5) Per-
che ner ses frars craiauen bain en el. (6) Mu lesus dis ad els :
Mieu tijmp nun es aunchia gnieu, mu l'g uos es saimper ap-
pinô. (7) L'g muond nu po uulair mêl â uus, mu â mi uuol el
mêl, per che eau dun testimuniaunza del che las sias houres
saien mêlas. (8) Izen uus sii ad aquaista festa. Eau nu uœlg
aunchia ir sii ad aquaista festa, per che mieu tijmp nun es
aunchia cumplieu. (9) Et hauiand ditaqué ad els, schi aruma-
gnét el in Galileam. (10) Et sco ses frars fiitten ieus sii, schi
giet er el sii â la festa, brichia appalais, mu sco ad ascus.
(11) Et l's liideaus l'g seherchiêuan sii la festa, & schaiuen :
innua es aquel? (12) Et era iin grand bruntel îlg poeuel dad
256 LEVAiNGÎLE SELON S. JEAN
el. Per che qualchiiins giaiuen : el es bun, & qualchûns ôters
dschaiuen : nun es, mu el surmairia Vg pœuel. (13) Imperscho
urigiiio nu faflêua dad el auert^imaiig par terama ilals lûdeaus.
(14) Et siand gio fat meza la festa, schi giet lesiis siiig taim-
pel & araussêua. (15) Et l's lii leaus s'astmùrafgliêiian, dschant:
In che guisa so aquaist letra, nun hauiand iraprais?(16) lesus
arespundét ad el &. dis : ha mia diittrina nun es rnia. dimperse
da quel chi ho tramis me. (17) Schi iinqualchiûri uuol ubedir
â la sia uoluntaed, schi uain el â cugnioiischei', sch'ella es da
dieu, u sch'eau fauel da me m'ues [333] sa. (18) Aquel chi
fauella da se suessa, aquel scherchia sia segna gloergia. Mu
aquel chi scherchia la glœrgia da quel, chi l'g ho tramis,
aquel es uraest, & nusthdset nun es in el. (19) Nun ho forza
Moses dô â uus la lescha, & im|»erscho iingiiin d'uus nu salua
culs fats la lesi:ha? Che scherchies da m'aranzêr? (20) L'g
pœuel arespundét & dis : Tii hses l'g dimuni. Chi scherchia
da t'araazêr ? (21) lesus arespundét & dis ad els : iina houra
he eau fat & tuots 's astmiiiafgliaes. (22; Par aqué Moses ho
dô â uus la circuncisiun, brichia chella saia da Mose, mu
dais babuns, & imperscho îlg sabath circuncidais l'g hum.
(23) Schi l'g hum arschaiua la circuncisiun siilg sabath & la
lescha da Mosi nu uain aruotta, per che's agritantaes uus in-
cunter me, per ch'eau hae fat ziiond l'g hum saun îlg sabath?
(24) Nu giiidichiô suainter la uaisa, dimperse giûdichiô cun
giiist giiidici. (25) Et iinqualchiiins da quels da Hieru>alem
dschaiuen : Nun es aquaist aquel che scherchiêuan d'umazêr?
(26) Imperscho uhé chel fauella auertamang, & nu dian agli
iinguotta. Haun forza l's parzuras iiairainang cunscliieu, che
aquaist saia uairamnng Christus? (27) Mu aquaist sauain nus,
inuonder chel es : mu Christus cuia chel uain, nu so iingiiin,
innuonder chel es. (28) Et lesus clamêua îlg taimpel amus-
sand, & dschant : Et me cunschais uus, & innuonder ch'eau
[334] Sun sauais uus : & da me m'ues nu sun eau gnieu, dim-
perse el es urêsth aquel chi ho tramis me, quael che uus nu
cunschais. (29) Mu eau cugniousth el, per che eau sun gnieu
dad el, & el ho tramis me. (^30) Et scherchiêuan dalg appigliêr
& ungiiin nu matét in el mauns, per che é nun era aunchia
gnieu la sia hura. (31) Et dalg pœuel craietten bgiers in el &
dschaiuan : Cura Christus uain, uain el forza â fêr plii isainas
LEVAXGILE SELON S. JEAiN 257
co nun ho fat aquel ? (32) L's phariseers uditten bruntlant
l'g pœiiel aqnaist dad el, à. l's pliariseers & l's parzuras dels
sacerdots tramtétten l's seruiains, che \'g desseii a|)pigliêr.
(33) El lesus dis ad els : aunchia un pô d'un tijmp sun eau cun
uus, alhiiratir eau nia tiers aquel chi ho tramis me, (34) et
uus m'schercliises & nun accliiataes. Et innua ch'eau sun, uus
nu pudais gnir. [3ô, Et l's ludeaus dschaiuen tiaunter els ;
Innua uuol ir aquaist, nus nu l'g achiatten ? Vuol el ijr t'orza
traunter l's paijauns? (36) Che [ilêd es Bijuaist chel ho dit :
uus schieich ses me, & nu gnis âm acchia'êr, & innua ch'eau
sun, nu pudais uus gnir ? (37) El îlg più dauous grand di de la
festa stêua lesus & clamêua, dschant : Sch'iiiiqualchiiin ho
sait, schi uigiia tiers me & baiua. (38) Aquel chi craia in me,
suainter chi disth la scriitiira : uignen â cuorrer da sieu uain-
ter flûms d'ouua uiua. (39) Mu aqué dschaiua el delg spiert,
qusel chi gniuan ad arschaiuer aquels chi craiauen in el. Per
che l'g spiert [335] ^senc nun eia aunchia, per che lesus nun
era aunchia glorifichiô. (48) Et bgiers dalg pœuel hauiand
udieu aqué plêd dschaiuan : aquaist es uairamang iin protêt.
(41) Et qualchiiius ôters dschaiuen : Aquaist es Christus. Et
qualchiiins dschaiuen : Daia foiza Christus gnir da Gaiilea?
(4:i) Nu disth forza la scrittiira, che delg sem da Dauid & delg
chiastilg da Betleera, innua chi era Dauid, uain â gnir Chris-
tus ? El in aqueila guisa es aluô su iin dabat traunter l'g
pœuel par el. (44) Et qualohiiins dels l'g uulaiuen appigliêr,
mu iingiiin nu chialschô in el maun. (45) Et ueunen l's
seruiains l's grands sacerdots & tiers l's phariseers, & els
dissen ad aquels : Per che nu l'g hauais mnô ? (46) L's
seruiains arespundetten : Unyiiin hum mse nuii ho faflô in
aqueila guisa sco ho fatiô aquel hum. (47) Et l's phariseers
arespundéitan ad els : Isches t'orza er uus surmuôs? ^48) Es
foiza alchiiin dais parzuras u dais phariseers chi hêgia craieu
in el? (49) Mu aqueila lieud, qu«^la chi nu so la lescha, sun
malledets. (tO) Nicodemus, aquel chi era gn.eu d'not tiers el,
qusel chi era iin dalg lur iniiumber, dis ad aquels : (51) La
nossa lescha giii lich'eila forza iin hum, upœia cheda hê;^ia
udieu dad el, à. cunschieu chel fo? (52) Arespoudetteii &. dis-
sen agli : Nun ist er tû iin Galileer? S^herchia & guarda, che
da Gaiilea nun es stô sii iingiiin protêt. (53) Et scodiiu dels
es ieu in sia chiêsa.
2ô8 L EVANGILE SELON S. JEAN
ANNOTATIONS
[336] Scenopegia] era ùna festa dais ludeaus qusela chi ar-
praschaatêua las chiamannas fattas cura che l'g' pœuel da
Israël tras oura d'Egipto très l'g deserd.
CàP. VIII.
(1) Mu lesus giet sulg munt de las uliuas. (2) & la damaun
bain maluag uen el darchiô îlg taimpel, & tuot Fg pœuel
uen tiers el, & el sezaiua & Ts amussêua. (3) Et l's scriuauns
&. Ts phariseers mnaun tiers el lina duonna, quasla chi era
acchiattêda îlg adulteri, &. l'hauiand missa in miz, (4) dissen
agli : Maister , aquaista duonna es achiattêda îlg prœpi fat
dalg adulteri, (5) Et Moses ho cumandô â nus in la lescha,
che da quella guisa dain gnir accrapôs ; tii dimê che dist
tii? (6) Et aqué dschaiuen é Tg apruand, par che l'gpudessen
acchiiisêr. Et lesus s'inclinand giu bas scriuaiua cun iin daint
in terra. (7) Et tgniand els lijra dalg dumandêr, schi s'adrizôl
sii & dis ad els : Qusel d'uus es soliit delg pchiô, aquel
trêia l'g priim iina pedra in aquella. (8) Et darchiô s'incli-
nant scriuaiua in terra. (9) Mu udiant aqué, inmiinchiiin
dimperse liiin dsieua liôter tiiêuan uia, siand stô cuuianzô
dais seniours. & lesus es allô arumês, suUét, & la duonna
stand in miz. (10) Et cura che lesuss hauét adrizô sii [337] &
chel uuu uezét iingiiin (&) ôter co la duonna, schi dis el agli:
Duonna, innua sun aquels tes acchiiisaduors? Nu t'ho iingiiin
cundannô ? (11) Qusela dis : Signer, iingiiin. Et lesus dis :
Ner eau nu t'cundan, vatten & acquidsiêua nu pchiêr. (12)
Et darchiô ho lesus faflô cun els, dschant : Eau suri la liiisth
delg muond. Aquel chi uo dsieua me, nun uo in la sokiùrezza,
dimperse el ho la liiisth délia uitta. (13) Dimse schi dissen
l's phariseers agli : Tii dès pardiitta da te d'ues, la tia par-
diitta nun es uaira. (14) lesus arespiindét (k dis ad els :
Sch'eau bain dun pardiitta da me m'ues, schi es la mia par-
diitta uaira : per che eau sae innuonder ch'eau uing & innua
eau uing ad ir, mu uus nu sauais innuonder ch'eau uing, u
innua ch'eau uing ad ir. (15) Vus giiidichises suainter Ja
chiarn, mu eau nu giiidg alchiiin. (16) & sch'eau bain giiidg,
L EVANGILE SELON S. JEAN 2 59
schi es mieu giiidici uair : per che eau nu sun sul : dimperse
eau & l'g bab aqusel chi ho tramis me. (17) Taunt plii er in
la uossa lescha sto scrit : che la testimuniaunza da duos
hummens saia uaira. (18) Eau sun aquel chi dun testimu-
niaunza da me m'ues, & testimuniaunza do da me l'g bab,
quael chi ho tramis me. (19) Et dschaiuen agli : Innua es tes
bab ? lesus ne arespundét : né cunschais me né mes bab.
Schi uus hauesses cunschieu me, chi hauesses cuuschieu er
mes bab, (20) Aquai-[338]-sta uerua ho lesus faflô in la
ihesoiîa, amussand îlgtaimpel. Etiingiùnnu Tg ho appigliô,
per che la sia hura nun era aunchia gnida. (21) Et lesus dis
darchiô ad els : Eau uing & uus scherchiœs me, & in uos
pchiô gnis â mûrir : innua ch' eau ving, nu pudais uus guir.
(22) Et l's ludeaus dschaiuen : Vain el forza ad amazêr se
sues, per che el disth : innua ch' eau uing, uus nu pudais
gnir? (23) Et dschaiua ad els : Vus isches zuot in sii, et eau
sun zura in giu. Vus isches da quaist muond, eau nu sun da
quaist muond. (24) Par aqué hae eau dit â uus : uus gnis â
mûrir in uos pchiôs. Per ches chi uus nu gnis à crair, ch' eau
saia, schi gnis â mûrir in uos pchiôs. (25) Et dschaiuen agli:
chi ist tu ? Et lesus dis ad els : aqué ch' eau 's hse dit â
uus dalg principi innô. (26) Eau hae bgierras chiôses, quaelas
ch' eau hae da faflêr & giùdichièr da uus : mu aquel chi ho
tramis me es urêst : & aqué ch' eau liae udieu dad el, aqué
dich eau îlg muond. (27) Et nu cunschetten chel dschaiua ad
els delg bab. (28) Et lesus dis ad els : Cura che uus gnis ad
aduzêr l'g filg delg hum, alhura gnis â cugniouscher ch' eau
sun, & ch' eau fatsth ûnguotta da me m'ues, dimperse da co
che l'g bab ho amussô, aqué schaunsth eau. (28) Et aquel chi
ho tramis me, aquel es cun me. L'g bab nun m' ho laschô
suUét : Per che eau fat[s]th adiina aquellas chiôses chi plê-
schan agli. (30) Et fafland el aquellas chiôses, schi craietten
bgiers in el. (31) Et le [339]-sus dschaiua als ludeaus chi
haiiaiuen craieu in el : Schi uus arumagniâs in mieu plêd,
schi isches uairamang mes discipuls, (32) &. gnis â cugniou-
scher la uardset, & la uardaet uain â 's fêr uus libers. (33) Els
arespundetten agli: Nus ischen sem da Abraa né me hauain
ad iingiiin seruieu ; in che mœd dist tii, che nus gnin â gnir
libers? (34) lesus arespundét ad els ; Par l'g uaira, par l'g
260 L'EVANGILE SELON S. JEAN
uaira dich eau â uusi, clie scodiin quel chi fo Vg pchiô es fa-
malg ilalg pchiô. (37) Et Tg famiig au sto sainuper iii la chiêsa,
mu l'g fiig sto saimper. (36) Schi Tg filg dimê fo uus libers,
schi isches uairamang libers. (37) Eau sae che uus ischfS sem
da Abrase. Mu uus scherchises da m' amazêr, per clie mieu
plêd nun ho lœ in uus. (38) Aqué ch' eau hae uais tiers mes
bab, aqué dich eau. & uus que che uus hauais uis tiers uos
bab, aqué faschais uus. (39; Els arespondetten & dissen agli:
Nos bab es Abraham. lesus dis ad els: Sc[h]i uus fiisses fiigs
da Abraae, schi faschesses las heures da Abrahae. 40) Mu
huossa scherchises uus d'amazêr me, un hum quaei chi hae dit â
uus la uardaet, quae a ch' eau lise udieu da dieu: aijué nun ho
fat Abraam. (41) Vus fascliais la[^J houres da uos bab. Et els
dissen dimê agli: Nus nun ischea naschieus our d' pitiatiiing.
Nus hauaiti iin sul bab, dieu. (42) lesus dis ad els : schi deus
fiis uos bab, sclii m' hauesses sch^rt er me chiêr: perche eau
sun paischendieu & gnieu da dieu. [340] Perche eau nu sun
gnieu da me m'uessa, dimperse aquel ho tramis me. (43) Per
che nu cunschais uus la raia favella? per che che uus nu pu-
dais udir mieu plêd. (44) Vus isches our da uos bab diauel,
& uulais asgunlêr als aggiaviiscliaraains da uos bab. Aquel
es stô iin humicidier da priim irinô, & nu stet sald in la uar-
daet, : per che la uardaet nun es in el. Et cura chel schaunscha
m<i[ii]zôgna, schi sohaunsch' el de las sias segnas chiôses, per
che el es mansnêr & da la rnanziigna bab. (45) Mu per che
ch' eau dich la uardaet, schi nu craias â mi. (1(3) Quael es
aquel d'uus chi m'ar[;reuda da l'g i)chiô? Mu sch' eau dich
â uus la uardaet, per che nu craias uus â nu? (47) Aquel chi
esdadieu, ôia la uerua da dieu. Par aqué uus nun udis la
uerua da dieu, [^erclie che uus nun isches da dieu. (4^) Et
l's liideaus arespon leiten & dissen agli : Nu dschain nus foiza
in dret, che lii ist ii.i Samaritaun & haest, l'g dimuni? (49)
lesus arespu'idét : Eiu nun hae l'g diuiuni, dimperse eau hu-
nur mes bab, & uus m' hauais dsch-junlr-ô. (50) Et eau nu
scherck la miagiœrgia : Eig es bain chi scherchia. & chi uain
â giiidichiêr. (51) Par l'g uaii'a, per l'g uaira ch' eau dich â
uus, sch' iinquHlchiiin salua raieu plêd, che! nu uain â uair la
mort in eierna. (52) Et l's lijileaus dissen agli: huossa cun-
schain nus che tii haes l'g dimuni. Abraham es muort & er l's
L EVANGILE SEF.ON S. .lEAN 261
profet[s], [341] & tu dist : sch' ûnqualchiun salua mieu plêd,
schi nu uain el ad assagiêr la muort in seterna. (53) Ist tii
forza mêr co nos bab Abraham, quel chi es mort? Et er Vs
préfets sun morts. Chi fest tii te d'ues? (54) lesus arespundét:
Sch' eau m' lôd me m'ues, schi nun el Vg mieu lôd iinguotta.
Elg es mes bab qusel chi m' glorifichiescha, qusel che uus
dschais chi saia uos dieu, (55) k imperscho uus nun Vg
hauais cunschieu, mu eau l'g cugniousth. Mu sch' eau dsches,
eh' eau nu l'g cunschés, schi sungiâs eau uus mansnêr. Mu eau
l'g cugniousth & salf sieu plêd. (56) Abraham uos bab ho ha-
gieu bramma par uair mieu di, & l'g ho uis, & s' ho allegro.
(57) Et l's ludeaus dissen dimê adel : Tii nun lises auncbia
schinquanta ans & haest uis Abraham? (58) lesus dis ad els :
par l'g uaira, par l'g uaira dich eau â uus, auns co Abraham
naschés, sun eau. (59) Et els prendaiuen sii pedras par trêr in
el. Et lesus s'azuppô, &. giet our delg taimpel.
ANNOTATIONS
Thesoria] Cazophilatium, innua chi s' inettaiua l's thesors
& l's duns delg taimpel. Humicidier] iin chi amaza iina per-
suna.
CAP. VIIII.
(1) Et passand trses lesus schi uezét el iin hum orf da na-
sc[h]iun, (2) & ses discipuls l'g dumandaun, dschant: Rabbi,
chi ho pchiô, aq[u]aist u ses bab e mamma, par chel [342]
naschés orf? (3) lesus arespuadét: Né quaist ho pchiô ne ses
bab 6 mamma, dimperse par che uignen manifeslêdas las
houres da dieu in el, (4) Eau bsiing lauurêr las houres da quel
chi ho tramis me, infina chelg es di. É uain la not, cura che
iingiiin nu po lauurêr. (3) Cun dich ch'eau uing ad esser îlg
muond,schi sun eau la liiisth delg muond.(6) Cura chel hauét
dit aqué, schi spiidét el in terra, &. faschét our délia spiida
bœrgia, &. strichiô la bœrgia sur l's œilgs delg orf, (7) & dis
agli : vatten, leva îlg lauadoijr da Siloe, quel schi tii mettas
oura, schi uuol é dir iin mess. Et dimê schi tirôl uia, & lauô,
&uenueziand.(8)Três che l's uischins,& aquels chi l'g hauaiuen
1
2 62 l'Évangile selox s. je an
uis iiiuaunt, chel era un draciiot, dschaiuen: Nun es forza aqua-
istaquel, chi sezaiiiM & di'acuiêua? (U) Et alchiûns dscliaiuen :
elges aquai^t: & alcliiuiis ôter: el^sumuaglia ;igli.El dschaiua:
eau Sun. (lOj Et dscliaiuen agli: schi co suii â li auerds l's
œlgs? (11) Et el aresjtuudét & dis: A(|uel hutn qiisel chi ho
nurn iesus, ho fat boergia, & ho hiit mes œiigs, & ho dit â mi :
Vatten alg lauadoijr da Silose, & lêua. Et sco eau suri ieu &
hse lauô, schi he eau aifschieu la uezu la. (12) Et disen agli:
Iiinua es aquel ? Et el dis: Eau nu ^ie. (13) Et l'g mnetten
tiers Ts phariseers aquel chi era d'gio siô orf. (14) Et elg era
l'g sabath, cui-a ciie Iesus faschét la bœrgia, & au. it ses œlgs.
(15) Et dar-[343]-chiô l'g dumandêuan er l's phariseers, a
che moed el haués arfschieu la ueziida. Et el dis a deU: El
ho rais â mi sur l's œi'gs bœrgia, & hse lauô&uez. (16) Et
iinqualchiijns dais phariseers dschaiuen : Aquaist hum nun es
da dieu, per che el nu guard'oura l'g sabath. Mu alcliiiins
ôters dschaiuen: Co po iin hum [)chiêderfêr aquaistas isainas?
Et era differijutia trautiter els, (17) et dian darchiô Mgli orf :
Che dist tli dad el, perche el ho auiert â ti tes œlgs? Et el dis:
el es un profet. (18j Et l's liideaus nun haun craieu dad el,
chel fiis stô orf, & chel haués arfschieu la ueziida, infina che
nu clamettan ses bab e mamma da quel chi hauaiua arfschieu
la uezûiia, (19) & dumandaun aquels, dschant : Es aquaist uos
filg, qusel uus dschais, chi saia naschieu orf? Mu in che
mœd uaia el huossa ? (20) Et ses bab & mamma arespundetten
(éd. arespundenten) ad els & dissen : Nus sauain che aquaist
es nos filg, chel es naschieu orf, (21) mu a che mœd chel huos-
sa ueza, nu sauain nus, u chi ho auiert ses œilgs nus nu sau-
ain. El ho l'g tijmp, dmandô el, el uain â dir da par se. (22)
Aqué dissen ses bab & mamma, che tmaiuen l's liideaus. Per
che l's liideaus eran gio cunuegnieus, sch' iinqualchiiin l'g
cuffessêua chel fiis Christus, ch'aquel gnis dsihchiaschô our
de la svnagoga. [344]. (23) Par aqué dissen ses bab &. mam-
ma: el ho l'g tijmp, dumandô el. (24) Et clamaun darchiô l'g
hum, quael chi era stô orf; et dissen agli : Do glœrgia â
dieu. Nus sauain che quaisthum es iia pchiêdar. (25) Et aquel
arespundét & dis : Sch'el es iia pchiêdar, aqué nu sse eau.
iina chiôsa sœ eau, siand eau orf, che huossa uez eau. (26) Mu
els dissen darchiô agli : Che ho el fat â ti? In che mœd ho el
L EVANGILE SELON S. JEAN 263
auiert tes œilgs? (27) Arespundét ad els : Eau hse huossa dit
â uus, né hauais udieu, pei* che uulais darchiô udir? Valais
forza er uus duantêr ses discipuls? (28) Ed els l'g haun stliuil-
lanô, & dissen : Tu saias ses discipul, mu nus ischen discipuls
daMosi:(29)NussauHin che deus liofaflô cun Mosi, niuaciuaist
nu savain nus innuouder chel saia. (30) Mu aquel hum ares-
pundét & dis ad els: In aquaist es schert iina chiôsa niiiraf-
gliusa, che uus nu sauais innuon:!er chel saia, et iraperohô el
ho auiert mes œilgs. (31) Et nus sauain che deus nun ataidla
l's pchiaduors, dimperse sch' alchiiin es seruiaint da dieu, &
ubedescha â la sia uoluiitsed, aquel ataidla el. (32) E mse nu
s'ho udieu che alchiiin hêgia auiert l's œilgs d'iin chi es na-
schieu orf. (33) Upœia che aquaist nu fiis da dieu, schi nun
haués el pudieu (êr iinqualchiôsa. (34) Els arespundetten &
dissen agli : Ils pchiôs ist zuond naschieu, & tii arnuos[s]as
nus? Et l'g chiatschaun oura. [345] (35) lesus udit che l'g
hauetten chiatschô oura, & l'g hauiand achiattô, schi dis el
agli: craies tii ilg [f]ilg da dieu? Et aquel arespundét, &
dis: Signer, chi es é, par ch'eau craia in el? (37) Mu lesus dis
agli : Tii haes uis aquel, & chi schaunscha cun te, aquel es é.
(38) Et el dis : Eau craich, signer, & l'g adurô. (;^9) Et lesus
dis agli: Eau sun gnieu in quaist muond îlg giiiciici, par che
quels chi nu uezan, uignen â uair, & aquels chi uezan duainten
orfs. (40) Et qualc[h]iLin dais phariseers, qusels chi eran cun el,
uditten aqué, & dissen agli: Ischens forza er nus orfs? (41)
lesus dis ad els : Schi uus fusses orfs, schi nun hauesses [)chiô.
Mu huossa dschais uus: nus uezain, très aqué arumagna uos
pchiô.
CAP. X.
(1) Par l'g uaira dich eau â uus, quael chi nun aintra aint
par l'g hiisth in l'g huuilgde las nuor-sas, dimperse uuol mun-
têr aint utrù, aquel es lin lêdar, & iiu saschin. (2) Mu aquel
chi uo aint par l'g hiisth, es pastur de las nuorsas. (3) Ad
aquegli aura l'g purtnijr, & las uuorsas ôdan la sia uusth. Et
el clamma par nura las sias segnas nuorsas, & main, oura aquel-
las. (4) Et cura chel ho laschô oura sias segnas nuorsas, schi
uo el auant ellas, & las nuorsas uaun dsieua el: per che ellas
264 L EVANGILE SELON S. JEAN
cugniouschen la sia uusth. (5) Mu (iin) ad iin ester nu uaun al-
las [346] dsieua, dimperse fiigian dad el, per che é nun cu-
gniouschen la uusih dais esters. (6) Aquaist pruverbi dis ad
els lesus, ei els nun incligietten aqué chel dschaiua ad els. (7)
lesus dimê dis darchiô ad els : Par l'g uaira, par l'guaira dieh
eau â uus, ch'eau sun l'g hiisth de las nuorsas. (8) Tuots quans
chi sun gnieus auant me, sun lêdars & saschins, mu las nuor-
sas nun haun udieu aquels. (9) Eau sun Y g hiist[h]; sch'iin-
qualchiiin uo aint très me, schi uain el â gnir saluô, & uaiu
ad achiatiêr pastchs. (10) L'g lêdar nu uain, ôter co par iuulêr
& amazêr & par méttar â pérdar. (11) Eau sun gnieu par
chellas hêgian la uitta, & l'hêgian taunt plii abundauntamang.
(12) Eau sun aquel bun pastur, un bun pastur do sia uitta par
las nuorsas. Mu iin famalg, & qusel chi nun es pastur, da
qusel las nuorsas sun sias aegnas, uaia gniand l'g luf, & aban-
duua las nuorsas & fiigia, & l'g luf zaffa, &. arêsa las nuorsas.
(13) Mu l'g famalg fiigia, per che el es famalg, & nun ho
pissijr de las nuorsas. (14) Eau sun aquel bun pastur, & cu-
gniousth las mias nuorsas, & uing cunschieu dalas mias. (15)
Da co che l'g bab cugniouscha me, uschia er eau cugniousch
l'g bab, &. met mia uittapar las nuorsas. (16) Eau hse er ôtras
nuorsas, quselaschi nun sun da quaist huuilg: &. aquellas stou
eau er mnêr nô tiers, & uignen ad udir la mia uusth, <k [347]
uain ad duantêr tuot iin huuilg & iin pastur. (17) Parmur da
que uuoi l'g bab â rai bain, per che eau met la mia uitta per
prender darchiô aquella. (18) ungiiin nu prain aquella da me
m'ues. Eau hse pusaunza da metter aquella, & hse pusaunza
darchiô da prender aquella. Aquaist cumandamaint hse eau
arfschieu tla mes bab. (19) Et es dimê darchiô gnieu difFerijn-
tia traunter Fs liideaus très aquaists plêds. (20) Bgiers dels
dschaiuen: el ho l'g (éd. d'g) dimuni & es immatieu, che Tg
udin nus? (21) Alchiiins ôters dschaiuen : Aquaista nun es
uerua dad iin chi hêgia l'g dimuni. Po forza l'g dimuni aurir
l's œilgs dels orfs? {2'^) Et s' faschaiua â Hierusalem la festa
délia cunsecratiun delg taimpel, & era inviern, (23) & lesus
plazagièua îlg taimpel îlg pcerti da Salamonis. (24j Et l's lii-
deaus l'g incrasaun aint, &. dschaiuen agli : cun dich uoust
tigner nossa horma in diibi? Schi tii ist Christus, schi di â nus
liberêlmaug. (25) lesus arespundét ad els : Eau hse dit â uus, né
l'évangile selon s. JEAN 2 65
craias las heures quaslas ch'eau fat[sth] â num da mes bab,
aquellas arendentestimuniaunza dame. (26) Muuus nu craias,
perche uus nun isches da las mias nuorsas, suainter ch'eau
dschaiua â uus. (27) Las mias nuorsas ôdan la mia uusth, & eau
cugniousth aquellas, & uignen dsieua me, (28) & eau dun ad el-
las la uitta geterna, né uignen âprir in asterna; ne [348] qual-
chiiin las sthdrappa aquellas our da mieu maun. (29) Mes bab
qusel chi ho dô â mi, es plii grand co tuots, &. iingliin nu po dstra-
pêr dalg maun da mes bab. (30) Eau & Vg bab ischen iin. (31) Et
l's liideausdarchiôprendettensii pedraspar Tgaccrappêr. (32)
lesus arespundét ad els: Eau hse amussô â uusbgierras bunas
heures dalg mes bab, par mur d'aqué, délias bunas heures,
uus m'accrappses. (33) L's liideaus arespundetten agli dschant:
Par la buua houra nun accrappains te, mu par la blastemma
& per che, siand tii iin hum, schi fsest te d'ues iin dieu, (34)
lesus arespundét ad els : Nun es é scrit in la uessa lescha : Eau
hse dit, uus isches dees? (35) Schi el ho dit aquels dees, ad
aqusels l'g plêd da dieu es duantô, & la scritiira nu s'po arum-
per d'aqué. (36) Et uus schais ad aquel, che l'g bab ho san-
tifichiô & tramis îlg muond: tii blasteramas: per che ch'eau
hse dit, eau sun filg da dieu? (37) Sch'eau nu fatsth las heures
da mes bab, schi nu craie â mi. (38) Mu sch'eau las fatsth, &
che uus nu craias â mi, schi craie â las houres, per che uus
cugniouschas & craias, che l'g bab es in me & eau in el. (39)
Et els scherchiêuan darchiô dalg appigliêr, & el giet our da
lur mauns: (40) & tiré uia darchiô uisur l'g lordan in aqué lœ
innua ch'era loannes l'g prùm stô â battagiêr, & stetallô. (41)
Et bgiers uennen tiers [349] el, & dschaiuen: lehannes nun
ho schert fat isaina ungiiina, mu tuottas aquellas chiôses,
quselas che loannes ho dit d'aquaist, sun uairas, (42) & craiet-
ten bgiers allô in el.
CAP. XL
(1) Et iin cun num Lazarus da Bethania dalg cliiastilg da
Marise & da Marta sia sour era amallô. (2) Mu Maria era
aquella, qusela chi hauaiua hunschien l'g signer cun hiit, &
terschieu giu ses pes, cun l's chiauéls : da qusel l'g frêr
266 L EVANGILE SELON S. JEAN
Lazarus era amallô. (3) Et sias soruors traratetten tiers el,
dschant : Signer, uhé aquel che tii hfs chiêr, es amallô. (4)
Et udiant lesus, dis : aquaista malatia nun es alla mort, dim-
perse par la gloergia da dieu, par che Vg filg delg hum uigna
glorifichiô très aquella. (5) Mu lesus uulaiua bain â Marta &
â sia suor &. â Lazarum. (6) Et sco el udit chel era amallô,
schi stet el bain duos dijs in aquel lœ innua chel era. (7)
Alhua dsieua aqué dis el â ses discipuls ; Giaun {sic) darchiô
in liideam. (8) L's discipuls dissen agli : Maister, pouck es
che l's liideaus scherchiaeuan da t'accrappêr, & tii darchiô
uses allô ? (9) lesus arespundét : Nu sun é forza dudesth
huras dalg di ? Et chi chiaraina d'di, nu s'pichia : per che el
uaia la liiisth da quaist muond. (18) Mu sch'iin chiamina d'not,
schi s'pichia el : per che la liiisth nun es in el. (11) Aqué dis
el, & dsieua aqué dis el ad els : Lazarus nos [350] amich
duorma, mu eau vœlg ir, par l'g astastdér sii delg soen. (12)
Et ses discipuls dissen : Signer, schel duorma, schi es el
sckiappel. (13) Et lesus dschaiua da la sia muort. Mu els
pissêuan chel dsches dalgdui'mir dalg sœn.(14) Et lesus dis ad
els appalaisamaing : Lazarus es mort, (13) & eau m'allegr' in
uossa amur, ch'eau nu saia stô allô, par che er uus craies.
Mu giain tiers el. (15) Et Thomas quael chi uain annumô Djdi-
mus, dis als discipuls: Giain er nus che nus mouren cun el.
(17) Et dimê uen lesus &. Vg achiattô, chel era gio stô quater
dis îlg mulimaint. (18) Et Beihania era dspera Hierusalem
intuorn quindesth stêdis. (19) Et bgiers dais liideaus ueunen
tiers Martham & Mariam par las cufurtêr dalur frêr. (^20) Mu
Martha sco ella udit de lesus fiis gnieu, schi giet ella agli
incunter. Et Maria stêua â chiêsa. (21) Et Martha dis ad
lesum : Signer, schi tii fiis stô aqui, schi nu fiis mes frêr mort.
(22) Mu erhuossa se eau tuot aqué che tiiuainst ad aggragièr
da dieu che deus uain â dêr â ti. (23) lesus dis agli : Tes
frêr uain ad arisiistêr. (24) Martha dis agli : Eau sse chel
uain ad arisiistêr in l'aresiistaunza, îlg plii dauous di. (25)
lesus dis agli : Eau sun l'aresiistaunza, & la uitta : aquel chi
craia in me, schi bain el es muort, schi uain el â uiuer (26j &
scodiin chi uiua, & craia in me, nu uain â mûrir in [351]
seterna. Craiast aqué ? (27) Et ella dis : Schi, signer : Eau
craich tii saias Christus aquel filg da dieu, quel chi daiua gnir
L EVANGILE SELON S. JEAN 2 67
îlg muond. (28) Et cura chella hauét dit aqué, schi tirô ella
uia, & clamô secrettamang sia sour Mariara, dschant : Vg
Maister es aco, & t'clamraa. (29) Et sco ella udit,schi aluô ella
sii bôd, & uen tiers el. (30) Per che lesus nun era aunchia ar-
iuô îlg chiastijlg, mu el era in aquel lœ, inua chi era agli
gnieu incunter Martha.(31) Et l's liideaus quaels chi eran cun
ella in la chiêsa, & la cunfurtêuan, hauiand uis Mariam chi
eraaluêdasûbôd,&ida oura, schi sun els ouraieusdsieua ella,
dschant : ella uo oura alg mulimaint, par plaunscher allô.
(32) Et Maria siand ariuêda allô innua chi era lesus, l'g
hauiand uis, chi s'bitiô ella giu als ses pes,& dis agli : Signer,
schi tu fu.3 stô aqui, schi nu fiis muort mes frêr. (33) Et lesus
sco el uezét quella cridant, & l's liideaus chi eran cun ella,
chi crideuan,schi s'appupnô el cun Tgspiert, & s'cunturblô se
sues, (34) & dis : Innua l'g hauais mis? Et dian agli : Signer,
uitten & uaia. (35) Et lesus ho cridô. (36) Mu l's liideaus
dissen : uhé co el l'g hauaiua chiêr. (37) Et qualchiiins dels
dissen : Nu pudaiua aquaist, qusel chi ho auiert l's œlgs delg
orph, fêr che er aquaist nu fus muort? (38) Et lesus darchiô
s'appupnant îlg spiert uen alg mulimaint. Et era iina spelun-
chia & sur aquella [352] er mis iina pedra. ''39) lesus dis :
aluô uia la pedra. Et Martha sour da quel chi era muort, dis
agli : Signer, huzraê piiz' el, per che elg es quater dis. (40)
lesus dis agli : nun hae eau dit â ti, schi tii craiaues, che tii
gniuas â uair la glœrgia da Dieu ? (4!) Dimê schi aluauun é
uia our delg lœ la pedra, innua che l'g muort era mis. Et
aluand lesus ses œilgs in sii, schi (éd. in ssciihi) dis el : Bab,
eau t'ingrazck, per che lii lises udieu me. (42) Mu eau sauaiua
che tii adiiiia ôdas me, muparmur delgpœuel, qusel chim stô
dintuorn, hse eau dit, par che craien che tii hsegias tramis
me. (43) Et hauiand dit aqué, schi clamô el cun hôfa uusth :
Lazare, uitten oura. (44) Et uen oura aquel chi era stô muort,
chi hauaiua l's mauns & l's pas faschôs cun faschas da sepul-
tiira, & sia fatscha era plaiêda intuorn cun iin linzœl da
siiiêr. lesus dis ad els: Schliôlg & l'g laschô ir. (45) Et bgiers
dais lii leaus, quaels chi uennen tiers Mariam, & hanaiuen uis
aqué chi hauaiua fat lesus, craietten in el. (46; Mu qualchiiins
dels gietten tiers l's phariseers, & dissen ad els aqué chi
hauét fat lesus. (47) Et l's grands sacerdots & l's phariseers
268 L EVANGILE SELON S. JEAN
araspaun Fgcusselg, & dschaiuen : Che faschain (éd. faschian)
nus? per che aquaist hum fo bgierras isainas, (48) Schi nu8
Fg laschain uschia, schi uignen é â crair tuots in el.Et uignen
â gnir l's Rumauns, ô: uignen âus prender nos lœ & nossa
lieud. (49) Alhura lin (353J daquels, Caiphas cun num, siaad
huaistg d'aqué an, dis ad els : Vus nu sauais iinguotta, (50)
née cuschidrais, che saia iittel â uus, ch'iin sul moura par
tuot l'g pœuel,& brichia tuotta lieud pijra.(51) Muaqué nun
ho el dit da se sues, mu siand el huaistg d'aqué an schi ho
el profetizô, che lesus gniua â mûrir par la lieud, (52) & bri-
chia sulettamang par la lieud, dimperse par chel araspâs Ts
filgs da Dieu, quaels chi sun arasôs, insemmel. (53) Da quel
di inuia dimê s'accusgliêuan elstraunter pêr, par Fg amazêr.
(54) Et lesus alhura nu giaiua auertamaing traunter l's lii-
deaus, mu el tirô uia dallô in iina cuntrêdgia speraiin deserd,
in la cittêd qusela chi s'anumna Ephraim, & afdêua allô cun
ses discipuls. (55) Et la pasthqua dels liideaus era prosma, &
bgiers da quella cuntrêdgia gietten sii â Hierusalem auns co
la pasthqua, par s'purifichiêr. (56) Et sahierchiêuan lesum,
& stand îlg taimpel faflèuan é traunter els : che 's impêra
â uus, chel nu es gnieu â la festa ? Et 1' grands sacerdots &
l's phariseers hauaiuen dôcummandammint, sch'iinqualchiûn
saués chel fiis, che l'g appalantâs, par che chels l'gappi-
gliassen.
CAP. XII.
(1). Et lesus sijs dis auns co la pasthqua uen in Bethaniam,
inua che Lazarus era stô muort, quel che astastdô su dais
muorts. [354j. (2) Et faschetten agli allô ûna schaina & Mar-
tha seruiua. Et Lazarus era Un dalg innumber da quels chi
sezaiuen â maisa cun el. (3) Et Maria prandét iina gliura
d'iin hiit da nard fin, da grand pritsth, à. hunschét l's pes da
lesu, & terschét giu ses pes cun ses chiauéls, 6i la chiêsa uen
plaina de la sauur da quel hiit. (4) Et un da ses discipuls,
ludas da Simonis Iscariotes, qusel chi era par tradir el, dis:
(5), Perche nun es aquaist hiit uendieu par traiaschient da-
nêrs & dô als pouuers? (6) Mu el dis aqué, brichia par chel
haués arinchiiira dais pouuers, mu per che chel era iin lêdar
l'évangile selon s. JEAN 269
6c hauaiua la bursa, & purtêua aqué chi gniua dunô. (7) Et
lesus dis: Lascha stêr aquella, ella ho saluô aqué îlg di de la
raia sepultiira. (8) Per che l's pouuers hauais saimper eu
uus, mu me nun hauais brichia saimper. (9) Et bgier pœuel
dais ludeaus hauetteti inclijt chel era allô, & uennen brichia
dick parlesum, mu er par che uezessen Lazarura, quael chel
hauaiua arisiistô dais muorts. (10) Et l's parzuras dels sacer-
dots accusgliêuan dad araazêr erLazarum, (11) per che bgiers
dais liideaus s'ingiaiuen très aquel, & craiauen in lesum. (12)
rig di dsieua bgierra lieud, quaela chi era gnida â la festa,
hauiand udieu che lesus gniua â Hierusalem, (13) prandetten
arams d'uliuas & gietten oura agli incunter, & clamêuan,
dschant : Hosanna, Benedet saia aquel chi uain in num dalg
signer araig da Is-[355]-rael. (14) Et hauiand lesus surue-
gnieu ûna asnella, schi sazét el sûn aquella, (15) suainter co
chi stô scrit : Nu (éd. mu) tmair, figlia da Sion, uhé tes araig
uain seziand siin iin pulledrin d'ûna êsna. (16) Et aqué nun
haun inclijt ses discipuls Vg priim, mu cura che lesus fiit
glui'ifichiô, alhura sun els algurdôs, che aquaistes chiôses
fiissen scrittas dad el, & chels hauaiuen fat agli aqué. (17) E
la lieud quaela chi era cun el, cura chel clamô I.azarum our
delg mulimaint, & l'g arisiistô dais muorts, dêua testirau-
niaunza. (18) Par aqué er uen agli incunter la lieud, che l'g
hauaiuen udieu chel haués fat aquella isaiiia. (19) Et l's pha-
riseers dissen traunter se : Vezais uus, che uus nu faschais
iinguotta. Uhé l'g muond (éd. muoud) uo dsieua el. (20) Et
eranallô alchiiins grecs, da quels, quaels chi eran ieus su, par
adurêr in la festa. (21) Et aquels gietten tiers Philippum
qusel chi era da Bethsaida (éd. Beihsaida) da Galileae, & l'g
aruêuan, dschant: Signer, nus uulessen uair lesum (22) Et
uen Philippus & dis ad Andrese. Et Andréas darchiô & Phi-
lippus dissen â lesu. (23) Et lesus arespundét ad els, dschant:
Elg es gnieu l'hura che l'gfilg delg hum uain â gnir gluriô-
chiô. (24) Par l'g uaira, par l'g uaira dich eau à uus, upœia
che l'g graun d'furmaint bittô in terra nu saia muort, schi
arumaun el sul. Mu schel es mort, schi puort'el bgier friit
(25). Aquel chi amma sia uitta, uain â lapérdar. Et aquel chi
uuol mêl â sia uitta [356] in aquaist muond, aquel uain â la
cussaluêr in la uitta seterna. (26) Sch'iinqualchiiin serua â mi,
270 L EVANGILE SELON S. JEAN
schi uigna dsieua me, & inua che sun eau, allô saia er mes
seruiaint. Sch'ùnqualchiùii serua â mi, Fg bab uain alg hun-
drêr. (27) Huos^a es la inia horma cunturblêda. Et che daia
dir ? Bab, salua me d'aquaista hura. Mu très aqué sun eau
gnieu in aquaist'hura. (28) Bab, glorifîchiescha tieu num. Et
uen iina uusth da schil dschant (éd. dscâht) : Eau hse glorifi-
chiô & darchiô uœlg eau glorifichiêr. (29) Et la lieud qusela
chi stêua & udiua dschchaiuen: elg esdô un thun. Mualchiùns
ôters dscihaiuen : L'g aungel ho faflô cun el. (30) lesus ares-
pundét & dis : Bi-ichia par mur d'me es gnieu aquaista uusth,
mu par mur d'uus. (31) Huossa es Tg giudici da quaist muond.
Huossa l'g parzura da quaist muond uain â gnir chiatschô
cura. (32) Et sch'eau ueng aduzô da terra, schi uing eau
â trêr tuots tiers me m'ues. (33) Mu aqué dschaiva el,
dant ad inclijr cun che mort chel gniua â mûrir. (34) L'g
pœuel arespundét agli : Nus hauain udieu our dalla le-
scha, che Christus aruraagna in eterna & co disth tii che l'g
filg delg hum stouua gnir aduzô? Chi es aquel filg delg hum?
(35) Et lesus dis ad els : Auncliia un cuort tijmp es la liiisth
eu uus. Chiaminô intaunt che uns hauais la liiisth, che la
sckiiirezza nu s'achiappa. Mu aquel chi chiamina in la sckiii-
rezza nu so innua [357] chel uô (36) Intaunt che uus hauais
la liiis'h, schi craie â la liiisth, par che uus saias filgs délia
liiisth. (37) A.quel ho faflô lesus, & es ieu dauent & s'ho azuppô
dad els. Et hauiand fat tauntas bgierras isainas auaunt els,
schi nu craiauen é in el, (38) par che l'g plêd da Esaiae pré-
fet gnis cumplieu, qufil che! ho dit: Signer, chi ho craieu a-
gli nos plêd? & l'g bratsth dalg signer â chi es el stô appa-
lantô? (39) Très aqué nu pudaiuen é crair, per che Esaias ho
darchiô dit: (40) El ho assuruô lur oeilgs & ho fat diir lur
cour, par che nu uezan culs œiigs né incligien eu l'g cour, &
che s'uuoluan, & eau l's guarescha. (41) Aqué ho dit Esaias,
cura chel uezét la si[H] glœrgia, & chel ho faflô dad el. (42)
Imperscho er dais parzuras craietten bgiers in el, mu parmur
dais phariseers nu l'g cuffesséuan é, par che nu gnissen
dsthchiatschôs our de la sjnagoga. (44) Per che els haun ha-
gieu plii chiêr Ig hunurda la lieud, co l'hunur da dieu. (44) Et
lesus clamêua & dis: Aquel chi craia in me, nu eraia iii me,
mu in aquel chi ho tramis me. Et aquel chi uaia me, uaia aquel
L EVANGILE SELON S. JEAN 271
chiho tramis me. (46) Eau sun gnieu ùna liiisth îlg muond,
che scodiin chi craia in me nun artimagna in la sckiurezza. (47)
Et sch'iinqualchiiin ôiia lamiauerua,& nu craia, eau nu giiidg
aquel, per che eau nu sun gnieu par ch'eau giiidiciiia l'gmuond,
dimperse par ch'eau salua Vg muond. (48) Aquel [358] chi ar-
fùda me né arschaiuamia ueruahochi uain â l'g gîiidicliiêr. L'g
plêd ch'eau hae faflô, aquel uain â l'g giiidichêr îlgdi dauous,
(49) per che eau nun hse faflô da me m'ues, mu l'g bab qup-l chi
ho tramis me, aquel ho dô â mi cumandamaint, cheeau daia
faflêr. (50j Et eau sas che l'g sieu cumandamaint es la uita
seterna. Et aqué diraê ch'eau fauel suainter che l'g bab ho dit
â mi, uschia fauel eau.
ANNOTATIUKS
5/)îCflnar(/] iina -chertaherua che faschaiuen oura lin hiit
precius. Giûdichiêr] uain mis aqui par cundamnêr. O^annà] 0
signer, fo me salf.
Jacques Ulrich.
(à suivre).
VARIÉTÉS
DOCUMENTS LANGUEDOCIENS
III. NOUVELLES PIECES TIREES
DE LA
COLLECTION GODEFROY '
Les Maistres des ports et passages
de Narbonne et Carcassonne au Roi ^.
Sire,
II a pieu à vostre Majesté escrire lectres adressantes aux
officiers de vostre justice en l'admiraulté d'Agde, en datte à
Boloigne du huictiesme du passé de juillet, contenant que
vous ayant pujs peu de jours Joseph de Guerar, marchand de
Barcelonne, faict entendre questant veneu en cestu^' vostre
Rojaulme pour traficquer, sur lasseuranee quil avoit de joujr
et user de la mesme et semblable liberté que voz propres et
naturelz subjectz, selon et ensuivant les traictés qui sont en-
tre vous, Sire, et le Roy calholicque des Espaignes, environ
le moys de febvrier dernier passé, il se seroit chargé de
grande quantité de marchandise en intention de venir à iMar-
seille et de le passer en Levant ; s'estant, par ce moyen chargé
de beaucoup de draps descarlate, et qu'estant de fortune son
navire par temps contraire abordé au port d'Agde, les Mais-
tres du port dudict lieu layant faict arrester, auroit prins et
osté du dict navire, six pièces descarlate et deux balles co-
chenilles dont il seroit du despuys tousjours demeuré saisi,
' Copies de M"» Hurlrel pour la Revue des Langues Romaîies.
■ Bibliothèque de l'Institut. Coll. Godefroy, 258, pièce 124. 18 août,
1573. (original).
VARIETES 273
sans aulcune juste nj apparante occasion de ce faire, pour
n'avoir ledict marchand aulcunement contrevenu aux ordon-
nances de vostre Royaulrae enjoignant ausdictz oflBciers ; d'au-
tant que cest chose du tout contraire à vostre intention à la-
quelle vostre Majesté désiroit pourvoir qu'incontinent vos
dictes lectres receues ilz eussent à bien diligemment et soi-
gneusement vous informer de la vérité de tout ce que dessus ;
faisant faire entière et générale restitution audict marchant
de ce que pourroit luj avoir esté, ainsi que dict est, saisi et
ravy tant par le Maistre du dict port que aultres sans que cy
après il eust aulcune occasion de recourir a plainte devers
vous, et en vous advertissant aussy incontinent de la vérité
de ce faict afin d'y pourvoir ainsi que verres estre à faire par
raison. Pour ceste cause, Sire, ayant vos dictes lettres esté
portées en mes mains en cestuy vostre bureau général des
droictz forains, en defi'ault des officiers de vostre justice en
rAdmiraultéd'Agde,où il ne feustonques estably aulcun siège
de la dite justice ny aultre de voz officiers que ung bureau
particulier pour laperseption des droictz de foraine, resve et
hault passage à vous deubz et acoustumés; estant ledict bureau
du ressort de ma charge, les aultres officiers estans du sei-
gneur et évesque du dict Agde, je n'ai voleu faillir de satis-
faire incontinent vostre Majesté de la vérité du faict, conser-
nant la saisye des dicts escarlates pour en avoir donné le
jugement conforme à vostre volonté et intention portée par
voz édictz et ordonnances et selon le pouvoir, auctorité et
cognoissance que par icelluy il plaict à vostre dicte Majesté
m'en attribuer et à mon lieutenant général, privativement à
tous aultres juges et commissaires quelconques ; contenant
sommairement qu'estant le unziesme novembre dernier passé
trouvé ung bateau de patron Claude Ricard de ceste ville au
port dudict Agde, sans avoir auculuement coureu fortune de
mer, mais s'y estant volontairement rendu et reposé comme
les aultres vaissaulz pour y descharger quelque robe qui
pouvoit estre consignée à certain marchant dudict Agde ou
aucunement sur la dénontiation de M" Jehan du Débat et
Olivier Maymel, garde, de ce jour faicte, feurentfaictes inqui-
sitions par devant nostre lieutenant au bureau particulier du
dict Agde, sur la saisye de huict pièces graine descarlate
274 VARIETES
trouvées dansledict vaisseau de Claude Ricard, par l'audition
duquel résulte que les dictes graines descarlate, quarante
balles lajne, quatre balles pliées avec esperierie, quati'e sacz
et quatre aultres petitz sachetz avoit il chargé, pour le tout
conduire à Marseille; estant partie de ladicte marchandise
à l'iaude Mathieu de Valence et autre partie à Jehan Garri-
gnelle dudict Valance par commission de Joseph Garau de
Barcelonne, comme par les lectres de voicture appert, conte-
nant partie dicelluy de trocquer, eschanger ou vendre audict
Marseille lesdictz graines pour convertir les deniers à
Fachapt d'autres marchandises. Et le tout communicqué au
substitue de vostre procureur au bureau dudict Agde et
faicte production des édictz de vostre Majesté par lesquelz
est prohibé l'entrée en vostre Rojaulme de tous draps de
lajne de la manufacture d'Espaigue, à pejne de confiscation
diceulx. Et tout ce que ledict Ricard patron volust produire,
feust le tout assigné au Conseil, sujvant l'advis et délibéra-
tion duquel, le vingt cinquiesme dudict mojs de novembre
dernier passé, par devant luoy feust prononcé sentence , par
laquelle feust dicst que le ditRicard deffendeur, dans huictaine
précisément, feroit foj des privilèges et faiciz par luy des-
duictz et mis en avant; autrement, à faute de ce faire dès
lors, et ledict délay passé, lesdictes huict pièces escarlate
estoient déclarées acquises et confisquées à vostre Majesté,
sauf la troisiesme partie aux gardes qui avoient faict la
saysie. Le tout sujvant voz ordonnances, distraict les frais
de justice. Et quant aux laynes et aultres marchandises trou-
vées en ladicte barque ou batteau dudict Ricard, la recréance
luy en feust faicte de sadicte barque ; durant lequel délay
ledict Ricard ne feist foj d'aulcuns privilèges. Mais sur la
plaintefaicte par Pierre Albertas, Jehan Riqueti, Anthoine
Leuchon, Amadou Rozes et aultres marchans de Marseille à
Monseigneur le Mareschal dAmpville, gouverneur et vostre
lieutenant général en ce pays de Languedoc, ledict sieur en
auroit faict expédier comission à M^ Jacques Molinier, lieu-
tenant du Prévost de Mareschaulx, pour vérifier le tout. Et
arrivé qu'il feust audict Agde, feist appelez les officiers du
dict bureau de la foraine y establis, auxquels auroit faict en-
tendre le contenu de sa commission et a iceulx faict les
VARIETES 275
inhibitions y contenues. Le XXIX^ dudict moys de novem-
bre, commamlement auroit e!<té par luy faict à M* Anthoine
Mauriii bailler les dictes graines descariate à Anthoine Jour-
dan dudict A^de, comme dépositaire de justice, jusques au-
trement par mondict sieur le Mareschal en ieu>t ordonné, par-
devant lequel sieur la procédure apportée, etouy les parties,
ou leur procureur par son app""* mis au pied de la requeste
à luy présentée par lesdictes parties en datte du sixiésme
febvrier dernier passé, déclairane vouloir empêcher l'exécu-
tion de la sentence par moy donnée, ny pareillement les
condamnés de se pourvoir de remèdes de justice ordinaires
par devers les juges ausquelz la cognoissance en appartient.
Le tout suyvant voz édictz et ordonnances. Suyvant lequel
appointementet à faute de relever appel parles condamnés
eu la Court de parlement de Thoulouze, suyvant voz ordon-
nances, requérant ledict substitue de vostre procureur la-
dicte sentence feust mise à exécution, et les deniers prove-
nans de la vente desdictes graines descarlate ainsy à vous
acquyzes et confisquées entrés en voz coffres par les mains du
Receveur général des droyctz forains en la seneschaulcée de
Carcassonne et Béziers, desquelles choses susdictes appert
ez registres de nostre Court et par la procédure estant
devers le greffe d'icelluy, jestime, Sire, que Vosire Majesté
ne trouvera jamais mauvais que jaye faict justice à vostre
procureur, requérant icelle contre les intracteurs de voz
ordonnances, soyent-ilz estrangers ou régnicoles; car autre-
ment, en vain auriés vous faict establir les bureaux géné-
raulx et particuliers et institué les ofBciers pour la perception
et conservation de vos droictz en iceulx bureaux, tant pour
le regard de la mer que de la terre. Et en attendant qu'il plaise
à Vostre Majesté me commander ses bons plaisirs pour iceulx
effectuer de tout mon pouvoir, et sans y espargner ma
propre vie, je supplieray en cest endroict le Créateur, Sire,
quil vueille conserver Vostre Majesté en son estre gran-
deur et prospérité et luy donner très-longue et très heu-
reuse vie.
Escript dans le bureau général de la perception et justice
de voz droictz forains, estably à Narbonne le XVIli'' jour
d'aoust 1573.
276 VARIÉTÉS
Vostre très-humble, très-obéissant et très-âdèle subject et
serviteur, le maistre de vos poru, pontz, cheminz et passages
de la province de Narbonne et seueschaucée de Carcassonne
et Béziers.
(Signature déchirée).
2
Les habitans de Montpellier au Roy*
Sire,
Vostre Magesté verra par la despêche de Monseigneur le
Mareschal d'Ampville et par le procès-verbal du pourparler
qui a esté en ceste ville entre ledict sieur et les depputez de
ceulx de la prétendue religion, l'occasion qui s'est offerte de
donner moyen à ce pauvre pais affligé de prendre halejne et
avoir quelque relasche en noz misères, par lasurcéance d'ar-
mes qui a esté accordée entre eulx et nous, soubz vostre bon
plaisir et volonté, à laquelle l'extrême nécessité nous a con-
trainctz, de telle sorte que nous l'avons estimée du tout
nécessaire pour nostre conservation soubz vostre obejssance,
Ce que nous a meuz de faire instance à mondict Seigneur le
Mareschal d'embrasser ceste occasion, le refîuz de laquelle
nous avons extimé estre avecq nostre rujue, ung des plus
grandz desservices qu'il eust seu faire à vostre dicte Magesté,
car estant destituez de tous moiens non seuliement de faire la
guerre, mais de favoriser nostre révolte, il falloit nécessaire-
ment que la rujne de voz fidelles subjetz et la perte de ce qui
est demeuré en vostre obéissance s'en ensuivist, par une
famine et nécessité à laquelle nous eussions esté réduitz, et
qui ne nous peult faillir si ces calamitez tirent plus à la lon-
gue. Nous vous supplions donq très humblement, Sire, avoir
pitié de vostre pauvre peuple acablé et qui ne peult plus
durer sans la miséricorde de Dieu et vostre, et trouver bonne
la dicte surcéance, jusques à ce quil plaise à Dieu disposer le
cueur de voz subjetz eslognez de vosire obéissance à recevoir
1 Bibl. de l'Institut, coll. Godefroy, t. CCLIX, pièce 3, 4 juin 1574.
VARIETES 277
vostre bonne volonté et coramendementz et nous conduire
tous à une bonne réconciliation et pacification généralle pour
vivre et mourir ensemble en vostre obéissance et service. De
quoj nous le prions de bon cueur et quil luy plaise Sire, con-
server vostre digne personne en son royal estât et grandeur.
De Montpellier, ce IIIP jour de jung mil Vc LXXIIII.
Voz Très humbles et très obéissantz subjetz et serviteurs,
lez consulz, manans et habitans de vostre ville et diocèse de
Montpellier
Par leur commandement Planque.
au dos :
Les habitans de Montpellier au Roy.
Les Consuls de Narbonne au Roy *
Sire,
Nous avons receu la lettre que vous a pieu nous envoyer
du vui* du présant mois et veu vostre commission baillée au
sieur de Lardât pour lever de ceste ville vingt milliers poul-
dre de canon et mille bouletz pour soubvenir contre vos en-
nemys et rebelles; à quoy nous désirerions de bien bon cueur
hobeyr à voz vouUoir et intention, et ny mectre aulcune diffi-
culté. Mais, sire, quant à nous ne tenons aulcunes clefs de
voz mounitions, ains cest Monsieur de Rieux, gouverneur de
ceste vostre ville, et gardes d'icelles, ou leurs commis, qui les
ont en leur pouvoir; ausquelz avons remys ledict sieur de
Lardât pour effectuer le contenu de sa dicte commission.
N'avons volu falir advertir vostre Magesté comme ledict jour
viii^ ceulx de la préthendue religion ont prins et se sont am-
parés du lieu de Cuxac distant une petite lue de ceste ville.
Et peu auparadvant ont prins le chasteau de Monteilz appar-
tenant au sieur Areevesque d'icelle qui est demye lue par
délia. Toutesfois, avec layde 4e Dieu et la bonne garde que
voz subjetz et habitans de vostre ville font, les doubtons peu,
et mectrons peyne garder icelle à vostre hobéissance, comme
1 Bibl. de l'Institut, coll. GodetVoy, t. GGLIX, p. 69, 17 décembre 1574.
18
278 VARIETES
avons faict jusques à présant. Vous supplions, Sire, prandre
la bonne volante que voz très-humbles et obéissantz subjectz
portent à vostre service. Que sera la fin, après avoir prié Dieu
vous donner, Sire, en bonne santé et très heureuse prospérité
vie longue.
De Narbonne, le xvii*^ décembre 1574,
Voz très humbles et très obéissans subjets,
DUCHAYNE, consul,
Desmoulyns, consul, Gangial, consul,
IV
UNE LETTRE DE FLÉCHIER, ÉVÈQUE DE NIMES '
A Nimes, ce 10 février 1704.
Je ne saj, Monsieur, si c'est troubler le repos de votre
solitude et interrompre vos exercices de piété dans ce saint
temps de Carême que de vous faire part d'une lettre pasto-
rale adressée aux curés et autres prestres de mon diocèse
au sujet de la persécution des fanatiques. Dans la nécessité
où jaj esté de leur procurer quelque seureté, de les instruire
de leurs devoirs, de les fortifier, de les consoler, jaj parlé à
ceux qui sont autour de moj, jaj escrit à ceux qui sont ré-
fugiez dans des retraites éloignées, et jaj cru que vous pre-
niez trop dinterestà tout ce qui regarde légiise pour ne pas
vouloir entrer, non par curiosité, mais par religion, dans les
tribulations qui l'affligent. Nous sommes toujours dans les
mêmes agitations en ce pais, et nous avons grand sujet de
déplorer nos malheurs et de craindre même qu'ils n'aug-
mentent si Dieu n'appaise sa colère. Le massacre des catho-
liques, le brûlement des églises ne cessent point, et nous
avons besoin des prières de tous les gens de bien. Je compte
sur les vostres, et vous renouvelle en même temps lattache-
ment sincère et respectueux avec lequel je suis, Monsieur,
vostre très-humble et très-obéissant serviteur,
Esprit, ev, de Nismes.
' Paris, Bibliothèque Nationale, Fonds français 12763, fol. 26y.
VARIETES 279
ALLOCUTION EN PROVENÇAL d'uN CURÉ DE BEAUCAIRE (iSOl).
L'infatigable collectionneur arlésien Bonneniant a copié dans un
de ses innombrables recueils de mélanges, cette pièce qu'il a tirée
des Archives des Cordeliers de Beaucaire. Elle est intéressante pour
l'histoire, comme témoignage des séculaires jalousies du clergé sé-
culier contre le clergé régulier ; pour l'histoire des mœurs, par le
fait même qu'elle raconte; et enfin pour l'histoire de la langue, car
elle a conservé le texte probablement exact de la rétractation pro-
noncée eu chaire par ce pauvre curé qui avait eu la malechance de
partir en guerre contre les « frayres menors '. »
RETRACTATIO CURATl DE BELLICADRO DE HIS QUE ALLEGAVE-
RAT CONTRA PRIVILEGLA. FRATRUM MINORUM DICTE CIVITATIS
In nomme domini nostri Jhesu Christi amen. Anno incarna-
cionis ejusdem Domini raillesimo quingentesimo primo et die
dominica que fuit intitulata vicesima mensis februarii, se-
renissimo principe ac domino nostro domino Ludovico, Dei
gralia rage Francorum, régnante, noverint universi et sin-
guli, présentes pariter et futuri, ex tenore et série hujus
presèntis veii et publici instrument! raere et in perpetuum
firmiter valitufi et numquam revocaturi (sic). Quod apud
villam Bellicadri et in ecclesiâ parrochiali Nostre Domine de
Pomeriis et in tribunali publico ejusdem ecclesie, de mane
quâ horâ et die est consuetum per alterum ex curatis ejus-
dem ecclesie, in conspectu omnium fidelium christianorum
ibidem continue affluentiutn ad audiendum divina, quae as-
sueta sunt celebrari et dici in dicta ecclesiâ ob honorem et
reverentiamDei omnipotentis domini nostri Jhesu Christi et
gloriose Virginis Marie ejus pie genitricis et omnium sancto-
rum et sanctorum Paradisi et pro salvatione aniraarum fide-
lium christianorum, venerabilis vir Dominus Vitalis de Bosco,
presbitersive capellanus ordiais sancti Pétri et beneficiatus in
eadem ecclesiâ Béate Marie de Pomeriis, audaciâ suâ pre-
» Bibl. Munie. d'Arles, cod. 207, fol. 12.
28 0 VARIETES
sumptivâ et motu suo proprio, inconsultè et themerariè et
in denigrationem et deppopulationeni contempturaque et vitu-
periura non verens [et quod grave et detestabile est], bonura
nomen et famam fratribus suis christianis tollere et amovere
volens et denegare, cupiensque panem cotidianum unicui-
que misericorditer per servicium ecclesie tributum et datum
amovere et sibi appropiare ut proximi sui fratres christiani
pereant famé ; non verens similiter incurrere sententias ex-
communicationum litterarum apostolicarum datas per sum-
mos pontifices pauperibus fidelibus Christi ordinis sancti
Francisci et aliorum quatuor mendicantium per universum
orbem constitutorum et ordinatorum ad deprecandum Deum
omnipotentem et gloriosam Vii'ginem Mariam, et per regaies
potestates Francorum regum dietim in oratione et devotione
esistentium, talia verba diffamatoria et denigratoria, se-
ductoriaque dampnabiliter in loco et consistorio publico iia-
buit dicere, seu in efîectu sirailia, ut sequitur :
« Messieurs et Douas, el est vraj que l'an passât en Ca-
resma, ung dimenclie, fasen les acouges, je vos aviey dis que
vous venguessias counfessar de bono hora ; et plus avan que
tous parochians eron tengus de se venir confessar de nous
autres curats sus pêne de scumergue, et vous aviey dit que
los frajres menors non avien pujssance de vous confessar et
tous que se confessai ront de ellos demorarian tojour en pe.
cat mortal, et non eron point absoubts, et aquellos que se
volian anar confessar dellos, eron tengut de demandar li
cencia a nous autres curats, sub pena de pecat mortal. »
Quibus verbis in sue anime detrimentum dampnumque et
vituperium et contentum dictorum religiosorum dévote reli-
gionis beati Francisci et aliorum ordinum quatuor mendican*
tium toscius orbis catholice fidey dictis et probatis, post mo-
dum ipse De Bosco agnoscens et cogitans in se, (sicut ratio
suadet, vult et jubet), quod maie, inique et perpere et contra
Deum et conscienciam verba illa denigratoria dixerat, pro-
mulgaverat etpublicaverat, advisatus et consultus ex proximo
dampno ibidem in ecclesiâ predicta et loco et coram omni po-
pulo fhristiano qui ibidem ad audienda divina celebranda pro-
salvatione eorum animarum convenerant et se congregaverant
revocavit, cassavit, irritavit et annullavit ore suo proprio,
VARIÉTÉS 281
cassât, revocat, irritât et annulât, in et per modum qui se-
quitur infrascriptum :
« Maintenen je vous djse le countrari et men desdise, car
per lore non era certifficat de leur privilège, desquelx men
fan foy comme podes veyre yssy et aquel vous legiraj publi-
quament maintenent ; vous disent que per leur privilège à
elles donas per los saincts paires papes, losdits frajres me-
nors et predicadours an autant de pujssance de confessar
comme nous autres curats aven, pour que si non y fassas point
de doubte et vous signifique que sian demoras en bon appoin-
temen ensemble et seren, si Dieu plas, tojours. »
Cujus quidem Bule,-seu literarura apostolicarum eisdem
quatuor ordinibus mendicantibus per summos pontifices ro-
manos concessarum, non viciatarum, non ruptarum minusque
in aliquo sui parte suspectarum nec radiatarum, sed omni
prorsus vitio et suspicione carentium, sigillatarum sigillo
plumbeo impendenti, more Romane curie, ténor sequitur et
est talis : « Alexander, episcopus, servus servorum Dei. Di-
lectis filiis generali et provincialibus ministiis, ac universis
fratribus ordinis fratrura minorura salutem et apostolicam bene-
dictionem. Cum olim quidam temere sencientes et ad sobrieta-
tem sapere nescientes, impudenter assererent quod de licentia
et comissione diocesanorum episcoporum libère non potera-
tis predicationis exercere officium et confessiones audire, sine
parochialium sacerdotum licentia et assensu, nos ad tollen-
dum et confuctandum assertionem hujusmodi et dilucidandum
in talibus veritatem, dudum inquibusdam licteris nostris de-
terminando expressimus quod vos de licentia vel comissione
aut concessione legatorum sedis apostolice, vel ordinariorum
locorum, libère potestis predicare populis, audire confessio-
nes et absolvere confitentes et penitentias injungere saluta-
res, prelatorum inferiorum,et rectorum ecclesiarum ac sacer-
dotum parocbialium assensu minime requisito; volentes igitur
hujusmodi nostram determinationem irrefragabiliier obser-
vari , auctoritate praesentium districtius inhibemus ne quis"
quam super hiis vel eorum aliquo aliquemvestrum aut etiam
confitentes nobis contra prémisse determinationis formam
aliquathenus molestare présumât, decernentes nichilhominus
irritum et inane quicquid a quoquam contra inhibitionem hu-
28 8 VARIETES
jusmodi contingerit actemptari. Nulli ergo omriino hominum
liceat hanc paginam nostre inhibitionis et constitutionis in-
fringere vel et ausu themerario contra ire. Si quis autem hoc
actemptare presumpseiit, indignationem omnipot.entis Dei et
beatoi'urn Petii et Pauli apostolorum ejus se noverit incur-
surum. Datum Anagnie tertio idus maii, pontificatus nostri
anno quinto.
Et ibidem incontinenti absque aliquo intervalle seu medio
in eâdem ecclesiâ et coram omni populo fideli christiano
ibidem tune ad divina audienda congregato venit et [lerso-
naliter se representavit reverendus pater magister Beinardi-
nus Bosqueti in sacra pagina deauratus (sic) sacrosancte
teologie, qui, tam nomine suo proprio quam nomine toscius
(sielreligionis ubique terrarum ordinis sanctiFrancisci et con-
ventûs ejusdem in Bellicadro constituti quam alioi'um et
quoruracunjque devotorura religiosorum quatuor mendican-
tium orthodoxorum universalis orbis et in presentiâ mei,
notarii regii infrascripti, et teslium infrascriptorum et quam
pluriiim aliorum flde dignorum christianorum, depredictis re-
nunciationibus, acciisationibus, recusationibus, contradictio-
nibus, irritationibusfactis, juri et rationi consonantibus, quia
petentibus et cogitantibus non sit denegandus assensus et
quod omnes tangit ab omnibus approbari tenetur, petiit et
requisivit sibi et suis in dicto conventu Bellicadri religiosis
fratribus minoribus tune viventibus et pro tempore future
existentibus quam nomine toscius mundi fieri unum vel plura
publicum seu publica, instrumentum seu instrumenta et acta
sibi ipsi tradi et deliberari ad perpetuam rei memoriam.
Acta, dicta, pronunciata et determinata fuerunt haec apud
dictam villam Bellicadri et in dicta devota ecclesiâ Nostre
Domine de Pomeriis et infra navera ejusdem ecclesie, testibus-
que prsesentibus venerabilibus et discretis viris, magistiis
Bertrando de Fargiis, Guilherrao Aguilhe, lohanne Auderii,
netariis regiis. Egidio RebuUie consiile, Henrico de Car-
denne, Guilhermo Kelisej, Firmino Gelaty, Benedicto Men-
nerii, lohanne Crappone et pluribus aliis habitatoribus dicte
ville Bellicadri, et me Antonio Bojsserie clerice, auteritatibus
apostolicâ et regiâ notarié publico, oriundo loci et parochie
Alissani vivariensis diocesis.nunc vero habitatore ville Belli-
VARIETES 283
cadri Arelatensis diocesis, qui de premissis requisitis notam
et actasupradicta recepi. A quâ quidem nota et actis hoc
presens, sérum et publicum instrumentum manu meâpropriâ
scriptum, grossatum in hac forma extraxi et factâ diligenti
collatione; hic me subscripsi signoque mec authentico quo
in meis dicta regiâ auctoritate utor publicis instrumentis,
signavi infidem omniiin universorum et singulorum premis-
sorum.
BOYSSERIA.
Coppié sur lad. expédition originale en parchemin, conser-
vée dans les Archives des PP. Cordeliers de Beaucaire,
cottée V dans le sac cotté n^QS.
QUELQUES INSCRIPTIONS CAMPANAIRES
EN PROVENÇAL MODERNE
ANGLES (Basses-Alpes)
Notre-Dame-du-Saint-Rosaire, priez pour nous. — Je m'ap-
pelle Marie-Marguerite-Joséphine-Louise. — J'ai pour par-
rain Dol Lucien-Antoine et pour marraine Grac Marguerite-
Joséphine, son épouse. — Pin Eugène, curé, — Laugier
Alexandre, maire.
Su tels alo de brounze, em" aquelo deis anges,
Que ta voues argentmo arrive jusquou céu.
E piei d" eilamoundaou fai plooure dessus Angles,
Su sei ierro, sei gen, la grâce dou bon Dieu.
Eugène Baudouin, fondeur à Marseille, 1891.
ARRE (Gard)
Glorificabo nomen tuum in geternum.
Maire : Louis Brun, chevalier de la Légion d'honneur. —
Curé : Célestin Malignon.
Parrain : Antoine Brun, manufacturier. — Marraine : Ba-
silide Anterrieu.
284 VARIÉTÉS
Je m'appelle Marie-Antoinette et j'ai été baptisée le 12 avril
1891.
Cante lou ciel, cante la terro.
Sorte H joio e H misera.
Eugène Baudouin, fondeur à Marseille.
BOULBON (Bouches-du-Rhône)
San Marcelin, bon per iago et per lou vin.
Je m'appelle Françoise. — J'ai été baptisée l'an de grâce
M D CGC xciv. — S. S. Léon XIII, pape. — Mgr Gouthe-Sou-
lard, archevêque d'Aix. — Baux Gédéon, curé. — Parrain :
Louis Béchet, maire de Boulbon. — Marraine : Françoise
Gilles. — Fabriciens : Louis Gilles, Bienvenu Gilles, adjoint,
Joseph Durand, Etienne Buravand, Pierre Armand.
Longo mai camé per Dieu, per l'Égliso e per la France.
Eugène Baudouin, fondeur à Marseille.
LURS (Basses- Alpes)
Primœ horœ rîdeo,
Meridianse gauden
Et ultimse lugeo ;
Plebem Lurii voco,
Tempestatem depello,
Dies festos decoro
Et semper Deum laudn.
Je m'appelle Julie-Antoinette. — Mon parrain est M. A. -A.
Laforest. — Ma marraine est dame J. Caffarel. — Messire
Pellissier, chanoine, vicaire général, m'a baptisée, assisté de
Messire J.-B.-F. Miliou, chanoine honoraire, curé de Lurs, le
18 mars, l'an de grâce m d ccc xciv.
Laouse lou beou bouen Diou, leis angis et lei san.
Toun einade l'a fa cent quatre -vin g t-huech an.
Ere don tem que Lus, garde n'en la memori,
Avié riche palai, prince -évesqne tan flori.
Eugène Baudouin, fondeur à Marseille.
VARIETES 285
SIGONCE (Basses-Alpes)
D. O. M. — Sigoimço. — Jousefino, Eugénio, Angelino soun
met noum. ■— Alberic Petit es moun peirin. — Eugenio Blanc
es ma meiinno. — L'an de Jesu-Crist m d ccc xciv, dintre Ion
mes du Sant Housari, Mounsen Dams Cabrie?\ méro, me recebe ;
Messiro Pau Anxionnaz, curât, me batejo.
Sempi^e trignonrarai lei festo dou bouen Dieu,
Tintarai l'Angelus matin, miejour, lou sero,
Plourarai par lei mouert, cantarai par lei viéu
Et par lou marit tems sounarai la priera.
0 Santa Crous,
Assoustas-nous.
0 Viergi Mario,
Adudsnous la vido.
Sant Claudi, t'en preguen,
Manten-nous dins lou ben.
Longo mai, Sigounciè, se fes coumo vous dieu,
Segur, dins lou pais auren la pas de Dieu.
Eugène Baudouin, fondeur à Marseille.
VOLONNE (Basses-Alpes)
Ausp. B. V. M.
Laudo Deum, recino sanctos, convoco plebem,
Lugeo defunctos tempcstatemque repello
Parrain J^* Toppin, notaire. — Marraine : M"*" Louise Boyer.
Maire : J. Taxil. — Curé : A'^ Rejnaud. — 1890.
Ai canta dous cents ans, sieu mouerto e ressuscit
Sempre amant servent Dieu, fes que cadun m'imit.
Eugène Baudouin, fondeur à Marseille.
Jos. Bekthelé.
lUBLIOGRAPHIE
Anton Lindstrom. — L'Analogie dans la déclinaison des sub-
stantifs latins en Gaule, l''^ partie, Upsala, 1897, 2' partie, Upsala,
1898.
Dans cet ouvrage, M. Lindstrom se propose d'étudier l'ancienne
déclinaison nominale du français du Nord et de celui du Midi pour
montrer dans quelle mesure les deux cas, cas sujet et cas régime,
sont les représentants fonétiques du nominatif et de l'accusatif la-
tins et dans quelle mesure l'analogie est venue traverser l'évolution
normale et en modifi' r les produits.
Pour cela il a recueilli et classé tous les noms que contiennent
quelques-uns des plus anciens textes français et provençaux ou lan-
guedociens ; puis il en a examiné les finales et, quand il i avait lieu,
l'étimologie. Comme les mots réunis sont assez nombreux, l'auteur
a été appelé à discuter presque tous les chapitres intéressants et
difficiles de la fonétique française et provençale. On doit reconnaître
d'une manière générale qu'il l'a fait avec compétence.
11 expose les opinions de ses prédécesseurs, avec une bibliogra-
fie assez complète, et les envisage l'une après l'autre, mais termine
rarement par une conclusion nette et personnelle. On aimerait le voir
plus souvent prendre parti. Il i a beaucoup de points que l'on pour-
rait reprendre encore après lui ; ce n'est d'ailleurs pas toujours sa
faute; quelques-unes des questions soulevées sont évidemment inso-
lubles et peut-être après tout d'un intérêt médiocre : il s'agit de
formes empruntées à des textes qui n'ont pas une ortografe cons-
tante, ou qui ont une ortografe dont la valeur des signes est in-
connue, et parfois sans doute il suffirait de savoir exactement de
quelle manière tel vocable était prononcé pour qu'un problème
obscur devînt clair ou même cessât d'exister. L'objet de la fonétique
n'est pas la lettre écrite, mais le son émis.
Ne pouvant pas ici revoir successivement toutes ces discussions,
nous signalerons parmi les mieux réussies celle qui concerne le
traitement de / mouillé devant .s. p. 159 et suiv., et celle qui est re-
lative aux mots en -ôcu, p. 167 et suiv.; puis nous ajouterons quel-
ques observations.
P. 204 l'auteur pense que mpl intervocalique pouvait devenir
mbl. Cette supposition ne repose sur rien et contredit tout ce que
BIBLIOGRAPHIE 28 7
l'on sait. Une occlusive appuyée reste intacte en français, qu'elle
soit combinée ou non ; templu doit donner temple et non *temble
comme imperatore donne empereur. De ce que après voyelle m +
voyelle tombée + l est devenu mbl, il ne résulte aucune indication
pour le sort de mjil latin ; semble, humble, comble, etc., prouvent
simplement que dans cette position Vm était sonore en latin vulgaire
dans toute son étendue. Pour le détail de la question, cf. Mémoires
de la Société de linguistique, X, p. 198 et suiv.
M. Lindstrôm semble parfois disposé à admettre comme fonétiques
des mots savants ou rai-savants, ou un double développement foné-
tique de la même forme, par exemple p. 42 pour expliquer armo-
nie, sifonie, p. 43 pour rendre compte de partisan à côté de ^;arson.
Il i a un traitement qui est fonétique et l'autie qui ne l'est pas; en
réalité armonie et sifonie sont savants, ^arson est fonétique et par-
tisan analogique. L'auteur revient sur ces deux derniers dans sa se-
conde partie, p. iv, pour expliquer que « partire aurait exercé, déjà
en latin, une influence sur partitionem de façon à réagir contre la loi
qui faisait tomber Vi protonique ». Il est possible que l'influence
analogique ait commencé à s'exercer de fort bonne heure : il n'en
résulte nullement qu'il i ait eu « deux faces dans le développement
du suffixe -itionem », ni que « l'explication de ces formes nécessite
des recherches plus détaillées sur la voyelle protonique. »
P. 186: « Poncis... - cenus doit donner - ces en prov. .>. II faut
partir de pulliclnus, cf. Kôrting, Lat.-rom. w'ôrt., Nachtrag.
P. 45 : pourquoi s'obstiner à t'nev pucelle de * puellicella ? Si ^^z/eZ-
lus, puella étaient représentés dans les langues issues du latin vul-
gaire des Gaules on comprendrait cette insistance, mais il n'en est
rien. Dire avec M. Grôber (\\xe puellu se prononçait avec un û comme
* grûem. est une ipotèse en l'air ; les deux foi mes ne sont nullement
comparables, puisque dans puellu l'accent est sur Ve tandis qii'il est
sur \\i dans gruem. Dire avec M. Lindstrôm que dans gruem Vu est
long à priori est une simple erreur, puisqu'en fait il a toujours été
bref; de même l'ide rfie.s- a toujours été bref, quoiqu'en pense M. Grô-
ber. 11 n'i avait pas de voyelles longues en latin vulgaire devant consonne
et pas davantage devant voyelle. Si die donne fr. di, pia fr. ^ie, uia
fr. dialectal vie, ' grua fr. grue, ce n'est pas que Vi, u s'était allongé
dans ces mots en latin vulgaire, c'est quei et m toniques devant voyelle
finale étaient restés /erme'.s au lieu dedeveniri, ?< ouverts (plus tard e, o
fermés) comme devant consonne. Nous avousen français /fou/e àepûlla.
poulet de' piilletlu,2)oulain de* piillanu, poussin àe pûllicinu, v. fr. et fr.
dialectal ^tJcm, imssin de ' pidicinu, fr. d\a\. pussenotte de * pûlici-
neita, fr. puceau, pucelle de * pûlïcellu, ' pûlicella ; c'est-à-dire que
nous avons affaire aux deux formes pûllo- et pûlu.- Que ces for-
288 BIBLIOGRAPHIE
mes se soient substituées dans certains mots kpuello -, rien de plus
naturel; mais que Tune ou l'autre ou toutes deux aient pu sortir foné-
tiquement de puello -, jamais. Comment faut-il interpréter la coexis-
tence des deux iii>es pûlo - et pullo -? C'est le produit d'une loi que
nous avons indiquée il i a longtemps MSL, VIII, p. 320 : voyelle lon-
gue + consonne simple et voyelle brève + consonne double sont des
quantités rigoureusement équivalentes. Cette loi paraît avoir été en
vigueur en latin à toutes les époques : lûpiter: lûppiter, mûtire: mût-
tire, lltera : littera, mucus : mûccus, hûca : bûcca, sûcus : sûccus, cûpa
(fr. cuve): cuppa (fr. coupe) ; quand la consonne en question est une
liquide au lieu d'une occlusive, comme da,ns pûllo - : pûlo - , les
mêmes doublets apparaissent : nârare: nàrrare, pâricida : pàrricida,
âlium : âllium, âlucinare : àllucinare, îlico : illico, îlex : it. elce, cu-
cûlus : cucûllus, Stella : fr. étoile, etc.
En somme, lorsqu'on a lu cet ouvrage (plus de 400 pages grand
in-8"), si l'on se demande ce qu'il apporte de nouveau, on éprouve
une sorte de regret en considérant que les résultats obtenus ne sont
pas proportionnés à l'énorme travail qu'il représente, et l'on souai-
terait que l'auteur eût consacré ses efforts au défrichement d'un ter-
rain plus inculte. Pour tous les petits problèmes de fonétique qui
sont examinés dans la première partie M. Lindstrom n'ajoute pas
grand chose à ce que nous savions ; dans la seconde partie il a essayé
d'établir les conditions qui ont déterminé les actions analogiques, et
c'est là particulièrement que l'on pouvait s'attendre à trouver du
nouveau ; et bien, il faut avouer qu'en réalité il i en a fort peu, et en
outre que l'exposition n'a pas toute la netteté désirable. L'auteur sem-
ble croire que lorsqu'une question est présentée sous forme de tableau,
elle en est plus claire ; cela peut arriver, mais ce n'est pas une règle
générale, et il en est des tableaux comme de toutes les meilleures
choses : pas trop n'en faut '.
Mais M. Lindstrom nous répondrait peut-être que le point de vue
' On serait malvenu à chicaner l'auteur sur son stile ; lorsqu'il s'agit
d'un étranger qui écrit en français, quelques incorrections, quelques
impropriétés ne sauraient être tenues pour un grand crime, tant que la
pensée reste intelligible ; et en fait il n'i a pas dans ce livre une seule
frase que l'on ne puisse comprendre avec un peu d'attention. Néanmoins
comme la langue en a été revue spécialement avant la publication, il
semble qu'il eût été facile d'écarter quelques barbarismes, tels que « al-
longation », >< suffixe déminutif >, ou quelques expressions bizarres
comme celle-ci « les trois vocatifs cités prenaient facilement le dessus
des vocatifs en tis », qui rappelle un peu trop « le dessus du panier *
dont parlait M""' de Se vigne.
BIBLIOGRAPHIE 289
auquel nous nous plaçons n'a jamais été le sien, et qu'il n'a jamais
cherché à éblouir ses lecteurs par tant de nouveautés. La première
partie, il ne faut pas l'oublier, est une tése pour le doctorat, c'est-à-
dire un travail par lequel l'auteur devait avant tout montrer qu'il con-
naît bien son sujet qu'il a lu et compris les travaux de ses prédé-
cesseurs et qu'il est à même de les discuter. Si c'est là le principal
but que M. Lindstrôm s'est proposé d'atteindre, on doit reconnaître
qu'il i a pleinement réussi.
Maurice Grammonï,
Noëls du Bas-Limousin, recueLllis par A. Rupin. 127 pp. in-S»
(s. 1. n. d.)
Extrait du Bulletin archéologique de la Corrèze
Nous avons annoncé, dans la Chronique du dernier numéro de la
Revue, la publication de ces noëls limousins dans le Bulletin de la
Société archéologique de la Corrèze. Ce n'est pas une centaine de
Noëls, comme on l'a imprimé par erreur, mais une trentaine qui ont
été publiés. 11 vient d'être fait un tirage à part de cet intéressant tra-
vail. Les Noëls recueillis sont en majorité — ou paraissent être —
d'origine populaire. Quelques-uns ont été composés par des limou-
sins connus, comme Bertran de Latour (V, VI ?), et plus près de
nous Jean Foucaud (Xlll) et Anne Vialle (XXIX). Deux de ces
noëls sont de M. le chanoine J. Roux, et le dernier de M"« Gê-
nés. M. Rupin et son dévoué collaborateur, F. Noulet, ont recueilli
la musique de la moitié de ces noëls : ceux qui s'intéressent à la mu-
sique populaire leur sauront gré de ce soin.
Ajoutons que six de ces noëls sont en français, et que deux d'entre
eux sont des dialogues où les bergers s'expriment en limousin, tandis
que les anges répondent en français ; on sait combien fréquent est le
mélange des deux langues dans des dialogues de ce genre '.
J. Anglade,
Professeur agrégé au Lycée de Tulle.
* A la page 5 de la préface, nous relevons la phrase suivante : « Dans
certains dialectes méridionaux, tel que le provençal, le mot noel se dit
novel; ce serait alors, ainsi que l'affirme Borel, une contraction du mot
nouvel, signifiant nouveau, jour nouveau. > Le mot provençal nouvé (car
c'est là la forme ordinaire du mot en provençal) n'est autre chose que le
français noèl devenu noé, noué, nouvé. En languedocien moderne, on se
sert souvent pour désigner ces chants du mot noé qui n'est, lui aussi,
que le mot français employé à la place du mot patois nadal, nadalet.
CHRONIQUE
La Revue internationale de l'Enseignement a publié récemment
(mars 1898, pp. 213 et suiv.) un intéressant article de M. Audollent
sur l'avenir des petites Universités. L'auteur énumère les ressources
que ces Universités peuvent offrir aux étudiants. Ainsi, dit-il, « les
Musées lapidaires de Dijon, de Lyon, ne demandent qu'à servir aux
épigraphistes. A Lille et à Toulouse s'enseignent les vieux parlers de
France » Comment l'auteur a-t-il oublié qu'à Montpellier aussi
s'enseignent les vieux parlers de France et depuis plus de vingt ans
même? Il n'est pas mauvais de le rappeler dans cette Revue qui, si
nous ne nous trompons, a fortement contribué à la fondation d'un
enseignement qui n'existait guère alors dans les Facultés de pro-
vince. J. A.
Le Bulletin de la Société des lettres, sciences et arts de la Cor-
rèze (1''® livraison 1898) publie un important article sur La Rupture
du Traité de Brétigny et ses conséquences en Limousin. Cette im-
portante contribution à l'histoire limousine, appuyée sur des docu-
ments originaux, est due à M. G. Clément-Simon, l'érudit bien connu
de tous ceux qui s'occupent de l'ancienne province du Limousin. Ce
travail, qui n'était d'abord dans les intentions de l'auteur, qu'une
« étude spéciale sur la ville de Tulle et la chevauchée du duc de
Lancastre en Bas -Limousin, à la fin de 1373, s'est converti en un es-
sai d'histoire militaire du Limousin durant les dix années qui s'écou-
lèrent de la rupture aux premières trêves. » Ces quelques lignes suf-
fisent pour en marquer l'intérêt.
Le Bulletin de Géographie historique et descriptive, publié par
le Comité des Travaux historiques, a publié (année 1897, pp. 299-
304) une communication de M. Louis Funel sur les parlers du dé-
partement des Alpes-Maritimes (avec carte dialectologique) où l'au-
teur démontre que, contrairement aux revendications de certains ir-
rédentistes, une très petite partie de ce territoire au delà de Monaco
et de la Turbie est occupée par des indigènes parlant un dialecte à
ba.se génoise. Le reste du département se subdivise au point de vue
CHRONIQUE 291
linguistique : 1° en sous-dialecte marseillais ou de la Basse-Provence
parlé sur la côte occidentale jusqu'au Var, sauf en une petite enclave
du sous-dialecte d'Antibes ; 2" en sous-dialecte niçois, parlé entre le
Var et Monaco ; 3° en sous-dialecte bas-alpin, ressemblant assez au
languedocien parlé au nord de l'Estéron et dans les vallées de la
Tinée et delà Vésubie; en sous-dialecte dit du Sou, ainsi nommé à
cause de l'article qui est sou et non plus lou, comme dans les autres
parties de la Provence.
Le nouveau journal languedocien dont nous avions annoncé la
prochaine apparition sous le nom de La Ciulat de Beziès a changé
de nom avant sa naissance et s'appelle tout simplement Le Petit
Biterrois. La majeure partie de ses articles sont en français.
Le numéro de juin de Lemouzi contient la suite d'un intéressant
travail de M. Jean Dutrech sur Les Limousins dans les œuvres fé-
libréennes provençales. Cet article est consacré à Félix Gras, comme
d'ailleurs l'article du numéro précédent.
Nous sommes heureux d'annoncer que la Faculté des lettres de
l'Université de Rennes vient de fonder un cours complémentaire de
langue romane. Voici donc nos études qui prennent pied dans un
centre où dominait jusqu'ici la philologie celtique ; le nom du jeune
érudit désigné pour cet enseignement, M. Jules Coulet, nous est
garant de la valeur et de la solidité qu'il saura lui donner.
M. Jules Coulet, qui vient de donner, comme le faisait remarquer
M. Jeanroy, une des rares éditions françaises de troubadours, —
Monianhagol, — et qui professe actuellement à Greisfwald, est un
ancien élève de l'Université de Montpellier et de M. Chabaneau. 11
convient d'associer ce maître éminent au succès de son disciple.
Le Conseil général de l'Hérault a récemment voté, en principe, la
création d'un enseignement de l'histoire provinciale de Languedoc.
292 CHRONIQUE
Espérons que le XX« siècle ne s'écoulera pas avant qu'ait eu lieu
la fondation ainsi annoncée.
Notre collaborateur M. Léon-G. Pélissier vient d'obtenir à l'Aca-
démie des Inscriptions et Belles-Lettres le second prix Gobert pour
le remarquable ouvrage qu'il a consacré à Louis XII et Ludovic
Sforza.
Le Gérimt responsable : P. Hamelin.
MEMOIRE SUR ADOLPHE
DE BENJAMIN CONSTANT
[Suite)
Le duc de Broglie a fait en ces termes le récit d'une lecture
à' Adolphe, qui eut lieu chez M™' Récarxiier : « Nous étions
douze ou quinze assistants. La lecture avait duré près de trois
heures. L'auteur était fatigué ; à mesure qu'il approchait du
dénouement, son émotion augmentait, et sa fatigue accroissait
son émotion. A la fin, il ne put la contenir; il éclata en san-
glots; la contagion gagna la réunion tout entière, elle-même
fort émue ; ce ne fut que pleurs et gémissements ; puis, tout
à coup, par une péripétie physiologique, qui n'est pas rare,
au dire des médecins, les sanglots, devenus convulsifs, tour-
nèrent en éclats de rire nerveux et insurmontables, si bien
que qui serait entré en ce moment, et aurait surpris, en cet
état, l'auteur et les auditeurs, aurait été fort en peine de
savoir qu'en penser, et d'expliquer l'effet par la cause. »
Le roman à' Adolphe avait été tant de fois lu, et on en avait
tant parlé dans un certain monde, que quelques personnes
finirent par supposer, ou qu'il en avait été fait des copies, ou
que le manuscrit original avait été soustrait. Cette version
ne fit aucun doute pour Rosalie (qui, sans avoir lu Adolphe,
savait qu'il existait), le jour où M™" de Duras, avec qui elle
était fort liée, lui confia qu'il lui avait été communiqué, et
qu'il en circulait des copies. Intjuiète à ce sujet, Rosalie en
instruisit Benjamin, et lui demanda des explications. Celui-ci
lui répondit le 4 juin 1811 :
« Je ne conçois rien à ce que vous m'écrivez sur mon ro-
man, et cela commence à m'inquiéter. Vous me rendriez un
véritable service si vous vouliez bien écrire à M™^ de Duras
TOME I DE LA CINQUIÈME SERIE. — Juillet 1898. 19
294 MEMOIRE SUR « ADOLPHE »
pour savoir d'elle sur quel fondement elle croit que ce roman
circule. Personne au monde n'en a une copie, personne au
monde ne sait où se trouve celle qui existe, et qui n'est confiée
à personne, mais enfermée dans une caisse dont j'ai la clef.
Il faudrait que mon vieux copiste m'eût fait une infidélité que
je ne suppose pas, parce que ce n'est pas à son honnêteté,
mais à sa bêtise que je me fie. Cependant, je désire beaucoup
être éclairé là-dessus. Vous pourrez promettre à M™* de Duras
que, si elle peut m'indiquer où est la copie qu'elle dit exister,
je la lui ferai remettre tout de suite. Et, en efi'et, dans ce cas,
j'aime autant et mieux qu'elle soit entre ses mains qu'autre
part. C'est un véritable service que vous me rendrez, même
comme argent. Un libraire de Paris m'a fait ofî'rir, il y a un
an, une somme fort au-dessus de ce que je croyais pour ce
roman, et s'il était entre les mains de mon vieux copiste, il
ne l'aurait que par subterfuge, et ne se ferait aucun scrupule
de rendre la friponnerie profitable. »
Benjamin se livra à de nombreuses recherches pour savoir
cequ'il javait de fondé dans lesindications données par M"* de
Duras. Le 17 mai 1812, il écrivit à Rosalie : u Je ne conçois
rien à ce que vous me dites de mon roman. Vous me feriez
un bien grand plaisir si vous demandiez à M™° de Duras où
elle croit qu'il est. Je crois et j'espère toujours qu'il n'est
nulle part.... »
Rosalie comprit, et n'insista plus.
Arrivons maintenant au moment où le roman d'Adolphe fut
publié. Mais, pour que notre exposé soit à cet égard complet,
il importe d'être fixé sur les faits qui en ont précédé la publi-
cation.
La famille Constant, uniquement préoccupée des intérêts
de la Suisse, nourrissait contre l'Empereur une haine pro-
fonde et ardente, que partageait Benjamin. Il avait été con-
venu entre lui et sa tante. M"" de Nassau, qu'ils désigneraient
Napoléon sous le nom de Jacqueline dans leur correspon-
dance, et qu'ils s'en entretiendraient à mots couverts et sous
une forme déguisée pour ne pas se commettre avec la police.
C'est ainsi que Benjamin renseignait sa tante, du fond de
l'Allemagne, sur les événements qui préparaient la chute de
l'Empire et devaient bientôt la précipiter.
DE BENJAMIN CONSTANT 295
Il lui écrivait le 30 septembre 1813 : « Jacqueline est bien
malade. Elle a essayé de divers remèdes, et elle a été à droite
et à gauche dans différents bains ; mais on ne croit pas qu'elle
puisse en revenir, et, si même elle guérissait entièrement,
elle aura perdu son embonpoint et tous les attraits dont elle
était si fière. Vous savez que je déteste la coquetterie dans
les femmes. Celle de Jacqueline passait la permission, de sorte
que je ne la plains guère. »
Après la chute de l'Empire, Constant partit pour Paris, et
il écrivit de là à sa tante le 20 avril 1814 : « C'est toujours
un grand bien que la chute de Napoléon, qu'il n'est plus né-
cessaire, grâce à Dieu, d'appeler Jacqueline.... 11 est parti,
à ce qu'on dit, pour l'île d'Elbe, où il portera, suivant le
traité, le titre d'Empereur. Il y a à présent quelques pays où
on peut aller sans être dans son empire. »
Pendant la première Restauration, Constant se précipita
dans la mêlée avec son impétuosité habituelle, et publia pour
défendre les libertés politiques, et plus spécialement la liberté
de la presse, un certain nombre de brochures qui furent très
remarquées. Les prétentions de certains royalistes qui s'efior-
çaient de faire revivre des droits que la Révolution avait irré-
vocablement supprimés, excitaient surtout sa verve, et il les
combattit avec ce ton d'ironie qu'il maniait avec tant de
supériorité.
Cependant, il eut, lui aussi, son moment de vanité, et pen-
dant que ces mêmes ultra restauraient à l'envi leur blason,
il écrivait, le 8 novembre 1814, à sa cousine Rosalie : « Je
voudrais bien que vous m'envoyassiez, ou une empreinte de
nos armes, ou un cachet gravé en acier joint à celui de
Charles. A présent tout le monde reprend à tort et à travers
ses anciens titres et les nouveaux ; mon cachet BC me donne
l'air d'un marchand de drap, et comme je n'ai malheureuse-
ment rien à vendre, je voudrais avoir tous les avantages d'un
homme vivant noblement, c'est-à-dire n'étant utile ni à lui,
ni aux autres. »
Constant avait alors quarante-sept ans, et il avait oublié ses
armes depuis longtemps. Rosalie ne s'y trompa pas, et elle
envoya à son cousin le cachet qu'il désirait avoir, dans un sa-
chet qu'elle orna d'une arabesque représentant une girouette.
296 MEMOIRE SUR « ADOLPHE »
Lorsque Napoléon, qui s'était enfui de l'île d'Elbe, marchait
sur Paris, Constant publia dans le Journal des Débats un ar-
ticle qui produisit, chez les amis comme chez les ennemis des
Bourbons, une profonde émotion. Il y comparait Napoléon à
Attila et à Gengis Khan, et le terminait en ces termes : « Je
n'irai pas, misérable transfuge, me traîner d'un pouvoir à
l'autre, couvrir Finfaraie par le sophisme, et balbutier des mots
profanés pour racheter une vie honteuse. »
Lorsqu'il écrivait ce manifeste, car il faut lui donner ce
nom, Constant croyait à la résistance des Bourbons et à leur
triomphe. Lorsqu'il vit qu'ils étaient affolés, et qu'ils se dis-
posaient à quitter la France, il écrivit dans son journal:
« Mon article a paru bien mal à propos, car on ne songe
plus à se battre, tant la débâcle est complète. Le Roi est
parti. Bouleversement et poltronnerie universelle. Je songe
aussi à partir, mais on est sans chevaux...»
Cependant, il put quitter Paris, et se dirigea sur Angers.
Etant arrivé dans cette ville, les nouvelles inquiétantes qu'il
reçut de la Vendée le déterminèrent a rentrer à Paris, où il
vit Fouché, le général Sébastian! et Joseph Bonaparte, qui
s'efforcèrent de le rassurer. Malgré tout, il ne l'était qu'à
demi, lorsqu'il reçut la visite du duc de Bassano qui l'invita
ofSciellenient à se rendre aux Tuileries où l'Empereur désirait
l'entietenir.
Son entrevue avec ce souverain, les pourparlers qui pré-
cédèrent la rédaction de l'acte additionnel qui lui fut confiée,
sa nomination comme conseiller d'Etat, sont étrangers à notre
sujet, qui est purement littéraire, et il suffit de les indiquer.
Le rôle de Constant en cette circonstance fut sévèrement
et généralement blâmé, et c'est à peine si quelques rares
amis essayèrent de le justifier. Nous sommes aujourd'hui à
cet égard moins sévères, plus équitables, et, entre tous les
historiens qui ont écrit sur les Cent jours, M. Thiers est celui
qui a le mieux exprimé le jugement qui a prévalu :
« Aujourd'hui, dit-il, que quarante années de discussion pu-
blique nous ont enseigné la pratique des institutions libres,
et par suite le respect de nous-mêmes, bien peu de personnes
ré[)ondraient à une telle invitation, ou bien elles iraient de-
mander respectueusement au souverain la permission de
DE BENJAMIN CONSTANT 297
conserver leur dignité en restant étrangères au gouverne-
ment qu'elles avaient combattu. B. Constant, mécontent des
Bourbons qui avaient si mal repondu à la bonne volonté des
constitutionnels, tout plein des assurances libérales données
par Napoléon, convaincu aussi qu'il fallait se rattacher au
seul homme qui pût sauver la France de l'invasion, déféra
sans hésitera l'invitation qu'il avait reçue. »
Cette appréciation si sage ne pouvait être comprise en 1814.
Elle n'aurait surtout pas convaincu la famille Constant. Il est
vrai que M™^ de Nassau était décédée à cette époque, et la
douleur que lui aurait causée la conduite de son neveu lui
fut épargnée. Mais Rosalie écrivait à son frère Charles, le 26
mai : a Je n'ai dit à Benjamin que des lamentations et des tris-
tesses; je me suis affligée de la gloire qu'il a laissé échapper
et des malheurs qui le menacent. La faiblesse du caractère
change en mal le don de la nature et du génie qui mettent
en évidence et amènent les circonstances auxquelles on ne
peut résister. Comme il arrive souvent, il a réduit ses défauts
en principe; pour n'avoir pas à lutter, il croit à une sorte
de fatalité qui le fait céder à l'impression du moment. Il
soumet la vie entière à une loterie à laquelle il n'est pas heu-
reux. Ne me dis pas davantage du mal de lui, parce que je
le connais très bien, et que les injures sont inutiles, »
Après la bataille de Waterloo, elle lui écrivit encore: « Je
déplore le sort de Benjamin. La facilité à céder à l'entraîne-
ment l'a perdu. Les motifs sont meilleurs que tu ne le penses;
mais les erreurs de son esprit sont inexcusables. Les inquié-
tudes de sa femme sur lui et son attachement me font plaisir;
au moins il lui restera un ami pour partager son malheur. »
Constant avait entretenu Rosalie, par une lettre du 10 mai,
des motifs qui l'avaient déterminé à préparer le projet de loi
se rapportant au nouveau régime que l'Empereur se propo-
sait d'inaugurer. Elle y fait allusion lorsqu'elle dit à son
frère : « Ses motifs sont meilleurs que tu ne penses. »
Celui-ci ne l'entendait pas ainsi, et il écrivit à sa soeur, le
26 juillet : « Je suis un peu surpris de l'anxiété de M™' de
Constant de Brunswich. Que peut-il arriver à Benjamin? Il
ira dans quelque coin se cacher et renfermer des talents qui
auraient pu le mener à de grands et heureux résultats. Il a
?98 MEMOIRE SUR «ADOLPHE»
tout sacrifié au moment présent ; c'est une grande faute. »
Pendant^que le frère et la ;soeur échangeaient ainsi leurs
impressions, Benjamin était à Paris, inquiet des mesures qui
pourraient être prises contre lui. Il y restait, retenu par
M™° Récamier, qui du reste ne s'épargna pas pour lui être
utile. Le rôle qu'il avait joué pendant les Cent jours avait
fixé sur lui l'attention et le désignait aux fureurs du parti
royaliste. Fouché, alors ministre de la police, le savait, et,
pour le sauver, il lui fit remettre en secret un passeport et
une note où il lui conseillait de passer la frontière. Il était
en eff'et porté sur la liste où figuraient les noms des soixante-
huit personnes qui devaient être internées en province pour y
être placées sous la surveillance de la police. Fouché, cettefois
plus explicite, lui fit parvenir ce renseignement. Malgré cela,
Constant resta à Paris et rédigea un mémoire justificatif dans
lequel il exposait qu'il n'avait jamais eu de rapports avec la
famille royale, qu'il n'avait pris aucun engagement, et que»
s'il était soumis à des mesures de rigueur pour avoir momen-
tanément servi l'Empereur, il faudrait les généraliser et inau-
gurer un nouveau régime de terreur. Le duc Decazes fit
passer ce mémoire sous les yeux du Roi, qui, touché parles
raisons qu'il contenait, biffa de sa propre main le nom de
Constant, et, après avoir chargé le ministre de la police de
l'en avertir, lui dénonça encore par un message spécial la
mesure qu'il venait de prendre.
Rassuré de ce côté. Constant, qui observait l'état des esprits,
les passions et les fureurs des royalistes, ne se croj'ait pas
cependant en sûreté. « Il n'y a rien à faire, dit-il dans son
journal, au milieu d'une réaction de cannibales devenue iné-
vitable. » Et, bien que la liste où il figurait, et d'où il avait
été rayé, eût été déclarée définitivement close, il ne se
croyait pas à l'abri d'un retour off'ensif. En conséquence, il
partit pour Bruxelles le 31 octobre 1815, où sa femme vint
le rejoindre et lui causa des ennuis par ses fureurs anti-
françaises.
Bientôt il se fixa à Londres, et y fut reçu dans le meilleur
monde. La manière dont il y fut accueilli l'aurait vivement
ému, si Charlotte deHardenberg n'en avait été exclue, h rai-
son de ses deux divorces et de ses trois mariages.
DE BENJAMIN CONSTANT 299
Il lut à Londres le roman à' Adolphe dans plusieurs salons,
et notamment chez M"^ Bourke, Ladj HoUand et Lady Davis
Besborough : « Il a beaucoup de succès, dit-il dans son jour-
nal ; je vais le faire imprimer ; on m'en offre septante louis. »
Il le lut aussi dans le salon de Caroline Lamb, dont la posi-
tion se rapprochait par bien des points, de celle de M"^ de
Staël. L'une et l'autre, en effet, mariées, mères de famille,
enthousiastes, quoiqu'à des degrés divers, de deux hommes
supérieurs, qui leur inspirent une folle passion, nouent une
intrigue, celle-ci avec Constant, celle-là avec Lord Byron.
La manière dont leur intrigue se noue est moins romanesque
chez M"* de Staël. Tous les biographes de Caroline Lamb
racontent qu'ajant vu Lord Bjron pour la première fois chez
Lady Jersej, après la publication des premiers chants de Child
Haroid, et ne sachant comment l'aborder, elle pénétra chez
lui déguisée en jockey, et lui remit à lui-même une lettre
contenant ces mots : votive esclave toujours^ la maîtresse quand
tu voudras. Cette folle démarche rendit la liaison facile, et elle
fut bientôt formée.
Caroline Lamb comme M°^ de Staël, se livra à des scènes
de jalousie; elles furent plus violentes chez la première, plus
despotiques chez la seconde.
Lord Byron était soumis partout, dans les rues, dans les
lieux publics, dans les réunions privées aux violences de sa
maîtresse ; ce fut au point qu'un jour Caroline Lamb souffleta
une rivale dans un bal.
Même fatigue et même satiété chez les deux amants, même
volonté de briser un joug qui était intolérable. A leur tour, les
deux maîtresses luttent avec une énergie furibonde pour res-
saisir l'affection qui leur échappe ; M"° de Staël poursuit
Constant jusqu'à Lausanne, dans la maison de sa tante, pour
le ramener à Coppet. Caroline Lamb pénètre dans le cabinet
de Byron, et écrit sur le feuillet d'un livre : remember me
(souviens-toi de moi) ; Byron détache cette page, y écrit
quelques vers et la lui renvoie; il lui disait dans ces vers :
<( Se souvenir de toi ! de toi ! Tant que le Lethé n'aura pas
éteint Tardent torrent de la vie, le remords et la honte tinte-
ront autour de toi et te poursuivront comme un rêve dans la
fièvre. Se souvenir de toi! n'en doutes pas, ton époux n'y
300 MEMOIRE SUR «ADOLPHE»
songera que trop ! Ni lui, ni moi, nous ne t'oublierons, lui.
pour qui tu fus une perfide, moi, pour qui tu fus une furie.»
Ce qui diffère entre les deux héroïnes, c'est la fin ; M""* de
Staël, à bout de violences, finalement délaissée, se console
danslesbras de M. de Rocca. Caroline Larab se retire dansson
château de Brockertall, où son mari, quia pitié d'elle, la visite
quelquefois. Elle ne prononce plus le nom de Bjron qu'elle
semble avoir oublié. Mais, après la mort du poète, lorsque
son corps est conduit à sa dernière demeure, elle se rend sur
la route, aune faible distance de son château, pour assister
au défilé du funèbre cortège ; pâle, glacée et immobile à cette
vue, elle est ramenée chez elle mourante, et, après une maladie
longue et douloureuse, elle ne recouvre la santé que pour
perdre la raison.
Enfin, pour que rien ne manque à ce rapprochement, de
même que Constant a retracé, dans le roman à' Adolphe, cer-
tains traits de son intrigue avec M™^ de Staël, de même Caro-
line Lamb a puisé les principales données de son roman de
Glenaron dans sa liaison avec Lord Bjron.
En 1816, lorsque Benjamin lut le roman à' Adolphe dans les
salons de Caroline Lamb, celle-ci avait définitivement rompu
avec Bjron depuis peu de temps. Cette lecture réveilla dans
son esprit tant de souvenirs que, prise d'une exaltation sou-
daine qu'elle ne put maîtriser, elle fit à Constant, comme s'il
était rira;ige de son infidèle, une scène d'amour et de regrets
qui déconcerta l'assistance. Sismondi en a transmis le récit à
la duchesse d'Albanj.
Le roman A' Adolphe fut imprimé à Londres en 1816. L'im-
pression terminée, Constant en envoya un exemplaire à sa
cousine Rosalie, et quitta cette ville pour se fixer à Spa.
Rosalie, sans lui dissimuler la douleur que lui causait une
divulgation qu'elle jugeait contraire aux convenances et à la
délicatesse, ne tarit pas d'éloges sur les beautés littéraires de
l'œuvre. Constant lui répondit sur ce dernier point, le 16 juil-
let: « Ce que vous me dites cV Adolphe me fait un grand plai-
sir. Je crois qu'il y a quelque vérité dans les détails et les
observations. Du reste, j'ai toujours mis très peu d'importance
à cet ouvrage, qui est fait depuis dix ans. Je ne l'ai publié que
pour me dispenser de le lire en société, ce que j'avais fait
DE BENJAMIN CONSTANT 301
cinquante fois en France. Comme quelques Anglais me le de-
mandaient à Paris, on me le demandait à Londres, et, après
avoir fait quatre lectures en une semaine, j'ai trouvé qu'il
valait mieux que les autres prissent la peine de le lire eux-
mêmes. 1)
Le roman A" Adolphe avait une suite, ayant pour titre Cécile^
qui fut composée vers 1811. Pages de TAriège, ami de Cons-
tant, l'avait lue, ce qui fit croire à Sainte-Beuve qu'il en était
dépositaire. Il n'en était rien ; cette suite est perdue. Ce second
roman se liait au premier, parce qu'il continuait la vie à" Adol-
phe^ c'est-à-dire de Constant. Sa liaison avec M™® de Staël dura
encore quelque temps après son mariage avec Charlotte de
Hardenberg, et il peignit cette situation dans le roman de
Cécile. C'est ce qui lui faisait dire, lors de la lecture qu'il fit
au marijuis de Boufflers, du roman à' Adolphe, qu'Ellénore
cesserait d'intéresser si elle devenait la rivale de la femme
légitime. Malgré cela, il voulut publier simultanément les
deux romans dans un même volume. Mais Ladj HoUand lui
fit observer que cette publication simultanée diviserait l'inté •
rêt. Il se rendit à cette objection, qu'il s'était déjà faite, et il
ne publia que le roman à' Adolphe.
Les amis de M™* de Staël, qui avaient résidé ou séjourné à
Coppet, et qui avaient été les témoins de nombreuses scènes
de violence qui avaient éclaté entre elle et Benjamin Cons-
tant, ne doutèrent pas qu'Ellénore ne fût, par certains côtés
et malgré les différences de temps et de lieu, le portrait de
M™® de Staël. En vain. Benjamin, qui avait cependant déclaré
que le roman à' Adolphe était l'histoire de sa vie, fit-il publier
dans un journal de Londres que ce roman était une pure fic-
tion, sans mélange de réalité: on ne le crut pas, et ce démenti
préventif ne servit qu'a accréditer le bruit qui circulait déjà
dans un certain monde.
Cependant les amis de M™" de Staël essayèrent, pour
détourner une application qui devait lui être à la fois doulou-
reuse et humiliante, de donner le change. Ils recherchèrent,
parmi les personnes avec qui Benjamin avait eu des relations
intimes et notoires, celles qui à la rigueur pouvaient être con-
sidérées comme lui ayant servi de modèle lorsqu'il avait tracé
le portrait d'EUénore; et, après avoir arrêté leur choix
30? MEMOIRE SUR « ADOLPHE »
sur M°^ Lindsay et Julie Talma, ils se livrèrent, pour faire
accepter ces deux noms, à un travail de propagande dont
M°^ Récamier prit la tête et qui réussit en partie. Sainte-Beuve,
qui publia en 1836 dans la Revue des Deux-Mondes une étude
sur M™^ de Staël, ne souffla mot à cette époque de ses rela-
tions avec Benjamin Constant. Il ignoraitd'aitleurs qu'elle eût
été visée sur le roman à' Adolphe. Le nom de M™° Lindsay était
alors prononcé à l'exclusion de tout autre, et il était si géné-
ralement accepté, qu'il suivit ce courant. Plus tard, mieux
informé par M™® Récamier, il vit poindre, mais à l'arrière-
plan, M™e de Staël, jusqu'au jour où la publication de la cor-
respondance de Sismondi et de la duchesse d'Albany dessina
la situation et la mit en pleine lumière. Il ne crut pas cepen-
dant que M"* Lindsaj eût été inventée à plaisir, et, pour tout
concilier, il l'accola à M"^ de Staël. Aussi, lorsqu'il publia
l'étude sur celle-ci dans le volume intitulé Portraits de femmes,
il y ajouta une note ainsi conçue : « L'original d'EUénore
était M™^ Lindsay, celle que M. de Chateaubriand dans ses
mémoires appelle la dernière des Ninon, ce qui pourtant ne
veut pas dire qu'il ne s'y soit pas glissé plus d'un trait appli-
cable à la liaison de l'auteur et de M™^ de Staël. Ces person-
nages de roman sont complexes. Sismondi en a trop dit dans
ses lettres publiées depuis, pour qu'on ne perce pas le masque
plus qu'on aurait voulu. »
Nous espérons démontrer que Constant n'a jamais songé à
M™' Lindsay. Mais, au moment de la publication à'' Adolphe,
le nom de M™® Lindsaj^ était dans toutes les bouches. Aussi,
Charles, qui arrivait de Paris, écrivit à sa sœur Rosalie, le
8 juillet:
(( En lisant Adolphe^ tu auras vu, chère Rose, que Benjamin
explique sa conduite en médisant de son caractère, et, comme
disait quelqu'un, il a voulu qu'on sache qu'il se conduisait
dans la vie privée d'après les mêmes principes qu'en politique.
Il a fait mettre dans les journaux anglais que les personnages
de son roman ne sont pas les portraits de gens connus, mais
ceux qui ont connu l'un et l'autre ne seront pas trompés par
cette déclaration. Plusieurs personnes auront coHnu EUénore :
plie s'appelait Lindsay. C'était une fille de bonne compagnie,
moitié anglaise, moitié française, que des aventuriers avaient
DE BENJAMIN CONSTANT 303
jeté dans )e concubinage. Elle avait de l'esprit sans instruc-
tion. Ses aventures avec Benjamin Constant firent assez de
bruit dans le temps. La dame de Coppet n'est pour rien dans
ce chef-d'œuvre. Le vendre pour de l'argent me semble le
comble de l'avilissement, et je lui pardonne moins cela que
ce qui ne serait que par cjnisme. Ce livre me fait un vrai
chagrin, chère Rose ; je ne puis me défaire d'un sentiment
qui m'attache à mes parents, surtout à ceux avec qui j'ai eu
des relations intimes. L'esprit, les talents de Benjamin Cons-
tant auraient pu jeter un lustre sur notre nom; il nous couvre
de boue et de honte. »
En vérité Charles est trop sévère pour son cousin. La
vente du roman d'Adol/ihe pour soixante louis n'était pas un
crime, et la modicité du prix indique assez que la question
d'intérêt n'était que très secondaire. Cette exagération étant,
écartée, il ne faut retenir de la lettre de Charles, que le nom
de M"» Lindsay.
M™^ Lindsay était une femme du demi-monde, une concu-
bine de bon ton, ayant de la tenue, de bonnes manières, douée,
malgré l'irrégularité de sa conduite, de certaines qualités
morales ; elle appartenait à cette classe de femmes dont le type
est aujourd'hui perdu, et qui, sous le Consulat, le Directoire et
les premières années de l'Empire, trônaient dans le meilleur
monde et lui donnaient le ton.
Irlandaise d'origine, M^^Lindsay fut mariée fort jeune à un
Français qui mourut peu après leur mariage. Devenue libre
et ayant une certaine aisance, elle s'égara dans quelques
aventures galantes, sans être pour cela amoindrie. Etant
reçue dans la société royaliste aux approches de la Terreur,
assez compromise par ses fréquentations pour avoir tout à
craindre lorsque le tribunal révolutionnaire commença à
fonctionner, elle dut quitter la France et se réfugia à Lon-
dres.
Elle y noua une intrigue avec Auguste de Lamoignon, ancien
conseiller au Parlement de Paris. Bientôt ils vécurent en
commun et ouvrirent un salon, à la vérité fort modeste, que
fréquentaient certains émigrés de distinction, et notamment
Christian de Lamoignon, Mallouet, le comte de Montlosier.
le chevalier de Pannat et Chateaubriand.
304 MEMOIRE SUR « ADOLPHE »
Après la chute de Robespierre, M™^ Lindsay, qui n'était
pas portée sur la liste des émigrés, rentra à Paris. Ses amis,
qui étaient portés sur cette liste, attendirent à Londres la
suite des événements.
Malgré tout, nous saurions peu de chose sur M™* Lindsay,
si Chateaubriand et Constant ne l'avaient pas raentiotinée
dans leurs écrits. Il en est plusieurs fois question dans les
Mémoires d" outre-tombe : Chateaubriand fréquentait pendant
son séjour à Londres Auguste et Christian de Lamoignon,
parents par alliance de son frère et émigrés comme lui. Ceux-ci
étaient les fils de François de Lamoignon, président à mortier
au Parlement de Paris, à qui le Roi confia les sceaux en 1787,
et qui mourut en 1789 d'un accident de chasse qui n'a jamais
été bien expliqué. François de Lamoignon avait eu trois fils :
Auguste, qui fut conseiller au Parlement de Paris, amant de
M"* Lindsay; Christian, qui fut nommé pair de France sous
la Restauration, et un troisième fils tué à Quiberon, où Chris-
tian fut grièvement blessé. Il avait aussi une fille mariée à un
petit-fils du chancelier d'Aguesseau, émigrée aussi, et qui
s'était liée avec M™° Lindsay.
Ou lit à ce sujet dans les mémoires de Chateaubriand : « Je
fis plusieurs connaissances nouvelles, surtout dans la société
où j'avais des rapports de famille. Christian de Lamoignon,
blessé grièvement à une jambe à l'afi'aire de Quiberon, et
aujourd'hui mon collègue à la Chambre des Pairs, devint mon
ami. Il me présenta à M"^ Lindsay, attachée à Auguste de
Lamoignon, son frère. Le Président Guillaume n'était pas
araén igé de la sorte à Basville, entre Boileau, M""^ de Sévigné
et Bourdaloue. M""® Lindsay, Irlandaise d'origine, d'esprit sec,
d'une humeur un peu cassante, avait de la noblesse d'âme et
de l'élévation de caractère. Les émigrés de mérite passaient
la soirée au foyer de la dernière des Ninon... Je rencontrai
à ce rendez-vous M. Mallouet, le comte de Montlosier et le
chevalier de Pannat.
Sainte-Beuve, dans les quelques lignes qu'il a consacrées à
M™® Lindsay, la suppose liée avec Christian de Lamoignon,
qu'il confond avec Auguste, et Villemain, qui en parle aussi
d'après les renseignements incertains que lui avait transmis
le chevalier de Pannat, lui attribue la particule et en fait une
DE BENJAMIN CONSTANT 305
royaliste catholique. La vérité est qu'elle n'était ni noble ni
croyante.
Peu après son installation à Paris, M"^ Lindsay retourna
à Londres, qu'elle quitta en 1800 pour revenir à Paris : « Elle
écrivait, dit encore Chateaubriand, à MM. de Laraoignon
de revenir; elle invitait aussi M"" d'Àguesseau, sœur de
MM. de Laraoignon, à passer le détroit. Ceux ci suivirent ce
conseil, et Fontanes pressa Chateaubriand de faire comme eux.
Mais les uns et les autres étaient portés sur la liste des
émigrés, et ils durent prendre quelques précautions avant de
rentrer en Fi'ance. En 1800, le pouvoii- tolérait la rentrée
des émigrés, mais à la condition qu'ils lui rendissent la tolé-
rance facile et possible. On exigeait surtout qu'ils usassent
de dissimulation, et tout émigré qui se serait ouvertement
affiché, se serait exposé à des mesures de rigueur. Ils de-
vaient, par exemple, prendre un nom d'emprunt. Chateau-
briand prit celui de Lassagne, et se fit délivrer, sous ce nom,
comme Suisse, un passeport par l'ambassade de Prusse. M™*
d'Aguesseau se fit appeler à son tour M"° Jacquet. On lit à
ce sujet dans la vie du comte d'Haussonville. écrite par son
fils, qu'au moment de lentrer en France, le Chevalier d'Ar-
gout, alors commissaire du gouvernement d'Anvers, lui déli-
vra un laisser- passer où il était désigné sous le nom de Louis
Hase, bourgeois d'Altona.
Il ne suffisait pas dd changer de nom ; la même dissimula-
tion devait passer dans les actes. Ainsi, lorsque les fils
d'un émigré étaient restés en France et y étaient connus et
désignés sous leur véritable nom, le père qui n'aurait pu
prendre cette qualité dans ses rapports avec eux sans se dé-
celer, les présentait dans le monde comme un ami de leur fa-
mille. On vit même des émigrés qui durent momentanément
rentrer à l'étranger pour y passer les actes où leur vérita-
ble nom devait figurer.
Un émigcé dont le domaine avait été vendu comme bien
national et acheté pour son compte par un prête-nom, ne
pouvait en reprendre ouvertement la possession: il ne l'occu-
pait que comme régisseur, et il était censé servir celui qui
avait réellement cette qualité. Le souvenir de telles situa-
tions est aujourd'hui à peu près perdu dans la province, mais
il y est longtemps resté vivace.
30fi MEMOIHE SUR «ADOLPHE»
Chateaubriand s'appelait donc Lassagne, et, sous ce nom,
il partit de Douvres, à destination de Calais, avec M™® d'Agues
seau ou M™« Jacquet. Il y débarqua le 18 floréal an VIII.
Aussitôtil écrivit à Fontanes : « J'arrive, mon cher et ai-
mable ami. M™® Jacquet veut bien me donner une place dans
sa voiture. Je descendrai chez vous, et je vous prie de me
chercher un logement près du vôtre. »
De son côté M^^Lindsaj s'était rendue à Calais pour y re-
joindre M™" d'Aguesseau, et Chateaubriand ajoute : « M"*
Lindsay nous attendait à l'auberge ; le lendemain nous par-
tîmes avec elle pour Paris, M™'' d'Aguesseau, une jeune per-
sonne, sa parente, et moi.
Ils arrivent à Paris : « Auguste de Lamoignon, dit encore
Chateaubriand, vint au-devant de M"^ Lindsaj dans un bril-
lant équipage... M™* de Lindsay demeurait aux Termes. On
me mit à terre sur le chemin de la Révolte, et je gagnai à
travers champs la maison de mon hôtesse. Je demeurai vingt-
quatre heures chez elle. Elle fit prévenir M. Fontanes de
mon arrivée; au bout de quarante-huit heures, il vint me
chercher au fond d'une petite chambre que M""® Lindsay avait
louée dans une auberge presque à sa porte. »
Fontanes conduisit Chateaubriand dans son domicile, rue
Saint-Honoré, et le présenta le lendemain à Joubert, chez
qui il resta quelques jours, après lesquels il fut habiter un
petit appartement rue de Lille, dans une maison qui fait coin
avec celle des Saints-Pères.
La liaison de M"° Lindsaj avec Auguste de Lamoignon,
sa situation dans la famille de son amant, donnent comme
exemple et par aperçu la mesure des changements qui
s'étaient introduits dans les relations du monde au commen-
cement du siècle. Si on se reporte par la pensée à l'année
1787, il sera difficile de comprendre que la fille de François
de Lamoignon, l'arrière petite-fille de Guillaume, petite-
fille par alliance du chancelier d'Aguesseau, ait pu se lier
d'amitié, vivre sur un pied d'égalité avec la concubine de
son frère, et cela au moment où son père vient de recevoir
les sceaux de la main du Roi. Il sera tout aussi difficile d'ad-
mettre qu'Auguste de Lamoignon, alors conseiller au Parle-
ment de Paris, qui représentait au sein de cette compagnie
DE BENJAMIN CONSTANT :^0l
une longue lignée de grands magistrats, se fût oublié au point
d'afficher publiquement sa liaison avec une courtisane avé-
rée. Il est vrai que dans le courant du XVIIP siècle, ainsi que
l'attestent les mémoires du temps, de tels scandales éclataient
quelquefois au sein du Parlement, mais ils étaient sévèrement
blâmés quand ils n'étaient pas ré[)rimés, et ce n'est pas un
descendant des Lamoignon qui eût pu ou voulu les afiron-
ter.
Mais au moment où il se lia avec M""^ Lindsay, Auguste de
Lamoignon n'était plus le fier parlementaire d'autrefois.
Réduit à l'exil, soumis, du moins pendant sou séjour à Lon-
dres, à un état de pauvreté qui touchait à la misère, l'âme
affaissée par le malheur, sa liaison ne lui paraissait pas plus
choquante qu'à ses amis. M""* Lindsay n'était d'ailleurs pas
une courtisane débauchée et avilie, et, en l'acceptant comme
compagne, Auguste se faisait une position qui, selon les
moeurs du temps, était plutôt approuvée que tolérée.
Du reste, ces rapprochements inattendus étaient sous di-
verses formes, à cette époque, un fait presque général. Qu'on
se figure, pour en avoir une idée, ce qui arriva, lorsque, après
la chute de Robespierre, de malheureuses femmes, portant
les plus grands noms de France, sortirent de prison ou ren-
trèrent dans leur patrie avec l'espoir, souvent trompeur, de
n'être pas recherchées. Leur famille était dispersée, leurs
meubles avaient été vendus, leurs grandes terres, qui étaient
autrefois leur principale fortune, étaient détenues par les
agents du fisc, quand elles n'avaient pas été aliénées comme
biens nationaux. Elles erraient dans Paris, dans ce Paris
qu'elles ne reconnaissaient presque plus, sans asile et sans
ressources. Un grand nombre de leurs parents ou de leurs
amis avaient péri sur l'échafaud ou étaient dispersés. Ceux
qu'elles rencontraient et qui avaient échappé comme elles à
la tourmente révolutionnaire, ne pouvaient leur offrir que la
consolation d'une même infortune et d'une semblable misère.
Elles ne savaient où se prendre.
Le dévouement des vieux serviteurs ne fut pas rare alors.
On en vit qui recueillirent leurs anciens maîtres, et subvin-
rent. Dieu sait au prix de quels sacrifices, à leurs premiers
besoins. De là naquirent des relations qui étaient le boulever-
308 MÉMOIRE SUR «ADOLPHE»
sèment des idées autrefois reçues, et dans ces relations une
sorte d'égalité qui aurait été repoussée comme une folle vision
dans les temps prospères.
L'étude de ces situations, avec leur lamentable diversité,
serait faite pour attirer. Deux exemples serviront à montrer
ce qu'elles étaient.
Un coup d'œil sur le journal de la duchesse de Duras, fille
du maréchal de Noailles et sœur du prince de Foix, nous
donnera le premier exemple. Ses père et mère avaient été
exécutés, et elle sort de prison après le 9 thermidor. Sans
ressources, elle est recueillie par une ancienne domestique,
elle-même trop pauvre pour pouvoir la secourir. Celle-ci la
confia à une dame Drulle, ancienne domestique de la maison
de AJaillj. Cette dame, pauvre aussi, réunit toutes ses ressour-
ces, et parvient à lui louer dans les combles une chambre, où
elle place un lit et quelques ustensiles. Tel est le dénûment
de cette descendante des Noailles qu'un vieux serviteur lui
donne comme objet de luxe, un petit miroir, une paire de
ciseaux, un couteau et un couvert de métal. Elle vit ainsi
dans sa chambre, seule, sans feu, pendant les hivers de 1794
et 1795, qui furent tiès rudes, et n'a d'autres fréquentations
que celles de quelques artisans qui lui procurent un lieu de
retraite lorsqu'elle entend la messe.
Prenons encore un autre exemple, celui de M™^de Custine,
issue de la famille de Sabran, de cette beauté que le marquis
de Boufflers appelait la reine des roses. Avec elle, nous ren-
controns le dévouement qui s'exerce pendant qu'une femme
de grande famille attend en prison la décision du Tribunal
révolutionnaire.
Son dossier était prêt, et l'accusateur n'opposait à la mal-
heureuse accusée que l'expression de sentiments contre-révo-
lutionnaires qu'elle avait consignés sur une feuille de papier.
C'était assez pour la perdre, lorsque Jérôme, un maçon que
sa famille avait autrefois occupé, pénétra dans le greffe, et
parvint, au péril de sa vie, à soustraire la feuille accusatrice.
Ce n'est pas tout ; une vieille domestique recueillait le fils de
la malheureuse prisonnière, âgé de deux ans, et vendait une
à une ses hardes pour subvenir à ses besoins.
De telles épreuves ébranlaient les âmes et les caractères,
DE BENJAMIN CONSTANT 309
et ies exposaient à des contre-coups qui pouvaient fausser ou
affaiblir le sens moral. M™* de Duras resta toujours un modèle
de vertu ; M™^ d'Aguesseau finit par suivre l'exemple de
M°" Liridsaj. M™° de Custine se plaça entre les deux ; elle
aima Cliateaubrianii.
B. Constant, rencontra M™^ d'Aguesseau à Genève, en 1803.
Il écrivit à cette date à M™* île Nassau :
« J'ai rencontré hier à Genève M™« d'Aguesseau, que vous
avez vue à Lausanne, il j a quelques quinze ans, avec ses
deux filles dont l'une est morte. La mèi-e l'a remplacée par
une fille naturelle qu'>dle s'est fait faire par lord Mor...
(Morpeth), et qu'elle a élevée près d'elle sous le nom de Geor-
giua. M"^ d'Aguesseau, qui était en 1793 assez sèche et assez
impertinente, m'a paru avoir conservé ses qualités, renforcées
par les années. »
Le pèie de Georgina, ayant obtenu qu'elle fût protestante,
exigea aussi que son éducation se fît à Genève. Parvenue
à l'âge de dix-huit ans, sa beauté, une distinction naturelle,
les grâces de son esprit et sa solide instruction la firent x'e-
marquer. M™^ de Sismondi, à qui elle avait été recommandée,
lui avait voué un vif et profond attachement. Elle ébranla
peut-être le cœur de son fils, ce qui eût été un vrai triomphe.
Celui-ci la rencontra à Paris ; c'était pendant les Cent
jours. Il disait à son sujet à sa mère, dans une lettre datée
du 29 janvier 1815, après l'avoir entretenue du mariage entre
le duc de Broglie et Aibertine de Staël, fille de M"^ de
Staël, qui venait d'être arrêté : — « Si je voulais me marier,
moi, je ne doute pas que je n'obtinsse tout de suite cette
belle Georgina dont tu me crus amoureux, il y a deux ans. On
lui assurerait 12,000 francs de rente à présent et douze autres
mille après la mort de son père, lord Morpeth, et sa mère de-
manderait qu'elle vint passer chaque année six mois chez elle
à Paris. Elle est protestante, fort bien élevée, fort belle, elle
est jetée dans la plus brillante société de France et d'Angle-
terre, mais elle est fille adultérine, et elle ne peut par con-
séquent parler de sa famille sans embarras. C'est ce qui fait
précisément qu'elle est difficile à marier et que je l'ob-
tiendrais sans peine. Je ne puis pas dire que cela me fît
grand'chose. La première chose à savoir, c'est ce que cela te
0
310 MEMOIRE SUR « ADOLPHE ;>
ferait à toi. Après m'en être instruit, il serait temps d'exami-
ner le caractère et l'esprit de la personne. »
Cette préoccupation, ou plutôt ce rêve, ne dura qu'un mo-
ment: Georgina mourut peu après. La première lettre portait
la date de janvier, et, le 22 février, Sismondi écrivait encore
à sa mère : « Tu as appris par les journaux la mort affreuse de
cette pauvre Georgina. Tu m'en parles avec une extrême
sensibilité, et la première lettre que tu as reçue de moi ne
t'en dit rien... elle ne contenait rien de ce qui remplit le
plus mon cœur. , . dans le vrai, nous ne passons pas de jour,
^me Delomieu et moi, sans parler de cette chère Georgina,
sans repasser tous nos rapports avec elle et nous complaire
dans notre chagrin commun. »
En parlant de M°^^ d'Aguesseau, nous ne nous sommes pas sé-
parés de M™^ Lindsaj, tant leur liaison était étroite. Celle-ci
resta encore l'amante d'Auguste de Lamoignou après leur retour
de Londres. Leur liaison se prolongea encore pendant près
de quatre années, et, lorsqu'elle prit fin, Auguste se retira
dans sa terre de Beasoille pour ne plus la quitter.
Constantluisuccéda, et l'interrègne ne fut pas long. Celui-ci
parle pour la première fois dans son journal de M™^ Lindsay
comme d'une personne qu'il aurait songé à épouser, si son
passé n'avait pas été un obstacle. Chose bizarre, qui tient à
l'inconsistance de son caractère, il veut du mariage lorsque
le joug des liaisons irrégulières lui paraît trop lourd, et, api'ès
qu'il a épousé Charlotte de Hardenberg, et qu'il oscille entre
quarante et cinquante ans, il rêve de nouveau de concubinage
avec la fougue et l'exaltation d'un tout jeune homme qui en-
tre dans la vie.
Lorsque la crise qui devait le séparer de M""^ de Staël
commence à poindre, il écrit dans son journal :
(c Amélie Fabry est tout aussi noire, tout aussi vive, tout
aussi éveillée. Comme je l'aurais prise en aversion si on me
l'avait fait épouser, mais elle est au fond bien aimable. J'ai
toujours la mauvaise chance de trouver des impossibilités
chez les femmes que je pense à épouser : M™^ de Hardenberg,
ennuyeuse et romanesque ; M™^ Lindsay avait quarante ans
et deux bâtards ; M'"«= de Staël, qui me comprend mieux que
personne, ne veut pas se borner à l'amitié quand je n'ai plus
DE BENJAMIN CONSTANT 311
d'amour ; celte pauvre Amélie, qui me désire, a trente-deux
ans et des ridicules que l'âge a consolidés ; Antoinette, qui a
vingt ans, de la fortune, pas de ridicules, n'a rien de fran-
çais. »
Voilà un dénombrement en règle, que Constant complète
dans maints autres passages , et qui semble l'absorber. Ce-
pendant, il écrit dans son journal au même moment : « Je
travaille toute la soirée. C'est un grand avantage de bien
savoir une chose quand on sait écrire. Mes cinq ou six jours
de travail sur la pensée homérique m'ont donné une facilité
admirable à resserrer ce que j'avais à en dire, n Arrêtons-
nous en ce point pour étudier rapidement Constant comme
helléniste. Aussi bien en étudiant Adolphe, c'est-à-dire l'auteur
lui-même de ce roman, nous rencontrons dans l'écrivain, l'hel-
léniste.
Constant lit donc Homère. 111e lit couramment dans le texte,
avec de rares hésitations. Sa supériorité comme helléniste
faisait l'admiration de Boissonade.
La manière dont il commença à apprendi*e le grec est du
reste fort originale et se rapporte à un procédé pédagogique
qu'il serait bien difficile de généraliser.
Lorsque Constant avait moins de douze ans, et qu'il était
encore en Suisse, son père lui donna comme précepteur un
ministre protestant fort instruit et excellent helléniste. Telle
était sa passion pour le grec qu'il comparait celui qui igno-
rait cette langue, quelle que fût l'étendue de ses connaissan-
ces, à un homme qui, ajant toutes les apparences de la santé,
était cependant destitué d'un sens ou d'un organe. Aussi, avec
quelle joie il se proposait de l'enseigner à son élève ! Il espé-
rait merveille de sa rare intelligence, et d'une précocité si
remarquable que Sainte-Beuve, lorsqu'onlui soumit une lettre
que Constant avait écrite à l'âge de douze ans, ne put admet-
tre qu'elle fût de lui et la considéra jusqu'à preuve contraire
comme apocryphe.
Mais Constant était un enfant mobile, capricieux, surtout
volontaire. Lorsqu'il s'était buté aune idée, il ne revenait pas.
Dès que son maître voulut aborder l'étude du grec, il se dé-
pita et refusa de l'écouter. L'expérience lui ayant démontré
qu'il ne fallait pas le heurter de front, il lui proposa d'inven-
3 12 MEMOIRE SUR «ADOLPHK»
ter à eux deux une langue. Constant, qui avait déjà du goût
pour tout ce qui était aventure et échappait aiix usages reçus,
accepta cette proposition avec enthousiasme. Le maître et
l'élève inventèrent le grec, et ce dernier l'upprit de cette fa-
çon et d'après cette méthode. Ses progrès furent rapides, et
bientôt il se passionna pour le grec tout autant que son maî-
tre. 11 en poursuivit l'étude dans les universités d'Allemagne
et d'Angleterre, et c'est ainsi qu'il devint un helléniste supé-
rieur.
En 1814, il rencontra le précepteur qui l'avait ainsi initié à
la connaissance du grec. « Je le retrouve à Liège, dit-il dans
son journal, après trente-cinq ans de séparation. Comme il a
vieilli! Mais, lui, a très bien arrangé sa vie, tandis que moi,
très mal la mienne. »
Pendant le cours de sa vie, Constant ne cessa de poursuivre
l'étude du grec. Pour en avoir une idée, suivons-le en voyage
à l'aide de son journal. 11 est sur la route d'EIwangen à
AUpeck, et il écrit :
u Lu en chemin trois tragédies de Sophocle, l'Electre et les
deux Œdipes. L'Œdi|)e à Colonne est un chef-d'œuvre. Je ne
connais pas même dans nos mœurs un mot à y changer. «
Il est sur la route qui conduit à Ulm et il écrit: « Je vivrai
cent ans que l'étude des Grecs seule me suffirait. Je lis l'Anti-
gone Quel homme admirable que Sophocle! Je relis Ajax et
Philoctète.
Il écrit encore: a Pendant la route de Schaffouse <à Leutz-
bourg, j'ai lu la Médée et les Phéniciennes d'Euripide. C'est
un tout autre homme que Sophocle. Il a bien moins de simpli-
cité, bien plus d'envie défaire de l'effet, par conséquent bien
plus d'inconséquences, de déviation de son sujet, d'idées
générales déplacées. Mais il est admirable pour deux choses:
l'ironie amère et des élans de sensibilité déchirante. Son
Oreste est une détestable pièce, et, dans le Cjclope, il y a
beaucoup de grossièretés avec assez d'esprit. »
(( Tout en courant la poste, j'ai lu Euripide. C'est un t)oète
complètement moderne, c'est-à-dire n'ayant rien de la simpli-
cité, de la bonne foi, delà sincérité des anciens. Tout entier
à l'idée de taire de l'effet, et passant dans ce but d'une opinion
à une autre; dévot fanatique, puis impie avec ostentation;
DE BENJAMIN CONSTANT 313
riche en descriptions, mais qui sont quelquefois déplacées et
remplies d'allusions contre le peuple, les orateurs, les gouver-
nants, comme un homme dont l'ambition n'est pas satisfaite,
et qui, trompé dans ses vœux sous une démocratie, a pris la
démocratie en haine. Je trouve un grand rapport entre lui et
Voltaire, comme poète tragique, en tenant compte des modi-
fications de lieux et de temps. Euripide aurait écrit Tancrède.
Il y aurait mis la sensibilité qui fait le charme de cette tra-
gédie, et il y aurait mis ce vers ridicule :
» L'injustice à la fin produit l'indépendance,
ainsi que ceux qui le précèdent et le suivent. »
Constant était très sévère pour les traducteurs. Son journal
contient à cet égard quelques indications. On y lit : « J'ai lu
la traduction d'un dialogue de Platon, sur la poésie. Evidem-
ment le traducteur n'est qu'un sot ; il n'a pas compris son
auteur.
En étudiant Adolphe, nous avons rencontré à la fois et le
modèle du héros de ce roman et l'écrivain. Etudié sous ce
dernier rapport, qui pourrait contester la part qu'il faut faire
dans la formation de l'œuvre et dans le degré de supériorité
qui lui a été donnée, à l'étude et à la fréquentation assidue
des grands écrivains de l'antiquité ?
Mais pourquoi cette influence ne s'est-elle pas étendue à
toutes les œuvres de Constant ? Mettons à part ses éciits poli-
tiques, où il faisait plutôt acte de polémiste que d'écrivain, et
qui, nés de circonstances passagères, ne devaient pas, le résul-
tat étant acquis, leur survivre. Pourquoi l'infériorité de son
ouvrage sur la religion? C'est parce que, — sa vie a été sans
cesse et toujours traversée par les aventures et bouleversée
par les passions, et que l'esprit de suite lui ajant manqué
par ce motif — , il n'a donné àcette œuvre, suivantl'expression
de Sismondi, qu'une faible partie de soi. Pour le bien juger
sous ce rapport, il faut, étant donné sa nature complexe,
l'étudier dans son ensemble, voir en lui le publiciste supérieur,
mais qui se fait de la popularité une idole à laquelle il sacrifie
ses convictions, un causeur éblouissant, mais qui s'égare
dans les sophismes, un écrivain supérieur, mais qui, devenu
l^iU MEMOIRE SUR « ADOLPHE »
le jouet de ses folles passions, ne peut soutenir un travail
continu, un joueur incorrigible, qui ne se sauve qu'au prix
d'une honteuse compromission, un chercheur d'aventures,
qui, dans les affaires de cœur, oublie que, même à ce jeu, la
dignité personnelle doit être gardée, et ainsi de suite pour
tout le reste.
Et c'est parce que Constant a été tout cela, (\}x Adolphe, où
il se peint avec ce cortège de faiblesses, est un chef-d'œuvre,
et que l'ouvrage sur la religion aurait pu, avec plus de travail
et d'effort, mériter cet éloge qu'il n'a pas obtenu.
Nous avons surpris Constant lorsqu'il lit Homère, et qu'il
chercher à dégager la pensée homérique, c'est-à-dire les no-
tions qu'il puise dans ce poète sur la religion grecque. Il
écrit ce qu'il extrait sur de petits morceaux de papier sem-
blables aux cartes dont il se servait lorsqu'il résidait à Colom-
bier, chez M™* de Charière. Makintosch, avec qui il s'était lié
à l'Université d'Edimbourg, dit à ce sujet dans ses mémoires :
« Il ne se sert jamais de papier ; il écrit sur de petites cartes
qui sont attachées ensemble par une ficelle. Il prétend que
cela lui facilite les insertions et les additions, et lui sert à
déplacer ses idées. » — Il étudie donc Homère, et tout à coup
il interrompt cette étude pour penser à quoi et à qui ? A M™^
de Staël, qui le veut comme amant et non comme époux, à
Charlotte de Hardenberg, ennuyeuse et maussade, qu'il finira
par épouser, à M™^ Lindsay, à qui son passé interdit le ma-
riage. Lorsqu'il a épuisé ce sujet, il revient à ses études et
il s'en détourne bientôt pour méditer sur sa vie de joueur,
sur les sommes folles qu'il perd ou qu'il gagne, sur le préju-
dice que lui cause cette triste passion. Il écrit dans son jour-
nal : « J'ai gagné 30,000 francs, et j'en ai perdu 20,000. Il est
clair que le jeu ne m'enrichira pas. De plus, il me nuit, me
déconsidère, m'ôte mon temps et mes talents. Il faut y re-
noncer. »
C'est ainsi qu'en dehors de la politique qui l'absorbait, de
la vie du monde, ou plus exactement de la vie extérieure où
il se prodiguait, il donnait encore le meilleur de son temps à
de vaines et vagues rêveries. Il en est résulté que son ouvrage
sur la religion, qu'il avait commencé dès sa plus extrême jeu-
nesse, qu'il n'a jamais perdu de vue, mais sans esprit de suite.
DE BENJAMIN CONSTANT 315
a toujours langui et est resté longtemps à l'état d'ébauche.
Lorsqu'il s'est réveillé, qu'il a pris le parti de le mener à fin,
il n'était plus temps. Vieux avant l'âge, usé, blasé, inquiet et
accablé de tourments, il a dû se borner à un travail de rema-
niement superficiel et incomplet, et cette œuvre n'a été que
l'ombre de ce qu'elle serait devenue, s'il avait mis au service
de son talent un caractère plus ferme et plus droit.
Les intrigues d'amour et les liaisons passagères, sans cesse
renouvelées, tinrent une grande place dans ce résultat. Celle
qu'il noua avec M""^ Lindsay, le tint d'abord sous le charme.
Mais cet accès fut passager, et la satiété le gagna bientôt. 11
écrit dans son journal : « Je dîne chez M"^ Lindsay avec
quelques amis. Soirée agréable et conversation douce. Mais
ma vie n'est pas là ; ma vie n'est autre part qu'en moi-même. »
La pensée de rompre perce déjà. En général, elle traverse
son esprit dès que la flamme commence à briller. Décidé-
ment, Michaud avait raison lorsqu'il disait : inconstans amore
constans, c'était comme une réminiscence du jeu de mots de
Lin née : infelix amore felix.
M™* Lindsay n'avait pas observé ce travail intérieur. Elle
écrivait à Constant qu'ils se ressemblaient trop pour ne pas
se rapprocher. Mais celui-ci, qui voulait rompre, trouvait au
contraire que cette considération devait l'affermir dans son
dessein: « M™« Lindsay, dit-il dans son journal, m'écrit qu'au
fond nous nous ressemblons trop pour ne pas nous l'appro-
cher. C'est peut-être une raison pour nous convenir d'autant
moins. C'est parce que les hommes se ressemblent que le
ciel a fait les femmes qui ne leur ressemblent pas. »
Bientôt Constant cessa de voir M°>® Lindsay. Il lui écrivit
encore, mais rarement, comme pour masquer sa retraite ; puis
la correspondance cessa. Leur liaison s'était formée sans diffi-
culté; il ne fut pas plus difficile de la rompre. M™^ Lindsay
n'en était pas aux regrets, mais sa vanité était en jeu: elle
essaya de faire croire que la rupture venait d'elle, et que
Constant la recherchait: « Je reçois une lettre, écrit-il dans
son journal, de M™* Lindsay qui m'écrit toujours comme si
je la persécutais pour la voir ; c'est un singulier système, car
je n'y songe pas. » Elle n'y songeait pas davantage. Elle
voulait que la retraite ne fût pas changée en déroute. Comme
316 MEMOIRE SUR « ADOPLHE »
nous sommes loin, avec ce vulgaire dénouement, des longues
souffrances d'Ellénofe et de sa fin tragique !
M™^ Lindsaj et Constant avaient dans le monde une grande
notoriété, et l'éclat qu'ils donnèrent à leur liaison favorisa
singulièrement la manoeuvre que pratiquaient les amis de
M'"^ de Staël.
Un exemple suffira pour montrer quelle était la situation
de M™^ Lindsay dans le monde ; lorsque l'Empereur intima
à l'Académie l'ordre de ne recevoir Chateaubriand que s'il
refaisait son discours de réception, l'émotion fut vive. «Des
personnes, écrit-il dans ses Mémoires, pleines de grâce, de
générosité et de courage, que je ne connaissais pas, s'inté-
ressèrent à moi, M"^ Lindsaj , qui, lors de ma rentrée en
1800, m'avait ramené de Calais à Paris, parla à M""® Gay;
celle-ci s'adressa à M"»* Regnaiilt de Saint-Jean d'Angély,
laquelle invita le duc de Bnssano à me laisser à l'écart. Les
femmes de ce temps-là interposaient leur beauté entre la
puissance et la fortune. »
Constant à son tour avait acquis une notoriété autrement
considérable. Ses relations avec tout homme de quelque impor-
tance, en France et à l'étranger, allaient à l'infini. Il attirait
par une conversation éblouissante, dont ses écrits ne donnent
pas une idée, mais qui est attestée par le témoignage una-
nime de ses contemporains. Pour mesurer l'étendue de ses re-
lations, il suffira d'indiquer qu'elle avait pénétré dans cette
société d'élite dont Joubert était le centre, qui devait le tenir
en médiocre estime. Le P' octobre 1797, M™^ de Beaumont
écrivait à Joubert : « Je ne sais si cVst une manière de vous
calmer que de vous assurer que Benjamin Constant est autant
haï que possible.., lui-même ne peut parvenir à s'aimer. Au
reste, il n'e>t pas content. . , J'ai eu, malgré la gr'avité des cir-
constances, une plaisante scène avec lui, lui avouant tout fran-
chement ma haine pour sa personne et ses opinions. » Joubert
écrit à son tour à M"" Sérillj, cousine germaine de M™e de
Beaumont: «Quiconque chante pouillesàBenjamin Constant,
semble prendre une peine et se donner un soin dontj'étais
chargée. Cet homme est pour moi comme un violon faux
qui jure sous l'archet. Tout ce (ju'il me dit me blesse l'esprit. »
L'intrigue qui se forma entre Constant et M""» Lindsay était
DE BENJAMIN CONSTANT 317
très répandue aussi bien dans le monde politique que dans le
monde galant. Elle fit beaucoup de bruit dans le temps, dit
Charles à sa sœur. Il faut dire que rien ne fut négligé pour lui
donner de Téclat. Ce n'est point que Constant en tirât vanité;
il n'en était pas arrivé là. Mais pour s'environner d'ombre et
de mystère dans ces sortes de relations, il faut s'observer et
se contraindre. Il en était incapable.
Lorsque Charles revint de Paris, M"^ Récamier avait plei-
nement réussi, grâce à cette divulgation, à détourner le coup
qui allait atteindre M""* de Staël. Il n'était, bruit, parmi les
personnes que fréquentait Charles, lorsqu'elles s'entretenaient
du roman à' Adolphe, que de M™* Lindsay. Rosalie ne prit pas
le change, et elle écrivit à son frère, le 22 juillet 1816 : « Tu
avais raison. Adolphe m'a fait une vraie peine. Il m'a fait res-
sentir quelque chose de ce que l'histoire m'a fait souflFrir. La
position est si bien peinte que j'ai cru être encore au temps
oi\ j'étais témoin d'un esclavage et d'une faiblesse fondée sur
un sentiment généreux. Ce n'est elle que sous le rapport de la
tyrannie, mais c'est lui, et je comprends qu'après avoir été si
souvent en scène, si diversement jugé, si souvent en contra-
diction avec lui-même, il ait trouvé quelque satisfaction à s'ex-
pliquer, à se déduire et à signaler les causes de ses erreurs
et de ses motifs dans une relation qui a si fort influé sur sa
vie ; mais je voudrais bien qu'il ne l'eût pas publiée. La fiction
est triste et ne donne qu'un sentiment pénible du commence-
ment à la fin. Ce qui est changé à la vérité réelle ôte à la
vérité idéale ; la fin surtout me fait de la peine : les résultats
sont décourageants. Pauvre Benjamin ! Je le crois un des
hommes les moins heureux qui existent. Son esprit est si juste
qu'il lui montre tous les côtés, toutes les conséquences des
erreurs où l'entraînement et la faiblesse le conduisent. Chaque
année j'espère que ce qu'il y a de bon en lui et de grand pren-
dra le dessus etleÀreplacera où il doit être, et, chaque année,
il me fait un nouveau chagrin. Mais je ne le haïrai pas pour
(les défauts qui ne font tort qu'à lui, et dont le motif n'est,
jamais criminel ; je croirai lui devoir la portion d'amitié que
tu lui as ôtée depuis si longtemps avec tant de sévérité. Quand
j'en cherche la CHUse, je la vois moins encore dans ce qu'on
peut lui reprocher que dans une espèce de contradiction pour
318 MEMOIRE SUR «ADOLPHE»
ce que je puis et je pense. Je ne pourrais haïr quelqu'un a qui
tu prends intérêt, quand il ne m'aurait fait aucun mal, et sur-
tout que je l'aurais aimé. Peut-être si tu étais resté son ami,
cela aurait-il arrêté bien des fautes. Dans le temps de ces
terribles scènes, je pensai souvent : s'il avait un véritable ami,
si Charles était ici, il pourrait sortir de cette position indigne.
Dans le roman, tu n'es sensible à aucune des beautés de pen-
sée et de style dont il est rempli. Je crois qu'il est peu de
romans d'une moralité aussi profonde, qui montre mieux le
pouvoir de l'éducation. Que n'aurait-il pas été si la sienne
avait été dirigée par un père et une mère chrétiens ? Qu'il
était facile d'exciter en lui l'enthousiasme du bien, la passion
de l'ordre, ainsi que des habitudes ! Combien de choses vraies
les femmes peuvent y apprendre sur tout ce qu'il y a d'imagi-
nation dans les passions, sur leur empire, sur cette tendresse
qui augmente en elles, quand elle diminue chez les hommes!
Je t'invite à le relire sans songer à Benjamin. Tu verrais
combien tu trouverais d'aperçus vrais et justes, enfin de détails
qui dédommagent de l'ensemble.
» Tu comprends que la fable de Lindsay a été inventée à
Coppet. Il n'a pas eu dans sa vie le temps d'être influencé par
deux femmes comme il l'a été par une ; mais au moins n'a-t-il
pas eu le tort de la mettre en scène, carEUénore ne ressemble
pas à la dame de Coppet, qui a des dénouements plus comi-
ques à sa disposition.
» Dans ta précédente lettre, tu disais : J'aimerais mieux
qu'il eût publié ce livre pour de l'argent, que par mépris de
l'opinion; dans celle-ci, tu me dis positivement le contraire ;
voilà ce qui me prouve ta partialité, et ne me semble pas
digne de toi. »
Telle était Rosalie. Bonne, douce, sensible, elle aimait
Constant comme une sœur. Elle souffrait de ses écarts de
conduite, elle les lui reprochait; mais elle l'aimait trop pour
souffrir le blâme dans la bouche d'autrui.
Constant n'était sensible qu'aux reproches. Au fond, malgré
les protestations d'amitié qui figurent dans chacune de ses
lettres, il n'aimait pas sa cousine. Son journal en témoigne :
(( Rosalie, dit-il, est bonne, mais aigre et savante dans l'art
de dire froidement, et comme en ne s'apercevant pas, les
DE BENJAMIN CONSTANT 319
choses qui peuvent déplaire. Mais, bossue et fille à quarante-
cinq ans, peut-on être douce ? »
Dans tous les cas, Rosalie avait vu clair au sujet du roman
à' Adolphe: « Ellénore^ dit-elle, n'est M™^ de Staël que sovs le
rapport de la tyrannie ; mais, sous ce rapport, la position est
si bien peinte que fai cru être au temps où fêtais témoin d'un
esclavage indigne. »
Constant savait aussi qu'il n'avait emprunté à M™^ de Staël que
quelques traits, ceux qui se rapportaient à sa propre histoire,
et que le surplus avait été imaginé. Ce mélange de fiction et
de réalité lui permettait d'afiîrmer qu'il n'avait pas visé son
amie d'autrefois, et tel était son langage. Malgré cela, il
n'était pas rassuré. Il écrivait à M™® Récamier, le 5 juin 1816 :
« On m'a engagé à imprimer le petit roman que je vous ai lu
tant de fois.... je crains qu'une personne à qui il n'y a vrai-
ment pas l'application la plus éloignée, ni comme position, ni
comme caractère, ne s'en blesse. »>
Il avait raison de le craindre, et il se renseignait de tous
côtés pour savoir quelle était l'attitude de M™» de Staël. 11
apprit qu'elle ne soufflait mot, et ce silence le rassura. 11 écrivit
encore de Spa, le 17 août, à M""" Récamier : « Adolphe ne
m'a point brouillé avec la personne dont je craignais l'injuste
susceptibilité. Elle a vu au contraire mon intention d'éviter
toute allusion fâcheuse. »
Comme il se trompait ! M"^ de Staël ne pouvait se recon-
naître dans le roman à'' Adolphe sans ajouter au scandale dont
elle était victime. Elle prit le meilleur parti. Elle garda le
silence, et parut si peu offensée qu'elle continua à recevoir
Constant. On raconte même qu'elle ne parla (['Adolphe qu'fi
une seule personne, à lord Bjron. Elle n'était pas aussi réser-
vée lorsqu'elle s'en entretenait avec Bonstetten, mais alors
elle n'en connaissait que quelques fragments, convenablement
triés.
Quant à M"^ Lindsay, elle fut ravie. Etre devenue héroïne
d'un roman lui parut un grand honneur. Elle protesta avec
vivacité, mais pour la forme et pour masquer sa joie. Con-
stant écrivait à son sujet à M™'' Récamier : « On dit une autre
personne furieuse. Il j a bien de la vanité dans cette femme :
je n'ai pas songé à elle. »
320 MEMOIRE SUH « ADOLPHE )>
Cette fois, il disait vrai.
En résumé : l'abandon déchire le cœur d'Ellénore ; elle ne
résiste pas et meurt. M"^ Lindsay traverse cette épreuve, à
laquelle elle était préparée, sans en souffrir. Elle se garde de
mourir, trop heureuse de vivre, et se console sans peine en
poursuivant de nouvelles aventures.
Où trouver le moindre trait d'Ellénore dans une telle vie ?
Nous avons reproduit la verte réponse que Rosalie adressa
à son frère Charles, au sujet du roman d'Adolphe. Celui-ci lui
répondit :
« Avec toi, chère Rose, j'ai cru que je pouvais m'exprimer
librement. Ce que tu me dis me prouve que j'ai eu tort. Ta
prévention pour lui (Constant) ne supporte pas que j'en parle
à cœur ouvert, avec toi à qui je dis toutes mes pensées ;
aussi n'en parlons plus.
» Seulementje tejure que tous m'avaient nommé M™" Lind-
say avant l'arrivée de M™® de Staël que je n'ai vue qu'en
passant chez Lady Hamilton. On me dit aussi alors que la
mort d'Ellénore est celle d'une M™*" Talma à laquelle il a été
fort attaché. Tu es d'une profonde ignorance des aventures
de notre cousin. Ce n'est pas qu'il les tienne secrètes, mais
c'est qu'on a eu la discrétion de ne pas te les raconter. Quoi
qu'il en soit, je t'en félicite... »
Charles disait vrai au sujet de Julie Talma. Constant s'est
inspiré dans Adolphe des derniers moments de cette malheu-
reuse femme, dont il avait été le témoin. Là se borne le rôle
qui lui a été assigné dans ce roman.
Nous pos-iédons sur Julie Talma, comme sources d'infor-
mation, les mémoires de M""' Louise Fusil, née Liard Fieurj,
qu'elle a publiés sous le titre de : Sounenù^s d'une act?nce ; les
mémoires d'Arnault, intitulés : Souvenirs d'un sexagénaire ;
les quelques notions que M'ne Vanhowe Petit, plus tard
Vanhowe Talma, a consignées dans un ouvrage ayant pour
titre : Etudes sur l'art théâtral, et enfin le journal et les lettres
de Benjamin Constant, auxquels il faut joindre le portrait de
Julie Talma, qu'il a publié pour la première fois, en 1829,
dans les Mélanges de littérature et de politique.
« Adolphe, dit Sainte-Beuve, et le portrait de Julie, cette
sœur d'Ellénore (par la souffrance, oui, non par la ressem-
DE HENJAMIN CONSTANT 32 1
blance) sont deux portraits délicieux et achevés dans la teinte
grise. » Il ne faut pas plus disputerdes goûts que des couleurs:
va pour la teinte grise. Dans tous les cas, il est certain que
Constant, dont le stjle laissait lortà désiier àPorigine, avait
atteint le sommet comme écrivain, — du moins celui qu'il était
capable de gravir, — lorsque, aprèslapublicatioti A' Adolphe, il
écrivit le portrait de Julie, et que cette œuvre n'a peut-être
été dépassée que par le portrait de M™* Récamier que Cha-
teaubriand a inséré dans ses Mémoires d'Outre Tombe.
Julie Talma, née Carrau, nacjuit à Paris le 8 janvier 1756,
et fut baptisée à Saint-Eustache. Fille naturelle de Marie Car-
rau, elle ne fut reconnue par son père, François Pioch, que le
6 août 1801, quarante-cinq ans après sa naissance. Mais,
avant de la reconnaître, celui-ci, qui possédait une grande for-
tune, lui donna, peu après sa majorité, une grande partie de
ses biens. M"* Fusil, son amie intime, en général bien infor-
mée, estime qu'elle jouissait de 40,000 fr. de rente.
Faible, maigre, mais douée d'une physionomie gracieuse et
piquante, elle se fit bientôt remarquer par la distinction et la
supériorité de son esprit. C'est ainsi que la dépeignent tous
ceux qui l'ont connue.
Arnault, qui fréquentait son salon, constate que les ques-
tions qui y étaient agitées étaient pleines d'intérêt, et il
ajoute :
« C'est dans ces discussions que j'ai eu lieu de reconnaître
tout ce qu'il y avait de finesse et de force, d'élévation et de
générosité dans l'âme de cette femme. Elle discutait avec
une égale facilité les questions les plus ardues de la politique
et de la philosojthie, mais dans les formes les plus convena-
bles à son sexe, en se tenant également éloignée du pédan-
tisme et de la frivolité, sans se faire homme, en unissant la
puissance de la grâce à celle de l'esprit et de la raison. »
M™^ Louise Fusil, qui avait brillé sur la scène, et qui s'était
liée d'une étroite amitié avec Julie, bien que celle-ci eût vingt
ans de plus qu'elle, la juge comme Arnault :
« Julie, dit-elle, eût été l'Aspasie de son siècle, si ce siècle
eût ressemblé à celui de Périclès. Elle n'avait point la beauté
de cette femme célèbre, mais elle en possédait l'esprit et la
grâce. Le charme qu'elle répandait autour d'elle attirait tout
322 MEMOIRE SUK « ADOLPHE »
ce qu'il y avait de marquant a la Cour et à la ville... Peu de
femmes possédaient à un degré aussi élevé que M^^Talma un
style aimable et exempt de prétention. Elle donnait du charme
au pluspetitbillet. L'onauraitpu la compareràM""^ de Sévigné
écrivant dans notre siècle. Mais une de ses qualités les plus
précieuses, c'était son âme ardente pour ses amis. Elle s'ex-
posait pour eux dans un temps où les vertus étaient des cri-
mes. Combien de fois ne l'a-t-on pas vue, elle si indolente
pour son propre compte, courir tout Paris pour servir des
proscrits. Elle était souvent fort mal accueillie dans les bu-
reaux, car les amis d'hier n'étaient quelquefois plus ceux d'au-
jourd'hui; mais elle ne se rebutait pas, et sa persévérance
finissait par obtenir ce qu'elle avait sollicité. Enfin, c'était
un de ces êtres trop rares sur la terre, et dont il faut honorer
la mémoire lorsqu'on a eu le bonheur de les y rencontrer. »
Benjamin Constant, chez qui l'indulgence n'était pas une
qualité maîtresse, et qui, s'il ne pouvait se livrer contre autrui
à d'amères critiques, les tournait volontiers contre soi-même,
juge ainsi Julie Talma:
« Son esprit était juste, étendu, toujours piquant, quelque-
fois profond. Une raison exquise lui avait enseigné les opi-
nions saines, plutôt que l'examen ne l'y avait conduite ; elle
les développait avec force ; elle les soutenait avec véhémence.
Elle ne disait pas toujours, peut-être, ce qu'il fallait dire en
faveur de l'opinion qu'elle voulait démontrer; mais elle ne se
servait jamais d'un raisonnement faux, et son instinct était
infaillible contre toutes les espèces de sophismes. — Cette
même femme dont la logique était précise et serrée, lorsqu'elle
parlait sur les grands sujets qui intéressent les droits et la
dignité de l'espèce humaine, avait la gaieté la plus profonde
et la plus vive, la plaisanterie la plus légère: elle ne disait
pas souvent des mots isolés qu'on pût retenir et citer, et
c'était encore là selon moi l'un de ses charmes. Les mots de
ce genre, frappants en eux-mêmes, ont l'inconvénient de tuer
la conversation ; ce sont, pour ainsi dire, des coups de fusil
tirés sur les idées d'autrui, et qui les abattent. Ceux qui par-
lent par traits ont l'air de se tenir à l'afiût, et leur esprit
n'est employé qu'à préparer une réponse imprévue, qui, tout
en faisant rire, dérange la suite des pensées et produit tou-
DE BENJAMIN CONSTANT 323
jours un moment de silence, — Telle n'était pas la manière de
Julie. Elle faisait valoir les autres autant qu'elle-même ; c'était
pour eux autant que pour elle qu'elle discutait et plaisantait.
Ses expressions n'étaient jamais recherchées; elle saisissait
admirablement le véritable point de toutes les questions
sérieuses ou frivoles. Elle disait toujours ce qu'il fallait dire
et l'on s'apercevait avec elle que la justesse des idées est aussi
nécessaire à la plaisanterie qu'elle peut l'être à la raison. —
Mais ce qui la distinguait encore plus que sa conversation,
c'étaient ses lettres. Elle écrivait avec une extrême facilité, et
se plaisait à écrire. Les anecdotes, les observations fines, les
réflexions profondes, les traits heureux se plaçaient sous sa
plume sans travail, et cependant toujours dans l'ordre le plus
propre à les faire valoir l'un {»ar l'autre. Son style était pur,
précis, rapide et léger; et quoique le talent épistolaire soit
reconnu pour appartenir plus particulièrement aux femmes,
j'ose affirmer qu'il n'y en a presque aucune que l'on puisse à
cet égard, comparer à Julie. M.^" de Sévigné, dont je ne con-
testerai point la supériorité dans ce genre, est plus intéres-
sante par son style que par ses pensées; elle peint avec beau-
coup de fidélité, de vie et de grâce ; mais le cercle de ses idées
n'est pas très étendu. La cour, la société, les caractères indi-
viduels, et, en fait d'opinions, tout au plus les plus reçues, les
plus à la mode, voilà les bornes qu'elle ne franchit jamais. Il
y a dans les lettres de Julie plus de réflexion; elle s'élance
souvent dans une sphère plus vaste ; ses aperçus sont plus
généraux, et comme il n'y a jamais en elle ni projet, ni pédan-
terie, ni emphase, comme tout est naturel, involontaire,
imprévu, les observations générales qu'elle exprime en une
ligne, parce qu'elles se présentaient à elle, et non parce qu'elle
les cherchait, donnent exclusivement à sa correspondance un
mérite de plus. »
Que sont devenues ces lettres? Nous n'en connaissons que
deux, écrites à M'^" Fusil, qui sont reproduites dans ses Sou-
venirs. C'est trop peu pour asseoir un jugement sur leur mé-
rite, et c'est pour cela que nous avons reproduit, sans y rien
retrancher, ce qu'a écrit Constant à leur sujet. Ce dernier
était en correspondance suivie avec Julie. Sainte-Beuve dit
à cet égard : « Si jamais on publie ses lettres à cette Julie
:^?4 MEMOIRE SUi; «ADOLPHE»
Talrna dont il a tracé un si cliai-mant portrait, je suis per-
suadé qu'elles seront ch.rmantes elles-mêmes, et ici elles
pourraient avoir, sans mentir en rien, les couleurs de l'atta-
chement continu et du dévouement. »
Mais que sont devenues ces lettres?
Aux approches de 1789, Julie ouvrit un salon. Sa grande
fortune lui permit de le soutenir, de lui donner même quelque
éclat, et la rare distinction de son esprit qui était connue
dans le monde des lettres et parmi les artistes, y attira rapi-
dement un grand nombre d'hommes distingués. A l'origine,
le vicomte de Ségur, le comtede Narbonne, Champt'ort, David
et Méehul formèrent le premier noyau de cette réunion :
plus tard, Legouvé, Lemercier, Arnault, Ducis , Rœderer
briguèrent l'honneur d'y être admis ; après eux, MiUin et
Lenoir se lièrent avec Julie.
«Je revis MiUin chez Julie Talma, dit M"* Fusil
Miliin était un homme d'un commerce agréable, faisant mar-
cher ensemble deshabitudes de société et son travail d'anti-
quaire du cabinet des médailles, à la Bibliothèque royale dont
il était le conservateur : ses cours de botanique, d'antiquités,
d'histoire naturelle, ses recherches sur les manuscrits et son
Magasin encyclopédique, son aimable caractère, sa gaieté
inépuisable le faisaient rechercher des jeunes femmes, parce
qu'il les amusait. Tout au travail le matin, tout au plaisir le
soir, il en jouissait comme un homme qui a besoin de distraire
son esprit d'une application fatigante; mais aussi il ne fallait
pas s'aviser de venir l'interrompre dans ses graves occupa-
tions pour lui demander un ouvrage, pour mener quelqu'un
au cabinet des antiques à une heure inaccoutumée. Il me
fit un matin cette réponse laconique : « L'on voit le cabinet
» des antiques à jour fixe ; quant à moi, l'on peut me voir tous
» les jours, mais il faut prendre mieux son temps, n M. Miliin
était un ami dévoué et d'excellent conseil; je lui dois beau-
coup, car il m'a donné l'amour de l'étude. »
Marie-Joseph Chénier fréquentait aussi le salon de Julie,
et devint, par suite de ses relations avec Talma, l'ami intime
de la maison. Il présenta à Julie son frère André qui avait
deux ans de plus que lui. Celui-ci n'avait alors que la répu-
tation d'un journaliste de mérite, et nul ne soupçonnait la
DE BENJAMIN CONSTANT 325
place qu'il devait occuper dans notre littérature comme poète.
Il j a lieu de supposer du reste que ses visites chez Julie
étaient fort rares. 11 en était autrement de son frère à qui
celle-ci avait voué une affection presque maternelle. C'est
surtout dans son salon que Joseph Chénier trouva d'ardents
défenseurs lorsqu'il fut accusé de n'avoir pas empêché l'exé-
cution de sou frère. On disait pour sa justification, et cela
était fondé, que son intervention n'aurait fait que précipiter
la catastrophe qu'il redoutait. Il n'est pas un homme consi-
dérable parmi ses contemporains qui n'ait porté ce juge-
ment, etDaunou,qui l'aimait médiocrement, n'a jamais varié
à ce sujet.
Mais Joseph Chénier, qui était la bonté même, toujours
prêt à rendre service, avait le langage rude et acerbe, une
tendance au dénigrement qu'il ne savait pas réprimer. Ce
vice de caractère lui avait fait beaucoup d'ennemis. Un jour,
raconte M^' Fusil, qu'il parlait du prochain avec le langage
passionné et véhément qui lui était habituel, Julie Talma lui
dit: « Mais taisez-vous donc, méchant bonhomme / \ons rendez
service à tous ces gens-là, et vous vous querellez avec eux ;
ils tairont vos bonnes actions et répéteront vos mauvaises
paroles. Les ennemis se retrouvent dans tous les temps, ils
tourmentent les vivants et troublent la cendre des morts. »
Le salon de Julie ne tarda pas à subir une transformation
complète. La politique y pénétra. Condorcet, Vergniaud,
Guadet, Gensonné, Clavier, Kersaint, Rolland j furent admis.
M"^ Rolland s'y rendit quelquefois avec son mari, mais, pa-
raît-il, très rarement. M™* Fusil déclare ne l'y avoir vue
qu'une seule fois.
L'entrée des Girondins dans ce salon relégua les discussions
littéraires au second plan. On y agita surtout les théories et
les questions politiques qui préoccupaient alors tous les es-
prits. En cela, Julie était dans son centre, dans le milieu qui
lui convenait. Elle avait, en effet, embrassé la cause de la ré-
volution avec une fermeté qu'aucuu événement ne put faire
fléchir. Le régime de la Terreur, qui lui avait enlevé tant
d'amis, des amis si nobles et si purs, ce régime dont elle ne
parlait que pour l'exécrer, ne put l'ébranler : « De ce que les
hommes sont corrompus, disait-elle à Benjamin Constant, il
81
326 MEMOIRE SUR «ADOLPHE»
ne faut pas donner à quelques-uns d'entre eux d'autant plus
de pouvoir; il faut, au contraire, leur en donner moins et
placer dans des institutions sagement combinées du contre-
poids contre leurs vices et leurs faiblesses. »
Cependant, comme tous les salons qui avaient quelque cé-
lébrité, celui de Julie fut emporté par la tourmente révolu-
tionnaire. Une scène qui se passa entre Marat et Dumouriez
dans ce même salon fit qu'on ne put le fréquenter sans dan-
ger. Enfin, la moit des Girondins, la dispersion de tous ceux
qui avaient trop à craindre pour ne s'être pas ménagé une
retraite, les malheurs qui fondirent sur Julie, en précipitèrent
le terme.
Mais revenons à la scène qui eut lieu entre Marat et Du-
mouriez. Ce dernier était rentré à Paris le 16 octobre 1792
pour s'entendre avec le gouvernement au sujet de la guerre
qui se poursuivait en Belgique et de l'armée dont il avait le
commandement. Ce jour-là, il fut invité à une fête que Julie
donna en son hunneur. La réunion était nombreuse et très
brillante, et Dumouriez était naturellement tort entouré, lors-
que tout à coup Marat, qui n'était certainement pas invité,
pénétra dans le salon de Julie.
Le récit des circonstances qui se rapportent à ce fait a été
dressé par Marat. Nous ne pourrions le reproduire sans que
la plume nous tombât des mains, et nous préférons l'emprun-
ter à Mni*" Fusil. Peu de jours après cette scène, elle écrivait
à M""^ Lemoine-Dubarrj, de Toulouse, son intime amie :
« Je ne sais comment vous raconter la scène la plus bizarre
et la plus efirajante qui se soit encore vue, je crois. Pour fê-
ter le général Dumouriez, après sa conquête de la Belgique,
Julie Talma et son mari avaient réuni tous leurs amis dans
leur jolie maison de la rue Chantereine. Vergniaud, Brissot,
Roger-Ducos, Bojer-Fonfrède, Millin, le général Santerre,
J.-M. Chénier, Dugazon, M"^Vestris, M""Desgarcins et Can-
deille, Allard, Souque, Rio uife et Coupigny,nous et plusieurs
autres faisaient partie de cette réunion. M"^ Candeille était
au piano, lorsqu'un bruit confus annonça Tentrée de Marat,
accompagné de Dubuisson, Perejra et Prolj, membres du
Comité de sûreté générale. C'est la première fois de ma vie
que j'ai vu Marat, et j'espère que ce sera la dernière. Mais, si
DE BENJAMIN CONSTANT 327
j'étais peintre, je pourrais faire son portrait tant sa figure
m'a frappée. Il était en carmagnole, un mouchoir de madras,
rouge et sale, autour de la tête, celui avec lequel il couchait
probablement depuis fort longtemps. Des cheveux gras s'en
échappaient par mèches, et son cou était entouré d'un mou-
choir à peine attaché. Je n'ai pas oublié un mot de son dis-
cours, le voici :
» Citoyen, une députation des amis de la liberté s'est ren-
due au bureau de la guerre pour y communiquer les dépêches
qui te concernent. On s'est présenté chez toi; on ne t'a trouvé
nulle part. Nous ne devions pas nous attendre à te rencontrer
dans une semblable maison, au milieu d'un ramas de concu-
bines et de contre-révolutionnaires.
» Talraa s'est avancé et lui a dit : — Citoyen Marat, de quel
droit viens-tu chez moi insulter nos femmes et nos sœurs ?
» — Ne puis-je, ajouta Dumouriez, me reposer des fatigues
de la guerre, au milieu des arts et de mes amis, sans les en-
tendre outrager par des épithètes indécentes?
it — Cette maison est un foyer de contre-révolution.
» Et il sortit en proférant les plus effrayantes menaces.
» Tout le monde resta consterné, car on ne doutait pas
qu'une dénonciation ne s'ensuivît. Quelqu'un voulut plaisan-
ter, mais il riait du bout des lèvres. Dugazon, qui ne perd
jamais sa folle gaieté, prit une cassolette remplie de parfums
pour purifier les endroits où Marat avait passé. Cette plaisan-
terie ramena un peu de gaieté, mais notre soirée fut perdue.»
Dumouriez raconte la même scène dans ses Mémoires :
<( Une femme célèbre de Paris, dit-il, lui (dans ses Mémoires
il parle de lui à la troisième personne) donna une jolie fête,
dont tous les virtuoses de tous les spectacles de Paris lui
firent les honneurs. Plusieurs membres de la Convention et
plusieurs ministres assistèrent à cette fête, qui fut un moment
interrompue par une scène très ridicule, . . . Dans le moment
où l'on ne pensait qu'à jouir de la fête. . . entra Marat qui,
le regardant avec des yeux de fureur, l'interpella brutale-
ment... Le général, le toisant avec mépris, lui répondit:
Ah! c'est vous qu'on appelle Marat? Je n'ai rien à vous dire, et
il lui tourna le dos. »
328 MEMOIRE SUR «ADOLPHE»
Ce qui se passa chez Julie Talma dans la soirée du 16 octo-
bre, a été complètement dénaturé par M. Thiers, dans son
Histoire de la Révolution. M"^ Fusil lui a donné sa véritable
physionomie.
Le 17 octobre, on criait dans les rues de Paris : Grande
conspiration découverte par le citoyen Marat, l'Ami du peuple.
Grand rassemOletnent de Girondins et de contre-révolutionnaires
chez Tabna. On lisait aussi en tête du journal L'ami du peuple :
Achetez ce qu'il y a de plus nouveau, les merles dénichés ou les
orgies du grand Dumouriez, abandonnant les aimées sans ordre
pour venir se montrer dans les petits spectacles de Pa?is et faire
danser les nymphes des Variétés.
Plus tard, Marat prétendit qu'on avait voulu l'assassiner
chez Talma, et ce qu'il en dit fut ensuite opposé aux Giron-
dins devant le Tribunal révolutionnaire [Moniteur du 27 octo-
bre 1793). — Gensonné, interrogé le premier à cet égard,
répondit ; Je ne me l'appelle pus de ce fait. — Vergniaud, ré-
pondit à son tour : J'ai été invité à une /ête qui se donnait chez
Talma, et ou Dumouriez s'est trouvé. Je sais que, lorsqu'on a
annoncé Marat, il s'est fuit un mouvement, mais causé par l'in-
quiétude des femmes. — Lassource répond : Je me trouvai chez
Talma ; mais je n'ai pas entendu parler du projet d'assassiner
Marat. — Le président à Silléry : Vous avez assisté au souper
qu'a donné Talma à Dumouriez ? — Réponse : A cette époque
J'étais en Champagne, auprès de Kellermann.
A la suite de cet interrogatoire, Talma ainsi que Julie com-
prirent qu'ils étaient fort exposés. Julie quitta Paris, et se
réfugia dans une campagne. Talma, qui était soutenu par le
public déjà enthousiaste de son talent, resta à Paris. Néan-
moins, il n'était pas rassuré. Alexandre Duval raconte dans
sa notice surBeniowski « qu'un soir, après avoir joué la tra-
gédie, il lui parut plus sombre qu'à l'ordinaire, et qu'il lui
demanda le sujet de sa tristesse : Il me dit, ajoute-t-il, qu'il
ne pouvait se rendre compte de ses pressentiments, mais qu'il
craignait d'être arrêté au premier moment, et que ce n'est
qu'en tremblant qu'il rentrait chez lui »
Un incident qui mérite d'être raconté, car dans les temps
de crise et de bouleversement, oi\ rien ne ressemble à ce qui
a existé, on ne se rend bien compte de l'état d'un société que
DE BENJAMIN CONSTANT 329
par l'étude des faits particuliers et des situations individuelles,
vint ajouter encore à ses alarmes et à ses angoisses.
Au plus fort de la Terreur, Talma, déjà infidèle à Julie, avait
noué une intrigue avec une actrice, M™^ Vanhove-Petit, dont il
était passionnément épris, et cela au moment où Robespierre
avait jeté les yeux sur elle et en poursuivait la conquête.
« Robespierre venait presque tous les jours au Théâtre fran-
çais, dit M^^ Vanhove-Petit, en parlant d'elle ; la jeune actrice
ne fut pas longtemps sans s'apercevoir qu'elle était l'objet
de cette assiduité. Elle frémit, et craignant les manifestations
d'un amour si fatal, elle chercha les moyens de retarder au
moins une déclaration qu'elle craignait de ne pouvoir long-
temps éviter. Elle se dit malade, et s'abstint de la scène. »
Mais Robespierre savait-il que Talma était son rival? Celui-
ci ne se posait jamais cette question sans que ses craintes ne
redoublassent. Une circonstance, en apparence futile, lui
dévoila à quel point il avait raison de craindre. Il avait com-
mandé à un tailleur une redingote dont il lui avait donné le
modèle, et Robespierre s'adressa au même tailleur pour lui
commander un habit. « Celui-ci, dit encore M™^ Vanhove-
Petit, croyant ajouter à sa réputation de tailleur à la mode,
tout en prenant mesure à Robespierre, lui dit : — Si le citoyen
voulait une petite redingote à la Talma? — A ce nom, une
crispation de nerfs saisit Robespierre, et se manifesta de telle
sorte, que le tailleur tremblant crut voir un tigre le saisir :
— Talma! Talma! répétait Robespierre. »
Le tailleur, effrayé, prit la fuite sans achever de pi'endre
mesure, et courut chez Talma, pour lui raconter ce qu'il avait
entendu. Celui-ci avertit à son tour M"" Vanhove-Petit. « On
peut juger de la frayeur de la jeune actrice, dit-elle, car elle
pensait entrevoir la véritable cause de tant de fureur; par
prudence, elle pria Talma de suspendre ses visites, et ne son-
gea plus qu'à chercher des protecteurs dans les personnes
qu'elle savait être du parti contraire à Robespierre. »
Elle s'adressa en eff'et au comédien Fleury, qui pria Tal-
lien de se constituer son protecteur. Il ne pouvait mieux
s'adresser. Sa protection fut très efficace dans la journée du
9 Thermidor.
Mais revenons au salon de Julie. Il est facile déjuger de sa
330 MEMOIRE SUR « ADOLPHE «
composition. Des généraux, des hommes politiques, des litté-
rateurs, des artistes, des compositeurs, auxquels il faut joindre
tout ce qui était distingué dans le personnel de la Comédie
française, le fréquentaient. Il différait en cela de certains sa-
lons du XVIII* siècle, comme celui de M™" Geoffrin, ou celui
de M"® Du Deffand, oîi se réunissaient presque exclusivement
des hommes qui cultivaient les sciences ou les lettres.
Après le supplice des Girondins, le salon de Julie perdit
une grande partie de son importance comme centre politique.
Riouflfe, Banques, Allard, Langlès, Gorrand avaient remplacé
Vergniaud, Condorcet, Gensonné, et tout ce qu'il y avait de
plus illustre dans leur parti. C'est alors que Riouffe y lisait
son ouvrage sur le régime des prisons et le genre de vie des
prisonniers pendant la Terreur. Si cet ouvrage nous émeut
si vivement lorsqu'un siècle nous sépare des événements aux-
quels il se rapporte, quelle ne devait pas être l'émotion de
ceux qui en avaient été les témoins, et qui, tous, ou i)eu s'en
faut, s'ils n'avaient pas été détenus, avaient été toujours sur
le point de perdre leur liberté, et, avec elle, leur vie.
L'hospitalité était très large chez Julie: M™^ Vanhove-Petit
dit à ce sujet : «Les amis arrivaient pour souper à différentes
heures ; aussi la table était comme permanente, servie et re-
servie pour les nouveaux venus. Julie était l'àme de la société
qui devenait chaque jour plus considérable et plus brillante.
Elle accueillait tous les hommes en réputation : les poètes,
les artistes, les savants accouraient tous à l'hôtel Chante-
reine. »
« Quelles soirées charmantes je passai dans cette douce
société, dit le poète Arnault ! Les jours où Talma avait joué,
il était rare que je ne me laissasse pas entraîner chez eux
avec deux ou trois de leurs amis. Une fois là, il n'y avait plus
moyen de s'en éloigner, et la conversation s'établissait pour
finir quand il plaisait à Dieu. Talma cessait bientôt d'y pren-
dre part, mais non pas d'y assister: harassé par plus d'une
fatigue, à peine le souper matériel était-il terminé, que, sans
sortir de table, il entrait dans un sommeil bien réel, que ne
troublaient pas même les discussions les plus animées. »
« C'est chez Julie que j'ai appris à connaître, à estimer et
DE REN.TAMIN CONSTANT 33 1
à plaindre ces Girondins, que leur modération a conduits à la
mort...
» La conversation nous menait si avant dans la nuit, que,
vu la distance où je me trouvais de mon domicile, — je de-
meurais rue Sainte-Avoie, et Talma rue Chantereine, — il me
fallait rester à coucher chez Talma. L'illusion qui, pendant le
souper, m'avait transporté en Grèce, m'y retenait encore après
le souper : la chambre qu'on me réservait était décorée à la
grecque, et le seul lit grec qui fût alors dans Paris, était celui
oiije m'endormais dans la pourpre, au milieu des trophées. »
Ayant à peu près épuisé ce que les documents connus nous
apprennent sur le salon de Julie, il faut revenir en arrière et
se placer au moment où elle va épouserTalma.
M"^ Contât, dont la grande réputation était déjà faite,
devint, avec M™'' Fusil, l'une des amies les plus intimes de
Julie, lui présenta Talma, qui lui avait inspiré une admi-
ration enthousiaste. A ce sentiment succéda bientôt un senti-
ment plus tendre, Talma crut aimer, Julie aima, et comme elle
n'aimait pas faiblement, elle lui proposa, dès qu'elle le sut
aux prises avec des embarras d'argent où l'avaient précipité
ses folles prodigalités, de payer ses dettes. Cette généreuse
proposition ne pouvait que blesser la fierté du grand acteur»
mais un mariage la rendait acceptable, et il fût convenu.
M™^ Vanhove-Petit, qui est animé contre Julie d'une sorte de
jalousie rétrospective, l'accuse d'avoir acheté, par une sorte
de marché, l'affection de son époux, sans voir que, s'il en était
ainsi, celui-ci l'aurait vendue, ce qui ne lui donnerait pas le
meilleur rôle.
Tout étant convenu entre les deux futurs, leur contrat de
mariage fut dressé le 30 avril 1790. Nous savons par cet acte
que Julie possédait, outre de nombreux contrats de rente, un
hôtel situé rue Chantereine, qui fut acheté par Bonaparte et
Joséphine, et une maison sise rue Chaussée-d'Antin ; c'est
celle où mourut Mirabeau.
Tout étant disposé pour le mariage, Talma s'adressa au curé
de Saint-Sulpice, et ne lui dissimula point sa profession.
Celui-ci lui opposa un refus fondé sur ce que, d'après les règles
canoniques, il ne pouvait administrer à un comédien le sacre-
ment du mariage, avant d'avoir obtenu de sa part une renoncia-
332 MEMOIRE SUK «ADOLPHE»
tion de son état. Ce refus causa dans le monde une vive émo-
tion, et fut généralement blâmé. On se disait que le clergé
ne s'opposait plus au mariage des comédiens, et que le curé
de Saint-Sulpice avait bien moins visé Fauteur que rinteri)rète
du principal personnage de Charles IX. Talma adressa à ce
sujet, à la date du 12 août 1790, une pétition à l'Assemblée
nationale qui fut insérée au Moniteur.
Les deux futurs, ainsi repoussés, prirent le parti de vivre
maritalement, et se fixèrent dans l'hôtel de la rue Chante-
reine. Cette situation, dont ils n'avaient pas voulu, ne pou-
vait se continuer. Julie était devenue grosse. Talma s'adressa
au curé de Notre-Dame de Lorette. Loin de lui décliner t>a
profession, il prit la qualité de bourgeois, et le mariage fut
célébré.
Il était temps. Douze jours après sa célébration, Julie mit
au monde deux jumeaux, qui furent baptisés sous le nom, l'un
de Henri Castor et l'autre de Charles PoUux. Le public, de
plus en plus enthousiaste de Talma, appela l'un Henri VIII et
l'autre Charles IX. Julie, qui tenait en pitié les ridicules chan-
gements qui s'étaient introduits dans l'emploi des prénoms,
appela ses deux enfants, comme manière de protestation, l'un
Félix et l'autre Alexis,
En 1794, elle eut un troisième enfant, auquel on donna le
prénom de Guillaume Tell, et qui mourut peu après sa nais-
sance.
La manière dont Talma administra la fortune de Julie était
ruineuse. Il est possible que celle-ci fût trop indolente pour
diriger et surveiller sa maison, ainsi que le prétend M™"
Vanhove-Petit, mais il est certain que les dépenses étaient
beaucoup plus restreintes avant son mariage; que ses reve-
nus suffisaient pour les couvrir et qu'il n'en fut pas ainsi
après. « Elle en souffrait, dit M™^ Fusil, mais sans se plaindre,
pour ne pas déplaire à son époux, «
Cet esprit de dévouement et de sacrifice ne lui profita pas.
Elle ne put fixer le cœur de Talma. Celui-ci avait d'abord
formé une liaison avec M"^ Desgarcins, sa touchante Desdé-
mone, et l'avait remplacée par unejeune personne qu'il avait
enlevée à son ami Michot. M"e Fusil, très au courant de ses
infidélités, faisait tout au monde pour que Julie n'en fût pas
DE BENJAMIN CONSTANT 333
instruite. Mais uue personne indiscrète se chargea de ce
soin. A partir de là les scènes de jalousie se succédèrent;
Talma, qui en était fort irrité, cessa de se contenir et de
dissimuler, et une séparation devint inévitable. Le premier,
il quitta l'hôtel Chantereine et prit un logement rue de la Loi;
Julie à son tour fut loger rue Matignon, dans une maison ap-
partenant à M°* Condorcet. Julie conserva la garde de ses
enfants et dut donner quelques soins à sa fortune qui était
fort compromise : de 40,000 livres de rente, elle était des-
cendue à 6,000. Du reste, le règlement entre les deux époux
fut très simple ; Talma n'avait rien apporté, et Julie se borna
à lui faire remettre ses costumes, ses casques, ses armures,
et tout un attirail de théâtre qui meublait une grande pièce,
et qui avait coûté des sommes folles.
Cette séparation de fait ne suffisait pas à Talma; il avait
conçu une très vive passion pour cette dame Vanhove- Petit,
que nous avons souvent citée. Il voulait se marier avec elle,
et ne pouvait y arriver qu'en rompant au moyen d'un divorce
l'union qui l'attachait à Julie.
Qu'était-ce donc que cette dame Vanhove-Petit ?
Fille d'un comédien qui joua les pères nobles au Théâtre-
Français pendant vingt-six ans, non sans quelque mérite,
elle naquit à la Haye, le 10 septembre 1771.
Elle débuta au Théâtre-Français le 8 octobre 1785 dans le
rôle d'Iphigénie, de Racine.
Un musicien de ce théâtre à qui elle avait inspiré une vive
passion l'épousa en 1786, à l'âge de quinze ans. Le 26 octobre
1794, elle se séparait de lui par le divorce. Elle était donc
libre au moment où Talma lui proposa de contracter avec
elle un mariage. Mais telle n'était pas la position de celui-ci.
à qui tous ses camarades, et principalement M"* Raucourt,
reprochaient la manière indigne dont il avait traité Julie
après l'avoir ruinée.
M™^ Vanhove connaissait cette circonstance, et c'est pour
cela qu'elle raconte les faits à sa manière, afin d'établir qu'elle
n'a eu aucun tort, - « Cependant, dit-elle, Talma, vivement
épris de la jeune artiste (il s'agit d'elle), voulait franchir
tous les obstacles qui s'opposaient à leur union ; il fallait
donc rompre son mariage par un divorce, et la jeune artiste
3 34 MEMOIRE SUR «ADOLPHE»
s'y opposait avec une invincible détermination. » Elle raconte
ensuite que, pour rompre tout rapport avec Talma, elle prit
un congé et s'absenta. Quand elle reparut sur la scène, elle
lui opposa la même résistance, lorsqu'un accident vint chan-
ger sa résolution. Elle avait fait une chute en sortant de la
scène, et s'était blessée. Après examen, le chirurgien déclara
qu'il fallait sucer sa plaie afin de la faire saigner. Talma se
dévoua, la suça, et acquit ainsi, dit-elle,' des droits impres-
criptibles au cœur et à la main de celle qu'il aimait.
Talma se maria avec M™'' Vanhove, le 16 juin 1802.
En 1810 elle quitta le théâtre.
Peu après sa retraite elle fit jouer au Théâtre-Français
une pièce intitulée : Lequel des Trois, qui n'eut qu'un médio-
cre succès.
Après la mort de Talma, elle épousa le comte de Chalot,
ancien officier supérieur en retraite.
En 1836, elle publia un Traité sur Vart théâtral, qui est
encore consulté avec profit. Le chapitre qu'elle a consacré à
l'art de respirer, qui a une importance capitale dans la dé-
clamation, est reproduit en entier par M. Legouvé, dans l'ou-
vrage qui a pour titre : La lecture en action.
M"^ Vanhove est morte le 18 avril 1860, à l'âge de quatre-
vingt-neuf ans.
Telle est la personne qui allait prendre la place de Julie
Talma. Celle-ci , sollicitée par son époux de consentir au
divorce, résista d'abord, puis céda.
Elle raconte ainsi, dans une lettre adressée à M™^ Fusil,
(le quelle manière s'accomplit le divorce :
« Nous avons été à la municipalité dans la même voiture;
nous avons causé pendant tout le trajet de choses indifi'é-
rentes, comme des gens qui iraient à la campagne; mon
mari m'a donné la main pour descendre, nous nous sommes
assis l'un près de l'autre, et nous avons signé comme si c'était
un contrat ordinaire que nous eussions à passer. En nous
quittant, il m'a accompagnée jusqu'à la voiture.
» — J'espère, lui ai-je dit, que vous ne me priverez pas
tout à fait de votre présence, cela serait trop cruel; vous
reviendrez me voir quelquefois, n'est-ce pas?
DE BENJAMIN CONSTANT 335
» — Certainement, a-t-il répondu d'un air embarrassé,
toujours avec plaisir.
» J'étais pâle, et ma voix était émue, malgré tous les
efforts que je faisais pour me contraindre. Eufin je suis ren-
trée chez moi, et j'ai pu me livrer tout entière à ma douleur.
Plains-moi, car je suis bien malheureuse. »
(i Lorsque je revins à Paris, ajoute M™^ Fusil, je trouvai
Julie entourée de ses enfants et de ses amis ; elle était calme,
mais on voyait qu'elle cachait sa blessure au fond de son
cœur et qu'elle n'en guérirait jamais. Talma la voyait sou-
vent et sa présence était un adoucissement à ses chagrins.
» Talma à son tour était convaincu que M"* Vanhove l'avait
joué, qu'elle n'avait montré tant de répugnance pour la rup-
ture du mariage qui l'unissait à Julie que pour l'exciter à
l'obtenir et se donner le mérite de l'avoir subi ; désabusé et
plus calme, l'image de Julie était toujours présente à son
esprit. Le souvenir du cruel traitement qu'il lui avait in-
fligé le plongeait dans des accès d'abattement et de tristesse
que ne pouvaient dissiper l'admiration de la foule et l'ivresse
des triomphes.
» Aussi, il ne cessa jamais de voir Julie, et, chose étrange,
ils se consolaient mutuellement. »
Une telle situation doit être expliquée. De nos jours, deux
époux qui sont séparés de corps ou qui ont divorcé, puisque
le divorce est admis, du moins jusqu'à nouvel ordre, ne peu-
vent arriver à ce changement d'état qu'en vertu d'un juge-
ment et après un débat public dans lequel ils s'opposent le
plus souvent toutes sortes d'horreurs. Comme on ne sort pas
de cette épreuve sans de larges blessures faites à l'amour-
propre, quand ce n'est pas à la dignité ou à l'honneur per-
sonnel, il ne peut pas se faire que celui qui en souffre prenne
pour confident ou pour consolateur celui qui les a causées.
Mais la loi du 20 septembre 1791 avait admis le divorce
par consentement mutuel, auquel cas il était demandé par les
deux époux, ou même pour incompatibilité d'humeur ou de
caractère, et alors il était demandé par celui qui voulait di-
vorcer contre celui qui refusait son consentement. Les for-
malités étaient très simples dans l'un et l'autre cas. Une
assemblée de parents ou d'amis, le plus souvent d'amis offi-
336 MEMOIRE SUR « ADOLPHE »
eieux et convenablement choisis, entendait les deux époux.
S'ils persistaient dans leur demande, ils comparaissaient de-
vant l'officier de l'état civil qui dressait acte de leur déclara-
tion, et à qui il était interdit de les interroger ou de se livrer
à une tentative de conciliation. Et comme le procès-verbal
était presque toujours rédigé à l'avance, tout consistait pour
les deux époux à arriver, à s'asseoir, à entendre la lecture du
procès-verbal, à signer et à partir. Julie Talma fait allusion
à cette simple formalité dans la lettre qu'elle a écrite à
M""^ Fusil.
Il faut lire les écrits du temps, et plus particulièrement
l'ouvrage que de Bonald écrivit sur le divorce, en 1801, pour
avoir une idée exacte de l'influence déplorable qu'exerça la
loi de 1792. On divorçait comme à plaisir, comme si le ma-
riage n'était qu'un jeu. Le divorce était souvent convenu à
l'avance dans tel cas donné. Ainsi, dans les garnisons, les mi-
litaires se mariaient sous la condition qu'ils divorceraient
lorsqu'ils recevraient un ordre de départ. Au.ssi, c'est à peine
si le divorce laissait une trace dans l'esprit, et deux époux
divorcés qui se rencontraient se saluaient comme de vieilles
connaissances. Il ne faut donc point s'étonner si Julie, qui
n'avait rien perdu de son amour pour Talma, et celui-ci qui
l'avait toujours regrettée, n'avaient jamais cessé de se voir.
Ils se virent jusqu'à la mort de Julie, et M"^ Fusil nous a
transmis en ces termes le récit de leur dernière entrevue :
« Talma la vojait aussi souvent que ses occupations le lui
permettaient. Un jour qu'elle paraissait plus tranquille, elle
lui dit :
» — Voulez-vous venir dîner chez moi jeudi prochain ?
Cela me fera grand plaisir !
>' — Jeudi, je ne le peux, mais lundi pour sûr.
» — Eh bien ! lundi.
» Ils se quittèrent avec une sorte d'émotion, et, malgré sa
faiblesse, elle l'accompagna aussi loin qu'elle put le voir. Il
retourna plusieurs fois la tête et lui fit un dernier adieu de
la main. Fidèle à sa promesse, il revint le lundi; mais quels
furent son effroi et sa stupeur en trouvant le cercueil de cette
pauvre femme sous la porte cochère. Il fut tellement Crappé
de cette mort si prompte, qu'il tomba dans une espèce de
DE BENJAMIN CONSTANT 337
spleen. Il ne pouvait se dissimuler qu'il était la première cause
de sa mort. »
Constant fit la connaissance de Julie vers 1795. Nous con-
naissons cette date par une lettre écrite à M™^ de Nassau, le
24 mai 1805, où il lui disait : Une personne que je connais de-
puis dix ans se meurt de la poitrine. . .
Il est présumable qu'il fit sa connaissance chez M™*^ Con-
dorcet, où elle avait pris un appartement. M"^ de Staël voyait
souvent celle-ci, et M""^ Fusil atteste que c'est chez elle qu'elle
vit Julie, avec qui elle se lia. Constant lui rendait aussi de
fréquentes visites, ainsi qu'il le mentionne dans son journal,
et il rencontra encore chez elle sa locataire. La notoriété que
lui avait donné son salon, son mariage avec Talma, leur sé-
paration, ses malheurs, sa réputation de femme d'esprit et de
cœur, attestée par tous les hommes qui brillaient dans le
monde des lettres, durent exciter sa curiosité toujours en
éveil. Le désir de connaître les personnes qu'il jugeait dignes
de son attention, d'observer et d'épier leur caractère, de dé-
gager un inconnu a été presque toujours dans sa vie le point
de départ de ses relations. Son esprit, qui était merveilleux
dans la conversation, l'aidait à les foi'mer.
A l'origine, il n'y eut entre lui et Julie que des relations de
société. Peu à peu, ils échangèrent quelques lettres. Julie
aimait à correspondre. C'était pour elle l'exercice d'une faculté
supérieure, et elle savait que ses lettres étaient fort appré-
ciées. La vie du monde, telle qu'elle l'avait pratiquée, donne
le désir de plaire, et Constant était trop bon juge pour que
son suffrage lui fût indiflerent. « J'ai reçu, dit celui-ci dans
son journal, une lettre charmante de M°" Talma et d'autres
amis. Je suis bien aise de les revoir, mais à la condition de
les quitter au plus tôt. »
Dans la suite, fidèle à ses habitudes, il fit le tour de sa nou-
velle amie et analysa son caractère. Les observations qu'il
recueillit étaient consignées dans diverses notes qui sont in-
dépendantes du portrait qu'il en a tracé. « Si on lisait, dit-il
dans son journal, ce que j'ai écrit quelquefois sur cette
femme si distinguée, on ne croirait pas au regret amer et à
la douleur que sa perte me fit éprouver. » Tout d'abord les
critiques, ainsi qu'il l'indique, ne lui furent pas épargnées ;
338 MEMOIRE SUR « ADOLPHE »
mais, plus tard, séduit par ses rares qualités, il écrivit le por-
trait qu'il a publié, où l'éloge domine.
« Elle n'était plus jeune, dit-il dans ce portrait, quand je
la rencontrai pour la première fois (elle avait alors quarante
ans); le temps des orages était passé pour elle ; il n'exista
jamais entre nous que de l'amitié. Mais, comme il arrive sou-
vent aux femmes que la nature a douées d'une sensibilité vé-
ritable et qui ont éprouvé de vives émotions, son amitié avait
quelque chose de tendre et de passionné qui lui donnait un
charme particulier. »
La discrétion n'était pas le fort de Benjamin dans les affai-
res de cœur, et, comme le dit Charles à Rosalie, il ne tenait
pas ses liaisons secrètes; il faut donc le croire lorsqu'il déclare
qu'il n'y eut entre lui et Julie que de l'amitié. Du reste, ce
n'est que vers 1804, a un moment où sa santé était forte-
ment ébranlée, que l'amitié qui l'unissait à Constant devint
intime et prit le caractère d'un réel dévouement.
En 1804, elle perdit un de ses fils. « Je n'essaierai pas de
peindre sa douleur, dit M™^ Fusil ; il est des malheurs qui re-
nouvellent des souvenirs trop cruels. M"® Contât, dont elle
était restée l'amie, l'emmena à sa campagne d'Ivrj. Elle j
demeura assez longtemps, et elle commençait à reprendre
quelque calme, lorsque son second fils tomba malade. La
frayeur de cette tendre mère fut extrême ; elle tremblait de
le perdre comme le premier, d'autant plus qu'on le croyait
attaqué de la poitrine ; Julie l'emmena en Suisse, espérant que
le climat le rétablirait. »
Les médecins lui avaient en efî'et conseillé de passer l'été
en Suisse, et elle s'était fixée à Soleure. Elle fit part de son
arrivée dans cette ville à Benjamin qui résidait alorsàCoppet,
et qui se rendit aussitôt auprès d'ele.
« Le plaisir de trouver M""^ Talma à Soleure, écrit-il dans
son journal, est gâté par le grave état de son fils. Je crois
qu'elle cherche à se faire illusion comme c'est le cas de beau-
coup de gens. Cela met la sensibilité plus à l'aise. Cette
femme a besoin de s'agiter et de s'étourdir. Heureux qui se
replie sur lui-même, qui ne demande point de bonheur, qui
vit avec sa pensée et attend la mort sans s'épuiser en vaines
tentatives pour adoucir ou embellir sa vie.
DE BENJAMIN CONSTANT 3 39
Quelques jours après son retour à Coppet, il écrit encore :
« Reçu une lettre de M™^ Talma. C'est la personne que
j'aime, non pas le plus vivement, mais le plus sans mélange
et sans regret de l'aimer. Son fils va mieux. Quand il était si
malade à Soleure, M™" Talma m'a fourni un singulier exem-
ple de l'attachement fanatique qu'on conserve pour les opi-
nions de sa jeunesse. Elevée dans l'incrédulité, cette mère
mettait un désir ardent à ce que son fils ne crût pas à l'im-
mortalité de l'âme, et je suis sûr qu'elle aurait discuté avec
luià l'agonie, s'il avait réclamé des consolations dans ce sens.
Cependant M"* Talma était une bonne femme, spirituelle,
dont toutes les affections sont concentrées sur cet enfant. Oh!
inexplicable nature humaine (1)! »
Le second enfant de Julie mourut de la poitrine, «De re-
tour à Paris, dit M""* Fusil, sa douleur s'était changée en une
espèce d'anéantissement. Lorsqu'on cherchait à la distraire
de cette continuelle rêverie : — Je pense à Félix, disait-elle.
Une autre fois: — Je pense à Alexis. — Mais vous vous tuez!
— Non, cela me fait plaisir. » Nous ne savons si Julie, sans
cesse penchée sur son fils, respirant son haleine, trouva dans
ce contact le germe de la maladie qui devait l'emporter. Mais
dans tous les cas les chagrins et la fatigue eurent une large
part dans l'affaiblissement de sa santé.
La maladie de Julie prit, dès l'apparition des premiers
sjmpiômes, un caractère de gravité qui indiquait une issue
prochaine et fatale : « Elle fut obligée, dit Constant, trop rapi-
dement de s'occuper d'elle pour que d'autres pensées conti-
nuassent à dominer dans son âme : sa maladie lui servit en
quelque sorte de consolation, et la nature, par un instinct
involontaire, recula devant la destruction qui s'avançait et la
rattacha à l'existence. »
La fin de Julie approche, et Constant ne cesse de l'assister
et de lui prodiguer des consolations.
Arrivés en ce point, nous n'avons plus qu'à réunir en un
tout les fragments épars de son journal :
(1) Les particularités que contient le journal figurent aussi dans le
poi'trait de Julie avec quelques variantes sans importance. Nous suivons
le journal qui exprime sans apprêts et avec plus de sûreté la véritable
pensée de Constant.
340 MEMOIKE SUR «ADOLPHE»
« M™^ Talma est au plus mal; les médecins sont impuis
sants, l'art insuffisant et, la nature inexorable. J'écrivais que
M°"= Talma ne m'avait jamais fait que du plaisir, sans jamais
me causer aucune peine. Elle se meurt !
» Je dîne chez M™^ Talma mourante, mais plus aimable que
jamais.... Il n'j a plus aucune ressource. Ses prétendus amis
s'agitent autour d'elle pour en avoir quelque dépouille, et
leur triste calcul se déguise sous un air d'espérance et de
conliance dans son rétablissement. Son caractère est presque
entièrement changé par la maladie. Elle est inquiète, minu-
tieuse, avide. Elle, si généreuse ! Pauvre nature humaine l
Qu'est-ce que cette âme qui perd, non seulement les moyens
de se développer lorsque les organes s'affaiblissent, mais qui
change d'inclination comme de nature morale 1 Quelle liaison
peut-il j avoir entre des qualités et des défauts comme l'avi-
dité, par exemple, et un mal physique ? C'est un phénomène
plus étrange que la folie qui, elle, peut s'expliquer par la
cessation de la communication de l'âme avec ses organes ;
mais ici, c'est une autre âme, pour ainsi dire, qui se met à la
place de l'ancienne. Car quel rapport j a-t-il entre cette
avidité qui surgit et la plus grande libéralité qui a toujours
régné ?
» Je passe la journée et la nuit auprès de M°* Talma qui
est près de sa fin. J'y étudie la mort. Elle a repris toutes ses
facultés ; de l'esprit, de la grâce, de la mémoire, de la gaîté,
et la même vivacité dans ses opinions. Tout cela sera-t-il
anéanti ? On voit clairement que ce qu'elle a conservé de son
âme n'est que gêné par la faiblesse du corps, mais point dimi-
nué intrinsèquement. 11 est certain que si on prenait ce qui
la fait penser, parler, son intelligence en un mot, toutes ses
facultés qui font que je l'ai tant aimée, et qu'on transportât
tout cela dans un autre corps, tout cela revivrait. Ses orga-
nes sont détruits, ses yeux n'y voient plus, elle ne respire
qu'avec effort, elle ne peut soulever le bras, et cependant il
n'y a pas d'atteinte portée à la partie intellectuelle. Pourquoi
la mort, qui n'est que le complément de cette faiblesse, y por-
terait-elle atteinte ? L'instrument faussé et demi-brisé la
laisse entièrement telle qu'elle était. Pourquoi l'instrument,
complètement brisé, ne laisserait-il pas cet intérieur intact?
DE BENJAMIN CONSTANT 341
Le spectacle de la mort dans cette occasion me fait entrevoir
des idées auxquelles je n'étais pas porté.
» Elle est morte. C'en est fait, fait pour jamais ! Bonne et
douce amie ! Je l'ai vue mourir, je l'ai soutenue longtemps.
A présent tu n'existes plus. Ma douleur était suspendue par
l'espoir de te sauver encore une fois. J'ai contemplé la mort
sans effroi, car je n'ai rien vu d'assez violent pour briser cette
intelligence qui me laisse un si vif souvenir. Immortalité de
l'âme : énigme inextricable.
» La mort semble une force étrangère qui vient fondre sur
notre pauvre nature, et ne lâche prise qu'après l'avoir étouf-
fée. M™^ Talma, au moment de cette dernière crise, a eu le
mouvement de s'enfuir : elle s'est soulevée avec force. Elle
avait toute sa tête ; elle entendait tout ce qu'on proposait
autour d'elle, et dirigeait elle-même les secours projetés.
Qu'est-ce donc que celte intelligence qui ressemblait à un
général vaincu donnant encore des ordres à une armée en
déroute? »
A ce tableau, il faut joindre la lettre que Constant écrivait
à sa tante, M""* de Nassau, le 24 mars 1805, quelques jours
avant la mort de Julie :
« Une personne, lui dit-il, que je connaissais depuis dix
ans, et à laquelle je suis tendrement attaché, se meurt de la
poitrine. C'est la même personne que j'ai été voir, l'an der-
nier, à Soleure, et qui a vu mourir son fils il y a quelques
mois. La douleur et la fatigue des soins qu'elle lui a donnés
l'ont jeté dans un état sans ressources, les médecins l'ont con-
damnée, et je suis le triste spectateur de cette destruction
graduelle et douloureuse. Elle trouve encore quelques plaisirs
aux soins que je lui rends, et je passe presque la totalité de
mes journées à m'entretenir avec elle de projets que je sais
au fond du cœur ne devoir se réaliser jamais, et malheureux
également de ses illusions et de ses souffrances. En perdant
cette malheureuse femme, je perds ma société la plus habi-
tuelle, le lieu de réunion de la plupart de mes amis, la per-
sonne à qui, dans Paris, j'avais le plus de confiance, celle qui
m'aimait de la manière la plus désintéressée et la plus douce,
enfin une femme qui m'a souvent fait du plaisir, et qui ne
m'a jamais causé aucune peine. »
22
342 MEMOIRE SUR «ADOLPHE»
.( J'assiste à renterrement de M™^ Talma avec un petit
nombre d'amis, dit encore Benjamin dans son journal, profon-
dément émus et affectés. J'ai craint un moment de ne pouvoir
supporter cette lugubre cérémonie, doublement triste quand
je me retrace la grâce, la gaieté et la bienveillance de celle
qui était renfermée dans cet étroit cercueil. La cérémonie
seule était une vaine pompe où chacun jouait son rôle, où les
prêtres psalmodiaient pour de l'argent et où tout était méca-
nique. Bizarre état de choses dans lequel ceux-là même qui
prétendent relever la religion, ceux qui se disent ses ministres,
ne se donnent pas la peine de paraître recueillis et convaincus.
Une seule partie de la cérémonie m'a semblé avoir quelque
chose de touchant. C'est le salut que font les prêtres en passant
devant le corps et l'action de faire bénir le cercueil par chacun
des assistants. Ce salut souvent répété est une marque de
souvenir et d'adieu qui m'a laissé une impression douce.
J'éprouvais un sentiment de reconnaissance pour ces hommes
qui donnaient encore un témoignage de respect à celle qui
n'était plus. »
Tout ce que dit Constant de Julie, soit dans son journal,
soit dans le portrait qu'il lui a consacré, indique qu'il ny avait
entre eux qu'une amitié douce, unie, sans mélange, que n'avait
traversée aucun orage. C'est le contraire d'EUénore. Cependant
il est certain que Constant lui a emprunté dans le roman les
principales circonstances de sa maladie et de sa mort. Charles
avaitété fixé à cet égard pendant son séjour à Paris, et, comme
ni le portrait de Julie ni le journal n'avaient encore vu le
jour, il faut admettre que Constant s'était confié sur ce point
à quelques personnes. S'il s'était confié à M"^ Récamier, ce
qui est très présumable, celle-ci dut s'appuyer sur cette con-
fidence pour démontrer que M"^ de Staël, qui vivait encore,
n'avait rien de commun ave Ellénore.
Quoi qu'il en soit, le changement que subit le caractère de
Julie pendant le cours de sa maladie, le retour à sa nature
propre aux approches de la mort, les réflexions qu'inspirent
à Constant les cérémonies religieuses qui ont présidé à sa
sépulture, tout cela est passé dans le roman. Il est vrai que
Julie ne reçut pas les derniers sacrements comme Ellénore,
mais le roman finit à la mort de celle-ci, et comme Benjamin
DE BENJAMIN CONSTANT 34 3
avait assisté à la sépulture de Julie, il confondit dans une
même impression les deux cérémonies, qui, en effet, ont bien
des points communs, et reproduisit, à l'occasion de Tune et
de l'autre, dans le roman, comme dans le journal et le portrait
de Julie, sous forme de réflexion générale, la thèse qui domine
dans son ouvrage sur la religion, c'est que les formes reli-
gieuses nuisent au sentiment religieux.
C'est surtout le souvenir de la mort de Julie qui l'a inspiré
dans le dénouement du roman d'Adolphe. La vue des derniers
moments d'une personne aimée laisse dans l'âme des traces
si profondes que le temps n'en peut effacer les nuances les
plus fugitives. On peut être convaincu que Constant, au mo-
ment où il traçait la mort d'Ellénore, s'était transporté par la
pensée dans la chambre oii Julie avait rendu le dernier sou-
pir, et que cette évocation l'avait inspiré lorsqu'il en avait
fait le récit avec une si poignante émotion.
Un exemple fera mieux comprendre ce procédé de compo-
sition. Julie meurt de la poitrine, c'est-à-dire par asphyxie.
Elle conserve sa connaissance dans l'agonie, et sa volonté
dirige ses derniers mouvements. Comme si elle était aux pri-
ses avec un ennemi invisible qui a conjuré sa perte, elle veut
fuir ; elle rassemble ses forces et se projette en arrière pour
se soustraire à ses attaques. Constant avait observé ce phéno-
mène lorsqu'il avait assisté à la mort de Julie ; il le reproduit
lorsqu'il trace le récit de la mort d'Ellénore.
Mais qu'importent de tels rapprochements. Ce n'est point
par un fait particulier comme la mort ou par quelques traits
généraux, c'est par l'ensemble de tous les traits que les res-
semblances s'établissent. Non, Julie n'est pas Ellénore, et
nous sommes encore conduits par ce travail d'élimination à
W^'de Staël.
Tout démontre que Benjamin Constant n'a plus songé à
M™^ de Staël, lorsqu'il a tracé le portrait du personnage qui
occupe dans son roman d'Adolphe le rôle principal.
Lorsqu'il s'occupe de M"" de Staël, il songe, peu après
que la liaison s'est formée, à l'ennui que lui causent ses exigen-
ces, et à l'atteinte portée à sa liberté. Mais, après avoir déclaré
à quel point sa liberté a été compromise, il ne voit en elle
344 MEMOIRE SUR «ADOLPHE»
qu'un tyran qui l'opprime et raconte les violences auxiiuelles
elle se livre lorsqu'elle le soupçonne de tiédeur.
On peut voir dans une récente publication, — le Mémorial
de Norvins, — comment un beau jour, sous l'influence de
l'oppression dont il se croyait la victime, il simule un accès
de folie. Si bien que Mathieu de Montmorency s'écria : «Qu'on
jette par la fenêtre cet homme qui ne fait que troubler cette
maison et qui la déshonore par un suicide. »
En même temps que B. Constant avait voué à M"" de Staël
une haine profonde, il ne pouvait se séparer d'elle, et la rup-
ture ne devint définitive qu'après qu'il eut convolé à de se-
condes noces.
Il n'y a rien dans de telles relations qui ressemble au por-
trait d'Ellénore si douce, si résignée, en même temps si mal-
heureuse. Il est donc inutile d'insister sur ce point.
Emile Cauvkt.
VARIETES
Un précurseur de Montricher
(Projet de canal de la Durance a Marseille en 1702 j '
SlKE
Henry de la Cerre, compte d'Albataire et de Palade, repré-
sente très-humblement â vostre Majesté que la Provence étant
la plus stérile en eau des provinces du royaume, il a trouvé le
moyen de faire ouvrir un canal entre Peyrolles et Mirabeau,
en prenant un bras de la rivière de Durance pour la faire pas-
ser à Aix et descendre ensuite dans le terroir de Marseille.
Il a fait cette découverte lorsqu il a visité cette province
aussy bien que le reste du royaume par ordre du feu sieur de
Louvois, pour chercher les moyens d'augmenter la gloire de
votre règne par des ouvrages publics utiles à vostre royaume.
Ce canal produira trois avantages considérables: le premier
que ce canal arrosant la plus grande partie de ce terroir y
produiraTabondance, le second est que les deux villes d'Aix et
de Marseille, se trouvant sans bois ny charbon, ne brûlant que
de bois (sic) d'olivier qui ne peuventdurerlongtemps, ce canal
leur produira des bois et pour les batimens et pour le chau-
fage et des charbons en abondance par le moyen des bois qui
sont dans un valon de Provence qui est du costé de Colmars
}) roche le Piémont, dans lequel valon il y a une très grande
quantité de bois qui pourront decendre par ce canal ; le troi-
sième avantage est qu'il y a dans ce vallon un très grand nom-
bre d'arbres propres à la construction des vaisseaux, des galères
et aux mats qui y sont nécessaires, ce qui épargnera des som-
1 Arles, Bibl. munie. MélariKus de J.-B. Vallicre, 380.
346 VARIETES
mes considérables à Votre Majesté, qui est réduite à faire ve-
nir les bois pour les vaisseaux et g-alères, soitde Norwège, de
Savoye et Dauphiné, ce qui coûte des sommes immenses. Il
suplie très humblement Vostre Majesté de luy en accorder le
don à perpétuité comme elle a fait au sieur Riquet. Le supliant
se chargera d'indemniser les particuliers dont les terres seront
prises pour la confection du canal, suivant l'estimation qui en
sera faite par le sieur intendant de la province, et il conti-
nuera ses vœux et ses prières pour la santé et prospérité de
Vostre Majesté.
Lettre écrite ^)ar M. de Chamillart à M. le Bret
à Versailles, le 14 inay 1702.
Monsieur.
Je vous envoyé un ])lacet qui a esté présenté au Roy, par
lequel on propose de faire ouvrir un canal entre Feyrolles et
Mirabeau en prenant un bras de la Durance pour la faire pas-
ser à Aix et descendre ensuite dans le terroir de Marseille. Je
vous prie d'examiner si cela est praticable, et me donner vos-
tre avis sur ce projet en me renvoyant le piacet, afin de me
mètre en estât d'en rendre compte au Roy. Je suis, etc ;
Signé: Chamillart.
Au reply. Piacet présenté au Roy Par le sieur de la Paladc
au subjet de faire ouvrir un canal de Durance passant par Aix
et dessendre à Marseille.
Le 14-= may 1702.
CHRONIQUE
Dans les universités. — Il est créé une conférence d'espagnol à
la Faculté des lettres de l'IJniversité de Bordeaux. M. Cirot, déjà
maître de conférences à cette Université, est chargé du nouvel ensei-
gnement
Cette création, comme celle de la Faculté de Rennes, que nous
avons précédemment annoncée, a été faite avec des fonds d'Uni-
versité.
La Revue universitaire (15 juillet 1898) publie la lettic suivante:
IMoNSiEUR LE Directeur,
Je désirerais ajouter un mot à l'article si intéressant de M. G.
Dottin sur l'Étude des parlers Provinciaux [Revue universitaire,
17 mars 1898, p. 200 et suiv.) et le compléter sur un point: « La
méthode à suivre dans les rechei'ches dialectales a été exposée dès
1866... par M. Paul Meyer. » Et M. D..., énumérani les revues qui
s'occupent de cette question, cite la Revue des Patois gallo-romans,
la Revue de Philologie fratzçaise et provençale et le Bulletin de la
Société des Parlers de France. Pourquoi M. D. a-t-il oublié, à côté
de ces importantes revues, la Revue des Langues romanes de Mont-
pellier, qui, elle aussi, et depuis vingt-cinq ans, a donné le précepte
et l'exemple ? Ce n'est pas le lieu d'énumérer pour les lecteurs de la
Revue universitaire les travaux qu'elle a publiés sur les dialectes
méridionaux, mais il serait injuste, il me semble, d'oublier une revue
qui a rendu de grands services aux études romanes en général, et
aux études de dialectologie en particulier. Cet oubli serait d'autant
plus fâcheux qu'elle est inspirée par un des maîtres de la philologie
romane et contemporaine.
J. Anglade.
La Société des Langues Romanes s'est occupée, dans une de ses
dernières réunions, des déformations et des corruptions de mots. On
34 8 CHRONIQUE
uoiis permettra de rapporter ici uue série d'exemples, tirés de la lan-
gue médicale technique, qui sont caractéristiques. Si quelques-unes
de ces corruptions trahissent une origine savante et artificielle, la
plupart semblent très vraisemblables et toutes sont pittoresques. C'est
ainsi qu'on est amené à dire : Un chiffon d'aut' sexe pour un siphon
d'eau de Seltz ; — un bézigue à trois pour un vésicatoire ; — une
fièvre ophicléide pour une fièvre typhoïde ; — un hyppolite dans le
nez pour un polype dans le nez ; — du corail de potasse pour du
chlorate de potasse ; — une distinction de voix pour une extinction
de voix ; — des émeraudes à l'anus 2^our des hémorrhoïdes ; — se
faire sculpter pour se faire ausculter ; — une salubrité médicale pour
une célébrité médicale ; — la danse du syndic pour la danse de
Saint-Guy ; — un cata[ilasme humiliant ^owr un cataplasme émoUient;
— être en liturgie pour être en léthargie : — une perte au profit du cœur
pour une hypertrophie du cœur ; — les sept psaumes de la rage pour
les symptômes de la rage ; — un tube d'Hercule pour un tubercule ; —
l'huile d'Henri V pour l'huile de ricin ; — du baume de Paul de Kock
pour du baume oppodeldoch ; — deux sous de calomnie contre Thypo-
erisie pour deux sous de camomille contre l'hydropisie ; — une pré-
tention d'urine pour une rétention d'urine ; — une apoplexie sérieuse
pour une apoplexie séreuse ; — des gros dindons de Rome pour des
rhododendrons ; — du pet de Julie pour du patchouli ; — les palmes
des anémiques pour les palmes académiques.
Le Gérimt resjynnsahie : P. Hamelin.
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS
J'ai attendu longtemps avant de faire imprimer la copie
partielle et vicieuse du célèbre chansonnier de Bernart Amo-
ros, conservée actuellement à la bibliothèque Riccardienne de
Florence et que Bartsch désigne par la lettre a. J'espérais
toujours que l'original, dont l'existence est encore attestée
au XVP siècle et qui appartenait alors au Florentin Lione
Strozzi, se retrouverait comme il m'est arrivé à moi-même de
retrouver deux autres manuscrits (c« et F«) de la même époque
dans lesquels un certain Piero di Simon del Nero a inséré les
variantes de 38 chansons omises par le copiste de a. Mais après
tant d'années de vaine attente, après tant d'investigations
sans effet, il semble bien qu'il faut considérer le manuscrit
original comme définitivement perdu. Je mo suis donc décidé
à publier le texte de la copie partielle qu'en fit, en 1589, Jac-
ques Tessier de Tarascon et qui, à la fin du XVP siècle, fut
corrigée par ce Piero di Simon del Nero, dont nous parlions
plus haut. Pour plus de détails sur ce manuscrit, je renvoie
aux descriptions détaillées qui en ont été données par
MM. Griitzmacher ', Bartsch- et par moi-même dans V Intro-
duction à mon édition des deux plus anciennes gramviaires pro-
vençales (Marburg, 187<s). Je reproduis le texte tel quel, ne
corrigeant en note que les fautes les plus évidentes du dernier
copiste. Pour en rendre la lecture plus facile, j'ai coupé les
lignes d'après les formules des strophes, tandis que Jacques
Tessier ne sépare les vers que par des points, du reste sou-
vent absents et souvent aussi mal placés. Enfin, j'ai numéroté
les strui)hes et les vei's et j'ai accompagné ch-ique pièce du
numéro qu'elle a dans le catdlogue de Butscli. Les abrévia-
tions du manuîicrit qui ne sauraient être reproduites par i'im-
primerie, ont été résolues et indiquées par des lettres ita-
liques. Enfin j'ajouterai que j'ai inséré à leur place les trente-
i Cf. Archiv, de Herrig XXXIII, pp. 427 sq.
2 Cf. Jahrbuch f. rom. u. enqt. Spr. u. Lit., XI, pp. 11 sq .
TOME III DE LA CINQUIÈME SERIE. — Aoùt-Novembre 1898. 23
.•^r.O I,E CHANSONxVIER DK BRRNART AMOROS
huit chansons ci-dessus mentionnées, en accompagnant le
texte de c" et F" des variantes qu'ils nous ont conservées du
chansonnier de Bernard Amoros.
Greifswald, juillet. 1898.
E. Stengel.
[F. 1 r"] [Notice préliminaire
de Bernart Amoros]
Eli bernartz amoros clergues
scriptors daq^jest libre si fui dal-
uergna don soa estât maint bon
trobador e fui duna uilla que a
nom saint fior de planeza e sui
usatz luenc temps per proenza
per las encontradas on son moût
de bonz trobadors & ai uistas et
auzidas maintas bonas chanzos.
et ai après tant en lart de tro-
bar qeu sai cognoisser e deuezir
en rimas & en uulgar & en lati
per cas e per verbe lo dreig tro-
bar d'I fais. Per queu die qe en
bona fe eu ai escrig en aqest
libre drechamen lo miels qleu
ai sauput e pogiit. e si ai moût
emendat daquo qieu trobei en lis-
semple don ieu o tiejn e bon e
dreig. segon lo dreig lengatge.
Per qieu prec chascun que non
sentraraeton de emendar egran-
men que si ben i trobes cors de
penna en alcuna letra chascuns
homs si truep paiic no saubes po-
graleumen auer drecha lentencio.
& autre {s)'fail non cuig qe i sia
bonamen. que granz faillirs es
dôme que si fai emendador si-
tôt ades non a lentencion. qe
maintas uetz per frachura denteu-
dimen uenon afollat maint bon
mot obrat primamen e dauinen
razo. si corn dis uns sauis. blas-
mat uenon per frachura denten-
dimen obra para [maintas uetz
de razon prima per] main tz fols qes
tenon lima, mas ieu mea sui
ben gardatz. que maint luec son
quea non ai ben aut lentendimen
per qieu noi ai ren uolgutmudar.
per paor qieu non pelures lobraqMe
truep uolgra esser pn'ms e sutils
hom qi o pogues tôt entendre
specialmen de las chanzos den
Giraut de borneill lo maestre. e
son en en aqest libre chanzo. e si-
ruentes. e descort. e teuzon. dccv.
[F. 1 v"] [Biographie
de Giraut de Borneil]
Giraut de Bornel si fo de le-
mozi de lencontrada do. capdueil
dun rie castel del uescomte de
lemozi. e fo hom de bas afar.
mas sauis hom fo de letras e de
sen natural. e fo meiller trobaire
qe negus daqels qeron estât
den an ni foron après lui per qe
fo appelatz maestre dels troba-
dors. & es ancar per totz aqels
qe benentendon subtils ditz ni be
pauzatz damor ni de sen. fort fo
onratz per los ualenz homes.
' Au-dessous de la lettre s le correcteui' a mis un point, ce qui veut
dire que s doit être effacée.
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS
351
per los entendenz e per las bonas
dompnas qentendian lo sien
amaestramen de las chanzos. e la
soa guisa si era aitals qe tôt lin-
uern estaaa a escola & apreadia
letras. e tôt lestât anaua per cor tz
e menaua dos chantadors qe
chantauan las soas chanzos. non
uolc mais muillier. e tôt zo qe
guazagnaua daua a sos paubres
parenz. e a la gleisa de la uilla
dont el nàsquet. la cals uilla e la
gleisa auia nom e ha anqera
saint Geruais.
[CHANSONS\
1*
F. 2 r"] GIRAUT DE BORNEL
(= B. Gr. 242,41)
I. Jois sial comensamentz
E fis ab bona ventura
Dun non chant qeracomentz
Quav sobrauinentz
5 Ses e bona ma razos
De faire zanzos
Solora dir qes faillimentz
Et es bes e chausimentz
Cunsquecs chan
10 E dig e mostr en chantan
Qan ries gazardos uen '
Cel qi dieu ser bonamen.
II. Perqieu qi ner alqes lentz
Nom teing per man ^ des-
[criptura
Cal chantar no torn iauzentz
Tan bem sembla genz
5 E fis lo mestiers cab sos
I uueil far sosmos ^
E precs contrais nonohalenz
Cui ors fail enanz cargenz
Per qestan
10 Cal seruizi dieu no uan
De paians e dauol gen
Desliurar lo monumen.
III. E qui dels fais mescrezens
Nos pensa nis dona cura
Non caia lut ^ ardimentz
Viu con recrezentz
5 Cane messier ^ luecs non
[cre fos
Desprouar los pros
Qarmat de bels garnimenz
Sobre lor destrers correnz
Conqeiran
10 Benanansa e ualor gran
Don seran, pois uiu manen
E si moron eissamen.
IV. Mas qe ual esbaudimenz
Al cors sel caps des rancura
Ni qe ual forsa ni senz
Can non es paruenz
5 Dieus qes lo caps e la cros
Don nos uen sai jos
Lo bens e lenseignjamenz
E ladreitz chaptenemenz
Qe lenjan
* Sur la marge supérieure de la page 3 se lit la note suivante :
« Questa canzone era quasi scancellata e cosi ilprincipio délia seguente
e si è copiata conietturando dall ombre e uestigi délie lettere perô ci
puô esser qualche errore.» Cette note est de la main de Piero di Simon
del Nero, le correcteur du ms. C'est lui aussi qui a écrit les trois pre-
miers feuillets du ms. ajoutés postérieurement . — ' lisez: aten — ^ corrigé
en : maiz — 3 corrigé en : sesmos, lisez : sermos — ■* c. e» : lur — " /. ;
melher
352
r,E CHANSONNIER I)F BERNART AMOROS
10 E la pen el maltalan
E uilan chaptenemen
Gallon de la cara creissen.
V. Pois car es comandamenz
Couen mentrom uiu ni dura
Ca dieu si obediens
Garnies ni parens
5 Ni lai'ja possessios
Ni conqis ni dos
No uairan ' dos aiguilens
Al estreigner de las denz
Mas penran
10 Segon qe seruid auran
Eil mal tormens
Senz fia perdurablamen.
VI. Ai dieus cam paucualiouenz
Qins el cors creis e meillura
Si pert lo meilluramenz
Reis omnipotenz
5 Anz qeil ^ chanje la sazos
En qom em ^ bos
Qes '• es paucs pros e nienz
Si sal 5 colpas penedenz
Non eschan
10 Dieu seruen el cors forsan
Qaissi ueran [F" 2 v°]
[ueramen
Al sieu prnner estamen.
VII. Per qem par recrezemeuz
Ab ris ^ qes mager ordura
Los mais nils tiichamenz
Qera fans " ni ualeitz *
5 Estei del anar copros ^
Pos es sospechos
Cala negreirer '" gairenz
E las penas els turmens
Qeill iêtan **
10 Ira dieus mesuran
Sil plaz uenjan erpenraz ^*
Merce mesclat ab spauen.
VIII. Qarlaten ben sos couenz
Qi qelsan
Sor mouon*^
E rent als lares lariimen
Gonlargseignerlarcpresen.
IX. E plasial cals sieus presen
Samor loiues o uen.
[FoSroJGlRAUTZDE BORNEL
(= B. Gr. 242, 31)
1. De chantar
Mi for entrâmes
Pro uers per aeha'* de solatz
Seu uis qe bos chans fos
[amatz
5 Pero sagues aiuda
De razon o de druda
Valen
Jes non defen
Qeu non chantes anqera
10 Tan mes esquiu e fera
La perd el danz
Garaissi remain lois e chanz
E près e galaubia
Quar appellom follia
15 Sim depoi'tni mesiauni chan
E non faz so qel autre fan.
II. Mas nom par
Gom sia cortes
Qi totz iorns uolesser senatz
Ben m.'igrada bella foudatz
5 Lûïgnada e retenguda
Si com temps e luecs muda
Qel [sen] fai pareisen
' /. : uairan — - /. : qeis — ^ c. en
sas — *• c. en : Al reis — ' c. en : faus.
doptos — 10 /. : Cal anar sera — '•
: ens, /. : era — '' l. : Qer — ' l. :
l. : sans — ^ c. en : ualenz — ^ I. :
l. : uenran — '* /. : uenran e per
cen — *3 /.: somouen — ** L : Pro uetz per cocha
LE CHANSONNIER DE
El enas ' e lesmera
10 Qieu eis qi chan lesqera
Per uer enanz
Qe chantes si lois fos afanz
Ni trebails cortezia
Ja dieus son pron non sia
15 Qi laisa ioi ni bel semblan
Per maluestat ni per enjan.
III. Oblidar
Volgra seu pogues
Masnô puescsodonsui iratz
Qieu ueia las granzpoestatz
5 Laissar solatz e bruida
Cun ampla recrezuda
Per pren
Qe toi iouen
El encauz e lesseira ^
10 Sapchas qieu non cuiera
Qe de milanz
Fos tan baissatz pretz ni
Qeissa chaualairia [bobanz
Ual meinz e drudaria
15 Pos gardet son pion ni son
[dan
Nonfonmestier de fin aman.
IV. Jes mudar
Non puesc qe nom pes
Mas enaisom son conortatz
Cus messatgiers ben essei-
[gnjatz
5 Ma dig quuâ saluda
Qe ma ioia renduda
E pren
En chauzimen
Mon chan qieu non chantera
10 Per autra ni crezera
Salutz ni manz
Mas daqesta serai comanz
Tan uoil sa seignjoria
Pero sa lieis plazia
BERNART AMOROS 353
15 Qepoissesunpaucplus enan
Als noil qieir ni plus noil
V. Pregar [deman.
La volgra sil plagues
Pois per leis soi en ioi tor-
[natz
Qe foz nostra fin amistatz
5 Per un amie sanbuda
Car plus ner car tenguda
Car len
Dirai souen
So don nom alegrera
10 Mentre sols mo cèlera
Conors [F" 3 v°] es granz
E benz. car troba finzFa-
Ab cui solatz niria-* [manz]'
E qar non pot qec dia
15 Dira ^ a s'amiga son talan
Couen caia per cui ho man.
VI. Me deu far
Tan ma bona fes
Car anc noil fui mal ueziatz
Qe finz am e finz sui amatz
5 E sia ben uenguda
Caitals con lai uolguda
Plazen
Cuind e rizen
Lam aital corn lonrera
10 Que ia renoi ** chamjera
Qel bels semblans
El cors adregz e ben estanz
Douz e bella paria
Ma prez en sa coindia
15 Perqieu prenc e lais e soan
Emenardisc em vauc doptan.
Vil. NuU home non creiria
Cades noil grazisc en chan-
[tan
Los ditz els faitz non sai
[qan.
' /. : enans — ' c. en : lesserra— ' omis par le copiste — * c. en : uiria
- s /. : Dir — ^ c. en : tenoi
354
r,H CHANSONNIER DE BEHNART AMOROS
VIII. Losdilz ligraziscenchantan
Els faitz sobre tôt qan uen-
[ran.
GIRAUTZ DE BORNE L
(= B. Gr. -242, 58)
\. {p. 1) Can creis la frescafuell
[els ramz
Ellombra sespeissel deues
Magrada laut * el temps el
[mes
El gabs el brueils el critz
'^el chanz
5 El dous mazanz
Ques creis qan saizinal ma-
[ris2
Si non gandis
Mon seignier oouinens
[amanz
Fora menanz
10 De far un vers qe fos per
[cels chantats
Cui jois e chantz e cortesia
[platz.
II. Ane non cuidei camte ^ nos
[aras
Tortz ni mais ni mescaps
Jcaubes
Car siet eresiae ^ tu nom
[cres
Con ti puesc esser finz
[amanz
5 Meus er lo danz
Qet fora amatz e francs e
[finz
Sim consentis
Qe l'esperans el bels sem-
fblanz
Mi fos duranz
10 Mas a greu ei' fina ver
[amistatz
Desqen soffrain tota luna
[meitatz.
m. E cuidatz caisso sia clamz
Ni qieu men rancur non
[fas ges
Tota ma rancur es merces
Si bel passai daz ^ lo garanz
5 Non son damans
Mais ben volgra qellas
[chauzis
Qe nom faillis
Tan es adreit e benestanz
Qel mager panz
10 Del prez caira si nol soste
[vertatz
Qe greu sera fiz vs cors vas
[dos latz.
IV. Ane lieis non ateis lo liams
Qeu eudei camdos nos prezes
De mi conose qe ben soi
[près
Cades son fiz amies trianz
5 E cui auanz
Qe saspra captenensa vis
Cuscalz qe riz
Maleuges de raos greus
'afans
Lo plus pesans
10 Mas desqeu vi qe cors lera
[câsatz
Camieral mieu saissi non
[fos fermatz.
V. (p. 2] Ai com fo petitz lo
[reclamz
Qi tan prim non o conogues
Can H plac o cab sim re-
[tengues
/. : iaur — ^ l. : matis
c. en : cautre
'' l.
ditz
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS
355
E sufFi'ic qieu li fos comanz
5 Em det seus gans
Sas mans per qe mielz men-
[requis
Mais puis maucis
Can mi fon veraicel ' des-
[manz
Cuns delz bertrans
1(1 Non es tan ferras ni tam
[ben enseignatz
Qen aqel pas nô fos totz
[esfarratz -.
VI. E doncs a qe diras qe
[mams
Si eau mauras grau ben
[promes
Mi fails em diz qet son
[mespres
Per qe non doptas o non
fblanz
5 No mo demanz
Qeu non volgra com pros
[pleuis
So don mentis.
Ni non tain mal ' als fais
[truanz
Fellon camjans
10 Car sieu vos die daizom veil
[qem crezatz
Pernompoderreman si non
[o fatz.
VII. E pos del mal nom fuig la
[fams
E conosc cals sériai bes
Si no men part fails tu
[non ges
E eom iat semblari eujans
5 Aitals balanz.
Com ben aines e non suffris
A tu ja dis
Cal mal aiudal bens cent
[anz
Ja non soans
10 So qe plus vols ni ten fen-
Ijas iratz
Qe souen toi guerra so qua-
[dutz patz.
GIRAUTZ DE BORNEL
(= B. Gr. 242, 47)
1. Los apleigs
Ab qeu soil
Chantar. el bon talant
Ai eu caui antan
5 Mas car non treup ab cui
Nom déport nim desdui
Ni no sui ben ananz
Ai dieus cals {p. 3) dans
Sen sec e cals dampnatges
10 Car cors* e bos usatges
Aissi merme defaill
Noi a nuil refrenail
Mas car moseignjor platz
Jois e chanz e solatz
15 Mesjau ab sos priuatz
E can men sui loignatz
Irasc mab los iratz.
II. Mas destreigz
Mi destoil
Per qiem uau regaran
Si ia salegraran
5 Car ges a ioi non fui
Nil volers nom esdui
Qa mi plaz ades chanz
E belz mazans
E tortz ^ e vassalatges
* /. : veiairel
n : cortz
/. : essarratz — ^ c. en: mas.
/. ; lois — ^ c.
35(
LE CHANSONNIER DE BKRNART AMOROS
10 Ja pert els ries lignatjes
Pares pron son mirail
Coi ses esperonaill
Non ses mirai barnatz '
E sil pair fon lauzatz
15 El fill si fan maluatz
Semblan tortz e pechatz
Caian las heretatz.
III. Mas cals dreigz
0 acneil
Qel fils aia tretan
De rend el pretz soan
Ni cals razo adui
5 Qe miels non taing atrui
Qieu cre qe fos enanz
Outra mil anz
Conors e seignjoratges
10 Dauon pretz e coratges
E costas e trebail
El fils sil meils tressail
Non es donc forlignatz
Era co nô mostratz
15 Vos saui qi iutgatz
Sais pros fos dons donatz
Con er dels desprezatz.
IV. Mas ne leigs
Et 2 sim toil
De solatz ni de chan
Per cels qe failliran
5 Car fol teig eu celui
Qe si meteis destrui
Nis uiia malananz
Per non sai canz
Au ' lois par nesiatges
10 Qâ sabeiz* ni paratges
Non es que non auail
Pos alegransail foul^
E nos camje viatz
Et qeus valia rieraitz*
15 Si ia nous alegratz
Qemperis e regnatz
Son ses ioi paupertatz.
y. {p. 4) Mas ladreigs
Cors qeu voil
E désir e reblan
Matrag dire dafan
5 0 si jois là condui
Ja non sabran mais dui
Co sentresems' nils mans
Que auiatz es granz
E sobeirans folatges
10 Cant per nessis messatges
Vilans ni dauol tail
Escapa del guissail
Ni fui bon amistatz
Mas eu men sui garatz
15 Cane non sui encolpatz
Aiei non es nuis * ni natz
Uns per quen fos proatz.
VI. Ai espleigz
Si macueil
So qeil quevv&v^ chantan
Remaing al seu coman
5 Cab bels plasertz"^ redui
Can nos vola mi'* defui
Ladreitz cors benistanz-
Ni bels semblan z
Ni lamoros visatges
10 Qauinenz es le gatjes
Qe dels oils al cor sail
Per qieu qi qes trebail
Ni s'apele forsatz
Mi teing dreg menatz
15 Quen troep ben acordatz
Lo coratge la fatz
Els digs ben ensignatz'2.
1 c. faussement en : bartratz — - l. : Ev — 3 r. en : Gui — * c. e» :
sabers — s c. en : fail — ^ c. en : rictatz — 7 c. en : Los enlresseins —
^ c. en : Cuei non es uius — " c. en : quevmi — '" c. en : plazerrz —
en : enseignatz
nis
— 'î,
LE CHANSONNIER DE
GIRAUT DE BORNEL
{= B. Gr. 242,62)
1 , Qui chantar sol
Ni sab de cui
Ni cre
Qe SOS plazers le maiz '
5 Soiz 2 solaiz ^ ni sos chanz
Am * pos els ilchanz ■'
Par la fueillae la flors
E colorai paldors*
Los uergiers els pratz
10 Si sa raizos li platz
Chamt oi mais'' e coradei
Qe ren el mon non vei
Qejoi ni solatz vailla
Qe guerra ni batailla
15 Ni nauza ni tenzos
Non es mal* tries als pros.
II. {p. 5) Perquieuau ^ dol
Car jois madui
De me
Mos chantaretz voiâz
5 De salutz e de manz
Am tant pretz e bobanz
Qentrautres chantadors
Mabat ma mera mors *"
Era raten a solatz
10 Pro vetz men soi loïgnatz
E manatz e feunei
Pero puis en follei
Torn ferir en la pailla
Donesper qelgraiisfailla"
15 Qe noifon las meissos
Con hom lombramoros.*^
BERNART AMOROS 3 57
III. Mas si madol
Qar aillura '^ fui
Nim te
Lamors don le telanz '*
5 Nos part de cui seu al '*
[danz
Mieus er au ** sec lafanz
E lire la paors
Tarn tem cal cap del cors
Remaïgnal pros el gratz
10 Som es " trop dereiatz
En dir so qe non dei
Ben pot esser mais vei
Si mos branz nonca tailla
Ni non latz ma uentailla
15 Qe mas bonas chanzos
Si taing ben giiizardos.
IV. E dans com vol
So qe ladui
Maït be
Dell dons esser clamanz
5 Dun qalqe desenanz
Anz es lo mescaps granz
El tortz e la foUors
Com de don de seinors
Des qil sera qasatz
10 Si fassa trop cochatz
Mas esper e mercei
Cun fols ab son agrei
Qes nauci es tartailla
Vei pro vetz qe nuailla
15 Valers e gratz e dos
Quar essobrecochos.
V. E am som col
Qe ies autrui
Per re
Nom colues '^ semblanz
1 c. en : le matz, /. : lenanz — *l.: Sos — ' c. en : solatz — * /. : Ara
— 5 c. en: uerchanz — "^ c. en: pascors — ' c. en : Chant orniais —
* c. 671 : mas — ' c. en : cui — '» /. : mei amors - " c. en : sailla —
'* c.en: sohramoros — i3 c. en : aillur — '* Z. : lo talanz — '^ c. en:
sériai — •'■ c. en: cui — " /. : son les — " c. en : cosries, /. : colries
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS
5 Cane i toqes eniazans *
(p. 6)Anz es plagz ben estanz
A fiz enteudedors
Com de solas onors
Si tenga ben raenatz
10 De me es bon vertatz
Qe calqe part mestei
Vas lamor non vanei
Qem soiorn em trebailla
Sim desboissem entailla
15 Dun adreg cors gingnos
Fai auinenz faissos.
VI. E qui lassol
Romp ni destrui
Qafe
Guida la dreg balanz
5 Es enuertat soanz
E siail latz ^ truanz
E fais qentramadors
Es la mager lauzors
Celars e ferraetatz
10 Vels siz sia viatz -^
El miels damor amnei
Quan * dreg ni sa lei
Non sec e pren gazailla
De tal qe dun noil cailla
15 Cane pos unan vole ^ dos
Mi non amet ni vos.
VII. Dauol aiol
Par qe redui
Qis ve
Ni uic pagat de miaz
5 [Que non a gaire danzj
Far a laiitre socors
Si ténia per sors
0 per ben arribatz
10 Ar es lafars camiatz
De pretz e de domnei
Cû non aug ni non vei
Qe mesura trassailla
Pero qi non égailla
15 Pros e danz a fazos ^
Non par cane amies fos.
VIII. A tort sesmol
Qil fieu "^ esdui
Ni se
Dauinenz faitz prezanz
5 Ni si para doptanz
Cane pos sestreis eostanz
Nis viret ais ^ maiors
Non saleuet ^ valors
Ni sazeto '" largetatz
10 È pos en soi passatz
Qi dig nai so qe dei
leu sil vol oiordei "
Mais si part descornailla
Le coms guis, descombrailla
15 Desliures ses preizos
Loing naneral ressos.
IX. {p. 7). Seigner sobre totz vos
Siaz ades dels pros.
X. E tu vai ten chanzos
An rigaut enueios.
6
GIRAUTZ DEL BORNEL
{=B. Gr. 242, 16)
I. Era sim fos en grat tengut
Preireu sens glut
Un chantaret prim e menut
Qel mon non ha
5 Doetorqitaiiipiimnipluspla
Lo prezes
Ni miels la fines
* /. ; enianz — * c. en ; litz, /. ;
* c. en : Qi son — s ç. e;i ; vole — « <
f.n : als — ^ ç_ fmisaenient en : salcuet
sis vol o sordei
ditz — ^ c. en : Gels s. s. triatz —
. en : sazos — "^ c. en : sieu — ' c.
— '* c. en : sazeic - " c. e« : Leu
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS 359
E qim creses
Qaissi chantes
10 Polira
Forbira
Mon chan
Ses atan '
Gran
15 Mais a lor veiaire
Qar non sabon gaire
Fail car non lesclaire
Daitan
Qe lentendefFon^ neus lenfan .
II. Jamagra del tôt vencut
Si dieus maint
Ma bella mia mai el truc '■^
Leuet sa ma
5 Per qe mos meillers chanz
[rem a
Qe non es
Lo * com comenses
Se qe câjes
Ni peiures
10 Per ira
Qe vira
Talan
Quêianan
Van
15 Trie i ^ galiaire
Gentil de bon aire
Nom voillatz retraire
Denian
Vis 6 cellas qe galiaran.
III. E pos aissi ma retengut
Qaillors nô mut
Voilla qaia ioi e salut
Qaissi parra
5 Si die ver daisso qe mi ua
Que sil bes
Caien"' nos targes
Sol comenses
leu pueis ades
10 Grazira
Seruira
Chantan
E lauzan
lan*
15 Qem fo comensaire
Des qui vai ^ maltraire
Tan son fiez "^ amaire
Qenan
Vai mamors ades esforsan.
lY.(p.8j Pero ben ai lo temps
[agut
Qe a perdut
Mo tengra sagues tan vol-
[gut
Au" mes en va
5 Mon chantar mais aissi ses-
[cha
Tro merces
Mo meillur après
E sim niostres '-
Com enloignes
10 Garira
Gandira
Joigniara'^
Esperan
Tan
15 Qem vira belcaire
Don non peuse del aire
Mon fat [cor] '* estraire
Ni blan
Laperdaqieeprisperlo gan.
V. Aissi mes tôt desconuengut
Qiteu nai vezut
Qar sol mapellet un iorn
[drut
' c. en : afan — ^ l. : lentendesson -
en : Bon — ^ c. e?i : e — * c. en : Vas
Lan — ^ l. : Desquiuar — '^^ c. en: fis — '
— '3 c. en : Loignan — " omis par le copiste
3 c. en : mas el trut. — * c.
- 7 c. en: caten — ^ c. en:
eti: Ni — '^ /.: mostres
360 LE CHANSONNIER DE
E sim estra
5 So qem diz malestan sera
Cane pos pies
Aguem qe marnes
Non cug pes *
Qen lem vires
10 Maint ira
Suffira
Pensan
Siiffertan
Qan
15 Mi vole amors faire
Mais per cap mon paire
Non serai confraire
Dengan
Damor qen prenda dal un
[pan.
VI. Ane nom plac amors per
[eseut
A cors batut
Dun priuate dautre escon-
[dut
Mas * qim voira
5 Tota laurai e tôt maura
Non dicies
Anz qel tôt perdes
Non espères
Qe drutz engres
10 Sazira
Sospira
Çiaban
Menassan
Dan
15 Pero susterraire
Pi-en enanz repaire
Qe glotz menassaire
Cri dan
Cals colps faria de son {p.9)
[bran.
BERNART AMOROS
VII. Pois 3 es dompnaire
Fab '' critz ni ab braire
Vas si vol atraire
Preian
5 Bona dôna ni benestan.
GIRAUTZ DE BORNEL
(B.Gr.242,51)
I. Nom sai suffrir ea la dolor
De las denz la lenga no uir
El cor ala nouela flor
Lancan vei los ramels florir
5 Elz haut^ aug per boscatge
Aug dels auzeletz enamo-
[ratz
Qe si tôt mestauc empen-
[satz
Ni près per malauratge
Can vei campz ni vergiers
[ni pretz ^
10 Em reuouel emasolatz.
II. Car eu nom faz dakre labor
Mas de chantar e desbaudir
Cujan somujauaem pasor
Un somnjeqe mer a venir
5 Dun esparuer ramatge
Qe mera sus el poîg pau-
[zatz
E semblauam adomeziatz
Ane non vi tan saluatge
Pois tornet maners e priuatz
10 E de bonioe apreisouatz.
111. El sommi'^ comtei mon sei-
[gnior
Car a seignior lo deu hom dir
& el narret lom en amor
' /.: probes — 2 c_ faussement en : inas — s c. en : Fols
SaL. — 5 /.: El chant — 6 /.; pratz — ^ /.: somnie
LE CHÀNSONiNIER DE BERNART AMOROS 361
VI. Eu ai ia uist comensai- tor
Em diz qes eu noi puesc
[faillir
5 Qe del plus aut paratge
Conqerrai tal amig en * patz
Can ben men serai trebail-
[liatz
Ane om de mon lignatge
Ni outra ma valor assatz
10 Non amettal an- fo amatz.
IV. [p.lO). Era ma ^ vergoin e
[paor
E mesueil en plang en sos-
[pir
Cieîg men'^^sôpniar gran fol-
[lor
E pens qe noi puesc auenir
5 Fer ^ tel ^ fais coratge
Nos vol partir vns ries
[pensatz
Ergoillios e demesuratz
Câpres nostre passatge
Cuig qel somnis sera vertatz
10 Tôt aissi coni mi son^ nar-
[ratz.
V. Epoisauziretzchantandor *
E chanzos anar e venir
Qeras qan ieu non sai va-
[lor9
Mauen un pauc plus enardir
5 Denuiar mon messatge
Qe parle^" uostias amistatz
Qe saines faira *' la meitatz
Mal *2 de leis non teing
[gatge
Pero ia non er acabatz
10 Nils 1^ faitz tro sia eomen-
[satz.
Duna sola peir al bastir
Eeada pauc puiar daulor **
Tro qom la podia garnir
5 Per qieu pren vassalatge
Dautan si vos moconseillatz
Qel vers can er ben asonatz
Qel met en dreit viatge
Si trop qui lai lom port
[viuatz
10 Ab qwes déport e sasolatz.
VII. E vos entendetz e uetatz '^
Qe sabes nio ^^ lengatge
Sane tri motz aibertz, ni
[sarratz *'
Seranols fai ben esclaiatz.
VIII. (p. 11) Qi ci men perse '*
[esforsatz
Qentendatz cals chansos
[eu fatz.
8
GIRART DE BORNEL
(= B. Gr. 242, 48)
1. Mamigam men estra lei
Non sai per qe
Qeu non lai forfag
Pauc ni ren
5 Si dieus maint
Doncs per qe sazira
Pos eu nuU enuei noil faz
Car li plaz
Cals non i sai
10 E pero dis qei meioren '^
Eran -•* encolpat nom sen.
II. Peut^* enueiaual rei
' c. en : em— 2 /.: nin — 3 l.-. nai — ^ c. en: E tei?ig mon — » /.: Pero
— 6 c. en: del — ' c. en : fon — « Z. : chantador — ^ c. en : vas or —
»o l. : porte — n l. : faita - iM. : Mas— i^ /. : nuls — »* c. e?i: dau-
sor — 1* /.: veiatz — '6 / .: mo — " c. en : cubertz ni serratz — '^ c. en: E
soi men per so — ^» L : mespren — 20 /. : E car— *• /. : Petit
3 62 r.E CHANSONNIER I)F
Mas qer saue
Qe pert ses tor fag *
Qar del be
5 Que ma uolgut
Reconosc qes vira
Per qieu maimiz - son loi-
[gnatz
De solatz
Qe ges non nai
18 Mas chant çer abellimeni •'
[E] per plazei- de la gen.
m. Onplusia'' uoil meinsla uei
Bona vas me
Sil son sens forfag
Noil soue
5 Tôt ai perdut
Del qe ^ no salbira
Cô fis limer auireliatz ^
Ab son bratz
Per qe verai
10 Ma trobat & faiparuen
Qe mi tengua dreit nien.
IV. Deus qe ner a vos mauuei'
Cil clam mirce
Deus lo sieu forfag
Tema * se
6 Qel cors noil mut
Qieu nonca suffrira
Ja non fora tan iratz
Qe viatz
E de gran iai
10 Noiltenis^ son faillîmen
Ci a '" senz tort mi repren.
V. (p. 12) Mas si ges tem qieu
[desrei
BEKNART AMOROS
Premgam al tre **
Al primer forfag
Siral 12 ve
5 Qevautre '^ drut
Et si res li tira
De qem forces ma soudatz*''
Ab jra '^ latz
Leis mi rendai '*'
10 Pel col eam mais sun'' pen
Qe maz nés lomamen '*.
VI. Dreitz es qe la seigniorei
Caissas ^^ coue
Can maura torfag ^^
Qe jasse
5 Ma be vencut
E so lipleuira
Cane des loraqeu fui natz
A pensatz
Su so terrai 2*
10 No fraissi son mandamen
Nellis 22 ni ab essien.
Vil, Janon cug corn fols feunei
Per qieu li cre
Moût auer forfag
Qe la ie 23
5 Sil plaz qem tut
Molt ben 21 abeillira
Sus el cap colps dastellas
Ab sapas ^=
Esis nestrai ^e
10 Semblara deschauzimen
Dis mal oc sil o enten.
VIII. Joi e segur li conten
Un don qemfes auinen.
' /. : forfag — '^ c. en : mairitz — ^ l.
^ c. en. : Desque — ^ c. en : autreiatz — '
Tenra — 9 c. en : fenis — "> c. en : il —
— '3 c. en : Qeir autre —'*/.: foudatz —
dai, l. : rendrai — '^ /. : sim — '* c. en. :
en : Caissis — ^0 c. en : forfag — 21 c.en
esbaudimen — ^ /. ; la —
f. en : mautrei — ^ c. en :
' c. en ; fre — ^- L: '1 Si iai
3 /. : un — *6 c. en : pen-
mazires loniamen — i9 c.
: retrai — '^ c.en : Nessis
23 /. : te — 2* c. en : men — ^^ i. .- Ar sapchatz — 2« c. en : mestrai
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS ^6S
15 Tan coin pueis Ion nom ^'
9 [lenten.
III. Adoncs a qem van
Tôt iorn chastran *^
Qe pecs *3 plagnieran
Seu ia joi cobres
5 Can voi seras '^ près
Car sieu ioing ni latz
Menutz motz serratz
Pois en son lausatz
Can ma razons bona
10 Par ni sabandona
Com ben enseinatz
Si beil ve
Ni mos dreitz capte
Non vol al meu encien
15 Cab totz chant comnialmen.*''
IV. Mas pero lautran
Can perdeei mou gan
Ni anaua *'' chantan
Plam ^' e plus q des "*
5 Que si roen larzes '^
Foran encolpatz
Car lo dos nis ^^ gratz
No mera vedatz
Mais ara sim coira ^^
10 Maraia fellona
Serai bos poïsatz
Pois ab que
Non puîzar 22 be
Sim sona nim acueil gen
15 Proi 23 a gran refragnemen.
V. Mas si bel serablan
Nil cor uil telan
Manaua camjan
GIRARTZ DE BORNEL
(= B. Gr. 242, 42)
I. La flors del versan '
Me vai remenbran
Un cortes afan
E si nos coches
5 Qeil mi remembres
Jam tam ^ oblidatz
De qerre solatz
Pero câpz ni pratz
Gensers ' no meissona
10 Quai cor mi boi onz ^
Tais unamistatz
Camatz ^
Saissi^sesdeue
Conul ^ cui am ma couen
15 Ben chantarai plus souen.
II. {p. 13) Doncs dreitz es qieu
[chan
Al preo ^ quai per man
Mas maït en diran
Qe sim esforces
5 Cou leuet chantes
Mels * mester asatz
E (ia) non es vertatz
Qe senz e cartatz
Adui prez el doua
10 Si cû juch atzona ^
Non senz es lausatz
Mai *" ben cre
Qe ges chantars se
Non val al comensamen
' c. en : verlan — ^ /. : fora — ^ c.en : Genseis — * '/. en : borona, /. ;
botona — ' l. : Gama te — ^ c. en : Gon cil — ' c. en : prec — * c. en ;
niais — ^ c.en: luchaizona — '" c.eîi: Mas — *' c. en : con hom — *2 c_ ^n:
chastian — '* c. en: pois — i' c. en; noi serai — '^ c.en: conuinalmen,
/.: comunalmen — 16 c. en : Manana — " c. en : Plain — ** /. ; ades —
19 c. en : tarzes — 20 c. en : nil — 21 c. en : sona — 22 /. .- poinzara —
»3 l. : Noi
364
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS
Non sai qim lauzes
5 Qeu 0 suflfertes
Suffrir er aujatz
Coin auol ' foudatz
(^.24)Caissimi sial allatz ^
Em contresporona
10 On pietz me rasona
E ducs nous cuiatz
Pos merce
Ditz caura de me
Si la razou folamén
15 Qe me penedes non ien ^.
VI. Jan^ doncs enan
Fiz e ses enian
Suffren e pregan
Qe si safi'anqes
5 Sos ries cors engres
Plus en fi-oniatz ^
Conan ^ fos veniatz
Queu. ni mos cors fatz
Si bes desazona
10 Que mens "^ non sadona
Con miels fos paratz
Mas coue
Si no canai re
Qesperan venqe suffren
15 Quil franc venz om fi-anca-
[men.
VII. Nom recre
Desperar jasse
Sobre totz qe loniamen
M aura menai pren nom pren.
VIII. Ben es dreitz qe lonjamen
Esper om gran iauzimen.
10
GIRAUTZ DE BORNEL
( = B. Gr. 242,43)
1. Mas com maiie dieus maiut
Qeras can cug chantar plor
Séria ia per amor
Qe ma sobrat e uencut
5 Et amor non sen tais
Si fai doncs per qem irais
Ni qim fai languir
Qieu non o sabria dir.
II. Qaissi mes deuengut *
Tôt lieu qe pero ^ la valor
E solalz no ma sabor
Esdeuenc anc mais adrut
5 {p. 15) Et drutz soi eu non ai *"
[mêlais
Cades lam forzeigz e mais
En voil e désir
Ni soi drutz quo pot suffrir.
III. Qeras car sollai volgut
Mi tenc per fin amador
Amane" si dieu adzor *2
Son ieu *3 fiz e nô remut
5 Lo coratge nil biais
Damar lieis per au '^ son
[gais
Bem pauc tem faillir
Donc pero an *^ plaîg e sos-
[pir.
IV. Car ben ai i-ecognegul
Camors nom val ni macor
Nom val es ara la gensor
Del mon nom a pron '^ val-
[g«t
5 Non perren anz die qem trais
1 c. en : auei, l. : auci — ^ c. en : assatz — ^ c. en : Ien — * c. en : Irai
— *c. e>i : for assatz — ^ c. en: Con quen — ^ c. en : meils — ' /. : mes
es deuengut — 9 c. en: parc — ** c. en: ni — i' c. e«: Amaire — ** c. en:
auzor — '3 c. en : ieu — ** c. e7i : cui — '^ c. en : per- on — •* c. en : prou
LE CHANSONNIER DE BEKNARÏ AMOROS
30 5
Cant mi det trebail e fais
Em fez encubir
So que nos pot aiieuir.
V. E con non as * receubut
Assatz de bea e donor
De las mans de mo seignior
Si ai masan retengiit
5 E qe nn couent qem frais
Qua lai ^ qe lira matrais
Em fera mourir
Sol qê son atur nom vir.
VI. Des volfo 3 queil ha plagut
Nô osnia ^ mer meilhor
Si trac malqwom quai greu-
Desira mais de salut [jor
5 Nanties e nous parlassaitz^"'
Digatz doc qe sil iam bais
Segur puesc pleuir
Cauarê ^ pot o guérir.
VII. {p. i6)Masfai '^ ma mô dol
[cregut
Us chanz ^ qe fan entre lor
Al 9 durgel per qeil pluzor
Seran mort e refondut *••
5 Quil côtes ab cui lois nais
E sabers e pretz verais
Sen curet '* eissir
Qi loi uolgues consentir.
VIII. Bels tentai'- totzjper sauais
Sil laisson eissir
El rei so vol consentir.
11
GIRAUTZ DE BORNEL
(=B. Gr.242, 34)
I. Ben
Maten
Senz fallimen
En un chan valen
5 Caiuon '^
Mes creguda
De lai
On cil estai
Qeu am mais de re
10 Neus ma **
Non am ta
Per qem vauc pensan
Con so qeil plagues
Li disses
15 Chantan
Qestiers non laus dir
Con sim fai languir
Jauzen
Qe mal no sen
20 Mas del pensamen
Qem destreinh
Pero sil capteinh
Qem promes nom fai
De ben e derai ^^
25 Mesdui em empeinh.
II. Qen
Rizen
Mi fes paruen
Al comenzamen
5 De druda
Car tenguda
Qwcsmai
Ni dol non ai
Per •^ ioi qe men va
10 Car se '^
Cug qenan
Mira meilhuran
Lesperancel bes
E pos ces
1 /. : ai — 2 c. en : cil — 3 c. çra : so — " c. en : osai la — =• c. en : par
lassaisz — e e. en : Caucir em — ' c. en : sai — « /. : clanz — » c. en:
Cil — «Oc. en : cofondut — ^^ c. en: cuiet— i"^ c. en: tenrai — '^ c. en :
Caiuda — ** L: me—'» c. en: deiai — '^c en: Pel — «W. : Cane se
24
366
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS
15 Enjâ
Lai cor a seruir
Sira deignia cuillir
Nim prem
A chauzimen
20 Dazai si nom peu
Sieu {p. 17) jam feinh
Cab son sen non reinh
Segon qe sabrai
Pos conoisserai
25 Qe noi a mal gieinh.
III. Len*
Mi reu
Qe qem prezen
Qar leugeiramen
5 Se muda
Ca sambuda ^
Mestrai
So quem fez iai
Emew descapte
10 Merce
Noil deman
Mas vauc malegran
Com non conogues
Ni saubes
15 Lafan
Pois cug men partir
E en leis seruir
Enten
Gran jauzimen
20 Qieu vaurai* breumen
E reueinh
Per bon entreseinh
Quem me ne mettrai*
Lo lo balbertalai^
25 Qe plus noi ateinh.
IV. Den
Nouen
Mi uau meten
Per sobrardimen
5 En bruda
Mentaguda
Që trai
Ves tal assai
Cala mia fe
10 Ben cre
Ca mon dan
Mi vau esforsan
Tam soi foUa ras
E cun es
15 Qieu chan
Nim sapcha cobrir
Qi mo deu grazir
Soen
Fail e mespren
20 Et nom eu assen
Ni non reinh ^
A dan sim costreinh
Amors nim dechai
Cuna vetz naura [i]
25 Mon ben esdeueinh.
V. Men"
Cauen *
Vai 9 dreitz venen
Per vetz si ben pen
5 En cuda
Recrezuda
Seschai
Ren efFastai *"
Com cobre reue
10 Per (]ue
Vau tarzan
La guerrel deman
E soi tan cortes
Qe merces
15 Claman
' c. en : Leu — ^ c. en: saubuda — ^ c. en : iaurai — ^ c. en : mat-
trai — ^ c. en: barbetalai — ^ c. en : teinh — ' c. en: Meu — « c. en:
Tauen — ^ c. en : Irai — 'O c. en: Jen estrai
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS
367
Cug endeuira '
En so qe dezir
Par cen
Forfadamen^
20 Cqt«fs ^recreizen
Meiriz '* depeinh
Pero suam ^ seinh
Taa olustrirai^
Tro tôt parai '
25 Si pert o reuinh.
VI. [p. 18) Sim destreinh
Lo cor qel gieinh
Caura pérorai *
Sanz qe passera ^ mai
5 A plus non ateinh.
VII. Plus adreg greu mai '"
Aigas*' passarai
Seu de vos nom veinh
12
GIRAUTZ DE BORNE L
(= B. Gr. 272, 36)
I. Joi aill *2 del tôt non lais
Chantai- ni déport ni rire
Canqera non ia nés tais '^
Mas car plus non platz
5 Coaortz ni solatz
Nomvoll emi sol despendi
Mos bos ditz prezatz
Anz desqe comenz
Mos ch'înz auinenz
10 Pois uestrei las denz
Qe nol auz retraire
Car non *' vei gaire
Au *5 plassa iais
Ni trop qi inenuei
15 Sieu malegre ni mesbaudei.
II. E pero si me noz mais
Mas qe no mes bel a dire
Mainal *^ amia qem trais
E sim par foudatz
5 Car men son proatz
Pos a leis non puesc defen-
[dre
Mal me soi menatz
Serai doncs suffrens
Ja men venia lenz
10 Bes e iauzimenz
Car neguns amaire
Non sap damor gaire
Qe leu sirais
Camors dona lei
15 Com lautrui tort blande
[mercei.
III. Arasoior ne engrais
Car sap con nu pot aucire
Cane pois non fui letz ni
[gras "
Descuns fols versatz
5 Qi maduis pechatz
Ma siet '* en fes {p. 19) en-
[tendre
Gran mensongel fatz
Nom fo pois guirenz
Plus qe lardimenz
10 Eu qe ma souenz
E ia domnetaire '^
Ser uns emperaire
Ses sobriet ^o fais
Non er <\ue\ enuei
15 Camors non vol com seg-
[niorei.
' c. en: endeuenir — * c. en: forsadamen — ^ /. : Cauer — ^ /. : Meinz
— ^ e. en : si iam — •* c. en: o suffrirai — ' c. en : pcoarai — ^ c. en :
Cauia perdrai — ^ c. en: passim — '<> c. en: urai ou irai — '* c. en:
Gugat — '* c. en: Jes assi — <3 c. en: neslais — " c. en : noi — '^ c.
en: Gui — i6 /.; Ma mal— i' /. : gais — *» c. en: Mafiet — '» c. en: E
la domneiaire — *> c. en : sobrier
365
LE CHANSONNIRR DE BERNART AMOROS
IV. Vers es que samor mestrais
E non 0 pot escondire
Mas pois lafoi-cel prat pais
Qe mi val vertatz
5 Miels mi for assatz
Qe li cor vires en atendre
Ves calacom latz
Qe pos forsal venz
Noi es dreigz valenz
10 El paucs euens*
Que mes cabdelaire
Dona mi veiaire
Qieu eis mabais
Can vas lieis feunei
15 Capoder. qemsortzem sor-
[dei.
V. Mas quim fos amies verais
E de mos bes esiauzire
Fin franc e ses mais aibs
Ab qeu- fos celatz
5 Que nom fos proatz
Lieis mi pagra ■' enqwera
[rendre
Non soi tan loingnatz
Quel cors mescrezenz
Si combat el senz
10 El ters espauenz
Cane ian remenz '* laire
Neguns forte paire
Sols non esfrais
Qel cors e tuigtrei ^
15 Plus nô temon qeu non des-
[rei.
VI. Ane valors au ^ vils prêts
[frais
Per vil agradier assire
Val' benestarnon sarrais *
Ni ia ries maluatz
5 Ni mal enseignatz
Non se degien» aut esten-
[dre
Sadreit fos vitratz *"
E uas i mentenz
Eu oc e consenz
10 Qe maluaisa genz
Sans vas donna traire
Coi de débonnaire
Que de leis nais
Luocs en qe foUei
15 Ecui non peza dieus labnei.
Vil. (p. 20) Cane non fo qi leu
[sastrais*'
Nis fes vencuz ni sofFrire
Si semblatz saunais
Câz no fos paiatz
5 Cuns desniesuratz
Qis menassa descoissendre
Per chumilitatz
Val ail '2 conoissenz
E donc non apre[njs
10 Corgoilz es menz*^
Perqe sutfertaire
Si non es gabaire
Cuie bais
E tenc e manei
15 Niais** eu non die qe ben es-
[tei.
13
GIRAUTZ DE BORNEL
(= B. Gr. 272,39)
Jam vai revenen
Dun dol e dun ira
Lo cors car aien *^
Dun sol bel couen
c. en : paugs eciens — ^ c. en: qen — ^l.: Joi mi pogra
' c. en: tan
temenz — ^ c.en : uei — s Z. : oui — "> c. en : Vas — ^ c. en : saprais, l. :
satrais — ' e. en: degren — lo /. .-iutjatz — n c. en : sasfrais — '* c. en :
als — '3 c. en : nienz. — i" /. : Mais — i^ c. en : aren, /. : aten
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS
369
5 Benananz irai *
Perqieu chantarai
Cujan non chantera
Pos vergiers ni pratz
Non madui solatz
10 Ni chiins pels plaissatz
[Qe lauzelet fan]
Vas lo torn del an.
11. Ni ia la vol gen
En patz no suffrira
Capensadamen
Vai ves valor len
5 Ver que près dechai
Ren als nous en sai
Mas ia non cuiera
Fos aitan viatz
Jois dezamporatz^
10 Vos men conortatz
Dôna per cui chan
Em vau alegran.
m. E per uos defen
So que plus me tira
Qe no mespâuen
Pel bon couinen
5 Qe naigui & nai
Mas plus men neschai
Cassatz miels chantera
Sil gens cors onratz
Mi fos plus priuatz
10 Epero sius platz
Noi del 3 auer dan
Sius repren chantan.
1V.(;9. 21) Qua plus dardimen
Mos fatz cors nos* vira
Tant fort mespâuen
Anz me ditz souen
5 Qa mon dan serai
Cât vos preiarai
Pos aissi mos ^ fera
Car sol côniatz
Anz qe ren sapchatz
10 Si plus nauziatz
Paour mi faitz gran
Qem dobles dafan.
V. Cas ^ mon ecien
Tôt aulram sofrira
Plus denaizimen '
Parlem bellamen
5 Digatz 0 dirai
Cal tort vos aurai
Sius am o enqera
Pueis mos precs forsatz
Mais precs e liatz
10 Son e non crezatz
Com sobretalan
Ramené ^ garan.
VI. Ai 9 qils dreitz enten
Damor nin sospira
Non pot ab gran sen
Auer iauzimen
5 Sab foudar "^ non vai
Cane ior saui grai "
Non vi anz esmera
Lo sen la foudatz
Pero samiratz
10 Lo sen crezratz '-
Per pauc de semblan
Nuratz *^ dobtan.
VII. E per aisso pren
Qi treup non falbira**
Premiers car consen
So cautre repren
5 Ges ben nos estai
Sius mespren de lai
Qeissamen mamera
Com vos vos amatz
1 /. ; e iai — 2 /. ; desamparatz— = c. eir. dei — * c. en : uos — * /. : mes.—
' /. : Mas — ' /. : denuazimen — « c. en : ja mené, /. .• ja mane — 9 c. en :
A.r — 1" r. en : l'oudat — " c. en : gai — •- /. : creziatz— '•'' c. en : Niriatz —
* c. 6)1 : salbira
370 LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS
Qe giierram fassatz
10 Mais suffretz empatz
Cancil ' venseran
Qe miels suffriran.
VIII. Qen patz e siifFren
Vira 2 qê rauzira s
Dun amop valen
Si lengeiramen
5 Pel fol sen sauai
Nom fezes esglai
Lo qe manzdera *
Sin fos {p. 22) iuziratz»
Mais foissim iratz
10 Per cautre senatz «
Car manei doptan
Pois e pris enan.
IX. E pois suffertera
Maiors tors assatz
Cant me fui lognjatz
E soi messfredatz
5 Per qeus preo "^ eus man
Qe sustas « aman.
X. Ben platzqeil aman
Amon;sust.ertan s.
14
GIRAUTZ DE BORNEL
(= B. Gr. 242, 53)
I. Nuilla res
A chantar nom fail
Per qe deu pro mos chanz
[valer
Car ai ben razon e lezer
5 E luec e sazon de qe chan
E mais daitan
Mi creis ma benananza
Qem bella cuidei mon esper
Qem toi lemer
10 Em fai ioi iauzir e solatz
Don vei assatz
Cobs mes qe mos chanz si
[meillur
Poz ma enseignja eut segur.
II. Car non es
Dregz qeu chan nuail
Pois de ioi mon'°ni desplazer
Car si sencôtron dun voler
5 Dui fin amie e dun talan
Qe vas enian
Non penda la balanza
Chascunssi dieu contratener
Ca son poder
10 Nos voluanis viral sieulacs^'
Garnies araatz
Sacor qe menta nis periur
El e sobran a malaur.
III. Qeu c^uai près
E maintz luecs trebail
De maint mol leig maint dur
[iazer
Lais, ab alqes de bon saber
5 Ma rancur em vauc aesman
Qencontral dan
Clan *2 ab bon esperanza
Tal forz ou puescaremaner
Et sim ditz ver
10 Mos seguer pro son be fer-
[matz
Ges nô menatz
(p. 23) Mais de cui qem clam ni
[rnucur
\h leis en remain e matur.
IV. E merces
' c. en : Caicil — ^ /. : Vi ia — ^ c. en : iauzira — '' /. : So qe ma-
'udera — *> /. : ueziatz — ^ c. en : seiratz — ' c. e7i : prec — * /. : sufras
— 9 c. en : suti'ertan — *" c. en : mou — " c. en : lats — i^ g g^ /
Dan, /. : Clau
LE CHANSONNIER DE BERNARÏ AMOROS 371
5 Mas seiram*3 ab un bel
[semblan
Qe sableis nom vail
Res for dieu nô pot pro tener
De peiniat' ni da ^ cazer
5 E pois eu ren als nô deman
Mas qeu3 cuian
Malaïc ma benestanza
Membreil con mafir et ^ vu
[ser
AI sieu maner
10 So don mi son pois conor-
[tatz
Que sai sil^ platz
Per lamistat qeil renc ^ li jui'
Qe de ben amar non peiur.
V. E seu ges
Per lanior raissail '
Qel trop non puescasostener
Au * li enquier calqe non
[deuer
5 TramaP fol ergoil mircean
Qe benestan
Ver^" sim creis nim enanza
Qeu ai ben vezut eschazer
Cal estober
10 Valviltengutz e meisprezatz
Qestainz foillatz
Fai maintatz vetz ab bon
[azur
Con miels se tengafqe
[mais dur.
VI. E sim mes
E son âsenail
E de son crag '^ non puesc
[mouer
Nom lais del autrui colp
rdoler
Qeu voil '^ teman *^
Far don aia fizansa
Dautramistat mas del vezer
Bes calezer
10 La dreigz cors gais e ben
[formatz
Nom fon priuatz
Anz can pot far de clar
[esair '^
Mi fes bâreira dun prim
[mur.
VII. E fora me desconortatz
Cruz •'^ e forsatz
Sobre totz mais tan Ion
[agui'*
Ma qui. *^ per qe suffren
[endur.
VIII. E mos fuelha te per tafur
Cellui qui non cre bon agur.
15
GIKAUTZ DE BORNEL
{- B. Gr. 272. 17)
I. {p. 24) Er auzirez
En cabalitz chantars
Qeu soi atrucs -" en cabalitz
[e pais 2»
Aujatz e fon anc mais dicha
Tan gran foli en chantan
Greu mescaparai sel ^' dan
Sub lieis^^niapareg nimmec^*
' c. en : peiniar, /. : peiurar — ^ c. en: de
mafizet — * c. cm : laisil — ^ c. en : tenc -
— ^ c. en: Ni — 9 c. en: Frainal — lo (
tengas — '^ c. en : trag — i^ /_ _• feiram —
man — i* /: escur — *' c. en : Tritz — "*
Nesgui; /. : Nagui. — ^^ c. en: amies —
— '3 c. en: Sab lieig — 2» c. en: nimmers
. €71 : qen — * c. en:
:. en : samor trassail
: Lier — " c. en:
en: noil — ^^ l. : de-
?. en : bon agur — '^
en:
21 /.
pars
372
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS
Au ' son plus liges qe sers
Terra tu com»ii suffers.
II. E qen diretz
Si lescienz es rars
El cors es leu valrain ia so-
[bramars
Non ia cant * es aure^
[iacha *
5 Cella cali remaguz ^ ab tan
Ja ren laus ^ nomi valran
Qe cô hom qi o côsset "^
Mou maf* chanzos e mos
[vers
Con fols de saber esters.
III. E cujat sers ^
Qe rnera ^^ ni deuinars
Men têga dan nou fai qel
[douz pensars
Madurri ab vna micha
5 San e 1er" al cap dejan
Fols cal 1- dig pauc ton'^
[creiran
Daizo cane vers noi parec*^
Si fara si tu nenqers
A^non 'S raau ren'^ lai de
1 part 1ers.
IV. Ai <^ cantas vetz
Ma trag nescis parlars
Joi dentrels mains per qieu
[deuêt** liars
El cois pos enien ^^ saficha
5 Con salegie ^^ tan ni can
Volgra qeu chantes gaban
Caras tro qe sesparer 2»
Temal -- dreg per enuers
Tant era en amar esraers.
V. Ane nuls efFrez
Nom fo valens ni cars
Pueis ma loinget de ici so-
[bregabars
E puis die camors mi tricha
5 Per vn petit de semblan
Et pert pe>- zo car non blà
Leu parlar. cuns danz men
[crée
Qê tenc près plus greu qê-
[fers
Fer ti bocha qe mal mers.
VI. (p. 25) Era nom letz
Cam '^ mi valgra prerars -*
Clamar mercesifai que mos
[trôbars
Pois ran^5 ses mamor afri-
[cha
5 Cautra nô voil ni deman
Clama merces qi cochan
Celeis cal descauzir lec
Fols trascuiatz & dispers
Tôt trobaras zo qe qers.
Vil. Elbe cie sez^e
Si neras en foc ars
Potz li grazir ton "^' doncs
[mais ims^* baizars
FoUa res e cel qe picha
5 Non vai lobra meilluran
Cada pauc saber desan^^
E sit fez mais qe non dec
Piéger qe cil de lecers
1 /. : Gui — ^ c. en : tant — ^ c. en: ancs, /: aut e — * c. en:
richa — 3 /. : cals remaigna — 6 c. en: lauc — ' /. : co?îsec — * c. en :
mas — 9 /. : setz— »" c. en: megz — " c.en: let — '^ c. en: cas — '3 c.
en : ten — '^ c. en : paret — 13 c. en : Mon — "^ c. en : maiuen, / : linau-
ren — <7 c. ew : Al — i» c. en : deuenc — i» c. en : ren — "> c. en : sale-
gre — 21 r_ gji ■ sespaj'cc — ^^ c. en: Tanial — *^ c. en : Can — ** c. en:
preiars — *5 ,-. eji : tan — 26 c. en: qet fez — ^'' c. en: fon — W c. en
uns — 29 /. : defan
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS
373
Vi cel * merce lien refers.
VIII.Talqe lai mor 2
Los oilz on bat la mars
El cors es siems ^ e francs e
[sinz* e clarc^
Vai ceveis ^ cui iois abricha
5 Loing dauol prez e temra''
Or* de mi qen vauc pensan
Tan quen margresisc en sec
Voluen de tort en trauers
Plus abrezutz cun couers.
16
GIRAUTZ BORNEL
(=B. Gr. 242,60)
1. Goiz'-* loghatz'o el fregz e
[la neus
Sen vei e renja la calors
E reuerdeziz lo pascors
Rang " las voûtas dels au-
[zens*2
5 Mes airan*3 beus**
Lo douz temps alissent '■' de
[martz
Qe plus soi faillêz '^ qe leo-
Lpars
Em segniais qe cabrols ni
[cerf '■^
Si la bella an** soi profers
10 Ane '9 vol onrar
Daitan qe deignes '° suffer-
[tar
Qen sia soi ^' finz enten-
[denz
Sobre totz si 22 ricg enia-
[menz. -*
II. Tout el 2* SOS cors guueis-
[neus*^
E complitz de bellas colors
Cane de roseus^^ nô nasquet
[ver 27 flors
{p. 26) Plus fresca ni dautres
[brondeus
5 Ni anc bordeais^s
Ni a(n)c senjor sos ^9 pi us
[gaillartz
De mi si ner couitz an ^<*
[partz
Tan que fos sos dominis sers
E fos apellatz de lezers
10 Qan ia parlar
Mausirion de nul celar
Qelan disses priu[a]damenz
Don sazues ^* lo sieus cors
[gens.
111. Bona dona lo vostraneus
Qem dones mi fai gran se-
[cors
Qen lui refren mal ^2 granz
[dolors
E qan lo remir soi plus leus
5 Cuns estorneus
E soi per vos aissi auzatz
Quen nom tem qe lanza ni
(dartz
1 /. : Tu cal — 2 /. : drez — U. : fieus — ♦ c. e« : finz — s /.: clars —
^ c. en: Vas celeis — ^ /. : denian — ^ c. en : & — ^ c. en : Toiz, /. Gan
— >f> c. en: loglatz — 1* c. en : El aug — '^ c. e?i: auzeus — »3 c, en :
aitan — •* c. en : belts — <5 c. en : auissent, l. : al issir — '^ /. .- saillenz :
— <7 /. : cers — "» c. en: cui — '9 /. : Me — *•> c. en : deigres — ^i c. en:
ses — 22 c. en : soi — 23 c. en : entamenz, /. : e manenz — -^ c. en : Tant
es •
en: gais e isneus
— «8 l. : bordeus — 29
32 c. en : refrai mas
2' /. :
fos —
rosiers — 27 çg mot est souligné.
3" i\ en : ni — •" c. en : sazires —
374
LE CHANSONNIER DE
Mi tengiia dan ni negus ni
[fers
Et dautra part soi plus es-
[pers
10 Per sobramai-
Qe naus qe ' vai troblan'^
[pt?r mar
Destrecha dondas e de venz
Tarn mabeilis lopensamenz.
IV. Dona aissi con uns casteus
Qes aseljatz^ j^er fortz sei-
[gniors
Qan la peireira bat las tors
Elscalabres els manganeus
5 Et es tan gieus
La guerra dauas totas partz
Qe non lur rempro gteriz
[m ariz *
El gabs el critz es anan -^
[fers
So^ cil dedinz non an agers
10 Serablans.nius par
Qe loraobs merce elamar ^
Aissius clâ naerce humil-
[raenz
Bona dona pros e ualenz.
V. Donna aissi con uns agneus
Non a forza encontrun ors
Soi eu si la vostra valors
Nom val * plus freuols qus
[tozeus 9
5 Et si plus breus
Mauida qe "^ dels qwatrels
[quartz
Soi mais mi pren (p. 27)
[neguns escars **
BERNART AMOROS
Qe nom fassatz dreit de len-
[uers
Em fim ^* amors qem pro
[fers
10 Qi deis garât *^
Los finz amanz. de foletar
Siaz mi capdels et giiirenz
De ma dona pois ais.^im
[venz.
VI. Joglars ab aqestz sons
[noueus
leu '•* irai '■'' a la bella de
[cors
E diguas li qeu soi plus
[seus
Qe soi. manteus *•*
17
GIRAUTZ DE BORNEL
(= B. Gr. 242,18)
1. Bendeu un *' bona cort dir
Bon sonet qil fai
Per qieu retrairai
Un leuet. et ai ** lapren
5 Parra dôme nonchalen
Canli *^ con si nom chalia
Faz leugiers sonetz
Per qel plus greus sembla
[sra 20
Leus 2' bos a faire. |
II. Mas un petit vueil iequir
E si faillirai
So dô chantarai
Pos qeil rei entre lor gen
^ c. en: qan — ^ c.en : noblan — ^ /.; asetjatz — ^c. e7i: tempro gienz ni
artz — ^ c. en: aitan — « c. en:Si — ' c. en : elamar — " c. en : vol —
3 L: rozeus — '" c. e?j: qi — " /. : estars — '- 'j. en : E lu fin — •'/. :deus
gardar — *" c. eti : Ten — '= /. : va — *6/.: sos — i' /. : e« — '« /. ; qi —
•9 /. : Caissi — '" l. : sia — 21 c. en: Leu e
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS 37 5
5 An prez tel acordamen
Bom sab qe desta paria
Segaimortz ' efFretz -
E cil naion manentia
An' ner mal a traire.
III. E dieus los en lais iauzir
Qieu mentrametrai
Daisso qe meschai
Qeu no mazaut de trop sen
5 Ni trop foudat no rnenten
Pero senz pretz e follia
Chascuuz a laz vetz
Qi bels assêbla mils '* tria
Segon mou veiaire.
IV. Mas ê som^ vol reverdir
Qim tem ^ trist e gai
Qe tôt esseraz vai "^
Ne * loi e marrimen
5 Qun 9 fai sospirar sonen
Don nô désir compagnia
Si bem vau soletz
E sai qe ben nestaria
Ser amatz amaire.
V. [p. 28) Ab zo qe desouenir
Mi deuria sai
Lamistat de lai
Per qe qar tôt eissamen
5 Sai mai gi-at e de cui men
Er die zo qe rem maucra ">
[Con fols car mi lez
Per ren nom chastiaria]
Tro qen torn a braire.
VI. Greu mi tengra de faillir
Mais ieu recebrai
Segon qe métrai
Bon es qi«eu eis mi repren
5 Cant ai dig gran faillimen
Pero sis naperceubria
Ben petitz tozetz
Mas eu menti tan volrra ''
Plazer fors mon aire.
Vil. Ni ra ^^ per adreit mentir
Mi donz non perdra[i]
Cai dig ben estai
Cades vau mon tort creis-
[sen
5 Noi trop de feignemen
Seu die qe non la perdria
Totaus calaretz
Na parlieira boch un dia
Fe qe dei nom '^ paire.
VIII. Bêla dôna plus qerria
Qem consentissetz
Sol un jorn vos clames mia
Carlle ni Belcaire.
IX. Jamon ioiosnom verria
Ni mouerai gaire.
18
GIRAUTZ DE BORNEL
(= B. Gr. 242, 20)
I. Be mera bels chantars
E plaziam deportz
Mas per uns vius ries mortz
Don mez lor vista fanz
5 Nô mounors '*ni verjanz
Ni pratz ni chantz noueus
Tant no fo beus
Lo genz temps nil pascors
Cant auia socors
10 Ab solaz qera mais
Mes greu la pen el fais
Quant [uei] loffils '^ louez
[dotz essengnatz
' /. : Sorgal motz — ^ c. en : esfretz — 3 c. en : Cui — * c. en : nils —
^ c. en: soin — ^ c. en: ten — M. : nai — ^ l.: ire — '^ c. en: Qim
— '" c. en: tem maucia — " c. en : volria — '- c. en: ia — ^'^ l. : mon
•* r. en : flors — 'M. : los fils
376 LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS
El pair del sen dels fiUs
[estar iratz.
II. Qj. 29) E si nom fos tan cars
Bei volgresser estortz
Qentrels nnenutz elz fortz
Chai bes * prez e bobanz
5 Per qieu ciig fail enanz
Quer segnier e cabdês *
Fai tan qe lieus
Qe so qeil er onors
Oblid esiiir aillors
10 E nos gara verais
Qadonc segnier sauais
Canprenchaprem^ donnom'^
[ameira ^ patz
E descapre ^ cels qaur "^ am
[paratz.
III. Vers es qe maintz afars
Sauen vs desacortz
Qer si voil « nim esfortz
Eu soi fols arochanz
5 Qer proesa es danz
E uergoïgna maleus
Eu istran treus
E paubreira ^ folors
Quai cen des ancessors
10 Can aondaua lais '<>
Non valc un ou arnais
Quera. ai ^* ri ni vol auer
[solatz
Non 1er *2 grazitz anz es folz
[appellatz.
IV. Moût mes faillitz cuiars
Qe mera vns granz confortz
Qautre gandas e tors
Resortz vs desenanz
5 Quev nom dari us anz
So qem toi uns iornz breus
E mos apeus
Car es ab fortz seigniors
Nom es mas desonors
10 Car s)eum clam ni mirais
Em toil mon dreig el bais
E seretz fols sia ia raizos.
[cointatz
Lai on sabres ca tort seras
[virgatz. *3
V. Ane pos sesduis amars
Ni pot caber en tortz
Nom fo laujers conortz
Don si mofr ** embalantz
5 Lempostz el benestans
Lo maniars sia sieus
Qanc bos morceus
Non fon fagz (p. 30) pos
[amors
En guet lo cer ab lors
10 Ni per auer safrais
Ben couen sia gais
Qi drutz si met e cortes e
[prezatz
E gen tenenz e ben enrazo-
[natz.
VI. Perqieu men fora pars
Mais al issët dun iortz
Me mostret vns alsortz
Qieu fos alieiz comanz
5 Qemdet sas mans. ses ganz
Don soniet *^ mos manteus
E mos aneus
Pois can fui daqi sors
Tornei vas lei anecors '^
10 Cab bos precs mi retis '''
Maintz bes qe pois mesfrais
Em diz amies ben siatz en
[eertatz
' l. : bos - - c. €71 : cabdeus— -^ c. pu : chaptein — ^ c. en : non — ^ /.:
amena — ^ c. en : descapte — "î c. en : qaui — ^ c. en : vail — » c. en :
paubreita — '" c. en: iais - " c. e7i : qi — '2 c. en : les — '^ c. en : iut-
gatz — '.* /. : mes — *<> cen : sonret — •* cen : de cors — " /.: retrais
LE CHANSONNIER DE BERNART AMOROS
Pil-
Qe ia per mi non seres ga-
[liatz.
VII. E donc si galiartz
Les bels nil a comortz
Greu sera que noi porz
Las penas els afanz
5 Per qen ira mes chanz
Amies ses bel espeus
Part los manseus
E de paris a tors
Môstrâ als amadors
10 Com galiet em trais
Lo iorn qellam es trais
E fo ial temps com era deg-
[mostratz '
Per aital plag qin fos en
[cort proatz.
VIII. En sobretotz sener a mi
[clamatz
Mas erai vist qeni laissarials
[datz.
19
GIRAUTZ DEBORNEL
(=B. Gr. 242,68)
I. Ses valer de pascor
E ses fueille e ses flor
E ses man de segnior
Voil far ab la dolor
5 Qe ma cargat amors
En luec dautre secours
Un nouel chan
Qem ira conortan
Del ir e del afan
10 Gran
Qieu trai
Qautre consel non (p. 31)
[sai
Pos no men puesc sofFrir
Ni ren de tant '^ désir
15 No uei endeueuir
Ni non aten
Socors ni valemen
Ja mes en loniamen
Plus amatz finamen
20 Damador cant fos uatz
Era qen derratz ^
Qeu tenzo e menatz
E qant ven a la patz
Em vir de lautre latz.
II. Qaissi es fazedor
A tor * fin amador
Qweia nô voil honor
Mas a plaxer damor
5 Qaitals vës es onors
Emrels^ fis amadors
E ses enjan
Car si bestorn a dan
Lor es pois benestan
10 Quau
[Homjfai
So qen amor seschai
Nis tainh a ben après
Qeu vei cuns tarzatz bas
15 Fa plus cor esjauzir
E non tainh qe sair
Si uoil es qi grazir
Son chauzimen
Mes a mi nom par gen
20 Sen ren es enseigniatz
Ni benestanz amatz
Qem bon o braus metatz
Ni leu vos en parcatz
Si noncaus, acabatz.
III. Pero qui nom socor
Ama coïta maior
Semblara de folor
1 /.: demostratz — ^ c. en: cant
tôt — 5 Ctiii: Amrels, /.: Entrels
c.en: deriatz, /.: diriatz — ■* c.en:
378
LE CHANSONNIEH DE BEHNART AMOROS
Si no men pas aillor
5 E sera breus lo cors
Als esperonadors
ïan près iraa
E si men vauc loinhan
Pot esser qe diran
10 Tan
Non sai
Sil qe estan. de lai
Qe no sen dolon ies
Non i fai que cortes
15 Sera sen vol partir
Qant sen degra jauzir
Ni laissar per gaudir *
Leugieramen
[E no fail qi iiiespren
20 De mon ensegnjamen]
Sen die zo qeu non faz
Mas ia non voil sapchatz
Cumnen sin ^ essaratz
Qaraics sui desamatz
25 E so qim vol non platz.
IV. (p. 32) E si sau per meillor
Ast amio * feguiedor
Qom ab cor trichador
Serua deissa color
5 Qeniauz vas fin amors
Lorpar pretz e valors
Qui del semblan
Lor sap far qe il fan
Mas eu zo qen uiran
10 Nian *
Darai
Sapchatz qe atendrai
Si tôt nera mespres
0 nom vailla ma fes
15 Seu ia puesc ses faillir
Dei doncs mon ver désir =
Per lautrui trassalir
Nô eu men
Anz vos die. veramen
20 Qe malamen ^ e despen
Sas nouas qi trop men
Ni nés acostumatz
Mas ben de leu curatz'
Qi per mi si iratz
25 0 qen si encolpatz
Mos francs segnier onratz.
V. Mas eu non ai paor
Si bes leua ni cor
Esfortz de desonor
Qe ian prengal peior
5 Ni qe iam vir aillors
Tant vei sos fait ausors
En ben estan
Qem nesiau en ctiantan
Mas ben ai cor coian
10 Anz
De mai
Li mostre mon esmai
Qom greia plus qe res
E volgra sil plagues
15 Nim sachaegues* a dir
Cuna vetz al vestir
Li fos al sieu seruir
Priuadamen
Cassatz for auiuen
20 Quais mâs rendes, lo bratz
Qar sen o me pugnatz
Gui meiilurar voillatz
Tant coue lo tenhatz
Tro meillurat laiatz.
VI. El cuial ma solatz
Qe totz men soi laisatz
Des pognedors maluatz
Cuns non poing ni menatz
1 c. en : gandir — - c. en : Cun ni sui — 3 c. en : Ist amie — * c. en :
Man — ^ c. en : desdir — « /. : mal met — ' c. en : cuiatz. — « /. : escha-
gues
379
LE CHANSONNIER DE
5 Qa mo sobre totz platz.
VII. E fis * baisser- barnatz
Lai on eu siu ^ raubatz.
20
GIRAUTZ DE BORNEL
(= B. Gr. 272, 19)
1. {p. 33) Ben foroiniais dreigs
[el temps gen
Pos la brau aur el fregz sen
[irai ^
Cab la cors del ternfiini gai
Jouentz qes de meigtz mortz
[cobres
6 E com la cuillis el onres
Qe si iois raor gran dol
[naurai
Can vei cab fueilha ni per
[flor
No fortz^ ni cobren sa valor
Eqar sesdui fianse tes ^
10 E corz e bes
Per pauc en lij'a qe men ve
Totz faitz de solatz nom
[recre.
II. Mas ies a mon cor nom
[aien "
Tan cun aug precs quns-
[quecs men fai
Cane mais o dabril [o] denr-
[mai •*
Non fon qwel vns nom ale-
[gres
5 Era mes chascuns plus en-
[gres
E pero sim conortarai
Senz alegrer e senz amor
BERNART AMOROS
E non cug sapchatz chan-
[tador
Qe dautal plaig sentrame-
[zes
19 E doncs cornes
Qeu ses ioi cug chantar e be
Qe ioi bos chanz suffre e
[soste.
III. Non pot esser qi be nos sen
Conque mê fenha ni ses-
[chai
Ra. » ses ioi be nô châtarai
Quanqera non cug qom
[chantes
6 Ses amors quel cor noil
[mostres
So qe pois forza sen ab rai
Pero trobar en trobador
Sonon de diuersa color
Qe tais cui esser ben apretz
10 Qe nô sap ies
Cun égals chauzimens coue
Ves desinesur ' " e ves merce.
IV. Qar ies segon lo chauzimen
Trobars non leua ni dechai
Mas ala francs coratges
[sanai "
Lo dreigz senz el benz ditz
[après
6 Qar qi per mon bon dir
[mame[sj
Tost désirât.'^ qe dig non
[aurai
Cades a la bona sabor
Ser la lengal cor e lacor
[p. 34) E rendel ben bonas
[merces
10 E del mal près
' c. en : sis — ^ ;_ ; baisset — 3 c. en : fui. — '* c. en : val — ■^ c. en :
tortz — ^ /.: fes — t c. en : aten — ^ c. en : demmai — 9 c. en : Ja —
•0 c. en :desmesur — '* c. en : satrai — ^^ c. en : diseral
IRO
LE CHANSONNIER DE
iMals gratz tôt aissi corn
[laue
Qe sim feireu ' vos e vos me.
V. Vos sabes ab qal chauzi-
[men
Foron amie fiti e lierai
Mas erestornad ^ en afrai
Bon amors conqes comenses
5 E curau a ^ qes meillures
Mas iamais non o cuiarai
Guna mal enfruneza ^ cor
Don dôpnas e lor amador
Son ochaizonat e mespres
40 Qe sim lègues
Eu cug qen disera tal re
Qe nemic en forâiasse.
VI. Pos non qier dreig de failli-
[men
Ai cet vetz perd ut e perdrai
Ja pos non ai dig non dirai
So don cella sera ^ dre-
[chures
5 Qe mal tort el om acades
Per qieu so crei nom lau-
[zarai
De leis qades la trop peior
Plus qe sers fai de mal sei-
[gnior
Cant la seruir ^ dos anz ou'^
r très
BERNART AMOROS
10 K des qames
Tôt quât podê lui noil soue
Nil ama nil prezanil cre.
VII. E si non fos mas car aten
Perdon mos tortz qar men
[istrai
Ja si dieus men don tornar
[sai
Noil fora pros sil demandes
5 Merce per so qe lai trobes
E pero sil perdonarai
Clamors e cû a mal deptor
Cun eschaeu naten meil-
[lor
Që valgra moût sa dieu
[plagues
10 Qeiam parces
Tant tort con eu lai fait
[ancse
Doncs ges anquera non re-
[cre.
VIII. E si lai on fo mortz o près
Mi conduisses
Deuan totz eu iurelal * fre
Ves lo seignior de sant
[fere. ^
IX. (p. 35) Qentrels el '<> patz.
[vai iois e ve
Eiguiteichapdel eichapte.
' c. en : teireu — ^ c.en : tornat — '^ c. en : cuiaua — * c. en: entru-
neza — ^ c. en : sein — * c. en : seruit — ' c. e?i : o — * /. : Virerai
— ^ c. en: sera — ** c. en : es
E. Stengel.
(^4 suivre.)
CHARTES FRANÇAISES
DU XIIP SIÈCLE
TIRÉES
DES ARCHIVES DE l'HOPITAL DE SECLIN (NORD)
MM. de Wailly, Delisle, Lemaire, Le Proux, d'Herbomez, Wilmotte,
Bonnier, etc., ont publié, dans diverses revues philologiques, de très
anciennes chartes en langue vulgaire, tirées des archives du nord de
1 Voyez ma notice Un Hôpital au moyen âge. L'Hôpital Notre-Dame
de Seclin aux XII 1° et XI V" siècles, extraite d'un mémoire plus étendu
présenté, le 1"=^ décembre 1887, comme thèse à l'Ecole des chartes^ et
publiée en partie dans L'Écho du Nord, entre le 23 octobre 1888 et le
6 mars 1889; — voyez aussi V Inventaire sommaire des Archives de VHôpi-
tal de Seclin (Nord) aJitérieures à 1790, rédigé par MM. Jules Finot, archi-
viste départemental, et Vermaere, employé aux Archives du Nord (Lille,
L. Danel, 1892, in-8°).
Seclin, Nord, arrondissement de Lille, chef-lieu de canton, 6.141 ha-
bitants, est situé à il kilomètres de Lille, sur la route nationale de Lille
à Arras. — Cette ville faisait autrefois partie du diocèse de Tournai,
évêché suiiragant de Reims. Ce diocèse, borné à l'Orient par l'Escaut,
consistait en .S archidiaconés et 12 doyennés. L'archidiaconé de Tournai
comprenait les 5 doyennés de Tournai, Helchin, Lille, Seclin et Cour-
trai. Cf. Warnkœnig, Histoire de la Flandre et de ses institutions civiles
et politiques jusqu'à l'année 1305 (Bruxelles, 1885-36, 2 vol. in-8», cartes,
pi.), t. II, p. 332. — Seclin, capitale du Mélantois, était déjà déchu au
XVIIP siècle. Tiroux dit bien, en 1730, qu'on voit dans cette petite
ville le plus ancien chapitre qui soit dans la Flandre française et qu'on
y remarque une église assez jolie, embellie depuis peu d'un nouveau
chœur, mais il constate que « la ville n'est point considérable, n'y ayant
qu'environ 300 maisons sans manufactures. »
Consultez sur Seclin les courtes notices de de Rosny, Revue du Nord,
1835; de Duthilleul, Petites histoires de Flandre et d'Artois, t. II ; de
Becquart, Les Communes de l'arrondissement de Lille, qui, aux pp. 657-
663, ne fait guère que reproduire l'article de M. de Rosny, en y ajou-
tant des erreurs de date ; et surtout Jules Finot et Vermaere, Inventaire
sommaire des Archives communales de Seclin antérieures à 1790 (Lille,
L. Danel, 1888, in-8°).
25
38 2 CHARTES FRANÇAISES
la France et des dépôts de la Belgique '. Ces documents sont compris
entre les dates extrêmes de 1204 et de 1328. C'est, en effet, dans les
villes du Nord que le français vulgaire apparaît pour la première fois
dans les chartes : d'abord dans les contrats entre particuliers, ensuite
dans les actes des pouvoirs ecclésiastiques ou seigneuriaux. M. Giry,
dans son Manuel de Diplomatique, cite une charte romane de Jeanne,
comtesse de Flandre et de Hainaut, datée de 1237 -.
Trois des quinze chartes, dont nous donnons plus bas la transcrip-
tion, émanent précisément de la sœur de cette princesse : Marguerite
de Constantinople ^, qui gouverna la Flandre de 1244 à 1280. Elles
datent de 1247, 1249 et 1272. Trois, des années 1281, 1283 et 1290,
sont de Gui de Dampierre ■*, comte de Flandre (1280-1304) ; trois,
autres, de Jean, châtelain de Lille ^ (novembre 1267), de Mahaut,
châtelaine de Saint-Cmer (février 1257), et de Guillaume Le Bleu, che-
valier (mars 1257). Les six dernières, comprises entre 1281 et 1284,
sont extraites d'un petit cartulaire du XllI* siècle, en parchemin, de
huit feuillets, malheureusement tronqué et contenant douze pièces, de
1 Voyez la bibliographie de ces travaux dans A. Giry, Manuel de Diplo-
matique (Paris, Hachette, 1894, in-S"), p. 468.
2 Ibidem, p. 468.
' Marguerite de Constantinople , fille de ce comte Bauduin de
Flandre, dont la fortune fut si élevée et le malheur si profond, et sœur
de Jeanne, épouse de Fernand (1211-1244), qui sut, par sa sage admi-
nistration, mériter des historiens le titre glorieux de Jeanne de LUle.
Quels que furent les actes politique ou privés de cette princesse, deux
fois veuve et mère de nombreux enfants qu'elle n'aima pas tous égale-
ment, ses fondations justifient sufiisamment l'éloge de Meyer : « Mar-
guerite était une femme très entendue aux aiiaires du gouvernement,
pleine de courage, pieuse, et surtout amie des pauvres. » Cf. abbé E.
Hautcœur, Histoire de l'abbaye de h'iines (LUle, Quarré, 1873, 2 vol.
in-S", fig., pi.,) aux chapitres II et VII ; cf. aussi Jean Buzelin, Gallo-
Fla)idria sacra et profana, suivie des Annales Gallo-Flandriw (Douai,
Wion, 1624, in-f»), 1. I, II, III, passim.
4 En 1255, saint Louis attribua le Hainaut aux d'Avesnes, fils de Bou-
chard, et la Flandre à Gui de Dampierre. Cf. Miraeus, Diplomata belgica
(Bruxelles, 1628, in-4"), 1. I«', ch. 88.
» La chàtellenie de Lille comprenait 9 quartiers. Les quartiers de
Mélantois, Carembault, Weppes, Ferrain, Pévèle sont de l'arrondisse-
ment de Lille ; les autres quartiers étaient : Outre l'Escaut, Comté,
gouvernance de Douai et pays de Lalleu. Tiroux, Histoire de Lille et de
sa chàtellenie (Lille, 1730, in-12). Voy. Th. Leuridan, Statistique féodale
de la châtelleyiie de Lille, dans Bulletin de la Commission historique du
Nord, t. XI, XII et XIII.
DU XIII® SIECLE 38 3
1250 à 1284 : elles rentrent dans la catégorie des accords rédigés par
les échevinages.
Toutes ces pièces concernent l'Hôpital Notre-Dame, dit Comtesse,
fondé à Seclin (Nord), le 14 octobre 1248, par la comtesse Marguerite '.
Nous n'ignorons pas quelle matière à observations philologiques peu-
vent être des documents de cette nature ; mais les instruments de
travail, et plus encore la compétence, nous manquent pour essayer
une étude approfondie de ces textes. Nous ne ferons donc qu'œuvre
de copiste, de copiste attentif: œuvre de quelque utilité, croyons-
nous ; caries chartes françaises du XIII^ siècle sont assez rares pour
mériter d'être publiées, et pour intéresser les érudits, malgré l'ab-
sence de commentaire.
I
Chartes de Marguerite de Constantinople,
comtesse de Flandre et de Hainaut.
1. — Reconnaissance es conditions à Roger de Wallers et à sa
femme de biens fonds et de rentes achetés par eux à Jean Fiévé,
de Seclin.
(Août 1247).
Je Margrite, Contasse de Flandres & de Haynau, faic sa-
voir a tous chiaus ki ces letres veront & orunt qe Rogiers de
1 Voj'ez ma notice précitée, ch. I", et V Inventaire sommaire des Archi-
ves de l'Hôpital, Introduction, I. — Seclin fut au moyen âge un centre
religieux et hospitalier important. Saint Piat, premier évéque de Tournai
et martyr vers l'an 299, aurait péri non loin de ce lieu, où saint Eloi aurait
rebâti, en 659, l'église élevée ou existante à la mort du saint. Comme toutes
les villes de la région, Seclin, suivant les chroniques, aurait été dévastée
par les Normands, et les prêtres auraient dû transporter à Chartres
les reliques de saint Piat, qui leur furent rendues, suivant les uns, et
qui restèrent, suivant d'autres, au pajs chartrain. Au XIP siècle, nous
rentrons dans le domaine des faits précis. On a les traces de la Collé-
giale saint Piat dès 1122 ou 1126. Il existait même alors une autre église,
sous l'invocat de saint Eubert, dont les reliques avaient été laissées au
chapitre de Saint-Pierre de Lille, lors de sa dédicace, en 1066, en
échange de dîmes situées à Croix, près de Roubaix. Ravagée comme
Lille au commencement du XIII' siècle par Philippe- Auguste, Seclin se
releva aussi de ses ruines. En 1218, la comtesse Jeanne accordait à ses
bourgeois les lois et libertés dont jouissaient déjà ceux de Lille. En 1247
sa sœur Marguerite y créait un hôpital en l'honneur de la Vierge, éta-
blissement qui paraît avoir bientôt éclipsé le petit hôpital de la Collé-
giale, avec laquelle sans doute il était né et s'était développé.
384 CHARTES FRANÇAISE^
Wallers & Marote, se femme ', ont acaté de leur propres de-
niers a Jehan Fievé de Seelin % men houme, deus bonniers "
de tere ki sont en le Clawiere * & viii sols d'Artois ^ & demi
mui " d'avaine chascun an de rente iretavlement &justichav-
lement, lequele rente gist en le parroche de Seelin ; &. chele
tere & celé rente, Rogiers & se femme tenront toutes lor
vies de moi par, deus deniers de cens le bonnier, & après lor
mort le tenront lor enfant, si est a savoir : Pieres &. Jehans,
lor fil, Marote, Yde & Yzabiaus, lor tilles ; & quant il defaurra
de l'un d'iaus il escharra sour les autres. Et Rogiers & se fem-
me & lor enfant qi devant sunt noumet, ont donné è. otroié
le tere & le rente devant dites après lor deces en ausmone a
le Maison '^ ke j'ai fait faire a Seelin, ne ne puet revenir après
lor deces a oir k'il aient. Et pour che ke cUe soit ferme chose
* « Roger de Wallers. » — Wallers, nom de i^lusieurs localités du
Nord : Wallers, arrondissement et canton de Valenciennes ; Wallers —
Trélon, arrondissement d'Avesnes, canton de Trélon. E. Mannier, dans
ses Etudes étymologiques, historiques et comparatives sur les noms des
villes, bourgs et villages du département du Nord (Paris, Aubry, 1861,
in 8°), p. 992, rattache ce nom au germain vasl, eau.
2 « Seelin ». Etymologie : Sickel-ing, domaine d'un certain Sickel. —
Il ne saurait être question du jeu de mots rapporté par Buzelin, se in~
clinavit, qui fait allusion à la mort de Saint-Piat, ni des étymologies
celtique de Duthilleul {tsegelin), flamande de M. de Baecker [zieklieden)
ou latine de M. Mannier [sacelinum).
3 Le bonnier compte 16 cents de terre, et le cent de terre est égal à
8 ares 86 centiares. Les autres mesures agraires en usage dans les cam-
pagnes de Flandre sont : la verge ou la perche, qui est la centième par-
tie d'un cent de terre ; le quartier, qui en est le quart ; puis, comme
multiples du cent de terre, la mesure, qui vaut 4 cents de terre, et le
bonnier. — La mesure valant 4 cents de terre, en vigueur à Seelin, est
ce qu'on appelle la mesiire d'Esquelbecq ; elle est usitée jusqu'à Bail-
leul : au delà, la mesure vaut 5 cents de terre.
* « Le Glauwiôre », lieu dit du tei'ritoire de Seelin, situé entre les
chemins de Martinsart et de Templemars.
s Voyez Dewismes, Catalogue raisonné des moiinaies du comté d'Ar-
tois (Saiut-Omer, 1866, in-f" de VIII-399 p., pi.).
6 Le muid des solides a varié beaucoup d'époque à époque et de
pays à pays ; en général, il équivalait à la moitié d'un hectolitre (52 li-
tres.) Les autres mesures de capacité étaient la rasière, valant 70 litres
(à la mesure de Lille), et le havot, qui en valait 17, etc.
'^ L'hôpital.
DU Xlll" SIÈCLE 385
& estavle, j'ai fait saelerces letres de men seel a le requeste
Rogier &. se femme et lor enfans ki devant sunt dit. Ce fu fait
l'an del Incarnation Nostre Segnour Mil deus cens quarante
siet, el mois d'aoust.
(Archives de l'Hôpital de Seclia antérieures à 1790 -, B.
1 .2 — Original en parchemin, scellé).
2. — Lettres touchant la donation du gavre de 20 rasières d'a-
voine, à Ancoisne, faite à V hôpital par Sainte, de Lesquin.
(Novembre 1249).
Margareta,F]andrie&Hainonie comitissa, universis ad quos
présentes littere pervenerint, salutem ^. Noverint universi
quod fidelis nostra Sancta del Eskin, sue volens providere
saluti, gavalum viginti raseriarura avene vel amplius, quod de
nobis tenebat in feodum apud Anquesnes & quicquid juris
habebat vel habere poterat in feodo supradicto, présente k
expresse consentienteAelideamita&heredeproximiore ipsius,
dédit in elemosinam Hospitali, quod fundavimus juxta Sicli-
nium & ad opus ipsius hospitalis per advocatum sibi datum ad
legem coram nostris hominibus, paribus suis, in manus nos-
tras idem feodum reportavit & guerpivit ex toto. Dicta etiam
Aeliiis per advocatum similiter approbavit hoc idem & tam
ipsa quam Sancta predicta quicquid habebant vel babere po-
' Dans son Cameracum christianum (Lille, Lefort, 1849, in-4°), p.
376, M. André Le Glay indiquait en note « qu'un inventaire des précieu-
ses archives de l'hôpital de Seclin allait être fait avec soin. » En effet,
cet inventaire fut établi par MM. Le Glay père et fils en janvier 1852 et
vérifié en juillet 1854. L'inventaire des chartes ne compte pas moins de
371 pièces, allant de l'an 1247 à l'année 1780 ; celui des registres et
liasses comprend, de 1462 à la fin du XVIIP siècle, 164 comptes et, de
1248 à la Révolution, 173 liasses et papiers divers. — D'autres documents
ont encore été trouvés dans les appartements de sœur Elisabeth Morel,
décédée en 1866 ; l'inventaire qui en a été fait les classe sous 86 numé-
ros. — Nous croyons devoir donner la concordance des cotes de MM. Le
Glay et de MM. Finot et Vermaere.
= Le Glay, Chartes, pièce 1.
3 La publication in-extenso de cette charte latine nous parait justi-
fiée par les variantes mêmes que nous aurons à relever dans la trans-
cription romane de ce texte.
386 CHARTES FRANÇAISES
terantin feodo prenotato,penitus quitaverunt : ad securitatera
majorem, fide interposita, promittentes quod deinceps in ipso
feodo nichil, per se vel per alium, reclamarent. Homines au-
tem nostri qui predictis fuere présentes, ex parte nostra sub-
raoniti, judicarunt quod prescripte donatio & reportatio &
werpitio bene & légitime facte erant, nec prefate Sancta &
Aelidis vel aliquis ex parte ipsarum in sepefato feodo quic-
quam decetero poterant reclamare. Nos vero dictum feodum
in manus nostras, ut dictum est, reportatum, jamdicto reddi-
dimus hospitali ab omni jure feodali exemptum & dominio
temporali, ab hospitali predicto libère &. pacifiée perpétue
possidendum: ita tamen quod in eodem feodo nobis justiciam
nostrisque successoribus duximus retinendam. In hujus igi-
tur rei testimonium & munimen présentes litteras fieri feci-
mus & sigilli nostri appensione muniri. Datum anno Domini
millesimo ducentesimo quadragesimo nono, mense Novembri.
(Ibidem, B. 1. * — Original en parchemin, dont, le scel est
en poussière).
2 bis. — Transcription romane des précédentes lettres.
Marglierite, Contesse de Flandres (k de Henau, a tous ciaus
qui ces présentes letres verront, salut. Sacent tout ke nostre
foiavle Sainte de Leskin^, ki voloitporveoir a salut de s'arme,
donna en amoisne a l'ospital ke nous fundames dales Seclin,
le gavre ^ de .xx. rasires d'avaine u plus, ke ele tenoit de
nous en fief a Anquesnes *, & quanque ele i avoit u avoir pooit
el fief devant dit. Et la fu Aelis, se ante, presens ses pro-
chains oirs ^, ki a cou frankement se consenti a ce don de-
< Le Glay, Chartes, pièce 5.
2 « Lesquin », Nord, arr. Lille, canton Seclin, 1.403 h. — Cf. Man-
nier, op. cit., p. 131.
3 Gavre, — gavalum dans la pièce précédente, — « gavre », mot fla-
mand signifiant présent (rad. ail. gab). Cf. Du Cange, gavalum, etc. Voyez
aussi Merlin, Répertoire universel et raisonné de jurispi'udence , t. V,
(Paris, Garnery, 1808, in-4°).
* « Ancoisne-les-Marais », Nord, 833 h., commune Houplin.
* Presens ses prochains oîW, proposition participe absolue ayant le sens
de « en présence de ses prochains oirs » et ne traduisant pas exactement
le herede proximiore ipsius de la charte 2.
DU Xin® SIECLE 38 7
vant dit pour l'ospital, par avoet, k'a li fu dounetz par loy de-
vant nous ses pers '. Et le reportèrent en nostre main & le
werpirent - doutout. Et nostre homme, ki furent présent,
amonesté de par nous, jugirent ke chis dons &. cis reporte-
raents & cis werpissements estoient bien fait & aloj ^; et que
ces deus Sainte & Aelis devant dites, ne aucuns de par elles,
el fief devant dit ne poroient de riens des ore enavant recla-
mer. Et nous, ce fief en no main reportet, ensi corn il est dit
devant, rendîmes al liospital devant dit, quite et délivré de
toute droiture de fief &. singnorie temporel, a tenir le dit
hospital frankement, paisivlement, perpetuelment, sauf çou
que nous en ce fief retenons le justice pour nous & nous suc-
cesseurs, oirs de Flandre. En tiesmoingnage de cestecose nous
fesimes faire ces présentes lettres & mètre no saiel. Ces le-
tres furent données l'an del Incarnation Nostre Singneur M.
ce. xLix. el mois de Novembre.
(Ibid., A. 1. * — Petit cartulaire du XIII* siècle, petit in-quarto,
de 8 feuillets, parchemin ; pièce 2, au folio 2, recto). ^
1 Par loy devant nous ses pers, traduction fautive de ad legem coram
nostris hominibus, parihus suis, de la charte 2.
2 Autre faute de traduction, le pluriel pour le singulier. — Werpirent,
guerpivit, se rattachent à un radical germanique (scandin. verpa), qui a
subsisté dans le français « déguerpir » ; le sens est « abandonner. »
Cf. Du Gange, we)-p et guirpimentum.
3 Aloy, fr. niod. « aloi. »
* Le Glay, Registres et liasses, cartulaire côté 99, pièce 2. — MM. Fi-
not et Vermaere ont donné, dans leur Inventaire, le texte complet de
cette charte.
* Ce petit cartulaire, en parchemin, de 8 feuillets, 150 sur 200 millimè-
tres, malheureusement tronqué, contient 12 pièces, de 1250 à 1284. Il est
d'autant plus précieux que l'on ne possède plus tous les originaux de
ses transcriptions, ainsi pour les pièces 6-12. — Uincipit de ce cartulaire,
en très belle écriture du milieu du XIIP siècle et d'une encre très noire,
est: — one niuniri. Datum anno domini millesimo ducentesimo quinqua-
gesimo, etc; — Vexplicit, en écriture courante du dernier quart du XIII*
siècle, et d'une encre très pâle, est; ahstinere ab ingressu ecclesie duraiite
interdicto. Au bas de ce dernier feuillet on ht, en cursive : 1284, et alia
diversa secundiim materias. Les pièces 1,3,4, 5, 6 sont du milieu du XIII"
siècle et de la même main. Les pièces 2, 7, 8, 9, 10, 11, 12 sont du der-
nier quart du XIII« siècle, mais non toutes de la même main. L'écriture
des premières pièces est très soignée; les initiales manquent, et elles de-
388 CHARTES FRANÇAISES
3. —Vidimus et confirmation d'une remise partielle de renies faite
en 1269 à Vhôpilal par Roger de Wallers et sa femme.
(19 juillet 1272). '
Nous Margherite, contesse de Flandres et de Haynau,
faisons savoir a tous ke nous avons veues les lettres frère
Lambert, priestre& maistre del hospital Nostre-Dame encoste
Seclin & des frères & des sereurs de ce meisme liu, saielees
dou saiel del Hospital devant dit, en ceste fourme :
(( A tous ceaus kl ces lettres verront u oront, Nous frères
Lambers, priestres & maistres del hospital Nostre Dame
encoste Seclin, & tout li frère & les sereurs de cel meisme liu,
salus en Nostre Seigneur. Sacent tout ke Rogiers de Wallers
(kMarole,sefeme, Marote& Yzabiaus, leur filles, ont relaisciet
&donnet pour Dieu & en aumosne a nous& a no maison devant
dite soissante sols de artisiens, caschun an, des trente livres
d'artisiens ke nous lor deviens cascun an de rente a toutes
leur vies, si ke nous &; no maison devant dite lor devons,
pour le commun pourfit de no maison, dis livres d'artisiens de
le monnoie de Flandres chascun an de rente, a paier a Rogier
& a se feme & a lor filles devant dites caschun an, dedeus le
quinzaine de le Nativité S. Jehan Baptiste, tant ke Rogiers
& se feme & lor filles devant dites aront le vie es cors, en quel
estât u en quel abit qu'il u eles soient, u en religion u dehors.
Et ces dis livres de rente devant dites, nous lor devons pour
deus bouniers de tierre, ki gisent en le Clauwiere, & pour le
rente, ki furent acaté a Fievet de Seclin & pour un bonnier
de tierre ki gist entre Seclin & Waissemi -, ki fu acatés a
Olivier de Waissemi, lequel terre & lequele rente Rogiers
& Marote, se feme, & lor filles devandites ont acaté de leur
propres deniers & l'ont donné pour Dieu & en aumosne a no
maison de Seclin devant dite a tenir iretavlement a tous
jours. E si connissons ke nous encore devons pour le commun
valent être rubriquces sur deux lignes. L'ccrilure des secondes pièces
n'est point une écriture de luxe, mais elle est régulière; il n'y a pas de
grandes initiales.
1 Nouveau style.
2 « Wachemy » est aux conflins du territoire de Seclin.
DU Xlll" SIECLE 38 9
proufit de no maison devant dite aparant a Rogier de Wallers
& a Marotain se ferae & a Marotain & Yzabiel, lor filles,
soissante sols de artisiens de le monnoie devant dite caschun
an de rente, tant ke Rogiers & se feme & leur filles devant
nommées aront le vie es cors, en quel estât u en quel abit
qu'il u eles soient, si ke devant est dit, a paier casohun an,
au jour de Le Candeler*. Et est asavoir ke dou quel qu'il
defaurra de cest siècle avant ke de Rogier & de Marotain, se
feme, et de Marotain & de Yzabiel, leur filles, ke pour ce ne
kiera nient des rentes devant dites, ke cius u celé ki sourvivera
les autres doit avoir & retenir tout entireraent les dis livres
& les soissante sols de rentes devant dites tant qu'il ara le vie
el cors, ensi ke devant est dit. Et de quele eure ke d'eaus
tous sera defalit de cest siècle, cuite sonmes & no maison
devant dite de toutes les rentes devant nommées, sauf ke cius
u celé ki plus longhement vivera soit bien & plainement paie
a le raison dou tans qu'ele aroit vescut & des arrierages s'il
i eskeoient. Et ces soissante sols de rente leur devons nous
pour l'iretage qu'il acatarent a le feme ki fu Jehan de Lers,
de Seclin, le quel yretage ilontdonnetpour Dieu & en aumosne
a no maison devant dite a tenir yretavlement a tous jours.
Et se il avenoit, ke ja u'aviegne, ke nous defaussissiens de
aucun de ces paiemens des rentes devant dites, & li devant dit
Rogiers & Marote, se feme, & leur filles devant nommés i
avoient cous u damages, nefesissent despens en quel manière
ke ce fust pour le defaute de no paiement, nous leur devons
rendre, &. croire les en devons sour lor dit usour le dit de l'un
d'eaus et sans autre prouvance faire, avoec les rentes devant
dites. Et tant comme a ces choses ferraenent tenir nous i
obleions nous & tous les biens de no maison u qu'il soient ; et
volons & otroions ke Rogiers & se feme & leur filles devant
dites les puissent prendre et faire prendre & arresterpar tout,
comme le leur, jusques a plain paiement de toutes les choses
devant dites. Et en renonçons pour nous & pour nos succes-
seurs a tous privilèges ke nous aiens u ke nous avoir doions,
a toute excepcion de droit u de fait & a toutes autres excep-
tions aussi comme s'eles fussent en cest escrit expressees,a
1 « La Chandeleur tj, fête de la Purification de la Vierge, 2 février.
390 CHARTES FRANÇAISES
tous plais et a tous warans, a tous respis, a toutes forces de
lettres ki sunt u poront estre empêtrées, otroiés u données de
quel persone ke ce soit &. a toutes les choses ki d'endroit ces
convenances nous poroient aidier et grever a Rogier (k a sa
feme & a leur filles devant dites. Et nous en metons en
juridiction de sainte Eglise, et prions & requerrons a no très
chier père en Dieu no seigneur le Evesque de Tournai & a son
officiai qu'il nous destraignent de plaiu sans plait & sans
jugement a warder toutes les choses devant dites. Et si prions
& requérons a no très chiere & haute Dame Margherite, con-
tesse de Flandres & de Haynau, comme a no dame souveraine,
k'ele toutes ces choses grée & otroie & les proumete a tenir
& en doint ses lettres. En tesmoignage & en seurté des choses
devant dites nousjavons ces présentes lettres seelees dou saiel
de no maison & livrées saielees a Rogier de Wallers & a Maro-
tain, se feme, & a leur filles devant dites. Ce fu fait en l'an del
Incarnation Jhesu Crist mil. ce. Ix & nuef, el mois de julié.»
Et nous, Margherite, contesse de Flandres & de Hajnas,
devant nommée, a le prière & aie requeste frère Lambert,
priestre et maistre del hospital Nostre Dame encoste Seclin,
et des frères & des sereurs de ce meisrae liu, toutes ces choses
ensi k'eles sunt chi deseure eseritesà: devisees, loons, gréons
& otroions. Et les ferons tenir comme Dame de la terre. En
tesmoignage de laquel chose nous avons ces présentes lettres
saielees de nostre saiel, ki furent données l'an del Incarnation
mil deus cens soissante & douze, le mardi devant le Magde-
laine.
(Ibid., B. 1. * — Original en parchemin, scellé).
Chartes de Gui de Dampierre,
comte de Flandres et marquis de Namur.
4. — Vidimus et confirmation de la donation de biens fonds faite
en 1271 a l'hôpital par Jacques de Seclin el sa femme.
(17 juin 1281). 2
Nous Guis, cuiens de Flandres et marchis de Namur, fai-
sons savoir a tous ke nous avons veues les lettres les frères
1 Le Glay. Chartes, pièce 36. — 2 Nouveau style.
DU XIII" SIECLE 391
& les sereurs del Hospital de Nostre Dame daleis Seclin en ces
parules :
« A tous ceaus ki ces présentes lettres verront, li frère &les
sereurs del hospital Nostre Dame le Contesse de Flandres da-
leis Seclin, salus en Nostre Seigneur. Sachent tout ke entre
nous d'une part & Jakemon de Seclynet Jehanain, se femme,
citoiens de Paris, d'autre part, pour le prouflt de no maison,
par l'assens & le conseil nostre haute dame le contesse
de Flandres, est faite par mutation, convenu, proumis &
atournet ke li devant dit Jakemes & Jehane se feme nous
ont dounei yretavlement quatre bonniers de tiere, un quar-
tier mains, gisans ou tieroir de Seclin, nuef quartiers ou
Bruille & le remanant entre Seclin & le Marliere \ daleis
le tiere Pieron d'Audrimeis 2, & nous en ont fait tenans &
pregnans. Et nous pour ce avons proumis & proumetons fer-
mement ke nous au devant dit Jakemon, tant coume il ara le
vie ou cours, enqueil estât ke il soit, u en religion u dehors,
renderons & paierons chascun an a Paris, a lui ou a son cer-
tain coumant, a le fieste Tous Sains, vint livres de parezis, et
se il avenist chose ke de Jakemon devant dit defaloit avant
ke de Jehanain, se feme, nous proumetons ke nous a Jehanain
se feme, tant coume ele ara le vie ou cors, en religion u de-
hors, a Paris au devant dit terme chascun an renderons &
paierons dis livres de Paris. Et s'il avenoit par aventure ke
nous defausissiiens de paiier ces deniers a lui au tierme de-
vant dit, nous avons encouvent a rendre a Jakemon & a
Jehanain, se feme, devant dis, ennon de painne, pour chascun
jourke nous defauriens, dis saus de parezis, et nous obligons
a ceste chose tenir fermement nous& no maison a toutes les
appendisses & les apiertenances & no successeur & nos biens
meubles & héritages presens & futurs, u ke nous les aiiens &
u ke nous les avérons, queil partke on les porra trouver, tout
entièrement & noumeement le tiere devant dite ; & otroions
ke se nous en estions en defaute,ke nos ordenares nous des-
1 « Le Brule, Le Bas-Brule, La Marliere, » lieux dits du territoire de
Seclin.
î On relève aujourd'hui dans les annuaires régionaux le nom de famille
<r Daudrumez. »
392 CHARTES FRANÇAISES
traigne à. fâche tenir toute ceste chose de plain, sans nul
plait, par sentense d'escuraeniement. Et requérons a nostre
ordenaire *, pour pourfit de no maison, ke il ceste chose
aprueve & conferme par ses lettres, et requérons nostre
chiere dame devant dite & a ses successeurs ke il nos des-
traignent a ceste chose devant dit par prendre & saisir le
nostre & ke ele en doinst as devant dis Jakemon &. Jehanain
ses lettres. Deseure tout ce nous avons encouvent a Jakemon
devant dit & a Jehanain, se feme, de no volonteit, librau-
ment, ke nous, a tous jours, en no maison, ferons chanteir
un chapelain messe del Saint Esperit chascun jour pour aus,
tant kil viveront, et apries leur mort pour aus et pour leur
ancisseurs chascun jour messe de Requiem. Et en toutes ces
choses renonchons nous a toutes exception & a toutes bares
de boisdie * de toutes cours & noumeement ke nous ne
puissiens dire ke nous ces deniers paions sans cause u pour
mauresnavle cause & que nous ne puissiens dire ke noussoi-
ons deceu en ces choses ne demandeir restitution pour dece-
vance & a toutes autres exceptions de droit & de fait, a toutes
grâces, privilèges, indulgences impetrees u a empetreir, a
toute aide de droit de sainte Eglise & de droit mondain, a
toutes coustumes, a to-is usages & a toutes les choses ki
porroient greveir as devant dis Jakemon & Jehanain, &
nous aidier encontre ces couvenences ; & avons ces choses
jurées a tenir loiaument & ke nous ne venrons encontre
par nous ne par autrui. Et pour ce ke toutes ces choses de-
vant dites soient tenues fermement a Jakemon & Jehanain,
citoiens devant uoumeis, nous leur en avons ces présentes
lettres dounees, saiielees de nostre saiiel. Ce fu fait l'an del
Incarnation Nostre Seigneur Jeshu Crist mil deus cens sis-
sante & siet el mois de jule le devenres devant le Saint Piere
entrant aoust' » .
Et nous Guis, cuens de Flandres & marchis de Namur de-
seure dis, a le requeste les frères & les sereurs deseure dis,
* « Notre juge ordinaire, la juridiction dont nous relevons. »
2 Boisdie, ruse, tromperie. Cf. Du Gange, bausia, baudia ; La Gurne
de Sainte-Palaye, boisdie.
3 29 juiUet 1267 (n. st.)
DU Xllie SIECLE 393
toutes les choses devant dites loons, gréons & confremons de
tant ke il en apartient a nous, &: les ferons tenir as devant
dis Jakemon d: Jehanain, se feme, coume sires de le tiere.
En tesmoignage de la queil chose nous avons ces présentes
lettres faites saiieleir de nostre saiel. Ce fu dounet Tan del
Incarnacion Nostre Seigneur mil deus cens quatre vins &. un,
le mardi devant le fieste Saint Jehan Baptiste,
(Ibid., B. 1. 1 — Original en parchemin, scellé).
5. — Lettres qui fixent à 8 le nombre des religieuses
à recevoir dans l'hôpital.
(12 mars 1283). ^
Nous Guis, Cuens de Flandres & Marchis de Namur, fai-
sons savoir a tous ke nous, veue& roardee la kerke ^ de nos-
tre hospital de Seclin, avons ordené &: estavli ke desore en
avant on ne rechoive ne puist rechevoir el dit hospital nule
persone a sereur duques adont ke li nombres des sereurs ki
ore i est soit venus duques a wit persones*, & se autrement
estoit fait, nous le rapielons. Ces lettres furent données l'an
del Incarnation M. CC. quatre vins & trois, le venredi après
les octaves del Behordich ^
(Ibid., E. 1. 6 — Original en parchemin, scellé).
6. — Lettres de libre jouissance pour Vhàpital du bois qu'il pos-
sède entre les bois de Nieppe et de Lespesse.
(26 novembre 1290). '
Nous Guis, cuens de Flandres & marchis de Nâmur, fai-
sons savoir a tous ke nous otrions & avons otriié au maistre
1 Le &lay, Chartes, pièce 324. — ^ Nouveau style. — 3 Kerke, charge.
4 Si, en 1290, le même comte Gui fait admettre dans Thôpital une sur-
numéraire nommée Marie, fille d'un certain Simon de Saint-Quentin, il
donne en même temps aux religieux des lettres de non-préjudice. Le
nombre fixé en 1283 était encore le même en 1340 et même en 1573. C'é-
tait également le nombre des religieuses de l'Hôpital Sainte-Elisabeth, à
Roubaix (ap. Th. Leuridan, Histoire de Roubaix, Roubaix, J. Reboux,
1860, in 8°, fig., pi).
5 « Buhordicum, Bouhourdis, Béhourdi, Behourdich, espèce de joute
qui se faisait avec des bâtons, les I et II dimanches de Carême. » (de
Mas-Latrie, Trésor de Chronologie, au Glossaire des dates, col. 628).
s Le Glay, Chartes, pièce 39. — ' Nouveau style.
39 4 CHARTES FRANÇAISES
& as sereurs de nostre hospital de Seclin ke il puissent faire
leur pourfit en toutes manières, soit en sarteir ou en autre
manière, fors k' en vendage, de leur bois ke il ont entre nos
bois de Nieppe & le bois de l'Espesse '. En tesmoingnage de
la queil choze, nous avons ces présentes lettres saiielees de
nostre saiiel, qui furent faites et donees Fan de grasce mil
deus cens quatre vins & diis, le Diemenche devant le Saint
Andriu.
(Ibid., A. 6. - — Original en parchemin, scellé).
III
Chartes de Jean, châtelain de Lille, de Mahaut, châ-
telaine de Saint Orner, et de Guillaume Lebleu. che-
valier.
7. — Approbation par Jean, châtelain de Lille, du icerp, fait à
rhôpital par Hubert de Templemars, de 9 quartiers de terre au
Brûle.
(28 novembre 1267). -^
Je Jehans, chastelains de Lisle, fas savoir a tous chiaus ki
ces présentes letres verrunt et orrunt ke je pour mi & pour
mes hoirs ai quité et quite encore nuef quartiers gisans ou
Bruille dales le terre ki fu Oubert de Templemarch *, les
quels nuef quartiers de terre Jakes de Seclin, chitaains de Pa-
ris, soloit tenir de mi en fief, de tout service de fief & de tout
autre service et de tout ce ke je u mes hoirs aviens de droit
u pooiens avoir par aucune raison en le terre devant dite. Et
bien vueil et bien me plaist ke li hospitaus de Seclin a cui Ja-
kes devant dis a werpié celé terre, en quelcunkes manière
k'il l'ait werpié, le tiengne en pais sans service rendre, quele
' « Nieppe », chàtellenie de Bailleul, où Marguerite avait fondé, en
1242, un prieuré de religieux de Tordre de Saint Benoît. Cf. Bulletin de
la Commission historique du Nord, t. VII, etc. — Aujourd'hui: « Niep-
pe, » Nord, arr. Hazebrouck, canton de Bailleul, 5.253 h.— « Lespes-
ses, » Pas-de-Calais, arr. Béthune, canton Norrent-Fontes, .348 h.
- Le Glay, Chartes, pièce 40.
3 Nouveau style.
* « Hubert de Templemars. » — Templemars, Nord, arr. Lille, cantuii
Seclin, L061 h.
DU Xlll* SIECLE 395
k'il soit, a mi ne a mes hoirs. Ne je ne mi hoir n'i pooumes a
jamais riens demander et proumechloiaiiraent en bonne foi ke
je n'irai contre ceste chose, ensi com ele est chi deseure dite,
par mi ne par autrui ne requerrai raison ne engien ne autre
chose ki mi peuist aidier ne l'ospital grever. Et je renunche
generaument &: iretiaument a toutes choses ki me poroient
aidier a aler encontre ceste quitance de me boine volenté &.
de mon boin gré: sauves toutes les convenances faites & di-
tes de ceste chose dunt letresapperent, et ai encouvent plain-
nement ke quel eure ke je soie requis de Jakemon u del ospi-
tal, j'en doi adheriter par mes houmes l'ospital devant dit.
Et pour ce ke ces choses soient fermes et estavles & bien te-
nues de mi & de mes hoirs, j'ai fai ces présentes letres saie-
1er de men propre saiel ; etvueil encore si je defailloie u aloie
encontre ceste quitance, je u mes hoirs, li quels ke ce fust,
k'il soit tenus a restorer plainnement les damages ke Jakes
u li hospitaus auroit a pourchacier a ce ke nous les tenissiens.
Ces letres furent donees a Paris, en l'an del Incarnacion mil
deus cens et sissante setisme, le vegile de le Saint Andriu.
(Ibid., B. 4. ' — Original en parchemin, scellé).
8. — Procuration de Mahaut, châtelaine de Saint-Omer, donnée à
Guillaume de Berqiiin pour recevoir un loerj) de Guillaume
Lebleu en faveur de l'hôpital.
(9 mars 1257]. 2
Jou Mahaus, castelaine de Saint Orner, fas a savoir a tous
cheauski ces présentes lettres verront ou orront ke je met en
men liu Willaume del Berkin 3, porteur de ces lettres, &
1 Le Glay, Chartes^ pièce 33.
2 Nouveau style.
^ « Guillaume de Berquin ». — Neuf-Berquin, Nord, arr. Hazebrouck,
coD Merville, 1.301 h.; Vieux-Berquin, Nord, arr. Hazebrouck, con Bail-
leul, 3.017 h. — Dans sa charte de fondation, la comtesse Marguerite
avait donné à l'hôpital de Seclin 100 bonniers, tant de terre arable que
de bois, à Vieux-Berquin. L'hôpital possède encore ces 100 bonniers de
terre, que les habitants de la localité dénomment « le Seclin ».
Vieux-Berquin faisait partie de la chàtellenie de Cassel (cf. Bulletin
de la Commission historique du Nord, t. VIII. 1863, Statistique archéo-
logique de C arrondissement d'Hazeljrouck).
396 CHARTES FRANÇAISES
doins plenier pooir de rechevoir k de faire faire a loi le
werp ke mes sire Willames li Bleus, mes homs, doit faire de
le maison & del manage del Eskaghe *, a tote le tere, si corn
il est devisé a le vence, & de raportoer les devantdit maisons
& manage en le main celui cui me dame li confesse de
Flandre, de cui je tieng le devantdit fief, & aura envoie par
ses lettres pendans a ces Tospital de Seclin, & voil à com-
mant ke mi homme, quant a ces choses devantdites faire a
loi, fâchent autant por le devantdit Willame, com il sunt
tenu de faire por mi meisme ; car nos avons ferme et estavle
quanque il fera des choses devantdites. Cefu fait ô: doué l'an
del Incarnacion Jhesu CristM.CC. L sis, le vendredi après
Reminiscere.
(Ibid., B. 1. - — Original en parchemin, auquel pend un
reste de sceau).
9. — Quittance de 60 livres donnée à ^hôpital pour le précédent
déshéritement par Guillaume Lebleu, chevalier.
(23 mars 1257). 3
Jou Willaumes li Bleus, chevaliers, fac a savoir a tous
çauski ces lettres veront & oront ke jou ai reciut des frères
& des sereurs del hospital me Dame le Confesse dales Seclin
en paiement Ix. 11 de Artois, de le monnoie de le Flandres,
ke il me dévoient pour le okison del manage de TEscade, le
quel li devant dit frère achaterent a mi C. 11 de Artois; à de
ces devant dis Ix. 11 les quite jou el tiesmoiug de ces letres.
Ces letres furent données en l'an de le Incarnation Nostre
' Ce lieu-dit n'est pas mentionné dans la Statistique précitée et ne
se trouve pas indiqué sur la grande carte de M. Raillard (Cac^e du dé-
partement du Nord au 1/40,000, etc., 17 pi. 1874-1876). — On le ren-
contre sous les formes « inter locum qui dicitur VEscaghe » (Le Glay,
charte 12, janvier 1251); « deZ manage del Eskaghe », dans la présente
charte; « ie manage del Escade » (Le Glay, charte 27, du 23 mars
1257). — Manage, maison, château, domaine ( Cf. La Curne de Sainte-
Palaye, etc.)
2 Le Glay, Chartes, pièce 26.
3 Nouveau style.
DU XIII® SIECLE 397
Signeur mil .CC. LVI. ans, le devenres devant le repus die-
mence '.
(Ibid., E. 37.2 — Original en parchemin, non scellé).
IV
Contrats d'acquisition et Baux.
10. — Acte cCadhéritement pour f hôpital de 9 quartiers de terre
au Brûle.
(5 août 1281). 3
Sachent tuit chil qui sont &. qui avenir sont ke li hospitaus
de Seclin fu airetés bien & a loi, a Falempin * en le grange
Robert de Chemi ^ , de nuef quartiers de terre gisant u
Bruille c'on dist a le Longhe Sauch, selonc le fourme & le
tenure de le chartre le chastelain de Lisle, que li hospitaus
devantdis a, & de chou furent li houme le castelain semons
se li hospitaus en estoit bien aireté & par loi, & disent li
houme a semonse du baillieu ke li hospitaus en estoit bien
airetiet, selonc le forme et le tenure de le chartre devantdite
qu'il avoient veu, oi & entendu. Et eurent li houme qui la
fuient a chel airitement leur caritet de Ix sols de parisis. Et
a chou furent com houme Thibaus de Monchel,qui fu baillieus
de Lisle, Stevenes Cofernes, Pierres de Markellies, Hellins
Cardenaus, Stasars de Herbaumeis, Robers de le Bassee,
Pierres de le Ruele, Jehans Bosket de H lubourdin, Jehans
du Vivier, Colars li Bouteliers de Halenes, Colars Passart,
& comme justiche mes sires Jehans de le Haie ^ qui adont
' « Dominica reposita, le dimenche repus ou repnus, le dimanche de
la Passion, ainsi nommé parce qu'en ce jour les images des saints sont
voilées. » (de Mas-Latrie, Trésor de Chronologie, Glossaire des dates, etc.
col. 636).
2 Le Glay, Chartes, pièce 27.
' Nouveau style.
* » Phalempin », Nord, arr. Lille, canton de Pont-à-Marcq, 1.555 h.
3 «Chemy », Nord, arr. Lille, canton de Seclin, 359 h.
* « Monchel », nom de lieu de la région du nord : on trouve, par
exemple un Monchel dans le Pas-de-Calais. — « Marquillies », Nord,
arr. Lille, canton de la Bassée. — «cHellin Cardinaudou Cardinaux ». —
« S. d'Herbomez » ; Herbomez, Nord, commune de Nomain. — « Robert
26
398 CHARTES FRANÇAISES
estoit baillius le chastelain de Lisle. Et disent li houme devant-
dit (k tesmoignierent ke mes sires Jehans devantdis en avoit
bien pooir de chel airetement faire par bones letres pendans
qu'il avoit du castelain, ke li houme avoient veu ; & si entra
en chel iritage a oes l'ospital frère Jehans, prestres de chel
meisrae hospital devantdit, Tan del Incarnation de Nostre
Segneur M.CC. & Ixxxi, le demars après le Saint Pierre aoust
entrant.
(Ibid., A. 1. — Pièce 6).
11. — Roger Bouillon devient responsable pour l'hôpital de la terre
qui appartenait autrefois à Mahieu Leclerc et à Bénis Du-
flos, etc.
(Juia 1282).
Sachent tout chil ki sunt ù: ki avenir sunt ke Rogiers
Buillons entra en le tiere ke on tient de Jehan d'Assegni ' pour
estre responsavle pour l'ospital, s'il est asavoir le terre kifu
Mahiu Le Clerc & Denisain dou Flos -. A chou faire fu
comme sires Jehans d'Asseigni, comme hostes Martins Hou-
ziaus % Williaumes Frescens, Jehans li peletiers, Pierres li
boulenghiers. Et a .1. autre werp de cheli signeur devantdit,
Jehans Houziaus, Jehans Flamens del atre & Jehans Capes.
Che fu fait l'an del Incarnation Nostre Signeur mil .CC. Ixxxii,
el mois de jun.
(Ibid., A. 1. — Pièce?).
de la Bassée»; La Bassée, Nord, arr. Lille, cli.-l. canton, 3.097 h. —
» Pierre Delruele *; Delrue, Desruelles, etc., noms propres du Nord.
— « Jean Bousquet, d'Haubourdin » ; Haubourdin , Nord, arr. Lille,
ch.-l. canton, 7.457 h. — « Jean Duvivier ^. — « Golard le Boutellier,
d'Hallennes» ; Hallennes-lez-Haubourdin, Nord, arr. Lille, canton Hau-
bourdin. — » Golard Passart»; — « Delahaye » ; Delahaye ; Delhaye,
noms propres du Nord.
1 « Jean d'Assignies ». — Assignies, chau, commune de Tourmignies,
Nord, arr. Lille, canton de Pont-à,Marcq, 565 h.
2 « Mahieu Leclerc et Denis Duflos ».
•* ^ Hous«eau, Housseaux », noms propres du Nord.
DU XIII® SIECLE 3 99
12. — Roger Bouillon devient responsaUe pour l'hôpital d'un quartier
de terre qui appartenait autrefois à Mahieu Leclerc et situé vers
Houplin.
(Février 1283). '
Sacent ausi tout chil ki sunt & ki avenir sunt ke Rogiers
BuilloDS entra en un quartier de terre ke on tient dou capi-
tale de Seclin, ke on apiele des. vi. provendes de Seclin,
pour estre responsavle pour l'ospital de Seclin, si est asavoir
le quartier de terre ki fuMahiu le Clerc, ki gist en vier Hou-
plin 2, A chou faire fu comme justiche Gerars Espaulete &
comme jugeurs Jehans Houseaus, Mikius Buillons, & Jehans
Flammens li thonderes del atre. Ce fu fait l'an del Incarna-
tion Nostre Signeur mil. CC. quatre vins & deus, el mois de
février.
(Ibid., A. 1. — Pièces).
13. — Roger Bouillon devient responsable pour Vhôpital déterres sises
vers le moulin dudit hôpital, devant la porte de ville.
(Avril 1282 ou 1283). 3
Sacent tout cil ki sunt & ki avenir sunt ke Rogiers Buil-
lons est entré en [un] bonnierde terre, ki gist devant le porte
de le vile envier no molin ke on tient del oir de Ronchin* a
une R[asiere] de forment &. 1. capon pour estre responsavle
pour l'ospital de Seclin. A cou faire furent comme justice
Jehans Carencis & comme jugeurs Jehans Houseaus le viel
& Jehans se flus & JakemesPoins. Ce fu fait devant Tatre del
hospital, l'an del Incarnation Nostre Signeur mil. CC. quatre
vins & deus, el mois d'avril.
(Ibid., A. 1. — Pièce 9).
* Nouveau style.
* « Houplin », Nord, arr. Lille, con Seclin, 1.805 h.
î L'année 1282 (a. st.) va du 29 mars 1282 au 18 avril 1283. Il n'est
donc pa« possible, sans autre élément que le nom du mois, de préciser
le millésime de cet acte.
* f Ronchin », Nord, arr. Lille, con Lille, 3.163 h.
400 CHARTES FRANÇAISES
14. — Roger Bouillon devient res^wnsaUe pour Vhôpital de trois cent.i
de terre au Blancamp cédés audit hôpital par les hoirs de Jacques
Lebreton.
(8 février 1285). »
Sacent tout cil ki sunt & ki avenir sunt ke Rougiers Bail-
lons entra en ll]^ de terre, pau plus pau moins, ki gist en
Blan Camp, pour estre responsavle pour l'ospital de Seclin ;
&. celé terre vendirent li enfant ke on apiele Hocedet ^ pour
aumosneke il avoient sour celé terre & si quiterent Tasmosne
ke il avoient sus devant le bailliu à. les eskievin de Seclin
&. devant autres boines gens, &. si werpi celé terre à. issi bien
& a loy curame drois hoirs Jakemes li Bertons <S: se femme,
ki fu celé terre akaté ix livres de parisis le quartier, dou
plus plus Si dou mains mains. A çou faire furent comme
eskievins Willaumes li Sieliers, Jakemes beaus homs, Pieres
Buisses & Robiers de Noele & comme justice Jakemes Poins ;
à la furent comme preudomme Symonsli baillius,le provost,
Rougiers Buillons, frère Robiers, frère Amaris &. frère J. li
prestres. Ce fu fait l'an del Incarnation Nostre Singneur
M. ce. IIII^_^ vins (k quatre, le dives apries le jour des
Cendres.
(Ibid. A. I. —Pièce 10).
15. — Achat par Vhôpital aux hoirs de Pierre Vinereus d'un quartier de
terre situé au delà du moidin dudit hôpital.
(12 octobre 1284). 3
Sacent tout cil ki sunt & ki avenir sunt ke li hospitaus de
Seclins akata .1. quartier de terre, ki gist delà le molin del
hospital S as oirs Piron Vinereus, ki le werpirent bien & a
» Nouveau style.
' « Hochedez », nom propre du Nord.
•• Nouveau style.
" L'hôpital de Seclin, avec sa chapelle consacrée en 1626-1635, sa salle
Saint-Roch réédifiée en 1634, son aile droite au pignon daté de 1635, sa
tourelle et sa façade ouest construites, en 1667, dans le style hispano-
flamand, son pavillon central, sa façade et sa tourelle est, élevés en
1856-1860, se développe aujourd'hui derrière une vaste avenue ou
« drôve ï> qui descend jusqu'à la route d'Arras à Lille. Sa grande façade
DU XII1« SIECLE 401
Joj, à: issirent tout li oir devant le justice. Açou faire furent
conme eskievins Willaumes li SieUers, Jakemes beaus hom,
Robiers de Noele, Jakemes de Bourch, 6: comme justice
Gilles li eskievin. Ce fu fait l'an Nostre Singneur M", ce".
quatre vins & iiii, le dives apries le S. Denis.
(Ibid., A. 1. —Pièce 11).
Tulle, le 24 juillet 1898.
Julien L'Hermitte,
Archiviste départemental de la Corrèze.
symétrique, percée de trois portes, n'a qu'un étage, qui ne compte pas
moins de vingt et une fenêtres ; à chacune des extrémités de cette
façade s'élève une tourelle carrée a trois étages. Elle est précédée d'un
vaste parterre, où l'on a inauguré, le 25 juillet 1880, la statue de la
fondatrice, œuvre remarquable de M. Crauk. Ainsi parachevé, l'hôpital
de Seclin compte parmi les plus beaux monuments civils de la Flandre
wallonne et reste au premier rang des asiles ouverts aux vieillards et
aux malades.
LOU PIAJOU
Coup de zié umouruestsicou
Quand on revian de Sint Meri
On va le Bourdsuene* et l'on ri :
Iquiet de coin van le taloche,
Ferré de clioû et de Cabouoche,
Chopion.... Si l'on voù s'arrêto
De.... sans gêna qu'on ajeto!
I foudruet avé de z'anchasse,
A défô de zique de chasse,
Où ban de bouote de sèt gliû
Per afronto toù quelloù gliû ;
Car, apré la pléve, labourba
Lou long de quella ruj'a courba
Monte cosi jesqu'à jarruet
Cueme où chamin de vé Couruet * !
Mai si fa cho et que la bise
A chassie la poussa s'amise,
LE PEAGE
Coup d'œil humoristique
Quand on revient de Saint-Maurice (de l'Exil), — on voit les Bour-
dines. . . Et l'on rit : — là des coins où les galoches, — ferrées de
clous et de (grosses) taches, — foulent... Si l'on veut s'arrêter, —
(les. . . qu'on a jeté sans gêne ! Il faudrait avoir des échasses, — à
défaut de guêtres de chasse, — ou bien des bottes de sept lieues —
pour affronter tous ces endroits ; — car après la pluie, la boue, — le
long de cette rue courbe, — monte presque jusqu'aux genoux —
^ Maintenant rue de Condrieu.
- Hameau de Saint-Maurice qui fait partie de celui de Colombier.
LOU PIAJOU 4 03
I ne fa po bon z'i passo :
Loù no, loù zié ant amasso
Ina insupourtobla fumârc
Qu'é devâ grise et devâ nâre,
Que vous éborglie et fa toussié,
Qu'ocun éfor nepoù chassie....
A drâta se trove l'Egliése
Van l'onseruet bian à soun ése
Si Farchitecte, pli z'adruet,
L'ayié fa dsan in otrou andruet:
Botsa dessi la grànda ploce,
Van le figlie étolon glioù groce
Per dansié valse et rigoùdon,
Poulka, cadriglie et.... Ardi don !...
Van le Dsémanche, en man le boule,
On va loù vie, loù juénou en foule
Joujié, pioglié, fére de brû,
Bére à plan pouot lou vin doù crû.
L'égliése, ma fâ, é bian bella :
A drâta, à goche, ina chapella
Que la Dsémànclie é bian paro.
Loù sint n'ant po Tar éfaro..,.
On va loù quatrou Evangeliste
Sculto bian seur per de z'artsiste.
comme dans le chemin de Corey ; — Mais s'il fait chaud et que la bise
— s'amuse à chasser la poussière, — il ne fait pas bon y passer ; — le
nez, les yeux se sont emplis — d'une poussière insupportable, — qui
est tantôt grise et tantôt noire, — qui vous aveugle et fait tousser, —
qu'aucun effort ne peut chasser. . . —
A droite se trouve l'église — où Fou serait bien à son aise, — si
l'architecte, plus adroit, — l'avait construite dans un autre lieu. —
Bâtie sur la grande place — où les filles étalent leurs grâces — pour
danser valses et rigaudons, — polkas, quadrilles et. . . hardi donc ! —
où le dimanche, les boules en main, — on voit les vieux, les jeunes en
foule, — jouer, piailler, faire du bruit, — boire à plein pot le vin du crû.
— L'église est bien belle, ma foi ; — à droite, à gauche, une cha-
pelle — qui est bien parée le dimanche. — Les Saints n'ont pas l'air
effaré. . . — On voit les quatre évangélistes — sculptés par des artis-
4 04 LOU PIAJOU
Et Torga que résonne bian
Fa plési d'entendre et combian
Le fenne recugliuet l'acoton.
Loû z'omou jamé s'en dégoton ;
Mai qu'in désordre.... I zia puedô !
Selle dsiquiet, selle dsuelô !
(Avé loù dà, j'où dsou sans rire
Son nom si z'elle on poù écrire),
Gliuena la pousse avé son pié,
L'otra agliùrô cueme in pompié
La prend, alla suema la porte
Et, délia suema vé le porte
Sans réson la fa voujagé
Et dsan lou tas va l'engagé:
Suet bian que sa prouprijetére
La trouvan pli ne sa que fére,
Mai s'en retorne en gongounan
Et bouscule loù z'arruevan.
— Fo-t-é dsuere in moût délie clioche
Merueton-t-eglie de reproche :
Loù z'in dson voua, d'otrou dson non!
Et loù z'in, loù z'otrou, ant réson :
Per loù z'in aile fant merveglie.
Où z'otrou cosson le z'oùreglie....
tes, à coup sur. — Et l'orgue qui résonne bien — fait plaisir à en-
tendre et combien — les femmes recueillies l'écoutent. — Les hommes
ne s'en dégoûtent jamais ; — mais quel désordre... Cela fait pitié !
— Chaises de ci, chaises de là — (avec le doigt, je le dis sans rire,
— sur elles on peut écrire son nom). — L'une avec son pied la re-
pousse, — l'autre, délurée comme un pompier, — la prend, la porte
au-dessus de l'église, — et du dessus vers les portes, — la fait voya-
ger sans raison — et dans le tas va l'engager ; — si bien que sa pro-
priétaire — (ne) la trouvant plus, ne sait que faire, — mais s'en re-
tourne en murmurant, — et bouscule les fidèles qui arrivent.
Faut-il dire un mot des cloches, — méritent-elles des reproches ?
— les uns disent oui; d'autres disent non! — et les uns (et) les autres
ont raison : — pour les uns elles font merveille — et cassent les
oreilles aux autres.... —
LOU PIAJOU 4 05
Oùtour délia ploce Moûran
De platane izia doù bio rang
Que gli fant de jogli z'ombrajou,
L'arba z'i crâ fa de fourrajou.
Aile n'e po bian gniuevelo;
Car quand i plo de toù loù lo,
(Chocun z'i fa quella remorca)
On poù s'i proumeno en borca,
Dessô z'i travarse in égout
Que donne souvan mové goût;
Car où n'a cosi gin de penta,
L'éga solaz'i cole lenta,
Vé loù regor i z'i sian pu,
En loi! siantan on n'e repu..,.
Dsiquiet per se rendre alla gora,
I tant étruet, qu'on vous dsi : gora !
Per ne po être écrabouglia
Et vous gafo dsan loù gouglia....
On revian prendre la grand ruja
Van l'on trove ina odeur de buya,
L'éga descend d'en ot, d'en bo;
Quand i plo on e tsuenondo.
Doù Pérou ' l'éga i fa barrajou;
Autour de la place (Paul) Morand — il y a deux belles rangées de
platanes — qui lui font de jolis ombrages ; — mais l'herbe y croît
comme dans un pré. — La place n'est pas bien nivelée ; — car quand
il pleut, de tous les côtés — (chacun fait cette remarque), — on peut
en barque s'y promener. — Un égout dessous la traverse, — lequel
donne souvent de mauvaises odeurs, — car il n'a presque pas de pente.
— L'eau sale y coule lentement. — Les regards empoisonnent, — en
les sentant, on est écœuré et sans appétit.... — De là pour se rendre
à la gare, — la rue est si étroite que Ton se gare — pour ne pas
être écrasé (par les voitures) — et vous mettez les pieds dans des fla-
ques d'eau.... —
Ou revient prendre la Grand'Rue — où l'on trouve une odeur
de lessive. — L'eau descend d'en haut, d'eu bas ; — on est inondé
quand il pleut. — L'eau barre la rue du Pérou ; — elle arrive du
1 Quartier du Péage.
4 06 LOU PIAJOU
Air arrueve doù fond doù Piajou
Aile cole devé Bagniû ',
Et doû Petuet ^ et d'otrou gliû ;
Pâ dsan V égout aile s' enforne
Cueme in tourran dsan de caborne !
Lou long deir olla i lou marché
Et paralèle i fo eharché
Le payisane revendôuse,
Gentsuet toujour souvan mentoùse.
Chocuna où bras a son pana.
Je défijou où poùrou benâ
De passo où muetan de z'elle
Sans trouco quelle damueselle....
A z'elle lou miâ doù chamin!
Se mouocon doù mondou.... Et pomin
Per acheto glioû z 'uet, gliou birou,
Tourne, pouluet.... Mai z'i bian pirou :
I fo le pincié per derrâ
Per vâre lou fond doù pana....
Vous remonto si la grand routa,
Et si vous la percourâ touta
Vous vâde de choque coùtô
De fenne ina vrâ truepoutô,
fond du Péage ; — de Bagneux elle descend, — et du Pettet et
d'autres lieux ; — puis elle disparaît dans l'égout — comme un
torrent dans des failles.
Le marché est le long de la halle — et parallèlement il faut
chercher — les paysannes revendeuses — toujours gentilles, men-
teuses souvent ; — chacune a son panier — au bras. — Je défie le
pauvre benêt — de passer au milieu d'elles — sans frôler ces
demoiselles.... — A elles le milieu de la rue! — se moquant du
monde.... Et cependant pour acheter leurs œufs, leur beurre —
tommes, poulets... Mais c'est bien pis : — il faut les pincer par der-
rière — pour voirie fond des paniers...
Vous remontez sur la grand'route — et, si vous la parcourez en-
tièrement — vous voyez de chaque côte — une vraie tripotée de
* Quartier du Péage. — ' Fontaine ferrugineuse.
LOU PIAJOU 407
Que vousposson dsan quella ruya
Cueme in gênerai la revuya :
— « Vât-se, dsi gliuena que chapiô
Qu' a si sa téta la Zabio !
Et le manche de quella roba
Aile fant si loù bras la bouoba;
Et son coursajou é mo coupo,
On dsueruet la jupo étruepo. n
— « Viquia la Jonneton que posse
Pendan que sa figlie reposse :
I dson, t'é via, que son chignon
Efau! « — Quése-te don, Toinon!
T'o tro, per seur, movése linga
Que sonne fau cueme ina échinga.
Retsan ta linga de papié? »
— N'en viquia yin qu'a de grand pié! »
— « Chères Dames ^ je dois vous dire
Que c'est bien vilain de médire! »
— « Aile porle cueme à Paris. »
— « Je parle un français qui ravit »...
— « Ne ne fichon de son langajou !
Ne z'omon ban mié que doù Piajou.
Viquia la no, allon ne z'en! »
— (( Ario-tse poù viquia trâ z'an
femmes — qui vous passent, dans cette rue — comme un général, la
revue. — « Vois-tu, dit l'une d'elles, le beau chapeau — que la Za-
beau a sur sa tête ! — Et les manches de cette robe — font des
grimaces sur les bras ; — et son corsage est mal coupé. — On dirait
la jupe déchirée. — « Voilà la Jeanneton qui passe — pendant que
sa fille repasse : — on dit, est-ce vrai, que son chignon est faux.
— « Tais-toi donc, Toinon 1 — Tu as trop, sûrement, mauvaise lan-
gue — qui tinte faux comme une sonnaille... — Retiens ta langue de
papier? — « En voilà un qui a de grands pieds ! — « Chères dames,
je dois vous dire — que c'est bien vilain de médire ! — « Elle parle
comme à Paris. — « Je parle un français qui ravit » — « Nous
nous moquons de son langage ! — Nous aimons bien mieux celui du
Péage. — Allons-nous-en, la nuit arrive. — « Aurais-tu peur, voilà
trois ans — qu'une lumière nous éclaire... — « Elle est jolie, pauvre
•Ï08 LOU PIA.TOU
Que ne z' éclore ina gliumiére... »
— (( AUejoglia, poùra bergliére!
Teporle d'électrueçuetô:
Entre cent fait je vo çueto
Quoque méfa et quoque force:
La ruya quoque vas' en posse;
Et loù cofé, loù magasin
Sont nar cueme de Sarrazin.
Dsan lou mouman que j'é de mondou
Si d' agliuemo tro plan j'abondou,
Viquia moù cliyan que s'en vant;
Mai recliamc... Otan lou vent
Cueme l'on dsi de fa, n'emporte!...
Quoquin dsi yiore : c» Que m'importe! »
Où Piajou i zia de gent bian cronou
Surtout i ne manque po d'onou,
Etmémou in académicien
De marichô, de farmacien,
De menuisié cosi artsiste.
De courdagné, de z'ébeniste,
De médecin, de z'ourlougé,
De z'otel per loù z'etrangé,
De boutsique de tout évage,
De canuse pli z'où moins sage;
Enfin de gent'de tout métsé,
nigaude ! — Tu parles d'électricité : — je vais citer entre cent faits —
quelques farces et quelques méfaits : — la rue s'en passe parfois ;
— et les cafés, les magasins — sont noirs comme des Maures. —
Dans le moment que j'ai du monde — si d'allumer je vais trop
doucement, — voilà mes clients qui s'en vont ; — mais réclamer....
Autant le vent, comme l'on dit des fois, n'emporte ! ...» — Quelqu'un
dit maintenant : — » Que m'importe !... »
Au Péage il y a de crânes gens. — Surtout il — ne manque pas
d'ânes, — et même un académicien. . . — Des maréchaux (ferrants),
des pharmaciens, — des menuisiers presque artistes, — des ébé-
nistes, des cordonniers, — des horlogers, des médecins, — des hôtels
pour les étrangers, — des boutiques de toute sorte, — des canuses
plus ou moins sages ; — enfin des gens de tous (les) métiers — sans
LOU PIAJOU 4 09
Sans comto que delloù rentsé ;
Et de moudsiste et de taglioùse
Dont le cliyànte graciyoùse
Sont paré dsan lou derâ goût
Mai que cregnon tro loù degout...
I gnia gniuet banquié, gniuet noutérou
De z'avoucat on n'en va guérou.
I tsin paji bian fourtsunô
Gin d'uissié gni montre son no
I gnia gniuet pompié, gniuet gendormou,
Alloù Piajérou i fa lou cliormou :
Loù proumâ traçon glioù seglion,
Loù segon sont à Roussiglion.
Où Piajou on mige tro de gorra
Qu'où grouman la pincié la lora ;
En revange i zia de bon vin
Dont toù loù Piajérou sont vain,
Loù z'ovou ant de bella mayiére.
Li vigne sont plene de piére ;
De perseyié, d'ambricoutâ
1 s'en trove, pertout de tas.
En résumé : vive lou Piajou !
Qu'é plitoù vuela que vuellajou;
compter celui de rentier, — et des modistes et des tailleuses, — dont
les gracieuses clientes — sont parées dans le dernier goût, — mais
(de robes voyantes) qui craignent trop la pluie.
Il n'y a ni banquiers, ni notaires... . — On n'y voit guère d'avo-
cats. — C'est un pays bien fortuné, — point d'huissier n'y vient
exercer.
Il n'y a ni pompiers, ni gendarmes, — les gens du Péage en sont
charmés : — les premiers tracent leurs sillons, — les seconds habi-
tent Roussillon.
Au Péage on mange trop de vieilles vaches, — qui font pincer les
lèvres aux gourmands. — Il y a du bon vin en revanche — dont les
gens du Péage tirent vanité.
Les îles ont de beaux échalas. — Les vignes sont couvertes de
pierres. — De pêchers, d'abricotiers, — il s'en trouve des tas partout.
"Vive le Péage, en résumé! — Qui est plutôt ville que village.
LOU PIAJOU
Dsan queir andruet tout é charman,
Chacun a lou cœur si la man.
Le gent sont loin d'être gavagne
I tsin vrâ payi de coucagne.
Que dsuere incor.... Pli ran ne se;
Ossi chocun me dsi : « Assez » !
Mourice Revare.
— Dans cet endroit tout est charmant. — Chacun a le cœur sur la
main.
Les gens sont loin d'être fainéants. — C'est un vrai pays de coca-
gne. — Que dirai-je encore.... Je ne sais plus rien; — aussi cha-
cun me dit : « Assez!... »
Maurice Rivière.
VARIÉTÉS
PIÈCES TIRÉES DE LA. COLLECTION GODEFROY
Lettres de Pierre Boy, sieur de Meilhan,
au roi Charles IX *
(1569-1573.)
1. — Le sieur de Meuilhan mande au Roy qu'il luy envoyé une
lettre du Roy d'Alger et celles que ledict Roy et Agy Morat luy ont
aussy escrits, qui sont plaines de plaintes contre l'Ambassadeur qui
est à Constantinople qui a esté cause qu'on a arresté les vaisseaux
français en Alexandrie et Tripoly, ayant receu 10.000 escus ; que la
perte des Galères d'Espagne continue.
Sire, le XXVI*™^ du passé, par voye de la poste, vous ay
amplement escript et faict entendre toutes nouvelles et occu-
rances que se passoient en ces quartiers. Despuis, et le jour
dhier seullement, le Roj Dargiers ma mandé la lectre cy
encloze pour faire tenir à vostre Magesté. A. quoy je n'ay
voulu faillir aussi tost et laccompagner dune aultre quil ma
escript, Et aussi Agy Morat que fust ces années passées pour
ambassadeur vers vostre Magesté, par le contenu desquelles
pourrez veoir le traictement que vostre ambassadeur à Con-
stantinople faict à voz subgectz, et qui a esté loccasion de
larrestement des vaiseaulx et navires de France questoient
en AUexandre et TrippoUy. Où vostre Magesté verra apper-
tement le tout estre venu par le moyen de vostre ambassa-
deur moyennant dix mil escus que le juif luy a donné de pré-
sent. Les marchans trafBquantz audict AUexandre et Trip-
poUy sont tousjours attendantz la responce que vostre Magesté
aura eue du Grand Seigneur, cependant demeurent sans rien
négocier. La perte des Gallères dEspaigne se continue tous-
« Institut Coll. Godefroy. T. 257. Pièce 86, 3 juin 1569, original.
4 12 VARIETES
jours. Sire, il vous plarra commander mestre faicte responce
de ce que jay à faire des deux espagnolz que je tiens prison-
niers icj, si long temps y a, attendu quilz ne sont poinct
granadins, ains gens de bien, bons chrestiens et catholicques,
comme je suis ordinairement informé par plusieurs marchans
dEspaigne et aultres de ceste ville que chascun jour habor •
dent en ce port. Nous sommes an ce lieu les plus heureux
qu'aucuns de voz subgectz pour la bonne paix, union et trans-
quilité de quoj tout ce peuple est et se comporte. En quoy
jaj loeilli à les y bien conserver et maintenir. De tout ce que
surviendra ne feray faulte, dheure à autre, den donner advis
à vostre Magesté. Quoy attendant.
Sire, je supplieray le Créateur quil vous maintieigne en
très-bon estât et santé, avec prospérité très longue et très
heureuse vye.
De Marseilhe, le III"^ juing 1569.
Vostre très-humble et très-obéissant subgect et serviteur.
Pierre Boy.
Au Roy.
2. — Pierre Boy, sieur de Meuilhan, mande au Roy que nonobstant
quil luy ayt donné pouvoir en l'absence du Baron de la Garde de
commander les galères, le sieur de Carces la arboré estendart sur
la sienne et prétend avoir pouvoir du Roy de les commander '.
Sire,
Se trouvant dernièrement Monsieur le Baron de la Garde
aux Isles d'If, presque sur le poinct de faire voyle pour le
volage auquel il est à présent pour vostre service, il menvoya
par ung gentilhomme des siens, deux lectres missives à luy
adressantes, une de vostre Magesté, escripte à Reims du
xii^ du moys de may, et laultre de Monseigneur de Savoye
escripte à Turin, du premier dudit moys, toutes deux conte-
nant en substance estre vostre bon plaisir, que, absent ledict
sieur de la Garde, je commandasse aux gallères qui demeu-
reroient en vostre port de Marseille, et que, tant pour la garde
dicelles que pour tenir la coste nette et purger de corsaires
1 Coll. Godefroy, T. 257, pièce 74 (original), 20 juillet 1569.
VARIETES 413
pourlaseurté et repos de vos subgectz, je pourrois, se pré-
sentant Toccasion, demander celles de raondict seigneur de
Savoye pour les adjoindre aux vostres. Et pour encores mex-
citer davantaige à prendre ceste charge, ledict sieur de la
Garde accompaigna lesdictes lectres dun sien pouvoir, me
priant et requérant icellui accepter. Ce que ne pouvant com-
modément, comme ayant dailleurs assez doccuppations, tant
au gouvernement de ceste ville que aux aultres estatz et
charges dont il vous a pieu m'honnorer, je men fusse dès lors
librement excusé, neust été, Sire, l'insistance que men fict
icelluj sieur de la Garde, m'opposant vos dictes lectres et
commandemens. Ausquelz ne voulant oncques différer la fidelle
servitude que je doibz et ay jurée à vostre Magesté, javois
receu et accepté lesdictes lectres et pouvoir, en intention de
sujvre vosdictz commandementz; joinct quilz raavoient esté
confirmez par le vostre quil vous a pieu mescrire à Orléans
du xvn^ du passé, que je receuz justement ung jour après le
parlement dudict sieur de la Garde. Touteflfojs, Sire, il est
advenu que prétendant Monsieur de Garces telles charges luy
appartenjr et luj avoir, longtemps a, [été] octrojée par vostre
Magesté, a incontinent faict arborer vostre bandière sur sa
gallère. Sur quoj, ayant bien voulu me résouldre avec ledict
sieur de Garces, jay incontinent despesché à Aix, où il estoyt,
exprès pour l'informer de ce que dessus, et luy faire veoir
toutes les susdictes lectres et pouvoir. Le priant en oultre que,
pour ne retarder et confondre les affaires qui se pouvoient
pour vostre service d'heure à aultre présenter en ladicte
charge, il advisast de raesclercir sur ce de son intantion, à ce
que je demeurasse avec juste cause en cest endroict suffisam-
ment deschargé, et vostre Magesté satisfaicte de mon debvoir.
Et mayant ledict sieur de Garces lors remis sur le pouvoir et
provision quil m'avoit escript en avoir de vostre Magesté et
laxoir envoyé quérir en sa maison de Garces, après avoyr
actendu quelques jours sans aultre résolution, ne pouvant
plus différer de me descharger de ce fardeau, je renvoyay
vers luy le priant derechef me déclairer sa volunté. Sur
quoy, Sire, il ma enfin escript que, sans marester à sondict
pouvoir, je le tinsse comme l'ayant veu, et qu'il entendoit
faire ceste charge et ne permettre que personne y entreprint
27
414 VARIETES
à son préjudice, puisqu'il vous avojt cj-devant pieu len pour-
veoir, et que pour ma descliarge et contentement il en escri-
roit à vostre Magesté Laquelle cependant je n'ay de ma part
voulu faillir tenir advertie de ce, non, Sire, pour riens en-
treprandre en ladicte charge, qui touche audit sieur de la
Garde et non à moj, mais premièrement pour faire cognoistre
à vostre Magesté cornent et avec quelle solicitude et recom-
mandation de mon debvoir et de mon honneur je désire ren-
dre raison de vos comraandemens; et secondement pour, en
temps qu'il me sera possible, entre nous tous qui sommes de
deçà appeliez à vostre service, l'onylé et amitié que vostre
Magesté entend y estre réciproquement lenue pour ne partia-
liser les charges telles qu'il vous a pieu et plaira pour lad-
venir les distribuer et régler. Suppliant très-humblement
vostre Magesté avoir agréable ce que j'en ay faict, et que je
demeure deschargé. Et vous ayant puis deux jours amplement
escript de toutes occurances de par deçà, n'estant despuis
survenu chose digne de vostre Magesté.
Sire, je supplieray le Créateur vous donner en prospérité'
et santé, très-heureuse et très-longue vye.
De Marseilhe le xx* julhet 1569.
Vostre très-humble et très-obéissant subgect et serviteur,
Pierre Boy.
3. — ' Sire, après la dépesche que jay faicte à vostre Ma-
gesté sur les nouvelles d'Alger, le gentilhomme, que par votre
commandement y avoys mandé, est arrivé bien mallade, ayant
couru fortune troys moys sur la mer, sans pouvoyr aborder
ne approcher de ce port, pour le mauvais temps qui a reigné
despuis son despart dudict Alger, tel que jamais ne fust veu le
semblable. Et à cause de samalladye, il n'a peu s'acheminer
devers vostre Magesté, mais m'a repporté qu'estant arrivé
audict Alger le XXIU"^ du moys d'aoust dernier, et donné
la dépesche de Votre Magesté a roy dudict Alger, il la
treuvé de fort bonne vollonté et très-affectionné en tout, ce
quil se pourra employer pour vostre service. L'ayant asseuré
» Institut. Coll. Godefrny. T. 25S. Pièce 82. 20 janvier 1573 (original).
VARIETES 415
qu'il en a aussi commandement du Grand Seigneur, comme
de resercher Votre Magesté de ce quil pourroj^t avoir besoin
du cousté de deçà, ce qui laincitté de vous requérir, comoie il
m'escript, de quelques arbreset rames pour gallères, et en re-
vanche il a tous prest une vingtaine de beaulx chevaulx, six
jumentz, deux Ijons, deux ours, des lévriers foulajis et aulties
bestes que ledict gentilhome a veu; mais quil est nécessaire
dy envoyer ung vaisseau propre pour tragetter le tout de
deçà. 11 a faict donner la liberté à huict esclaves françois qui
estojent prins de son temps, comme il pourra faire à une infl-
nitté daultres qui sont de délia, sil plaist à Vostre Magesté
luy en faire escripre. Ledict gentilhomme ma aussi faict en-
tendre que ledict Roy d'Alger lui a déclaré secrètement quil
a quelque intelligence en une forteresse nommée ïabarque,
près du Bastion Françoys qui est à Bonne, laquelle forteresse
est tenue par les Gennevoys ' et qu'il prétend la prendre dans
peu de temps, pour après la remectre soubz Tobeyssance de
Vostre Magesté, sil vous plaist lacepter. Cependant il faict
fortiffier et remparer ledict Alger, ainsi que jay cy-devant
faict entendre à Vostre dicte Magesté, allaquelle jenvoye
présentement la lectie dudict Roy d'Alger par ce porteur.
Sur quoy j'actendray voz commandementz; mais il est néces-
raire, Sire, si luy accordes lesdictz arbres et ramez descripre
à Monsieur le Mareschal d'Ampville ou de Joyeuse, den faire
faire amas au pays de Languedoc et les envoyer en ce port,
car icy ny en a que pour la provision de voz gallères, ainsi
que cedict porteur pourra tesmoigner plus amplement à
Vostre Magesté et faire entendre toutes aultres occurances
de deçà. Auquelz me remectz pour pryer Dieu
Sire, maintenyr Vostre Magesté en très bon estât et santé,
très-heureuse et longue vye. De vostre ville de Marseille, le
XX* de janvier 1573.
Vostre très-humble et très obéyssant serviteur et subject.
Pierre Boy.
Au Roy.
1 Italianisme pour Génois, de Genova.
41G VARIETES
n
Lettre des consuls de Marseille au Roi
Les Consuls de Marseille demandent au Roy que la levée de 7000 li-
vres par an sur les espiceries et drogueries pour l'entretien de leur port
soit continuée, nonobstant la deffense de poursuivre ledit œuvre qu'ils
disent ne se pouvoir faire sans un grand dommage. *
Sire, par vos lettres patentes données à Arles, au mois de
novembre mil v^ Lxiii vous a pieu ordonner que le droict mis
sus par le feu Roy Henry de bonne mémoire, que Dieu absoil-
ve, vostre très-honoré père, sur les espiceries et drogueries
entrans en vostre ville de Marseille, seroitlevé parles consulz,
manans et habitaus dudict Marseille durant le temps de six
ans, pour icelluy droict emploier à la construction du quay et
curement du port de ladicte ville. A la charge que ladicte
comunaulté seroit tenue fornir et emploier de leurs deniers
durant ledit temps de six ans jusques à la somme de sept mil
livres à ladicte oeuvre, oultre la somme de trois mil livres que
ladicte comunaulté auroit promis faire valloir la ferme du
droict et cuerraige appartenant de toute ancienneté à ladicte
comunaulté, destiné à la cure et entretenement dudict port,
à la charge de rendre compte d'an en an en vostre court des
comptes dudict Prouvence. Et combien que, Sire, nous aïons
faict jusques â présent tel mesnage et diligence en ladite œu-
vre que, oultre ce que le faict le tesmoigne assez, nos hayneux
et malvueillans, voians ladicte œuvre, sont contrainctz direct
accorder la diligence et bon mesnage de ladicte comunaulté,
et croies, Sire, que, s'il nestoit labonne volonté et dévotion que
ont les dictz manaus a la perfection de ladicte œuvre, non seul-
lement pour la comodité de leur traffic particullier, mais pour
unefortiffication, non seuUement de vostre pais de Prouvence,
ains de tout vostre royauime,lœuvre neust si diligement esté
continuée, comme le monstrent assez les prifFaictz et autres
incroiables despens que vostre Magesté ou voz antécesseurs
ont faict au curement dudict port, sans que aucune chose soit
« Bibl. de l'Institut. Coll. Godefroy, T. 256, pièce 20.
VARIETES 417
venu en perfection, ains le toutinnutilleraentdespandu,pource
que lœuvre estoit maniée et conduicte par ceulx qui navoient
nul interestz à ladvancement et perfection de ladicte œuvre ;
laquelle est de telle importance qiiestant achepvée, comme
nous espérons, sire, nous y emploier, sil plaict à vostre Ma-
gesté nous y aider, que en tout l'université ny aura port si
asseuré et de tel comodité et commerce que celluy de vostre
dicte ville de Marseille. Et combien, Sire, que nous y avons
travaillé de telle diligence que vostre Magesté pourra plus
particullièrement entendre par le délégué par devers vostre
dicte Magesté. Ce néantraoings, ces jours passez, en vertu de
voz lectres données à Verdun, le xxiii'' apvril dernier, le sieur
de Mazan, président en vostre court des comptes, comissaire
à ce depputté auroit empesché ladicte œuvre, faict emprison-
ner les consulz de ladicte ville et les passez des ans lxv,
Lxvi, LXVii,etLxviii, pour le préthendu restant des deniers par
vostre Magesté accordez à ladicte œuvre, faict saizir leurs
biens exposé en ventes, et par ce moien travaillez pour une
bonne œuvre et service faict à vostre Majesté, espérant icel-
lu}^ toujours continuer comme ont faict leurs antécesseurs,
sans les avoir voulu entendre en leurs oppositions raisons et
deffances Que a esté la cause, sire, que nous sommes adres-
sez à vostre Magesté, vous requérant, très-humblement nous
vouloir entendre à nostre bon droict et nous donner moien
que les deniers destinez à la dicte œuvre ne soient emploiez
en aultres usaiges; mesmement que tant sen fault que ladicte
comunaulté ait aucuns denier rière soy, quelle est créditrice
de grandes et notables sommes pour lachapt de bois quest
nécessaire pour la cure dudict port. Sire, il vous plaira ne
permectre ladicte œuvre estre divertie et destournée poures-
tre de telle importance que vostre Magesté sçaist trop mieulx.
Davantaige si lœuvre cessoit et nestoit continuée, toute la
despance faicte jusques à présent seroit innutille ; quest ung
intéretz considérable. A quoy leur estant prouveu, comme i!z
espèrent de vostre bonté, ce sera augmenter la bonne volonté
de voz paouvres subgectz, de semploier de mieulx en mieulx
à vostre service. Quant à vostre ville de Marseille, nous som-
mes en bonne paix et tranquilité, grâces à Dieu. Auquel prie-
rons
418 VARIETES
Sire, vous donner en parfaicte santé très-heureuse et lon-
gue vye. A vostre ville de Marseille, ce m^ juing 1569.
Voz très humbles et très obéissans serviteurs et subgectz
les Consulz de vostre ville de Marseille.
III
Lettres relatives à l'avénement du roi Henri III
1. — LKS GENS DU ROY AU PARLEMENT DE PROVENCE AU ROY *
Sire,
Puis qu'il a pieu à Dieu prendre à soy le feu Roy Charles
dernier, vostre frère, et appeller Vostre Majesté à la co-
ronne de ce Royaume de France, le debvoir, fidélité et obéis-
sance que luy debvons, nous commande supplier très-hum-
blement vostre dite Magesté sen revenir le plustost en
Icelluy. Nous tenant pour asseurez que sa venue, comme le
soleil de son splendeur illumine toutes choses. Ainsi elle
de sa venue ramplira tout le Royaulme de tout repoz, bien et
tranquilité.
Sire, nous prions le Créateur donner à vostre Magesté en
parfaicte santé, très-longue et très-heureuse vie.
Escrit à Aix, ce XVIIP juing 1575,
Voz très-humbles et très-obéissans serviteurs et subjectz
les gens tenans vostre court de Parlement de Provence.
VULLERMIER.
Au Roy Nostre Souverain Seigneur.
2. — LES CONSULS DE MARSEILLE AU ROY "
Sire,
Combien que nous eussions entre nous délibéré d'atendre
la nouvelle de vostre heureuse arrivée à Lyon ou autre de
voz villes pour y prendre quelque séjour afin de plus à pro-
poz aller au nom de tout le corps de ceste vostre Ville très-
' Institut, Coll. Godefroy. T. 259. Pièce 11. 18 juin 1574.
-' Institut, Coll. Godefroy. T. 259. Pièce 45. 3 septembre 1574.
VARIETES 419
liumblement baiser les mains de vostre Majesté, et lui randre
la foj et asseurance deramitié et fidélité, où elle a esté, Dieu
grâces, jusques à ce jourdhuj conservée pour vostre service ;
toutesfois, Sire, ce qui nous a meu faire devancer cependant
ce gentilhomme que nous depeschons présentement exprez
à vostre Majesté, est seulement pour la suplier, comme nous
faisons très-humblement, ne donner, s'il luy plaist, créance
aucune, à chose qui, au préjudice de nostre devoir, luy
puisse estre escrite ou déférée de la part de ceux qui, pour
honnestement s'excuser du succez de la guerre meiie à ceste
province, voudront possible rejecter et innover sur nous cer-
tain retardement de la sortie hors ceste ville de quelques
jiièces de vostre artillerie et autres forces ; bien, Sire, que ce
soient choses esquelles nous ne pouvons ne devons entre-
prendre, et que cela dépend de l'auctorité et provident con
seil de celuj qui y commande pour vostre Majesté; pour le
service de laquelle, en ceste dite guerre, nous n'avons jamais
manqué en ce que nous avons de nostre part peu faire, jaçoit
que nous n'eussions trop de ce quil nous faut, pour, en ce
temps si suspect et ténébreux nous bien et, seureraent garder,
ainsi que cedict gentilhomme vous fera plus particulièrement
entendre, qu'il vous plaira croire: qui servira, s'il vous plaist,
Sire, jusques à ce que nous ajons ce bien, que tant pour cesl
effect que de toutes autres chozes qui importent Ihonneur et
devoir de noz charges, nous puissions, comme nous espérons,
randre vostre Majesté très satisfaite de noz fidelles actions.
Et en cest endroit,
Sire, nous prierons Dieu pour la prospérité de vostre royal
estât et vous donner en parfaite santé, très-longue et très-
lieureuse vie.
De Vostre Marseille ce IIP septembre 1574.
Voz très-humbles et très-obéissans subjetz et serviteurs
très-fidelles.
Les Consulz de vostre ville de Marseille
Lamotte, Bourguignon, Surfarry, Delorme.
Au dos : Au Roy, Nostre Souverain Seigneur,
4 20 VARIETES
3. — LES CONSULS d'aIX AU ROY *
Sire,
Ayant pieu à vostre Magesté prendre soing de la création
des Consulz d'Aix et procureurs de vostre pais de Prouvence,
et à ces fins nous commander par voz lettres du XXIIP sep-
tembre, receues le IIP de ce mois ce qu'estoit de vostre vou-
lonté ; laquelle entendue par l'Assemblée du Conseil de la
dicte ville, supplions très-humblement vostre dicte Magesté
de croyre qu'elle a esté surprinse, en ce qu'a esté rapporté,
que le jour de la dicte création se faisoit après la Saint-Mi-
chel, ains par les privilieiges concédez à la dicte Ville par les
feuzRois Comtes de Prouvence voz prédécesseurs, voz subjetz
en icelle sont en possession antienne et rescente de convoc-
quer dans la maison commune dudict Aix, le sabmedj plus pro-
che de la dicte feste de Saint-Michel qu'estentendu le précédant,
suivant l'information des antien s. Etillec, sur la nomination des
consulz, la dicte assemblée faict ellection du nouveau estât. Ce
qu'a esté exécuté en la présente année, audict jour acousturaé,
se trouvant lexxvi^ dudictseptembr'e,en présence d'ung sieur
président, de deux Conseillers de vostre Court de parlement,
du lieutenant général etautres voz officiers, le tout avec la so-
lerapnité acoustumée ; où sont esté créez et esleuz les dictz
Consulz, au gré et contentement de tout le peuple sçavoir,
Joseph Durant, sieur de Fuveau pour premier, M^ Lois Chaîne,
advocat en vostre dicte court, assesseur, Gaspard de Ponte-
vès et Christophle Bonfilz, seigneur de Peirets,segond et tiers
Consulz, tous gens de bien, bons catholicques, zellateurs de
vostre service, du bien, repoz et tranquilité de voz subjectz.
A ceste cause, Sire, ledict conseilh vous supplie très-humble-
ment, les conservant en leurs privilieiges et coustumes, vou-
loir permettre que l'élection de tel estât sorte en eflfect, et
icelle agréer à ce que tous voz subjects audict païs soient de
mieulx en mieulx occasionnez de recognoistre vostre dolceur
et clémence ; Les entretenant en leurs anciennes coustumes
et privilieiges, et inciter davantaige à prier Dieu pour vostre
' Institut, coll. Godefroy, T. 259. pièce 49. à Aix, 4 octobre 1474.
VARIETES 4 2 1
prospérité et santé. Ce qu'ilz feront jusques à leur dernier
souspir.
De vostre ville d'Aix ce IIIP octobre 1574.
Voz très-fidelles, très-humbles et très obéissans subjectz,
les Consulz, manans et habitans de vostre ville d'Aix.
ISOARD.
4. — LES GENS DE JUSTICE AU PARLEMENT DE PROVENCE AU ROI
Sire,
Nous navons pas procuré l'élection qu'il a pieu à vostre
Magesté fere de nous pour administrer vostre justice en la
chambre de la paciffication ; mais ayant receu cet honneur,
nous avons posposé toutes choses à nostre debvoir encesten-
droict, jaçoit que la charge soit dure, plaine denujes, de
malvueillances et de péril, mais les incomodités que nous
avons reçeu despuis ung an, et non seulement nous, mais vos-
tre service, nous font supplier très-humblement vostre Ma-
gesté d'y pourvoir, selon les mémoires que Monsieur le Grand
Prienr vous envoyé. Après les avoir bien examinées par plu-
sieurs conférances, nous espérons que vostre Magesté aura
contentement de ce que nous avons faict jusques à présent,
encores que nous ayons heu plusieups obstacles ; mais Dieu
aydant, cy après, nous ferons de bien en mieulx pour le ser-
vice et authorité de vostre Magesté et bien de vos subgectz
et le supplierons donner à vostre Magesté,
Sire, en parfaicte santé très-longue et Très-heureuse vie,
D'Aix ce xxvi« juillet 1580
Voz très-humbles et très-hobéissans subjetz et serviteurs,
les gens tenans vostre Court de Parlement de Prouvence en
la chambre ordonnée au faict de la justice et paciffication du-
dict pais.
' Institut, Coll. Godefroy, T. 260 p. 48, 2G juillet 1580
4 22 VARIETES
IV
Lettres relatives au gouvernement
du duc d'Epernon en Provence
1. — LES CONSULS d'aIX ET PROCUREURS DE PROVENCE
AU ROY HENBI IV '.
Sire,
A larrivée du sieur de Bras, conseillier en vostre Court
de Parlement, nous receumes lettres de Monsieur le Connes-
table conforme à celle que vostre Majesté avoit escript à
vostre dicte Court touchant la trefve que debvions obtenir
de Monsieur le Duc d'Epernon. Incontinant envoyâmes ung
lionneste homme par devers icelluy aux fins susdicles, avec
ung double de la lettre de mondict sieur le Connestable, le-
quel, par sa réponse du XXIP décembre, nous fist entendre
quil navoit encore receu aucung mandement de vostre Ma-
jesté, et que, l'ayant receu, il feroit ce que seroit de vostre
voUonté. Despuis, estans advertys que le sieur de Montroy
estoit arrivé par devers Luy, par lequel vraisemblablement
il avoyt esté adverty de vostre intention, nous luy fismes
très-humbles prières nous accorder la trefve suivant vostre
vollonté. A quoy ne fist aucune responce, occasionné (comme
nous pensions) de la prinse d'ung de ses gentilhommes par le
sieur de Merargues pour quelques siennes prétentions. Et
encores, estans despuis advertys qu'un de ses gens nommé
Pironne estoit arrivé, luy envoyâmes de rechef, prétendant
qu'il estoit assés adverty de lintention de vostre Majesté
touchant ladicte trefve. Lequel nous fist entendre que man-
dant par devers luy, on le trouveroit tout dispost au bien et
sollagement du pouvre peuple, et par mesme moyen nous
auroyt envoyé ung double de la lettre que vostre Majesté luy
auroit escripte du XIIII^ novembre, par laquelle luy estoit
mandé vous aller trouver avec ses forces, et que, sil estoyt
par nous requis, il vous accordât la trefve pour tel temps
> Institut. Coll. Godefroy. T. 262. Pièce 187. A Aix, 9 février 1595.
(Original)
VARIÉTÉS 423
quil adviserait. Que fut cause que soudain et de l'advis
<;^ vostre Court, envoyâmes un fort honneste personnage
advocat en vostre court, nommé maistre Dufort. Mais sa
responce fust que ,nous nestions point habilles à contracter
dungtel faict avec luy, et quil falloit contracter avec le chef
du party que estoit vostre Court de Parlement. Laquelle,
tout soudain en son nom, donna charge audict M^ Dufort y
retourner, lequel rapportât qu'il falloit depputer ung de voz
Conseilliers en vostre dicte Court. Laquelle aussy envoya le
sieur de Bonaffort, ung diceulx, et qui ce matin, après avoyr
faict entendre ce quil avoit négotié, et faict aparoir d'une
dellibération d'une assemblée tenue à Brignolle par auctho-
rité dudict sieur duc d'Espernon, en laquelle a esté résolleu
conformément à l'intention dudict sieur, chose à luy bien
facille pour estre le plus fort, nentendre à aucune trefve
mais à ung reppoz général de la province, moyennant qu'on
le recogneust comme commandant généralleraent en icelle.
Ce qne on trouve estre contre vostre Intention et voUonté, à
laquelle désirons obéyr jusques au dernier souspir de la vie.
Cependant il assemble gens de toutes partz, continue ses
fortiffications, a receu grand somme de deniers, menasse voz
bons subjectz, les habitans de votre bonne ville d'Aix princi-
pallement, et ceulx qui suivent laucthorité de vostre Court;
ses gens conversent avec ceulx de ia Ligue et se joignent en
tous exploictz dhostillilté contre voz subjects, que cause que
plusieurs, voyans ses effortz sans résistance et le retardement
de vostre venue à Lion, perdent courage. Dont, pour le deb-
voir de noz charges, sommes contrainctz vous en donner
advis, aux fins dy faire telle déclaration et provision que vous
semblera estre convenable à vostre Majesté Royalle et à la
conservation de vostre pouvre peuple, et de toute ceste pro-
vince réduicte et en sy misérable estât que rien plus
Tout présentemennt avons receu lettres de vostre ville de
Thollon, comme du IIP de ce moys ledict sieur dEspernon a
rendu ses forces à lenteur de sa dicte ville, estans toutesfoys
meue de toutes choses nécessaires pour battre une plus
grande armée, qu'on faict bruict qui se doibt ayder dune
gallère et de quelques tartanes de Marseille pour pourter
des gabions, pour dresser quelque fort qui pourroit à la Ion-
4 24 VARIETES
gueur pourter quelque préjudice à vostre service. Et par
une addition à la vostre, que estoit arrivé une barque venant
de Genève et de Nisse, assurant que le dict sieur Despernon
attend des gallères d'Espaigne pour sen ayder contre ladicte
ville. Vous pouvés par là, Sire, cognoistre quelz sont ses
desseings et quel intention il a en vostre service; et sy avons
occasion supplier vostre Majesté, ou par vostre venue par
dessa, ou par autre moyen suffisant, nous secourir. Le sieur de
La Fin a esté ycy quelques jours, et s'est monstre mesme au
faict dureppoz propozé audict Brignolles, très afFaictionné au
service de vostre Majesté. De quoy en pourront remarquer
plusieurs particuliarittés sy le zelle et l'afFaiction qu'il a ne
feust y a de long temps a ycelle cogneu.
Sire, nous prions en toute dévotion nostre Créateur vous
avoyr en sa saincte protection et garde.
De vostre ville dAix, ce IX^ febvrier 1595.
Voz très humbles, très obeyssans et très fidelles subjectz
et serviteurs
LesConsul d'Aix, proccureurs de vostre pays de Prouvence.
Saincte Croix, Boulogne, Egruzier, G. AudefFredy.
2. — LES CONSULS d'aIX ET PROCUREURS DE PROVENCE
AU ROY HENRY IV '.
Sire,
Nous vous avons par diverses despêches au vray représenté
lestât de ceste province, et continuant despuis noz dernières
lettres bailhées au sieur de Lafin, le comte deCarces, le vingt
deuxiesme du passé, a lapoincte du jour, se rendit maistre de
la ville de Sallon et constrainct le cappitaine Sainct Roman
qui y comandoit pour la Ligue se sauver dans le chasteau.
Dont adverty le duc dEspernon, le vingt troixiesme par lettre
escripte de sa main, promect le secourir ou y mourir. En exé-
cution de quoy, en toute dilligence est venu avec presque tou-
tes ses forces au devant dudict Sallon, assisté de ceux de la
Ligue et de ceux qui recognoissent le Duc de Savoye, ayant
» Institut, Coll. Godefroy, T. 262, p. 195, original 17 mars 1595.
VARIETES 4?r,
en son camp Alexandre Vitelli comandant à Berre pour ledict
Duc et aydé de munitions et de ceux de la ville de Marseille.
Après avoir battu la Bourgade avec cinq canons, donna trois
assaulx, dont il feust repoussé avec grand perte de ses gens,
et on espère ne fera chose dont il puisse rapporter honneur
ny contentement, par la valleur dudict comte de Carces et
des gentilhommes et cappitaines quy luj assistent. On en a
adverty le sieur dEsdiguières etpryé sén venir à nostre ajde,
ce que nous espérons quil fera. Voilla, Sire, le zelle que ledict
duc dEspernon a à vostre service et au soulagement de vos-
tre peuple tant affligé. Que nous occasionne davantage à vous
suppljer en toute humillité apporter quelque remède à tant
de misères que souffrent vos poures subjectz. Ayant mesmes
esgard que si le dillayement est jusquesa cest esté, il y aura
danger par la venue dune force estrangiere de perdre ce que
sera bien difficille recouvrer, et advantquelaperdre fort facille
à conserver par vostre seulle présence. Laquelle pryons Dieu
nons donner la grâce de venir et vous donner,
Sire, heureuse fin et effect de voz sainctes et glorieuses en-
treprinses et dessains
Les Consulz dAix, procureurs de vostre pays de prou-
vence.
Saincte Croix, Boulogne, Egrusier, Audeffredy.
A vostre ville d'Aix ce 17 de mars 1595.
Au dos. Les Consuls et Procureurs de la ville dAix. Au
Roy
3. — LA COUR DE PARLEMENT d'aIX AU ROY HENRI IV '
Sire,
Le sieur de Mimet s'est si bien et dignement acquité de la
créance qu'il a pieu à vostre Majesté luy commettre qu'il en
a mérité le tesmoignage de tous voz bons serviteurs, (entre
lesquelz nous dirons toujours), qu'il est non moins fidelle qne
diligent au bien de vostre service, et personne capable de
l'honeurde voz commandementz. C'est pourquoy nous l'avons
pryé dautant plus volontiers de représenter à vostre Majesté
1 Institut Coll. Godefroy. T. 262, pièce 202, 27 avril 1595 (Original).
4 26 VARIETES
Testât véritable de ces afferes, affin que nous y puissions voir
aussj promptement le désiré remède, comme l'extrême danger
de nostre ruyne le requiert. Sur quoj nous vous dirons seu-
lement, Sire, que si le vojage de Vostre Majesté tire en plus
de longueur ou qu'elle n'envoyé quelqne seigneur d'autho-
rité pour comander en ceste province, il ny a plus d'espé-
rance pour nous. Car l'artifice du duc cfEspernon plus r^edou-
table que ses armes , etvoylé de l'apparence de vostre nom,
destruit entièrement le repos et la liberté de ce peuple, et le
faict insensiblement desvoyer de lobéissance qu'il vous doibt.
Chose de telle et si grande importance quelle nous faict ozer
en escrire si librement à vostre Majesté. Laquelle nous
supplions très-humblement de prendre en bonne part la fran-
chise de nos paroles et lattribuer au zèle qui nous pousse à
la conservation de vostre authorité qui nous sera toujours
plus chère que no^ propres vies. Et dautant que nous pour-
rions succumber au faix en l'attante dessus dictz remèdes, par
le moyen des traictés hors des termes de la trefve que beau-
coup de personnes désirent avec ledict sieur dEspernon, il
nous sembleroit très à propos qu'il pleut à vostre Majesté
d'en escrire à vostre Cour de Parlement pour leur imposer
silence. Car nous ayant ledict sieur dEspernon ouvertement
déclairé qu'il ne veut point de trefve avec nous, mais bien la
paix, pourveu qu'on le reconoisse, nous estimons qu'on ne
sçauroit traiter aucune chose, quelque apparence qu'on lui
donne, qui ne nous porte à la rébellion. Ceste crainte nous
afflige pour le danger des autres, car pour nous, Sire, il
n'est rien au monde qui puisse esbranler noz fidélités, sur
l'asseurance desquelles nous supplions le Créateur qu'il accom-
pagne vos ans d'une félicité durable et que par le nombre de
voz victoires, il face prospérer voz estatz. Dequoy nous em-
prumpterons tout le bonheur que nous devons attandre pour
estre
Voz très-humbles, très-fidelles et plus obéissantz serviteurs
et subjectz
P. Chairce, de Saint-MARC, N. Floter, G. Aultier,
Pagnet, h. Chateauneuf, Bras, Estienne.
Sire, le voyage du sieur Mimet a esté si fructueux en ceste
VARIETES 427
province, et sa créance si bien receue de la Noblesse et de
tous vos bons serviteurs que nous avons estimé son retour estre
non moins utile que necessuire à vostre service. Et supplions
très-humblement vostre Majesté de le renvoyer proraptement,
car sa fidélité et diligence nous sont si bien cogneues, que
nous attendons un très grand fruict de son retour. Désirantz
qu'il plaise à vostre Majesté de croire tout ce qu'il vous dira
de nostre part.
Au dos : Au Roy, nostre Souverain Seigneur.
3. — LA COUR DU PARLEMENT d'aIX AU ROY HENRY IV*
Sire,
Dès le jour que nous rendismes le vœu d'obéissance à vos-
tre Majesté, nous avons postpozé toutes choses à vostre
service, et doné de bon cueur noz moyens et noz propres vies
a leffect de voz comandementz. Résolus pour ladvenir de
composer noz actions de tele sorte qu'on nous pourra pluh.tost
accuser d'impuissance que d'aucun manquement à nostre de-
voir, ce mesme soing nous esmeut de représenter à vostre
Majesté le misérable estât de ceste province : car le Duc
Despernon,Sire, dont le project n'embrasse rien moins qu'une
tyrannie et particulière domination, semble irriter d'autant
ses crueles armes contre voz bons et fidèles subjects, quil les
voyt opiniâtrement afl"ermys a vostre obéissance, nestant
point assouvy de les avoyr comblés de misères. Mais il tasche
encore par maintz artifices de desbaucher leur fidélité, voy-
lant ses prétentions du manteau de vostre service, dont le
prétexte sera nostre ruyne, si le remède ne prévient son des-
seing. Sur quoy nous n'estendrons davantage nos humbles re-
monstrances, puis quelles seront trop mieux desduites par la
fidèle créance du sieur de La Fin, duquel sans estre ingratz
nous ne pouvons tayre les recomandables mérites, ne sestant
passé journée despuis son abord en ceste province, en laquele
nous nayons recueilhi quelque fruict de ses louables actions,
soit quil ait voulu mesnager voz comandementz par une pru-
dente et sage entremise, ou qu'en ce dernier voyage il se soit
vertueusement roidy contre les ennemis de vostre Majesté,
1 Institut coll. Godefroy. T. 262, p. 204, 27 avril 1595 (original).
4 28 VARIETES
si bien que nous avons estimé sa présence non moins fruc-
tueuse que necessere, et son despart autant regrétable corne
son séjour nous estoit heureux. Ce qui nous faict dautant
plus désirer son retour devers nous, car la créance qui! a
parmy ce peuple, le pouvoir quil s'est acquis sur voz bons
serviteurs, et la probité avec laquele il ha si bien et digne-
ment servj vostre Majesté en ceste province le rendront plus
agréable à chacun, et mesme, questant mieux que nul autre
informé de toutes choses, il finira par ce mojen noz afferes
par où les autres ne feroint que les comencer. Cependant
nous vous supplions très-humblement. Sire, qu'en faisant
considération à noz misères, à l'oppression de voz bons sub-
jects et à l'extrême danger où le duc Despernon les a réduictz
par ses injustes et crueles armes, il plaise à vostre Majesté
d'accélérer son désiré voyage ou mander quelque seigneur
d'authorité qui relève les resnes de ce gouvernement. Et pour
ce que lun et lautre remèdes pourroint estre tardifs et devan-
cés par quelque infortune, il nous sembleroit très à propos
que vostre Majesté se daignât promptement descrire à vostre
Cour de parlement pour luy imposer silence et défendre de
traiter avec ledit sieur Despernon, les adhérantz duquel,
soubz un faulx prétexte de repos, recherchent telement ceste
voje qu'à peyne pourrons nous éviter un très dangereux et
sinistre événement s'il n'y est pourveu. Corne nous estimons
Hussy très necessere en cas que le voyage de vostre Majesté
prenne plus long traict, quelle comande à Monsieur Desdi-
guières de nous assister et secourir, car estantz nous dépour-
veus de forces et pressés d'un si redoutable et dangereux
enneray, nous ne sçaurions recourir à point d'autre, après
vostre Majesté, qui puisse avec plus de soing, de fidélité et
de diligence, nous garantir du malheur qui nous est certain,
hors de son secours. Cest peut-estre avec trop de liberté.
Sire, que nous vous représentons noz nécessités, mais le zèle
que nous avons au bien de vostre service, donc autant de
franchise à noz paroles come il nous done de courage à fere
obeyr vos comandementz. Sur quoy nous supplions le Créa-
teur,
Sire, qu'il fasse prospérer voz estatz et multiplier voz vic-
toires à la confusion des ennemis de vostre Majesté.
VARIETES 4 29
Vos très-humbles, très fidelles et plus obeissantz serviteurs
et subjeetz.
Geaultier, Bras, T. Testienne, H. Chasteauneuf,
P. Chaerce, W. de Saint-Marc, Pagnet, de Flotes,
4.— lettre des consuls de fréjus au roy HENRI IV portant
assurance de leur OBEISSANCE ET REQUERANT JUSTICE DE
quelque requeste. '
Sire,
Ayant entendu la tant désirée venile de vostre Maigesté en
la ville de Lion, avons aussitost despêché M" Disdier Monta-
nier nostre compaignon et aray, Pena, docteur en médecine,
pour aller de nostre part et du général des habitans de caste
ville, vos très humbles et très hobeissans subjects et servi-
teurs, protesterlafidellité que debvons à vostre Maigesté, pré-
senter noz très-humbles requestes et remonstrances avec
espoir den rapporter tout ce que ung peuple fidelle ethobéis-
sant se peult promectre de son bon prince souverain et natu-
rel. Lesquels estans garnis de suffisantes mémoires et ins-
tructions sur ce qu'est de leur dicte charge sexplicqueront ^
plus avantet donrront toutte assurance à vostre Maigesté que
coume nostre ville na jamais varié au service des Roys voz
prédécesseurs ne vostre, soubz quelque prétexte que ce feust,
mesmes en ces derniers troubles, Ihorsquela plus part des villes
et lieux de ce pays estoient adhérans au Duc de Savoye que
ne manquerons par cy-après jamais à suyvre le droict santier
de noz devanciers pour abandoner plus tost noz biens et vies
que de varier au service et hobéissance que debvons à vostre
Maigesté. Et en ceste voUonté prierons nostre Seigneur pour
sa bonne et heureusse sancté, longue et triomphante vie.
A Fréjus ce un" septembre 1595.
De vostre Royalle Maigesté, les très-humbles et très ho-
beissans subjects et serviteurs, les Conseuls de la citté de
Fréjus en Prouvence.
Valz, Conseul. Raymond, Conseul.
Au dos : Les Conseulz de Fréjus au Roy.
1 Institut, coll. Godefroy, 262, pièce 228, 4 septembre 1595.
2 Ici sont entendus les mauvais déportemens du Traistre Duc d'Es-
pernonen Provence contre le service du Roy. 28
4 30 VARIETES
5. LE PARLEMENT DE PROVENCE AU ROY HENRI IV.
CONTRE LES EXCEZ ET VIOLENCES DU DUC DESPERNOX '
Sire,
Le Sieur (lEspernon, advant son despart de ceste province,
nous a faict entendre de continuer la trefve durant le mois que
vient. Ce que nous avons asseuré pour plus f.icilliter le bien
de vostre service que pour aucung reppos et souUaigement
qu'elle aie jamais donné en ces pais, qui est en voie d'une perte
et ruyne entière, sy Vostre Magesté n'apporte maintenant
le remède deffinitif o.vi's. malheurs quj le travaillent d'hure en
aultre de nouveaux spectacles qu'elle verra par la procédure
dudict sieur dEspernon ; lequel s'attacque à la rujne de voz
pouvres et misérables subjectz, sans pardonner à leur inocence,
avec une telle cruaulté que dernièrement, soubz prétexte de
quelques excez survenus à ung soldat de ses trouppes dans
le bois et terroir du lieu de Cuers, il manda quérir les prin-
cipaux dudict lieu quy voUontairement luj depputérent le
Viguier et premier Consul avec présans pour le recognoistre;
mais tant s'en fault qu'il heust esgard à leur bonne voUonté,
acorapaignée d'une juste innocence, qu'au contraire aussitost
il lesfist pandre et estrangler sans forme ne figure de justice
les arrachant par force et par vioUance des bras de leurs
mères, oultre le feu qu'il a faict mettre au chasteau et meubles
de Carces et une infinité dautres ravaiges que ses trouppes
ont commis au préjudice de la trefve, n'aiant jamais cessé
d'oppr'imer les pouvres habitans dudict païs ; comme Vostre
Magesté verra par ces Mullatiers, quy se vont getter à voz
piedz pourcommander la restitution de leur bestail, que Massés,
commandant pour ledict Sieur dEspernon au lieu de Sainct
Canat, leur a voilé, comme à plusieurs aultres, soubz la foy
publicque. Et sur ce, Nous supplions le Créateur donner à
Vostre Magesté,
Sire,
En très-parfaicte santé, très-long et très prospère vie.
A Aix le xxi^ septembre 1595.
Voz très-humbles et très-hobéissans subjectz et serviteurs,
* Institut. Coll. GodelVoy, T. 262, pièce 242. Le 21 septembre 1595.
VARIETES 431
les Gens tenant la Chambre ordonnée en temps de vaccations
de Vostre Parlement de Provence.
d'Estienne.
Au dos : Au Roy
6. — LE PARLEMENT DE PROVENCE AU ROI HENRI IV*
Sire,
Les frégates des Turcs, estans aux Isles dYeres, ont despuis
quelques jours prius une tartane venant d'Italie, dans laquelle
ilz ont treuvé plusieurs pacquets de lettres etaultres pappiers
adressés au Rov dEspaigne, desquelz partie estans tumbés
entre noz mains, nous avons estimé estre de nostre debvoir de
les envoyer à Vostre Magesté par ce porteur, nous assurant
quil y aura quelque chose importante * qui regarde vostre
service et le bien de vostre estât. Sj nous en aprenons quelque
chose davantage, nous ne manquerons poinct den donner
advis à Vostre Magesté, la suppliant très-humblement, de
vouloir promptement oujr et despescher noz depputés parce
que le délayement est préjudiciable à ceste province, en
laquelle, nonobstant la trefve ^ Sire, on ne laisse poinct de
courir et ravager.
Nous supplions Dieu donner à Vostre Magesté, très heu-
reuse et longue vie.
A Aix le XXI* septembre 1595.
Voz très humbles et très obéissantz subjetz et serviteurs,
les gens tenans la chambre ordonnée en temps de vaccations
de vostre Cour de Parlement de Provence.
d'Estienne.
7. — lettre de la comtesse de saut au roy *
Sur lélection des Consuls d'Aix qui a esté telle que sa Majesté la
pouvoit espérer. Mr. de Les diguiéres escrit au Roy sur la uégocia-
» Institut, Coll. Godefroy, T. 262, p. 244, du 25 septembre 1595.
* Il y avoit entr'autres des lettres interceptées contre les Cabales, trahi-
sons et perfidies du duc d'Espernoa en France, et ses intelligences avec
les Espagnols par cabales en France.
^ Cestoit le Ducd'Espernon quifesoit ses courses et ravages en Provence.
■* Institut, Coll. Godefroy. T. 262. Pièce 249. 28 octobre 1595 (original).
4 32 VARIETES
tlon de Valence et de ce qui est nécessaire pour l'accommodement
avec M'". dEspernon.
Sire,
Je n'ay ozé importuner de mes lettres vostre Magesté que
je n'eusse quelques nouvelles de Provence. Il y a trois jours
(jue j'aysceu lellection des Consulz de vostre ville d'Aix qui
est telle, Sire, qu'elle estoit à souhaiter pour le bien de vostre
service. Le sieur de Fabrègues, qui eust Ihonneur d'estre
depputé vers vostre Magesté sur la réduction de ladicte ville,
est lung des quatre quy ont esté appelles en ladicte charge
et duquel (comme aussi des autres) elle se peult prometre
loute fidélité. Monsieur Desdiguières, Sire, escrit à Vostre
Magesté, les lectres que ce porteur son confidant vous rendra
de sa part. J'estime quelles vous informeront du succès de la
négociation de Valence et de ce qui est nécessaire pour
asseurer vostredict service et le repos de voz subjetz en ladicte
province. Le temps de trois sepmaines, que vostre Majesté
avoit prescris pour déterminer ces affaires selon vos inten-
tions, sont espirés sans effet au moing.s sortables a icelles ; si
bien quil reste pour les accomplir que voz bons serviteurs
soient esclarcis et munis de nouveau de vostre dernière vo-
lonté contre Je sieur d'Espernon; aultrement la longueur, Sire,
luydonrra moyen de sy opposer plus obstinément, et dadvancer
l'entière perte quil a conjurée de vos pauvres subjetz. Je
suplie très-humblement vostre Majesté dy vouloir faire con-
sidération et de ne s'offencer de la liberté que je me donne
en cest endroit, qui ne vient que du zeile (jue jay à son ser-
vice, pour, lequel je ne craindray jamais destre blâmée et de
sacrifier librement la vie.
Sire,
De vostre très humble et très obéissante sujecte et
servante.
Chrestienne Daguerre.
De Paris, ce XXVIIP doctobre 1595.
Au dos : Au Roy.
[A suivre).
VARIETES 433
Gruem
A propos du compte rendu du livre de M. Lïndstvôm, l'Analogie
dans la déclinaison des substantifs latins en Gaule, que j'ai fait
paraître dans cette revue, même tome, p. 286 et suiv., M. Grôber
m'a écrit que je lui attribuais à tort, après M. Lindstrôm, l'opinion
que Va de grûem fût « ein u mit langer Quantitat ». C'est, dit-il, une
erreur qui ne doit être imputée qu'à l'inattention de ses lecteurs et
non pas à lui-même. 11 me renvoie à ce sujet à la note qu'il a insérée
dans VArchiv de Wôlfflin, tome viii, p. 451, où je reconnaîtrai que
l'opinion à laquelle je suis arrivé est la même que la sienne. 11 ter-
mine en me priant de vouloir bien rectifier ici mon erreui-, sans quoi
il se verrait obligé de protester dans sa Revue.
Je juge comme M. Grôber que l'inexactitude en pareille matière
doit être relevée, et je me suis empressé de lui répondre que je mo
ferais un devoir de lui accorder la rectification qui lui était due.
N'imaginant pas que M. Lindstrôm pût citer M. Grôber sans l'avoir
lu ou pût l'avoir lu sans le comprendre, j'avais critiqué, sans les véri-
fier dans le travail de M. Grôber, les opinions que M. Lindstrôm adop-
tait en les lui attribuant. D'ailleurs la bibliotèque de Montpellier, qui
ne saurait comparer que sa pauvreté à la richesse de celle de Stras-
bourg, ne possède pas le Wolfflins Archiv, et il m'avait été impossi-
ble de m'i reporter.
Reprendre la question dans la même incertitude serait un non sens ;
c'est donc le texte sous les yeux que j'i reviens aujourdui. La note
à laquelle M. Grôber me renvoie (t. viii, p. 451) est de 1893 tandis
que les articles sur rf/es et ^rweîH (t. ii) sont de 1885, et celui sur
imeVcellus (t. iv) de 1887. On pourrait s'expliquer dans une certaine
mesure que AL Lindstiôm ayant à parler des mots puellicella, diem
et gruem, ait simplement consulté ce que l'auteur en a dit et que la
petite note parue postérieurement lui ait échappé.
Dans cette note, répondant à une critique de M. Schuchardt, il pré-
tend qu'il a employé les signes " et" « um die aus dem "Verhalten der
latein. Vokale im Romanischen erschliessbare Qualitàt der latein.
Vokale (OfFenheit und Geschlossenheit) anzugeben ». Ce sistème en
vaut un autre ; seulement il eût été bon de l'expliquer dans l'introduc-
tion du travail et non pas dans une note publiée plusieurs années
après. M. Grôber renvoie il est vrai à son introduction (t. i, p. 218 et
222) où il parle en effet de la quantité et de la qualité des voyelles
du latiu vulgaire placées devant une ou plusieurs consonnes. Mais il
faut reconnaître d'abord que dans ces deux passages il ne s'exprime
pas à ce sujet comme en 1893, et d'autre part que dans aucun des
434 VARIETES
trois passages il n'est question du seul point qui nous occupe, la na-
ture d'une voyelle tonique placée immédiatement devant une autre
voyelle dans un paroxiton. Il semble qu'il va traiter ce sujet àlapage
221 du tome i, mais il n'en est rien. 11 est donc nécessaire si l'on veut
connaître son opinion sur les mots dies, gruem, etc., de se reporter
aux articles qu'il a consacrés à ces mots mêmes ; en effet il s'i ex-
prime nettement.
On lit t. II, p. 101 : » d'ies \\\c\\i die s...; die meti'ische Regel iiber
die Quantitât des Vokals vor Vokal hat in der Volkssprache keine
Geltung bei Paroxytonis mit etymologisch langem i und u ». Suitune
explication tendant à montrer qu'il ne faut pas voir là une « romanis-
che Dehnung » , mais la conservation populaire de la quantité primi-
tive. T. II, p. 441 : it grûem.... ; roin. u erfordert lat. û. Vgl. .-Vrchiv
II 101 dïes ». 11 n'est pas question là de qualité, mais seulement de
quantité.
Si l'on se demandait pourquoi plus loin M. Grôber écrit vïa et tûus,
bien qu'en français dialectal l'un ait donné vie et l'autre lorsqu'il est
tonique iw" (avec m nasal ; lu tû^ = ['/JZzon tûum), on trouverait la
réponse dans la frase rapportée plus aut: c'est que dans ces deux
mots 1'/ et l'w étaient étimologiquement brefs. Maleureusement dans
dies et gruem qui font l'objet de cette discussion, Yi et Vu sont éti-
mologiquement brefs, l'ont toujours été et n'ont jamais subi ni abrè-
gement ni allongement.
J'avais aussi critiqué l'assimilation que fait M. Grôber de puel-
lum avec gruem. Voici ses paroles à ce sujet: « Wie die Volks-
sprache in grûem grûs (s.Arch. ii,441), fïii fîàssem u. dgl. û sprach,
so s.\ic\ï\npûéllus » (Archiv, iv, 451).
Il semble résulter de ces faits que M. Grôber est arrivé aujourdui à
l'opinion que j'exposais il i a quelques mois, mais qu'à l'époque où il
a publié ses « vulgarlateinische substrate » il en professait une très
différente, et que c'est en toute justice et en toute exactitude que M.
Lindsti'ôm la lui a attribuée et que je l'ai critiquée.
Maurice Grammont
BIBLIOGRAPHIE
I. — G. Frisoni, Grammatica ed esercizi pratici délia lingua porto-
ghese-braslliana. Milano, U. Hœpli, 1898, 31.
La plupart des manuels destinés à l'étude des langues sont trop
longs, quoique présentant à côté de développements inutiles des
lacunes regrettables, et construits sur un plan peu pratique et fasti-
dieux. Celui de M. Frisoni n'échappe pas à ces repioches généraux,
tout en possédant certaines qualités qui le recommandent à l'atten-
tion.
Relever des défauts qui ne sont pas particuliers à un livre, signa-
ler des qualités qui lui sont propres, nous paraît constituer un ensei-
gnement profitable : c'est ce qui nous détermine à entrer ici dans
quelques détails.
Cet ouvrage a 280 pages ; c'est beaucoup trop : il gagnerait à
être réduit de moitié. Un traité de ce genre ne peut pas avoir la pré-
tention d'enseigner une langue de fond en comble. 11 doit simplement
enfoiniiir sous une forme nette et précise les principaux éléments et
mettre celui qui en a fait usage en état de soutenir une conversation
très simple et de lire sans difficulté un texte facile. 11 apprendra le
reste en parlant et en lisant. Il faut donc que le livre soit assez court
pour qu'après une premièie étude on puisse le relire d'une traite, et
refaire ce travail jusqu'à ce qu'on le possède entièrement. Lorsqu'un
manuel est trop long, il disperse l'attention sans profit, il rebute et si
l'on a le courage d'aller jusqu'au bout, on n'a pas celui de recommen-
cer. 11 eût été souvent facile à M. Frisoni d'abréger. Dans chaque le-
çon il i a des doubles emplois ; ainsi dans la leçon xiii « les degrés
de comparaison », pour n'en citer qu'une, après 11 petites frases
servant d'exemples et qui en somme suffiraient, l'auteur donne une
version, c'est-à-dire une série de frases en portugais, puis un tème,
c'est-à-dire une série de frases en italien, enfin une « conversation »,
le tout sur le même sujet et sans qu'aucun de ces exercices en
apprenne plus que le premier.
C'est une idée très généralement reçue, bien qu'elle soit fausse, à
moins qu'elle ne soit si tenace que parce qu'elle est fausse, que pour
apprendre une langue il faut faire beaucoup de tèmes. L'enfant qui
apprend à parler avec sa mère ne fait pas de tèmes : il remarque
simplement qu'elle exprime telle idée par tels mots prononcés et
4 36 BIBLIOGRAPHIE
construits de telle manière. Quand il veut exprimer la même idée, il
répète ce qu'il a entendu, peut-être d'une manière inexacte pour com-
mencer, mais petit à petit la formule correcte se fixe dans sa mémoire.
Quand un enfant, outre la langue de sa mère, en apprend une autre
avec une gouvernante ou une bonne, traduit- il la langue de l'une en
celle de l'autre? Nullement; dans les deux cas il retient et répète ce
qu'il a entendu.
Un tème est un exercice qui consiste, après s'être bourré la mé-
moire de règles souvent inintelligentes, à chercher des mots dans
un dictionnaire et lorsqu'on les a trouvés à se rappeler certaines
recettes pour les ranger dans tel ordre plutôt que dans tel autre,
travail de marquetterie qui a pour effet de rapprocher des mots qui
jurent l'un à côté de l'autre et de donner naissance à un produit in-
forme, fût-il correct, qu'un indigène ne comprendrait pas, acrobatie
cérébrale qui épuise ceux qui la pratiquent. Un français d'intelligence
moyenne peut faire pendant quarante ans des tèmes allemands, par
exemple ' , sans parvenir à être capable d'écrire une lettre de deux
pages qui soit de l'allemand ou de converser pendant un quart d'eure
avec un allemand. Nous irons plus loin, car la question touche à
tant d'intérêts qu'elle vaut la peine qu'on i insiste. Il entre tous les
ans dans nos établissements d'enseignement secondaire quantité
d'enfants qui lisent couramment l'allemand et le parlent d'une façon
aisée et'correcte, pour avoir conversé avec une gouvernante. Ils ap-
prennent des règles par cœur, font des tèmes et des versions pen-
dant six ou uit ans et arrivent au baccalauréat ne sachant plus du
tout l'allemand, ayant corrompu leur prononciation pour l'avoir mal
entretenue, ayant perdu l'usage du mot propre pour avoir trop cher-
ché dans des dictionnaires, ayant oublié la construction pour en
avoir appris les règles. Mais, diront quelques-uns, il est un fait bien
connu, c'est que plus on sait de langues plus il est aisé d'en appren-
dre et cette facilité vient évidemment de la comparaison que l'on fait
entre les langues que l'on sait déjà et celle qu'on étudie ; or le tème
fournit les éléments d'une comparaison. Argument spécieux, mais
faux. D'abord il n'est pas vrai que la connaissance d'une langue sim-
plifie toujours l'étude d'une autre. 11 n'est pas plus facile d'apprendre
l'arabe à un français qui sait l'allemand qu'à un français qui l'ignore;
mais l'étude du suédois ne sera plus qu'un jeu pour un français
connaissant l'allemand et une grossie difficulté pour un autre. C'est
surtout dans le vocabulaire que consiste la ressemblance de certaines
langues ; leur sintaxe est le plus souvent très différente. La conipa-
1 Nous prenons cet exemplf de l'allemand parce que c'est celui que
nous avons eu le plus fréquemment roccasion d'njiserver.
BIBLIOGRAPHIE 4:^7
raison vraiment utile est celle qui se fait d'elle-même et naturelle-
ment ; le cerveau est un admirable classificateur qui s'entend à mer-
veille à réunir et à associer, sans qu'on l'i pousse, les éléments dont
le rapprochement doit faciliter sa tâche. Le tème enseignant simple-
ment que lorsqu'on agit de telle manière dans la langue que l'on sait
il faut agir de telle autre dans celle qu'on apprend, la comparaison
dont il fournit les éléments est purement négative et sans profit.
Arrivons à l'emploi des manuels : ils sont destinés surtout à ceux
qui ne sont plus des enfants, possèdent une certaine instruction et
n'ont pas l'avantage de pouvoir entendre parler la langue qu'ils veu-
lent apprendre, soit qu'ils ne puissent pas aller dans le pays où elle
vit, soit qu'il s'agisse d'une langue morte. Le manuel doit leur fournir,
comme nous le disions tout à l'eure, les premiers éléments, non par
des indications vagues qui resteraient sans utilité, mais des notions
très précises et suffisantes pour leur faire compi'endre la nature parti-
culière de cette langue, son allure générale, son mécanisme, et avec
cela, dans des exemples choisis abilementet métodiquement, un voca-
bulaire courant suffisamment riche, quoique bref, pour permettre de
commencer à converser sans difficulté et à lire sans dictionnaire.
Nous pensons donc que M. Frisoni aurait gardé la juste mesure
s'il avait donné un seul exercice après chaque leçon, en faisant alter-
ner la version et la conversation. Cette dernière doit être composée
de frases très simples et réellement usuelles, non pas de ces frases
ridicules qui n'ont jamais été prononcées par personne, telles qu'on
les rencontre dans la plupart des manuels. En face il doit i avoir la
traduction italienne pour que le lecteur puisse voir immédiatement,
s'il en éprouve le besoin, à quoi correspondent en italien les locutions
courantes qu'il rencontre en portugais. La version ne doit pas être
accompagnée d'une traduction, et l'étudiant ne doit jamais la traduire
par écrit. Ecrire la traduction italienne d'un texte portugais, c'est
faire non un exercice de portugais, mais un exercice d'italien. On
doit lire la version en s'attachant à la comprendre nettement et passer.
Pas de dictionnaire ; le manuel doit fournir au-dessous de chaque
exercice la signification de tous les mots nouveaux qu'il contient.
Quand un mot déjà vu se présente de rechef, on ne doit [las donner,
comme le fait quelque fois M. Frisoni, sa traduction enire parentèses,
ce qui supprime l'effort et par conséquent le profit ; les deux pre-
mières fois qu'un mot reparaît il convient de renvoyer par un chiffre
à la page où le sens en a été indiqué ; puis ne plus s'en occuper : il
doit être acquis. Il est nécessaire qu'il en soit ainsi d'un bout à l'au-
tre du traité. M. Frisoni commence bien à peu près de cette manière,
mais dès la 8* leçon, p. 29, il abandonne cette métode pour recom-
mander son dictionnaire : mauvais sistème. Le dictionnaire ne doit
438 BIBLTOGRAPÎÎIE
entrer enjeu qu'une fois l'étude du manuel terminée, comme moyen
de vérification pour un mot sur lequel on a des doutes, pour trouver
un mot que l'on a oublié ou faire connaissance avec un mot nouveau.
Nous avons dit en commençant que bien que ce livre fût trop long
il présentait parfois des lacunes regrettables. En voici un exemple
frappant. Celui qui étudie une langue ne doit jamais en lire un seul
mot sans lui donner, soit mentalement, soit à aute voix, sa prononcia-
tion exacte, de préférence à aute voix pour abituer l'oreille qui de-
viendra vite un précieux auxiliaire. Il faut pour cela que le manuel
débute par un chapitre très net et absolument complet sur la pronon-
ciation. Celui de M. Frisoni n'est pas complet et si l'on s'i reporte
lorsqu'on a des doutes il ne fournit pas les moyens de les lever. Il
nous ditp. 3 que la diftongue ou se prononce « in moite voci corne
01 italiano » ; suit une liste d'exemples dans lesquels ou se prononce
oi ; maïs on ne trouve pas la moindre indication sur ceux dans lesquels
ou se prononce autrement. Nous lisons p. 2 : « In alcuni vocaboli, ge-
neralmente monosillabi, il dittongo nasale âo si pronancia quasi come
am, es. pâo (pane) pron. ^am ; 77iâo (m ano) pron. tmoto; câo (cane)
pron. cam, e cosi le finali dei verbi iu âo che appunto con ortografia
moderna scrivonsi anche am )>. Il fallait donner toute la liste des
mots isolés dans lesquels âo se prononce am, afin que le lecteur fût
fixé. Enfin on chercherait en vain quelques observations précises sur
la place et la prononciation de l'accent tonique. Chacun sait pourtant
que c'est une des choses les plus indispensables et qu'un mot où on
le déplace devient souvent un monsti'e inintelligible.
L'auteur fait parfois appel à la grammaire comparée pour faciliter
l'étude de certaines règles compliquées: nous ne saurions trop l'en
louer. Ainsi les noms en âo font leur pluriel de trois manières diffé-
i-entes. II n'est pas possible par le portugais seul de reconnaître à la-
quelle de ces trois catégories un mot donné de cette classe peut bien
appartenir. La comparaison avec l'italien et l'espagnol renseigne im-
médiatement et simplifie les choses, loin de les embrouiller (leçon XIL
p. 40 etsuiv.).
Nous signalerons en terminant parmi les mieux réussies les leçons
sur le verbe et les verbes irréguliers, et comme particulièrement utiles
le chapitre des idiotismes composés avec estar, haver et ter, p. 130 et
suiv., la leçon d'idiotismes que l'on trouve à la p. 234, la liste des
omonimes et mots faciles à confondre entre eux p. 236 et suiv., et
celle des abréviations les plus usitées en portugais, p. 239.
Le manuel se termine par 22 pages de morceaux de lecture faciles
et amusants, p. 242-264, et 12 pages de lettres sur sujets courants,
p. 264-276.
BIBLIO(ïRAPHIE «•'^9
IT. — E. Paroli, Grammatica teorico-pratina délia lingua svedese
:\[ilano, U. Hnepli, 1«98, 3 1.
M. Pàroli est iin novateur. Les sentiers battus lui déplaisent ei il
les évite parce qu'ils ne mènent pas au but. « Il metodo teorica,
l'antico, ricalcato sui sistemi délie grammatiche che servirono ad
apprendere il latino ed il greco ai nostri padri, riesce noioso, pesante
alla gioventù, e difficilraente conduce a far parlare la lingua che esso si
assume d'insegnare ». Il trouve d'autres défauts à la métode purement
pratique et croit rencontrer la vraie voie dans une combinaison de l'une
avec l'autre. C'est pourquoi sa grammaire est intitulée teoricopralica.
La plupart de ses innovations ne peuvent être qu'approuvées et il
en résulte que dans son livre, bien qu'il subsiste quelques défauts,
les qualités l'emportent notablement. Avec un remaniement peu con-
sidérable, ce manuel deviendrait excellent.
Voici sur quoi devraient particulièrement porter, à notre avis, les
efforts de M. Pàroli dans une seconde édition. D'abord raccourcir
l'ouvrage de moitié (il contient 290 pages). Il i a dans chaque leçon
deux exercices, une version et un tème ; supprimer tous les tèmes.
Remplacer toutes les deux leçons la version par une conversation;
seuls les exercices de ce genre initient aux locutions vraiment cou-
rantes, à la langue vraiment usuelle et parlée. Réduire de moitié
tous les exercices, qui sont beaucoup trop longs.
Ces réserves faites, nous n'avons guère que des éloges à adresser
à l'auteur.
L'ouvrage débute par une bonne leçon sur la prononciation des
lettres, l'accent, le timbre et la longueur des voyelles. Elle est suivie
d'un bon résumé en 24 pages de toute la grammaire, qui met au cou-
rant de la langue d'une manière générale et prépare à tout ce qui va
suivre. Une fois ces premiers éléments fixés, l'auteur prend les diffé-
rentes questions en détail et les expose avec netteté. Bonne leçon sur
la formation des adjectifs, p. 60-61. Tous les exercices sont suivis
d'un petit vocabulaire des mots nouveaux qui écarte l'emploi néfaste
du dictionnaire. Quand l'étude d'une même partie du discours de-
mande plusieurs leçons, l'auteur ne les donne pas à la suite l'une de
l'autre. 11 les sépare par d'autres questions, comprenant qu'un manuel
doit être le moins ennuyeux possible et qu'il est fastidieux de se traîner
indéfiniment sur le même sujet, de ne pas sentir qu'on avance et
d'étudier quarante pages sur les noms avant de savoir si la langue
possède un verbe. La mêuie fatigue ne se fait pas sentir si l'on aborde
un long chapitre en plusieurs fois et l'introduction de notions diffé-
rentes dans l'intervalle est comme une clairière au milieu d'une im-
mense forêt, comme une oasis au milieu du désert, c'est un repos, un
regain d'intérêt et de courage.
4J0 CHRONIQUE
Le livre se termine par ua appendice sur la conjugaison des
verbes forts, répertoire commode et indispensable, et par 12 pages
de textes en prose et en vers.
Maurice Grammont.
Geschiche der neuern franzosischenLitleratur (XVI. — XIX. lahr-
hundert). Ein Handbuch von Heinrich Morf. — Erstes Buch: das Zeit-
talter der Renaissajicc. Strassburg, Triibner, 1898, p. 8°, X — 246 p.
Nous ne pouvons insister longuement ici sur un manuel, écrit en
allemand, de l'histoire de la littérature française. Mais nous nous en
voudrions de ne pas le signaler quand, sous une forme modeste, il
résume de longues recherches et témoigne d'une connaissance directe
et profonde de notre littérature. Si, en effet, le savant professeur de
Zarich, M. Henri Morf, connaît tous les travaux antérieurs, il ne se
contente pas de les mettre à profit et de donner aux étudiants de lan-
gue allemande une très utile compilation; à ce que lui ont fourni ses
devanciers il ajoute aussi son contingent de faits nouveaux et de re-
marques originales ; à tout instant une citation caractéristique, un
jugement intéressant, un mot expressif montrent que l'auteur a vécu
dans la familiarité de nos écrivains.
Le manuel de M. Morf formera quatre volumes, consacrés chacun
à l'histoire littéraire d'un siècle. Celui qui vient de paraître expose
l'histoire de la littérature française au temps de la Renaissance.
Eugène RiGAL.
CHRONIQUE
Ministère de l'Instruction publique et des Beaux- Arts
COMITÉ DES TRAVAUX HISTORIQUES ET SCIENTIFIQUES
PROGRAMME
DU CONGRÈS DES SOCIÉTÉS SAVANTES DE PARIS ET DES DEPARTEMENTS
Qui se tiendra à Toulouse en 1899.
SECTION d'histoire ET DE PHILOLOGIE
1" Déterminer les systèmes suivis dans les différentes provinces
pour le changement du millésime de l'année de l'ère chrétienne ;
s'attacher à l'examen des séries d'actes émanés d'une même chan-
cellerie ou d'une même juridiction. Indiquer autant que possible
l'époque à laquelle chaque usage a disparu.
CHRONIQUE 441
2° Signaler les actes apocryphes conservés dans les archives publi-
ques et particulières. A quelle date et pour quels motifs les fraudes
de ce genre ont- elles été commises ?
3° Indiquer les manuscrits exécutés au moyen âge dans un éta-
blissement ou dans un groupe d'établissements du Sud-Ouest de la
France. Rechercher les particularités d'écriture et d'enluminure qui
caractérisent ces manuscrits.
4° Etablir la chronologie des fonctionnaires ou dignitaires civils ou
ecclésiastiques, dont il n'existe pas de listes suffisamment exactes.
Dans ces études, on devrait se préoccuper de l'utilité des listes
pour fixer la chronologie des documents dépourvus de date et
pour identifier les personnages qui sont simplement indiqués
dans les documents par le titre de leurs fonctions. Pour ces
recherches, il est recommandé de tenir compte des documents
financiers et des lettres de notification adressées aux cours supé-
rieures.
5° Signaler, dans les archives et bibliothèques, les pièces ma-
nuscrites ou les imprimés rares qui contiennent des textes inédits ou
peu connus de chartes de communes ou de coutumes.
Communiquer, s'il y a lieu, des reproductions photographiques.
Mettre, dans tous les cas, à la disposition du Comité une copie
du document, coUationnée et toute préparée pour l'impression,
selon les règles qui ont été prescrites aux correspondants, avec
une courte note indiquant la date certaine ou probable du
document, les circonstances dans lesquelles il a été rédigé,
celles des dispositions qui s'écartent du droit consigné dans les
textes analogues de la même région, les noms modernes et la
situation des localités mentionnées, etc.
6" Etudier l'administration communale sous l'ancien régime, à
l'aide des registres de délibérations et des comptes communaux. Dé-
finir les fonctions des officiers municipaux et déterminer la durée de
ces fonctions, le traitement qui y était attaché, le mode d'élection.
7" Indiquer les collections particulières renfermant des correspon-
dances ou des documents relatifs à l'histoire politique, administrative,
diplomatique ou militaire de la France.
8° Indiquer les mesures qui ont pu être prises dans certains dépar-
tements pour assurer les conservation des minutes notariales et en faci-
liter les communications demandées en vue des travaux historiques.
9° Rechercher à quelle époque, selon les lieux, les idiomes vul-
gaires se sont substitués au latin dans la rédaction des documents
administratifs.
Dépouiller systématiquement les fonds d'archives appartenant à
une localité ou à une circonscription nettement limitée, dans
4 42 CHRONIQUE
lesquels on peut constater la substitution de la langue vulgaire
au latin, comme comptes administratifs, actes et sentences
judiciaires, délibérations municipales, minutes notariales ou
autres documents officiels. Etablir à quelle date la substitution
s'est opérée dans ces diverses catégories de pièces. Distinguer
aussi entre l'emploi de l'idiome local et celui du français, et fixer
à quelle date le second a remplacé le premier. Dans les terri-
toires qui ont appartenu successivement à des Etats différents,
indiquer la corrélation ou l'absence de corrélation entre les
idiomes employés et les régimes politiques.
\0" Etudier quels ont été les noms de baptême usités suivant les
époques dans une localité ou dans une région ; en donner, autant que
possible, la forme exacte ; rechercher quelles peuvent avoir été l'ori-
gine et la cause de la vogue plus ou moins longue de ces différents
noms.
Dépouiller les registres paroissiaux, les minutes des notaires, les
registres des municipalités, les actes d'assemblée, les cadastres,
ou tout autre fonds d'archives suffisamment abondant, en éta-
blissant, pour chaque époque, la proportion numérique des
divers noms, celle des noms simples, doubles et multiples, celle
des noms empruntés au patron de la paroisse, aux autres saints
du diocèse, au pays lui-même, aux familles princières ou sei-
gneuriales de la région, aux courants d'opinion pohtique, aux
modes httéraires, aux souvenirs patriotiques. Rechercher dans
quelle proportion ont été suivis, selon les époques, les divers
usages consistant à donner à l'enfant le nom du parrain ou celui
de la marraine, celui d'un ascendant, etc. Pour les noms parti-
liers à une région et peu connus ailleurs, indiquer exactement
les formes en langue vulgaire et en latin. Pour les noms pris
en dehors de la région, indiquer les différentes modifications de
forme et chercher l'origine.
11° Signaler les travaux qui ont été ou peuvent être faits sur les
registres paroissiaux antérieurs à l'établissement des registres de
l'état civil ; indiquer les mesures prises pour leur conservation et le
parti qu'on en peut tirer pour l'histoire des familles ou des pays,
pour la statistique et pour les autres questions économiques.
On pourrait prendre comme type la publication qui est en cours
des registres paroissiaux de trois diocèses bretons.
12° Signaler les plus anciennes lettres d'anoblissement authentiques
remontant au XIV^ siècle.
13° Étudier les origines et l'iiistoire des anciens ateliers typogra-
phiques en France,
Faire connaître les pièces d'archives, mentions historiques ou an-
ciens imprimés qui peuvent jeter un jour nouveau sur la date
CHRONIQUE 4 4'1
de l'établissement de l'imprimerie dans chaque ville de France^
sur les migrations des premiers typographes et sur les produc-
tions sorties de chaque atelier.
14o Rechercher les documents relatifs à l'histoire des anciennes
bibliothèques.
15° Chercher dans les registres de délibérations communales et
dans les comptes communaux les mentions de dépenses relatives à
l'instruction publique. Matières et objet de l'enseignement. Méthodes
employées.
16° Étudier l'action des humanistes dans les provinces du Sud-
Ouest de la France au XV^ et au XVP siècle.
17° Recueillir les renseignements qui peuvent jeter de la lumière
sur l'état du théâtre et sur la vie des comédiens en province depuis
la Renaissance.
18° Étudier comment et sous quelles formes les nouvelles politi-
ques et autres, de la France et de l'étranger, se répandaient dans les
différentes parties du royaume avant la fin du XVIP siècle.
19° Indiquer quel a été le sort des archives de l'ancienne inten-
dance de Languedoc et de celle de Montauban, de manière à en
reconstituer l'ensemble et à montrer quelles ressources ce qui en reste
a pu fournir et surtout pourrait fournir actuellement pour l'histoire
de l'administration locale et des rapports de cette administration
avec le pouvoir royal ou avec les ministres.
20° Rechercher, d'après un ou plusieurs exemples particuliers,
comment furent organisées et comment fonctionnèrent les assemblées
municipales établies conformément à l'edit de juin 1787.
21° Étudier les délibérations d'une ou de plusieurs municipalités
rurales pendant la Révolution, en mettant particulièrement eu lumière
ce qui intéresse l'histoire générale.
22° Etudier, dans un département, dans un district ou dans une
commune, le fonctionnement du gouvernement révolutionnaire insti-
tué i^ar la loi du 14 frimaire an IL
23° Rechercher, d'après les documents des archives départemen-
tales et communales, quelle fut la contribution des départements et
des communes du midi pyrénéen à la défense nationale pendant la
Révolution.
SECTION D'ARCHÊOLOaiE
1. — Archéologie préromaine
1° Faire, pour chaque département, un relevé des sépultures pré-
romaines en les divisant en denx catégories : sépultures par inhuma-
tion, sépultures par incinération .
4 44 CHRONIQUE
Etudier particulièrement cette question pour la région du Sud-
Ouest, en se référant, comme point de comparaison, à un mé-
moire sur les sépultures du Gard publié dans le Bulletin ar-
chéologique de 1898.
2° Signaler dans chaque arrondissement les monnaies gauloises
qu'on y recueille dispersées isolément sur le sol.
3" Étudier les monnaies dites à la Croix (imitations de Rhoda) ;
dresser le relevé des trouvailles qui en ont été faites ; déterminer les
régions où ce type a été imité et en classer les variétés et les dégé-
nérescencas ; préciser les limites géographiques extrêmes de ces imi-
tations en Gaule.
4° A-t-on trouvé des monnaies d'or gauloises dans la région com-
prise entre les Cévennes, les Pyrénées et l'Océan ? Dresser le relevé
de ces découvertes et le catalogue de ces monnaies.
5° Etudier les monnaies ibériques qu'on trouve au Nord des Pyré-
nées et dans la Narbonnaise, tant celles qui y ont été frappées que
celles qui y ont été importées par le commerce.
//. — Archéologie romaine
6° Étudier les divinités pyrénéennes d'après les monuments figurés
et les monuments épigraphiques. Signaler ceux de ces monuments
qui seraient encore inédits.
7° Signaler en France et dans l'Afrique française les mosaïques
antiques ou du moyen âge non relevées jusqu'à cette heure et dont
on possède soit les originaux, soit d'anciens dessins.
On conserve dans les musées de province des mosaïques ou frag-
ments de mosaïques qui n'ont pas encore été signalés ou publiés.
Leur description, accompagnée de dessins ou de reproductions
photographiques, peut avoir un réel intérêt scientifique.
8° Piechercher les centres de fabrication de la céramique dans la
Gaule et dans l'Afrique ancienne ; voir si les anciens établissements
de potiers n'ont pas survécu à l'époque antique et persisté à travers
le moyen âge.
Dresser la liste des noms de potiers inscrits sur les vases ou frag-
ments de vases, lampes et statuettes, conservés soit dans les musées,
soit dans les collections privées.
9° Étudier les pierres gravées inédites qui se trouvent, en France,
dans les musées, les trésors d'églises ou les collections particulières.
En faire connaître les sujets, les inscriptions, les dimensions et la
matière. Comprendre dans ces relevés les pâtes de verre antique, qui
étaient des reproductions des pierres gravées. Étendre cette recher-
che au moyen âge et à la Renaissance.
CHRONIQUE 445
Cette étude devra être accompagnée des empreintes des pierres
gravées, de préférence à des dessins ou à des images quelcon-
ques.
10» Signaler les fouilles ou déeouverres récentes dans la région du
Sud-Ouest.
TU. — Archéologie du moyen âge
11° Signaler, par département, les sources ou les fontaines qui ont
été au moyen âge ou sont encore de nos jours un objet de dévotion
ou un lieu de pèlerinage. Indiquer le saint sous le vocable duquel
elles sont placées, les jours et les cérémonies du culte qui s'y pra-
tique, etc. Jlentionner les monnaies et autres ex votoqm ont pu y être
recueillis à diverses époques. Examiner si ces coutumes pieuses ne
sont pas des survivances antiques.
12° Étudier les monnaies féodales du sud-ouest de la France, sur-
tout à l'aide des documents d'archives ; faire connaître ces documents
qui seraient inédits et les commenter.
13° Étudier et décrire les poids des villes du Midi de la France au
moyen âge ; rechercher ceux de ces monuments qui ne seraient pas
encore déposés dans des musées.
14° Étudier et rechercher les jetons frappés pour les États du
Languedoc.
15" Dresser la liste, avec plans et dessins à l'appui, des édifices
chrétiens et des monuments sculptés d'une province ou d'un départe-
ment réputés antérieurs à la période romaine.
16° Étudier les caractères qui distinguent les diverses écoles d'ar-
chitecture religieuse à l'époque romane, en s'attachant à mettre en
relief les éléments constitutifs des monuments (plans, voûtes, etc.).
Cette question, pour la traiter dans son ensemble, suppose une
connaissance générale des monuments de la France, qui ne peut
s'acquérir que par de longues études et de nombreux voyages.
Aussi n'est-ce point ainsi que le Comité comprend. Ce qu'il
désire, c'est provoquer des monographies embrassant une cir-
consci-iption donnée, par exemple un département, un diocèse,
un arrondissement, et dans lesquelles on passerait en revue les
principaux monuments compris dans cette circonscription, non
pas en donnant une description détaillée de chacun d'eux, mais
en cherchant à dégager les éléments caractéristiques qui les
distinguent et qui leur donnent un air de famille. Ainsi, on
s'attacherait à reconnaître quel est le plan le plus fréquemmeiit
adopté dans la région ; de quelle façon la nef est habituellement
couverte (charpente apparente, voûte en berceau plein cintre ou
brisé, croisées d'ogives, coupoles); comment les bas côtés sont
29
4-16 CHRONIQUE
construits, s'ils sont ou non surmontés de tribunes, s'il y a des
fenêtres éclairant directement la nef, ou si le jour n'entre dan-
l'église que par les fenétred des bas côtés ; quelle est la forme
et la position des clochers ; quelle est la nature des matériaux
employés ; enfin, s'il y a un style d'ornementation particulier,
si certains détails d'ornement sont employés d'une façon carac-
téristique et constante, etc.
17° Rechercher, dans chaque département ou arrondissement, les
monuments de l'architecture militaire en France aux diverses époques
du moyen âge. Signaler les documents historiques qui peuvent servir
à en déterminer la date. Accompagner les communications de ce
genre de dessins et de plans.
18° Signaler, dans chaque région de la France, les centres de fabri-
cation de l'orfèvrerie pendant le moyen âge. Indiquer les caractères
et tout spécialement les marques et poinçons qui permettent d'en
distinguer les produits.
Il existe encore dans un grand nombre d'églises, principalement
dans le Centre et le Midi, des reliques, des croix et autres objets
d'orfèvrerie qui n'ont pas encore été étudiés convenablement.
qui bien souvent même n'ont jamais été signalés à l'attention
des archéologues. Il convient de rechercher ces objets, d'en
dresser des listes raisonnées, d'en retracer l'histoire, de décou-
vrir où ils ont été fabriqués, et, en les rapprochant les uns des
autres, de reconnaître les caractères propres aux difl'érents
centres de production artistique au moyen âge.
19" Recueillir des documents écrits ou figurés intéressant l'histoire
du costume dans une région déterminée.
Au moyen âge, il y avait dans beaucoup de provinces des usages
spéciaux qui influaient sur les modes. Ce sont ces particularités
locales qu'on n'a guère étudiées jusqu'ici. Il serait intéressant
d'en rechercher la trace sur les monuments.
20° Signaler les carrelages de terre vernissée, les documents relatif s
à leur fabrication et fournir des calques des sujets représentés.
IV. — Archéologie orientale et hébraïque
21° Rechercher les épitaphes, inscriptions de synagogues, graflStes
en langue et en écriture hèbra'iques qui n'ont pas encore été signalés
ou ont été imparfaitement publiés jusqu'à présent.
22° Signaler et décrire les objets et monuments orientaux, égyp-
tiens, assyriens, etc., qui se trouvent dans les musées pubhcs et dans
les collections privées de la région du sud-ouest ; faire l'histoire et,
s'il se peut, le catalogue du beau musée égyptien de Toulouse.
CHRONIQUE 447
SECTION DES SCIENCES ÉCONOMIQUES ET SOCIALES
1° De la classification des phénomènes sociaux.
2° Des effets sociaux du baccalauréat.
3° Le régime dotal, ses avantages et ses inconvénients ; les régions
OÙ il prévaut et les modifications qu'il pourrait comporter.
4° Ya-t-il lieu de modifier les dispositions du Code civil et des lois
fiscales qui gênent la liberté de la composition des lots dans les par-
tages ?
5° Etudier, en elle-même et dans les applications législatives et
pratiques qui en ont été faites en France et à l'étranger, la question
du warrantage des récoltes.
6° Exposer dans quelle mesure et sous quelles conditions il est per-
mis, en France et à l'étranger, d'employer les fonds et la fortune
personnelle des caisses d'épargne à la construction d'habitations
à bon marché.
7° Exposer l'étendue des pouvoirs exercés, dans le Languedoc, par
l'intendant de justice, police et finances, notamment en ce qui concer-
nait ses rapports avec les États de la province,
8° Etudier l'état de la population, les naissances, les mariages, les
divorces et les migrations dans une commune de France, pendant la
période révolutionnaire (1789 à 1801).
9° Rechercher, dans une région de la France, quel a été, depuis le
XV*" siècle, l'effort de la population rurale pour acquérir la terre.
10" Étudier, dans une ville ou dans une commune, les changements
survenus dans les taux des salaires d'une certaine branche du com-
merce ou de l'industrie depuis 1850.
11° Quelles sont les charges comparées de la fortune mobilière et
de la fortune immobilière en France ?
12° De l'influence que certains impôts peuvent exercer sur le déve-
loppement de la population.
l.S° Étudier, d'après un exemple particulier, le fonctionnement
d'une administration de district dans le midi de la PVance (1790-
1795).
14° Esquisser l'histoire d'une école centrale, d"iin lycée ou d'iin
collège communal.
15° Retracer, au point de vue économique et juridique, l'histoire
d'une exploitation minière dans l'ancienne France.
16° Étudier le commerce des métaux précieux et la circulation
métallique à une époque précise ou dans une région déterminée de la
France, avant 1789.
448 CHRONIQUE
SECTION DES SCIENCES
1° Des gisements de phosphate de chaux. Fossiles que l'on y trouve.
2° Minéraux que l'on rencontre dans la région pyrénéenne. Examen
spécial des gisements de ces minéraux.
3" Etude des sources thermales françaises.
4° Du mode de remplissage des cavernes.
6° Régime des cours d'eau. Inondations ; alluvions.
6" Recherche de documents anciens sur les observations météoro-
logiques en France et sur les variations des cultures.
7° Agriculture dans le sud-ouest de la France.
8° Répartition des Salmonidés dans le bassin de la Garonne.
9" Monographies relatives à la faune et à la flore des lacs français.
10° Faune et flore des eaux souteraines.
11° A quelles altitudes sont ou peuvent être portées, dans les
Pyrénées et le massif central, les cultures d'arbres fruitiers, de prairies
artificielles, de céréales et de plantes herbacées alimentaires ?
12° I^hotographie des parties invisibles du spectre. Résultats obtenus
et propositions de méthodes nouvelles.
13° De l'action des différents rayons du spectre sur les plaques
photographiques sensibles. Phothograpliie orthochromatique. Plaques
jouissant de sensibilité comparable à celle de l'œil.
14° Recherches relatives à l'optique photographique et aux obtu-
rateurs.
15° Recherches sur la préparation d'une surface photographique
ayant la finesse de grain de préparations anciennes (collodion ou
albumine) et les qualités d'emploi des préparations actuelles au géla-
tinobromure d'argent.
16° Etude des réactions chimiques et pliysiques concernant l'im-
pression, le développement, le virage ou le fixage des épreuves néga-
tives et positives. Influence de la température sur la sensibilité des
plaques photographiques, leur conservation et le développement de
l'image.
17° Etudes astronomiques et météorologiques par la photographie.
18° Recherches sur les méthodes microphotographiques ; applica-
tions notamment aux études histologiques et médicales.
19° Perfectionnements à apporter aux méthodes stéréoscopiques.
20° Les sanatoria d'altitude et les sanatoria marins.
21° De la constitution chimique et micrographique de l'air lors des
épidémies.
22° Des moyens de contrôle pouvant assurer la salubrité et l'inno-
cuité des substances alimentaires.
CHRONIQUE ItO
23" De l'actinomycose, son développement et les divers traitements
de cette maladie.
24° Des épidémies de peste et des mesures prophylactiques.
25° Des moyens les plus pratiques d'assurer la désinfection dans
les petites localités et les campagnes à la suite des maladies infec-
tieuses.
26° Delà survivance de la lèpre dans la région pyrénéenne, ]\loda-
lité sous laquelle elle se présente.
SECTION DE GfiOGR.\PHIE HISTORIQUE ET DESCRIPTIVE
1° Signaler les documents géographiques manuscrits les plus inté-
ressants (textes et cartes) qui peuvent exister dans les bibliothèques
publiques et les archives départementales, communales et particulières
du Sud-Ouest de la France. — Inventorier les cartes locales anciennes,
manuscrites et imprimées ; cartes de diocèses, de provinces, plans de
villes, etc.
2° Faire connaître les procédés employés par les anciens géographes.
Mode de projection ; graduation; trait, écriture, teinte des cartes;
échelles ; roses des vents ; figuré des reliefs ; mode d'impression, etc.
3° Dresser des cartes montrant la distribution géographique des
dépôts alluviaux, cavernes, abris sous roche, etc., du Languedoc,
ayant renfermé des restes de l'homme à l'époque quaternaire ou des
stations, ateliers, monuments funéraires, etc., de l'âge de la pierre
polie, de l'âge du bronze ou de l'âge du fer de la même région.
4° Rechercher les noms des lieux-dits donnés aux oppidums et aux
localités contenant des vestiges d'habitations antiques, afin de voir s'il
n'y en aurait pas qui rappelleraient des dominations d'origine ibé-
rique.
5° Déterminer les limites et dresser des cartes des anciennes cir-
conscriptions diocésaines, féodales, administratives, etc., de la région
du sud-ouest de la France.
6° Compléter la nomenclature des noms de lieux en relevant les
noms donnés parles habitants aux divers accidents du sol (montagnes^
cols, vallées, etc.) et qui ne figurent pas sur les cartes.
7° Rechercher les formes originales des noms de lieux et les com-
l)arer à leurs orthographes officielles (cadastre, carte d'état-major,
almanach des postes, cachets de mairie, etc.).
8° Voies anciennes à travers les Pj'rénées (routes de communica-
tion, routes de pèlerinage et chemins de tran.shumance).
9° Étude particulière de la région des Causses, avens, grottes, cours
d'eau souterrains, etc.
tôO CHRONIQUE
10° Eecherches sur les glaciers, les moraines et les lacs de la région
pyrénéenne. — Formation des cirques.
11° Altitude maximum des centres habités, depuis les temps les
plus anciens, dans les Pyrénées.
12° Rechercher sur les marées du Golfe de Gascogne. — Courants
littoraux, leur force et leur direction pendant les périodes de calme
et de coup de vent.
13° Modifications anciennes et actuelles des côtes du Golfe de Gas-
cogne. — Formation des dunes et des étangs littoraux. — Landes,
forêts yous-marines, etc.
14° Délimiter comparativement une forêt de France, au moyen âge
et à l'époque actuelle.
15° Etude hydrographique du bassin de la Garonne. — Tracé et
régime. — Donner en particulier les raisons du tracé du cours supé-
rieur de l'Ariège et de celui du Tarn dans les traversées des Causses.
16° Causes de la dissymétrie du profil des vallées des affluents de
la Garonne qui coulent sur le cône de Lannemezan.
17° Signaler les derniers progrès accomplis dans l'étude géogra-
phique des colonies françaises ou des pays de protectorat.
18° Biographie des anciens voyageurs et géographes fi-ançais.
19° Missions scientifiques françaises à l'étranger, antérieures à la
création des Archives des missions scientifiques et littéraires.
SUJETS DE COMMUNICATIONS
PROPOSÉS PAR DES SOCIÉTÉS SAVANTES DE TOULOUSE ET DE LA
RÉGION
HISTOIRE ET PHILOLOGIE
I. Étude des documents pour servir à l'histoire de l'Académie des
Jeux floraux.
II. Exposer les diverses légendes qui composent l'histoire fabu-
leuse de Toulouse, en rechercher les sources et en établir la biblio-
graphie.
TII. Faire l'histoire des aliénations du domaine royal en Lan-
guedoc et des reconstitutions partielles de féodalité qui en ont été la
conséquence après l'incorporation du comté de Toulouse.
IV. Etudier les rapports du pays toulousain avec la cour de Fiance
et les provinces d'outre-Loire, à dater de la mort de Raymond VIT,
et les effets de ces relations sur la langue, les mœurs et les arts.
V. Caractériser l'action politique et sociale du Parlement de Tou-
louse et les transformations que cette cour a subies dans son recru-
CHRONIQUE ir, 1
tement et dans son esprit sous le règne de Charles VII jusqu'à celui
de Louis XVI.
VI. Expliquer l'influence de l'épiscopat sur la vie politique et admi-
nistrative du pays de Languedoc, en comparant l'époque des évèques
électifs aux temps qui ont suivi le concordat de François I".
VII. Etudier en détail l'application du concordat de François P''
en Languedoc et les effets produits par ce nouveau régime sur le
recrutement et l'action du personnel épiscopal.
VIII. Déterminer les coefficients féodaux, judiciaires, financiers et
commerciaux de la société aristocratique de Languedoc, à la veille
de la Révolution.
IX. Etude synthétique de l'Ariège, d'après les divers cartulaires
intéressant les diverses localités du département.
ARCHÉOLOGIE
I. Dolmens et monuments mégalithiques dans le Midi de la
France.
II. Des œuvres d'art à l'époque quaternaire.
III. Origine et destination des monuments connus sous le nom de
Piles.
IV. Discuter les origines et les sources d'inspiration de la sculpture
romane décorative, dont les cloîtres de la Daurade, de Saint-Etienne
et de Saint-Sernin de Toulouse nous ont laissé, dans leurs chapitaux
historiés, des modèles accomplis.
V. Usage de la brique en Languedoc : brique brute, brique taillée,
chronologie des calibres ; association de la brique au bois, aux galets,
à la pierre ; emploi décoratif de la brique à l'extérieur et à l'inté-
rieur des édifices.
VI. Histoire des fabriques de céramique de la région (Toulouse,
Martres, Montauban. Ardus, etc.) ; étudier les caractères de leur fabri-
cation.
SCIENCES ÉCONOMIQUES ET SOCIALES
I. Le monde du droit et les hommes de finance à Toulouse vers
le milieu du XVI* siècle.
II. Examen des nouveaux travaux entrepris par la critique mo-
derne pour élucider les migrations et les vicissitudes de Jacques
Cujas.
III. Etudier les doctrines politiques de l'Université de Toulouse
sous l'ancien régime, spécialement celles du professeur Grégoire, et
l'influence qu'elles ont exercée.
4J2 CHRONIQUE
IV. Etude sur la situation actuelle et les rapports de l'Andorre, de
la France et de l'Espagne.
V. De la propriété collective existant encore aujourd'hui dans
quelques parties de l'Aveyron, comprenant même des terres cultivées
dont la jouissance est attribuée par lots et pour une courte période
(deux ou trois ans), tantôt aux uns, tantôt aux autres. — Son ori-
gine. — Son histoire. — Son administration actuelle. — Ses avan-
tages et ses inconvénients.
VI. De l'introduction d'exercice pratique dans l'enseignement du
droit.
SCIENCES
I. Pierre Forcadel, de Béziers. Sa vie. Son œuvre.
II. Aperçu sur les mathématiciens pyrénéens espagnols avant
Viète.
III. Étude du régime climatologique du Sud-Ouest de la France et
en particulier de la région de Toulouse.
IV. Indiquer la marche générale des orages dans la région pyré-
néenne et dans le bassin sous-pyrénéen.
V. Étude des localités particulièrement fi-appées par la grêle. —
Moyens de protection.
QÉOOEAPHIE HISTORIQUE ET DESCRIPTIVE
I. Aire géographique de la race basque dans les Pyrénées.
II. Origine des noms donnés aux lieux et aux accidents du sol dans
la région du Sud-Ouest.
III. Rechercher les véritables voies militaires de France en Espa-
gne, et inversement à travers les Pyrénées centrales et orientales.
IV. Mouvement de la population dans le groupe gascon. — Nata-
lité, maladie, mortalité.
V. Signaler les documents géographiques manuscrits les plus inté-
ressants (textes et cartes) qui peuvent exister dans les bibliothèques
et les archives du département de la Haute-Garonne et des départe-
ments limitrophes.
VI. Inventorier les cartes locales et régionales anciennes, ma-
nuscrites ou imprimées ; cartes de diocèse, de province, plans de
villes, etc.
VII. Monographie historique d'une forêt.
Le Gérant responsable : P. HAMELIN.
I DODICl UANTI
ÉPOPÉE romanesqup: ^«u xvp siècle
INTRODUCTION
1° Le roman italien Guerino il Meschirio; — 2° Résumé de ce roman
d'après Dunlop et Ferrario; — 3° Importance du Mescfiino; — 4° Les
Dodici Canti composés pour donner aux délia Rovere un ancêtre pris
dans la légende épique, Guerino il Mescliino ; — 5° Description du
manuscrit 8583 de la Bibliothèque de TArsenal; — 6° De l'auteur des
Dodici Canti; — 1" Résumé de ce poème.
Il ne semble pas qu'aucun roman chevaleresque ait obtenu
en Italie, à la fin du moyen âge, un succès égal à celui du Gue-
rino il Mesc,':i.io *. Les éditions anciennes que l'on possède de
ce texte sont nombreuses et se suivent de près : 1473, 1475,
1477, 1480 (deux), 1482 (deux), 1483, 1493, 1498, 1503 (V.
Melzi-Tosi, Bibliografia dei romanzi di cavalleria, p. 172-181).
Traduit en français au XV siècle ^, il a été inséré dans la
Ihbliùthègue bleue. Sa renommée a été durable, puisqu'il a été
réimprimé à Venise en 1778, 1802 et 1816.
1 L'auteur du Guerino il Meschino est le célèbre Andréa dei Magno-
botti da Barberino, auquel on doit également les Reali di Frmicia, VAs-
promonte^ les Storie Nerbonesi, VAjolfo, VUgo?ie d'Alveriiia. Pour les
Reali et leur auteur v. Pio Rajna, Ricerche intorno ai Reali di Francia,
Bologne, 1872 (Cf. G. Paris, Romania, ii, p. 851, sq.), et Gaspary,
Geschichte dei- italien. Literatur, n, p. 252, sq.
2 D'après Dunlop, History of Fiction^ iii^, p. 38, une traduction fran-
çaise aurait été imprimée en 1490. Ferrario, Storia ed ayiaiisi degli anticlii
romanzi di cavalleria e dei poemi romanzeschi ifaliani, t. ii, p. 283,
indique deux éditions de cette traduction, Lyon, 1530, et Paris, 1532, et
ajoute que l'auteur avertit lui-même qu'il a traduit le livre I, mais que
pour le reste il s'est abandonné aux caprices de son imagination.
TOME III DE LA CINQUIEME SERIE. — Octobre-Décembre 1898. 30
454 I DODICI CANTI
Dunlop, dans son History of Fiction, a consciencieusement
résumé ce roman qu'il considère comme tenant à la fois du
conte dévot et du récit chevaleresque '. C'est certainement
un mélange des deux genres, et par là il était tout marqué
pour se concilier le goût populaire. Vers le milieu du XVI®
siècle, il fut mis en vers par TuUia d'Aragona ^ et c'est sous
cette forme qu'il a été analysé par Ferrario dans son histoire
* History of Fiction, iii2, p. 38-50.
2 Tullia d'Aragona était fille de la courtisane Giulia de Ferrare, qui
affirmait qu'elle l'avait eue du cardinal Lodovico d'Aragona, neveu
d'Alphonse II, de Naples, et qui n'hésita pas à lui donner ce nom illus-
tre. Sa mère la fit élever avec soin. Aussi belle que spirituelle et savante,
Tullia tenait à Rome une véritable cour formée de lettrés et d'artistes.
Le respectable Jacopo Nardi lui adressait sa traduction du Pro Marcello
(1536), et la qualifiait d'unique et véritable héritière du nom et de l'élo-
quence de Giccron. En 1537, elle se trouva à Ferrare en même temps
que Vittoria Colonna, et il ne semble pas que la comparaison lui ait été
défavorable. Un correspondant de la Marquise Isabelle la dit molto gen-
tile, discreta, accorta, e di ottimi e divijii costumi. Elle parlait de toutes
choses avec science et justesse, chantait fort bien, composait des vers
sur l'amour platonique, et on lui en dédiait de semblables.
Neuf ans plus tard, à Florence, elle eut un succès pareil. C'est là
qu'elle composa le dialogue DelV Infinità d'Amore, où les interlocuteurs
sont elle-même, Varchi et Benucci. La protection de la duchesse Eléo-
nore lui épargna la honte d'être contrainte à porter sur son voile la
bande jaune caractéiùstique de son métier et le duc Gosme écrivit en
marge de sa pétition : Fasseli gratia per poetessa.Le dialogue dell' Infinità
d'Amore voule sur l'amour élevé, noble, contraire à l'amour vulgaire ; il
est infini parce que l'union parfaite de l'amant et de l'objet aimé est
impossible. Le ton est naturel, aisé, la science étendue et solide.
Le remaniement du Guerino il Meschino parut en 1560, après la mort
de Tullia. Il est remarquable que, dans l'avis au lecteur, elle se plaigne
de ce que la plupart des livres que lisaient les dames fussent remplis de
peintures voluptueuses et indécentes, alors que nous constatons qu'en
plusieurs endroits elle a elle-même dépassé la limite permise (Ferrario,
op., 1. II, p. 283-285).
Le prudent Tiraboschi, dans le chapitre qu'il a consacré aux Italiennes
illustres du XVP siècle, en parle ainsi : « Di qiiesta célèbre rimatrice
che fu frutto d'amore e ne accese non senza qualche sua taccia le fiamme
in molli e principalmente in Girolamo Muzio, si posson vedere copiose
notizie pressa il eo. Mazzucchelli, Scritt. it., t. i, par. 2, p. 928. »
La biographie de Tullia dans Ferrario (1. 1.) n'a plus d'intérêt depuis
les travaux plus récents que Gaspary a mis à profit dans les pages qu'il
a consacrées à l'Aspasie moderne. V. Geschichte der italien. Literatur,
I DODIGI CANTI 455
générale des romans de chevalerie et des poèmes romanes-
ques italiens *.
Le sujet est présenté comme suit en tête de la première
édition du roman en prose :
In questo libro vuigarmente se traita alcuna ystoria
brève de re Karlo imperatore, poi del nasimento et
opère di quello magnifico cavalieri nominato Guerino
etprenominato Meschino, pe lo qualle se vade {sic) la
narratio[n]e de le provintie quasi di tuito lo mondo e
de la diversita de li homini e gente, de loro divers!
costdmi, de molti divers! animali e del habitatione delà
Sibiila che se trova viva in le montagne in mezo d'Ita-
lia et anchora del inferno secondo decliiara la ystoria
seguitando lo exordio.
Le Guerino est donc l'histoire d'un chevalier errant, qui
parcourt le monde et les peuples les plus divers, rencontre les
ennemis les plus étranges, interroge la Sibylle et descend en
enfer.
Le héros lui-même est fils de Milon de Tarente, quatrième
fils, d'après les Reali, du redoutable Girard de Fratte qui a un
rôle si important dans la légende d'Aspremont; il appartient
à la Maison de Monglane, d'où sort, par Aimeri de Nar-
bonne, l'illustre geste des Narbounais.
La généalogie française, d'après Albéric des Trois-Fontai-
nes [G. Paris, Hist. poél. de Charlemagne, p. 469), beaucoup
moins chargée de descendances et de noms que les généalo-
gies italiennes, donne le tableau suivant :
II, p. 509-513 et notes. Il estime que Tallia était vraiment sur le che-
min du repentir et qu'il n'y avait aucune hypocrisie dans le dédain
qu'elle professait pour l'amour grossier. Mais en 1548 elle revint à
Rome, et dès lors, soit poussée par le besoin, soit cédant aux conseils
de sa mère Giulia, son mauvais génie, elle reprit ses habitudes premiè-
res et finit par mourir chez un hôtelier du Trastevereenl556. Aucun poète
ne chanta sa mort, suivant l'usage du temps. Depuis son retour à Rome
l'auréole avait disparu de son front. Avant de mourir, elle institua son
fils Gelio son légataire universel. Bernardo Tasso, le père de Torquato,
est un des poètes qui célébrèrent TuUia au temps de sa prospérité.
1 Op., 1., t. m, p. 329-351.
4 56 I DODICI CANTI
Garin de Mondane
Arnaud Girard Renier Milon
de Beaulande de Vienne de Gènes de Pouillc
Aimeri Savari Beuve Olivier Aude Sinaon N. fille
de Narbonne de Pouillc
Dans Atmeri de Narbomie le second fils de Girard de Vienne
est Oiton et Milon de Fouille n'a qu'un enfant, Aimeriet.
Dans les Reali italiens (L. v, c. 9) Ton a :
Guerino (petit-fils de Beuves d'Antone)
Girardo da Fratta Bernardo da Dremondes Milone Alemanno Guerino
Rinieri di Vienna
Arnaldo di Belanda
Guizzardo di Puglia
Milone di Tarante
Guerino il Meschino, fils de Milon de Tarente, représente
Simon de Fouille (ou Aimeriet], fi < de Milon de Fouille et,
comme lui, est cousin-germain d'OLvier, l'ami de Roland, le
frère de la belle Aude.
Cette parenté est le seul trait d'union que Ton puisse rele-
ver entre le roman italien et nos chmsons de geste; il Mes-
chino est un roman d'aventure où l'auteur accumule les inven-
tions qui lui paraissent les plus propi ^s à intéresser la curio-
sité de son lecteur, sans songer nulle part à rattacher sou récit
aux légendes épiques du moyen âge français. J'essaierai d'en
donner un très court sommaire d'après les résumés de Dun-
lop et de Ferrario^
1 M. Gaspary, dans son histoire de la littérature italienne, t. ii, p. 265,
a résumé le Guerino il Meschino en une page ; mais il n'a pu consulter
(comme il en avertit en note) qu'une édition de 1869 très mutilée, et cela
explique comment la visite de Guérin chez la Sibylle est ainsi présentée:
(er) steirjt in Italie)! in das verzauberte Reich der Fee Alcina hinunter.
Les jardins de Falérine, d'Alcine et d'Armide doivent quelque chose au
séjour merveilleux delà Sibylle du Guerino, et c'est ce quia induit l'abré-
viateur moderne à mêler le nom d'Alcine et une réminiscence d'Arioste au
texte d'Andréa da Barberino. — Je regrette de n'avoir pu consulter que
les sommaires de Dunlop et de Ferrario. En plusieurs endroits j'ai dû no-
ter leur désaccord. Ferrario résume le rifamnento de Tullia d'Aragona
et en reproduit quelques passages.
I DODICI CANTI 4 57
lï
Charlemagne, ajant délivré des Sarrasins le royaume de
Naples, en confia le gouvernement à Guichard et Milon. Ce-
lui-ci, sur la réputation de beauté de Fenisia, princesse d'Al-
banie, en devient amoureux, attaque et prend Durazzo, et
épouse Fenisia qui lui donne un fils, Guérin. Naparet Madar,
frères de Fenisia, veulent se venger, s'entendent avec les
habitants de la ville, y pénètrent la nuit, s'en emparent, et
Milon et Feni:<ia sont jetés dans une prison obscure. Guérin
est sauvé par sa nourrice, tombe entre les mains de corsaires,
est vendu à Constantinople, élevé par Epidonio qui en fait
don au fils de l'empereur Alexandre. On le connaissait sous le
nom de Meschino (malheureux) et lui-même ne se doutait point
qu'il fût de noble origine. D'abord employé à servir à table, il
se gagne l'amitié du prince. Puis par son habileté à manier
armes et chevaux, par la douceur de ses manières, il mérite
l'affection de tous, de l'empereur et de sa fille Eliséna. Par
amour pour cette princesse, il donna des preuves merveilleu-
ses de son courage en désarçonnant dans un tournoi les plus
robustes champions sans se faire connaître, ce qui empêcha
de décerner le prix du tournoi et provoqua ainsi une guerre.
Torindo et Pinamonte, fi's du roi Astiladoro, pensant que ce
prix leur devait être atti hué et se croyant offensés, se plai-
gnent à leur père qui jur^ par Mahomet de tirer vengeance
de cet outrage. Il vient attaquer Constantinople à la tête de
cinquante mille hommes. L'empereur est fait prisonnier, toute
la ville est en larmes, mais Guérin s'empare à son tour des
deux fils du roi sarrasin t l'oblige à accepter que la querelle
soit vidée par cinquante champions de chacun des deux partis.
Grâce à son courage les chrétiens l'emportent et Constantino-
ple est en fête. Mais la princesse Eliséna a le tort d'appeler
Turc, c'est-à-dire esclave ou vilain, le sauveur de son père
et de l'empire. Dès lors Guérin n'a plus qu'une pensée, il veut
savoir de qui il est fils. L'empereur consulte les astrologues
de la cour qui, après avoir examiné les étoiles, sont unanimes
à déclarer que Guérin ne sera instruit de sa parenté que par
les arbres du Soleil et de la Lune qui croissent à l'extrémité
orientale du monde.
4 58 I DODICI CANTI
Guérin se prépare à partir. L'impératrice le munit d'une
relique faite du bois de la vraie croix et possédant la vertu de
protéger contre tout danger et tout enchantement. Il s'em-
barque et arrive dans la Petite Tartarie. De là il fait route à
travers l'Asie, combat un géant qui saisissait les pns.-ants, sur-
tout les chrétiens, et les enfermait dans un garde-manger,
pour s'en régaler avec la géante sa femme et ses quatre fils.
Guérin extermine toute cette engeance et sauve deux prison-
niers, un chevalier français, Brandizio, et un prêtre arménien.
Tous trois font route ensemble jusqu'en Arménie où le prêtre
les quitte. Guérin et Brandizio arrivent en Médie, rétablis-
sent sur le trône la princesse, légitime héritière du royaume,
et celle-ci prend Brandizio pour époux.
Guérin continue son voyage, est obligé d'épouser une des
filles du roi de Solta, s'enfuit du pays laissant la Sarrasine
enceinte d'un fils.
Après diverses aventures, le chevalier arrive aux Indes,
dont l'auteur énumère les productions. A Tigliafi'a, il trouve
des chrétiens, et, avec une armée oîi figurent des éléphants et
des sangliers, il est conduit aux lieux où s'élèvent les arbres
du Soleil et de la Lune. L'arbre du Soleil lui apprend qu'il
est fils d'un baron illustre et de sang royal, et qu'il est chré-
tien dès sa naissance. L'arbre de la Lune lui dit d'aller vers
le Couchant où il retrouvera sa famille.
Après un long voyage, Guérin arrive à la Mecque, où le
Soudan Almanzor lui fait grand honneur et où il est très ad-
miré pour avoir vaincu le vaillant Tenaun qui l'avait traité de
menteur.
On lui montre le tombeau de Mahomet. A la Mecque, il
rencontre la belle Antinisca, fille du roi de Persépolis Finis-
tor, qui a été chassé de ses Etats par les Turcs. Devenu
capitaine général de l'armée des Perses, il triomphe des
Turcs, rend le trône à Antinisca qu'il aime, mais qu'il refuse
d'épouser encore, parce qu'il doit continuer son voyage à la
recherche de ses parents. Antinisca jure de l'attendre pen-
dant dix ans, et Guérin fait le serment de n'avoir jamais
d'autre femme qu'elle.
Après avoir conquis plusieurs pays de la Turquie pour
agrandir l'empire de sa fiancée, Guérin licencie son armée et
I DODICI CANTI 459
reprend seul sa route. Il traverse plusieurs aventures, combat
et tue des géants, tue un dragon, mais demeure à demi em-
poisonné par son venin, s'arrête dans une cité pour se guérir.
Là, réconforté par un confesseur, il repart pour TAfrique et
l'Europe, arrive à la ville du Prêtre-Jean, dont l'auteur dé-
crit les merveilles, prend le commandement des troupes du
Prêtre-Jean contre ses ennemis les Cinnamoniens. Ceux-ci
sont vaincus et perdent plus de cent mille hommes. Guérin
assiège la ville de Giaconia, tue le géant Galafar qui en était
gouverneur, et remet sa conquête au Prêtre-Jean.
Arrivé en Egypte, le chevalier est attaqué par un amiral
qui veut lui enlever ses armes et son cheval. Il se défend, tue
plusieurs des suivants de l'amiral, et lui pardonne. Il est
alors assailli par des chiens de bergers ; quand il les a tués,
il est obligé de traiter de même plusieurs de leurs maîtres.
Le roi du pays le fait prisonnier par trahison, mais il est
remis en liberté sur l'ordre du Soudan de Babyione qui le
nomme son capitaine général contre les Arabes.
Guérin triomphe de tous les ennemis du Soudan, qui vou-
lait le combler d'honneurs, mais qui doit au contraire le pro-
téger contre la jalousie de ses conseillers. Guérin part pour le
mont Atlas.
Nous passons la description des merveilles de l'Egypte,
l'histoire de Mahomet, les aventures de Guérin en Barbarie
pour le compte du roi Artilafo, qu'il convertit à la foi chré-
tienne, et à qui il rend son royaume qui lui avait été enlevé
par un géant. Ils auraient à soutenir une guerre nouvelle
contre Validor, roi de Tripoli, si la sœur de celui-ci n'était
prise d'un grand amour pour Guérin. La princesse était une
belle négresse, aux cheveux crépus, aux dents blanches, aux
yeux rouges. Elle adresse à Guérin un message par lequel
elle lui ofifre, s'il consent à l'aimer, le royaume de son frère
qu'elle n'hésiterait pas à lui sacrifier, .^e messager prend
Artilafo pour Guérin, et Artilafo, sachant que son ami refu-
serait un tel pacte, répond pour lui. La princesse, trompée,
enivre son frère, le tue, et se voyant rejetée avec horreur
par Guérin, se tue elle-même.
Guérin arrive à Messine et de là en Calabre, où vivait la
Sibylle qui avait prédit la naissance du Sauveur. Il veut la
4 60 I DODiCi CANTI
consulter sur ses parents. A Reggio, un vieillard lui donne
un livre qui lui indique le chemin de la caverne de la Sibylle.
A Norcia, de saints ermites l'instruisent des périls qu'il doit
éviter : il lui faudra surtout résister aux séductions de la
Sibylle ; car, s'il cédait à ses caresses, il serait prôcipité en
enfer.
Pour le séjour de Guérin chez la Sibylle, je préfère suivre
Dunlop que le résumé de Ferrario, d'après TuUia d'Aragona,
qui me semble s'être trop abandonnée à son inclination dans
cette partie de son rifacimento en vers.
A l'entrée de la caverne, Guérin rencontre une large rivière
qu'il passe sur le dos d'un hideux serpent, qui lui apprend
qu'il était jadis un gentilhomme et qu'il a subi celte déplai-
sante transformation par les sortilèges de la prophétesse.
Guérin entre alors dans le palais de la Sibylle, qui se pré-
sente entourée de suivantes charmantes ; elle semblait aussi
fraîche que si elle avait eu onze cent quatre-vingts ans de
moins. Un repas magnifique est servi, et elle informe Guérin,
dans le cours de la conversation, qu'elle jouissait d'une lon-
gue vie et d'une beauté inaltérable parce qu'elle avait prédit
la naissance de notre Sauveur ; néanmoins elle avoue qu'elle
n'est pas chrétienne et qu'elle demeure fidèle à Apollon dont
elle a été prêtresse à Delphes, et à qui elle est redevable du
don de prophétie. Sa dernière demeure avait été à Cumes,
d'où elle s'était retirée dans le palais qu'elle occupait actuelle-
ment.
Jusque-là la Sibylle n'avait parlé que d'elle-même. Elle finit
cependant par révéler à son hôte les noms de ses parents et
toutes les circonstances de sa naissance. Elle lui promet de
lui dire plus tard le lieu où ils résident et de l'éclairer sur
son avenir.
Le soir elle conduisit Guérin dans la chambre qui lui avait
été préparée, et il comprit bientôt qu'elle était décidée à lui
causer un grand souci, car elle commença à lui faire les yeux
doux, et procéda à un examen minutieux de sa personne.
Mais le bois de la vraie croix, qui lui avait été donné par l'im-
pératrice grecque, et une prière le délivrèrent des obsessions
de la Sibylle, qui fut ob'iaéede renvoyer son entreprise au
matin, et de même les cinq jours suivants, toujours grâce à
l'influence de la relique.
I DODIGI CANTI 461
La prophétesse refusait néanmoins d'iii^tniirp son hôte du
lieu cil résidaient ses parents, dans l'espoir que, s'il restait
auprès d'elle, il finirait par satisfaire ses désirs. Malheureu-
sement, un samedi, elle ne put empêcher le chevalier d'être
témoin de sa métamorphose en un serpent. Les fées et ceux
qui s'associent à leur existence sont transformés, ce jour-là,
en animaux hideux, et restent dans cet état jusqu'au lundi.
Guérin se trouva donc entouré d'une véritable ménagerie.
Quand la Sibylle eut recouvré ses charmes, il lui fit un re-
proche de la forme qu'elle avait dû revêtir, et dans son dépit
elle lui accorda son congé, mais sans lui dire où étaient ses
parents.
Tullia a développé longuement, et en termes parfois indé-
cents, la scène de la séduction. Elle tient à prouver que la
chasteté du chevalier fut réellement en péril. Elle le montre
près de succomber :
11 cavalier si strugge e si vieu mono
Com ' a UDO a chi bevanda avvelenata
In una sete estrema gli sia data.
Les deux récits, à en juger par le résumé de Ferrario,
difi'èrent aussi en ce que, dans le poème de Tullia, la Sibylle
refuse absolument de donner aucun renseignement à Guérin
sur ses parents. Il y est dit en outre que le séjour de Guérin
auprès de la prophétesse dura un an.
Le chevalier revient à Norcia, et les ermites lui appren-
nent qu'il est excommunié pour avoir consulté les arbres du
Soleil et de la Lune et s'être adressé à la Sibylle. Il se rend à
Rome, où le pape le bénit et lui impose pour pénitence d'aller
en pèlerinage à Saint-Jacques-de-Galice, puis en Irlande, au
puits de saint Patrice, où est le Purgatoire,
Guérin passe en Gascogne, y occit nombre d'assassins, sé-
journe cinq jours à Compostelle, purge la mer de pirates, et
va en Irlande où l'archevêque, après avoir essayé de le dé-
tourner de sa dangereuse entreprise, lui donne une lettre
d'introduction pour l'abbé de l'île sainte qui est le vestibule du
Purgatoire. Accueilli au monastère, ildoityjeûner neuf mois.
Puis il dépose ses armes et descend dans un puits au fond
duquel il trouve une prairie souterraine. Là il reçoit des in-
4 62 I DODICl CANTI
structions de deux hommes vêtus de blanc qui vivaient dans
un édifice bâti en forme d'église. Deux démons Femmènent
alors et l'accompagnent de caverne en caverne pour qu'il
soit témoin des souffrances des âmes du Purgatoire. Dans
chaque caverne un châtiment particulier était infligé à chaque
vice. Ainsi les gourmands étaient tourmentés par l'odeur de
tables bien servies et de boissons exquises.
Après avoir contemplé les peines du Purgatoire, Guérin
passe dans un Enfer très semblable à celui de Dante, dont
l'imitation est plus évidente encore que dans la peinture du
Purgatoire. Il y retrouve le géant Macos qu'il avait tué en
Tartarie, et la négresse aux jeux rouges, qui, pour l'amour
de lui, avait tranché la tête de son frère après l'avoir enivré.
Je dois ici reconnaître que, d'après Dunlop, cette prin-
cesse avait les cheveux rouges, ce qu'il trouve un défaut sur-
prenant chez une Africaine(p. 43), mais le poème lui attribue
guardatura
Fiera con occhi rossi
Il est probable que Tullia a tout simplement corrigé le texte
primitif.
Les démons enlèvent Guérin très haut et le laissent retom-
ber sur un pré de joncs que traversait un grand fleuve. De
l'autre côté, des âmes vêtues de blanc chantaient des hymnes.
Sur le fleuve était un pont de verre. Guérin y fut porté par
les démons qui ne purent le suivre plus loin.
Il franchit le pont qui, sous ses pas, se transforma en un
très dur diamant. A sa rencontre viennent deux vieillards
vénérables qui lui baignent le visage dans l'eau du fleuve et
lui disent qu'il est purifié de toutes ses fautes. C'étaient
Enoch et Elle, et avec eux étaient venus d'autres personna-
ges également saints qui chantaient les louanges de Dieu. On
le conduisit ainsi dans un lieu voisin du Paradis teirestre
dont l'enceinte étincelait de pierreries. Une porte s'entr'ou-
vrit, et il aperçut un moment Dieu au milieu des siens :
L'Imperador de' cieli in mezzo vide
Passar con alta fronte i cori tutti
Dell' Angeliche squadre umili e fîde,
11 quai mostrava del suo fîglio i frutti,
Con braccia aperte, etc.
I DODICI CANTI 4 63
Mais la porte se ferme et Guérin ne pouvait se consoler.
Les deux prophètes le réconfortent et le ramènent à l'église
d'où il était descendu dans le puits. Il retrouve les moines qui
le bénissent et font apparaître les images de son père et de sa
mère dont il grave les traits dans sa mémoire, mais qui s'éva-
nouissent sans consentir à dire leur nom.
Guérin va à Londres, traverse la France et arrive à Rome
où il rapporte au Pape comment il s'est conformé à ses vo-
lontés.
Guérin fut envoyé par le Pape à Naples, où le roi Guis-
card, son oncle, selon la généalogie des Reali, le charge
d'aller combattre les Turcs en Albanie. Il prend Dulcigno et
Durazzo, où il tire de leur prison Milon, son père, et Fenisia,
sa mère, qu'il reconnaît d'après les images qu'il avait vues
au monastère de saint Pati'ice. Après avoir rétabli ses pa-
rents dans leur autorité, il chasse les Turcs delà Grèce et de
la Macédoine, puis se déguise en Turc avec Alexandre, empe-
reur de Constantinople, et, seuls avec deux écujers, ils par-
tent pour Persépolis afin de retrouver Antinisca, la fiancée de
Guérin. Ils sont assaillis par des voleurs et des géants qu'ils
mettent à mort, en rendant la liberté à de nombreux prison-
niers. A Camopoli, Baranifl^e, seigneur du lieu, les emprisonne
par trahison ; mais un Turc converti au christianisme, Arti-
bano, tue Baraniffe et délivre les prisonniers. On les poursuit,
ce qui leur donne l'occasion d'une nouvelle victoire. Arrivés
à Persépolis ils sont accueillis par la fidèle Antinisca, et tout
serait pour le mieux, si la ville n'était assiégée par Lionetto.
Ce personnage, qui a réuni une armée de quatre cent mille
hommes, ose ordonner à Guérin de lui remettre Antinisca et
la ville. Après bien des incidents, Guérin et Alexandre aban-
donnent Persépolis qui est livrée aux fiammes par Lionetto,
donnent à Artibano, en mariage, la reine Dia, fille de Fili-
cion, roi de Saragona, assurent la paix entre ce dernier et
le roi d'Arménie, et Alexandre épouse Laura, seconde fille de
Filicion. Les deux amis reviennent alors à Constantinople où
ont lieu de grandes fêtes en l'honneur de l'empereur et de la
nouvelle impératrice.
Dès lors, Guérin et Antinisca n'ont plus qu'à se rendre à
Durazzo. Ils eurent deux fils, Fioramonte et Milone.
4 64 I DODICI CANTI
Le premier avait dix ans quand mourut leur tendre mère.
Guérin ne put se consoler de la perte de celle qu'il avait
aimée.
Ne songeant plus qu'à sauver son âme, il se prépara à ren-
dre compte à Dieu de sa vie, et décida de se faire ermite
après avoir mis ordre à toutes ses affaires. Quand il voulut
prendre le cilice, la mort délivra son âme de son enveloppe
terrestre, et aux jeux de tout le peuple il monta au ciel :
E '1 vide il popol tutto andare in cielo.
« Telle est, dit Dunlop, l'histoire de Giierin Aleschino, le
plus errant (erratic) de tous les chevaliers qui aient traversé
le monde. Aucun ne déconfit un plus grand nombre de géants
et de monstres; aucun ne fut plus fidèle à sa maîtresse qu'il
le fut à la princesse de Persépolis ; aucun ne fut aussi dévot,
ainsi qu'il ressort de sa conduite dans le Purgatoire et la de-
meure de la Sybille, et de ses nombreux pèlerinages et des
conversions qu'il accomplit. »
III
Il est difficile d'appliquer les règles de la critique ordinaire
aux oeuvres composites où l'Italie a essayé d'abord d'imiter
l'épopée chevaleresque française et les romans bretons. Su-
jets et personnages sont empruntés à une tradition étrangère.
Les auteurs, et surtout Andréa da Barberino, possèdent une
certaine instruction et affectent le ton et l'allure de l'histoire.
Le Guerino, plus que tout autre de ces romans, est un mé-
lange des éléments les plus divers. Crescimbeni néanmoins
admirait fort lerifaciinento de Tulliad'Aragona, et va jusqu'à
le comparer, pour le style et la composition, à l'Odyssée
d'Homère. Il l'appellerait un poème héroïque, si la fable avait
quelque fondement historique. Il ne se doutait sûrement pas
qu'un jour viendrait où l'on se demanderait s'il y a jamais eu
une guerre de Troie, si Homère a jamais existé. Mazzucchelli
constate que le Guerino est plein de faits invraisemblables,
en contradiction avec toutes les données de l'histoire, de la
chronologie et de la géographie S et l'on ne peut dire qu'il
1 V. Ferrario, op. 1. t. II, p. 286.
I DODICI CANTI 465
ait tort. Mais qu'importe à nos jeux? Ce que l'on peut de-
mander à des compositions de cet ordre, c'est d'intéresser,
de représenter vivement les passions ou les besoins d'esprit
d'une époque. A cet égard, le succès du Mescliino prouve qu'il
répondait bien au goût populaire italien du XV® et du
XVP siècle.
Le romancier paraît avoir emprunté l'idée de prendre pour
héros un chevalier d'une geste célèbre, à la Spagna où Roland,
à la suite d'une querelle avec Charlemagne, part pour l'Orient,
y rencontre des aventures nombreuses, conquiert des royau-
mes, convertit et baptise les princes et les peuples. Mais le
sujet général du roman, la recherche des parents de Guérin
à travers mille dangers, l'amour fidèle que le chevalier garde
à la princesse de Persépolis, sont des conceptions d'un autre
ordre où l'on reconnaît sans peine l'influence des romans
d'aventure. Enfin l'auteur puise au hasard dans le fonds com-
mun du moyen âge des notions historiques et géographiques.
Qu'ont fait Boiardo et Arioste, sinon de reprendre ces don-
nées, avec le génie poétique en plus et en faisant rentrer dans
leur cadre tout le personnel de la légende de Charlemagne,
tel que l'Italie le connaissait, tel qu'Andréa da Barberino
l'avait déjà présenté dans les Reali et VAspromonte? En ceci,
ils ont péché plus gravement contre la vraisemblance, car,
aux motifs ordinaires de l'épopée, la passion chrétienne et
l'ambition de vaincre les Sarrasins, ils ont substitué comme
motif principal un élément romanesque, l'amour des chevaliers
pour quelque belle dame. Roland, épris delà belle Angélique
et perdant la raison, quand il sait qu'elle est l'amante de Mé-
dor, difl"ère trop du héros de Roncevaux, et, malgré Fart in-
fini d'Arioste, on sent chez lui, non seulement le lecteur des
romans de Lancelot et de Tristan, ou de l'Enéide, mais
l'homme qui a goûté le Décaméron.
Mais il fallait renouveler une matière antique qui avait déjà
subi une altération profonde dans les imitations populaires
italiennes, et Boiardo et Arioste ne pouvaient le faire qu'en
s'inspirant hardiment des goûts de leur propre temps.
Le succès du Meschino a été pour quelque chose sans doute
dans la manière dont Boiardo a conçu et traité son sujet. Le
jeune Roger, sa naissance, son éducation chez les infidèles,
466 I DODICl CANTI
ses aventures jusqu'au jour où il sait qu'il appartient à une
geste chrétienne, tout cela rappelle Guérin à bien des égards,
et, d'autre part, dérive de la légende d^Aspromonte, telle que
l'a racontée Andréa da Barberino. D'autre part, la belle Anti-
nisea, princesse de Persépolis, engageait à choisir en Orient
la dame dont les charmes devaient porter le trouble et la dis-
corde dans le camp de Cliarlemagne : on peut voir en elle la
sœur aînée d'Angélique, princesse du Cathay. La Sibylle et
son séjour enchanté sont une première ébauche de Falérine,
d'Alcine et de leurs jardins féeriques.
L'art épure ainsi les formes grossières des époques d'igno-
rance, et l'Astarté orientale devient, sous l'influence du goût
hellénique, l'Aphrodite de Cnide ou de Milo.
Dans Arioste, le voyage d'Astolphe au pays du Prêtre-Jean
et sa rencontre avec Enoch et Élie dans le Paradis terrestre,
dérivent certainement des aventures de Guérin en Ethiopie
et de sa visite au |)uits de saint Patrice.
M. Pio Rajna, dans son bel ouvrage sur les sources du Ro-
land Furieux, a montré ce que Boiardo et Arioste doivent à
leurs humbles devanciers aussi bien qu'aux modèles classi-
ques ^ Sans une littérature popubire de transition, ils n'au-
raient jamais songé à revenir aux héros du temps de Charle-
raagne. Il fallait que la matière é[)ique de France fût adaptée
au goût italien pour que des poètes du XV^ et du XVP siè-
cle pussent s'y intéresser et consacrer leur génie à la faire
revivre.
1 M. Rajna ne pouvait oublier le Guerino « cosi prodigiosamente po-
polare in tutta quanta l'Italia », Le Fonti deir Orlando Furioso, p. 462.
Pour le Prétre-Jean, et ce qu'Arioste emprunte en cet endroit au Gue-
rino et peut-être à d'autres, v. p. 463-464. Si Astolphe trouve le Para-
dis terrestre au pays du Prétre-Jean, Guérin y avait eu accès dans sa
visite au puits de saint Patrice. Il y a simple transposition. M. Rajna
ne me semble pas avoir remarqué (p. 473) que si Astolphe rencontre les
deux saints vieillards Enoch et Élie, c'est en souvenir du Meschino.
L'idée de se servir du char d'Elie pour s'élever jusqu'à la lune me pa-
raît appartenir en propre à l'auteur du Furioso. Mais n'y a-t-il pas dans
la légende d'Alexandre que le conquérant descendit au fond des mers
dans une sorte de cloche à plongeur et s'éleva dans les cieux porté par
des griffons? V. Boiardo, Roland amoureux, L. II, ch. 1.
I UODICI CANTI
IV
Le personnage de Roger a été imaginé par Boiardo et con-
servé par Arioste pour donner à la famille d'Esté une anti-
quité légendaire. Un poète du XVP siècle, voulant se conci-
lier par une flatterie pareille les bonnes grâces des délia Ro-
vere, ducs d'Urbin, conçut le dessein de leur attribuer pour
ancêtre Guérin, dont le nom était tout aussi populaire en
Italie que celui d'aucun des compagnons de Charlemagne,
grâce au succès du roman que nous avons résumé, et entre-
prit de composer, à l'exemple d'Arioste, une suite du Roland
amoureux où Guérin aurait parmi les paladins un rôle digne
de sa réputation.
Les délia Rovere ne pouvaient demeurer insensibles à ce
procédé aimable, car leur illustration était de date récente.
Le pape Sixte IV était d'origine plébéienne, et entre la famille
des délia Rovere et la sienne , malgré la ressemblance du
nom, il n'y avait, semble-t-il, aucune parenté reconnue jus-
qu'au jour de son élévation à la chaire de saint Pierre (1471-
1484). Des quatre neveux de ce Pontife, deux reçurent des
principautés : Jérôme Riario eut Imola et Forli, Jean délia
Rovere eut Sinigaglia ; les deux autres, Pierre Riario et Ju-
lien (plus tard Jules II), furent cardinaux. Sixte fut l'ennemi
acharné des Colonna et des Médicis, et on Ta même accusé
d'avoir trempé dans l.i conjuration des Pazzi.
Jean délia Rovere avait épousé la fille de Frédéric de
Montefeltro, duc d'Urbin^ Guidubaldo, fils de celui-ci, mou-
' La célébrité du nom de Montefeltro remontait à l'habile et vaillant
condottiere du XIIP siècle auquel Dante a consacré le chant XXVII de
l'Enfer. En 1275, à la tête des Gibelins de la Romagne, il écrasa l'ar-
mée des Guelfes que commandait Malatesta de Verrochio. Puis il fut
successivement capitaine de Forli et de Pise, assurant toujours la vic-
toire à ceux qu'il servait, se réconcilia plusieurs fois avec l'Eglise et
mourut en 1298, deux ans après être entré dans l'ordre de Saint Fran-
çois. Dante est sévère pour lui, trop sévère même, probablement parce
qu'il n'était pas demeuré jusqu'au bout fidèle à la cause gibeline. Il lui
reproche d'avoir, une fois devenu cordelier, donné au pape Boniface,
alors en guerre avec les Colonna, le conseil de promettre beaucoup et
de tenir très peu. Il est invraisemblable que Boniface ait eu besoin
46S I DODICI CANTI
rut sans héritier, et eut pour successeur son neveu Fran-
çois-Marie 1" délia Rovere, fils de Jean (1508). Le pape Ju-
d'aller consulter un moine dans sa cellule pour apprendre à tromper
ses adversaires. La politique était alors, est peut-être quelquefois de nos
jours^ celle que Machiavel a décrite ainsi : « Si vede per esperienza ne"
nostritempi, quelli principi aver fatto gran cose, che dalla fede hanno te-
nuto pococonto, e che hanno saputo con Tastutia aggirare i cervelli degli
uomini, ed alla fine hanno superato quelli che si sono fondati in su la
lealtà. » Princ. c. 18. Par une de ces contradictions fréquentes chez lui,
Dante associe ailleurs les noms de Lancelot, le fier chevalier de la Ta-
ble Ronde, et de Guy de Montefeltro, prenant ces personnages pour
exemples de ceux qui, au déclin de l'âge, ont compris la nécessité de se
réconcilier avec Dieu : a nella loro lunga età a religione si rendero,
ogni mondano diletto e opéra deponendo. » Conviv. IV, c. 58. — Cer-
tainement Dante eût envoyé François-Marie délia Rovere rejoindre
Montefeltro en Enfer, car les Gibelins du XVI" siècle n'avaient pas lieu
de témoigner en sa faveur. — Les Montefeltro, au XIII^ et au XIV siè-
cle, eurent et perdirent plusieurs fois la seigneurie d'Urbin. Antonio
de Montefeltro en acquit la possession durable en 1375. Il eut pour
successeur en 1404 son fils Guidantonio. En 1442 le pape Eugène IV
conféra le titre de duc à Oddantonio qui venait de succéder à son père
et qui périt deux ans après dans une conspiration. Le peuple acclama un
fils légitimé de Guidantonio, Frédéric, qui fut un homme d'un haut mé-
rite et à qui les princes les plus puissants confiaient le commandement
de leurs troupes. Son fils Guidubaldo suivit ses traces, mais fut dé-
pouillé de son duché en 1502 par César Borgia. Il le recouvra peu de
temps après, et, n'ayant pas de fils, adopta, sur le conseil de Jules II,
leur neveu commun, François-Marie délia Rovere, qui lui succéda en
1508. Tiraboschi, op. 1. VI par. I, p. 15-16. Aux p. 53-5611 fait un grand
éloge de la manière dont les deux derniers Montefeltro, Frédéric et
Guidubaldo, encouragèrent les lettres, Guidubaldo surtout « à qui l'on
l'on ne peut refuser l'honneur d'avoir été un des plus splendides Mécè-
nes que la littérature italienne ait eus en ce siècle. » — Un des grands
exploits du premier Montefeltro aurait été une victoire remportée en
1282 sur une armée de Français, de Provençaux et d'Italiens que le pape
Martin IV avait chargés de prendre Forli. Montefeltro était capitaine de
Forli; il abandonna la ville et revint surprendre les ennemis qui l'avaient
envahie, la pillaient et s'enivraient. Il en fit un carnage, et Ton mon-
trait plus tard à Forli l'inscription suivante sur marbre :
Livia Gallorum quae decem millia claudit.
V. Scartazzini, Divina Commedia, éd. Leipz. Infemo, c. xxvii, note
au V. 44. — Voltaire, avec sa finesse maligne, a vu ce qu'ont d'étrange
un pape faisant la guerre aux chrétiens et un diable argumentant en
forme avec un damné ; mais le passage de Dante est, malgré tout, d'un
très grand poète, tandis que la parodie de Voltaire ne vaut rien. Dict.
p/iil. V, 4, t. L, éd. 1785.
I DODICI CANTI 4 69
les II (1503-1513) ne pouvait être que favorable en principe
aux intérêts de son neveu auquel il donna d'abord sa con-
fiance pour la lui retirer et finir par la lui rendre. Mais ce
pape eut pour successeur un Médicis, Léon X, qui ne pou-
vait oublier ce que Sixte IV avait fait contre les siens. Dé-
pouillé de ses domaines, François-Marie se retira auprès du
duc de Mantoue, son beau-père, et ne rentra dans la posses-
sion du duché d'Urbin qu'en 1522, après la mort de Léon X.
Il vécut jusqu'en 1538. En 1534 il avait ajouté à ses Etats le
duché de Camerino pour son fils Guidubaldo ; mais, quand
celui-ci succéda à son père, il fut contraint à céder Camerino
à l'Eglise et le pape Paul III en investit Octave Farnese, son
neveu. Guidubaldo, second duc d'Urbin de la famille délia
Rovere, eut pour successeur en 1574 son fils, François-Ma-
rie II, qui mourut en 1631, âgé de quatre-vingts ans, sans
laisser d'héritier. Dès 1629 il avait renoncé à ses Etats en
faveur du pape Urbain VIII.
Sous les deux derniers Montefeltro et sous les trois délia
Rovere, les arts et les lettres furent en grand honneur à la
cour d'Urbin'.
Le poème où sont célébrés les exploits et les grandes qua-
lités des délia Rovere n'a pas été achevé ; il s'arrête vers la
fin du XIP chant.
L'auteur partage Thostilité des délia Rovere pour les Mé-
dicis, fait un grand éloge do Venise, déplore les maux de
ritalie foulée par les Allemands et les Espagnols. Il était évi-
demment encore sous l'impression qu'avait produite le sac de
Rome par les bandes du connétable de Bourbon *. Son œuvre à
* « I tre duchid'Urbino, cheinquesto secolo ebberoil dominio di quelle
Statofinchè esso f u devoluto al pontefice, nel favorire le lettere seguiron
le gloriose orme de' loro predecessori.» Tiraboschi, Storia délia letter.
ital.Wl^ p. 77. Ginguené complète ainsi Tiraboschi: « Leur cour, aussi
splendide que celle des princes les plus magnifiques de ce temps, mit
aussi une partie de son luxe à rassembler et à honorer les savants. »
Hist. littér. de l'Italie, t. IV, p. 109-110.
2 V. Gebhardt, De r Italie, essais de critique et d'Histoire, Paris, 1876,
p. 237 suiv. : Le sac de Rome en 1527. — L'armée de la ligue qui aurait
dû arrêter les bandes impériales était commandée par le duc d'Urbin,
François-Marie I«^ On se borna à maintenir l'ordre à Florence et à ma-
31
470 I DODICI CANTI
cet égard est intéressante, et en somme on n'a guère à regret-
ter qu'il ne l'ait pas conduite plus loin, car quel agrément peut
présentei' aujourd'hui un grand roman chevaleresque sur une
matière qu'Arioste n'avait pas épuisée, puisqu'il a renoncé à
remplir le cadre tracé par Boiardo, mais où il a dépensé le
plus beau génie poétique de l'Italie de la Renaissance ? La
noblesse de la Jérusalem pâlit à côté de cette richesse et de
cette variété, de cette imagination merveilleuse, de ce style
tour à tour éloquent et familier, spirituel et passionné.
Les Dodici Canti ne sont pour nous qu'un document tout à
la fois littéraire et historique.
Si le Roland furieux n'est qu'à demi intelligible quand on
ne connaît pas le Roland amoureux, les Dodici Canti, comme
d'autres compositions analogues, ne seront pleinement acces-
sibles qu'à ceux qui ont lu ces deux poèmes. Mais l'auteur ne
s'est pas imposé de suivre fidèlement le cadre tracé par Boiardo
et Arioste ; il le modifie et en sort quand il lui plaît. Parfois il
prend la peine de souligner son désaccord avec ses devan-
ciers là où il suppose que le lecteur pourrait le constater lui-
même. Ainsi, au chant IV, oct. 54, il dit qu'Astolphe avait
Bayard que Renaud avait laissé à Paris, bien que Boiardo
prétende le contraire, et il ajoute:
Del ver mi accosto io sempre più ai vestigi.
Au chant VII, oct. 102, il imagine un second Mandricard
pour expliquer que Doralice puisse être veuve. Ces libertés
sont fréquentes chez tous les poètes qui ont écrit des suites
au Roland amoureux.
Ce poème a été conservé dans le manuscrit de la Biblio-
thèque de l'Arsenal n°8583. M. Mazzatinti, dans le troisième
volume des Manoscritti italiani délie Riblioteche di Francia,
nœuvrer à longue distance de l'ennemi. Peut-être le duc d'Urbin n'était-
il pas mécontent de voir un Médicis dans l'embarras. La conclusion de
M. Gebhardt appelle l'attention : « C'est donc la Renaissance romaine et
italienne que le crime de Charles-Quint a frappée au cœur. »
I DODICI CANTI 471
p. 135, le désigne ainsi : Poema m 12 canti, adesp. e anepigr.,
c'est-à-dire sans nom d'auteur et sans titre. Il n'a pas cru né-
cessaire de décrire le manuscrit et se borne à citer la première
octave des Dodici Canti, et pour les autres pièces le premier et
le dernier vers, le premier seulement quand ce sont des son-
nets. Sur ces indications, j'ai obtenu le prêt du manuscrit et
j'y ai copié le poème en l'honneur des délia Rovere et d'autres
pièces qui seront l'objet de la seconde partie du travail que
je commence aujourd'hui.
Le manuscrit 8583 a une hauteur de 20 cent. 4 mill. et une
largeur de 14 centimètres. Il est écrit sur papier, et relié en
parchemin. Au dos on lit:
Rime diverse
.... Alamanni
Susio
et sur le plat:
Rime diverse di Luigi Alamanni e di Gio.
Battista Susio délia Mirandola
Au verso de la première feuille de garde l'on a:
Manoscritto originale
Di alcune poésie inédite di Luigi
Alamanni et del Susio
Enfin, au recto de la seconde feuille de garde cotée 1 et ser-
vant de titre, l'on a:
Canti Dodici
Rime diverse
di Luigi Alamanni
del Susio E
Le manuscrit contient 279 feuillets ; les feuillets 156 et 157
sont restés en blanc et la pièce suivante commence à la
stance 3. Les feuillets 270, 271, 277 et 279 sont également
en blanc.
Ce manuscrit est un recueil factice formé de deux parties
distinctes: lapremière, qui contient les Dodici Canti, est d'une
seule main avec des corrections et des lacunes qui me sera-
4 72 I DODICI CANTI
blent indiquer un autographe. L'écriture, très menue, surtout
après les premières pages, est caractérisée par la lettrée qui
est formée d'un jambage et d'un trait légèrement relevé par-
tant de la tête du jambage, ressemblant à 1'?' romaine minus-
cule. Cette partie me paraît dater du XVP siècle.
A la fin de Texorde qui comprend huit octaves, au bas du
verso du feuillet 2, on voit une sorte de signature ou de paraphe
où j'inclinerais à lire LA, c'est-à-dire les initiales de Luigi
Alamanni. Cette abréviation est répétée à la fin des Dodici
Canti, qui s'arrêtent à la neuvième ligne du feuillet 142, verso,
par le premier vers de l'octave 108. Ici elle me paraît bien indi-
quer que l'auteur avait pour le moment renoncé à continuer
son œuvre.
La seconde partie du recueil est formée elle-même de deux
parties, la seconde étant un cahier de format plus petit, con-
tenant un Capitolo du genre pieux. La première, comprenant
des poésies d' Alamanni, du Pallavicini, d'Arioste, de Susio
délia Mirandola, etc., diffère absolument du manuscrit des
Dodici Canti par le papier et par l'écriture.
VI
Dans l'exorde du chant I, l'auteur, après avoir invoqué la
dame de ses pensées, se place sous la protection du grand
duc d'Urbin qu'il félicite d'avoir montré sa force et sa valeur
contre
. . .el Mediceo duca Lorenzino.
Ce jeune Laurent est certainement le neveu de Léon X, fils
de Pierre, frère aîné du pape. Son oncle enleva aux délia
Rovere le duché d'Urbin pour le lui conférer. Il a laissé une
assez triste réputation, et l'on ne peut s'empêcher de regretter
que le génie de Michel-Ange ait si magnifiquement honoré la
mémoire de ce personnage. Les Dodici Canti sont donc dédiés
à François-Marie P"" délia Rovere qui recouvra son duché
après la mort de Léon X, comme nous l'avons vu plus haut.
Un peu plus loin notre poète déclare que, s'il est arrivé à la
quarantième année sans rien écrire en l'honneur de son Mé-
cène, c'est qu'il a été accablé par les maux de la pauvreté.
I DODICI CANTl 4 73
Si l'on jette un coup d'oeil sur la biographie d'Alamanni,
on voit qu'il fut un adversaire des Médicis, qu'à la mort de
Léon X il avait pris part à la révolte des Florentins contre
l'autorité de cette famille et qu'il dut fuir à Urbin, puis à
Venise. Après diverses vicissitudes, il se retiraen France où il
jouit de la faveur de François P"^ et de Henri II, mais il revint
en Italie entre 1537 et 1540, quand il avait un peu plus de
quarante ans et quand François-Marie P"^ vivait encore*. 11
n'y aurait donc rien d'impossible à ce que, désireux de revenir
s'établir dans son pays natal, il eût songé à se placer sous le
patronage des ducs d'Urbin. Cette supposition s'accorde-
rait avec les éloges excessifs, il est vrai, mais conformes aux
habitudes d'Alamanni, que l'auteur des Dodici Canti fait de
lafamille délia Rovere en plusieurs endroits, avec le soin qu'il
met à rappeler que Léon l'avait payée d'ingratitude pour les
services qu'elle lui avait rendus -, et le panégyrique enthou-
siaste de Venise que nous lisons au V® chant.
• « Tra '1 1537 e '1 1540 fu in Italia, or in Roma ora in Napoli, ora in
altre città, e stette per qualche tempo al servigio del card. Ippolito di Este
giovine, senza perô lasciare quello del re Francesco, con cui era unitissimo
quel cardinale. » Tiraboschi, Storia délia lett. ital., vu, par. 3, p. 1212.
— La Coltivazione fut publiée à Paris en 1546, le Girone il Cortège parut
en 1548. Alamanni était revenu en France en 1540. Il y mourut en 1556
à Amboise, après avoir jusqu'à la fin joui de la confiance des rois de
France et profité de leurs libéralités. Il laissa ÏAtarchide, épopée régu-
lière sur un sujet romanesque, un siège de Bourges (Avaricum) que le
vandale Clodasso, fils de Stilichon, a enlevé au roi Ban, père de Lancelot,
et qu'Artus, ayant pour alliés les fils de Clovis, veut reconquérir. Au
lieu delà colère d'Achille, Ton a la colère de Lancelot; Galéhault, le
roi des Iles Lointaines, remplit le rôle de Patrocle ; Agamemnon, Hector,
Nestor, Thétis sont suppléés par Artus, Séguran d'Irlande, le roi Lac,
la fée Viviane, etc. Ce poème parut en 1570 et ne rencontra qu'une indif-
férence très méritée. "V. Gaspary, Op. 1. ii, p. 541.
2 Gh. IV, oct. 128. — Laurent le Magnifique avait obtenu d'Innocent
VIII le cardinalat pour son fils Jean, âgé de moins de treize ans. Enve-
loppé dans la proscription des Médicis, le jeune cardinal dut quitter
l'Italie et voyager en Europe. Il revint à Rome vers la fin du pontificat
d'Alexandre VI. Il dut la faveur de Jules II à l'amitié de Galeotto délia
Rovere, neveu du pape, cardinal et vice-chancelier de l'Eglise. Jean
pleura la mort prématurée de Galeotto, mais une fois pape il oublia
tout, et Léon X devint « l'injuste persécuteur du duc d'Urbin, et les
armes à la main, les foudres de l'Église à la bouche, l'implacable usur-
pateur de ses états. » Ginguené, Hist. lift. d'Italie, iv, p. 7.
4 74 1 DODICl GANTI
Je note ces mots de Texorde (c. I, oct. 6):
Dalla tua quercia corro alla dolce ombra
Quai stanco pellegrin per mio riposo.
Le désir de trouver le repos et la sécurité soir< le chêne
puissant des délia Rovere serait bien naturel chez un Italien
exilé de sa patrie et qui ne paraît point s'en être consolé.
A la fin du chant XII, la fée Sylvana montre à Astolphe
des peintures où sont représentées non seulement des per-
sonnages de la famille délia Rovere, Sixte ÏV, Jules II, mais
aussi le pape Paul lll et les princes Farnese, ses petits-fils ;
il y est même fait allusion au duché de Camerino, que Paul III
reprit pour le donner à Ottavio Farnese. 11 eût été plus na-
turel et plus habile d'amener Guérin plutôt qu' Astolphe dans
le palais de la fée, puisqu'il est dans le poème l'ancêtre, le
capostipite, de la maison délia Rovere ; mais l'auteur, à bout
d'inventions ou peut-être hâté d'introduire cet épisode lau-
datif dans une œuvre que son intérêt l'engageait à ofîrir sans
retard, sans attendre quelque nouvelle difficulté entre les
Farnese et les délia Rovere, s'est mis en mesure de plaire à
ses divers protecteurs et ne s'est pas trop inquiété de Guérin
qu'il avait laissé, au chant XI, aux prises avec Renaud
(oct. 68). Et, s'il s'en est tenu là, c'est très probablement
parce qu'il a renoncé à devenir le protégé des délia Rovere et
des Farnese.
L'on a une indication vague sur la personne du poète lui-
même dansl'exorde du chant I, oct. 5 :
Cuopii quest' opra mia sott' il tuo manto
Ch' io non divenghi per sempre meschino
Com' i ' divenni un' altra volta ancora,
Per dir la fama tua che '1 mondo honora.
Êtait-il Florentin? au chant IV, oct. 127, on rencontre:
Vedi i Rutili, i Volschi, i Latini,
Li Mars], li Picenti, il mio paese
Ch' al vincitor fu termini et confini
Che ritornô da bellicose imprese.
De quel vainqueur s'agit-il et de quelle entreprise guer-
rière ? l'on est porté à songer à quelque expédition de Fran-
I DODICI CANTI 475
çois-Marie. Que valent exactement les termes fini eiconfini?
A un moment donné toute ville importante, au milieu des lut-
tes qui déchiraient l'Italie, a été la limite d'une conquête. Il
est possible que l'auteur ait évité de prononcer le nom de Flo-
rence pour ménageries rancunes des délia Rovere.
La mention de manuscrit original, donnée au titre du recueil,
pouvant s'appliquer à la première partie, m'amenait à exami-
ner si nous ne posséderions pas un texte autographe de Luigi
Alamanni.
J'ai voulu le comparer au Giron le Courtois que j'ai relu en
cherchant s'il y avait matière à quelque rapprochement; mais,
dans cette imitation d'un des romans du cycle d'Artus, lepoète
italien, gêné par son original, n'a plus les qualités d'aisance
et de charme que l'on admire dans ses autres œuvres. La
marque personnelle y fait complètement défaut. Le bon Giron
peut être le type du parfait chevalier errant, le plus courtois
des paladins ; il lasse l'attention plus que la Léandréide ou
l'interminable Mambriano.
Dans les Sonnets d'Alaraanni, il en est un qui exprime des
sentiments très semblables à ceux que nous rencontrons sou-
vent dans les Dodici Ca?7^?' (Venise. 1552, p. 292) :
Chiari signor che dell' Italia bella
(Corne piacque a chi '1 puô) reggete '1 freno ,
Non vi accorgete ch' al natio terreno
Si proccura da voi larga procella ?
Voi posto havete in la suprema sella
Tal che macchiato di crudel veleno
Crudo per voi coltels'asconde in seno
Sotto chara, et gentil, dolce favella;
Et quegli àurati fier che vaghi fero
1 vostri alrai giardin fiorir mai sempre
Svegliendo, in vece loi* nutriste spine.
Ma siavi a mente pur che Giove al fine
Non sosterrà ch'in si dannose tempre
Sia d'ingiusti rcttor si giusto impero.
De même la rancune contre l'Espagnol et l'Allemand est
vivement rendue dans ces deux quatrains (p. 289) où il vante
la sécurité du paysan français :
476 I DODICI CANTI
Quand' io veggio il villan con larga speme
Che con l'aratro in mari pungendo i buoi,
Riga i suoi campi, per versarvi poi
Quand' è il tempo miglior l'amato semé,
Sospiro et dico (ohimè) : costui non teme
Ne l'Hispan ne '1 German ch' à i danni suoi
Venghin rabbiosi, com' han fatto a noi,
Doglioso esempio di miserie estreme.
Il serait aisé de relever, dans Alamanni, d'autres passages
où l'exilé exhale ses colères contre ceux qui gouvernent
Florence, pleure sur la liberté morte et donne des conseils
à son pays natal.
Je ne me crois pas autorisé à tirer une conclusion des indi-
cations que j'ai rapidement réunies; mais je ne pouvais éviter,
engagé que j'étais à le faire par le titre même du manuscrit,
de les soumettre au lecteur. D'autres plus compétents, si
l'objet leur paraît mériter quelque intérêt, décideront avec
sûreté s'il n'y eut entre Alamanni et l'auteur des Dodici Canti
qu'une communauté de sentiments, une haine égale pour le
nom des Médieis.
De toute manière, les Dodici Canti sont le premier jet d'un
versificateur qui s'est arrêté peut-être au moment où la mort
de François-Marie P"" délia Rovere rendait son travail moins
utile, moins lucratif, pour dire le mot. Le style est facile,
élégant même parfois, autant que j'en peux juger. Le ton
s'élève jusqu'à l'éloquence aux endroits où il est question des
malheurs de l'Italie divisée, trahie, opprimée. A cet égard,
la fin du quatrième chant ne laissera insensible aucun de ceux
qui pardonnent volontiers aux délia Rovere et aux Médieis
pour avoir protégé Michel-Ange et Raphaël.
La Renaissance italienne n'est pas une école de haute mo-
ralité, nul n'y contredit, mais c'est l'épanouissement le plus
riche des dons les plus merveilleux du génie artistique, litté-
raire et scientifique, si bien qu'une fois les guerres de reli-
gion terminées, l'Europe n'a fait que s'appliquer à en repren-
dre la tradition un moment obscurcie. Mais l'on ne retrouvera
plus cette fleur de la première éclosion du génie moderne :
qui en a goûté le charme demeure désarmé en face des
I DODICI CANTI 47 7
fautes, des vices, des crimes de ces grands hommes qui em-
ployaient les trésors de leurs Etats ou même de l'Eglise à
renouveler les siècles de Périclès et d'Auguste.
Taine, dans son Histoire de la littérature anglaise, est très
dur pour ce qu'il appelle la Renaissance païenne : il s'associe
à Luther pour dresser un réquisitoire en forme contre les
civilisations du Midi. Il prend au pied de la lettre toutes les
déclamations du réformateur allemand et conclut en disant :
« On ne fonde pas une société sur le culte du plaisir et de la
force ; on ne fonde une société que sur le respect de la liberté
et de la justice'. » Et il déclare que la Réforme est, elle
aussi, une renaissance, mais appropriée au génie des peuples
germains. Ces peuples sont sans doute plus grossiers et plus
lourds, plus adonnés à la gloutonnerie et à l'ivrognerie, mais
ils sont en même temps plus remués par la conscience, plus
fermes à garder leur foi, plus disposés à l'abnégation et au
sacrifice. Le grand écrivain ne voit pas que la Germanie était
encore en plein moyen âge quand l'Italie, depuis deux siècles,
marchait à grands pas sur la route royale de la civilisation
moderne, Lutlierest un contemporain de Dante, non d'Arioste.
Quant à comparer la valeur morale des peuples de l'Europe,
élever les uns, avilir les autres, en s'appuyant sur des sta-
tistiques complaisantes, c'est sortir du domaine de la critique
littéraire, et méconnaître les lois de l'histoire. Au jugement
partial et très léger, malgré sa gravité affectée, de Taine,
j'opposerai l'opinion d'un esprit sage, d'un historien sérieu-
sement et loyalement documenté, de Burckhardt :
(( Si l'on nous permet de résumer les principaux traits du
caractère italien tel que la vie des classes élev^ées nous le
fait connaître, nous arrivons au résultat suivant. Le défaut
capital de ce caractère est en même temps ce qui en fait la
grandeur : nous voulons parler du développement de l'indi-
vidualisme.... Or, si l'égoïsme, dans le sens le plus large
comme dans le sens le plus étroit du mot, était la racine de
tout mal, l'Italien cultivé de la Renaissance aurait été par là
même plus près du mal que d'autres peuples.
1 Livre II, ch. V, 1 : Les vices de la Renaissance païenne. — Déca-
dence des civilisations du Midi.
4 78 I DODICI CANTI
» Mais chez lui ce développement individuel a été fatal et
non volontaire ; c'est surtout grâce à la culture italienne
qu'il s'est étendu aux autres peuples de l'Occident et qu'il
est devenu depuis le milieu supérieur dans lequel ils vivent.
Il n'est ni bon ni mauvais par lui-même, mais il est néces-
saire ; il est la condition du bien et du mal moderne qui ont
pour nous une toute autre valeur que pour le moyen âge.
» C'est l'Italien qui a eu le premier à soutenir le choc
puissant de cette révolution dans l'histoire du monde. Avec
ses qualités et ses passions, il est devenu le représentant le
plus remarquable des grandeurs et des petitesses de cet âge
nouveau : à côté d'une dépravation profonde se développent
la plus noble harmonie des éléments personnels et un art
sublime qui ennoblit la vie individuelle, comme l'antiquité ni
le moyen âge n'avaient pu ou voulu le faire K »
Taine aurait dit tout cela avec plus d'éclat et de relief,
mais l'aurait-il dit, lui qui dans son Voyage en Italie est sonvent
si préoccupé d'idées préconçues? Et cependant j'y rencontre
cet aveu : a La façon dont les Grecs et les Italiens de la
Renaissance prenaient la vie était à la fois meilleure et pire :
elle produisait une civilisation moins durable, mais commode,
moins humaine, mais plus d'âmes complètes, plus d'hommes
de génie -. » Il conclut ainsi un développement, où il établit
que la spécialisation moderne aboutit à l'abaissement de
l'art, de la religion, de la poésie. Mais si nous sommes me-
nacés de passer sous le niveau de cette médiocrité odieuse,
ne pourrions-nous pas être indulgents pour les races nobles
qui n'ont point connu, pour citer Taine parlant de la déca-
dence de Venise, « les deux seuls vices impardonnables, l'ai-
greur et la vulgarité ^ ? »
Pour en revenir aux Dodici Canti, ils portent la marque
d'une rédaction rapide, les négligences sont nombreuses, on
y relèvera des formes archaïques. J'ai reproduit le texte fidè-
lement, sans toucher à l'orthographe proprement dite. Si Tau-
1 Burckhardt, La civilisation e7i Italie au temps de la Renaissance, t. ii,
p. 218-219 de la trad. française.
2 Voyage en Italie, t. ii, p. 247.
3 Vnijage en Italie, t. ii, p. 302-303.
I DODICI CANTI 479
teur l'avait revu et préparé pour l'impression, il lui aurait
sans doute donné un autre aspect. On rencontrera des oc-
taves et même des vers incomplets.
Les Cinque Canti d'Arioste, qu'il avait laissés à l'état
d'ébauche, présentent également des lacunes, des négligen-
ces, des fautes de versification et même de langue ', et cepen-
dant Arioste, pour le reste de sou œuvre, est le plus correct
des écrivains.
La composition des Dodici Canti est assez enchevêtrée, et
l'auteur abuse du droit d'abandonner successivement, pour
les retrouver ensuite, ses chevaliers errants sur les divers
chemins où il les a engagés. Pour faciliter la lecture de ce
poème, j'en présente d'abord un résumé qui permettra d'en
saisir l'ensemble. J'ai dû renoncer à l'accompagner d'un com-
mentaire suivi. Çà et là j'ai suppléé des lettres omises ou
illisibles en les plaçant entre crochets. A la fin, l'on trouvera
quelques notes réclamées par l'état du texte ou complétant
cette introduction.
VII
CHANT I
L'auteur annonce qu'il contera une histoire que Turpin a
cru devoir taire dans l'intérêt de la gloire de Roland, invo-
que sa dame et dédie son œuvre au duc d'Urbin.
Il rappelle comment Roland et Angélique ayant bu aux
sources de Merlin dans la forêt d'Ardenne, le comte s'éprit
d'un plus grand amour pour Angélique, tandis que celle-ci
n'eut désormais pour lui que la plus violente aversion.
Il dira l'origine de la famille du duc d'Urbin et ce que fut
Guérin, auteur de sa race.
Roland a surpris Angélique endormie dans la forêt d'Ar-
denne; il la contemple et l'admire. Bride-d'Or hennit. Angéli-
que s'éveille à ce bruit, prend la fuite, et, quand Roland veut
s'approcher d'elle, elle se rend invisible en mettant dans sa
» Ginguenc, Hist. litté>\ de ritalie, t. iv, ch. V, p. 510.
480 1 DODICl GANTI
bouche son anneau magique, puis se tient cachée sous un
laurier.
Après s'être désespéré, le comte se décide à se diriger vers
le Cathay dans la pensée de retrouver celle qu'il aime. Il re-
monte en selle et part.
Survient un chevalier. Il boit à l'autre source et perd aussitôt
son amour pour Angélique. C'était Renaud de Montauban
qui avait rencontré Ferragus, avait dû le combattre et ainsi
avait été retardé dans sa poursuite d'Angélique. Quand
celle-ci, au matin, veut partir, elle boit, mais à la source de
l'amour, où précisément Roland avait bu. Dès lors elle est
éprise de Renaud, tandis que celui-ci, qui était parti de Paris
malade, est guéri de sa passion.
Angélique admire Renaud endormi, et, bien qu'en con-
sidérant qu'il a Rabican pour cheval et qu'il a peut-être tué
son frère l'Argail, elle ait un moment la pensée de le tuer,
elle le veut pour son seigneur, lui pardonne la mort de son
frère, veut obtenir à tout prix son amour, et finit par l'appe-
ler par son nom. Il s'éveille, la voit, et, sans lui répondre,
remonte sur Rabican et fuit. Elle s'asseoit sur l'herbe, s'arra-
che les cheveux, pleure et pousse des cris de désespoir. Elle
est sur le point de se donner la mort.
Cependant Roland va son chemin. Un géant lui demande
de se résigner à le servir un an ou à le combattre. Duel où le
comte montre sa vaillance ordinaire. Mais Roland met le pied
dans le sang du géant, s'y trouve comme englué, est saisi,
enchaîné et enfermé dans une tour *.
1 Dans Arioste, Caligorante s'emparait de ses victimes â l'aide du filet
magique où 'Vulcain avait saisi jadis Mars et Vénus. Astolphe n'a qu'à
sonner du cor enchanté que Logistille lui a donné, pour que le géant
soit à sa merci : il l'enchaine et l'emmène avec lui. 11 arrive ainsi sur
les bords du Nil où Boiardo avait laissé Grifon et Aquilant aux prises
avec Orrile, le monstre qui se reconstituait après chaque blessure. Astol-
phe trouve le moyen de tuer Orrile et donne plus tard Caligorante à
Sansonnet qui gouvernait Jérusalem pour le compte de Gharlemagne
(Roland furieux^ XV, 42-97). De Caligorante, notre auteur a fait son
Gorante, frère d'Orrile, leur a donné pour mère Alfégra, personnage
de son invention, a imaginé le piège du sang au lieu du filet de chaînes,
et a attribué à Gorante le don magique d'Orrile. (V . ch. II, et surtout
ch. lY. Cf. Morrjante, XXIV, l'histoire des géants impaniati, englués
par Maugis.
I DODICI CANTI 481
Ferragus, qui survient, est pris également dans le sang du
géant, et Renaud, en voulant le dégager du piège, y glisse
à son tour, si bien que tous trois sont prisonniers.
Angélique repassait dans son esprit les événements pro-
voqués par sa beauté. Elle partait, quand elle entend un che-
valier prononcer son nom. C'est Sacripant, roi de Circassie,
qui est amoureux d'elle comme les autres. Quand il la voit,
il s'élance et lui barre le passage, car il connaît le secret de
l'anneau. Mais Angélique lui promet de l'aimer s'il consent à
se faire son champion contre le meurtrier de son frère. Il
promet ce qu'elle veut, aveuglé qu'il est par sa passion.
CHANT II
Angélique continue à tromper le roi de Circassie sur ses
intentions vraies. Ils se dirigent vers le Levant, et pour
abréger l'ennui du chemin elle lui conte une nouvelle. Quand
elle était en Espagne avec Fleur-d'Épine, une vieille femme
porta plainte contre un jeune homme dont elle était follement
amoureuse et qui ne lui témoignait que du mépris: le con-
traste entre sa laideur et la sincérité de sa passion faisait
tout à la fois rire et pleurer.
Les deux voyageurs rencontrent Gorante, le monstre qui a
déjà vaincu Roland, Ferragus et Renaud. C'est le frère
d'Orile, et Astolphe l'avait déjà chassé du domaine de la fée
Sjlvana. Il provoque Sacripant. Pendant le combat survient
un nain qui apprend à Angélique que le Catay est menacé
par Agrican qui la veut pour épouse.
Angélique regrette d'avoir rejeté le dévouement de Roland
qui seul était capable de la défendre contre Agrican. Elle
maudit sa beauté qui cause le malheur des vaillants chevaliers
qui l'aiment. Cependant l'influence de l'anneau magique agit
sur le géant qui tombe ; Sacripant lui tranche la tête, et, le
charme étant rompu, les prisonniers sortent de la tour. Le
nain suspend la tête de Gorante à l'arçon de sa selle et part
avec Angélique et Sacripant. Mais le corps du géant les re-
joint, reprend sa tête et engage un nouveau combat avec Sa-
cripant, tandis qu'Angélique s'enfuit. Le nain rencontre Re-
naud auquel il conte ce qui s'est passé et qui continue à
4 82 I DODICI CANTI
chercher son cheval. Mais il est arrêté par la Chimère et doit
engager une lutte terrible.
Roland se dirigeant vers Albraque, passe les Pyrénées et
arrive en Andalousie. Le roi Marsile, qui redoutait non sans
raison les projets de Gradasse, offre à Roland de le prendre à
son service. Roland refuse. Un chevalier de Marsile, Berza-
vaglia, le défie. Après s'être débarrassé de Berzavagliaet des
siens, Roland passe le détroit de Calpé et d'Abila. Il suivait
le rivage quand il aperçoit nombre de gens armés et des na-
vires qui étaient sur le point d'aborder. De l'un d'eux se détache
une barque, et une dame tout en pleurs lui demande d'y
monter, car elle a besoin de son secours et veut s'entretenir
avec lui. Le chevalier descend de Bride-d'Or et la suit.
CHANT III
La dame apprend à Roland qu'elle est Fontedoro, nièce du
grand Sénape, que son époux a été tué parSarmagon qui vou-
lait l'avoir pour femme, qu'elle a puni d'une manière terrible
le meurtrier de son mari, et que Seffronio, frère deSarmagon,
assiège Albana, capitale de son royaume. Roland partage sa
douleur et lui jure de la défendre.
Marsile charge Serpentin de l'Etoile de lui ramener Roland
qu'il veut avoir à son service. Mais, au lieu du chevalier, il
rencontre Bradamante. Après un combat où la sœur de Re-
naud a l'avantage, on s'arrête dans une hôtellerie où Brada-
mante est l'objet des obsessions de la fille de la maîtresse du
lieu et doit lui raconter comment déjà elle a été obligée de
détromper Fleur-d'Epine qui elle aussi la prenait pour un
homme. Bradamante repart à la recherche de Roger. Serpen-
tin, après avoir appris que Roland a passé le détroit, revient
auprès de Marsile.
CHANT IV
Exorde en quatre octaves où il est parlé d'Hégésias, de
Solon, de Cicéron, de Périclès. L'auteur célèbre le pouvoir
de l'éloquence et des Muses.
Roland s'éprend de la fausse Fontedoro. C'est une sorcière
ennemie d'Angélique et qui veut la ruine de son empire. Elle
I DODICI CANTI 48 3
a eu de son union avec un satjre deux fils, Orile et Gorante.
Alfégra, tel est sou vrai nom, les fit élever dans une tour près
du Nil. Infidèle à Brione, leur père, elle aime Médor qu'elle a
emporté aux îles Perdues où elle le retient au milieu d'en-
chantements. De là la haine d'Alfégra pour son époux qu'elle
fait tuer par ses fils. Mais, après ce crime, les parricides ne
peuvent s'entendre, et Gorante se dirige vers le Tanaïs et
pénètre dans le domaine de la bienfaisante fée Sylvana. Chez
elle était venu Astolphe en quête de Roland. Sjlvana était fille
de la Sibylle et portait le nom de SofFrosine avant d'avoir quitté
l'île d'Erjthrée pour l'Egypte. Elle trouve près du Tanaïs un
palais magnifique: description de ce palais. Elle boit à une
source et s'endort. Des jeunes filles la prennent et la trans-
portent dans le palais. Description d'un chêne qu'embrassent
deux bergers, grands l'un par le savoir, l'autre par la puis-
sance;— deux autres personnages portant le manteau de
pourpre ; — un autre encore, fameux par sa valeur. L'arbre
est chargé de trophées (oct. 39-40). — Il s'agit de la famille
délia Rovere.
Sylvana s'étonne. Une voix lui apprend qu'un jour elle
pourra expliquer ce que signifie ce tableau. — Repas de Syl-
vana. Elle est couronnée.
La fée demande à Astolphe de châtier Gorante. Elle lui pro-
met un collier qui lui assurera toujours la victoire. Astolphe
avait précisément la lance d'or enchantée de l'Argail et le bon
cheval Bayard. Survient un chevalier dont le frère a été as-
sassiné. Astolphe s'engage à vaincre le monstre.
Après avoir désarçonné Gradasse à Paris, le prince anglais
était parti à la recherche de Roland; mais celui-ci par l'Es-
pagne se rendait au Cathay, tandis qu' Astolphe passait par
l'Allemagne, la Thrace, le Pont et arrivait au Tanaïs, au pays
de Sylvana. Vulcain avait forgé ce collier auquel Tydée avait
dû ses triomphes.
L'on revient à Roland. Pendant qu'il se laisse séduire par
Alfégra, les vaisseaux, qui accompagnaient celle-ci, se sont
évanouis. Une tempête s'élève et met la barque en péril. Ro-
land interroge Alfégra qui se rit de sa frayeur.
Cependant Renaud a tué la Chimère et rencontré un lion
qui se défendait avec peine contre un griffon. Il tue le grifi'on
et étourdit le lion d'un coup du plat de son épée.
4S s I DODICI CANTI
Aleramo conduit Astolphe à la cabane où se cache Gorante.
Celui-ci est renversé du premier coup de la lance d'or et pro-
met de partir pour les pajs du Couchant. Ainsi il s'était retiré
dans la forêt d'Ardenne où il avait fait prisonniers Roland,
Renaud et Ferragus qui furent délivrés par la vertu de l'an-
neau que portait Angélique. Les chevaliers erraient dans la
forêt, à la recherche de la princesse, retenus par l'art de Mau-
gis qui savait que Gradasse projetait d'attaquer Charlemagne.
L'enchanteur avait trompé les démons qu'Angélique avait
chargés de l'emprisonner, et revenu en Gascogne il avait re-
pris son empire sur le monde infernal et retrouvé au perron
de Merlin le grimoire oublié par Angélique quand elle était
partie avec l'Argail ; celui-ci de son côté avait oublié la lance
d'or dont Astolphe était devenu le possesseur.
Astolphe brûle la hutte de Gorante et revient avec Aleramo
auprès de Sylvana.
Revenons à Roland. La t)arqae est battue par les flots. Le
chevalier se rappelle comment Alexandre descendit au fond
des mers. Alfégra demeure indifférente, refuse de ramener la
barque au rivage. L'auteur énumère les poissons que voit
Roland, remarque que les grands dévorent les petits et se
lamente sur les malheurs de l'Italie.
CHANT V
Suite de la plainte sur les malheurs de l'Italie, — histoire
de la fondation de Venise, éloge de la République, description
de son empire: l'auteur lui conseille la justice et l'entente
avec le duc d'Urbin (oct. 1-19).
Roland, couvert par les vagues, regardait les poissons tout
en pensant à Angélique. Survient un énorme poisson. Un
coup de Durandal ne peut le blesser ; Roland d'un bond
s'élance sur le monstre qui le portera sain et sauf au Levant
où avec Sacripant il ira à Albraque.
Sacripant était aux prises avec Gorante, s'il vous souvient,
mais il fut sauvé par l'anneau d'Agélique. Celle-ci prend
néanmoins la fuite pour échapper à son amant. Au delà des
Pjrénées, elle retrouve son nain.
Sacripant la cherche vainement. Craignant que Gorante ne
I DODICI CANTI 48 5
l'ait atteinte, il entre dans la forêt d'où il ne peut plus sortir.
Il y restera jusqu'à ce qu'il rencontre Renaud qui, après avoir
tué le griffon, est obligé également de tuer le lion. Le rugis-
sement de l'animal expirant attire Sacripant qui survient au
moment où Renaud se plaignait d'être exposé à mourir de
faim dans cette solitude et regrettait ses torts envers Char-
lemagne, qu'il a abandonné, et envers son cousin. Sacripant
achève le lion qui rugissait encore. Querelle des deux che-
valiers qui se défient et engagent le combat.
Angélique et son nain, se dirigeant vers Grenade, rencon-
trent un géant. Elle met dans sa bouche l'anneau magique et
fuit. Elle aperçoit des gens armés. Le nain échappe au géant
et la rejoint. Elle l'envoie en reconnaissance et il trouve sur
son chemin Bradamante qui lui dit que ce sont des soldats de
Marsile commandés par Serpentin. Le nain prie Bradamante
de protéger sa maîtresse. Celle-ci est surprise de la ressem-
blance de celui qu'elle croit un chevalier et de Renaud. Elle
se fait connaître, et Bradamante promet de la défendre, si
elle peut la renseigner sur le sort de Roger. Les deux dames
se confient leurs ehagrins. Angélique raconte comment ses
sentiments envers Renaud se sont changés, elle supplie Bra-
damante de lui gagner l'amour de son frère.
Bradamante est étonnée d'une pareille dureté chez Renaud.
Elle promet de plaider la cause d'Angélique, et si, grâce à
elle, elle retrouve Roger, de la faire triompher.
Angélique estime que les deux vaillants chevaliers seront
attirés dans son royaume par les bruits de guerre qui se ré-
pandent. Elles se quittent; Bradamante va à Montauban,
mais elle ne reverra Roger qu'à la cour de l'empereur Léon,
en Grèce, ainsi qu'on l'a lu ailleurs (dans Arioste).
Nous suivons Angélique '. Les gens de Serpentin ont une
querelle avec des voleurs, dont le chef, un géant, les met en
déroute, mais Serpentin finit par le tuer et venge ses hommes.
Marsile regrette les pertes qu'il a faites sans qu'on ait pu lui
amener Roland qui voyage tristement sur la baleine.
1 II ne sera plus parlé d'elle que bien plus loin, à propos du Rio-Gas-
tello.
32
1 DODICl CANTI
CHANT VI
Du bien de la liberté. Roland Ta perdue pour s'être épris
d'Angélique. 11 eût bien voulu remonter sur sa barque, mais
Neptune l'aperçoit et Roland se fait connaître, raconte com-
ment l'amour d'Angélique lui vaut ces aventures. Neptune lui
apprend qu'il avait entendu ses plaintes et, qu'ému de pitié,
il lui a envoyé la baleine pour le sauver.
Astolphe est revenu au palais de Sjlvana avec Aleramo,
après la défaite de Gorante. 11 ne voit partout que serpents,
et Aleramo lui explique que c'est le jour où les fées sont for-
cées de se transformer, une fois l'an, en reptiles. Ils visitent
les salles du palais. Dans Tune, ils admirent des peintures
dont plusieurs se rapportent à la famille des ducs d'Urbin
(oct. 31-37).
Renaud et Sacripant échangeaient des coups terribles. La
nuit arrive, ils s'arrêtent, se désarment et s'étendent pour
dormir. Sacripant veille et se désespère d'avoir perdu Angé-
lique. Maugis, ne voulant pas que Renaud reprenne un com-
bat dangereux, présente aux yeux de Sacripant une image
d'Angélique qui reproche au roi circassien de se livrer au
sommeil et de l'oublier. Ils partent ensemble et le démon
donne à Frontalet une telle vigueur qu'ils atteignent le rivage
où Roland avait rencontré Alfégra, la fausse Fontedoro. Le
démon disparaît et Sacripant se [)laint de cette trahison dont
il croit Angélique coupable. Il est sur le point de se donner
la mort.
Renaud s'éveille et constate que son adversaire est parti.
Il a grand'faim et s'adresse à un ermite qui refuse de lui ou-
vrir. 11 se répand en invectives contre les moines, enfonce la
porte et jette par la fenêtre l'ermite que Dieu protège et qui
ne se fait aucun mal. Renaud lui demande pardon et le moine
s'excuse de sa défiance en alléguant que l'ermitage a été long-
temps un repaire de voleurs. Renaud, après s'être rassasié,
repart et trouve le cheval de l'Argail qu'il avait déjà possédé»
mais qu'il avait perdu, quand avec Roland et Ferragus il fut
prisonnier de Gorante. Il se rend en Espagne.
Il nous faut conduire Roland à la montagne où Bride d'Or
paissait, gardé et soigné par les Dryades.
I DODICI CANTI 4 87
Neptune avait pris Roland en croupe sur son dauphin ; il
le dépose sur le rivage d'Afrique, et envoie la baleine qui
avait avalé Alfégra la déposer sur le même rivage. Roland la
rencontre et lui réclame Bride-d'Or. Alfégra se lamente. Sa-
cripant vient à son secours et demande à Roland d'épargner
une femme. Le comte la lui cède en l'avertissant de ce qu'elle
vaut. Us vont ensemble à la recherche de Bride-d'Or.
Astolphe considérait les peintures du palais de Sjlvana. Il
est malmené par un grossier paysan qui veut battre les ser-
pents-fées.
CHANT VII
Aslolphe duit par tuer son adversaire. Avec Aleramo il va
se reposer sur un beau lit au moment où le jour paraissait.
Renaud était eu Espagne. 11 s'est décidé à se ranger du côté
d'Agrican, afin de punir le roi Galafron qui avait envoyé l'Ar-
gail avec la lance enchantée pour ruiner la France.
Il voit une femme attachée toute nue à un arbre et battue
par un nègre. Il s'approche. Elle l'engage à fuir. Il refuse,
et dans un combat avec le géant noir qui était un des quatre
qui avaient accompagné Angélique en France, il lui passe son
épée à travers le corps, le blesse une seconde fois et voudrait
le convertir à la foi chrétienne, mais le mécréant ne veut
rien entendre et Renaud le laisse mourir de ses blessures.
La dame est surprise de la ressemblance de Renaud et de
Richardet." C'était Fleur-d'Epine, fille de Stordilan, roi de
Grenade. Elle raconte comment elle s'était d'abord éprise de
Bradamante, comment elle devint l'amante de Richardet, et
comment celui-ci fut sauvé du bûcher par un chevalier errant.
Depuis elle a épousé Zénodore dont la bravoure dans un tour-
noi l'avait séduite. Ils rencontrent l'armée de Zénodore qui
venait secourir son épouse. On les conduit a la cité et Renaud
y est reçu en triomphateur.
Pendant le festin qui suivit, Doralice compare le chevalier
à Mandricard dont elle est veuve.
Ici l'auteur s'interrompt (oct. 102). Le lecteur est en droit
de se demander comment Agrican peut être au nombre des
vivants, quand son fils Mandricard est mort. Cela est en effet
4 88 I DODICI CANTI
en désaccord avec le récit d'autres poètes, mais ils ignoraient
qu'il j avait eu deux Mandricard.
Nous les laissons à table et revenons à Roland. Les njmphes
lui ont rendu Bride-d'Or et le renseignent sur Alt'égra.
Neptune lui a enlevé le grimoire à l'aide duquel elle transpor-
tait les gens aux Iles-Perdues, mais elle n'en est pas moins
dangereuse. Elles mettent en garde les chevaliers contre les
enchantements qu'ils pourront trouver en se rendant au pays
de Galafron et leur apprennent qu'ils feront la rencontre
d'Angélique. Ils abandonnent Alfégra et partent, accompagnés
par un faune qui avait soigné Bride-d'Or et que les nymphes
leur donnent pour guide.
CHANT VIII
Les deux chevaliers cheminaient amicalement. Roland
parlait d'Angélique. Cela déplut à Sacripant, qui, pour le
détourner de cet amour, veut lui montrer combien elle est
fausse et délojale. Elle possède l'anneau dont Sémiramis se
servit pour satisfaire une passion incestueuse. Il fut trouvé
ensuite par le berger Gygès qui le mit à profit pour séduire
la reine de Lydie. Cambyse eu hérita, et il passa aux mains
d'Atlante, l'enchanteur de Carène, qui lui donna la vertu de
détruire tout maléfice et le remit à Galafron, comptant ainsi
ruiner la France et sauver les jours de Roger.
Les deux chevaliers aperçoivent une flotte sur la mer et
une armée sur le rivage. Le faune va à la découverte : ce
sont les forces de Rodomont qui va rejoindre Agramant et
veut envahir la France avec lui.
Roland pique des deux, attaque les Sarrasins et se trouve
en face de Rodomont qu'il désarçonne. Sacripant et le faune
mettent les Sarrasins en déroute. Roland et le Circassien
entrent dans Alger, le faune reste à garder le pont.
Les chevaliers font un carnage des habitants d'Alger. Mais
Rodomont a jeté le faune en bas du pont et est entré dans la
ville. Il combattait avec Sacripant, quand il voit son palais en
flammes. Il y court pour sauver sa mère, mais trop tard. Le
faune avait mis le feu au palais et à toutes les maisons.
Les trois amis s'en vont et le comte écrit sur la porte :
I DOUICI GANTI 4 89
« Ici a été Roland. » Cela augmenta la colère de Rodomont,
9t plus tard il fit payer très cher aux Parisiens la victoire de
Roland.
Aleramo et Astolphe s'éveillent. Leurs vêtements leur ont
été enlevés et ils trouvent à leur place, Astolphe une cotte
impénétrable, Aleramo un costume d'un prix inestimable.
Souvent l'habit fait valoir son homme. Sjlvana requiert encore
Taide des chevaliers contre un nouveau monstre, Tisiphone,
sortie des enfers pour les punir d'être entrés dans son palais,
et, quand ils en auront triomphé, alors viendront Mégère et
Alecton. Astolphe éprouve quelque frayeur, mais la fée le
dispense du combat et en charge Aleramo.
A Grenade, Renaud est l'objet des attentions de Doralice.
On le comble d'honneur pour avoir délivré Fleur-d'Epine.
Toutes deux sont assises avec lui sur un char de triomphe qui
parcourt la ville. Mais l'amazone géante Sicomora qui avait
eu l'avantage dans un combat antérieur sur le nègre Argeste,
ravisseur de Fleur-d'Epine, est jalouse des succès de Renaud ;
elle l'insulte et le provoque. Renaud est obligé d'accepter le
combat et, malgré son désir de l'épargner, il est contraint de
la tuer. Il est alors entouré par les cent chevaliers de la géante
qui sont tenus par serment de la venger. L'un d'entre eux,
Guérin, s'offre à combattre, et, s'il est vaincu, lui et ses com-
pagnons deviendront les soldats de Renaud ; si celui-ci a le
dessous, il sera comme eux esclave des Amazones. Ce Guérin,
dans ses voyages à la recherche de son père, était tombé aux
mains des Amazones (oct. 129).
Le combat dure longtemps : on décide de l'interrompre et
de le reprendre le jour suivant. On fait les funérailles de Sico-
mora, et à table Renaud et Guérin sont assis l'un à côté de
l'autre.
CHANT IX
Des trésors et de la vertu. — Guérin raconte son histoire.
Il est parti à la recherche de son père, parce que la belle
Eliséna lui avait reproché de n'être qu'un esclave. Après avoir
vaincu le roi Carador, il a quitté Constantinople, et à travers
bien des difficultés s'est rendu au pays des arbres du Soleil,
t90 I DODICI CANTI
OÙ il a su qu'il devrait parcourir le monde avant de retrou-
ver son père. Puis, avec Sicomora, il est venu en Espagne.
Il ne rit jamais et garde une attitude sérieuse et noble.
Roland, Sacripant et le faune sont sortis d'Alger et se diri-
gent vers Albraque, pendant que Rodomont médite de se
venger de la France. Un courrier de Galafron leur annonce
que le roi appelle à son secours tous les chevaliers errauts ;
il donnera sa fille Angélique à qui le délivrera d'Agrican.
Mais Angélique est prisonnière de Sarpedonte, fils d'Oldrado,
et seigneur du Rio-Castello (Château-Mauvais). Tout cheva-
lier qui se présente à ce château y demeure prisonnier, sMl
ne met à mort en un jour cent chevaliers. Le courrier ajoute
qu'ils ne sont qu'à six lieues de Rio-Castello.
Ils en prennent le chemin, et Sacripant prie Roland de lui
laisser cette entreprise. Le comte j consent à la condition
qu'il respecte Angélique et la rende à son père.
Lo courrier essaie de les détourner de leur projet et leur
demande de porter d'abord secours à Galafron, mais ils n'y
consentent pas.
L'auteur se plaint de ce que les seigneurs soient des tjrans,
préfèrent le vice ou la bassesse à la vertu et au talent. Il
excepte son protecteur qui demeure digne de sa noble geste,
la maison d'Anguillara. Puisse Mars le ramener vaiqueur !
Ils rencontrent les hommes de Sarpedonte. Saci'ipant les
attaque avec vaillance, et Roland commence à regretter de
lui avoir cédé la place.
Cependant Aleramo, chez Svlvana, combat Gérjon, le dra-
gon à trois têtes, qui, malgré les coups qu'il reçoit, s'enlace
autour du corps du chevalier. Sans Svlvana, Astolphe n'eût
pu supporter ce spectacle.
Aleramo tue enfin le dragon, mais de la bouche de celui-ci
sort une hydre à sept têtes. Le chevalier en tranche une d'un
coup d'épée : à sa place il en renaît trois autres. Astolphe
s'effraie encore davantage. Aleramo tranche les sept cols de
l'hydre et jette au feu l'affreux animal. Astolphe prie alors
Sylvana de mettre une trêve aux combats avec les monstres
et de leur faire connaître les merveilles de sa demeure.
Sur l'ordre de Sylvana, on leur sert un repas dans son
jardin qui n'a point de pareil au monde. Au milieu est une
I DODICI CANTI 4©1
colline où les Muses habitèrent autrefois, le Parnasse aux
deux sommets. En leur souvenir, on les y a représentées et
avec elles les grands poètes qui illustrèrent les genres
auxquels chacune préside. Sylvana et les deux champions
s'asseoient et le festin commence.
Nous revenons à la table où nous avons laissé Renaud et
Doralice qui brûle d'amour pour le chevalier. Elle craint de
ne jamais le posséder, car ni elle ni son père ne savent ce que
sont ces deux étrangers errants. Elle rougissait et pâlissait
tour à tour, ce qui n'échappa point à sa mère, tandis que
Fleur-d'Epine est joyeuse de se voir honorée et de ce que les
vaillants guerriers sont si bien traités.
Renaud, désireux de savoir qui est son adversaire, finit par
lui demander son nom et sa patrie. Le bon Guérin consent à
le renseigner. II ignore où il est né; il a été élevé à Byzance
où il reçut le nom de Meschino. Tout enfant il avait été pris
par des corsaires, puis acheté par un marchand qui en fit
présent à sa femme. Ils eurent pour lui les soins de parents
véritables. Son père adoptif avait un fils: les deux enfants fu-
rent traités de la même manière, sans différence aucune.
L'empereur demanda un jour à celui que Gruérin croyait son
frère, de lui donner ce petit esclave. Le père donna son con-
sentement, et Guérin devint le serviteur favori d'Alexandre,
fils du vieil empereur. L'impératrice l'aimait également. Il dé-
livra Constantinople assiégé par les Turcs. Puis il résolut de
se mettre à la recherche de ses vrais parents et de consulter
les arbres du Soleil. Là un vieillard vénérable, après avoir
interrogé son idole, lui l'épondit qu'il devait aller vers le Cou-
chant, où il retrouverait sa famille, qu'il avait reçu deux fois
le baptême, qu'au premier il avait été nommé Guérin et
Meschino au second. Eu revenant il fut prisonnier aux rives
du Thermodon et y demeura sans pouvoir accomplir son des-
sein.
Renaud regrette que son adversaire se soit engagé par ser-
ment à venger Sicomora, car il mourra sans avoir recouvré
son nom de Guérin, mais sous celui de Meschino, puisqu'il a
eu la mauvaise chance de tomber entre les mains redoutables
du sire de Montauban.
Les chevaliers vont se reposer. Le roi Stordilan s'inquiète
4 92 I DODICI CANTI
d'avoir à sa cour ces deux chrétiens si vaillants. On le ras-
sure, mais Doralioe qui se défie des intentions du roi, va se-
crètement avertir les chevaliers de se bien garder.
CHANT X
La jalousie trouble l'esprit; elle fait que Stordilan ne peut
recouvrer sa tranquillité et demande à ses conseillers quel
parti il doit prendre au sujet de Renaud et de Guérin. L'un
est célèbre pour sa prouesse, Tautre, sous le nom de Mes-
chino, est illustre chez les Grecs et a vaincu Finidaro et ses
fils. Stordilan craint pour son royaume. En sauvant Fleur-
d'Epine Renaud a mérité d'être honoré, mais il convient qu'il
parte au plus tôt et Guérin avec lui. Zénodore, qui se défiait de
son père, vient au Conseil et fait un grand éloge de Renaud
dont le courage est sans égal et sur la loyauté de qui l'on peut
compter. On explique à Stordilan qu'il a tout intérêt à ména-
ger le sire de Montauban. Zénodore quitte le Conseil et va
trouver les chevaliers, tandis que Stordilan consulte encore
ses conseillers qui ne savent trop que répondre. Zénodore re-
vient avec les deux chevaliers. Renaud annonce qu'une fois
son combat avec Guérin terminé il quittera le royaume.
Il déclare que si Charlemagne attaquait injustement Stor-
dilan ou son fils, il est prêt à les défendre. De même Guérin
affirme que, lorsqu'il aura retrouvé son lignage, si Zénodore
recevait quelque outrage, il reviendrait le secourir, fût-ce
au risque de sa vie.
Tout le monde les admire et l'on se sépare amicalement.
Mais Renaud, au lieu de dormir, projette de convertir Zéno-
dore à la foi chrétienne; Guérin l'entend prier Dieu, et con-
çoit de son côté le dessein, s'il sort sain et sauf du combat,
de délivrer la route de Galice des voleurs qui l'infestent.
Malgré leur amitié, les deux champions, aussitôt qu'il fait
jour, se préparent à combattre. Zénodore les supplie vaine-
ment de se réconcilier. Stordilan insiste en leur montrant
que leur conduite est en complet désaccord avec la foi chré-
tienne ; elle enseigne le pardon des ofi'enses, et c'est pure
folie que de sacrifier un bien éternel à une fumée d'honneur.
Le serment de Guérin est nul puisqu'il est contraire à la loi.
1 DODICI CANTI 493
Renaud et Guériu ne pouvaient réfuter le roi qui avait rai-
son. Renaud est heureux de voir que le père de Doralice
connaisse si bien l'Evangile et espère le convertir. l\ main-
tient qu'il a le devoir de combattre pour la vérité et la justice.
Guérin de son côté dit que Turc, Maure, ou baptisé, nul n'a
le droit de manquera son serment.
Doralice intervient, alléguant l'incertitude du sort des ar-
mes et la vanité du motif qui les met aux prises. D'ailleurs
un serment ne lie point quand il est contraire à la loi divine.
Pourquoi ne respectent-ils pas la volonté du Christ, alors que
Turcs et Arabes obéissent fidèlement à l'Alcoran ? Comment
peuvent-ils se dire chrétiens quand ils n'observent point leur
loi tout entière ? Elle finit par leur proposer de se faire rem-
placer secrètement par deux chevaliers : celui qui représen-
tera Guérin se reconnaîtra vaincu, se rendra et ainsi les ce nt
chevaliers de Sicomora seront obligés de partir.
Ni Renaud ni Guérin ne veulent céder. On leur sert une
collation délicate et somptueuse, et Pleurd'Epine supplie son
beau-père de veiller sur les jours de Renaud, mais il répond
que l'honneur lui interdit de revenir sur sa parole donnée.
On avertit les cent chevaliers d'avoir à se trouver sur la
place où les deux champions reprendront la lutte. On prépare
les estrades pour les reines et pour le peuple. Zénodore fait
prendre les armes à deux cents cavaliers et à quatre cents
fantassins. Le lieu choisi est hors de la ville, à un demi-mille.
Avant d'engager le combat, les deux champions descendent
de cheval, font pieusement leur prière, se denaandent pardon
et se baisent sur la bouche comme deux frères.
Ils brisent d'abord deux lances. Le tronçon de l'une vola si
haut que dix autres lances avaient été rompues quand il re-
tomba sur le sol et s'j enfonça.
La poussière, la sueur des chevaliers et de leurs coursiers
obligent à interrompre le combat une demi-heure. On amène
d'autres chevaux. Les deux champions sont d'accord pour re-
prendre à l'épée et finir avec la masse d'armes. Guérin por-
tait des armes enchantées et toute sa personne était fée, ex-
cepté le pied gauche.
Nous revenons à Sacripant qui taille en pièces les hommes
de Sarpedonte et qui continue à refuser le secours de Roland.
4 94 I DOniCI CANTI
Néanmoins il finit par être fait prisonnier et le comte, après
avoir sonné du cor, attaque les Maures. Leur chef, autrefois
vassal d'Agramant, ose le défier. Roland lui répond en récla-
mant la liberté d'Angélique et de Sacripant. Le combat s'en-
gage et Roland tue les soixante qu'il avait devant lui.
D'après Turpin, il en coupa dix en deux d'un seul revers
de Durandal :
Chi noi vol creder, vadalo a cercare,
Ch' io son Christian di buona fede asperso,
Et credo questo et più se più mi lice,
Massimamente a quel che Turpin dice.
Roland sonne de nouveau du cor, si fort que les gens de
Rio-Castello l'entendirent. Sarpedonte arme ses cent cheva-
liers et les fait partir en deux corps à la découverte. Le chef
de cette troupe oâ"re à Roland de choisir une des lances qu'il
lui présente ; celui qui sera désarçonné ne combattra plus de
la journée. C'est un chrétien de la famille italienne Malatesta
qui descend de Cadmus. Il apprend à Roland que lui et sa
dame, belle entre les belles, sont tombés entre les mains du
cruel Sarpedonte. Ils allaient sur un vaisseau faire leurs dévo-
tions à Lorette ; des corsaires les ont pris et livrés à Sarpe-
donte qui l'a contraint à le servir, lui laissant à cette condition
sa dame bien-aimée. Robert, tel est son nom, apprend au
comte qu'Angélique est en efl'et prisonnière de Sarpedonte.
Le comte désarçonne Robert, et taille en pièces ses cheva-
liers. Cependant Sacripant cherche Angélique, qui était invi-
sible, quand il lui plaisait, grâce à son anneau. Elle eût pu
sortir de la forteresse et n'y était restée que pour en assurer
la ruine. Sacripant s'impatiente, et Sarpedonte lui annonce
qu'il doit se reconnaître son vassal ou mourir dans les trois
jours. — Robert admire les exploits de Roland et se rend à
lui, mais il est inquiet du sort réservé à sa dame.
CHANT XI
Toute faute non suivie de repentir est ciiâtiée parle monar-
que éternel. Ninive et l'Egjpte en donnent des exemples
contraires : Nabuchodono>or fut pardonné. Pharaon et son
I DODICI CANTI 495
peui)le furent punis. Parfois, la faute du roi retombe sur un
peuple entier, ainsi qu'il arriva quand David enleva la femme
d'Urie. Sarpedonte sera puni.
Roland va à la porte du château, sonne du cor et défie Sar-
pedonte. Celui-ci est renseigné par les fuyards, et ni lui ni ses
autres chevaliers ne savent que résoudre. Un vieillard qui
désapprouvait leur vie criminelle, les avertit du danger. Il
rappelle que cette forteresse, dite autrefois la Rocca Benedetta
(la Roche Bénie), a changé de nom et de coutumes. Sarpe-
donte a dépassé les crimes de ses pères. Le chevalier qui se
présente, est le messager de Dieu ; il faut lui demander merci.
Un jeune favori de Sarpedonte tourne en dérision le discours
du vieillard. On finit par proposer à Sacripant de se charger
de l'entreprise. Il refuse parce que Roland est son compagnon.
Ils l'enferment dans une prison et se disposent à marcher à la
rencontre du comte.
Nous les laissons juqu'à ce que nous ayons tiré Astolphe et
Aleramo du Jardin de Sylvana et qu'ait pris fin le combat de
Guérin et de Renaud, pour qu'ils ne nous embarrassent plus
tant que Rio-Castello n'aura pas été détruit.
Astolphe et Aleramo prennent un repas à l'ombre des lau-
riers et des myrtes ; un concert mélodieux s'unit aux chants
des oiseaux pour les charmer. En ce lieu règne un printemps
perpétuel. On y voit réunis les arbres les plus divers et les
plus beaux, les fleurs les plus parfumées.
Après le repas, chevaliers et dames se promènent dans le
jardin. Toutes sortes d'animaux s'offrent à leurs regards. Ils
s'arrêtent près d'un étang où nagent de nombreux poissons,
puis vont dans les bois jouir du chant des oiseaux ou les con-
templer. Toutes les espèces d'animaux sont représentées
dans cette enceinte, où l'on trouve même le minotaure, le
sanglier de Méléagre, les lions de Cybèle, etc. Les chevaliers
admiraient ces merveilles. Sylvana les mène dans son palais,
où elle a préparé un jeu charmant dont nous parlerons, mais
nous devons revenir à Guérin et Renaud.
Ils combattaient à l'épée avec un succès égal. La lutte est
longue et fatigante, parce que Guérin avait des armes en-
chantées. On en doit dire l'origine.
Guérin eut pour mère Fenice, que Sefferra avait nourrie.
496 I DODICI CANTl
Celle-ci et son époux Zenone savaient l'art des enchantements.
De Byzance la pauvreté les avait conduits à Durazzo, où Sef-
ferra et la duchesse de ce pays accouchèrent à peu près en
même temps, Tune d'un fils qui ne vécut pas, l'autre d'une
fille ; mais bientôt la duchesse mourut, et Sefferra eut soin
de l'orpheline.
Le duc Mustafa était mahométan; il mourut deux ans après
son épouse, laissant deux fils et la jeune fille que Sefferra
élevait. Cette enfant était d'une beauté sans égale. Milon,
duc de Tarente et fils de Gérard de Bourgogne, en devint
amoureux. Il chassa de Durazzo Naparro et son frère Madar,
baptisa Fenice, qui prit possession du duché, Fépousa, et
en eut Guéri n.
Sefîerra avait prédit à la duchesse qu'elle aurait un fils qui
ferait grand honneur à sa famille. Sous le palais, du côté de
la mer, elle avait un souterrain où elle évoquait les démons.
Quand Guérin naquit, elle y porta l'enfant, fit venir Vulcain
et lui ordonna de forger pour Guérin des armes meilleures
que celles d'Achille, qui ne pussent servir qu'à lui seul et
grandissent avec lui. Il devait j représenter un chêne et
y inscrire le nom de Guérin. Elle conjure Vulcain par Zoroas-
tre, Circé, Médée, Salomon, la Sibylle de Cumes, Proserpine,
Erichtho , le Styx , le Léthé , le filet où il prit Mars et
Vénus, etc.
Une allusion k la révolte des Géants contre Jupiter amène
l'auteur à se lamenter sur les malheurs de l'Eglise livrée aux
outrages des Colonna, de traîtres italiens, d'Espagnols et
d'Allemands :
Deh ! vedi, Christo, corne la tua Chiesa
E data in preda delli rei Tithani
Et corne dalla gente Collonesa
Pria, et poi dalli maligni Lutherani
Fu divorata et malamente ofFesa
Da traditori Ausoni et da marani
Celtiberi et crudei Thedeschi insieme
Ch' ognun qnanto più puô la stratia et prieme.
Paul saura sans doute conduire la barque de Pierre, mais
çomnv^iit pourrn-t il conserver la foi, si celui qui devait la
I DODICI CANTI 497
défendre contre Turcs et païens se fait l'héritier de Luther ?
Dieu ne voit-il pas les progrès de l'erreur? Qu'il vienne donc
au secours de son vicaire et le rende invincible comme Josué,
sans cependant arrêter le cours du soleil,
Vulcain forge les armes de Guérin, en se conformant aux
instructions de Sefferra. Celle-ci plonge alors l'enfant dans
l'eau du Styx où les armes ont été trempées. Enfin elle
éprouve si le corps de Guérin est réellement invulnérable et
si rien ne peut entamer son armure.
Cependant les frères de la duchesse, Naparro et Madar,
conspiraient pour lui enlever le pouvoir.
Milon avait ordonné de grandes fêtes à Durazzo en l'hon-
neur de la naissance de son fils. Un partisan des deux frères
veut profiter de l'occasion pour leur faire recouvrer le duché.
Finadusto s'était laissé baptiser par simple crainte. Il avise
Napar.
L'auteur rappelle ici au duc d'Urbin comment il eût repris
son duché sur Léon X et Lorenzino, s'il n'avait été trahi par
ceux qui l'accompagnaient. Sans leur défection, il n'aurait pas
eu à demeurer aussi longtemps dans les Marches (nel paese
Marchiano) (oct. 118-120).
Naparro lui répond qu'il va venir, s'entend avec Astila-
doro, et, à la tête de soixante cavaliers, se dirige sur Durazzo.
CHANT XII
L'auteur cite comme ayant perdu leur temps quand il fal-
lait agir, Annibal, le rigide chef français eu Fouille, le Tos-
can dont les fils ont appris aux dépens de leur père à être
vigilants pour éviter un sort pareil à celui de leur père à
Prato : ils cherchent aujourd'hui à rendre la liberté à leur
pays.
De même, le duc Milon gaspille ses loisirs à Durazzo. Il
avait licencié ses troupes et vivait magnifiquement, ouvrant
sa cour à tous. Naparro, sous le nom de Torindo, vient à
Durazzo avec sa troupe. Finadusto, qui était un Turc mal
baptisé, le reçoit volontiers. On dit que trois sortes d'eaux
se perdent : l'une, c'est la pluie qui tombe dans la mer ; l'autre,
celle dont on lave la tête à un âne et qui ne vaut qu'ingrati-
4 98 I DODICI CANTI
tude ; la troisième est celle qui sert à baptiser Juif, Turc ou
Chaldéen. Un mauvais juif n'est jamais un bon chrétien. Fi-
nadusto et son complice Lamphjbo ont fait ainsi le malheur
de Durazzo, leur patrie.
Au moment où tout était prêt pour le tournoi, un grand
tumulte se produit dans la cité. Naparro et ses hommes mas-
sacrent les chrétiens sans épargner les femmes ni les petits
enfants. Le bruit en vient jusqu'au palais. Sefferra prend
Guérin et descend dans son souterrain, tandis que le duc et
son fidèle Manfred s'arment pour combattre. 'Mais Sefferra
évoque les démons et leur fait transporter à Constantinople
et remettre à l'empereur les armes faites par Vulcain. L'em-
pereur les destine à son fils alors âgé de cinq ans.
Milon et son épouse sont faits prisonniers; il recouvrera
sa liberté quand son fils viendra à son secours. Sefferra s'est
embarquée avec l'enfant, mais des corsaires s'emparent du
bateau et jettent à la mer Sefferra qui est changée en un oi-
seau blanc.
A Bjzance, Guérin fut acheté par Epidonio, dont la femme
eut à la même époque un garçon et tous deux furent élevés
av.'c les mêmes soins. C'est ainsi que Guérin fut baptisé de
nouveau et reçut le no;n de Meschino ; l'autre enfant eut le
nom de son père, Epidonio.
A l'âge de quinze ans, Guérin vainquit à la lutte plus de
vingt adversaires. Alexandre, fils de l'empereur, lémoiu de
sa vaillance, voulut l'acheter, mais Epidonio lui en fit don et
lui raconta que des corsaires l'avaient pris avec une dame
couverte d'or et de pierreries et une nourrice : toutes deux
avaient été jetées à la mer.
Guérin écoutait etjurait de se venger sur lesTurcs auteurs
de ses maux. Il devait tenir parole.
Alexandre voulut essayer les belles armes que Sefferra
avait fait parvenir à l'empereur, mais il ne put les revêtir.
En vain on travaille à les mettre à sa taille. Les armuriers
ne peuvent y réussir, car elles résistent <à leurs outils.
Alexandre se demande quel est ce Guérin dont le nom y est
gravé, et ce que signifie le chêne qui y est représenté.
On s'aperçoit un jour que les armes vont au Meschino et
Alexandre allait les lui donner, mais des jaloux s'y opposent
I DODICI CANTI 499
et l'empereur se rappelle que celui qui les lui a remises, a dit
qu'elles devaient être le prix d'un combat.
Guérin se désespère, car il voudrait j prendre part. Alexan-
dre lui promet de l'affranchir.
Le tournoi est annoncé. Comme une trêve régnait entre
les chrétiens et les Turcs, ceux-ci viennent en grand nom-
bre.
Guérin est affranchi et armé par Alexandre lui-même. Mais
sur ses armes il porte un vêtement de paysan et sur sa tête
une couronne de chêne : il doit demeurer inconnu, car l'em-
pereur le ferait périr, s'il savait qu'il ose prendre part au
tournoi.
Guérin renverse d'abord un de ses oncles, Madarro, et le
met à mort. Napparo, son autre oncle, demande à lutter contre
l'audacieux vilain. Il est abattu avec son cheval et se brise
ré|)aiile. Amiihvlo, le Persan, est également désarçonné.
L'on renvoie au lendemain la suite du combat.
Alexandre désarme lui-même son ami qui sert à table
quand les chevaliers prennent place au banquet. On réclame
le vainqueur de la journée et Alexandre demande l'avis de
Guérin, qui répond : « L'inconnu a vaincu parce que moi je
n'ai pas pris part au combat. » Mais l'empereur entend que
seul un chevalier y soit admis ; la fête continue.
Le jeu, auquel Sjlvana avait convié Aleramo et Astolphe,
consistait à détacher des cheveux d'une fée et sans les rom-
pre, un anneau qui avait des vertus magiques. Astolphe essaie
vainement, Aleramo réussit sans peine. Astolphe s'irrite et
Sjlvana doit le calmer. Puis elle leur montre une salle im •
raense et magnifiquement décorée. Des peintres y avait re-
présenté un chêne que tenaient deux pasteurs couronnés d'or
et de pierres précieuses, comme l'auteur l'a dit déjà ; l'on
voyait les travaux de l'un et de l'autre. L'un posait le pied
sur un monceau de livres et de manuscrits, à côté de l'autre
était un grand monceau d'armes et un temple d'abord démoli,
puis reconstruit pins beau. Un lion arrachait un rameau du
chêne illustre, mais d'autres rameaux poussaient plus nom-
breux et il se couronnait d'armes victorieuses.
Un autre pasteur couronné s'élevait jusqu'au ciel sur un
char de feu. De son manteau il couvrait peu à peu le côté le
5 00 I UODICI CANTI
plus fameux de l'Italie et tendait à deux jeunes gens deux
pans de son manteau. Sur son diadème d'or, était écrit « Paul
III », les deux jeunes gens avait pour nom Alexandre et Ra-
nuccio. Aux pieds du grand pasteur s'abritait encore un tout
jeune homme, Guido Ascanio.
Astolphe et Aleramo admiraient, mais ils ont à contempler
d'autres choses dignes de l'attention des gens intelligents.
Un berger d'un coup de pierre brisait la tête à un géant dont
tous avaient grand peur. De même le berger triomphe d'un
griffon superbe et réduit à la plainte et à l'affliction une haute
colonne près de Rome.
A l'un des descendants de Guérin le pasteur couronné enlève
Camerino et le donne à Ottavio, d'abord tout enfant, puis gen-
dre de l'aigle qui étend ses ailes de l'un à l'autre pôle. Le des-
cendant de Guérin cède dans l'intérêt de l'arbre de sa famille
et reçoit en récompense une jeune fille sage à merveille, ai-
mée des Grâces et des Muses.
Astolphe et Aleramo entendent un concert harmonieux.
Sjlvana ne voulait point leur révéler ce dont ils avaient les
images sous les yeux et qui ne les touchait point. Elle les
mène dans une salle voisine d'où sortaient ces sons. La fée les
fait asseoir sur un lit richement décoré et les quitte.
Au chant dernier nous disions comment Roland arriva à Rio-
Castello. Sacripant avait été mis en prison. Quand le cor du
comte eût longuement sonné, les cent chevaliers s'arment : les
cinquante meilleurs vont à la rencontre de Roland, les cin-
quante autres gardent le château. Sarpedonte tombe mort
un des premiers, mais ses chevaliers voulaient le venger, et
Roland les tailla en pièces. Le jeune homme qui avait tourné
en dérision le sage vieillard, était chef des cinquante laissés à
la garde du château. Il se rend à Roland qui fait grâce à Ge-
larco à la condition qu'Angélique lui sera rendue ainsi que
Silvia à Robert, son amant; que Sacripant sera mis en liberté
et que Rio-Castello sera livré aux flammes. Gelarco consent
à tout dans l'espoir d'hériter ainsi du trésor de son ami Sar-
pedonte.
Le poème s'arrête au premier vers de l'octave 108: « Plus
de six cents femmes à Rio-Castello »
I DODIGI CANTI
CANTO PRIMO
[F. 2 v°] 1. Voi, donne et cavallier, d' anu' et d'amore
Se mai vi delettô legiadra impresa,
Invito ad ascoltar con tutt' el core
E d' ardente disio con 1' aima accesa,
Ch' io spero col poetico furore
Farvi una occulta hystoiia hoggi palesa
Quai tenne occulta il vescovo Turpino
Sol per honor d' Orlando paladino.
2. El vescovo Turpin per riverenza
Ch' egli hebbe sempre al gran signor d'Anglante,
La scfiss' et po' occulta con diligenza
Finch' ei fu unito a nostra vita errante,
Dubiando d'offuscarli l'eccellenza
Che li poteano dar sue virtù tante,
S'egli facea palese al mondo e al cielo
Quello ch' in quest' hystoria vi rivelo.
3. Ma perché la fatica è grande et lunga
L'opra, ch' io ordisco, senza el divin nume.
Non mi par bene ch' al suo fine aggiunga,
Se non mi prest' ella il suo chiaro lume
E ch' in tal modo mia penna dispunga
Ch' in vergar cart' almen si bagni al fiume
Ch'esce dil degno fonte di Helicona
Ov' ogni uon poeta s'incorona.
4. Lasso che causa et l'amarechia sono
L'aque che mi bagnaro in prim' ettade!
Ond' al mio legitor chieggo perdono
S' io prend' a me le non concesse strade,
E quella prego^ délia cui ragiono
Meco sovente, che alla d[e]itade
Per sue virtù legata è in stretto nodo,
Ch' a questa opra midia nel dire il modo.
33
502 1 DODICI CANTI
[F. 2 V"] 5. Et tu, mio caro sir, idol mio santo,
Campion iavitto, gran diica d'Urbino,
Che già mostrasti forza et valor tanto
Contr' el Mediceo duca Lorenzino,
Cuopri quest' opra mia sott' il tiio manto,
Cii'io non divenghi per sempre meschino
Com' i' divenni un' altra volta ancora
Per dir la fama tua che'l mondo honora.
6. Délia tua quercia corro alla dolce ombra
Quai stanco pellegrin per mio riposo,
Ch' ella soveute el caldo estivo sgombra
Et recréa spesso un spirit' angoscioso ;
Per quella gentilezza che ti obombra,
Essendo tu signor giusto et pietoso
Prendi mie rozze rim' in queste carte
Piene d'amor, dispost' ad exaltarte.
7. So ben, signor mio car, et non m'inganno,
Che debol è il mio stil a tant' impresa,
Ch' essend' io gionto al quarantesim' anno
Et l'aima havendo del tuo amor accesa,
Di povertà sopposto al crudo affanno,
Scriver non possi, onde mi duol et pesa,
Quanto di te sarebb' il convenevole,
Che '1 tempo et la stagion è malagevole.
8. Pur, se provasti mai nel petto amore,
Debbi certo saper quant' è sua forza
Et corne de 1' amante mut' el core
Sol nella cosa amata, onde si sforza
Sempre honorarla con ogni valore,
Ne mai fiamraa de amor sincer s' ismorza.
Onde io, ch'amo sol te, sforzato sono
Farti di mia fatica humile un duono.
]F. 3 r°] 9. Dico nel tempo ch" era inamorato
D'Angelica d'Albracca el cont' Orlando,
Lasciô la patria, la moglier, il stato,
Per servirlei, ma sempre suspiraudo,
Che via fuggiva, e al rivo incantato
Di Merlin gionto il paladino errando
Spegnervi parte del suo incendio crese
Col ber de 1' onda che via più l'accese.
CANTO PRIMO 503
10. Nella selva d'Ardenna è noto il rivo
Ch' accende e infiamma ogni gelato petto ;
Benchè d'ogn' amor sia rimoto et privo,
L'accende in brieve d'amoroso affetto,
Ne poi manca mai più quel fuoco vivo
S'al fonte odioso pieu d'ogni dispetto,
Quai spegn' amor et presta odiosa rabia,
Contrario a questo, non bagna le labia.
11 . Fece ambi questi fonti un negromante
Che fu detto Merlin, quasi propheta.
Gionse a quel primo il gran signor d'Anglante
Et al secondo l'anima inquiéta
D'Angelica di ber tutta bramante,
Corne volse del conte il mal pianeta,
Ond' in quel corn' in liquido christallo
Più volte intense il labro di corallo.
12. Poi per strachezza, che correndo quivi
Giunta era, al riposar ratta si diede,
Et Orlando per caso arivato ivi
Fra l'herbe et fior la bella donna vede.
0 che contrario effetto hanno i dua rivi !
Un fa chi il gusta pien d'amor et fede,
L'altro crudo, inhuman, di mortal sdegno,
D'ira, discordia et d'odio immortal pregno.
[F. 3 v«] 13. E perch' al dirvi in versi i' m'apparechio
La vostra sterpe onde l'origin hebbe,
Et quel Guerin del vostro ceppo vechio
V è di chi nacque et corne in virtù crebbe.
Non vi ri[n]cresca il porgemi l'orechio,
Perbenchè la mia penna quanto debbe
Non puo supplire, supplirà l'amore
Et la mia fe che è testimonia al core.
14. Ma pria d'Orlando alcune cose occulte
Et délia figlia del re Gallafrone
Intendo dirvi con mie rime inculte.
Et non per dar infamia al gran campione,
Ma sol corne d'amor cieco risulte
Suspir, pianto, dolor, aspra passione,
Stratio, stento, martir, spietato aflfan[n]o,
Infideltade expressa et grave danno.
504 I DODICI CANTI
15. Che disprezza costei fuor che Rinaldo
Ogni spirto gentil, per chi arde il conte ;
Ella ha in petto per quel il cor più caldo
Che freddo per costui, mercè del fonte,
Del fonte che '1 pensier li diè si saldo
D'amarla, bench' ei n'habia ingiurie et onte.
Et ella d'amar un che ognor la strugge
Et che quai tygre paventosa fugge.
16. Dismonta adonque Orlando dal destriero
Per prender con Angelica il diletto
Ch' atteso havea più giorni il cavalliero,
Ma, per timor di non le far dispetto,
Contentasi mirar quel viso altiero
Ch' ogni altro di beltà vince in aspetto
Et, perché un amator è impaciente,
Fra se comincia a dir Tanimo ardente :
[F. 4 r°] 17. « 0 faccia che somigli al chiaro sole,
0 labre che soverchi ogni corallo,
Fronte più vaga che rose et viole,
0 petto d'alabastro, o di christallo
Lucida gola, o man morbide et sole
Più che l'avorio bianche senza fallo,
0 membra che si délicate sete.
Non fian men belle quelle più segrete !
18. Quelle segrete membra, agli ochi ascose,
Devon pur di beltà portar la palma :
Se sete agli ochi voi si delettose.
Se vo' infiammate il cor mio, il petto et l'aima,
Che farran quelle tante desiose ?
Darrannomi di fuoco maggior salraa?
Per certo si, che ardendo io cosi lunge
Dapresso arderô più ch' amor più punge. »
19. Mentre che vaga Orlando in tai pensieri,
Un anitrir di Brigliadoro sente
Che lasciato pasceasi in quel sentieri,
Onde la donna a un tratto si risente
Et gli ochi adrizzato hebbe a quei corsieri,
Che già l'un contra Taltro mostra il dente,
Dico il ronzin di quellaet Brigliadoro
Ch' ambo pascendo insiem scontrati fuoro,
CANTO PRIMO 505
20, Et con gran calpestio voltan le groppe.
Onde la donna corne cervia corre,
Et dietro lei par ch' Orlando gualoppe
Sol pel suo Brigliadoi' indi via tuorre ;
Presso lei gionto volse a l'aime poppe
La mano il palladin subito porre.
Ella dicendo : « 0 cavallier vilano ! »
Sdegnosamente le fuggi di mano.
[F. 4v°J 21. Se mai, signer, d'amor sentisti il fuoco,
Pensate quai dolor Orlando hor habia
Che mal avezzo ail' amoroso giuoco
Pei- dolor quasi incautamente arabia;
Pensoso in dietro si ritira in puoco,
Col volto smorto pallide ha le labia
Et sbigotito quasi è si rimaso
Che modo ritrovar non sa al suo caso.
22. Pur verso lei guatando l'ochio gira
Quai sasso immolo privo di favella,
Privo di voce lagrima et suspira,
Cerca accostarsi pur pian piano a quella,
Quella ch' Orlando inverso se andar mira
Divien ogn' hor più cruda, più fella,
Et dubiosa di se prende partito
Farsi aiutar da un certo anel ch' ha in dito.
23. Del dit[o] se lo trahe etpone in bocca
Et via sparisce coma nebbia al vente.
0 tardanza del conte vana et sciocca.
Pria che vi arivi più quanto tormento
N' havrai ! l'herba ove giaeque quella ei pur tocca,
Pcnsando si pigliar la chioma o il mento
Toccar di quella che lo scherne et stassi
Quinci vicina ne veder più fassi.
24. Ved' ella ciô ch' il miser conte in l'herba
Opra et come suspira et corne piange,
Conosce quanta sia la pena accerba
Che l'inflammato cor delmeschino ange,
Ne ladurezza in lei si disacerba
Pel dure pianto suo che i sassi frange,
E scerne ove giaeque ella in ugni canto
Bagnato il luogo per l'amaro pianto.
50 6 I DODICI GANTI
[F. 5r"]25. Da alcim vista non fu mai rondinella,
A chi sian tolti i figliolin del nido,
Volando lamentarsi, o tortorella
Dei tolti figli a lei far mesto grido,
Quanto cercando in questa parte e in quclla
Fa il conte Orlando dispietato strido,
Strido da muover non ch' un cor di carne
Ma un di diamanti et trita polve farne.
26. Angelica chiamando il conte grida,
Echo sola ha pietà délia sua voce,
Non sa s'ei segua lei o se se uccida,
Tanto la fiamma dentro al cor le cuoce;
Di ritrovarla or mai più si diffida,
Che fugge il giorno con la donna atroce ;
Pur un pensier il paladin riucora
Ch' al Cataio spem' ha vederla ancora.
27. Con tal pensier rissale a Brigliadoro
Et d'Angelica lascia il palafreno.
Angelica si sta sott' un aloro
Havendo il pelto ancor di sdegno pieno,
Et col favor del suo aneletto d'oro
Spera ritrarsi al suo nattio terreno.
La notte è scura et giunge a quel sentiero
Onde è partito Orlando, un cavalliero ;
28. r dico a quella fonte onde la dama
Prima bevendo s'era dipartita
Et poscia il conte con la mente grama,
Ch' indi senza più ber fece partita;
El nuovo cavallier riposo brama
Che '1 fonte, l'ombra et l'hora aciô l'invita,
Smonta d'arcione et di queir acqua beve
Con pensier di dormirsi un sonno brieve.
[F. 5 v°] 29. Onde se l'elmo et al destrier il freno
Lieva quel grand campion, po' in l'herba verde
Si colca et il pensier ch' haveva in sieno
D'amar Angelica hor tutto si perde,
E, com' havea pria il cor d'incendio pieno,
Si rifredda, anzi aghiaccia et si disperde
Fra le crude onde l'insolente amore,
Che '1 svelgono elle d'human petto fuore.
CANTO PRIMO 507
30. Dinanzi al conte a piè partito s'era
Di graa lunga Rinaldo a seguir lei,
Ma, riscontrando la persona altiera
Di Feraguto, a ritrovar costei
Fu intertenuto in fin l'oscura sera,
Che si deron fra lor colpi aspri et rei;
Pur la fortuna in questo intervalle
Le giovô in man ponendoli un cavallo :
31. Che, quando fu da Feragù spedito,
Sconli'ossi in un caval ch' è tutto nero
Et di seir et di brigîia si guernito
Che '1 giudicô di degno cavalliero ;
Fuvi d'un salto in su l'arcion salito,
Po' al seguir lei riprese il suo sentiero,
El sentier che drizollo al freddo rivo
D'ogni amor et dolcezza etpietà privo.
32. Ma la donna, ch' al lauro vi lassai,
Già sopragiunta dalla notte oscura,
Con pena si lamenta de' sua guai
Et ch' abia il ciel di lei sî poca cura.
El cavallier giunto hora et stanco assai
Dar posa al corpo fiacco un po' procura.
Cosî si adormî in l'herba, sin che '1 giorno
Nuovo ogni stella scaccia d'ogni intorno.
[F. 6r°] 33, Non più che F alba rugiadosa appare
Prender il suo destrier la donna pensa,
Et seco sola al suo regno tornare
Per mezzo délia sua virtud' imensa
Et di quel degno anel che non ha pare ;
Onde si lieva in tal disir accensa,
Et, mentre el cerca, sente un mormorio
Soave d' acqua e accostasi a quel rio.
34. Pensa che '1 rio sia dove havea lasciato
La sera inanti el suo gentil cavallo,
Et, quinci et quindi errando, hebbe trovato
Un fonte chiaro a guisa di christallo,
Che nel mezzo era d'im fiorito prato,
A color verde, rosso, bianco et giallo ;
Lavossi in quello mani et volto et petto,
Poi bebbe che invitolla il fonte eletto.
5 08 I DODICI GANTI
35. Questo era il fonte che scacciava il gelo,
Anzi l'odio crudel, del petto fuore
Con la vii'tù concessali dal cielo
Per mezzo del famoso incantatore;
Questo il fonte è che germinava il zelo
Et rivocava ogni sbandito amore ;
Questo il fonte è di quai bevuto inaiite
Havea di poco il yir gentil d'Anglante.
36. Gustate ch' hebbe Angelica quell' acque
Del fonte che del cor durezza toile,
Un certo desiderio al cor le nacque
Di farsi pia, humil, clémente et naolle,
Benchè '1 costume, che nell' ossa gi[a]cque
Da teneri anni, alcun difficil crolle;
Pur, quando il ciel vuol altrui gastigare,
Questo molle et quel dur fa diventare.
fF.6v°] 37. Indurù donque il cor di Pharaone
Quel gran monarca che nel ciel su sede,
Per gastigar di Egitto le persone
Et, con il scetro, al re tuor l'ampia sede ;
Amor al cor di Daphne il piombo pone,
Sol per gastigo dar a Phebo il fiede ;
Rendendo lei per lui spietata et dura,
Constrinse in lauro a rimutar figura.
38. Cosi per gastigar la desdignosa
Angelica d'amor disprezzatrice,
El ciel guidô Rinaldo a quella odiosa
Fontana accerba d'amor sbanditrice,
E lei ne 1' altra e di fîamma amorosa
Solecita et accuta accenditrice
Lasciô tuffar, e il sir di Montalbano
Rese per questa via libero et sano.
39. Sano Rinaldo è fatto a questo fonte
Che da Parigi era venuto infermo
E schiavo, a piè solcando valle et monte,
Nullo faceva contra amor ischermo ;
Più tardi mosso arivô prima il conte,
Che non lo lascia il grand disio star fermo;
Amor che è cieco il guida et la fortuna
Di lui non raostra haver pietade alcuna,
CANTO PRIMO 509
40. Ma via ne va, corne disopra inteso
(Se si ramenta mio lettor) prima hai,
Rinaldo, che non ha più fuoco acceso
Nel petto, dorme senza sentir lai
Presso al bel fonte infra l'herbette isteso.
Suspira con toraaenti pena et guai
Angelica che cerca et non ritruova
El destrier anco, et pur cercar si pruova.
[F. 7r»] 41. Già in l'Oriente l'amorosa stella
Cedeva al sole, quando la regina
S'accorge che la fonte non è quella
Ove era il suo caval, perô camina
Tornando in dietro et un' orma novella
Che truovô va seguendo la mischina
E vede il cavallier ch' in odio haveva,
Che, come i' dissi, in l'herba ancor giaceva.
42 Contempla questa donna il bel campione
Che agli ochi soi non vide unqna il simile,
Ne spera di veder fra più persone
Un più beir, un più vago, un più gentile ;
Onde dentro del cor questa dispone
In lui vedendo aspetto signorile,
0 truovi 0 non ritruovi l'Argalia,]
Costui voler sol seco in compagnia ;
43 Et rivoltando gli ochi alquanto a dietro
Vidde il caval che '1 sir di Montalbano
Haveva trovato in tempo scuro et tetro.
Et ben conosce ch'egli è Rabicano
Che correa sopra, nol spezzando, il vetro,
Tanto era lieve et presto in monte e in piano :
Onde dubio ha che '1 bon Rinaldo forte
Al suo fratel dato habia orrenda morte.
44 Cosi dubiosa un gran pensier l'assale
Di vendicar il suo frate Argalia
Mentre che dorme il paladin con taie
Profundità che morto par che sia ;
Et, fin ciô pensa, con l'auraio strale
La fere Amor, onde ella fantasia
Muta dicendo : « Sarria troppo errore.
Se mia œan uccidesse il mio signore. »
510 1 DODICI CANTI
(F. 7 v°) 45 Poi l'itorna a mirar il paladiao
Che l'elmo s'havea tratto, e il capo d'oro
Mostra dormendo et l'aspetto divino,
Stando quindi suspeso a un gelsomoro
L'aven turato elmetto di Mambrino
Che più a costui ch' a tutto il popol Moro
Solo conviensi ; et, mentre ella in lui mira,
Pei- tenerezza et per dolor suspira.
46 Duolse ella che non ha per prima amato
Questo campion et le sia stata dura ;
Hor che nel petto il cor tutto ha infiammato,
Vorria svegliarlo, et ben non si assicura
Da l'altra parte il suo fratel pregiato
Vendicar anco délia morte oscura ;
Cosi combatte con pietade amore
Nel petto feminil, ma pietà muore.
47 Che fra se dice : « Sel fratel mio ha occiso,
Segno è che di lui ù stato più valente ;
La sua beltà m' [ha] il [cor] tauto conquiso
Che senza lui lassar no[n] vo[glio] il Ponente
Pur che da me costu' non sia diviso,
Uccida Gallaft'on il mio parente,
Tolgasi il regno mio meco, che tolto
M' ha il cor con la bellezza del suo volto, »
48 0 impaciente sesso feminile ,
Quaudoegli è posto in amoroso laccio !
Divienpiù che mai d'huon forte et virile
11 COI-, quand' arde infra la nieve e il ghiaccio
Perché natura è sel d'amor gentile
Levar un fuor di tiuioroso impaccio
Et renderlo animoso oltra misura
Spesso eccedendo il segno di natura.
[F. 8 r"] 49. Fuggiva dianzi Angelica costui,
Hor aspettar non puôche si risvegli
Per dimostrar sua bella faccia a cui
Porto tanto odio pria, perché amor dègli
Questo ardir, et disponsi al servir lui
Hor, non amarlo sol, benchè le' odie egli.
Né più superba sta, che muta in lei
La voglia Amor quai vince homini et dei.
CANTO PRIMO
50. Et perché lo conosce a nome '1 chiama,
Ond' egli alza la testa et quella vede
A cui porta odio et non sol la disama,
Che di le' odiar tanto il fonte le diede,
Né parola risponde a quella dama,
Ma prestamente rilevasi in piede,
L'elmo a se allaccia, a Rabican la briglia,
Et qui di Gallafron lascia la flglia.
51. Angelica che vedesi lasciata
Da questo cavalliera le ' inhumano,
Sopra queir herba quasi trangosciata,
Ove stat' era il sir di Montalbano,
S'assise con la chioma scapigliata,
Anzi stracciata tutta di sua mano,
Et poi diceva forte suspirando :
« Rinaldo ingrato più che grato Orlando !
52. Orlando non senti ma' in petto amore,
Se non quando, aime lassa! i' venni in Francia ;
Ma, tu crudel, perché mi dai dolore,
Che non mi uccide la tua forte lancia,
Poichè ne porti teco il miser core
Lasciando lagrimosa la mia guancia ?
Ah Rynaldo crudel, Rynaldo ingrato,
Presto é il tuo amor in odio commutato ! »
l^F. 8.v°] 53. Mentreche la regina mischinella
Piange et suspira con voce alta et grida,
Straccia le chiome et quella faccia bella
Tutta sgraffia et al ciel manda le stiida,
Rivolge gli ochi al ciel, chiama ogni stella
Et prega morte che le sia sol guida
Et va cercando l'ultimo supplitio,
8e si puo dar per qualche precipitio ;
54. Non ha coltello et non truova luogo atto
A darsi morte la donzella afUitta,
Stracciata ha già la chioma con che in fatto
Pottea affogarsi, e ogn' altra via prescritta
Ella si vede, onde non sa quai atto
Possa più usar pel quai le sia interditta
Questa vita mortal: perù in la selva
Invita alla sua morte ogn' aspra belva ;
512 1 DODICI GANTI
55, Et fin che si lamenta in su l'herbetta
Ella con pianto doloroso, el conte
Via cavalcando giunse a una via stretta
Alla pendice d'un snperbo monte.
Un gran gigante, ch'era alla velletta,
Ginso si cala al cavallier a fronte
Con molta furia et dispettoso sdegno
Tutto infiammato et di grand' ira pregno.
56. Porta una scimitarra di gran peso
L'horribile gigante etvien gridando,
Pur quando egli èpiù presso sta suspeso
Ch' esseï" gran cavallier comprende Orlando,
Et con parlai- summesso a dirgli ha preso ;
« 0 cavallier che qui venesti errando,
Vuo" che mi servi un anno a mio diletto,
Et, se ciô veti, a battaglia t'aspetto »
fF.9ro] 57. El conte, che d'amor et fiero sdegno
Et di forti arme et di gran core è armato,
Con costui di battaglia fa dissegno,
Perché ne va quai huom che è disperato ;
Poichè non truova il vise grato et degno,
Non prezza più la vita o il mortal stato,
Getta la lancia, che'l gigante vede
Esserne sen[za], poi dismonta a piede.
58. Lo scudo imbraccia etDurrindaua afferra
Et animoso va contra al gigante
Che urla quai lupo et fa tremar la terra
Ovunque per le smisurate piante ;
Et sopra el conte tutto si desserra
Costui che nominato era Gorante,
Et con la scimitarra un colpo crudo
Tirando al conte spaccô tutto el scudo.
59. La fatagion giovolli et l'armatura
Che al braccio scese il brando del pagano
Et feceli si cruda acciaccatura
Che'l scudo in pezzi le cascô di mano ;
S'adira il conte fuor d'ogni misura
Et entra sott' al perfide villano
Ch'un braccio taglia netto e il capo fende,
Tanto acramente Durrindana scende.
CANTO PRIMO 513
60. Tagliô presso alla spalla il braccio quale
Teneva il scudo del gigante inico ;
Non fu mai visto colpo più mortale
Che venuto era dal vallor antico
Di Francia, maqnelfusto, corne l'aie
Havesse, via parti senza altro intrico ;
Et lascia il mezzo capo, il braccio, il scudo
Quivi in terra il villan spietato et crudo.
[F. 9 v°] 61. .Stupido resta il conte et fra se stesso
« Per certo, dice, questa è strana cosa:
r so che'l duro capo i' gli ho pur fesso
Col braccio che quà l'un l'altro si posa. »
Et per meglio veder l'andô più presso.
0 Dio ch' orrend[aj cosa et spaventos;;
Che non più che nel sangue il piede puone,
Resta subito il conte ivi prigione !
62. Et la man mozza el scudo abandonando
Nel petto il prese et tennelo si stretto
Che più non si potea crollar Orlando,
Ma andar prigion conviengli al suo dispetto,
Gh'è tornato il gigante fulminando,
Con mezzo capo sol, corne i' v' ho detto,
Et con un braccio carco di catene :
Una el sir lega et l'altra man lo tieue.
63. Poich'è legato il palladin, quel fusto
Si piega in terra e 1 mezzo capo toile
Et il braccio anco, e acostati al lor busto
Si rappiccor quai cera calda et molle.
Adiveuton' il gigante più robusto.
Orlando sta com' insensato et folle
Et Brigliadoro va per la foresta
Sbruffando nari et crolando la testa.
64. Legato si ritruova il palladino
In un momento et di piedi et di braccia ;
Se bevea l'onda al fonte di Merlino,
Dico sol quella ch' amor svelle et scaccia,
Forsi non seguitava il rio camino ;
Hor il gigante in spalla se lo caccia,
E in una torre, ch' è fra monte et monte,
Cosi legato puone il fiero conte.
514 1 DODICI CANTI
[F. 10 r°] 65. Et doppo torna alla vedetta iu alto
p]t vede un altro cavallier venire,
Onde giù corre pei- l'herboso smalto.
Al cavallier gridando prese a dire :
« A che nel mio terren fai questo salto,
Senza elmo in testa a rischio di morire ?
0 converatte star meco per fante
0 qui morendo non girai più ayante. >»
66. El cavallier ch' altiero et orgoglioso,
Disse : « Un ragazzo bon non mi sareste. »
Et sfodra il brando in vista desdignoso.
Mosso a battaglia con le mani preste,
Contra el gigante va tutto animoso,
Ne furibondo nien del Greco Oreste,
Contra costui con mani et con parole
El sdegnoso pensier qui sfogar vuole ;
67. El pensier che d'Angelica l'accora
Et del preso elmo et délia villania
Che, cou la voce chiara alta et sonora,
In mezzo il fiume il già morto Argalia
Le disse quai le preme l'aima ancora,
Sfogar qui vuol con la persona ria
Di quel gigante a cui mal starà saldo
Per le percosse havute da Rinaldo.
68. Pur le disse el gigante : « 0 daraigello,
Habii compassion délia tua vita.
Non voler meco prender il duello.
Perché la forza raia tropp' è infinita;
Sono per far di te crudel macello
Se '1 brando mio quai suol mi presta aita.
Onde di te mi duole et pesa forte
Che vai cercando volontaria morte.
[F. 10 v"] 69. Pur se ti rendi a me senza battaglia,
Volendomi servir et far honore,
Salvarai la tua piastra et la tua maglia,
Anzi la vita tua, che fua el migliore. »
Rispuoseli el guerrier : « Deh, caglia, caglia,
Perro vigliacco, perché mai non muore
Huom generoso. » Et va col capo igniudo
Contra di lui sol con la spada e il scudo.
CANTO PRIMO 515
70. Col brando vibra et dentro al petto il fîede.
Quel versa il sangue et qiiesto d'arcion scende,
Che, quando il colpo oltra modo li diede,
Riman la spada in l'osso ch'ella offende ;
Perciô scavaica che rihaverla crede,
Ma il ferito gigante non attende
Qui, che sparve con quella in un momento.
Pur di lei cerca il sir con gran spavento,
71. Che corne il piè nel sangue il guerrier puone
Non altrimente che in la pania el tordo,
Ne libero si truova ne prigione,
Onde per rabbia vien quasi balordo
Et bastemia divoto il suo Macone,
Linci partirsi desioso e ingordo,
Che, quanto più ritrarsi indi procaccia,
Tanto più dentr' al vesco si ricaccia.
72. Si che trovandose a quel modo preso
Senza battaglia et men da quella sciolto,
Resta in dubio di se forte et suspeso ;
Hor se aroscia, hora impalidisse in volto
Et ha da tanta stizza il cor oifeso
Che brama vivo vivo esser sepolto,
Ne sa truovar partito che le giuovi
A ritrarsi indi, ancor che più ne pruovi.
[F. llr°]73. Et cosi stando a se vede venire
Brancolando quai huom che è senza lena
L'antropophago che non puô morire,
Mostrando in apparenza haver gran pena.
Quando fu presse, il valoroso sire
Col scudo che in man tien, sul capo mena,
L'osso le ruppe et il cervel schiacciolli,
Credendo farne mill' augei satolli.
74. Vedendo il cavallier poi quel gigante
Col capo rotto rovesciato in terra.
Gerça con ogni forza a se le piante
Dal sangue trarre et terminar la guerra.
Oprando le sue forze tutte quante
Per partirsi indi in un li spirti serra,
Et, mentr' al riscattarsi egli ha il pensiero,
Eccoli di[e]tro giunse un cavalliero.
51 fi I DODICI CANTI
75. Ben lo conobbe el cavallier che giunse,
Ch' aveaa soveute insiem fatto battaglia
Et con la spada l'uno Faltro punse
Più volte sgrettolando piastra et maglia;
Eran nemici, et pietà il cor le emunse
Vedendo che'l nimico si travaglia
Per uscir fuor délia sanguigna pania
Tal ch' ello ancor par quello ardendo sraania.
76. Quest 'era il gran signor di Montalbano,
Quel altro è Feraguto il cavalliero
Di Spagna ardito, e '1 dosso ha ognun mal sano
Ch' a battaglia eran stati il di primiero
Per Angelica solo, bench' in vano,
Ch' ella partendo prese altro sentiero.
Et pur si duol Rinaldo poichè vede
Prigione il suo rival e a pena il crede.
[F. 11 v°177. Et tanto più si duol ch' aiutarlo hora
Vorebbe uè vi vede modo o ingegno,
Ond' a un tempo s'infiamma et discolora
Per rabia, per furor et per disdegno
Ch' ha veder si el Spagnuol, et dubia ancora
Forsi aiutando altrui restarvi pegno ;
Pur si dispon di havervi a rimanere
Più presto che mancar del suo devere.
78. Dismonta adonque da 1' arcione et prende
Con una man le redine al destriero
Che fu de V Argalia, che non intende
Quai pria havea fatto a piè far più sentiero ;
Con l'altra al braccio del Spagnuol s'estende
Et tira quanto puô il forte guerriero,
Ma quanto più costui tirar si pruova,
Tanto meno a colui tirato giuova.
79. La forza di Rinaldo era cotanta
Ch' avria da sua radice un monte svelto,
Ne a questa volta pur si loda o vanta
Di sua fortezza il valoroso Celto ;
Non fu mai radicata in terra planta
Quanto in quel sangue il sir fra gli altri scelto
In vera gloria del terreno Hyspano,
Onde Rynaldo s'afFatica in vano.
CANTO PRIMO 517
80. In vano s'afFatica il sir pregiato
Volendo a Feraù prestar aita,
A Feraù nel sangue inviluppato
Che si ved' a 1' estremo di sua vita ;
La briglia lascia del cavallo honrato
II Franco et quello ad aiutarsi invita,
Con ambe mani per le braccia il tira
Et quiuci et quindi intorno al sangue gira.
[F. 12r°] 81. S'agira intorno el sangue il coragioso
Che quel machia le par magior che pece,
Quanto più puô s'aiuta l'orgoglioso
Et che nol lasci a Rynaido fa prece,
Quai per l'impacientia furioso
Vien, che tirando un pezzo nulla face ;
Onde dalla vergogna et furor spinto
Hebbe lo Hyspan con ambe braccia avinto.
82. Assettassi quai huom che giuoca a lotta
Ch' alzar sel crede corne Alcide Antheo ;
Una man puonli sotto la colotta,
Ma quel sta ferino più che Caphareo
Che del^raar Friso regge ad ogni botta,
Onde entra egli nel sangue, et non poteo
Far altro ; et cosi furno ambi impaniati,
Più di vergogna che di piastra armati.
83. Non so, signer, se voi vedeste mai
Quand' un smeriglio truova qualch' augello
Al vesco preso, et che egli essendo in guai
Invita il predator stridendo a quello
Luogo, onde questo ancor entra ne' lai,
Ch' invescato si truova insien con ello,
El simigliante fe il figliuol d' Amone
Che col Spagnuol si ritrovô prigione.
84. Quando se accorse el gentil Rabicano
F.sser libero fatto per ventura.
Non più temendo il monte aspro che il piano,
Sol galoppando per la selva oscura,
Con Ferraguto quel di Montalbano
Lasciô impaniato et ben con grave cura.
Gorante al calpestio quasi svegliato
El cervel toise et puoselo al suo lato,
34
518 I DOniCI CANTI
[F. 12v°] 85. Et po' alli due impaniati una catena
Subito gitta al coUo et al traverse
Di lor rivolta l'una a l'altra schiena.
Stretto che gli ha, lo sangue in terra asperso
Tutto racoglie et riraette in sua vena
Et poi diventa più crudo et perverso,
Che ambo costoro porta sotto un braccio
Legati, corne è detto, in stretto laccio.
86. Dentro la terre, dov' è posto il primo,
Puonvi a un sol tratto col seconde il terzo
Cosî legati insieme nel più ime
Luogo, ne par ai cavallier bel scherzo.
Onde une a l'altre : « Aimé ! morte mi stimo. »
L'altre risponde : « Et io con morte scherzo,
Ma questo scherzo mio fia quel dasezzo
Ch' a tai pasticci sono mal avezze. »
87. Rinalde a Feragù cosl diceva :
« Ah lasse mè ! vedend' io quel cervelle
Sparso in terra, cosi coglier doveva
Et buon spatie loutan giltar da quelle
Luogo, che, quand' ei poi corr' il voleva,
Non l'havendo truovato sarebb' elle
Ite a cercarlo errando quinci et quindi,
Fin che usciti saremme nui pur d'indi. »
88. Rispondendo el Spag[n]uol disse : « Aimé lasso !
Se fusse qui la mia madré Lanfusa
Quaudo ch' io giunsi al perigliose passe,
Del troppe ardir non converia far scusa,
Che '1 gigante saria di vita casso,
Imperô ch' ella ogni malia che se usa
In l'arte maga ha si in la mente fissa
Che per nui meglio si finia la rissa. »
[F. 13r°] 89. Poi ch' impregionato hebbe entre la terre
I dua guerrieri il perfide assassine,
Per l'alto monte su poggiando cerre
Onde sceprir potea ogni peregrino,
Ch' egli la crudeltà mai non aborre,
Ma, cerne Alane et perfide mastine,
La preda aspetta et vede indi i destrieri
Del prime et del seconde cavallieri.
CANTO PRIMO 51<
90, Falle la guardia et la scia pascolare
Et tal hor va sonando una zampogaa.
Ma questi tre prigion vi vo' lasciare,
Che ritornar a Angelica bisogna
Quai vi lassai soletta a lamentare
Di sua sorte, e il Cataio hora se agogna ;
Ma indarno di Rinaldo ancor si lagna
Ch' entra el cor arde et fuor il petto bagna.
91 . Se vi ramenta, del figliuol d'Amone
Si biasma questa et di sua scortesia
Et loda in parte il figliuol di Milone,
Ma non perch' amarlo habia fantasia,
Et suvengli hor d'un altro gran campione
Ch' ha corona et gran regno in Circasia,
Saggio, discrète et pur di questa amante,
Valoroso, nomato Sacripante.
92 Poi le ritorna a mente il re Agricaue
Ch' al padre dimandar la fece in sposa
E ch' ella el dispregiô a guisa d'un cane,
Per essere oltra modo borïosa.
Hor che sola si vede in parti extrane,
0 darsi in preda o farsi coragiosa
A suo mal grade testé le conviene,
Uscir volendo fuor di tante pêne.
F. 13 v°] 93. Sovente la beltade è gran cagione
Di condurr' una donna in stato acerbo.
Bella è la figlia del re Gallafrone,
Ma ha il cor sdegnoso et l'animo superbo
Ne mai si muta d'aspra openione
Ch' ha solo enganni sotto il dolce verbo,
Et ha d'amanti, ma indarno, gran copia
Dal mar di Francia in sin a l'Ethiopia.
94. Hor ama un cavallier che lei disprezza
Et per lui lagrimosa ella ha la guancia ;
Orlando, che potea per sua prudezza
Condurla in India dalla bella Francia
E ovunche andava délia sua fortezza
Far paragon col brando et con la lancia,
E sprezzato da lei, o grand' errore !
La donna sempre attiense al suo peggiore.
520 I DOOICI CANTI
95. Tal cosa ad ogni donna è naturale,
Perô Angelica ancor scusar si puote
Se del suo fallo il pentir poco vale,
Se lagrimose tien ambe le gote;
Rynaldo fugge et entra in magior maie.
Et, se piange ella, ei fa dolenti note
Neir oscura prigion dove Orlando era
Statovi infine alhor da l'altra sera.
96. S'havete a mente ben, non è gran tempo
Che si parti Rinaido da quel fonte
Contra Angelica irato, perché un tempo
L'altro discaccia con rubesta fronte ;
Arse egli per Angelica già un tempo,
Hora ha di ghiaccio in petto fatto un monte
Et per lui ella le sue membra tenere
Rivolte quasi sfavillando in cenere.
[F. 14 t'O] 97. Pur dispon ella in brieve a suo paese
Tornar col sol aiuto del suo anello.
Et, ritrovato il suo caval, lo prese
Et le stracciate chiome al capo bello
Incultamente attorse et dopo ascèse
Piangendo al destrier suo ligiadro et snello
Et cavalcando afflitta et chetamente
Uscir d'un bosco humana voce sente,
98. Di quai el tuono era in bequadro grave,
Che formava d'Angelica il bel nome :
« Angelica, dicea, nome è soave,
Ma non soavi son l'ardenti some
De l'aspre fiamme inceadiose et prave
Ove io nudrisco il cor et non so come. »
Enteso quel, Angelica il mirava
Che in un cespuglio a suspirar si stava.
99. Mentre Gorante li dui cavallieri
Lego, senza esser visto, passô in tanto
Il re di Circasia con strani, feri
Et acerbi dolor, occulto pianto,
E in su l'herba hora sfoga quel pensieri,
Che quivi giunto havea et solcando quanto
Poteo di mar et terra per trovare
Costei che di beltà non havea pare.
CANTO PRIMO 521
100. S'avvien che un cacciator vada per boschi,
Sempre par le veder la fiera inaute ;
Se vede o tronchi o sassi in luoggi foschi,
S' e' dal vento ode muoversi herbe o piante,
Pensa che qualche fera ivi s'imboschi
Et a quel luogo drizza et ochi et piante.
Altresl fu d'Angelica il pensiero
Che sia Rynaldo suo quel cavalliero,
^F. 14 v°] 101. Quel cavallier per chi arder si sente
L'Angelica regina el miser core
Da qui se propria nominar sovente
Ode ; et conosce quanto puote amore
In gentil cor, onde divien più ardente,
Anzi più amando cresce il gran fervore,
Et pensa che quel sia di che ella è amante
Et non lo inamorato Sacripante.
102. Da lungi el vede sol d'armi coperto
Dal capo al piè, perche non se ha levato
Elmo et men da visera s'è scoperto,
Et manco el pu6 veder da ciascun lato ;
Se questo è il suo Rynaldo o no. di certo
Non sa, ma il cor suo misero impiagato
Creder le fa che sia Rynaldo solo
Quello per chi nel petto ha eterno duolo.
103. Voria chiamarlo, et dubita che quello
Via da lei fugga corne havea pria fatto,
0, s'ella s'appresenta, raccorgasi ello
Di lei, il cor resti in cener disfatto,
Se lei fugge anco il suo signor, ribello
Ad Amor et a lei si mostri in fatto ;
Ivi morir dubia in le flamme accese
D' Amor a chi si son sue forze apprese.
104. Et perô il mira ne le vuol far motto.
La vede il re et conosce et ben se accorse
Del fatto tutto, onde surge di botto
E dinaTnJzi al caval di questa corse.
La donna non poteo tuorsel di sotto
Ne cura hebbe l'anello in bocca porse.
Perché la mano del bel palafreno
El re correndo pose al duro freno.
522 I DODICI CANTI
[F. 15 r°]105. Crese ella che Rynaldo il guerrier crudo
Fusse quel che nel bosco udî dolerse
Di lei infiammato ancor ne che più il scudo
Di durezza tenesse, onde si ofFerse
Sicura a lui, ma quel di timor gnudo
Che più da lui si parta non sofferse,
Che venuto era di lontan paese
Per trovar questa ingrata et discortese ;
106. Et di Rynaldo più dotto et d'Orlando,
Come colui che n' ha più cognitione,
Ch'avea per lei già esercitato il brando
Tuorla volendo al padre Gallaphrone,
Perô fu ratto ancor che suspirando,
Che sa come ella per incantagione
Potea fuggir sicura senza impaccio
Et lui lasciar in fuoco eterno e in ghiaccio.
107. Perô lei vista non le vuol dar tempo
Come fe Orlando al fonte di Merlino,
Che sa, se questa ingrata donna ha tempo,
Che più non haverà di lei dimino.
Et imperô si mosse contra tempo
A romperli el pensier et il camino,
Ch'un negromante haveva il re ammonito
Di queir anel ch'ella portava in dito.
108. La virtù dell' anel seppe il Circasso
Dal negromante et perô, in un momento
Suso levato in fretta, mosse il passo,
Che spesso nuoce l'esser troppo lento.
Rimase il cor délia regina casso
D'ogni baldanza sua, d'ogni ardimento
Et resesi a quel re come prigione
Ma pur perô con certa conditione.
109. Disse Angelica a lui : « Per mio signore,
Per mio signore ti accetto, o Sacripante,
Perché son certa che mi porti amore,
Che per trovarmi hai lasciato il Levante
Et qui venesti con l'acceso core,
Chel mi mostrar le tue parole santé
Infiammate d'amor quando chiamavi
Il nome mio con gli acenti soavi.
CANTO PRIMO 52^
[P. 15vo]110. Con questo patto fia nostra amistade
Ch' ua mio nimico che '1 fratel m' ha ucciso
Per riibargli el destrier pien di boutade,
Sia da tua mano a brano a brano anciso,
Ne prima havrà mio cor di te pietade
Ne mai pria lieto vederai mio viso ;
Ma, se ciô fai, ti giuro et ti prometto
A tutto tuo piacer darti diletto. »
111. Signor, com' un nochier che in la tempesta
Del mar più giorni affaticato in vano,
Dal vento posta è poi sua nave mesta
In luogo salvo oltra el sperar humano,
Fa con gli amici suoi letitia et festa,
E par per alegrezza quasi insano,
Altresî fece il degno re et cortese
Quand' el parlar délia sua donna entese.
112. Ha tanto gran disio d'esser signore
Di quella donna che cotanto egîi ama,
Ch' assai promette più che non dà il core,
Che compiacerle in vita e in morte brama,
Et già alla palma invitalo e a l'honore
Délia vettoria il gran disio lo chiama,
Et parle haver già l'une et l'altro in mano
Ne sa che quell' è il sir di Monte-Albano.
113. La donna, che di gran malitia è piena,
Volendosi costui dinanzi tuorre
Perch' Amor legô lei nella catena
Sol per Rynaldo ne si puô distorre
Da quel voler col quai Amor la mena,
Possendo Sacripante a morte porre,
Cerca di farlo con l'animo saldo,
i:h' ella non ama altrui fuor di Rynaldo.
114. Certa è, ancor chè non muoia Sacripante,
Che non sarà sua la vettoria mai
Et cosi mancarà l'odiato amante
Con gravi pêne et angosciosi guai.
Et senza lui tornarsi ella in Levante
Spera, ch' ella non sa i futur sua lai.
Ma molesto horamai esservi stimo
Ch' è troppo lungo questo canto primo.
CANTO SECONDO
'F. 16 r"] 1. Quanto sia Amor pericoloso al mondo
Darne sententia chi el suo mal pruova ;
Egli è uno abisso d'huomini un profonde
Ne altro che tradimenti in lui si truova ;
Per un amante ch' ei faccia giocondo
Mille ne danna a pena incerta et nuova.
Di ciô fede puô farvi Sacripante
Ch' io vi lassai, signor, poco davante.
2. Non conosceil meschin esser odiato,
Che facile credenza un amatore
Presta a quel che gran tempo ha desiato
Perché non è patron del proprio core.
Perô le par haver già conquistato
El suo rivale et riportarne honore,
Ch' esser credendo délia ruotain cima
D'ogni altro cavallier fa puoca stima.
3. Poco cura de altrui re Sacripante
Che, corne cieco e d'intelletto privo, "*
Non vede il laccio a lui posto davante
Ne sa che la fortuna Thabia a schivo,
Ma spera con Angelica in Levante
Lieto tornarsi et che in lei il fuoco vivo
De amor per lui s'innuovi et quasi sempre
Resti senza cangiar in lei mai tempre.
4. 0 ben vano intelletto et van discorso
Far fundamento in chi per sua natura
Mobile è sempre ! o mal dal Ciel soccorso
Chi por sua spem' in femina procura,
Che sempre n' ha di cons[c]ientia il morso,
Ancor chè non gli accaggia altra sciagura
Ma che dico io, che d'amanti è costume
Perdere di ragion il vivo lume?
CANTO SECONDO 52;
5. Perô legendo questa hystoria mia
Non siate a donne facil. Vi ramento,
Signor mio caro, che di Cyrcasia
Vien Sacripante sol per suo tormento.
La donna si nudrica di bugia
Et quella afferma poi con giuramento ;
Cosi Angelica fa ch' ha ritrovato
El re quai odia et fenge haverlo grato.
[F. 16 V»] 6. Poi per meglio engannarlo : i< 0 Sacripante,
Dice, ben potrai dir ch' io sono ingrata,
Perché gran tempo è che mi fusti amante
Et sempre mai più dura ti son stata.
Vuo' che n' andiamo insieme nel Levante
Al padre mio da chi sono aspettata,
Ch' essendo ei vechio et morto l'Argalia
El regno converrà che nostro sia.
7. Credo che fusse morto il mio germano
A tradimento da quel cavalliero
Che si fa dir signor di Montaibano,
Onde le porto odio spietato et fiero ;
Perô se tu l'occidi con tua mano
Pel tuo valor, com' io bramando spero,
Te attenderô quant' io t 'ho gia promesso
Et contento ne fia el mio padre istesso. »
8. S' hor è contento il re di questa cosa,
Lassolo giudicar a chi Amor sente.
Si cara compagnia, si pretiosa,
Desiata da lui col core ardente,
In man già se la tien havere in sposa
(Ma Io giuditio humano erra sovente) ;
Onde verso il Levante si ritorna
Con la fanciulla di bellezza adorna.
9. La donna per tener il cavalliero
Giolivo et di se darle falsa spe[m]e
Et perché men le incresca quel sentiero.
Quel sentier che calcando vanno insieme,
Si puose una novella nel pensiero
Dirle, ben ch' altra curael cor le preme,
Pur disse: « Signor mio, i' ti vuo' dire
Cosa di far ridendo altrui morire.
526 I DODICI CANTI
10. Qiiando i' venni d'Albracca inver Ponente,
In la Spagna, honorommi Fiordispina,
Et stando nui a una mensa eccellente
Et soatuosa, venne a la regina
Una vecchiarda ch' afflitta et dolente
Ingenochiatta a terra se le inchina
Dicendole : « Una gratia vi dimando,
Sacra regina, e a voi mi racomando. »
[F. 17r°]ll. Eravamo in sul fior del' ampia cena,
Quando la vechia lagrimosa venne ;
Era si vechia che parlar a pena
Ella potea, onde pietà al cor dènne.
Per la voglia del dir non havea lena,
Tal che quasi a nui il pianto sovravenne
Et lasciando il mangiar stavemo atente
Al ragionar délia vecchia dolente ;
12. Che piangendo diceva : « Un giovanetto
Délia più vaga et più fiorita etade,
Che donna desiar potesse in letto
Over dovesse amar per gran beltade,
A forza il cuor m' ha tratto fuor del petto,
L'ingrato pien d'accerba crudeltade,
Et nel mio duol avolto seco il porta,
Ay lassa raè! chi m' ha col sguardo morta.
13. Un corpo senza cor viver non puote,
Pcrô morta sono io che non ho il core ;
Et, perché ei vede crespe le mi' gote,
Vechia et brutta mi chiama a tutte l'hore,
Bench' io vechia non sia ; dolenti note
Mi fa far sempre el dispietato Amore
Per costui sol che mai non cangia tempre,
Trovandolo al mio amor più duro sempre.
14. Pocho mi euro al fin perch' ei mi chiami
Vechia, se vechia sono al suo parère,
Ma ben mi duol che tanto mi disami
Doppo che '1 cor mio posi in suo potere.
Fate, gentil madonna, che egli me ami
0 che mi renda el cor com' è dovere,
Che via et modo non ho di lasciar lui
Et men pensier rai vien d'amar altrui.
CANTO SEGONDO
15. Fatel, regioa, dalla vostra corte
Sforzar ad un di questi dui partiti,
0 il cor mi renda o meco giostri forte
Quai con le donne fanno i lor mariti;
Et, se ciô vieta, fateli dar morte
Per dar esempio a giovanetti arditi
Che non stratiin le donne inamorate
Ma che le sieno a lor dispetto grate. »
[F. 17 v"] 16. S'havesti visto, o Sacripante mio,
Senza denti colei piena di bava
Et il suo ragionar dolente et pio,
Et visto com' ognun grato ascoltava,
Non havresti pel pianto dato a oblio
El riso quando ella cosl parlava,
Perché a un tratto in nui dal pianto et riso
Si formava un inferno e un paradiso. «
17. Mentre eh' al re infiammato la regina
Di tal facetia ragionando andava,
Senton da un poggio con molta ruina
Un calpestio crudel d'un che gridava
Dicendo : « 0 cavallier, quinci dechina
Con quella dama. » Ond' el re gli ochi
Et la donna tremando tutta volta
Lasciando il dir al strepito si volta.
18. Quel è Gorante la bestia incantata
Che bestia si puô dir, non corpo humano;
D'un satyro nato era et d'una fata
Ne mai si vide un animal si stiano ;
Quai ucidendo di molta brigata
Mangiava carne humaoa il rio pagano ;
Era fratel d'Orilo il maladetto
A un parto seco nato in un sol tetto.
19. Quai capitando in una regione
Ch'era soggetta alla fata Sylvana,
Perche offendeva tutte le persone
Che capitavan ivi a una fontana,
Astolpho discacciô quel Lestrigone
Come bestia odiosa et inhumana.
Onde in Ardenna venue ove gli erranti
Cavalier irasser già famosi vanti.
1 DODIGI CANTl
20. Ma corn' el fece discacciar la fata
Al duca in altro luogo vi fia chiaro,
Ch' ora vedendo io Angelica turbata
Convien ch' io li socorra al caso amaro.
Gorante la persona dispietata
Giuso ne vien et non è alcun riparo,
Che, se la figlia del re Gallaphrone
Non l'aita, quel re non sia prigione.
18 r°] 21. Grida el gigante et con voce aspra et
Le fa il partito che a quegli altri ha fatto,
Et Sacripante, la persona altiera,
Di combatter accetta et ferma el patto,
Che usitata battaglia seco spera,
Perch' era destro et coraggioso in fatto.
Délia sua diva havendo la presenza
Pensa non gir délia vettoria senza.
22. Giù scende in fretta dal ferrato arcione
Quel re gentil ch' a piè vede el gigante,
Et alla figlia del re Gallaphrone
Forge la briglia in nian del suo aflferante.
Quella da parte a rerairarsi pone
Se per sorte périr vede il suo amante,
Ch'odia nel cor et pur d'amarlo finge,
Ch' Amor, chi da lei fugge, amar la spinge.
23. Fin che '1 re col gigante si dimena,
Un nano arriva in guisa di corriero
Fer il viaggio stanco et senza lena ;
Fermo mira il magnanimo guerriero
Corne ben fere et aspri colpi mena
A quel gigante, et volto al viso altiero
De A|^n]gelica le disse : « 0 eccelsa diva,
La gloria tua sempre nel monde viva !
24. Se sapesti gli affanni del tuo padre
Et le venture sue malvage et strane,
Le tue bellezze si vagheet legiadre
Non teneresti in région lo[ntan]e.
Assediato è il Cataio dalle squadre
Armate del nimico tuo Agricane,
Che in ogni modo vuol per questa guerra
0 te per sposa over disfar tua terra. »
CANTO SECONDO
25. Quando tal caso intende la regina,
Diventa sniorta in faccia et poi se avampa
Et del suo regno pensa alla roina;
Mostrando di dolor la trista stampa
Dentro se stessa dice : « Aimé meschina!
Chi porrà spegner questa accesa vampa ?
M' ho fatto per nimico il sir d'Anglante
Ch' al liscattar mio regno era bastante.
[f 18 v°] 26. Col saper, con la forza et con l'engegno
Bastava Orlando a romper Agiicane
E uccider lui et occuparli il regno
Et farlo divorar da genti estrane,
Perché di lui è lo merto indegno.
lo me lo persi per mie voglie insane,
Et hor forzata il re di Tartaria
Pigliar son per salvar la patria mia.
27. Ma corne potrô mai contra mia voglia
Amar si nero et si superbo Moro ?
Sarô constretta a morirmi di duoglia
0 perder il mio regno et mio thesoro
Quai veggio come al vento in alber foglia
Tutto tremare ; et il mio barbasoro
Padre, che m' ama, per non scontentarme
Farà prima disfar suo regno in arme.
28. Perso ho già Orlando per la mia durezza
Et perder cerco il re di Circasia.
Che maledetta siatanta bellezza !
Sia maledetta la superbia mia,
Sola cagione délia mia alterezza,
Che amato mai non ho la cortesia
Di cavaliier alcun, di alcuno amante,
Massimaraente del re Sacripante;
29. Sacripante gentil degno et cortese
Ch' ha per me combattuto et combatte hora,
Et èssi posto a perigliose imprese
Per sfogar quel ardor ch' entro P accora,
Queir ardor ch' entro ha per le flamme accese
Del grand' amor che per me el divora,
Mi mancarà per la spietata mano.
Di queso rio gigante in questo piano.
530 I UODIC.I CANll
30. Perso homtni ancor quel capo de' latroni....
Aymé! Che dico? il più nobil gueiriero
Che si ritruovi in tutte regioni,
Benchè corne il cugia non ha il quartiero.
Più franca lancia sopra deirarcioni
Non porto mai più ardito cavaliero,
Ne degnamente alcun porto mai scudo
Se non Rinaldo mio di pietà ignudo.
[F. ISr'jSl. Chi non sa s'a costoro i' fussi arnica,
Che più non fece César in Tessaglia
Contra el magno Pompeo et di fatica
Et di virtù contra la piastra et maglia
Délia superba gente a me nimica,
Che'l vechio padre mio tanto travaglia,
Sol per me, poich' è morto l'Argalia.
Cagion, a me lassa ! la bellezza mia !
32. La mia bellezza è cagion de ogni errore
Per cui mandommi el re mio padre in Francia,
Credendo far prigion l'imperadore
Con la vaghezza sol délia mia guancia;
Hora pruova de 1' arrai egli el furore,
Ma il peggio è che rimasta è quella lancia,
Ch' atterra in virtù sua tutti i campioni,
In man d'esti Franzesi buttiglioni. «
33. Et, fin ch' in tai pensier la donna vaga,
Fa Sacripante aquelfratel d'Orilo
Nella sinistra coscia si gran piaga
Ch' aperta par una bocca del Nilo
Quando con furia piùl'Egito alaga,
Perché la spada sua taglia di filo,
Ne del gigante mai li cade sopra
El brando, tanto ben quel re s'adopra.
34. Et subito ch' Angelica s'accorse
Délia ferita, da caval giù scende
Et tutto isnella et ligiadretta corse
Inverso el Re che la vettoria attende,
Cui subito accostata favor porse.
Perché quando el gigante in quella intende,
Debol diveata per quell' anelletto
Ch'ella a caso porto nelsuo conspetto.
CANTO SECONDO 531
35. Non fe questa per dar al re favore
Ch' era nella battaglia afflitto et stanco,
Perché gli porti quella ingrata amore,
Che ella non 1' ama et men vol amar anco,
Ne che sapesse il giganteo valore
Fatato havesse il lato destro o il manco,
Ne che per quel anel dovesse in terra
Cascar celui ne terminar la guerra;
[F. 19 v°] 36. Sol per la nuova ch' ha dal nano havuta
Del re, del regno et di sua patria, tutta
Afflitta rimaner li destituta,
Dubiando mostra haver di questa lutta
Letitia assai, ma chi havesse veduta
Lei dentro, quanto sia di pietà asciutta
Veduto havrebbe apertamente et chiaro
Contra quel re magnanime et preclaro.
37. Ma in dite alhor l'anel tenea per caso.
Perô Gorante, quai incantato era,
In terra cadde et seco fece caso
L'incantato valor, onde il re spera
Haver vettoria che non sa ch' a caso
Caduto è, non per la ferita altiera.
Ne sa che non si puô tuorle la vita
Con alcun' arme o per mortal ferita.
38. Angelica al re disse : « 0 raio signore,
Tronca a costui la formidevol testa
Se v[u]oi délia vettoria haver l'honore. «
Onde il re con la mano ardita et presta
El crine piglia con molto furore,
Troncando il teschio : tremô la foresta
In modo tal che l'animo di fuoco
Del re che non cadesse mancô poco.
39. Quando la donna vidde il gran tremuoto
Al taglio acerbo délia testa irsuta,
Cadendo in terra rimau senza moto
Ne parla quai se fusse stata muta.
Stupido ancor il re al ciel fa vuoto
Se vita alla regina è restituta
Menarla al padre intatta et incorrotta
Et fatto il vuoto quella surse alhotta.
532 I DODICI CANTI
40. A quel tremuoto apersesi la porta
Di quella torre et fu ogni laccio vano.
La donna, corne saggia astutae acorta,
Fa quella testa prender al suo nano,
Che caduto era, rilevato, e scorta
Vuol che col re le sia per monte et piano.
Ognun sali a cavallo et quel corriero
Prese di Feraguto il bel destriero.
[F. 20 r"] 41. Era venuto quindi per ventura
El caval del Spagnuol che solo andava,
Perché di quel tremuoto hebbe paura;
Forse ivi il suo padre trovar sperava.
Et Rabicano per la selva oscura
Fuggendo inver Levante ritornava.
Solo iutrepido resta Brigliadoro,
Quegli altri de' destrier privati fuoro.
42. El nano per l'hyrsuta et longa chioma
A l'arcion lega il capo di Gorante.
Sciolto si sente délia grève soma
Délie catene il gran signer d'Anglante,
Rinaldo et Feraguto ancor et toma
Per uscir presto l'uno a 1' altro inante,
Et tutti tre fuor délia torr' a un tratto
Si ritruovaro, et ciascua stupefatto
43. L'un l'altro guata et pur nisciun favella,
Corne da un grave sonno risvegliati ;
Et gU altri tre ch' eran montati in sella,
Per la vittoria lieti et consolati,
Il nano, il re, la vaga damigella,
Si furon presto a un calpestio voltati,
A un calpestio che dietro lor venia
Contro oltra lor speme, oltra lor fantasia.
44. Etvidder senza il teschio a se venire
Dietro quel fusto del crudel gigante.
El nano di paura hebbe a morire,
Cadendo de l'arcion a quel inante.
Angelica si mise per fugire,
Ma inanzi se gli para Sacripante
Dicendo : :< Ove v[u]oi tu ire, dolce mia speme ?
Se teco i' son, perché timor ti preme ? »
CANTO SECONnO 533
45. Acostasi a 1' arcioa dove è la testa
Quel smisiirato et incantato fusto,
Et quella prese con tanta tempesta
Che' 1 caval del Spagauol, benchè robuslo,
Sfoi'zato fu cadet" nella foresta,
Poi el capo si ripon sopra el suo busto,
Et, quai se mai stato non fusse mozzo,
Sani si ritrovorno il collo e il gozzo.
[F. 20v°]46. Stupiva l'alto re di Circassia,
Stupiva la regina ancor d'Albracca.
El nano, rilevatosi per via,
Si mise in fuga et givase alla stracca ;
Re Sacripante pien di gagliardia
La battaglia anco col gigante attacca,
Ne più da Frontalatte scendei- vuole
Che per distrezza gira come il sole.
47. Feraguto et Rinaldo nel gran bosco
Si pongono a cerca di lor destrieri :
L'uno va in questo, l'altro fu in quel fosco
Vallon cercando per strani sentieri.
Quel ardito signor da l'ochio losco
Monta in arcion et lassa i dua guerrieri ;
L' arme in dosso tenendo, in man la spada,
Traversa il bosco et ariva in su la strada.
48. Pieu di sdegno amoroso il conte aranca
Che s'era rifrescato Brigliadoro,
Et col gigante la persona franca
Di Sacripante suona al battiloro.
Di vermiglio color è fatta bianca
Angelica, e a dir meglio ha il color d'oro
Et le labra di mamole viole
Languide come colta rosa al sole.
49. Doppia paura a questa il cuor percuote :
Una è di questo re, l'altra è del regno
Che lasciô il nano con dolenti note,
Non perch' abia pietà del guerrier degno
Ma perché lui condur seco non puote
Con Tarte sua, col neghitoso ingegno,
Per contrastar al re di Tartaria,
Onde sdegnosa sol si pone in via.
35
534 I DODICI CAXTI
50. Sola si pon in via cou stran pensiero
Pian pian lasciando quei nella baruffa.
Rinaldo che non truova il bon destriero
Che fu dell' Argalia, con ira sbiiffa
Quà et là cercando questo et quel sentiero,
Con San Martin bramaudo haver la zuffa
Sol per tuorle il cavallo, et bastemiando
Si duol perché non toise quel d' Orlando.
[F. 21 r°] 51. Sacripante vedendo esser pa[r]tita
Quella in cui post' havea tutto il suo amore,
Prigione tiense et privo délia vita
Perché ella seco ne porté il suo core ;
Volto al gigante : « 0 anima gradita.
Se mai bramasti, disse, in terra honore
Deh non intertenermi, ecco la spada :
Lasciami andar diritto alla raia strada. »
52. Quand' un insan si priega, più s'indura.
Cosi el gigante pien d'ogni aroganza,
Perô che vilano era per natura,
Al degno re rispose : « Altra speranza
Haver convien. » Et cosi oltra misura
Mostrô sopra del re sua gran possanza.
Tirando al capo, d'un fendente altiero,
In terra al re gettô tutt' el cimiero.
53. Fu tauto il colpo del gigante ardito
Che per nare et per bocca il sangue scoppia,
Et sul collo al cavallo tramortito
Cadde coluî che tutta la Etioppia
Combattendo trascorse, et mai ferito
Non fu ch' avesse segno di sinoppia ;
Et hora tramortito il bon campione
E da Gorante tratto fuor d'arcione.
54. Haveva visto il perfido ribaldo
Che la regina havea seguito il nano ;
Porta il re in spalla furibondo et caldo
D'yra, dietro lei corre in monte e in piano.
Il nano fugge et scontrasi in Rvnaldo
Ch'in van cercando andava Rabicano
Et chiede al nano se per sorte in quel sito
Veduto havesse il suo caval smarito.
CANTO SECUNDO 535
55. « Volesse el ciel, rispose quel piccino,
Ch' io non havessi mai caval trovato,
Che mi cresi morir par mio destino
Per un crepaccio che cadendo ho dato.
Viddi uua cosa, aimé lasso, tapino !
Che '1 coi" mi fa tremar, mancai- il fiato,
Quaudo vi penso, et honne ancor passione.
Che inaledetto sia il re Gallaphrone !
[F. 21 v°] 56. Perch' il re Gallafron a ritrovare
Mandommi uaa sua figlia ch' era in Francia,
Angelica costei si fa chiamare
Ch' un angel par alla polita guancia.
El re di Tartaria per terra et mare
Condotta ha molta gente a spada et laacia
Con soldo grande per disfar il regno
Di questo re già vechio, honrato et degno ;
57. È la cagion che '1 re di Tartaria
Ha tanta gente al Cataio condotta,
Ch'essendo morto in Francia l'Argalia
Angelica fia herede saggia et dotta.
Lei Agrican per sua sposa voria,
Forsi per farsi noslro re tal hotta.
Et Gallafron per levarsi l'assedio
Le la darà per ultimo rimedio.
58. Perô mandato m' ha per ritrovarla,
L'ho ritrovata et poi hoUami persa.
Non so corne potro, lasso, menarla.
Forsi questa gran selva ella atravesar
Perch' hebbe la paura a traboccarla.
Quando caddi io, odi cosa perversa,
Quando la mia regina riscontrai,
Un gicante a battaglia ritrovai.
59. Corabattea seco un cavallier a fronte
Che di cavalleria mostrava il flore,
Parea il gigante per grandezza un monte,
L'altro un Alcide somigliava al core ;
Al fia cadde el gigante perché un fonte
Facea il suo corpo in terra del cruore
Ch' us[c1ia perle ferite, e il capo netto
Le tagliô si che non le valse elmetlo.
536 I DODICl CANTI
60. lo COQ le proprie man quel teschio onendo
Par le chiome appiccai nanzi l'arcione
D'un caval che trovai ivi pascendo,
Poi prendemmo la via per il sabione
Et senza el capo quel busto tremendo
Ne giunse fuor d'ogni espettatione
Ch' avevam camiuato una gran lega.
Credo quel sia flglio a qualche strega.
[F. 22 r°] 61. Quel cavallier, cli' io dico, andava innanzi
Et lui seguiva Tinclita regina,
Quando quel corpo che morto pur dianzi
Haveva il cavallier con gran ruiua
Lasciato, ci ragiunse, ond' io dinanzi
Giù deir arcion li caddi alla supina
In piana terra et fu si grand' il scoppio
Ch' a pensarvi anco il duol al duol radoppio.
62. Et poi con tanta furia quella testa
Da l'arcion prese et rapicoss' al collo
Che ne treinô per tema la foresta.
Ma il cavallier che non era satoUo
Di battaglia di ferrirlo a sesta,
Et io ch' havea levato il duro croUo,
Abandonati lor, pel mio viaggio
Mi puosi, sol per non patir più oltraggio. »
63. Rynaldo, intesa ch' ebbe da quel nano
L' aspra contesa et 1' opra di Gorante,
Pensa che quel caval sia Rabicano
Ond' è' caduto il picciolo gigante,
Et per trovarlo cerca monte et piano
Ch' a piè le incresce andar come un vil fan te.
Cosi cercando tutta via s'inselva
Et riscontross' in una fera belva.
64. Non vuol con quella il paladin porse
Ch' ha gran disio d'andar verso il Cataio
Et trovar Rabican, ma quella corse
Contra di lui et sgrettolô l'acciaio
Del scudo con l'onghion, onde via tuorse
Non puô il guerrier che pria non tiri un paio
0 dua di colpi alla maligna fiera
Che contra lui ne va cotanto altiera.
CANTO SECONDO 537
65. Se '1 palladiu si cruccia, se' 1 se adira
Vedendo il scudo fracassarsi alato
Da 1' animal, se '1 capo se gli aggira,
Se contra qnel usa del desperato,
S' un sopra l'altro in fretta i colpi tira,
Lassolo giudicar a chi ha provato
Restar per sorte nel camino a piede
Quando più franco cavallier si crade.
[F. 22 v°] 66. Da disperato a quella i colpi mena.
Ne l'ofFende perô che è tanto presta
Ch' in sul terreno ferma i piedi a pena
Et hor la zampa porge et hor la testa
Et tanto ben si snoda nella schiena
Che presta in mar non è l'onda quai questa,
Over le biade in campo al vento scosse,
Quai l'animal al fuggir le percosse.
67. Pardo visto non fu si destro unquanco
Ne si irato orso o leon più superbo,
Che saltando al guerrier diede in un fianco
Con un corno ch' ha in fronte un colpo accerbo,
Ma, perché l'hora sua non è giunta anco,
Che morir deggia, il ciel gli hebbe riserbo.
Vero è che cadde in su la piana terra
Facendoli perô col brando guerra.
68. Non so s' unqua fu vista una tal fera
Che humano ha il volto, il petto di leone,
Gli ochi di drago, il piede di pantiera
Et l'aie grandi a guisa di grifFone.
Questa è da molti detta la Chimiera.
Di serpente ha la coda et il groppone
Di tor simiglia, et l'orechie asinine,
Un corno in fronte et del cignale il crine.
69. Discosta tienla con l'honrala spada
Vibrando agli ochi d'ogni intorno sempre;
Gorante il re Circasso tien a bada ;
De Angelica il destrier piglia le tempre
Quasi di nave in mar, in su la strada
Feraguto il suo truova, il conte Orlando
Va verso Albracca hor di passo hor trottando.
538 I DODICI CAN'Il
70. Passati i Pirenei giunse ia la Spagna,
Et nelle parti dell' Andologia
Vidde gente atteudata alla campagna
E]t, disiaado di saper quai sia,
Ivi si trasse et la persona magna
Del re Marsilio riscontrô i>ei- via
Di cui l'armate squadre esseï- intese
Fer difFension li poste del paese.
!'F. 23 r"] 71. Sospettava Marsilio di Gradasso
Et ben ragion di sospettarne haveva,
Quai quando il conte vidde ivi a quel passo,
Perché cavallier degno li pareva,
Feceli offerir soldo alto et non basso
Benchè chi [sia] quel re non lo sapeva.
El conte ringratiandolo rispose
Ch' ir conviengli oltre per più degne cose,
72. Ne potea soggiornar per le facende
Che gli erano importanti andar costinci ;
Et questo detto, il suo sentier riprende,
Il re lasciando et l'altra gente quinci.
Un certo .superbon la lancia prende
Et dieti'o al conte va correndo linci,
Sfidandolo a battaglia, et el si volta
A quel che va correndo alla sua volta.
73. Non portava il quai'tier quel sir d' Anglante
Perché lasciollo et si vesLi di bruno
Per girsene più franco nel Levante,
Presto passando incognito a ciaschuno.
Non vuol firmar il piè, ma gir inante,
Quanto più puô procaccia che d' alcuno
Messo di Carlo non le sia im[)edilo.
Per ciô del soldo ricusô lo invito.
74. Havrebbe volentier mostrato il sire
Ivi la forza sua, ivi il valore,
Ma dentro el petto tanto gran martii'e
Tanta passion-, tanto sfrenato ardore
Il prerae ch' ad Albraccaè disposto ire
Ne gloria brama più ne ceica honore,
Che, se non truova la sua gentil dama,
Honor più non disia ne acquistar fama.
CANTO SECONDO ^39
75. Haveva in prima essendo ancor fanciuUo
La patria abandonata e in PugUa era ito
Solo per ritrovaivqualche trastun[oJ ;
Trastul d' honor il paladino ardito
Iva cercando et di suo par fu nullo
Che di lui fusse al mondo più gradito,
Et hor, che più conosce, meno aprezza
Di eterna fama la sublime altezza.
[F 23 v°] 76. Ma che dico io che più conosca il conte?
Errando il disse, ch' un ch' c inamorato,
Se di infinita gloria un alto monte
Dinanzi havesse ond'esserne beato,
Con sommo honor, potesse et alla fronte
Porsi hedra o^myrtho o il bel lauro pregiato,
Se la sua amata donna nol consente,
Men che la mano vi poria la mente.
77. Pur perch' ognuno è di se stesso amico
Et quanto puô da morte si discosta,
Ch' apprezzarsi convien il suo nimico
Per picciolo che sia, senza risposta
Non vuol passar il conte, et col suo antico
Sdegnato orgoglio a quel villan s'accosta
Et con la sua famosa Durinda[na]
Le fa cader la lancia in terra piana.
78. Come si vide délia lanza privo
Colui che Berzavaglia nomato era,
Hebbe del conte si quel atto aschivo
Che s'arestava quai sylvaggia fera
Col brando in mano, et, benchè l'ardir vivo
DOrlando mostri la suaforza altiera,
Pur la sua ancora mostra Berzavaglia
Perch' era coraggioso, uso in battaglia.
79. Sta r uno et 1' altro acorto in su l aviso
Al riparar hor pronto, hor al ferrire,
Al capo mena questo et quel al viso
Vibra di punta sol per far perire
El compagno chi puô ; ambi conquise
El cor han, perche vegono l'ardire
In loro pare non sperato unquanco,
Pur dansi al latto dritto hor, hor al manco.
540 1 DODICl CANTl
80. Fra più colpi colui che '1 nero veste
A Berzavaglia dette in su 1" elmetto
Et Dui'indana cosi bene investe
Che le spezzô sul capo il bacinetto
Et, calando la spada aile man preste
Del sir su 1' homer di quel maladetto,
L'astrinseil colpo al ralentar la briglia
Adolorato et pien di meraviglia.
[F. 24r°] 81. Era forte costui fuor di misura
Sopra tutti e' soldati délia Spagna
Et era grande si di sua statura
Ch' in quello campo alcun non l'accompagna
D'altezza ne di forza, et di natura
Superba villanesca era et griffagna :
Pur per colpo ch' egli ebbe, sbalordito
Fu quasi tutto et di se fuor uscito.
82. Tal che sul dorso del caval si versa
Cosî stordito per lo colpo grave.
Hebbe la destra staffa ancora persa,
Tanto il dolor par che lo prima aggrave ;
Cosl la sua superbia è gia somersa,
Confie spesso intervien a genti ignave.
Cavalca il conte pian per la sua via
Che dentro Tarde amor con gelosia.
83. Sa che Rinaldo Angelica anche amava
Ne sa che al fonte si cang[i]asse amore.
Perô presto trovarla desiava
Sentendosi infiamar da troppo ardore.
Fur lentamente hor cavalcando andava
D'Angelica pensando et del suo honore,
Volgendo spesso l'ochio a remirare
Se vede Berzavaglia ancor cascare.
84. Non cade quel pagan, ma via sel porta
Cosi stordito il suo caval correndo,
Tal che pareva una persona morta
Et di veder il fin il conte attende.
Cosi mirando vede una gran scorta
Di gente armata onde il sir cor riprende,
Ne fugge, anzi si ferma e in se dice ; « Hora
A vol farô quel che questo altro ancora. »
CANTO SECUNDO
85. Et cosi fei'tno in su 1' arcion aspelta
Col brando in man di pîù vittorie adorno.
Conti-a le vien quella gente stretta
Che circondar sel pensa d'ogni intorno,
Ma il conte che tien l'ochio alla velletta ;
« Per voi, disse, fia questo il sezzo giorno,
E fallirà el pensier che voi facete
Ch' io partirô, voi mortirestarete. »
F. 24 v»j 86. Et, questo detto, Brigliadoro spinge.
Con quel furor che l'orso a quella pechia
Hor a queir altra con furor si stringe,
Havendo punto il muso over l'orechia,
Mostrando il conte la sua forza stinge
Questo et quel, da quel' altro disparechia;
Fra l'ira, el sdegno et l'amorosa rabia
Tinge col sangue lor tutta la
87. Non vi riman un sol per testimonio
Ch' al re Marsiglio la novella porti.
Era affannato ben più d'un dimonio
A portai' r aime giù n' istigii porti
Ne ritrovossi un sol fra tanti idonio
Ch' eschi per sua virtù fuor di quel morti
Vivo, che fur seicento in un sol groppo
Che moriro, quai nanzi l'un quai doppo.
88. Nanzi che ritornasse Berzavaglia
In se di stordigion, quella empia setta
Tutta mori nella crudel battaglia
Per man d'un sol guerrier con maggior fretta
Ch'un pisciolino d'Arno non si scaglia
Per man d'una ligiadra fanciulletta.
Marsilio il veddeet hebbene dolore
Ch'un sol a soi tuol la vita et l'honore.
89. Pur Berzavaglia n se ritorna et vede
Il gran signor di Brava ch'avea in mano
Sanguignojil brando, et' galloppando riede
Verso lui tratto da furror insano
Perch' inghiottir quel palladin si crede
Con sua superbia il perfido pagano.
Orlando si dimena al modo usato
Ferrendolo hor da questo, hor da quel lato
'^^2 I nODICI r.ANTI
90. Similrnente il pagan con molto orgoglio
Cerca de disarmar il palladino,
Poichè '1 vede in arcion quai duro scoglio
Fra l'onde mosse dal vento marino
Ai colpi soi, ma Orlando : « Se quai soglio
Hora sarù, diceva, o Sarracino,
r ti farô pentir di tua pazzia
Poichè venesti a disturbarmi in via».
F. 25 r"] 91. Questo dicendo sopra in scudo lassa
Cader la tremebonda Durrindana
Che quel rompendo lacera et fracassa,
Tal che spezzato cade in terra piana
Et rompendo il braccial tutto lo passa
Fin ch' ella giunse alla carne pagana,
Délia quai trasse un bel ruscel di sangue ;
Onde il pagano bastemiando langue ;
92. Et sopia il paladin ferrendo tira
Un gran fendente, sol per darle in testa,
Orlando, ch' a quel colpo orrendo mira,
Si trahe da parte che la bestia pre.sta
Ubidisse alla mano et, con molt' ira,
Si volge a Berzavaglia che pur resta
Pel colpo privo del spallaccio manco
E in el braccio ferito e al destro fianco.
93. Corne in l'autunno per il vento australe
Un alber è spogliato di sue foglie,
Ai colpi di quel brando senza uguale
E spogliato il pagan con pêne et doglie
Dipiastra ctnmgliaet è il giu[olco inuquak
Ch' oltra che in terra van le ferrée spoglie.
Resta il pagan ferrito in questa e in quella
Parte del corpo et fin in la mascella,
94. Quai se vedendo in più parti sanguigno
Et sentendo di forza sminuirsi,
Quasi a guisa d'un can facendo un rigno,
Giàin mente dessignato havea partirsi,
Ma pria vuol il spirito malign[o]
Ch' indi non possa il conte Orlando girsi ;
Menolli de un fendente in su Telmetto
Che quasi el capo le fe entrar nel petto.
CANTO SECONDO
95. E, se noa che riti'asse el capo Oïlando,
A se convenia forsi ivi cadesse :
Pur non cadde, e stordito allentô il brando
Quasi in terra ir, ma la catena el resse.
Fatto il colpo il pagan più che trottando
Volse il cavallo et in fuga si messe
Lasciando il conte adolorato forte
Che si crese vicin quasi alla morte.
[F. 25 v°] 96. Aile schiere del re suo ritornando
Berzavaglia ferrite et disarmato
Truova Marsilio ch' iva suspirando
Del caso corso et non da lui sperato,
Et délia fellonia di quel, che quando
Giô ad assaltar il conte, non mandato
Vi fu, ne chiese al re licentia prima,
Ch' estimato non è chi altrui non stima.
97. Et se non ch' era huom forte quel fellone
Del fol ardir 1' havria forsi la guancia
Fatto batter il re Marsilione,
Ma perch' or bisogno ha d'huomin da lancia,
Supportasi l'oltraggio et le persone
Morte vengiar non vuol, e quel di Francia
Cavalca col disio di truovar quella
Angelica beltade a lui ribella.
98. Forza de Amor, ben valorosa sei
Che con l'arbitrio tuo sol guidi il mondo,
Come a te pare astiingi homini et Dei,
Quai infelice rendi et quai giocondo,
Quai riporta di te immortai trophei
Et quai da te scacciato premi al fondo ;
Chi più t'adora ingrate al fondo premi.
0 strani gnidardoni ! o amari premi !
99. Orlando in fuoco ardendo ogn' hor ti segue
Per l'amor che ad Angelica sol porta,
Rinaldo non vuol teco paci o triegue,
Ard' Angelica in lui la mal accorta,
Con odio il re di Circassia prosegue
Che lei pur ama et se stessa comporta
Ardere indarno, et per li su' amatori
Punlo non sente gli amorosi ardori.
54 4 I DODICI CANTI
100. E uscito il conte a pena d'un periglio
Che '1 guidi, Amor, a sorte più orgogliosa
Ove non val saper de armi o consiglio ;
Che giiinto a Calpe, l'onda perigliosa
Passa il guerrier et indi dà di piglio
Sotto d'Abila in la piaggia arenosa
Et costeggiando il bel lito Affricano
Verso il Levante va per colle et piano ;
F. 26 r"] 101 . Et quasi giunto al mezzo giorno, havendo
Dietro di se tutta Spagna lasciata,
Alla man destra sopra el lito essendo,
Un giorno vidde una gran gente armata
In terra e in mar et con gli ochi ferrendo
Di navi discernea grande brigata
Venir a piaggia, onde ei firmato attende
Nel luogo al quai il lor venir comprende.
102, Sol firniosse a mirar per sua sciagura
Il conte quel che di veder non spera,
Et una nave con la vêla oscura
Vien che fra l'altre mostra esser più altiera,
Verso la piaggia più franca et sicura,
Et, giunta ch'è presso alla riviera,
N' un palischermo si dirnostra al conte
Una sol donna con fatezze conte.
1()3. Con gli ochi lagriraosi et con la guancia
Mesta si mostra in Tarenoso suolo
Al palladin che di tutta la Francia,
Anzi del christianesmo, è campion solo
A piè, a cavallo, apiastra, a spada, a lancia,
Cui quella donna, piena di gran duolo
In appareuza, disse : « 0 signor mio,
Non qni senza mister mandotte Idio.
104. Da rindia in Francia i' me era in caniin posta
Con queste navi sol per ritrovarti.
Ma quando te, signor, in questa costa
Descender vidi, subito le sarti
Feci calar per venir a la posta
Dove eri tu sol, per posser parlarti ;
Ond' io ri[njgratio il ciel poich' ho truovato
L' hnom da me lungo tempo desiato.
CANTO SECONDO 545
105. Sei dame lungo tempo desiato
Sol per la tua virtù, par tua prudezza,
Quai quel ch' in tutto il mondo è norainato
Di forza, di valor, di gentilezza,
Più saggio in l'armi et più da ognun lodati
Di continenza in ogni tua grandezza,
Diffensor di giustitia et di ragione
Et, di chi a torto pati, sei campione.
fF. 26 v°] 106. Le genti, che tu vedi in terra e in mare,
Sonno per sottoporsi a tua ubidenza
Per volontà dei Dei che comendare
Non mi volser d'altrui la diligenza,
Pel consiglio de' quali al navigare
Quai mi vedi posi, che sentenza
Loro è che al riporme dentro al mio regno
Ogni altro capitan n'era men degno.
107. l'evô di te mi dier notitia vera
Per visione, et mi mostraro in sogno
11 nome tuo et la persona altiera
A ciô che soccoressi al mio bisogno.
Perô ne venni con la vêla nera
(Ch'altro color haver mai non agogno)
A ciô che, signor mio, tu non dinieghi
La giusta gratia a' mia dolenti prieghi.
108. Tu non prendesti mai più generosa,
Poichè nascesti, et la più degna impresa
Di questa, et forsi mai simile cosa
Unquanco dal tuo orechio non fu intesa ;
Ma aciô che non ti sia l'hystoria ascosa,
La ti dirô, s'udirla non ti pesa.
Ascoltami, per Dio, gentil campione,
Che so che piangerai per compassione ;
109. Ne t'incresca d'entrar nel palîschermo,
Che più adagiatamente parlaremo,
Perché ti veggio délia mente infermo.
Insieme alquanto ci recrearemo,
Poi, stabillitol'animo tuo fermo
Ad aintarmi, indietro tornaremo,
Et, quando non disponghi pur venire,
Potrai ritrarti e al tuo viaggio gire. )>
546 I DODICI CANTI
1 10. Entra nel palischermo et Brigliadoro
El conte lascia et sol la spada ha seco
Et assise contempla Fontedoro
(Ella cosî fa dirsi) col cor cieco ;
Et venuta era ella in quel lenitoro
Con più de l'ochio assai l'aninao bieco,
Volendo al conte Orlando far mal scherzo,
Corne udirete poi nel canto terzo.
Ferdinand Castets.
FIN' DU DEUXIEME CHANT
{A suivre.)
VARIETES
LA SANTÉ DE BOSSUET (1703)
On a publié ici même (XXXIX, p. 70), un peu, il faut l'a-
vouer, ne charta vacua periret, comme disaient les imprimeurs
du vieux temps, des notes sur M"^ de Maintenon provenant
d'un petit imprimé de la Bibliothèque de Ferrare, un exem-
plaire de la Cassette ouverte de Villustre Criole. On profite au-
jourd'hui d'une raison typographique analogue pour donner
encore une note tirée du même volume et écrite, elle aussi,
parle médecin Pajoli. Celie-ci est rédigée en italien et est
relative à la santé de Bossuet. Pajoli écrit à Versailles, le
8 mai 1703 :
(( Il vescovo di Meaux si trova qui con lo stesso vigore di
prima quanto ail' ingegno, ma debolissimo quanto aile forze
del corpo, talche puô dirsi ohe sia di partenza ail' altra vita.»
Les préparatifs de voyage dont parle ici Pajoli durèrent
toute l'année 1703. Bossuet ne mourut qu'en 1704.
L.-G. P.
VARIETES 5 4 7
PIECES TIREES DE LA COLLECTION GODEFROY
[Suite)
V. Lettres du président d'Oppède
1. — A Monsieur de Puysieux, conseiller du Roy en son conseil
destat et premier secrétaire de ses commandements <.
Oppè de, premier président du Parlement de Provence.
Monsieur,
Je suis tousjours fort pressé de la part des Consuls de la
Nation françojse, proveus par sa Magesté à Cartagène et
Maligne, de vous représenter qu'on ne lésa jamais volu recep-
vojr ny soufrir qu'ils exerceassent leur charge ; en laquelle
poursutte ils disent s'estre presque ruvnés et employé tous
leurs moyens, et fort iiiutillemenl. Au contrerele Roy d'Es-
pagne y a estably de ceulx de sa nation au grand préjudice
des subgetz du Roy et à la diminution de son authorité. Ces
Consuls désireroint qu'il pleust au Roy de défendre à toutz
ses subgetz trafiquons en Espaigne de recoignoistre aultres
Consuls que ceulx qui sont proveus pav le Roy. Je suis bien
marry de vous importuner si souvent sur le mesme subject ;
mais, puisque vous l'avés agréable, je ne me puis dédire de
vous faire entendre ces [)l;iintes, auxquelles il est t:ès néces-
sere que par yostre prudence il y soyt proveu. Je vous supplie
de me conserver Ihonneur de vostre bienveillence, et me
croire tousjours
Monsieur, vostre très humble et affectionné serviteur.
Oppede.
A Aix ce 10 apvril 1622.
» Institut, Coll. Godefroy. T. 269. Pièce 37. 10 avrill622 (autographe).
5 48 VARIETES
2. — Oppode premier Président de Provence, à M. de Césy sur
ce que luy doivent payer les Marseillais pour la négociation de la
paix de Barbarie avec la Provence.
Mort de M"" de Caumartin en décembre ; les sceaux remis à M"" de
Sillery ; M'' de Schomberg hors des finances; le marquis de la Viéville
mis à la place ; le sieur de Champigny, contrôleur général *.
Monsieur,
Jaj receu quasi en mesme temps les deux lettres qui) vous
a pieu m'escrire des 13 novembre et 7 décembre derniers,
etvousdiray, pour la première : qu'avant quelle me feust rendue,
nous avions desja pourveu à vous faire donner le contente-
ment qui vous est deub, ajans permis aux Consulz de Mar-
seille, soulz le bon plaisir du Roj, le restablissement du droit
destiné pour vostre paiement , reconnoissans quil estoit
comme impossible que cette ville vous peust satisfaire autre-
ment, attendu les grandes despences dont elle sest trouvée
surchargée ces années dernières, tant à cause de la conta-
gion et de la guerre, et des subventions extraordinaires quelle
a esté obligée de faire au Roj, qu'à raison des pertes nota-
bles qui ont esté faittes par les prises des corsaires et de
l'interruption du commerce qui la rend grandement apauvrie.
Jay touteffois reconueu en eux tout plain de bonne volonté
pour vostre satisfaction, à laquelle je ne manqueray encores
de les presser autant que je pourray, pour la recommandation
en laquelle je prens tout ce qui vous touche, où je vous
supplie me faire Ihonneur de croire que je n'auray jamais
besoing destre prévenu, et que tousjours je vous y serviray
avec plus dattention que pour mes propres intérestz. Quant à
vostre seconde, le chaoux estant arrivé, et les sieurs Consulz
venuz icy pour adviser ce qui estoit à faire sur le sujet de
son voyage ; après en avoir amplement conféré, jay estimé que
le meilleur estoit de suivre vostre premier advis; suivant
lequel ledit chaoux est allé en Alger pour en rapporter les
sauf conduictz et faire venir les personnes nécessaires pour
parvenir au traitté, ensemble les intentions particulières de
ces gens là sur les conventions et seuretez diceluy, que sont
choses qui semblent devoir précéder. Durant ce tera[»s, jay
« Institut, Coll. Godefroy. T. 269, pièce 124. 24 février 1623
pris le mien (len escrire ai Roj et à Monsieur de Puisieux
pour recevoir Tordre qu'il plaira àsa Majesté y estre observé;
lequel jespère que jauraj avant le retour dudict chaoux. Si
sa Majesté me commande de mj employer, je n'y oubliray
aucune précaution de celles que je croiray propres pour
l'establissement d'une paix advantageuse et durable, qui est
le point principal auquel il faut viser. Pourquoy je me servi-
ray des bons et prudens advis qu'il vous plaist de me donner
sur ce sujet, auquelz je deffére grandement, sachant la par-
faitte connoissance que vous avez de touttes choses et princi-
pallement de celles-cy. Mais avec tout cela je ne crois pas
que nous puissions trouver touttes les assurances si fortes
quelles seroient à désirer avec des gens de si peu de foy ; car
nous manquant de paroUe, nous avons leurs ostages, ils au-
ront les nostres. Il faudra néanmoins y apporter tous les
remèdes possibles, puisqu'il semble que de part et dautre il y
ait une grande aisposiiion à la paix.
Pour noz affaires de France, depuis la paix que je vous ay
esîiitte par mes dernières du mois de 'lécembre, le Roy estant
de retour à Paris, il y a eu de grandz changemens aux affaires :
car Monsieur le garde des scea:x de Caumartin est décédé, et
les sceaux remisa Monsieur le Chancelier; et M' le comte de
Schomberg, surintendant des finances, et Messieurs des Portes^
Bauiloyn, Castille et le Clerc, controUeur et intendantz, ont esté
destituez avec commandement de se retirer ettenir en leur mai-
son; et en leur lieu ont esté mis Monsieur le marquis de la
Vieuville et M""^ de Champigny et de Reauclerc, et M"" de Chevry
confirmé. On espère de ces nouveaux establissemens de gran-
des réformations et un bon ordre aux afi'aires pour réparer
les mauvais mesnages passez. Dieu veuille que les eff"etz y
respondent à l'advantage du Roy et soulagement de ses peu-
ples ! Lhumeur deffiante des Rochelois et autres villes de
mesme faction a pensé rallumer la guerre, dont le feu nest
pas encore du tout esteint dans le courage de beaucoup de
gens. Touteffois,MonsieurleConnestable,qui désire infiniment
de mettre lestât en repos, y ayant apporté son entremise, Ion
croit que nous demeurerons dans les termes pacifiques, et
ne parle plus que de porter noz arm ys dans la Valteline,
si le Roy d'Espagne ne saccorde a la restitution des [ilaces
3ê
550 BIBLIOGRAPHIE
quil j a occupées. Ce qui suivra ces occurences, je seray
soigneux de vous eu entretenir; estant bien marry que njes
lettres vous soient rendues si tard et qui! ne soffre pl'is
doccasion de vous rendre ce devoir qui niesL à beaucoup de
contentement [)Our vous tesmoigner par des petites preuves
le désir que j'ay que vous me croiez,
Monsieur,
Vostre tiès-hiimble et très -affectionné sei'viteur
Oppedk
A Aix ce XXIIIl'= (24«) febvrier 1623.
BIBLIOGHAPHIE
Un lexique de la langue de Molière
(3° article) i
A deux reprises, dans la Revue des langues romanes, nous avons
signalé l'importance àw Lexique de Molière rédigé par M. Livet; nous
avons dit quelles recherches infinies avait exigées cet ouvrage et
quelles ressources il offre à ceux qui étudient la langue, non pas
seulement de Molière, mais du XVIl" siècle tout entier. Anjoind'hui
nous sommes en retard pour en apprécier le troisième et dernier vo-
lume ^, mais les lecteurs de la ^et7i<e n'avaient pas besoin de notre
article pour comprendre que ce volume couronnait une belle œuvre:
le tome II était supérieui- encore au tome I , le tome III devait être
supérieur au tome 11.
Et, en effet, que de renseignements dans ces 824 pages, qui con-
duisent le Lexique de .m à z ! On y fait connaissance, avant tout, avec
le vocabulaire, la morphologie, la syntaxe, les habitudes de style de
notre grand comique, aussi bien que de ses devanciers et de ses suc-
cesseurs; mais de plus, M. Livet, soit par des remarques per^o-.mel-
* Voir la Revue des lanquea romanes, n°' d'avril et décembre 1896.
2 L'exiguë de la langue de Molière comparée à celle des écrivains de son
temps, avec des commentaires de philologie historique et grammaticale
par Ch.-L. Ltvet, ouvrage couronné par l'Académie Française, tome troi-
sième. Paris, Imprimerie Nationale, 1897, 8° (Welter, éditeur).
BT151.I0GRAPHIE 551
les, soit, mieux eucore, par des citations heureuses des philologues,
des romanciers, des auteurs comiques, des jurisconsultes, des écri-
vains techniques de tout ordre, nous ouvre sans cesse des jours sur
l'histoire des mots, sur les usages de la Cour et de la ville, sur l'or-
ganisation sociale, sur les jeux et les métiers du XYII^ siècle. Qu'on
lise, entre autres, les articles madrigal, mamnouset, marquin, mièvre,
monsieur, noms de roman, office, péronnelle, place, précieux, pronoms,
prose cadencée, siège, sornette, suivante, truand : on verra bien vite
que ce troisième volume n'est pas moins riche que les précédents.
Qu'on parcoure l'ensemble, et Ton remarquera que des erreurs précé-
demment échappées à l'auteur ont disparu (par exemple les méprises
sur les verbes réfléchis, dont le pronom se supprime après/aire, voir,
laisser et autres semi-auxiliaires) ; l'on constatera avec plaisir que,
si des taches étaient inévitables dans un travail de ce genre, elles
sont du moins devenues de moins en moins nombreuses.
C'est cependant sur ces taches que nous demandons la permission
d'insister, d'abord parce que nous ne pouvons revenir longuement sur
tous les éloges déjà adressés aux précédents volumes, ensuite parce
que nos observations seront peut-être utiles à quelques-uns de ceux
qui consultent le Lexique de M. Livet '.
L'auteur a certainement pris beaucoup de peine pour rendre précis
ses renvois aux textes, et il a eu soin de faire ses citations assez lon-
gues pour que le sens et la portée en fussent pleinement intelligibles.
Parfois, cependant, il lui est arrivé de donner des références insuf-
fisantes et des citations mal coupées. A la p. 99, Molière parait faire
une comparaison inacceptable entre l'honneur des fausses prudes et
— non pas les qualités — mais la personne même des autres femmes :
1 II convient de reléguer dans une note un certain nombre de fautes
d'impression. P. 6, 4= ligne avant la fin, 1. : erméneutique. — P. 31,
1' ligne avant la fin, L: Ma foi. — P. 81, 1. 23, 1. :
Disent: ma meute, et font les chasseurs merveilleux.
— P. 86, 9" ligne avant la fin, 1. : quelquefois. — P. 108, fin, dans la
citation des Bourgeois de qualité d'Hauteroche, le dialogue est évidem-
ment mal distribué. Il faut mettre un tiret devant les vers 2 et 4, et sup-
primer celui du vers 3. — P. 153, la dernière citation, placée au milieu
de l'article nœud, doit être reportée à la fin de l'article noble. — P. 163,
1" ligne avant la fin, 1. : aux yeux. - P. 352, ligne 17, 1. :
Etoit de rencontrer de ces maris fâcheux.
P. 573, ligne 6, 1. : galimatias. — P. 610, ligne 1,1. : Connaissant son
indifférence et le peu de cas. — P. 737, ligne 19, 1. : décrépite. — P. 807,
ligne 5, 1. :
Non: A ses premiers vœux mo7i âme est attachée.
552 BIBTJOGRAPHIE
« Vous représentez une de ces femmes qui... veulent que... toutes
les autres ne soient rien en comparaison d'un misérable honneur
dont personne ne se soucie. Impr. de Vers., se. 1). Il faut lire: « qui...
veulent que toutes les plus belles qualités que possèdent toutes les
autres ». — P. 683, M. Livet cite ce vers de l'Étourdi, I, 8, 417 :
Hé! tout cela n'est rien : je suis tendre à ces coups,
et traduit tendre à par sensible à. Mais on ne voit pas comment Mas-
carille peut se dire sensible aux coups que lui ont portés les injures
d'Hippolvte, si en même temps il déclare que «tout cela n'est rien ».
La citation doit être complétée:
Hé ! tout cela n'est rien : je suis tendre à ces coups,
Mais déjà je commence à perdre mon courroux.
— C'est par une faute analogue que M. Livet, étudiant « tcut,
variable, avec un adjectif », cite ce mot de M. de Pourceauguac (ii,
4): (( J'ai l'odorat et l'imagination tout rempli de cela. » La citation n'a
de sens que si Ton adopte les corrections, d'ailleurs fort naturelles,
« tous remplis » ou « toute remplie » .
Le classement des sens ou des emplois dans les articles — et sur-
tout dans les articles un peu longs — d'un lexique offre de grandes
difficultés. Aussi pourrions-nous encore signaler du désordre dans
certains articles de ce tome III (voyez par exemple pousser, pronoms,
verbes), comme nous en avions signalé dans certains articles des tomes
I et IL Contentons-nous d'un petit nombre d'observations.
On lit à la p. 73 ces vers dj Misanthrope (I, 2, 255):
Cette estime m'a mis
Dans un ardent désir d'être de vos amis,
et à la p. 77 ce vers de l'École des Femmes (II, 3, 423) :
C'est que cette action le inet en jalousie.
Ces deux emplois du verbe mettre ne sont-ils pa* semblables, el
n'est-il pas singulier que l'un figure au l*"", et l'autre au 12'"*' jiara-
graphe de l'article sur ce verbe ?
L'article o?i (p. 180) comprend les divisions suivantes: » 1° on,
équivalant à un nom féminin iiidéterm'iné : une personne quelconque ;
— 2° ON, représentant un nom féminin déterminé ; — 7" o.\, repré-
sentant une o« p)ersonne du singulierfém'in'in : elle ; — 8° on, l"o.n , vagues,
représentant quelqu'un, certaines gens, et, avec une négation, per-
sonne ». 11 est évident que 7° et 8° répètent 2° et 1°, d'autant plus
qu'au 7° et au 2° est cité un même vers du Misanthrope (iir, 1 , 836),
où on rappelle Célimène. Il est vrai que le seul exemple cité au 1°
comportait une remarque nouvelle, mais M. Livet ne l'a pas faite :
BIBLIOGRAPHIE 553
c'est que, si on représente un nom féminin, l'adjectif ou le participe
attribut peut se mettre au féminin: « Par le moyen de ces visites spi-
rituelles », dit Magdelon, « on est instruite de cent choses qu'il faut
savoir de nécessité. — Précieuses ridicules, se. 9. »
Les deux premiers paragraphes de l'article passer ont pour titres:
i< 1° surpasser, être au-dessus de; 2" dépasser, aller au delà de. »
La division est légitime ; mais voici deux exemples qui figurent,
l'un au 1», p. 233, l'autre au 2°, p. 235, et qu'il n'y avait pas lieu de
séparer:
Tels changements ont leurs douceurs
Qui passent leur intelligence.
Amph., ProL, 104;
et (( voici ce qui passe toute intelligence. — Bossuet, Hist. unïv., in-4",
1681, p. 288. ..
P. 520 et 521, nous lisons un paragraphe consacré au mot retour
signifiant retoui- sur le passé, puis un paragraphe consacré à la locu-
tion au retour de signifiant en retour de, en échange de. A la fin de ce
second paragraphe se trouvent deux exemples où le mot 7-e^oitj' n'entre
dans aucune locution et où il signifie ce qu'on ajoute pour rendre un
troc égal: «pour un tel bien je devrois à\i retour. — Rec. derondeuux,
in-32, 1639, p. 81. »
Dans le long et important article Verbes, toute une page, qui a la
prétention de traiter de 1' « emploi du temps », porte en réalité
sur l'emploi des modes (du milieu de la p. 778 au milieu delà p. 779i;
au contraire, la 2« partie de la page 781, où il devrait être question
de r« emploi des modes » et en particulier de l'emploi du « subjonc-
tif », porte en réalité sur l'emploi des temps.
Si l'abondance des notes prises par M. Livet et la difficulté de les
classer l'ont entraîné à mettre parfois du désordre dans ses articles,
il est naturel qu'elles l'aient entraîné aussi à y faire entrer des exem-
ples qui n'y avaient que faire et qui sont mal interprétés.
P. 66, l'explication donnée du verbe ménwjer : « préparer, chercher
à assurer «convient à neuf des exemples cités sur dix. Mais elle ne
convient plus au passage de Segrais {Nouvelles francnises, 1656, 4-
nouv., p. 149): « Si cette passion, qui se montre si respectueuse, pou-
voit être bien ménagée, ce seroit peut-être un moyen de leur déli-
vrance ». Là ménager a son sens ordinaire de conduire, régler avec
mesure.
P. 166, M. Livel n'étutlie pas le mot objet dans son sens propre, que
rappelle pourtant à la fin une définition de Bossuet : « Qu'appelez-
vous un objets — La chose vers laquelle on se porte : comme la vue
se porte vers la lumière et les couleurs ; c'est son objet » ; il veut seu-
554 nitSLIUt.HAFllIK
lement donner des exemples d'objet signifiant ■< objet de rainoni-,
femme, femme aimée ». Dès lors, il fallait supprimer la deuxième ci-
tation, celle des Fâcheux, I, 6,290:
Où donc s'est retiré cet objet de mes vœux?
Ici c'est l'ensemble de la périphrase qui signifie « femme aimée » ;
quant au motohjet lui-même, il est pris dans son sens projire, Orphise
étant la chose (la personne) vers laquelle se portent les vœux d'Éraste.
P. 181, M. Livet étudie « on, rejjrésentant la P^ personne du singu-
lier : je » et « ON, représentant la ire^^ej-sonne du pluriel: dous », et il
cite ces deux exemples: « Pauvre Géronte!.... En vain je cours de
tous côtés pour le pouvoir trouver... 11 faut qu'il soit caché en quel-
Nous serions au logis beaucoup moins sûrement:
Ici de tous côtés on découvre aisément,
Et nous pouvons parler avec toute assurance.
Dép. am., II, 1, 345.
Dans les deux cas, il est fort douteux que on représente un pronom
personnel : Scapin dit que l'endroit où est Géronte ne peut pas être
deviné, et Frosine que le lieu où elle s'entretient avec Ascagne, étant
largement découvert, permet de voir de tous côtés.
P. 188, ordre est d'abord défini par » méthode, ordre logique »,
puis, dans un second paragraphe, il est défini par « arrangement » ;
mais, pour les deux exemples de Molière qui suivent cette seconde
définition, c'est la première seule qui conviendrait. M. Tomes songe à
un ordre logique et hiérarchique lorsqu'il s'écrie: « Je... ne voulus
point endui'er qu'on opinât, si les choses n'étoient dans Vordi'e. — - Ar)i.
méd., Il, 3. » « On est assuré que les choses sont toujours dans Tor-
dre », dit l'apothicaire de J/. de Pourciaugnac, I, 5; et M. Livet ne se
serait pas trompé sur le sens de ces paroles, si, poursuivant sa cita-
tion, il était arrivé à cette variante que l'apothicaire donue lui-même
de sa phrase: « On est bien aise au moins d'être mort méthodique-
ment. »
P. 223, partager est défini : « donner en partage », et la définition
s'applique exactement au deuxième exemple cité (J/e'Z/certe, II, G); mais
elle ne s'applique pas aux quatre autres. Dans
Nous le verrions encor nous pm'tager ses soins.
Racine, Androm., V, 3, 1559,
partager signifie répartir sur des personnes différentes; et de même
dans les vers du Tartufe [L I, 115_), dont JNI. Livet a eu tort de ne citer
que le premier :
BIBLIOGRAPHIE 555
Ou faire ailleurs tomber quelques traits partagés
De ce blâme public dont ils sont trop chargés.
P. 435, dans un paragraphe qui porte pour titre: « que, ^joia- à
moins que, avec une négation » se trouve l'exemple suivant:
... Où donc allez-vous, rjuil ne vous en déplaise?
{Éc. des maris, I, 2, 84.)
Mais qu'il ne vous en déplaise signifie ici : « Qu'il ne vous vienne pas
du déplaisir de ce que je vous interroge ainsi » ; il doit se traduire par :
avec votre permission.
P. 447, l'explication de quitter {lai- u tenir quitte » est valable pour
les textes empruntés aux auteurs autres que Molière. Au contraire,
dans les quatre citations de Molière, nous lisons également je le
quitte, où le est un pronom neutre et où quitter a le sens, déjà indiqué
p. 445, de renoncer à. Ainsi dans la Critique de VÉcole des Femmes,
se. 6 : Que trouvez-vous là à redire? — Moi, rien. Tarte à la crème ! —
Ahlje le quitte », c'est-à-dire: j'y renonce, je renonce à discuter avec
vous.
P. 657, dans un paragraphe où siir est expliqué par â prendre sur,
imputable sur, ûgnve la phrase suivante de PascAÏ [6'' jM'ovineiale): «un
prêtre qui a reçu de l'argent pour dire une messe, peut-il recevoir de
nouvel argent sur la même messe? » Mais ce nouvel argent ne peut
être^?'is sur la même messe, il ne peut être donné ou reçu qu'à cause
de la mêuie messe : l'exemple doit donc être reporté deux paragraphes
plus haut.
P. 778, on ne saurait affirmer que M. Livet se trompe en voyant un
indicatif employé pour un subjonctif dans la phrase de La Flèche:
« Je dis que vous fouillez bien partout, pour voir si je vous ai volé. —
L'Avare, I, 3 ». Mais il n'est pas certain nou plus que je dis signifie
là « je conseille », — et c'est le seul cas où nous mettrions aujour-
d'hui le subjonctif. La Flèche, qui a laissé imprudemment entendre à
Harpagon le mot de « voler », peut chercher à l'expliquer en disant:
« Je remarque que vous fouillez bien partout, pour voir si je vous ai
volé. »
Des citations mal interprétées conduisent à des définitions inexac-
tes et à des titres erronés.
P. 505, M. Livet fait un paragraphe spécial ayant pour titre:
« Réparer: 2° épargner », afin d'expliquer les vers suivants :
Quand d'un injuste ombrage
Votre raison saura me réparer l'outrage.
D. Garde, I, 3,255.
556 BIBLIOGUAPHIE
Mais cette explication, peu admissible en soi, ne convient nullement
au texte, don Garcie ayant déjà offensé done Elvire par sa jalousie.
Réparer a ici le sens d'effacer, de trouver une compensation à, comme
dans le texte de Racine cité au piiragraphe précédent: Il redouble
d'amour pour réparer son peu de valeur ».
P. 536, on lit cet article: « Rin, Nis en Rin.
C'est que dans tous les mots ils changent nis en rin.
Et, pour dire Tunis, ils prononcent Turin.
UÉt, IV, 2, 1413.
Ne croirait-on pas que nin en rin est une locutinn toute faite ? et fal-
lait-il consacrer un article spécial à Texplication falote donnée par
Mascarille du lapsus commis par le pseudo- Arménien Lélie?
P. 703, l'adjectif [)0ssessif sien ne pounait être remplacé par le
pronom possessif le sien dans aucun des textes cités ; ainsi dans
V Étourdi, I, 5, 257, sien équivaut à l'iidjectif latin suus :
Mais surtout fais si bien
Qu'elle garde toujours l'ardeur de me voir sî'e?;.
P. 703, M. Livet cite ces vers de VÉcolc des Maris, II, 9, 7'27 :
J'ai douté, je l'avoue; et cet arrêt suprême
Qui décide du sort de mon amour extrême
Doit m'étre assez touchant, pour ne pas s'offenser
Que mon cœur par deux fois le fasse prononcer,
et il intitule son article : « Toucha.nt, indulgent ». Mais Valèrt sait
bien si l'arrêt jjrononcé par Isabelle est, ou non, indulgent pour lui;
ce sens ne se comprend donc pas avec doit. La seule inteipi'étation
possible est : cet arrêt doit me toucher assez, m'importer assez, pour
qu'on ne s'offense pas de ce que mon cœur le fait prononcer une seconde
fois.
Enfin, il était impossible que dans un travail aussi considérable
ne se glissassent point d'autres erreurs, d'ordie divers. Voici donc en-
core quelques affirmations de M. Livet, sur lesquelles nous devons
faire nos réserves.
P. 24, on nous dit que le mot Malitorne ne peut avoir été suggéré
par la Maritorne de Cervantes, « parce que le D. Quichotte ne parut
qu'en 1617 et que, dans la Comédie des Proverbes, composée, dit-on,
dès 1616, par le comte de Ci-amail, on lit : <> Alizon : Hé ! hé ! Mali
tome ! que cela est maussade ! III, 7 ». — La Comédie des Proverbes
n'a pas été composée en 1616, mais aux environs de 1632 (Voy. Roy,
Sorel, p. 253, n.), et il est probable que3falitorne est bien le nom de la
servante espagnole, influencé par le latin Malctomatus.
BIBI.IOGRAPHIE 5 57
P. 279, à propos de la locution sur le iiied de et du vers du Tar-
tuffe, 1,2, 181 :
Nos troubles l'avaient mis sur le pied rf'homme sage,
M. Livet écrit: « Métaphore tirée du langage technique de la f.ibri-
cation des monnaies: \e pied était le type, le modèle, auquel se rap-
portaient les pièces fabriquées ; Molière veut donc dire : Nos troubles
l'avaient mis sur un type conforme à celui de l'homme sage. » Que
faut-il entendre par « le type, le modèle, auquel se rapportaient les
pièces fabriquées » ? Je ne sais trop, et, si M. Livet désigne par là la
forme même des pièces, j'ai peur, et que l'explication ne soit inexacte,
et qu'elle n'éclaire qu'un petit nombre des textes où entre la locution
sur le pied de. — D'après les ordonnances royales, \e pied de monnaie
c'est « la taille, titre et prix du marc d'or ou du marc d'argent, sur
lequel est dressé le cours et la traite de l'espèce » (dans Lacurne
de Samte-Pa.\a.ye, Dictionnaire, Rvt.pied, 3°); d'où il suit que sur le pied
de signifie: avec le titre, avec la valeur de. Mettre un homme sur le
pied d'homme sage, c'est lui donner la valeur d'unhommesageaux yeux
de tous. Ces femmes, qui veulent conduire les affaires qu'elles ont sur
le pied t^'attachement honnête [Impromptu de Versailles, se. 1), cher-
chent à leur donnner aux yeux de tous la valeur d'un attachement
honnête. Celles qui
veulent, sur le med de nous être fidèles,
Que nous soyons tenus à tout endurer d'elles,
Êc. des Femmes, IV, 8, 1300,
regardent leur fidélité comme une monnaie d'une valeur telle, que toute
la patience des mari.s, donnée en échange, suffit à peme à rendre le
marché équitable. Quant au texte du Théâtre italien : « Vous ne savez
donc pas que l'amour fuit les gens mal propres, et qu'il faut être sur
le bon pied pour le recevoir », il contient évidcinment une façon de
jeu de mots.
P. 403 et 404, dans les constructions comme
Le trait qite fai bien cru que tu m' av ois joué.
Dépit amoureux, III, 7, 955,
M. Livet fait de chacun des que un prouom relatif, complément direct
du verbe qui le suit immédiatement. Il y a là une double eri-eur, car
le premier que est un relatif qui dépend du second verbe, et le second
que est une conjonction : le trait que tu niavois joué, — j'ai cru que
tu me l'avois joué. Ce qui a trompé M. Livet, c'est sans doute la
locution
Nous verrons si c'est moi que vous voudrez qui sorte,
Misanthrope, II, 4, 742,
5n8 BIBLIOGRAPHIE
où il y -A. en effet, deux pi'onoms relat,ifr< et où chacun est dans un
rapport grammatical étroit avec le verbe qui le suit. Mais ici le second
relatif est né de la confusion si fréquente entre qu'il et qui ; après
quoi, il a continué de vivre parce qu'on pouvait en effet y sentir un
relatif sujet ayant le même antécédent que le pronom que. Figurons-
nous la conjonction ôrt remplacée par o; dans une phrase grecque
comme celle-ci : ^xiù.vj^, ov Kupo; rrlzi, ôrt «itrov £;/oito-j Yïzogi^o-j
n~CiCf.TiijtJ.tzo:;
P. 630, soucier est donné comme verbe neutre dans les phrases
comme
Eh ! je crois que cela faiblement vous soucie,
Dép. am., IV, 3, 1389.
C'est sans doute que M. Livet songe à sa traduction : donner du souci
à ; mais mieux eût valu songer à Tétymologie : soUicHare.
P. 703, à côté du mot fameux de La Fontaine {Épître à l'Év. de
Soissons) :
Je pris certain auteur autrefois pour mon maître ;
Il pensa me gâter,
M. Livet écrit sans hésitation qu'il s'agit de Voituie. La question
est controversée, et il n'eût pas été inutile de faire suivre le nom d(>
Voiture d'un point d'interrogation.
P. 781, sous la rubrique « Verbes à Vimparjuit ou au ixirfait, an
lieu du pi'ésent du subjonctif », on lit les deux citations que voici :
« Vous avez voulu aussi que nous soyons entrés Jusqu'Ici. — Préc.rid.,
se. 7 » ; « je cois bien qu'avant qu'il fût peu, vous n'auriez pas le son.
— Bourg gentilh., V, 2. » Mais, dans le premier ras, la grammaire
actuelle exigerait l'imparfait du subjonctif, non le présent; dans le
second, l'imparfait du subjonctif est amené par le conditionnel qui
suit, non par l'indicatif présent qui précède : nous écririons encore
aujourd'hui comme Molière.
Telles sont les observations que j'aurais voulu soumettre à M. Livet,
comme je lui ai précédemment soumis celles que me SHggéraient les
premiers volumes. Esprit largement ouvert, caractère éminemment
aimable, habitué à faire à la critique de sincères appels, il eût
accueilli cet article comme il avait accueilli les deux autres, avec
une exquise bienveillance. Mais celui-ci, hélas! M. Livet ne \o
lira point. A Montpellier même, où il était venu passer l'hiver, cet
infatigable travailleur qu'avait constamment soutenu une superbe et,
en apparence, inaltérable santé, a été subitement enlevé à la science,
comme à sa famille et à ses amis. Il laisse inachevé un lexique de la
langno de Bossuet dont, en 1896 déjà, nous espérions le prompt achè-
blBLlOGllAPIÎIK 5 59
vement, et qui eût été particulièrement utile. Faut- il renoncer à l'espoir
de voir jamais paraître cet ouvrage? et la mort nous l'a-t-elle défini-
tivement ravi avec toutes les brillantes ou solides études que nous
pouvions encore attendre d'une aussi verte vieillesse?
Euffène RiGAL.
Titres de quarante brochures récentes
Nous nous plaisons à signaler ici, trop sommairement à notre gré,
quelques articles relatifs à des questions d'histoire ou de littérature,
de nature à intéresser nos lecteurs, et dont les tirages à part ne tar-
deront pas, vu leur petit nombre, à constituer de précieuses curiosités
littéraires et bibliographiques.
Pfister (Ch.). — Henri IV à Nancy (2-8 avril 1603), in 8°, 0 pp-
Imp. Thomas Malzéville.
Intéressants détails, d'après des documents inédits tirés des archives
lorraines.
Cour d'appel de Montpellier. Audience solennelle de rentrée du
17 octobre 1898. Discours de M. Etienne Meynieux. De la réforme
du Code de justice militaire. Montpellier, Jean Martel, 1898, in -8°,
55 pp.
Importante étude sur une des plus graves questions qui puissent à
l'heure présente préoccuper les bons citoyens et les esprits indépen-
dants. M. Meynieux touche à ces sujets délicats avec une haute com-
pétence et impartialité.
JtJLUAN (Camille). — Inscription cjallo-roinaine de Rom [Deux-
Sèvres), in-8°, 9 pp. Extrait de la Revue celtique, XIX.)
« La tablette de Rom, par sa forme, par sa nntn! !■, par son origine,
doit être une tablette d'imprécation ou de prière. » Ainsi conclut
l'auteru, après une discussion, vrai modèle de sagacité et d'ingéniosité.
Lazzakini (Vittorio). — L'Acquisto di Lepanto (1407). Venezia,
frats Vicentini, 1898; in-S", 23 pp. (P^xtrait du Nuovo Archivio Veneto,
XV, fasc. 2).
D'après des documents inédits des archives de Venise, et notamment
des registres Senato Misti.
NicoLUSSi (Giovanni). — Alcuni versi tedes dû nel « Dittamondo >>,
in-S", 1 1 pp. Extrait du Giornale Storico délia Letteratura Italiana.
Turin, Lœscher, 1898 (vol. xxxii, p. 121).
D'après la collation de cinquante-deux manuscrits.
LuMBROSO (Alberto). — Dei più recenti scritti su Napoleone edi suai
560 BIBLIOGRAPHIE
tempi, in-8", 15 \)\). Extrait de la Rivista Storlca ItalUmu, XV, 3
[1898].
[LuMBROso (Alberto)J. — Nozze Pecco Vigna. Una lettera del géné-
rale Savary al principe Camillo liorghese, ed una publica dichisara-
grone di Luciano Murât, pretendente al trono di Napoli. In-8°, 14 pp.
[Rome], Forzani, tip. Senato.
Avec une épître dédicatoire signée Alberto Luinbroso : « Al chiar.
dott. Matteo Pecco.
[LuMBROSO (Alberto)]. — Campagne de ISOO. Souvenirs du général
J.-C. Jouan, (publiés par le baron). Extrait du Carnet historique el
littéraire, 15 juin 1898, in-8°, 14 pp. Paris, 59, avenue Breteuil,
1898.
LuMBROSo (Alberto). — lire Gioacchino Murât e I'jl suacorte (1808),
dair inedito carteggio del re con Napoleone 1, in-8°, 32 pp. Rome,
Forzani, 1898. (Extrait de la Nuova Antologia, août 1898, LXXVI.
Série iv.)
Riches en infoi-mations nouvelles, en minutieuses rectifications, en
documents inédits ou inconnus, publiés ou signalés, ces publications
créent à leur infatiguable auteur de nouveaux titres àla i-econnaissance
des napoléonisants.
LuMBROSO (Alberto). — La To^cana dal 25 marzo 1 799 al 20 maggin
1801. Ristampa. in-8", 25 pp. Rome, Modes et iMendel. Paris, Picard,
1898.
Réimpression d'une rare et curieuse plaquette anonyme, avec des
notes abondantes et érudites de l'éditeur.
LuMBROSO (Alberto). — Di alcuni studi sulla rivoluzione francese e
sul primo impero pubblicati nel 1897, in-8", pp. 14 Toriuo, Bocca, 1898.
Extrait de la Rivista Storica Italiana, XV, fasc. 12.
Zambler et Carabellese. — Lerelazioni commercialifra la Piiglia
e la Repuhlica di Veneda dal secolo X al XV, in-8", 191 pp. Trauni
V. Vecchi, 1898.
Monographie importante sur un sujet peu connu; publie une cin-
quantaine de pièces justificatives fort intéressantes. Ce travail forme
le second volume d'une série de Ricerche e Docunienti qu'il faut sou-
haiter de voir rapidement continuer.
BucHE (Joseph). — Histoire du Studium, ( allège et Lycée de Bourg-
en-Bresse (1391-1898), in-8°, 171 t)p. Bourg, inip. Courrier de l'Ain,
1898 (Extrait des Annales de la Société d'Émulation de l'Ain).
Le jeune et savant professeur, dont nos lecteurs n'ont pas oublié
rérudiLc collaboration à propos des Lettres de Boyssonné, a traité
BlBr.IOGRAPHIE 561
d'une façon définitive son sujet dans cette belle monographie qu'il a
divisée en six chapitres, correspondant à autant de périodes dans
l'histoire de cet établissement : I. Le Stiidium ou Ecoles communales
(1391-1572); le Collège communal (1572-1618); II. Les Jésuites
directeurs, puis maîtres du Collège (1618-1644, 1644-1763) ; 111. Le
Collège parlementaire (1763-1793' ; IV. L'Ecole Centrale (an v-xi,
1796-1803) ; V. Le Collège (1803-1856) ; VI. Le Lycée (1857-. . . .).
Il serait à souhaiter que tous nos lycées et collèges fussent pourvues
d'annales aussi bien rédigées.
JuLLiAN (Camille). — Questions historiques.
Dans la chronique qu'il fait sous ce titre à la Revue universitaire,
notre savant confrère et ami traite les questions les plus variées.
L'extrait que j'ai sous les yeux passe en revue un dieu chaldéen (le
dieu banquier Samas), le temple de Delphes d'après M. HomoUe, le
forum romain d'après M. Thédenat, la propriété au moyen âge,
suivant les données, nouvellement étudiées par Brutails, du Gartulaire
de l'église collégiale de St-Seurin, D'Aiguillon en Bretagne et l'œuvre
intérieure de Louis XV, k propos des essais de réhabilitation de
M.M. Carré et Marion, Vunité italienne et les ancêtres italiens de
Napoléon, Va.\ite\x\: ciianne prédiction de Victor Hugo, d'une portée so-
ciale assez grande pour être notée dans le fatras oratoire et apocalyp-
tique de ses discours et de ses lettres, et insiste sur la nouveauté et
l'importance, dans l'état social de notre pays, de la création des
universités. — A propos de Napoléon et à l'appui de la thèse,— chère
àQuinet, à Stendhal et àTaine, — de l'italianité de Napoléon, M. Jul-
lian rappelle, en me faisant l'honneur de me citer, que Napoléon
voulut proscrire l'enseignement du français de l'île d'Elbe. En fait, il
y supprima le professeur de français. Mais peut-être avons-nous mal
interprété cet acte. Napoléon, politique et positif, pensait sans doute
que ses quatre cents grenadiers seraient autant de professeurs de
langue et d'esprit français ; on connaît un exemple notable d'échange
de leçons de grammaire et de prononciation française et italienne, celui
de Drouot et de M"^ Vantini; pareil fait dut maintes fois se répéter. 11
y a donc apparence que cette mesure d'économie de l'empereur n'a
pas eu le caractère antifrançais que nous lui avons attribué.
Tamizey DR Larroque. — Le chroniqueur Proche. Documents
inédits publiés et annotés, in-8°, 30 pp., Agen, imp.-lithog. age-
naise, 1898. Itxtrait à 5'3 exemplaires de la Revue de l'Agenais.
La dernière étude de notre illustre confrère et regretté collaborateur,
publiée par les soins pieux et dévoués de son fils, IVI. Henry Tamizey
de Larroque.
5fi2 BIBLIOGRAPHIE
Teisskikk (Raymond). — Marchand et In question du Haut Nil.
Conféreace faite à l'A. G. des étudiants de Marseille, le 2(3 octo'uie
1898, in-H°, 31 pp. Marseille, B irlatier, 18.J8.
Considérations générales sur la politique africaine. Récit de la
mission Marchand. Discussion générale de nos droits sur le Haut Nil.
Discussion des deux Livres Bleus et du Livre Jaune.
Casanova ^^Lug•enio) — Note di Storia Senese, in -8", pp 22.
Sirena, Torrini, 1898. Extrait de la Miscellanea Storia Senese, iv-v.
Le distingué secrétaire de VArchivio Storico Italiano a réuni sons
ce titre diverses notes intéressant l'histoire politique, sociale et artis-
tique delà république siennoise. Citons entre autres : une concession
de biens à la fameuse Bianca Capello dans la maremne toscane, l'ex-
portation hors de Sienne des objets d'art, le gouvernement français à
Sienne, la madone de Romiluzzo près Poggibonsi, des letties de
(Josme I de Médici pour la compilation des règles de la langue
toscane, etc., etc. La variété, la précision, l'intérêt de ces notes fout
vivement regretter que l'auteur renonce aux études historiques pour
entrer dans les carrières administratives. Ses amis lui souhaitent d'y
trouver les mêmes joies désintéressées.
Dalla Santa (Giuseppe). — Alcuni âocumenti x)er la storia délia
chiesa di Limisso in Cqjro durante la seconda meta del sec. XV, iu-S",
40 pp., Venezia, frat Visentini, 1898. Extrait du Nuovo Archico
Veneto, XVI, fasc. 1.
Importante monographie d'histoire ecclésiastique. Nombreuses ad-
ditions aux dates antérieurement données par M. de Mas Latrie.
Cl\n (Vittorio). — Ancora la Stanza « Molt'é gran cosa edinoiosa »
de Giacomo di Lentini, in-8°, 5 pp., Pisa, Marcotti. Extrait de la
Rassegna Bihliografica délia Letteratura Italiana.
Petit problème de chronologie et d'histoire littéraire, déjàtraité par
Casini, Torraca, Mussafia, Pellegrini, Parodi et Cesareo, et ingénieu-
sement résolu.
Camus (Julesj. — Les épêes de Bordeaux en Guyenne et en Savoie.
in-S", pp. 11. Annecy, Abry, 1898. Extrait de la. Revue savoisienne.
Réfutation de la théorie de J.-B. Giraud qui attribuait à Bourdeaux
en Savoie la fabrication des épées si célèbres au moyen âge et jusqu'au
XVl" siècle sous le nom d'épées de Bordeaux. Camus rétablit, sans
peine et de façon pi'obante, la validité de Topinion traditionnelle.
Saint-Quirln. — Jean Dumas, conseiller et chambellan du roi,
in-S", 100 p., Ninies, Chastauier, 1898.
BIBIJOGRAPHIF, 563
Bonne monographie de ce personnage qui a eu un rôle important
au conseil du roi sous Louis XI et Charles VllI, notamment pendant
le procès de Jacques d'Armagnac, qui a })ris part aux campagnes de
Charles VIII en Italie et qui avait formé une belle bibliothèque de
bibliophile. M. Saint-Quiriu a heureusement mis à profit sur ce point
les recherches de M. Ant. Thomas. Des recherches généalogiques
très détaillées complètent cet essai intéressant. Il faut espérer que
l'auteur qui se dérobe sous ce modeste pseudonyme entreprendra
bientôt de nouvelles et plus considérables recherches.
Société archéologique de Béziers. Séance publique du 29 mai 1898.
Discours d'ouverture par M. Frédéric Donnadieu :
L'enseignement du français et les idiomes provinciaux. Les jeux sé-
culaires du collège de Béziers en 1700, etc., etc. Appendice : poème
latin inédit sur la ville et la région de Béziers.
In-8°, 49 pp. Béziers, imp. Sapte, 1898.
Pouesios diversos del sieur Bounet, de Béziers, ambe leremerciemen
a MM. les jutges et maiuteneurs des jocs fleuraux à Toulouso
publiés par F. Donnadieu.
In-S", 34 pp. Béziers, imp. Sapte, 1898.
Intéressantes contributions à l'histoire littéraire de Languedoc.
LoLi.is (Cesare de). — L'ultimo dramma di Gerardo Eauptmann.
ln-8°, 11 pp. Extrait de \& Nuova antoloyia, 16 déc. 1888. LXXVIIl,
série IV.
Brillante analyse de Fiihrmann Henschel (Le cocher Henschel), par
le savant romaniste, qui y a apporté ses qualités de précision et d'in-
telligence bien connues de nos lecteurs.
BoNXET (Emile), — Lucidari. Un incMnahle toulousain i^erdu et re-
trouvé. In-8°, 135 pp. Besançon, Jacquin, 1898. Extrait du Biblio-
graphe moderne, 1898, n° 4.
Découverte dans les collection < de ]\L Ricard, aujourd'hui appar-
tenant à la Société archéologique de Montpellier, des feuillets du Lu-
cidari qui ont servi au marquis de Castellane, dans son catalogue
chronologique de l'imprimerie à Toulouse, à décrire cet incunable.
MoTT.v (Emilio). — Nel primo centenario deJla indipendenza del
Ticino. Una jjagina de storia patria. Iu-8'\ 83-vii pp. Belliuzona.
Tipog. cantonale, 1898.
Petit livre de vulgarisation très bien composé, d'une érudition de
bon aloi et sur beaucoup de points originale, avec des reproductions
de gravures rares.
5fi4 BIBMOGRAPHIE
Claretta (Baron Gaudenzio). — Notice pour servir à la vie de
Mercurin de Gattinara, grand chancelier de Charles-Quint, d'après des
documents originaux.
Petit in-8o, 104 pp. Chambéry, veuve Ménard, 189^.
Après une courte introduction, l'auteur publie seulement ici quatre
importantes pièces : Exposé pour la duchesse Marguerite, veuve de
Philibert de Savoie. Première et deuxième représentations de M. de
G. à Charles-Quint. Inventaire des meubles du grand chancelier,
trouvés à Inspruch lors de sa mort. Ces documents sont du plus haut
intérêt, même pour l'histoire politique générale de ce temps.
MoTTA (Emilio). — Helvetica in Trivulziana. In-S", 14 pp. Extrait
du Bolletino storico délia Svizzera Ilaliana.
Notices historiques, d'après des documents inédits de la riche Bi-
bliothèque trivulcienue, dont M. Motta est le conservateur.
CiAN (Vittorio). — Compte rendu critique du Quattrocento de Vitto-
rio Rossi (Milan, 'Vallardi, in-8°, 444 pp , 1898).
(In-8°, 5 pp. — Pp. 327-332 de la Rivista storica Italiana, 1898.)
Analyse judicieuse du beau livre de Rossi et discussion des opi-
nions du savant professeur de Pavie touchant la théorie individualiste,
soutenue par Burckhardt. M. Rossi annonce l'intention de revenir
quelque jour sur cette question de l'individualisme, pour démontrer
que les idées individualistes, dont Burckiiardt attribue l'éclosion ou
l'expansion à la Renaissance, étaient déjà florissantes au moyen âge
et que la Renaissance n'y a rien ou peu ajouté. Nous aurons alors
un réel plaisir à discuter avec lui la valeur de son opinion.
Mazzatlnti (G.). — Mastro Giorgio Andreoli (ael quarto cente-
nario).
In-S". 15 pp. Roma, Soc. éd. Dante Alighieri, 189S. Extrait de la
Rivista d'Italïa, fasc. 6.
Intéressante notice sur cet artiste célèbre.
Mazzatlnti (G.). — Leone Cohelli e la sua cronaca. In-8°, 28 pp.
Bologna, Garagnani, 1898. (Extrait des Atti e memorie délia R. D. di
St. P., perle P. di Romagna, s. III, vol. XVI.)
Dissertation critique et bien documentée sur les origines et la valeur
de cette chronique, comparée aux annales de Cesena, de Forli, etc.
NovATi (F,). — Gherardo da Castelfiorentino . Notizie et documenti.
In-S", pp. Castelfiorentino, Giovannelli et Campitelli, 1898. Extrait
de la Miscellanea storica délia Valdesa, XI, fasc. 3.
Notions et documents nouveaux sur ce poète toscan bien oublié.
GurLLOis (Antoine). — Le duc d'Aumale, in-8°, 24 pp. Paris, av.
BIBLIOGRAPHIE 065
Breteuil, 1898. Extrait du Carnet historique et littéraire, 15 mars
1898.
Bonne notice, tendant volontiers au panégyrique.
iMissET (E.). — Jeanne cl' Arc Champenoise. Réponse à M. Ch. Petit
Dutailiis, in-B", 23 pp. Clialon-sur-Saône, L. Marceau, 1898.
Polémique aigre. M. P.-D. me paraît avoir mille fois raison en pro-
clamant : « Il n'y a qu'un fort douteux profit à savoir si Jeanne d'Arc
était barroise ou champenoise. »
GiRY. — Sur la date de deux diplômes de l'église de Nantes et de
l'alliance de Charles le Chauve avec Erispoë, in-S", 26 pp. Rennes,
Oberthiir, 1898. Extrait des Annales de Bretagne, juillet 1898.
Dissertation conduite avec une rare méthode et une rigoureuse
précision.
Gasté (.\rmand). — Diderot et le curé de Montchauvet. Une mysti-
fication littéraire chez le baron d'Holbach (1754), in-12, 36 pp. Paris,
Lemerre, 1898.
Amusante et érudite narration d'une piquante aventure littéraire.
Waddington (Albert). — Un anonyme du XVII^ siècle. Les mé-
moires de Hollande et leur auteur. In-8", 36 pp. Paris, Picard, 1898.
Extrait du Compte rendu de l'Académie des sciences morales et politiques.
Attribution de cet ouvrage semi-historique à un certain capitaine
Nicolas du Buisson, qui peut-être a reçu des conseils e( des indica-
tions de Daniel Huet. Dissertation fort ingénieuse, qui éclaircit un
petit problème d'histoire littéraire.
Anglade (J.). — Les Troubadours, leur vie, leur œuvre. Trouba-
dours limousins, in-12, 33 pp. Brive, imp. Roche, 1898.
Bon travail de vulgarisation.
Martin (J.-B.). — Inventaire méthodique de manuscrits conservés
dans des bibliothèques privées de la région lyonnaise, iu-B", 30 pp.
Paris, Bouillon, 1898. Extrait de la Revue des Bibliothèques.
Les bibliothèques ici inventoriées sont celles des séminaires de Lyon,
Bourg, Clermont-Ferrand, Lons-le-Saunier, Le Puy, Grenoble, Grande-
Chartreuse, Marisces de Sainte-Foy-lès-Lyon, missionnaires dio-
césains et dominicains de Lyon, collège d'Annonay, chapitre et arche-
vêché de Lyon, biblioth. Paillère (Lyon), abbaye de Saint- Antoine
(Isère), La Diana (Montbrison), évêché de Saint-Claude. La majeure
partie de ces 160 manuscrits est relative à la théologie et à la liturgie.
Un bon index termine la publication.
CoTTiN (Paul). — Les Anglais dans la Méditerranée (1793) d'a-
37
566 BIBLIOGRAPHIE
près des documents inédits, in-8", 31 p[j. Paris, Baudoin, 1897. Ex-
trait de la Revue Maritime.
Extrait du Siège de Toulon, publié postérieurement par le même
auteur.
Dejob (Ch.). Avis aux candidats en quête de sujets de thèses litté-
raires pour le doctorat, in-8°, 4 pp. Laval, Barnéoud, 1898.
Le savant promoteur de la Société d'études italiennes préconise ici,
avec l'énergie et l'autorité qu'on lui connaît, l'étude des littératures
méridionales, et leur exploitation, au point de vue restreint, mais pra-
tique, du doctorat es lettres. Bien que l'espoir de la récompense immé-
diate invite trop souvent les travailleurs à limiter leurs recherches et
à ne s'intéresser qu'à « ce qui rentre dans leurs sujets », cependant, si
la poursuite d'un grade universitaire, si illusoire qu'en soit la valeur,
peut déterminer quelques jeunes gens à étudier les littératures ita-
lienne ou espagnole, les conseils de M. Dejob peuvent avoir quelques
bons résultats. Ceux de nos étudiants qui visent au diplôme d'études
supérieures d'histoire pourront eu faire leur profit. Toutefois ils feront
sagement de ne pas trop consulter les tavole storico-hihliografiche de
MM. Finzi et Valmaggi, que M. Dejob recommande trop chaleureu-
sement, et où les lacunes et même les erreurs ne manquent pas. Ils
feront bien aussi de ne pas se réduire au rôle de compilateurs et d'ar-
rangeurs — ou démarqueurs, — de la littérature italienne, exsistant
déjà sur telle ou telle question: après les travaux de Solerti sur le
Tasse, par ex., je suspecterais l'originalité d'un jeune homme qui
choisirait pour son sujet ce poète charmant, et je le soupçonnerais
véhémentement de vouloir acquérir son grade par un nunimum
d'efforts. — 11 reste bien entendu d'ailleurs que, pour la Sorbonne,
aucun sujet de thèse, fût-ce la Divine Comédie, Cervantes ou Lope
de Vega, ne comporte plus de cinq cents pages in-8° (on ne dit pas
en quelle justification}, et qu'une thèse soutenue en province ne sera
longtemps encore qu'un médiocre titre à l'avancement. On doit
savoir, en s'occupant d'histoire et de littérature italienne qu'on n'en
fera que pour l'honneur, — et pour servir, si possible, au progrès de
l'érudition. Il faut donc s'en occuper.
Léon-G. PÉLissiER.
Romaaia, XXVII, 2 (avril 1898). — P. 177. E.-G. Parodi.
Du passage de v à h et de certaines perturbations des lois phonétiques en
latin vulgaire [l'^'^ article). I. Les échanges de h et de v en latin. Con-
trairement à l'opinion de Corssen, appuyée avec quelques varian-
BIBr.IOGRAPHIE 56 7
tes par Seelmann et Stolz, l'auteui* établit que le v initial restait
intact en latin vulgaire quand le mot précédent était terminé par
une voyelle, et qu'il se changeait en 6 si le mot précédent se terminait
par une consonne. A l'intérieur, le v tend à passer kb après une con-
sonne, mais surtout après une liquide ; au contraire, entre deux voyel-
les, c'est le b qui passe à v. Dans la plupart des langues romanes, à
un certain moment, on a perdu la conscience des délicates distinc-
tions primitives, et tandis que, dans certains cas, le v originaire
alternait avec le b ou était chassé par lui, dans d'autres, bien plus
nombreux, le v reprenait entièrement ses droits. — II, b roman issu
de v. Etude pénétrante du vocabulaire des diverses langues romanes
au point de vue de ce changement. — P. 241. C. Voretzsch. Sur
Anseïs de Carthage (fin). — II. Le roman en prose. L'auteur a cher-
ché à embellir le vieux récit et à l'approprier autant que possible au
goût de son temps; son œuvre, sauf quelques détails, ne sé'lève pas
beaucoup au-dessus de la masse des romans en prose du xv^ siècle.
— P. 270. L. Gauchat. Encore manducatum = manducatam.
MÉLANGES. — P. 287. E. Galtier. Berrie (« plaine ») : arabe barriyya.
— P. 288. J. D. M. Ford. Espagnol gozo. Ce mot, qui signifie aise,
plaisir, viendrait par aphérèse de neâfoimm avec influence de ^attf/twm.
— P. 289. A. Mussafia. Imagoregare est un barbarisme qui provient
d'une coquille lexicographique, dans Xexplicit italien du Liber consola-
tionis et consilii d'Albertano de Brescia (éd. de Leipzig. 1897). —
Fecerunt en français. — Notes critiques sur Z'Estoire de la guerre sainte
d'Ambroise. L'éminent éditeur de ce texte, M. G. Paris, avec sa
franchise habituelle, reconnaît fondées les observations de son sa-
vant ami, sauf celles qui concernent empraine et empraignouent,
qui lui inspirent quelques doutes.
Comptes rendus.— P. 298. C. Voretzsch, Das Merovingerepos und
die frankische Heldensage (H. Yvon ; loue la partie qui critique le livre
de M. Kurth, Histoire poétique des Mérovingiens, dont la thèse se-
rait acceptable, si l'on remplaçait le mot poétique par le mot tradi-
tionnelle). — P. 300. Mémoires de la Société néo-philologique à
Helsingfors. II (1897).— Uschakoff. Z«r Frage von der nasalierten
Yohalenim Altfranzœsischen (G. Paris; éloges sans réserve; il reste
encore bien des points obscurs dans cette importante question, que
le mémoire de M. U. éclaire d'un jour nouveau) ; — Werner Sœ-
derhjelm, Antoine delà Sale et la légende de Tanhaûser (G. P.
à l'occasion de ce compte rendu, ajoute quelques observations d'ordre
technique au bel article destiné au grand public qu'il a récemment
inséré dans la Revue de Paris (15 déc. 1897). — P. 307. Mathias
Friedwagner, Meraugis vonPortlesguez{G. Paris: favorable; examen
détaillé du texte et assez nombreuses corrections). — P. 318. L.
568 BIBLIOGRAPHIE
Vuilhorgne, Un trouvère picard des xii« et xiii^ siècles : Raoul de
Houdenc, sa vie et ses œuvres (M. Fiiedwagner: travail méritoire). —
P. 320. Chdd Mémorial volume (1896): p 69-76, E. S. Sheldon. On
Anglo-French and Middle Englisli au for french a before a nasal ;
p. 77-83, Ph. B. Marcou, T/ie French hislortal infinitive ; \). 85-
106, G. L. Kittredge, Wo was Sir Thomas Malory f p. 126-150. R.
Weeks, The Messenger in Aliscans ; p. 221-243, H. Schofield,
The Lay of Guingamor (G Paris ; généralement favorable). —
P. 324. Ed. Schwan, Grammatih des AUfranzœsischen, 3^ édition
revue par Behrens, 2e partie. Morphologie (Mario Roques: éloges
avec quelques critiques de détiiil). — P. 325. V. Chauvin, Pacolet et
les Mille et une Nuits (G. Paris : intéressant mémoire). — P. 327.
Chronique. — P. 331. Livres annoncés sommairement.
XXVII, 3 (juillet 1898). — P. 337. P. Meyer. Documents linguis-
tiques des Basses-Alpes. Comme spécimen du grand recueil de textes
en langue d'oc qu'il se propose de publier, l'éminent directeur de
l'Ecole des Chartes communique la plus grande partie des textes
inédits qu'il a recueillis dans le département des Basses-Alpes. Ces
textes sont empruntés aux archives communales de La Bréole (arron-
dissement de Barcelonnette), de Seyne (arrondissement de Digne), de
Digne, de StJulien-d'Asse (arrondissement do Digne), de Forcalquier
et de Castellane. 11 est inutile d'insister sur l'intérêt, non seulement
linguistique, mais aussi historique et géographique qu'offrira la
publication annoncée, et on ne peut que souhaiter que la réalisation
de la promesse qui nous est faite ne se fasse pas attendre.
Qu'on nous permette ces quelques observations : La Bréole, §§ 43,
48 et 63 eychus ne peut guère signifier que « écus » {se est traité
comme es): il y a lieu, je crois, de rapprocher la palatalisatiou de Vs
finale des proclitiques (articles, possessifs, etc.) dans des régions très
variées du Midi. — § 63 , compas doit être lu compay = compayre
(cf. § 66) ; — Seyne, § 40, gratuso doit signifier « chambre maçonnée
qui sert à capter une source )> : le texte latin cité nous semble ap-
puyer cette hypothèse; cf. la localité du département delà Lozère,
près Meyrueis, qu'on nomme officiellement Gatuzières, mais que
dans le pays on nomme Grotusieiros ; — § 57, hrandon ne serait-il
pas un déiivé de hrande, branle, et ne signifierait-il pas « bourdon,
grosse cloche qu'on met en branle »? — § 106, melse (s sonoie) est
actuellemeut la forme usitée à Embrun ; — § 125, stachas, lis. tachas,
gros clous(rsaétéamenéepar l's qui précède) ; — §§ 2, 27, 210, terasa
désigne certainement un terre-plein situé surle derrière de la maison,
qui était sans doute de plein pied avec le rez-de-chaussée du côté de
la rue, mais surplombait le terrain avoisinant, ce qui ne doit pas sur-
Bir.LIOGRAPHlE 569
prendre dans une ville dans la situation de Seyne ; — p. 409, tolos
ne doit-il pas être lu talos'î voy. ce dernier mot dans Mistral; —
p. 425, lausasdela tliomea {= tomeya'l) signifie peut-être : la pièce
dallée de la fi'omagerie (cf. le bas-alpin <owmo, fromage) . — P.
442. P. Savi-Lopez. Le Filostrato de Boccace. L'auteur montre
finement ce qu il y a d'essentiellement subjectif et de vraiment
moderne dans la façon dont ce sujet antique a été traité par
Boccace.
MÉLANGES. — p. 480. Fr. Wulff. Andare, andar ; amnar, lar ;
anar, aller. M. W. tire ingénieusement toutes ces formes de amhu-
lare. M. G. Paris dit à ce sujet : « Assurément, cette ramification
est ce qu'on a proposé de plus vraisemblable à l'appui de l'étymolo-
gie en question. Reste à expliquer comment, dans aucune des langues
romanes, les mots semblables à ambular (et amhulare lui-même au
sens d'ainbler) n'ont subi de transformations pareilles à celles qu'on
suppose pour amhulare au sens d'aller, ces transformations étant
dans chaque langue également, mais différemment, exceptionnelles. »
— P. 491. G. Paris. Parpaing, perpigner, Ae perpendium pour perpe?î-
dlculum, formé sur le modèle de suspendium) — P. 484. G. Paris.
Poulie = polidia (pi. neutre devenu féminin singulier), de ■koI'Jiov,
dérivé hypothétique du grec tto^oç, « pivot ».
Comptes rendus. — P. 440. A. Jeanroy et H. Guy, CItansonset dits
artésiens du XIII^ siècle, tome II de la Bibliothèque des Universités
du Midi {fi. Paris et Ad. Mussafia : nombreuses observations et cor-
rections).
PÉRIODIQUES. — P. 509. Zeitschriftf iir romanische Philologie, XX1I>
2 (G. Paris et P. Meyer), — P. 513. Giornale storico délia letteratura
italiana, XXVII, n°»79 81, XXVllI,n°^ 82-84 (P. Meyer). — P. 516.
Bulletin de la Société des anciens textes, 1897: P. Meyer, Notice du, ms.
1008 de la Bibliothèque de Tours ( Légendes des Saints en français
et en italien) — et du ms. 1015 de la même Bibliothèque {Légende des
Saints). — P. 517. Chronique. — P. 521. Livres annoncés sommaire-
ment.
XXVll, 4 (octobre 1898). — P. 529. F. Lot. Nouvelles études surla
provenance du cycle-arthurien. I. Glastonbury et Avalon (cL Romania,
XXIV, 327-335 ; 501-505). A propos de ce que dit l'auteur, que
Wace aurait pris un nom d'homme pour un nom de lieu en tradui-
sant (si traduction il y a et non tradition orale) in insulani Avallonis
advectus, de Gaufrei deMonmouth (XI, 2), par En Avalon se fist por-
ter, M. G. Paris, dans une note additionnelle, fait des réserves formel-
les : (( La façon dont Wace et Marie [l'auteur des Lais et des Fables]
mentionnent tout simplement ce pays mystérieux [l'île d' Avalon]
STO B1B[>I0GRAPH1E
prouve que les lecteurs le connaissaient. Il faut certainement admettre
que, dès la première moitié du XIP siècle, une tradition bretonne,
qui avait pénétré chez les Français, faisait d'Avalon le séjour d'Ar-
thur. » — P. 574. G. Mazzoni et A. Jeanroy. Un nouveau manuscrit
du Roman de Troie et de Z'Histoire ancienne avant César. Nous avons
pu voir en avril dernier ce ms., récemment acquis par la Bibliothè-
que Nationale, où il porte le n° 6774 des Nouvelles acquisitions fran-
çaises, ce qui nous permet quelques additions et rectifications à
cet article. 1" Je ne sais par suite de quelle erreur MM. Mazzoni et
Jeanroy affirment que le manuscrit se rapproche du ms. B. N. Fr.
375 (note B '), plus que des autres de la 2" famille de M. P. Meyer;
en effet, au v. 17 du passage cité comme preuve, il donne se merveille,
comme A^ C W M (cf. s'en merveille DM^ JK), tandis que B donne
s'esmerveille ; et aux vers 19-20, il a la leçon commune à la 2<= famille
de Meyer, tandis que B répète au v.20 le mot final du v. 19. La vé-
rité, c'est que le nouveau manuscrit ("que nous cotons P, appelant P«
le fragment d'abord coté P)est très étroitement apparenté avec notre
sous-famille provisoire y, et plus particulièrement avec J (.lorsque
J reste dans le groupe y). Ainsi (entre autres preuves que je ne puis
donner ici), aux v. 12943-4, Grant sont li renc, granz les conseiz Qu'il
se mandent j'c-''' phisors feiz, où A M^FN d'un côté, KMRA^A- de
l'autre, ont la bonne leçon, P donne, de concert avec DE3J1P, Grant
sunt li renc e li conseil Parmi le bois et par le brueil, leçon évideiri-
ment fautive; et d'autre part, les v. 13185-242 de l'édition y sont ré-
duits, comme dans y, à 10 vers bien raccordés, dont les 5 dernieis
appartiennent à l'épisode de Biiséida -. — 2° Le manuscrit a sans
doute été transcrit sur un ms. lorrain ou boui'guignon, mais le scribe,
assez ignorantdu français, comme le montrent les fautes nombreuses^
et pas mal de vers faux*, me semble avoir été un italien du Nord ;
probablement de la province de Vénétie ; cf. za pour ca {ça), menzoi-
gne, fazon, strange, vestre pour vostre, comme dans les deux mss. de
1 Pour les lettres affectées par nous aux manuscrits en vue de l'édi-
tion en préparation, voy. nos Notes pour servit' au classement des ma-
nuscrits du Roman de Troie, dans Etudes romaîies dédiées à G. Pari<
(Paris, E. Bouillon, 1891), p. 196.
2 Voy. notre Chrestomathie de IWmcien français, 2= édition refondue
(Paris, E. Bouillon, 1890), p. 294.
3 Par exemple, 2617, le Troien pour H Troien ; 13176-7 Li faudreit le
la haeitie, si H donerout, pour Me li faudreit de l'ahatie, Qui li do7ireit;
13182.i4/e lez ont pour Aie le sont, etc.
* Par exemple, 2612, Nies er lo rei filz de aa seror; 20215, Ele en
■plore a sez dez ielz, etc.
BIBLIOGRAPHIE 571
Venise (V*V2j, etc. Ajoutons, à titre de renseignements complémen-
taires, que et, lorsqu'il n'est pas représenté par l'abréviation courante,
est écrit e, comme dans le ms. de Milan (3/^), et que Vi est souvent
accentué, en particulier lorsqu'il y a intérêt à le distinguer d'un u,
d'un n ou d'un m. — P. 582. Arthur Piaget. Le chemin de vaillance
de Jean de Courcy et l'hiatus de l'e final des polysyllabes aux XI V^ et
XV^ siècles. Analyse de ce long poème allégorique (environ 40,000
vers) de l'auteur de la Bouchardière, qui, postérieur à ce dernier ou-
vrage, fut composé de 1424 à 1426, suivie d'une étude très documen-
tée, d'où il résulte qu'aux XIV"^ et XV* siècles l'hiatus de l'efinal des
polysyllabes était considéré comme une licence et évité par les poètes
qui rimaient bien.
Comptes rendus. — P. 608. W. Rœttiger, Der îieutige Stand der
Tristan f or schung (E. Muret: le rapporteur, qui va publier une nou-
velle édition du fragment de Béroul, profite de l'occasion offerte par
l'intéressant programme de M. R. pour communiquer ses vues per-
sonnelles sur les difficiles questions dont il s'occupe. — P. 619.
Alfred Linder, Plainte de la Vierge en vieux vénitien (A. Pillet: éloges).
— P. 623. G. Maccon, conservateur adjoint du musée Condé, à
Chantilly, Note sur le Mystère de la Résurrection attribué à Jean
Michel (G. Paris : éloges avec quelques légères restrictions).
PÉRIODIQUES. P. 625 Zeitschrift filr romanische Philologie (G. Paris
et 0. Densusianu). — P. 629. Revue de Philologie française et pro-
vençale [ancienne Revue des patois gallo-romans), t. IX-XI (à partir du
t. X, 4, la Revue a pris le titre de Revue de Philologie française et de
littérature. — P. 633. Chronique — P. 634. Livres annoncés som-
mairement.
Léopold CONSTANS.
Les archives de la Corrèze en 1897-1898, rapport annuel de l'ar-
chiviste départemental, J. L'Hermitte. Tulle, Imprimerie veuve Lacroix
et Moles, 1898. — In-8°, 60 pp.
11 y a souvent à glaner dans les rapports d'archivistes, surtout
quand ils sont consciencieusement rédigés comme celui-ci. Il nous
donne entre autres choses intéressantes deux chartes limousines. La
première contient un traité d'amitié entre les communes de Martel et
1 P. 574, n. 21. Nous ne croyons pas que tiel, qui est la forme domi-
nante dans le ms. de Milan, et se trouve isolément dans d'autres mss.
de Troie, soit une mélathèse de teil.
572 BIBI>10(4KAFH1E
de Beaulieu. Elle est du 12 janvier 1241 et a été publiée d'abord par
M. Lacombe dans le Bulletin de la Sociélé des Lettres, Sciences et
Arts de la Corrèze, tome 1, pp. 395-396 (Tulle, Imprimerie Crauffon,
1879). Cette publication contenait de graves erreurs (confusion entre
le et lo, saclar mis pour saelar, etc.) Mais le documenta été reproduit
dans le Musée des Archives départementcdes avec toute la correction
nécessaire (Texte p. 131, fac-similé planche XXVI) M. L'Hermitte,
après avoir soigneusement collationné le document, en donne une
troisième édition ; la charte ne méritait peut-être pas autant d'hon-
neurs, mais les philologues seront charmés d'avoir toutes les garanties
voulues pour la pureté du texte.
Le deuxième document, très postérieur et qui paraît inédit, offre
aussi un certain intérêt philologique : vu sa brièveté, nous croyons
devoir le reproduire ici :
A totz cels que aquestas presens letras veyran ni auviran, que nos
Guilhalmes de Hoo, governador en Lemozi, en Querci, en Alvernha,
en las Marchas enviro, per lo tres-aut et poyshan senhor nostre se-
nhor lo Rey d'Anglaterra e de Fransa, salut. Fam assaber que nos
avem mes e per aquestas presens letras metem en la protectio e sal-
vagarde de nostre dich senhor lo Rey e de nos los cossols e las bonas
gens de la viala de Belloc, religion, prestres, clergues, capelas, escu-
diers, boizes, merchans, homes, femnas, e tôt auties, de qualque
condition que sian, e bestials, mercadarias e tôt auties bes lor, quais
quesian, e que puesco anar, retornar, venir, estar, demorar e sejor-
nar, laborar e reculhir lor bes, quais que sian, de noch e de joins,
vas totas las part hon a lor playra ni auran a far ni bezonhar. Per
que nos mandam e con)andam estrechamen e enjungem de jiart nos-
tre dich senhor e preguam de part nos a tôt les somes e be volens
de nostre dich senhor que als sobres nomnat ni alcu de lor, en cors
ni en lor bes, quais que sian, no fasso ni dono dampnage, empachier
ni alcu destrit per merca ni per nulha autra oauza quais que sia.
Donat a Belloc sot nostre propri sagel, lo XXVIII jorn del mes de
junh lan de nostre senhor M. CGC. e LXXIUI. d
Nous formons des vœux pour que M. L'Hermitte trouve dans ses
archives quelques documents limousins de ce genre ; nous en avons
vu de très intéressants, pendant notre séjour dans la Corrèze, dans
les collections particulières de MM. Clément-Simon et L. de Nussac ;
il peut s'en trouver encore dans les archives publiques.
J. Angla.de.
BIBLIOGRAPHIE 573
A. Cappelli. — Dizionario di abbreviature latine ed italiane. Lexicon
abbreviaturarum. Milan, Hœpli, un vol. in-12 (collection des Manuels
Hœpli).
On connaît honorablement la collection des Manuels de la librairie
Hœpli, qui donne à l'Italie son encyclopédie Roret, avec les amélio-
rations et les additions qu'un demi-siècle de découvertes et de méthode
scientifique permet d'y introduire. Aux Manuels de bibliographie,
de paléographie, de tojiographie romaine, vient s'ajouter maintenant
un petit dictionnaire d'abréviations qui sera l'équivalent du Chassant
et du Walther, et qui les remplacera sans doute promptement. Conçu
sur un plan très simple et très méthodique, il sera d'un usage aisé.
Il consiste essentiellement en un répertoire par ordre alphabétique des
abréviations usitées dans les écritures italiennes du moyen âge et de
la Renaissance, qui ne remplit pas moins de 385 pages à deux co-
lonnes, c'est-à-dire environ six mille abréviations usuelles. Les abré-
viations ont été relevées, pour la majeure part, dans les documents de
VArchivio diStato de Milan, auquel est attaché l'auteur, mais M. Cap-
pelli a mis à contribution aussi le vieux Lexicon diplomaticum de
Walther, les momcmenta graphica de Sickel, les fac similés de la So-
ciété paléographique de Londres et ceux des collections de Monaci et
de Vitelli-Paoli. Pour celles que je puis vérifier, les reproductions
paraissent d'une scrupuleuse exactitude. Les autres parties du volume
sont un répertoire de monogrammes de papes, empereui-s, souve-
ranis, etc., au nombre de 47; un répertoires de sigles et abréviations
épigiaphiques qui pourra suffire pour l'usage courant; quatre trans-
criptions à l'étendu de fac similés publiés ici comme spécimens d'é-
criture et comme termes de comparaison, et eiifin une introduction
méthodique qui est un excellent résumé théorique du dictionnaire et
qui étudie aussi les transformations des sigles dans l'ordre chronolo-
gique. Cette introduction remarquable, est un véritable cours de hra-
chigraphie médiévale, ou, pour lui donner un nom sonnant plus clair en
français, de science des abréviations du moyen âge. L'auteur divise les
abréviations en six catégories : par retranchement, par contraction,
par signes abréviatifs à signification absolue et à signification relative,
par letties en surcharge et enfin par signes conventionnels. Dans
cette dernière catégorie figurent de véritables idéogrammes comme la
potence qui, au XV« siècle, s'inscrivait au revers des lettres prin-
cières portées par courriers, pour piquer le zèle de ceux-ci. Le manuel
de M. Cappelli rendra les plus grands services à tous ceux, et ils sont
574 NECROLOGIE
de jour en jour plus nombreux, qui travaillent sur les textes paléo-
graphiques italiens, et il faut le féliciter chaleureusement d'avoir pris
tant de peine pour que les hôtes de ses archives en aient désormais
moins à prendre.
L.-G. P.
NECROLOGIE
LE PRÉSIDENT CAUVET
La Société des Langues romanes doit un suprême hom-
mage à l'un de ses membres les plus anciens et les plus res-
pectés, M. Emile Cauvet, président de chambre honoraire à
la Cour de Montpellier, qui s'est éteint le samedi 9 décembre
1898, plein d'années et d'œuvres. Jusqu'à ses derniers jours
il avait gardé intactes la vigueur de son intelligence, la ri-
chesse d'une mémoire encyclopédique, la netteté de ses doctr i-
nes juridiques etl'énergie de ses convictions libérales. L'affais-
sement graduel de ses forces physiques n'avait pas atteint le
sentiment de sa responsabilité, et il a gardé jusqu'au bout, en
toute plénitude, la conscience de ses moindres actes ; peu
d'heures avant sa fin, il récitait à quelques visiteurs des
vers languedociens ; au printemps dernier, dans un rude
assaut de la maladie dont il put encore triompher, il entre-
prit la lecture du Mémorial de Norvins, récemment publié
par L. de Laborie, et, malgré les douloureuses conditions où
il la faisait, il s'assimila assez le livre pour pouvoir en faire
une citation dans son Mémoire sur Adolphe : la citation a été
introduite en surcharge dans son manuscrit. De pare'ls traits
suffisent à prouver que son intelligence n'avait subi aucune
atteinte de l'âge et que sa volonté ne se laissait ni séduire, ni
forcer, ni tromper par des influences étrangères.
Le président Cauvet, qui nous faisait l'honneur, depuis dix
ans, de nous entretenir de ses souvenirs et de ses travaux
littéraires, avait une réelle prédilection pour ce Mémoire sur
NECROLOGIE 575
Adolphe : il l'avait écrit d'après les sources imprimées, —
cette littérature était une des portions les plus riches et les
plus complètes de sa bibliothèque — et surtout d'après la tradi-
tion verbale de l'Abbaye-au-Bois, fidèlement et pieusement
recueillie et qu'il connaissait de source presque immédiate. Qui
de nous no se rappelle l'avoir entendu raconter telle anecdote
où il se complaisait : a Ampère me dit un jour : « J'étais chez
Juliette, quand M. de Chateaubriand entra... ». Juliette, c'est
Madame Récamier., et c'est de J.-J. Ampère surtout que lui
venaient ses informations. Il hésita bien longtemps à se sé-
parer de ce Mémoire sur Adolphe, qu'il voulait, qu'il espérait
améliorer et compléter encore. Ce nefut qu'en juillet dernier,
qu'averti par sa précédente maladie, M. Cauvet voulut bien
nous confier, pour notre revue, son manuscrit. En même
temps, il faisait réimprimer sa célèbre étude sur Les Es-
pagnols en Sepfimanie et l'abbaye de Fonfjoncouse, depuis long-
temps hors du commerce. 11 suivit ces deux travaux avec une
juvénile ardeur, et il en corrigea lui-même, en dernière lecture,
toutes les épreuves.
D'autres sujets, après ses grands travaux juridiques et son
fameux Traité des Assurances Maritimes, qui fait toujours
autorité, l'avaient sollicité. Il avait pensé à une biographie
de Pierre Pithou, et il avait fait copier la correspondance de
ce savant illustre à la Bibliothèque nationale. Vers 1891, il
s'était amusé quelque temps, sans autre préoccupation que
lasolution de diflîcultés juridiques, à étudier les cas de nullité
du procès de Jésus-Christ devant les tribunaux de Jérusalem :
mais je ne crois pas, — sans cependant vouloir rien affirmer —
que la rédaction de ce travail ait jamais été sérieusement
entreprise. Je regrette bien davantage que M. Cauvet n'ait
jamais voulu s'occuper de la publication, qui eût été si inté-
ressante, de ses souvenirs littéraires. Admis dans la Société
de l'Arsenal, au beau temps où Ch. Nodier y réunissait l'élite
des romantiques, M. Cauvet avait eu la constance de tenir
registre de ce qu'il y apprenait de piquant et de curieux.
Mainte anecdote, maint détail ignoré ou oublié, doit se trouver
enfoui dans ses petits carnets de notes. Qu'on nous permette
d'exprimer ici le vœu que ces Souvenirs ne demeurent pas
576 CHRONIQUE
inconnus, et que la famille du président veuille bien en
autoriser la publication. Rieu ne serait plus honorable pour
sa mémoire, et plus utile aux bonnes lettres que M. Cauvet
a tant aimées. Déjà la noble destination qu'il a assurée aux
plus importantes portions de sa bibliothèque (partagée entre
la Cour de Montpellier, la Faculté de droit de notre Univer-
sité, les villes de Montpellier et de Narbonne), protégera sa
mémoire, qu'assurent d'autre part ses belles rechei'ches sur
la Condition des serfs, sur Pline le Jeune, sur L Abbaye de Fonl-
froide, sur l'énigme d'Adolphe. La publication de ses mémoires
achèverait de metttre en lumière la physionomie fine er.
élégante de notre cher président, de ce magistrat érudit, et
lettré, qui fut de la lignée des De Brosses et des Bouhier.
L.-G. F^ÉLISSIER.
CHRONIQUE
Nous signalons aux lecteurs de la Revue une intéressante Cause-
rie philologique faite à la Société Ramond par M. le professeur "W.
FoERSTER. (Bulletin de la Société Ramond, année 1898, p. 158. Ti-
rage à part: Bagnères-de-Bigorre, Imprimerie Dominique Bérot,
1898). Elle porte en général sur « la place qu'occupe le dialecte
gascon dans le domaine des langues romanes. » Un non moins mié-
ressant appendice sur l'étymologie du fr. cuistre termine la causerie
de notre éminent collègue de la Société des Langues Romanes. ( « Il
y avait alors déjà ancienuemcnt les deux mots coistre (marguillier)
et cuistre, coistre (marmiton) en présence. Aussi l'influence d'un mot
sur l'autre est-elle très probable. » (p. 15.) « coistre, vaiiante de
coustre, [custor] et cuistre (marmiton), s'étaient déjà rapprochés du
vieux français et c'est par hasard que Ton a choisi plus t;ud poui
pédant cette forme cuistre au lieu de celle de coustre. » )
Sous ce titre : Essai sur la substitution du français au proven-
çal à Xarbonne, le Bulletin historique et philologique (1897) a pu-
CHRONIQUE 57 7
blié lin travail de M. A. Blanc qui avait déjà été communiqué au Con-
grès des Sociétés savantes. M. B. s'est proposé d'exposer brièvement
l'histoire de la substitution du français au provençal à Narbonne,
telle que nous l'a fait connaître l'examen de la langue dans laquelle
sont rédigés les actes administratifs et judiciaires du XIV^ au XVI«
siècle, si nombreux dans les archives de cette ville. » Il s'occupe
surtout de la langue des clavaires et des compois. Pour les clavai-
res, l'influence de la langue française commence à se faire sentir à
partir de 1458. Les compois, au contraire, sont rédigés en français
jusqu'au milieu du XVl^ siècle. La conclusion est qu'à Narbonne,
au début du XVI» siècle, nombre de personnes entendaient le fran-
çais; [mais] il ne faudrait pas en conclure que l'habitude de le par-
ler fût très répandue. » Un intéressant appendice contient des textes
languedociens qui vont de 1313 à 1561.
J. A.
Le Comité directeur de la Société des Langues romanes a tenu une
séance le lundi 19 décembre. Le renouvellement du bureau a été
opéré d'abord. Conformément à l'usage, le vice-président a remplacé
le président sortant ; le secrétaire général et le trésorier restent en
fonctions; le secrétaire de la rédaction, qui n'avait conservé sa charge
durant le précédent exercice qu'à titre provisoire, a demandé à en être
relevé, et le Comité, après une flatteuse résistance, lui a donné pour
successeur M. H. Teulié, sous-bit)liothécaire à la Bibliothèque uni-
versitaire, et l'a élu vice-président. M. Teulié conserve, d'autre part,
ses fonctions de bibliothécaire de la Société et de secrétaire adjoint.
Le bureau de la Société, pour 1899, est donc ainsi composé :
Président, M. Maurice Grammont, professeur à la Faculté des
lettres ;
Vice-Président, M. Léon-G. Pélissier . professeur à la Faculté
des lettres ;
Secrétaire général, M. Chabaneau, correspondant de l'Institut,
professeur à la Faculté des lettres ;
Trésorier, M. Lambert, directeur du Conservatoire ;
Secrétaire de la rédaction, M. Teulié, sous-bibliothécaire de
l'Uuniversité.
Après ces élections, la Société a entendu une intéressante commu-
nication de M. le capitaine Lamouche, sur la distribution des parlers
languedociens, et d'ingénieuses remarques de M. Grammont surl'éty-
moloDfie du mot oui.
Z',S CHRONIQUE
Par suite des changements qui viennent d'avoir lieu dans le Conseil
de la Société, nous piions MM. nos collaborateurs et correspondants
d'adresser désormais tout ce qui concernera la rédaction de la Revue
à M. Teulié, sous-bibliothécaire de l'Université, à la Faculté de mé-
decine de Montpellier.
Le Géra7it responsable : P. HAMELIN.
TABLE DES MATIERES
TOME XLi (année 1898)
ARTICLES DE FOND
Pages.
Cauvet. — Mémoire sur « Adolphe » de Benjamin Cons-
tant 204, 293
Lucie-Lary (Madame). — La Jérusalem conquistada de Lope
de Vega et la Gerusalemme liberata du Tasse 165
Restori. — Fragments de théâtre espagnol 133
DOCUMENTS
Amoros (Bernart). — Le Chansonnier, publié 'par Stengel (à
suivre) • 349
Berthelé. — Quelques inscriptions campanaires en provençal
moderne 283
BiFRUN. — La traduction du Nouveau Testament en ancien
haut engadinois. Evangelium Johannis, publié par
J. Ulrich {suite et à suivre) 239
Chartes française du XIII^ siècle, tirées des archives de l'hô-
pital de Seclin (Nord), publiées par Julien L'Her-
MITTE 38 1
Documents Languedociens, publiés par L.-G. Pélissier {suite
et à suivre)
II. — Lettres languedociennes tirées de la collection
Godefroy 100
III. — Nouvelles pièces tirées de la même collection .... 272
IV. — Une lettre de Fléchier, évêque de Nîmes 278
V. — Allocution en provençal d'un curé de Beaucaire . . . 279
VI. — Pièces diverses tirées de la collection Godefroy. 41 1, 547
/ Dodici canti, publiés par F. Castets (à suivre) 453
GoHORY. — De rébus gestis Francorum liber XIII. Ludoi-
cus XII, rex LVI, Texte publié par L.-G. Pélissier
{mite et à suivre) 88
580 TABLE DES MATIERES
PÉnssiKR (L.-G.). — Additions et variantes an texte des Sou-
venirs et Anecdotes de Pons (de l'Hérault) 1
— Un projet de décoration épigraphique pour la Bibliothè-
que-Musée Fabre 98
— Un précurseur de Montricher. Projet de canal de la
Durance à Marseille en 1702 345
VARIETES
D'Rx.iL.\.c (Méii). — Le ruisseau poétique. Loii riou pouetsicou,
VI11« chant 77
Grammont. — « Gruem. » . . . 433
PÉLissiER. — La santé de Bossuet 546
Rivière. — Lou Piajou. Coup de ziè uraociruestsicou 402
NÉCl^OLOGIE
PÉLISSIER (l. g.) — m. le président Cauvet 574
BIBLIOGRAPHIE
Arnaud (Germain). — Recueil de compositions françaises. La
vie publique des Romains (c. r., par L.-G. P.) 112
Babu, curé de Soudan; ses poésies, publiées par Richard (c. r)... 46
Beauquier, — Blason populaire de Franche-Comté (c. r., par
Grammont) 1 09
Berthelé. — Carnet de voyage d'un antiquaire poitevin (c. r.,
par A. V.) 114
Cappelli. — Dictionnaire des abréviations (c. r., par L. G P). 573
Castets et Berthelé. — Archives de la ville de Montpellier.
Inventaires et documents, tome I, fasc. I (c. r., par
A. V.) 418
Farault. — Bibliographie poitevine. M. Gabriel Lévrier 115
Frisom. — Lingua portoghese-brasiliana (c r., par Gram-
mont 435
L'Hermitte. — Archives de la Corrèze(c. r., par Anglade). . 571
LiNDSTROM. — L'analogie dans la déclinaison des substantifs
(c. r., par Grammont) 286
Mortensen. — Profandramat i Frankrike (c. r., par Je.\nroy). 124
Paroli. — Lingua svedese (c. r., par Grammont . 439
Pult. — Le parler de Sent (Basse- Engadine) (c. r., par
M. Grammont) 122
Romania, XXVI, 3, 4 ; XXVII, (c. r., par Covstans). . . 125, 566
Rupin. — Noels du Bas-Limousin (c. r., par Anglade) 289
Titres de quarante brochures récentes .... . 559
Chronique, par Anglade 130, 291, 347, 577
Programme du Congrès des Sociétés savantes 440
PC Revue des langue» romanes
2
t. a
PLEASE DO NOT REMOVE
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UNIVERSITY OF TORONTO LIBRARY